RSS: Posts | Comments

L’intervention au Mali révèle l’efficacité de l’école française de la guerre non-conventionnelle

0 commentaires

L’intervention au Mali, saluée par plusieurs responsables occidentaux, a révélé la relative capacité de l’armée française à faire face à des adversaires très mobiles et dispersés. L’opération Serval pourrait ainsi devenir un cas d’école dans les stratégies de contre-guérilla…

Atlantico : La stratégie opérationnelle employée par Paris au Mali peut-elle faire école pour les autres armées occidentales ?

Jean-Bernard Pinatel : L’Armée française a, en effet, beaucoup amélioré sa stratégie opérationnelle dans la décennie 2000-2010, en réussissant l’amalgame de ses valeurs opérationnelles traditionnelles et des apports technologiques, ainsi que des capacités d’intégration et de coordination opérationnelle de l’armée américaine.

Les parachutistes et les forces spéciales françaises ont su conserver intactes les valeurs qui ont fait la réputation mondiale des soldats de Bigeard en Algérie et qu’il définissait lui-même par : « soyez souples, félins et manœuvriers ». Qualités auxquelles il faut ajouter la rusticité : c’est-à-dire la capacité de durer sur le terrain en utilisant les ressources locales et sans un appui logistique sophistiqué.

A Kolwezi, c’est la première vague française du 2ème régiment étranger de parachutistes [1] commandé par le Colonel Erulin, composée de 405 hommes qui libèrent les 2 800 ressortissants français et étrangers pris en otages. Les Américains nous avaient adressé leur évaluation des moyens nécessaires pour mener cette opération : c’était une brigade de 5 000 hommes et dans ces 5 000 hommes il y en aurait eu, comme toujours chez eux, 4500 hommes en soutien et en appui logistique pour seulement 500 combattants [2].

Le Général Beaufre, un des grands analystes stratégiques français, affirmait que ce qui nous différenciait des Américains c’est que chez nous « la tactique commande les opérations ». La fameuse phrase lancée par le Général de Gaulle : «l’intendance suivra», l’illustre parfaitement. Dans la tradition américaine, c’est « la logistique qui commande les opérations ». Ce que l’expérience d’Afghanistan a apporté aux forces françaises, c’est cette capacité d’intégration totale du renseignement et de la conduite des opérations de toutes les forces armées : avions, hélicoptères, forces spéciales, forces classiques et l’apport de technologies de rupture comme les drones. La grande réussite de la France au Mali ou en Libye provient du fait que nos officiers ont conservé cet esprit manœuvrier, de prise de risque, qui est très étranger à la culture américaine, même si les guerres asymétriques d’Irak et d’Afghanistan les ont amenés à oublier quelque peu leur ambition de mener la guerre « de loin et avec zéro mort » qu’illustre parfaitement la guerre des drones.

Les tactiques de contre-insurrection employées par la France durant la bataille d’Alger sont encore enseignées à West Point, prestigieuse école militaire américaine. Comment s’explique notre habilité à faire face à ce type de conflits ?

La France, du fait de son empire colonial et des guerres de décolonisation qu’elle a conduites de 1945 à 1962, est la seule nation à avoir été confrontée à 17 ans de guerre asymétrique. Nos officiers ont ainsi accumulé une expérience inestimable qui a été théorisée au sein de nos écoles de guerre. Quand ils ont été confrontés, après 1966, à la guerre du Vietnam, les Américains ont essayé de s’en inspirer sans réussir à l’intégrer réellement dans leur stratégie opérationnelle, tant leur culture militaire y est étrangère.

Par ailleurs, la coopération assez équilibrée avec les forces du Tchad et de la CEDEAO peut-elle devenir un modèle porteur pour ce genre de théâtres d’opérations ?

Attention de ne pas confondre l’image que nous voulons donner pour des raisons politiques et la réalité militaire sur le terrain. Car, en dehors des forces tchadiennes (le Tchad n’appartenant pas à la CEDEAO), je doute de l’apport opérationnel des forces de la CEDEAO si elles ne sont pas appuyées au plus près, (j’ai presque envie d’écrire encadrées) par les forces françaises. La présence des forces du Nigéria entraînant, en plus, un risque d’exactions auprès des populations locales qu’il ne faut pas sous-estimer. Il est de toutes les façons trop tôt pour en faire un modèle.

Propos recueillis par Théophile Sourdille pour ATLANTICO

[1] En sautant à 250m d’altitude sur l’ancien hippodrome.

[2] Au Mali, deux sauts opérationnels furent exécutés : le premier à Tombouctou par la 2ème compagnie du 2ème REP. Le second, à Tessalit, par un détachement du 17ème RGP. Depuis 50 ans, seule la France a réalisé des sauts opérationnels. Deux autres sauts de dissuasion-diversion furent réalisés par les Français en Bosnie et par les Américains en Afghanistan.


Crédibilité de la doctrine nucléaire nationale face à l’évolution de l’anti-missile balistique, par le général Pinatel

0 commentaires

Article écrit par Marquis Seignelay

Le général Pinatel me fait l’honneur de m’expliquer son point de vue sur la question de la DAMB (Défense Anti-Missile Balistique) de territoire otanienne (couplée à l’ABM -Anti-Ballistic Missile- américain) et sur ses conséquences sur la dissuasion nationale. Ce qui suit est le résultat de ce dialogue où j’ai pu lui demander si l’ABM américain pouvait avoir quelques conséquences sur l’évolution de notre dissuasion nucléaire.

Quand le général mène la fronde contre la défense antimissiles balistique de territoire de l’EPAA (European Phased Adaptive Approach) de l’administration Obama, l’équivalent de l’ABM américain, en Europe, il aime revenir sur les fondements des dissuasions nucléaires américaine et française.

Les explosions des deux premières bombes nucléaires américaines sur Hiroshima et Nagasaki (1945) s’accompagnent après la guerre d’une volonté de « dominance » des États-Unis qui souhaitent tirer les bénéfices politiques du pouvoir nucléaire et ne le partager avec personne. Dès lors, ils commencent à pratiquer une dissuasion « du fort au faible » c’est-à-dire à développer une capacité de première frappe suffisante pour désarmer tout adversaire potentiel et se mettre ainsi à l’abri de ses représailles. C’est l’explosion de la bombe atomique soviétique (à fission, le 29 août 1949) qui va permettre l’apparition d’un dialogue entre les deux puissances nucléaires. Mais c’est aussi l’apparition d’autres bombes -anglaise, française et chinoise- qui achève de complexifier le jeu nucléaire qui n’est plus un « je » américain. Dès lors, les États-Unis ne peuvent retrouver la suprématie nucléaire, c’est-à-dire une capacité de première frappe sans risque de représailles, qu’en disposant d’un bouclier anti-missile efficace. Ainsi, le RIM-8 Talos, engin anti-aérien de la série « T » des années 60, était semble-t-il une première ébauche d’une défense contre les missiles balistiques pour l’US Navy.

Lire la suite de l’article


Doctrine de dissuasion
contre doctrine d’attaque préemptive

0 commentaires

Un débat auquel j’ai participé ce matin, jeudi 14 juin 2012, sur Radio Notre Dame avec un grand expert des questions spatiales, Alain Dupas, m’a fait prendre conscience que je n’avais pas assez développé l’aspect culturel dans ma critique de la stratégie américaine visant à déployer un bouclier anti-missile en Europe.

Podcast :
Lire

Cette analyse constitue ainsi un complément à celle citée en référence

Nous nous opposons souvent à nos alliés américains sur les questions stratégiques car nos paramètres géostratégiques ne « nous font pas boxer dans la même catégorie ».

Ainsi, les stratèges français ont élaboré la stratégie de dissuasion nucléaire [1] que nous avons facilement assimilée car c’est une stratégie dite du « faible au fort ». Elle visait à combler l’asymétrie des forces entre le potentiel de l’URSS et le nôtre par le raisonnement suivant : si tu m’attaques et que tu mets en cause mes intérêts vitaux, tu devras payer un prix supérieur à l’enjeu que je représente pour toi. Ce qui se traduit sur le plan militaire par la nécessité de conserver, même après avoir subi une attaque contre nos forces nucléaires, une capacité de représailles sur les villes adverses, susceptible de causer des pertes à sa population et des dommages à son potentiel industriel supérieurs à l’enjeu que nous représentons pour lui.

Une partie importante des stratèges américains, se fondant sur la superpuissance américaine, estime qu’ils sont dans la situation inverse « du fort au faible » et ont donc toujours refusé la logique de la dissuasion nucléaire car elle revient à accepter, si elle échoue, de devoir subir une première frappe adverse avant de riposter. Or la mentalité «cow-boy» est fortement ancrée chez les militaires et les stratèges américains : c’est celui qui dégaine et qui tire le plus vite qui sort vainqueur de l’affrontement. C’est dans cette logique et, en dehors de tout mandat de l’ONU, que, prenant prétexte de l’existence d’armes de destruction massive en Irak, le texan George Bush junior, a décidé la seconde guerre du golfe ; c’est pour cela aussi qu’un débat existe actuellement aux États-Unis sur la nécessité de lancer une attaque préemptive contre le potentiel nucléaire iranien en cours de constitution.

Néanmoins, cette logique stratégique de l’attaque préventive même sophistiquée par le concept d’attaque préemptive n’est pas considérée comme légitime par tous les tenants d’une gouvernance mondiale qui condamnent celui qui prend la responsabilité d’ouvrir les hostilités. La légitimité d’une attaque en premier même lorsque la menace d’une attaque de l’adversaire est jugée imminente n’est pas recevable car cela rend les tenants de cette stratégie juges et parties de la légitimité de l’ouverture des hostilités. C’est pourtant en s’appuyant sur cette doctrine que le gouvernement israélien appelle à une action préemptive contre un potentiel nucléaire iranien dont personne ne connaît réellement l’état d’avancement.

Si on accepte cette logique de l’attaque préemptive, il faut aussi accepter de considérer que le pays agressé est en droit de riposter et c’est là que la raison cachée d’un bouclier anti-missile, que les américains veulent déployer dans l’Est de l’Europe, se dévoile.

Il ne s’agit pas de parer, comme on le voit écrit à longueur de colonnes, une attaque déclenchée par l’Iran, ce qui serait suicidaire pour elle, mais de diminuer autant que faire ce peu les effets de représailles que ce pays agressé pourrait lancer avec ses forces restantes dans une logique « du perdu pour perdu qu’il y en ait d’autres que moi qui subisse des pertes et des dommages ». C’est ce que Saddam Hussein avait tenté de faire avec des SCUD contre Israël après le déclenchement de l’opération «tempête du désert».

C’est pour cette raison que de nombreuses voix s’élèvent pour considérer qu’un bouclier anti-missile a un effet déstabilisant puisqu’il ouvre la porte à une attaque en premier en contribuant à minimiser les pertes et les dommages que le camp de l’agresseur risque de subir du fait d’une riposte désespérée de l’agressé.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Lire mon analyse du 28 Mai 2012 : « Le bouclier anti-missile une réponse inappropriée à une menace inexistante »

Source : Radio Notre Dame


Rafale : Comment la France a réussi à remporter l’appel d’offres du marché indien

0 commentaires

Une source gouvernementale indienne a annoncé ce mardi que l’Inde a décidé d’acquérir 126 avions Rafale, offrant à Dassault à la fois un colossal appel d’offres estimé à 12 milliards de dollar (un peu plus de 9 milliards d’euros), et son premier succès à l’exportation pour cet appareil.

Toute décision de cet ordre est un choix éminemment stratégique dans lequel, outre les capacités opérationnelles, le prix et les transferts de technologie, les considérations géopolitiques et géostratégiques sont déterminantes.

Pour mémoire, le think tank Carnegie Endowment for International Peace estimait, en juin dernier, que les considérations techniques seraient déterminantes. Mais, la décision indienne prend certainement en compte les évolutions passées et à venir des rapports de force et des alliances régionales qu’il convient d’expliciter.

La stabilité de la zone Afghanistan-Pakistan (AFGPA) intéresse, outre le Pakistan, trois grands acteurs, les États-Unis et, dans son sillage, les occidentaux qui participent à l’effort de guerre, la Chine et l’Inde.

ll faut aussi toujours se rappeler que, dans le conflit qui oppose l’Inde au Pakistan, l’Afghanistan fournit la profondeur stratégique que recherchent les militaires pakistanais face à l’Inde. [1]

Dans la perspective d’un désengagement des forces occidentales d’Afghanistan, les États-Unis ont besoin de l’appui pakistanais pour que le retrait des forces de la coalition ne se traduise pas par un effondrement du pouvoir afghan qu’ils ont mis en place à Kaboul. En position de force, les Pakistanais ont demandé aux Américains, qui ont accepté, de contrebattre l’influence de l’Inde dans l’entourage du Président afghan qui n’était pas insensible à leurs avances, tout simplement pour éviter un face à face avec le puissant voisin pakistanais après le désengagement occidental.

De son coté, la Chine qui avait fait de sa neutralité dans le conflit indo-pakistanais un élément intangible de sa politique a, depuis 2009, infléchi sa position, choisissant de finaliser un partenariat stratégique avec le Pakistan, ébauché depuis le milieu des années 2000. Un double impératif stratégique a guidé la décision chinoise: la sécurisation de ses voies d’approvisionnement en pétrole et en gaz, en bâtissant une voie terrestre d’acheminement via les ports pakistanais de la Mer d’Oman, [2] et aussi, à moyen terme, à partir de l’Iran [3], sans oublier la lutte «contre les trois» [4], fléaux qui menacent le Xinjiang chinois. En effet, en 2009, Al-Qaïda, qui avait longtemps épargné la Chine, a appelé les Ouïghours du Xinjiang au Jihad (guerre sainte) contre la Chine, par la voix d’un de ses responsables, Abu Yahia Al-Libi.

Ce partenariat stratégique s’est rapidement concrétisé par l’achat de 36 chasseurs polyvalents J-10 chinois, la vente de deux centrales nucléaires et, surtout, par un abandon de la ligne de neutralité chinoise dans le conflit indo-pakistanais.

Les autorités politiques indiennes ont bien perçues d’une part la situation nouvelle créée par le retrait américain d’Irak et demain d’Afghanistan, mais aussi par la fin de la neutralité chinoise dans le conflit qui les opposent au Pakistan.

Prenant acte de cette évolution, l’Inde a commencé à en faire payer le prix aux Américains en écartant, à la surprise générale, avant le round final, le F16 américain pour équiper son armée de l’Air, et en choisissant, dans sa «short list», « l’Eurofighter européen » et le « Rafale français ».

Les capacités opérationnelles du Rafale, démontrées avec brio par nos aviateurs dans l’intervention libyenne, a certainement contribué à faire peser la balance au profit du Rafale.

Enfin, ce succès est à mettre au crédit du Président et de son gouvernement qui n’ont pas ménagé leurs efforts pour convaincre les autorités indiennes.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] La largeur du territoire Pakistanais face à l’Inde est comprise entre 250 et 500km.

[2] Ce qui lui permet d’éviter le détroit de Malacca.

[3] Ce qui lui permettrait d’éviter aussi le détroit d’Ormuz.

[4] Terrorisme, extrémisme, séparatisme.

Autres sources : Atlantico


L’enjeu de la vente du Rafale
et le voyage de François Fillon

1 commentaire

Le premier ministre qui part aujourd’hui au Brésil est un spécialiste des problèmes de Défense, expertise qu’il a acquise à ses débuts politiques au sein du cabinet de Joël le Theule, qui fut ministre de la Défense, d’octobre à décembre 1980 [1].

Quel est l’enjeu de la vente du Rafale au Brésil et en Inde où il est en compétition avec l’Eurofighter ?

Situons d’abord le Rafale parmi ses concurrents actuels ou en devenir. Il appartient à la génération 4++ ou 4,5 des avions de combat, mise en service au début du XXIème siècle. Les avions de cette génération sont supérieurs en performances à la quatrième génération (celle des mirages 2000, du Tornado et des F-14, F-15, F-16) et ont des capacités proches de celles de la cinquième génération en devenir et dont le fleuron sera le F-35 américain. Interfaces homme-machine, informatisation presque totale, conçus pour les opérations en réseau, ils ont des caractéristiques destinées à réduire leur signature radar, sont presque tous multi rôles et multi missions, par tout temps, de jour comme de nuit. Les Sukhoi SU-33 et SU-35, le F-18 Super Hornet, l’Eurofighter-Typhoon, et le Rafale répondent à ces spécifications, les deux derniers appareils étant les plus proches de la cinquième génération.

A la différence du Rafale construit par Dassault Aviation, l’Eurofighter Typhoon est un avion produit en coopération par 4 pays européens [2]. Charles Hernu et François Mitterrand décidèrent de se retirer de ce programme en août 1985 pour construire le Rafale pour plusieurs raisons : opérationnelle, nous aurions été obligés de faire des compromis en matière de spécifications (notamment sur les caractéristiques multi rôles [3] souhaitées par l’État-Major français); économiques, les dépenses pour un projet national profiteraient majoritairement au savoir-faire et à l’économie française; financière, contrairement à la théorie économique, l’expérience des années 70 montrait que les programmes en coopération ne permettaient pas de faire des économies substantielles.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

En 2011, le National Audit Office britannique estime que les 160 Eurofighter Typhoon commandés par la Royal Air force couteront 24 milliards d’euros en coût d’acquisition [4], soit 150 millions d’euros c’est-à-dire un coût unitaire d’acquisition proche de celui du Rafale (142,3 millions d’euros) selon la Cour des comptes française [5]. On en tire la conclusion que l’allongement de la série à 635 appareils, permis par la coopération auxquels s’ajoutent appareils commandés par l’Arabie Saoudite et l’Autriche, compense presque l’augmentation du coût lié à la coopération. En plus, il faut noter qu’il n’y a pas de version navale prévue pour l’Eurofighter. Les Anglais devront ajouter à cette facture 7 milliards d’euros pour acheter 50 Lockheed Martin F-35 Lightning II (coût unitaire 100 millions de livres) qui équiperont leur futur porte-avions de la classe Queen Elizabeth vers 2020, auxquels il convient d’ajouter les coûts supplémentaires générés par la formation et le soutien de deux types d’appareils issus de deux constructeurs différents. Enfin, Rafale est un avion 100% français, l’argent dépensé à été injecté majoritairement dans l’économie française et à soutenu toute la compétence technologique et l’emploi dans notre pays.

25 ans plus tard on peut, donc, considérer que la décision prise en 1985 a été la bonne sur les plans militaires, industriels et économiques.

Cette décision a néanmoins un inconvénient majeur : elle ne prépare pas l’avenir. Nos partenaires ont appris à se passer de nous et dans une coopération future nous ne pourrions pas exiger pour France les mêmes avantages en termes de maîtrise d’œuvre et de retombées économiques qu’en 1985.

On comprend alors l’enjeu actuel de l’exportation : préparer l’avenir.

Ce serait une erreur grave de ne viser qu’un résultat de plus à l’exportation.

Il est impératif d’inscrire la recherche de marchés extérieurs dans l’ambition de créer, sous leadership français, un partenariat stratégique avec le Brésil, l’Inde et la Russie [6] liant la vente du Rafale et les transferts de technologies associés, réclamés par les acheteurs, à l’engagement de construire ensemble son successeur.

C’est la voie la plus séduisante pour conserver dans notre pays la maîtrise d’œuvre de la prochaine génération d’avion de combat et les retombées qui y sont liées.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Qui décède d’un malaise cardiaque le 14 décembre 1980.

[2] C’est en décembre 1983 que des entretiens en vue de définir un avion multi-rôles européen ont débuté entre les états-majors français, allemand, italien, espagnol et britannique. Après le retrait français, les autres pays se partagent le budget du programme à raison de 33% pour l’Allemagne, 33% pour le Royaume-Uni, 21% pour l’Italie et 13% pour l’Espagne.

[3] Défense aérienne, attaque au sol et aviation embarquée.

[4] Et un cout total jusqu’à son retrait du service de 43,6 milliards d’euros.

[5] Eurofighter Typhoon – Wikipédia

[6] Dans les années 90, Sukhoï a proposé à Dassault Aviation de concevoir un avion de combat de cinquième génération.


La crise de l’euro et la Défense

0 commentaires

Après le marché unique, l’euro, la convergence économique, progresser vers l’Europe de la défense de l’Atlantique à l’Oural

La crise de l’euro montre, une fois de plus, que, en temps de crise, les intérêts géopolitiques s’imposent face à tous les autres.

Les puissances maritimes qui ont dominé le Rimland [1] ont toujours basé leur puissance sur le commerce international et la finance. Cette loi géopolitique a été vérifiée de multiples fois dans le passé : après Venise, les Hollandais, les Portugais, les Espagnols, la Grande-Bretagne, c’est aujourd’hui au tour des États-Unis et de leur vassal britannique. L’attitude de David Cameron au sommet de Bruxelles démontre que les Anglais ne sont pas prêts à renoncer à ces piliers de leur puissance déclinante. Londres a refusé le nouveau traité européen qui lui lierait les mains dans le domaine financier et choisit toujours l’alliance américaine à la solidarité européenne. Ce cavalier seul britannique était prévisible si l’on se rappelle que, pour rééquiper son Armée de l’Air [2], Londres avait choisi de participer à la recherche-développement du programme du F-35 américain à hauteur de 3 milliards de dollars au détriment d’un projet européen, Eurofighter ou du Rafale.

L’implication d’Obama et l’intérêt qu’il témoigne dans la crise de l’euro est purement égoïste et conforme aux intérêts américains. Washington presse les européens de sauver l’euro dans le seul but d’éviter une crise mondiale qui, comme en 2008, se traduirait par une contraction très forte des échanges internationaux et les pénaliserait encore plus que nous. N’oublions pas que la puissance des États-Unis et le niveau de vie des Américains ont été bâtis, en grande partie, sur le commerce international : achat de produits de consommation à bon marché à l’extérieur de leurs frontières, notamment en Chine, ce qui maintient une pression sur les prix aux États-Unis et bénéficie de ce fait aux consommateurs américains dont il dope le pouvoir d’achat. A cela s’ajoute une dette d’état considérable résultant en grande majorité de leurs dépenses militaires destinées à maintenir le contrôle des espaces maritimes et de leur approvisionnement en énergie et matières premières, un déficit commercial abyssal et le maintien d’un dollar faible. Ce cercle vertueux pour les Américains et vicieux pour nous ne peut se pérenniser qu’à deux conditions : une croissance des échanges internationaux et une dette américaine financée par leurs partenaires commerciaux et aujourd’hui, au premier chef, par la Chine.

La crise de l’euro aura eu comme effet bénéfique d’obliger l’Europe continentale à s’unir un peu plus : après la création d’un espace commercial, le marché unique et d’une monnaie, l’euro, voici la convergence économique en marche. Pourquoi alors ne pas franchir un pas de plus dans le domaine de la Défense. La France et l’Allemagne doivent y réfléchir ensemble. Sur le plan des industries de défense, la réussite d’EADS a ouvert magistralement la voie alors que les déboires prévisibles du Rafale à l’exportation rendent impératif d’aller encore plus loin sur ce chemin.
La France, une fois encore, a montré le cap à suivre en prenant le risque de vendre le Mistral à la Russie. C’est aussi l’option la meilleure pour Dassault [3] et la pérennisation d’une capacité de développement d’un avion de combat de 5ème génération [4] en Europe.

Philippe Migault, rédacteur en chef de la lettre de l’IRIS[5], les analyse avec lucidité :

  • «Rejoindre le programme F-35 et mettre nos compétences et nos finances au service du Pentagone et de l’industrie de défense américaine (..);
  • adosser Dassault Aviation à EADS pour développer un appareil européen. Cela revient à clairement donner le leadership du groupe à la France. Berlin refuserait, sans doute;
  • s’allier aux Suédois de Saabs, voire constituer un pôle avion de combat avec eux au sein d’EADS. Inutile de décrire la partie de meccano-politico-industriel : l’échec sanctionne les projets dont les protagonistes sont pléthore et les leaders mal définis;
  • pourquoi ne pas commencer à réfléchir à l’option russe ? Absurde ? Non. Dans les années 90, Sukhoï a proposé à Dassault Aviation de concevoir un avion de combat de cinquième génération. L’avionneur au Trèfle, encore très optimiste sur le Rafale, avait décliné l’offre. Peut-être faudrait-il y repenser. Parce qu’au-delà des avions, il ne reste que deux industries de défense en Europe capables de produire toute la gamme des armements, la russe et la française. Sans leur alliance, il n’y aura pas de réelle autonomie stratégique européenne.»

Cette alliance stratégique avec la Russie ne se fera pas en un jour mais, à long terme, elle est aussi vitale pour l’Europe que la résolution de la crise de l’euro car, qu’on l’approuve ou non, personne n’a trouvé jusqu’ici une autre recette que l’impératif de défense pour financer massivement des programmes de long terme en recherche-développement, condition essentielle du maintien d’une base industrielle compétitive et clé d’un retour à la croissance économique.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Concept élaboré par le Britannique Halford Mackinder (1861-1947), fondateur de la géopolitique.
Le « Rimland » comprend la ceinture périphérique qui entoure le cœur continental de la masse terrestre eurasiatique ou « Heartland ». Les territoires du « Rimland » vont de l’Europe occidentale au Japon en passant par le Proche et le Moyen-Orient, L’Inde, la Birmanie, la péninsule indochinoise, l’Indonésie, les Philippines, la Corée et le Japon. Le Rimland ceinture ainsi l’espace Europe de l’Est et russo-sibérien et chinois à L’Ouest, au Sud et à l’Est.

[2] Le Royaume-Uni est aussi le seul pays européen à s’être engagé fermement avant même que le processus de sélection soit terminé (BAE faisait partie de l’équipe Lockheed Martin). Cet engagement initial de plus de deux milliards de dollars dans la phase DDS (10% selon les prévisions optimistes de 2001) est complété par un autre investissement, à hauteur de 880 millions, destiné à fournir l’infrastructure nécessaire pour mettre le F-35 Lightning II (JSF) en service, et portant notamment sur l’intégration du système d’armes, la formation, les simulateurs et la réduction du bruit + un coût d’acquisition de 5 milliards de dollars environ pour 50 avions.

[3] Dont la famille au travers du « groupe industriel Marcel Dassault » possède 50,55%, EADS 46,32%, le reste, soit 3,13%, étant du domaine public.

[4] La première génération (1945-1955) correspond à des appareils à réaction subsoniques, sans radar de bord, armés de mitrailleuses et de bombes à gravitation. Ce sont par exemple les MiG 15 et 17, le F-86 Sabre, l’Ouragan;

La deuxième génération (1955-1960) est caractérisée par la vitesse supersonique, une aérodynamique, une motorisation et des matériaux plus performants, des radars embarqués et l’introduction de nouvelles armes, telles que les missiles air-air. On peut citer comme exemples les MiG 19 et 21, les F-104, F-105, F-106, le Mirage III et le Draken (Suède);

La troisième génération (1960-1970) est caractérisée par une plus grande manœuvrabilité, des capacités multi rôles (air-air et air-sol). Les moteurs plus puissants, les équipements de bord et les systèmes d’armes sont plus avancés avec un début d’intégration : MiG 23 et 25 et le Sukhoi SU-15, les F-4 et F-5, le Jaguar, le Mirage F1 et le Super Etandard;

La quatrième génération (1970-1990) est la plus répandue aujourd’hui. L’intégration des systèmes est la règle (radars, communications, armes), ce sont des appareils multirôles capables d’effectuer différentes missions au cours d’une même sortie. Ces avions sont, pour la plupart, en cours de modernisation. Parmi les nouveautés ajoutées, on peut noter le GPS, des systèmes de vision nocturne, de nouveaux systèmes de navigation, de guidage laser pour le ciblage, des casques pour pilote « interactifs » (meilleure vision, affichage d’informations). Ce sont par exemple les MiG 29 et 31, Sukhoi SU-27, F-14, F-15, F-16 et F-18, AV8 Harrier, Tornado, Mirage 2000 et Viggen;

La génération 4.5 est apparue les toutes dernières années du XXe siècle. Les avions sont supérieurs en performances à la quatrième génération et ont des capacités proches de celles de la cinquième génération. L’intégration des systèmes inclut dorénavant la composante humaine à travers des interfaces homme-machine, l’informatisation est presque totale, et ce sont des systèmes conçus pour les opérations en réseau. Ils ont des caractéristiques relevant de la furtivité, que ce soit au niveau des matériaux ou de la conception destinée à réduire leur signature radar. Ces appareils sont presque tous multirôles et multimissions, par tout temps, de jour comme de nuit : on peut citer les Sukhoi SU-33 et SU-35, le F-18 Super Hornet, l’Eurofighter Typhoon, et le Rafale. Ces deux dernier appareils sont très proches de la cinquième génération;

La cinquième génération se caractérise par une combinaison entre systèmes : furtivité, composante humaine et l’intégration réseau global C4ISTAR. Ce sont de véritables centrales informatiques, capables de combats air-air, d’attaque au sol, de défense antimissile tactique, de suppression des défenses aériennes, de frappe en profondeur, de commandement et contrôle de drones ou d’essaims de drones. La puissance de feu est polyvalente, la vitesse et la manœuvrabilité sont accrues. Les autorités militaires américaines classent le F-22 Raptor et le F-35 Lightning II JSF dans cette catégorie.

[5] Institut des relations internationales et stratégiques : www.iris-france.org


La France n’a plus les moyens militaires de ses ambitions politiques : une fausse affirmation ?

0 commentaires

Le journal Le Monde titrait en première page de son édition du mercredi 13 juillet : « La France n’a plus les moyens militaires de ses ambitions politiques ».

Cette affirmation est discutable si l’on regarde les forces militaires mises sur pied au regard des besoins opérationnels actuels. Elle est fausse si l’on compare les moyens financiers investis par la France pour sa Défense, soit un budget annuel de 66 milliards de dollars qui nous place dans le top 5 mondial.

Que se passe-t-il donc dans la boite noire (Armées, DGA, Industries de Défense) qui reçoit des inputs financiers importants et fournit des outputs insuffisants en matière de capacités militaires face aux besoins réels du moment ? Répondre à cette question c’est analyser la chaine des décisions qui partant de la définition des menaces à l’expression des besoins militaires passe par le lancement des projets de développement des systèmes d’armes, pour aboutir à la mise sur pied et au maintien opérationnel des forces.

C’est à ce débat et à cette analyse qu’il faut s’attacher avant de demander à la Nation des efforts financiers supplémentaires. Depuis que je m’intéresse à ces questions [1] jamais une évaluation prospective des menaces n’a été réalisée en indépendance totale avec les lobbyistes des industries d’armement qui sont présents au sein même des partis politiques. Il en découle bien souvent le lancement de programmes inadaptés aux menaces réelles ou à notre stratégie de Défense.

Ce serait le cas, s’il était adopté, du système de Défense anti-missiles que les américains nous poussent à déployer et qui couterait, selon une estimation provisoire, probablement sous-évaluée à dessein, plusieurs milliards d’euros à la France. Ce système, sur le plan de la théorie stratégique, affaiblirait notre dissuasion, sur un plan opérationnel ne servirait à rien face aux menaces actuelles et serait probablement inefficace face à la menace potentielle qu’il est chargé de contrer : un missile lancé par un État voyou. Aucun spécialiste sérieux ne croit qu’il assurerait un taux d’interception proche de 100%. L’expérience du système Patriot, déployé lors de la guerre du Golfe, montre que l’on en est loin. Autre exemple : on peut se demander si une partie des sommes dépensées à la modernisation de notre force de dissuasion nucléaire n’aurait pas mieux été investie dans le développement d’un système français de drones dont les opérations en Afghanistan et en Libye ont démontré l’utilité.

La cause première de cette perte en ligne est à rechercher dans le  manque d’investissement sur les questions de Défense des responsables politiques de droite ou de gauche quand ils sont dans l’opposition. Quand ils arrivent au pouvoir, sans bagage militaire suffisant, ils sont prisonniers des choix biaisés que leur présentent les commissions et groupes de travail réunis à cet effet. Incapables de concevoir et d’imposer les choix drastiques qui s’imposent, les gestionnaires des budgets de la Défense sont condamnés à faire de l’échenillage. Le résultat est toujours le même depuis le départ du Général de Gaulle. A force de couper un peu partout, il manque un peu de tout. Cela est vrai pour les forces qui sont mises sur pied et qui répondent aux besoins réels mais aussi pour celles inscrites dans la programmation militaire pour satisfaire les lobbies. Et une fois de plus c’est aux chefs militaires sur le terrain de faire avec… et, pour l’honneur des armes de la France, ils y réussissent souvent. C’est ce qui explique le mauvais moral  permanent des personnels de l’administration centrale et au contraire le moral excellent des forces combattantes.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] 1973 – Ma thèse, soutenue à l’UER de Sciences politiques de Paris 1, était consacrée à : « Les effets de la politique et des dépenses militaires sur la croissance économique (le cas français : 1945-1973) », à la suite de la quelle j’ai publié, en 1976, deux livres : l’un consacré à l’évolution des menaces : « La guerre civile mondiale », Calmann-Lévy et l’autre : « L’économie des forces », Fondation pour les études de Défense, qui traitait de la cohérence dans les choix des systèmes d’armes.


Les valeurs militaires
dans un monde sans repère

0 commentaires

Article publié dans Le Figaro, début juin 2011

En Afghanistan, en Afrique, partout où je rencontre nos soldats en opérations, je croise de jeunes héros. Ils sont bien de notre temps, mais vous les côtoyez souvent sans les voir, car ils ressemblent banalement à tous ces jeunes de France, qui vivent dans nos villes et nos campagnes. Ni lansquenets, ni bêtes de guerre, ils sont vos enfants, vos voisins, et aussi des jeunes filles et de jeunes mamans que l’on reconnait mal sous le casque et le gilet pare-balle. Beaucoup ont une famille, qui partage ce métier sans l’avoir choisi, au gré des mutations et des absences, sans espérer grand-chose en retour sinon la considération et le soutien de leurs concitoyens, quand un drame survient.

Ils portent les armes de la cité en votre nom, et chaque jour s’en servent, où vous les envoyez. Car leur métier est bien la guerre, même si, pour bien en mesurer le coût, ils chérissent plus que tout la paix…

Ils acceptent de payer le prix du sang, l’épreuve de la blessure. Mais, disent-ils, s’ils deviennent invalides, alors que ce soit « de guerre ». Leur plus grande crainte est d’être un jour regardés comme des victimes, maladroites ou incompétentes, qu’on aurait bernées dans une mauvaise aventure… Car même au fond d’un lit d’hôpital, leur silence et celui de leurs proches ne doivent pas faire oublier qu’ils sont fiers et soucieux de leur honneur. Ils croient que la mission est sacrée et qu’une vie peut lui être consacrée. Ils savent confusément qu’il n’est pas inique que l’individu se donne, corps et âme, à la collectivité. Ils y verraient même une certaine noblesse ou un trait qui les distingue et les grandit et c’est pour cela qu’ils ne sont pas des mercenaires. Mais ils le deviendront quand la cité ne les reconnaitra plus pour cette singularité !

Les soldats ont le tort d’être pudiques, quand il faut se vendre. Celui de ne pas être compris, parce qu’ils s’expliquent trop peu, se réfugiant dans un silence qui préserve les familles et évite les malentendus. Il est si difficile de témoigner de nos épreuves sans le recul du temps ! Mais quand bien même ils parleraient, pourquoi écouterait-on, quand rien n’y oblige, ceux qui finalement incarnent le tragique de la vie ? La mort leur colle à la peau alors que la société l’a rayée de son quotidien.

Pourtant, il n’est de héros sans légende. Et il suffirait ici de dire les faits, dans leur brutale simplicité. De considérer qu’en dehors de toute option politique le sacrifice d’un jeune Français pour les siens est une valeur en soi digne d’intérêt. Qui pourrait le faire, sinon les médias ? A de rares exceptions près - quelques émissions tardives, et d’excellents articles, si l’on cherche bien – c’est plutôt le silence qui règne, toujours moins cruel cependant que les quelques mots qui expédient nos pertes - chaque semaine - entre page judiciaire et météo du lendemain.

Alors quoi, finalement ? Notre société, si évoluée, avide de libertés et de loisirs, a-t-elle encore besoin de héros et de légendes ? Chacun connait la réponse. Les jeunes Français sont capables de donner vingt noms de footballeurs et chanteurs en tous genres devenus icônes de leur quotidien en délivrant le message de la célébrité et de l’enrichissement. Combien, d’individus qui - quel que soit leur métier - ont choisi de consacrer leur vie aux autres ?

Ces gamins de 20 ans, qui offrent leur vie quand la République le demande, mériteraient cette reconnaissance ! Mais ils ne font pas fortune. J’ai la faiblesse de croire qu’ils constituent cependant la plus précieuse de nos richesses, toute d’humanité, de chair et de sang.

Nous aurons toujours besoin de ces jeunes hommes et femmes pour ce métier de soldat, qu’aucune machine ne fera à leur place. Qui peut croire que la guerre devienne un jour l’affaire de robots commandés à distance par les « riches », contre des « pauvres » à la poitrine nue ? Aucune démocratie ne le supporterait. Les hommes sont condamnés à rester l’instrument premier du combat. Mais en trouvera-t-on encore longtemps pour porter nos armes ?

Rien n’est moins sûr si nous continuons à ignorer l’histoire de nos héros, qui est aussi celle de notre pays s’écrivant sous nos yeux. Rien n’est moins sûr si la nation n’y reconnait pas ses fils et persiste à refuser une considération qu’ils n’osent même plus solliciter, dans la cacophonie de ceux qui exigent tout et n’importe quoi. Une société « fabrique » ses défenseurs en leur offrant une place et une reconnaissance particulières. Elle génère, au sens propre, les volontaires qui feront le choix des armes, malgré des contraintes exorbitantes. Un choix rationnel, qui n’est pas seulement la réponse à l’irrésistible appel d’une vocation.

Prenons garde que ces volontaires ne deviennent les victimes silencieuses d’un pays qui ne se rappellerait plus ni leur mérite, ni leur utilité, ni même d’avoir un jour exigé leur sacrifice. Nous ne les trouverions simplement plus.

Général de corps d’armée Hervé Charpentier, Commandant des forces terrestres