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Naufrage de l’État de Droit : Général Antoine Martinez

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Alors que l’état d’urgence est en vigueur, le peuple français, médusé, assiste à l’embrasement d’une multitude de zones du territoire où la loi de la République n’est plus appliquée et dans lesquelles la police n’est plus tolérée car considérée comme une force d’occupation.

Ces événements inacceptables et inadmissibles ne sont cependant pas une surprise. Ils sont la conséquence de l’impuissance et de la démission des pouvoirs publics, du renoncement des responsables politiques à affronter les réalités en tentant depuis des années d’acheter la paix civile, notamment dans ce qu’on appelle les territoires perdus de la République, prêts dorénavant à s’embraser au moindre incident. Les gouvernants sont arrivés aujourd’hui au point de non-retour où ils ne maîtrisent plus rien car ayant toujours un temps de retard et étant toujours dépassés par l’événement.

Dans ces conditions, ils pourraient très bientôt ne plus être en mesure de maintenir ou de rétablir l’ordre public avec les seuls moyens habituels, c’est à dire la police et la gendarmerie. La Cité est en feu et l’ordre public n’existe plus.

Mais cet ordre public, marqueur important de notre démocratie, ne peut régner durablement que dans la Cité évoquée par Aristote et dans laquelle les citoyens sont réunis par un choix de vie commune, cette dernière étant assurée et consolidée par la référence à un même passé mythique, à des héros communs, à des rites et des lois intégrées et partagées. Nous sommes loin aujourd’hui de cette Cité, car il a suffi d’une quarantaine d’années seulement pour que l’héritage historique du peuple français, vieux de deux millénaires bercés par la Grèce et la Rome antiques et nourris par la culture judéo-chrétienne, soit mis en péril en raison de l’irresponsabilité, du manque de clairvoyance, du déni de réalité et même par la compromission de nos « élites politiques » qui ont exercé et qui exercent aujourd’hui le pouvoir.

Avoir laissé faire et accepté une immigration massive, incontrôlée et injustifiée et vouloir intégrer des musulmans, en l’occurrence par millions, dans une société occidentale laïcisée et qui a pour fondement le christianisme a constitué et constitue une pure folie et reste une utopie contre laquelle il va bien falloir que les Français réagissent.

Compromission, car ce quinquennat finissant qui a été qualifié de « quinquennat pour rien » a, en réalité, aggravé la situation et a été marqué par des événements dramatiques dus à des dysfonctionnements majeurs dans l’application de l’état de droit et à des décisions inadaptées et contraires aux intérêts de la France et de la nation française.

Il est vrai que depuis les années 1980, le principe de l’assimilation a été fortement ébranlé puis carrément attaqué par les nouveaux arrivants trop nombreux, plus soucieux de faire grandir l’oumma et refusant de se conformer aux règles et au mode vie du pays accueillant. Ils ont d’ailleurs été encouragés dans cette voie par les promoteurs du droit à la différence qui ont ouvert ainsi la porte au communautarisme. Il faut pourtant rappeler que l’assimilation qui a été l’un des principes qui a fait la France et sa richesse jusqu’à la fin des années 1970 a eu le grand mérite de rendre la diversité vivable car elle permettait précisément l’avènement d’un fort sentiment d’appartenance à une nation et d’une volonté affirmée d’unité nationale qui ont forgé l’identité française. Peut-être est-il utile et nécessaire de rappeler aux contempteurs de cette identité qu’elle repose sur un socle qui comprend trois volets : une Histoire, une culture avec sa langue, le français, et un mode de vie que beaucoup nous envient.

Et c’est l’adhésion à ce socle, à cet héritage, à cette mémoire qui aurait dû et devrait être facilitée, favorisée et inculquée par l’école car c’est ce qui crée les conditions du vouloir vivre ensemble et garantit l’unité pour former des projets communs.

Mais l’école, aux mains des experts du pédagogisme qui l’ont menée à sa ruine, ne le fait plus depuis longtemps. D’ailleurs, elle est même devenue le creuset de la libanisation du pays. Elle a failli à sa mission depuis plus de quarante ans, sans réaction des responsables politiques qui se sont succédé. Pis, l’actuel ministre de l’Education nationale agit contre les intérêts de la nation française en favorisant, et finalement en appliquant dans sa réforme la politique culturelle islamique de l’OCI en préconisant l’enseignement de l’islam et l’apprentissage de la langue arabe dès le CP.

Cela dit, on ne peut assimiler que des individus. Il est impossible d’assimiler des peuples. Mais si on en est arrivé là, c’est parce que les responsables politiques ont laissé se constituer, depuis de nombreuses années, ces territoires perdus de la République que sont ces centaines d’enclaves occupées par des populations issues de l’Afrique noire et du Maghreb – et abandonnées par une grande partie des autochtones – où règne aujourd’hui la loi de l’islam.

Et force est de constater que cette immigration extra-européenne a été encouragée à refuser l’adhésion à ce socle pour imposer sa loi incompatible avec notre culture et notre mode de vie, ouvrant ainsi avec certitude, à plus ou moins brève échéance, la voie vers une future confrontation. Il faut bien reconnaître que le nombre invalide à l’évidence tout espoir d’intégration.

Les violences urbaines actuelles le démontrent. Les diatribes violentes et haineuses contre la France en témoignent. Et l’ordre public n’existe déjà plus dans ces territoires perdus sans que cela émeuve nos gouvernants. L’absence totale de réaction du gouvernement et le laisser-faire dans ces territoires ces derniers jours, après une interpellation musclée de la police, conduisent à des violences urbaines inacceptables qui s’étendent dangereusement. Cette démission de l’Etat favorise l’aggravation de la situation, alimente la propagation de la chienlit et compromet sérieusement le rétablissement de l’ordre public.

Mais faut-il s’en étonner lorsque le Chef de l’Etat outrepasse son rôle en se rendant au chevet d’un individu, blessé lors d’une interpellation violente qu’il a lui-même provoquée et à laquelle il a tenté de se soustraire par la force, et qu’il désigne à la vindicte publique les policiers sans attendre les résultats de l’enquête ?
Ne se rend-il pas compte qu’il verse ainsi de l’huile sur le feu et participe à l’engagement de cette spirale infernale ? Comment a-t-il pu, par ailleurs, reconnaître explicitement devant deux journalistes le péril que représente l’islam – et non pas l’islamisme – puisqu’il a évoqué lui-même sa crainte d’une partition du pays, et être resté et continuer de rester inactif devant ce risque ?

Quelle conception écœurante de la politique ! En vérité, il ne fait que confirmer un état de fait illustré par ces violences urbaines.

Il existe bien des enclaves sur notre territoire occupées par un peuple intrinsèquement étranger pour une grande partie au peuple français même s’il possède des papiers français et dans lesquelles la loi de la République a été remplacée par la loi de l’islam.

Et il faut en être conscient, cet autre peuple ne se sentira jamais français, et ne le mérite d’ailleurs pas. Il faut entendre sa haine à l’égard de la France.

Mais faut-il s’en étonner lorsqu’un candidat à la présidence de la République, en déplacement en Algérie où il est allé chercher son adoubement, ose affirmer que la France a commis un crime contre l’humanité avec la colonisation ?
Faut-il lui rappeler les raisons du débarquement des forces françaises, en 1830, en Algérie qui n’existait pas en tant que telle encore car c’est la France qui a construit ce pays ? (*) Faut-il lui apprendre – car il ne le sait pas – que l’Europe subissait depuis plus de trois siècles les actions de piraterie et l’esclavage des barbaresques menées en Méditerranée et sur les côtes européennes par la Régence d’Alger intégrée à l’empire ottoman, et que le roi Charles X, en accord avec ses homologues européens, décida d’y mettre un terme ?
Faut-il lui apprendre que lorsque les Français s’implantèrent un peu plus tard sur le territoire représenté par les actuels Tchad et République Centrafricaine pour éradiquer l’esclavage, la population sédentaire avait été en grande partie déportée par les trafiquants d’esclaves arabo-musulmans. Et pour ajouter à la barbarie, cette déportation ne s’est pas seulement limitée à la privation de liberté et au travail forcé. Elle fut aussi une véritable entreprise génocidaire d’extinction ethnique par castration, car ces esclaves ne devaient pas faire souche en terre d’islam ! N’est-ce pas là un vrai crime contre l’humanité ?
Et ce sont les descendants de ces esclavagistes qui veulent nous faire la morale aujourd’hui et nous obliger à la repentance ? Mais c’est eux qui doivent faire repentance !

Le constat est cruel mais implacable : le politique n’est pas à la hauteur de sa fonction et cette dernière a même été, au cours de l’actuel quinquennat, discréditée, abaissée, affaiblissant ainsi les institutions à un moment où la situation exige l’autorité de l’Etat. Et cet état de faiblesse de l’Etat face aux menaces, notamment intérieures, constitue un accélérateur de la dégradation de la situation et de la dérive vers la confrontation inévitable. En effet, le risque majeur auquel sera confronté bientôt – et peut-être plus vite qu’on ne le pense – notre société pourrait bien se traduire par une totale submersion des capacités régaliennes de l’Etat avec des violences urbaines et des émeutes de très grande ampleur qui conduiraient à des affrontements meurtriers. Et cette situation pourrait être mise à profit par les dizaines de milliers de djihadistes et djihadistes potentiels prêts à semer la mort au signal. L’impuissance et la démission de l’Etat ont donc bien signé la mort de l’ordre public et ouvert la voie à la violence, voire à une guerre civile ethnique.

Une tâche immense attend le prochain président de la République. Mais il ne pourra pas échapper au débat capital qui porte sur l’exercice du pouvoir et donc sur les exigences qu’il requiert. Le peuple, qui lui aura confié la destinée du pays, doit exiger de lui, notamment à un moment difficile marqué par une guerre à l’extérieur mais également et surtout à l’intérieur, d’exercer sa fonction de façon responsable, avec fermeté et rigueur, en ayant une vision à long terme, en sachant identifier les menaces qui guettent la collectivité dont il doit assurer la protection.

Et la première menace à contrer, c’est l’islamisation criminelle de notre société qui conduit la nation à sa perte. Il devient donc urgent de stopper l’immigration extra-européenne et même d’inverser ce processus.

(*) Peut-on rappeler à cette occasion la pertinente remarque de Ferhat Abbas, qui fut président du GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) « La France n’a pas colonisé l’Algérie, elle l’a fondée ».


On a raté la marche !

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René Neyret, ancien ingénieur de la DCAe, avait écrit cet article en octobre 2012 pour la revue de la DGA. Le saut effectué sans parachute par l’américain Luke Aikins a ravivé les souvenirs de ces moments partagés ensemble en 1987 pour ramener en France le record du monde d’altitude de saut en chute libre et il vient de me l’envoyer.

Je publie cet article pour apporter un éclairage sur la décision de ne pas aller jusqu’au bout de ce programme. C’est Jacques Chevallier, le Directeur Général de l’Armement de l’époque, qui avait toujours été contre ce défi mais qui avait dû se soumettre à la volonté d’Alain Giraud et qui a œuvré pour l’arrêter à la dernière marche. Il a profité de l’alternance de Mai 1988 pour proposer à Jean-Pierre Chevènement de le stopper car il le jugeait à tort, depuis le début, ce défi dangereux pour l’image de la DGA en cas de mort du parachutiste. L’argument financier ne tenait pas en Mai 1988 car 95% du coût du programme avait été réalisé.

Ce manque de courage collectif pour assumer les risques du progrès et des défis qui y sont attachés est pour moi la principale cause de la stagnation économique et le chômage que connait la France aujourd’hui.

Le parachutiste autrichien, Félix Baumgartner vient de battre le record du monde de saut en altitude.

Il s’est élancé d’un ballon gonflé à l’hélium d’une altitude de 39 000 mètres. D’après son équipe Red Bull, il a également franchi le mur du son, Il devient ainsi le premier homme à dépasser les 1300 km/h en chute libre.

En apprenant cette nouvelle sur France Inter, ce dimanche matin, 14 octobre 2012, je ressens un immense sentiment d’injustice de frustration et même de colère.

Mon téléphone sonne en permanence. Quelques bons amis m’appellent, certains fidèles, pour me soutenir : « Ç’aurait dû être vous, quel dommage ! », d’autres plus badins : « Tu t’es fait avoir par l’autrichien ! »

Ce record est celui que la France aurait dû battre en 1988. L’histoire débute en septembre 1987, Grande Halle de la Villette à Paris – Nuit des Réussites. Une rencontre improbable entre Alain Prieur, ouvrier-boulanger de 38 ans, reconverti en cascadeur et le ministre de la défense André Giraud.

Alain venait de présenter une vidéo de son saut sans parachute au Burkina Faso. Le film ayant plu au ministre et l’ayant impressionné, ce dernier lui promet de l’aider si un de ses projets concerne son ministère.

L’aventure démarre, quelques jours plus tard, dans le bureau du chef de cabinet du ministre où Alain Prieur présente son projet de record du monde de saut en altitude. Son but : faire mieux que le record de l’époque détenu par le capitaine américain, Joseph Kittinger avec un saut de 31 333 mètres et une chute libre de 25 816 mètres. Alain veut ajouter une marche supplémentaire à celle inscrite sur la nacelle américaine : « This is the highest step in the world ! » Une marche française de 38 000 mètres. L’opération aura pour nom de code S38.

Pour cela il faut un ballon stratosphérique gonflé à l’hélium – 500 000 m3, la taille d’un terrain de football. Le CNES dispose de ce type de ballons pour les mesures météorologiques. Une nacelle, l’Air Liquide est un bon spécialiste des nacelles étanches. Une combinaison et un casque pressurisés, ceux utilisés par les pilotes de Mirages et fabriqués par Zodiac-Aérazur devraient convenir. Cette société fournira également les parachutes nécessaires au chuteur et à la nacelle qui doit être récupérée. Il sera enfin indispensable se procurer un système d’alimentation en oxygène et de climatisation, spécialités de la société Intertechnique.

L’équipe de projet est dirigée par la DGA – j’eus l’honneur d’être choisi pour animer le groupe – et comprend des personnels ingénieurs, techniciens et ouvriers du CEV, du CNES, de l’Air Liquide, d’Aérazur, et d’Intertechnique.

La maîtrise d’œuvre est confiée au général Jean-Bernard Pinatel chef du SIRPA, j’en assure la maitrise d’ouvrage pour le compte de la DGA. Le CEV teste, valide les matériels et assure l’ensemble des examens médicaux.

André Giraud continue de soutenir fermement ce projet et adresse des courriers aux présidents des sociétés leur demandant leur soutien – qu’ils accordent naturellement –, ainsi qu’au chef d’Etat-major des Armées. Le projet progresse rapidement, chez les industriels mais également au CEV, où des essais en vol sont effectués depuis, des hélicoptères.

Alain découvre un monde qui est lui totalement inconnu. Jusque-là son métier de cascadeur consistait essentiellement en des sauts à moto au-dessus d’obstacles les plus farfelus : 25 voitures, 16 autobus, un chalet d’altitude, un avion en vol… Une douzaine de séjours à l’hôpital et presque autant de comas.

Il avait à cette époque, effectué une dizaine de sauts sans parachute. Cette cascade extrêmement risquée – elle a provoqué sa mort quelques années plus tard – consistait en la transmission d’un parachute entre deux chuteurs, l’un en possédant deux, l’autre, Alain Prieur, n’en possédant pas.

La collaboration entre l’institution et cet homme simple et plein d’allant donne des résultats étonnants. Grâce à son charisme, Alain est rapidement devenu la mascotte du projet. Les personnels acceptent – et même proposent – de travailler le dimanche, pour que le projet avance plus vite.

L’équipe d’une quarantaine de personnes, dont une dizaine d’ingénieurs du CEV, travaille dans l’enthousiasme. Ce projet est unique, car il est à la fois étroitement lié aux métiers et compétences des participants et complètement en dehors du champ habituel d’application. Notamment par la présence des médias : nombreux journaux nationaux, participation de TF1 qui devait retransmettre le saut en direct dans le journal de la mi-journée.

Tout cela débouche, le 26 septembre 1989, sur le saut d’un mannequin entièrement équipé de capteurs de vitesse, accélération, température, vibrations et aussi de caméras fixées sur le casque et sur la nacelle. Le lancement se déroule au centre du CNES d’Air-sur l’Adour.

Le lancement, au petit matin, dans une légère brume, du ballon stratosphérique est un moment magique. Je me souviens encore avec émotion des applaudissements de l’équipe réunie à cette occasion.
La montée à 38 000 mètres dure plus de deux heures, l’ouverture de la porte et le largage du mannequin se fait par télécommande. À 16 000 mètres d’altitude les radars de Mont-de-Marsan indiquent une vitesse de 160 mètres par seconde au moment précis où nous entendons le double bang du passage du mur du son. Les quatre minutes de chute libre et l’ouverture automatique du parachute à 1 500 mètres d’altitude précèdent une arrivée au sol en douceur retransmise en direct par la caméra fixée sur le casque du mannequin. Cette même caméra qui montrera des images saisissantes de la courbure de la terre et de ces 35 000 mètres de chute libre.

Les dépouillements des résultats des enregistreurs montrent sans équivoque qu’un homme aurait parfaitement pu exécuter ce saut sans aucun dommage, y compris le passage du mur du son.
Malgré cela le 13 février 1989, le ministère de la défense prend la décision de se retirer du projet. La situation de rigueur budgétaire le conduit à consacrer son budget à sa mission essentielle. La note du nouveau ministre Jean-Pierre Chevènement, indiquant qu’il ne voit que des avantages à ce que le projet puisse se poursuivre si les autres partenaires souhaitent le prendre en charge, sera sans effet.

Ainsi s’est terminée cette aventure proposée par un modeste et charismatique boulanger-pâtissier-cascadeur et soutenue par un ministre qui souhaitait redorer l’image de l’institution.

En relisant aujourd’hui le dernier roman d’Alain Prieur, « Cascadeur », j’ai envie de lui rendre hommage en citant sa préface empruntée à Georges Clémenceau: « Une vie est une œuvre d’art, il n’y a pas de plus beau poème que de vivre pleinement, échouer même est enviable pour avoir tenté. »

René Neyret


Lettre d’un père catholique aux dessinateurs de « Charlie Hebdo »

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C’est au cœur de Marseille, dans un quartier défavorisé et essentiellement peuplé de musulmans, où le taux de pratique religieuse se tassait sous la barre des 1%, que le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine a été installé en 2004. Depuis, la presse locale l’a surnommé « le prêtre qui multiplie les paroissiens ». Je publie ici sa lettre au 4 dessinateurs de CHARLIE.

Cher Jean, cher Georges, cher Stéphane, cher Bernard,

Bien que je sois prêtre et que cet état par le passé vous débectait, permettez-moi de vous appeler par vos prénoms et non par vos noms de guerre. Une façon comme une autre de me sentir votre frère. Certes, vous demeurez Cabu, Wolinski, Charb et Tignous, dessinateurs de profession, crayonneurs d’idées, trublions de vie politique, insulteurs de justes et de coupables, souvent drôles et méchants sous le crayon vulgaire et obsessionnellement blasphémateur du sacré, mais à mon esprit éduqué par le Christ à dépasser les apparences, vous apparaissez plus grands que votre œuvre, plus grands que vos dessins offerts aux combats rétrécis de la terre. Seule la bonté personnelle qualifie un être et l’ennoblit jusqu’à la moelle, je le crois, et pour cela, je mourrais. Tout le reste n’appartient qu’à la petite histoire qui finit sous le dégueuloir conventionnel des hommages et des récompenses accordés entre hommes, au gré des intérêts particuliers et des partis. Bah ! que tout cela est bas !

Aujourd’hui, préoccupé par plus haut, maintenant que la vie n’est plus un mystère pour vous puisque vous connaissez la vérité tout entière (et Dieu sait si cette connaissance doit désormais susciter en vous non plus votre humour mais votre joie), je viens vous demander un petit coup de main pour la France. Ne me le refusez pas.

Amis, auriez-vous la gentillesse de dire un mot au créateur du monde afin qu’il continue de juger avec indulgence ses enfants d’en bas qui le rejettent ou qui prétendent le défendre en tuant leurs semblables ? Faites cela pour nous, je vous en supplie ! Que le Ciel n’abandonne pas la terre, et que les hommes comprennent, enfin, que travailler à la mort de Dieu dans les consciences ou tuer au nom de Dieu revient à massacrer l’homme lui-même ! Pourriez-vous aussi de vos lumières actuelles éclairer nos intelligences de manière à ce que nous empruntions les chemins par lesquels on peut enrayer les fusils les plus huilés ?

Je vous avoue qu’une chose me surprend depuis votre entrée dans la vie éternelle : c’est la glorification unanime de la liberté d’expression que vous auriez honorée magnifiquement jusqu’à mourir pour elle ! Je dirais plus sobrement que vous avez exprimé librement ce que vous pensiez, sans jamais vous préoccuper des effets collatéraux que l’expression de VOTRE vérité pouvait créer dans les esprits. C’est ainsi. Pourtant, dans les relations humaines, et en particulier dans la vie conjugale, familiale, et même amicale, nous ne lâchons pas ce que nous pensons sans exercer un certain discernement à la seule fin de ne pas blesser inutilement nos proches. Et cela devrait valoir aussi pour les lointains.

La raison de cette retenue n’est pas à chercher bien loin, elle appartient à l’univers de l’amour qui tout simplement ne désire pas blesser. Cette retenue dans le langage, cette réserve bienveillante n’est pas une faiblesse, elle est une intelligence qui protège les liens et qui, en évitant de faire monter le sang à la tête de l’adversaire potentiel, empêche par rebond de le faire jaillir de la tête d’un autre. Cette réserve, tout homme peut la vivre, elle est vraiment à la portée de tous, sauf de l’extrémiste qui donne aux idées plein pouvoir y compris à l’irrespect qui, paraît-il, gagne la partie.

Le président de la République n’a pas cessé ces derniers jours d’appeler le peuple français à la vigilance. Encore une idée bien abstraite !

Que faut-il donc faire ? Rester chez soi ? Faire des provisions ? Lire le Coran ? Souscrire à un abonnement à Charlie Hebdo ? J’aurais préféré qu’il demandât humblement à tous les Français de calmer le jeu de la haine en les suppliants de ne plus blesser la conscience d’autrui au nom d’une liberté d’expression pas assez réfléchie, autrement dit, en nous invitant tous à prendre la résolution de respecter profondément les croyances qui sont chères à des millions de personnes. C’est à ce prix que la paix fera son lit.

Chers Jean, Georges, Stéphane et Bernard, votre mort ignominieuse me fait une peine immense et je voudrais qu’elle ne soit pas inutile. Vos caricatures ne méritaient pas de vous tuer, mais elles l’ont fait. D’une certaine façon, vous avez touché de votre humour grinçant les régions les plus viscéralement haineuses de la nature humaine, assoiffée de justice et de vengeance, et par là, vous avez provoqué l’avènement de la barbarie. Parce que votre nature était saine, je veux le croire, parce que vous cherchiez sans doute à votre manière le bien commun, parce que vous considériez la liberté d’expression comme un droit devant s’exprimer sans état d’âme, parce que vous étiez au fond restés des enfants qui dessinaient comme tous les enfants tout en jouant à mettre le feu, vous avez oublié la permanence de la cruauté humaine quand elle se met au service d’une cause jugée absolue. Vous avez touché à de l’intouchable, et en réponse, vous qui étiez intouchables de par votre dignité d’homme, vous avez été plus que touchés, abattus en plein cœur.

Au-delà de toutes les décisions politiques qui seront prises, je l’espère, pour contrecarrer les actes terroristes, intercédez pour nous, chers Cabu, Wolinski, Charb et Tignous, rendez-vous intelligents et respectueux des croyances d’autrui pour que la France se distingue encore par sa hauteur civilisatrice.

Un dernier point qui me tient à cœur : si vous croisiez au Ciel les trois petits enfants qui, lors de l’affaire Merah, ont été assassinés sauvagement, embrassez-les pour moi, et partagez avec eux la gloire qui est la vôtre aujourd’hui. Eux n’ont pas eu droit à une journée de deuil national ni à une manifestation d’envergure. Mais que pouvons-nous y faire ? Ces enfants ne disposaient que de leurs prénoms, ils n’avaient pas de noms de guerre, et ils ne défendaient pas la liberté d’expression ni la cause de certains politiques! Qu’importe ! Seule la bonté personnelle qualifie un être et l’ennoblit jusqu’à la moelle, je le crois. Pour cela, je mourrais.

Allez, chers Cabu, Wolinski, Charb et Tignous, soyez dans la joie de Dieu, continuez votre vie, et éclairez-nous maintenant de vos clartés.

Père Zanotti-Sorkine, Prêtre catholique

Prédicateur, écrivain, compositeur et chanteur.

Source : http://www.bvoltaire.fr/


La contribution européenne à l’effort militaire de la France au Mali et au Centrafrique

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M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, participe aujourd’hui, 20 janvier, à Bruxelles au Conseil des affaires étrangères de l’Union européenne. A cette occasion, les ministres feront notamment le point sur la situation et les moyens permettant aux Européens de contribuer à la stabilisation de la RCA, y compris dans le domaine militaire.

L’Europe a, en effet, décidé d’apporter une contribution qui devrait rester néanmoins peu importante si on la compare à l’effort que la France fait au Mali et en Centrafrique. Ce qu’il y a de nouveau dans cette volonté européenne c’est l’expression par l’Allemagne d’une nouvelle perception du risque pour l’Europe de laisser se développer l’instabilité en Afrique sans intervenir. Cette prise de conscience est en soi un événement politique important même si elle ne se traduit pas immédiatement par un envoi sur le terrain d’un volume de forces conséquent.

En effet, entre la perception et la mobilisation puis l’engagement d’une force européenne significative il y a un grand pas que les Européens ne semblent pas encore prêts à franchir notamment du fait du véto anglais qui refuse de cautionner tout ce qui peut ressembler à un embryon de défense européenne et qui s’en tiennent à leur doctrine de l’aide bilatérale ou de l’intervention dans le cadre de l’OTAN.

Cette contribution européenne prendra la forme d’un allégement de la charge de la France au Mali, afin de lui permettre de renforcer ses effectifs en Centrafrique.

Après la décision d’Angela Merkel de participer à cet effort européen, il est intéressant de faire le point de qui participera ou ne participera pas à cette mission EUFOR RCA Bangui et comment s’articulera cette force avec les forces françaises sur place.

Ceux qui ne participeront pas ou qui hésitent

Au premier lieu, la Grande-Bretagne qui avait essayé de remplacer l’influence française en Centrafrique via l’Afrique du Sud, en soutenant le Président Bozizé. Elle ne participera évidemment pas à cette mission et sera suivie vraisemblablement par l’Irlande et les Pays-Bas, traditionnellement alignés sur la position anglo-saxonne. La Slovénie et le Chypre non plus, du fait de leur manque de moyens.

L’Autriche, la Finlande, la Grèce, l’Italie, la Lettonie et le Luxembourg n’ont pas formellement donné leur réponse et de toutes façons, s’ils décidaient de participer, ce ne pourrait être que symboliquement.

Les pays contributeurs seront donc :

  • l’Allemagne : le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a, en effet, déclaré « L’Europe ne peut pas laisser la France seule ». Ce sont également des intérêts européens. « Si en Afrique noire l’instabilité, les violences et le terrorisme menacent, il y aura des conséquences en Europe ». Quatre avions pourraient être mis à disposition des Européens (comme de la Misca ou des Africains). Ces avions seront vraisemblablement mis en pool au sein de l’European Air Transport Command (EATC). La participation allemande pourrait se situer aussi au niveau du quartier général;

  • la Belgique : l’idée de l’engagement d’une compagnie (de parachutistes, le cas échéant) a été balayée par Pieter De Crem, le ministre de la Défense, qui assistait samedi au départ d’un C-130 Hercules pour le Gabon, afin de prêter main forte aux Français de Sangaris (une promesse faite en décembre. Un second avion part mardi). « Aucune demande de l’UE n’a formellement été adressée à la Belgique ». Effectivement, il n’y a pas eu de conférence (formelle) de génération de forces. Mais tous les États membres ont été déjà testés individuellement. La relève de la force de protection dans l’opération EUTM Mali, promise par l’Allemagne, pourrait permettre à ces pays (la Belgique et l’Espagne) d’avoir des troupes disponibles, peut-être pour une seconde rotation;

  • l’Espagne a déjà basé un C-130 Hercules à Libreville, avec un petit détachement Air qui va faire des navettes avec la Centrafrique. Une dizaine de rotations sont prévues ce mois. Le ministre des Affaires étrangères devrait indiquer la position du gouvernement lors de la réunion;

  • l’Estonie : Tallinn a officialisé rapidement sa participation : 55 hommes et femmes pour la première rotation qui représentent 10% de l’Armée estonienne;

  • la Pologne et la République Tchèque étudient une participation qui pourrait être commune;

  • la Suède réfléchit sérieusement à une contribution mais Carl Bildt, le ministre suédois des Affaires étrangères, regrette le véto anglais qui ne permet pas d’utiliser les « battlegroups », groupements tactiques de l’UE, « car si nous ne les utilisons pas maintenant, cela montre qu’ils ne sont pas utiles et ne pourront jamais être utilisés », écrit-il sur son blog.

La réunion des ministres des Affaires étrangères devrait consacrer la France comme la nation-cadre de l’opération. La France a, en effet, proposé de fournir le FHQ (quartier-général de force), voire, si nécessaire, l’OHQ (quartier général de l’opération) du Mont-Valérien, qui avait déjà servi pour l’opération EUFOR Tchad. Paris devrait aussi logiquement fournir une contribution importante en personnel et une bonne partie de l’État-major. Le principe d’une nation-cadre est de « combler » les trous qui ne sont pas assurés par les autres nations et de fournir l’ossature de l’État-major. Logiquement, la taille de la contribution française devrait donc être connue en dernier.

Le chef de la force sur le terrain (FHQ) devrait être un officier supérieur français (général ou colonel en fonction des effectifs européens déployés). En revanche, le chef des opérations devrait être d’une autre nationalité, comme c’est l’usage. C’est souvent un officier supérieur, issu d’un pays qui fournit une forte participation. Ce pourrait être un Allemand ou un Polonais, si les Polonais se décident.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL


L’inflexion de la politique étrangère de la France

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François Hollande se rend en Israël du dimanche 17 novembre au mardi 19 novembre, afin d’améliorer les relations politiques entre les deux pays. Depuis les négociations de Genève, les deux pays semblent se retrouver sur une même ligne politique, une attitude assez étonnante compte tenu de la ligne politique française plutôt alignée sur les pays arabes depuis 1960. Une nouvelle tendance est-elle en train d’émerger ?

Analyser l’évolution de la diplomatie française au regard de l’actualité revient à évaluer s’il existe une adéquation entre les objectifs permanents de la politique étrangère et sa mise en œuvre par François Hollande et Laurent Fabius.

La politique étrangère d’un pays peut se définir par trois impératifs ainsi hiérarchisés :

  • contribuer à la sécurité de la France et des Français
  • participer à son développement économique
  • favoriser son rayonnement dans le Monde.

Ces trois objectifs n’ont pas la même importance. La sécurité est, de loin, l’objectif qui de tout temps s’est imposé comme le fondement de la politique étrangère, les alliances en étant le mode d’action privilégié.

C’est donc à partir du contexte géopolitique et des menaces potentielles que l’on doit définir une politique étrangère et la faire évoluer.

Le Général de Gaulle, alors que la menace principale était constituée par les forces du Pacte de Varsovie, avait conçu une politique étrangère et de défense conforme aux intérêts français que l’on pouvait définir ainsi : indépendance nationale concrétisée par la force de dissuasion nucléaire, l’alliance atlantique mais la non intégration dans l’organisation militaire, le maintien de relations privilégiées avec la Russie éternelle qu’il distinguait de son régime politique totalitaire actuel [1], l’intégration européenne avec, pour moteur, le tandem franco-allemand. Ses successeurs Georges Pompidou, Valérie Giscard d’Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac ont globalement endossé cette stratégie extérieure. Cette politique d’indépendance nationale avait permis à la France de se positionner en médiateur dans les conflits du Moyen-Orient, ne prenant pas partie pour l’un ou l’autre camp dans le conflit israélo-palestinien [2], de rester une puissance capable d’intervenir en Afrique dans le cadre d’accords de Défense avec nos anciennes colonies à partir de bases permanentes.

Le contexte géopolitique a profondément changé depuis 20 ans : la Russie n’est plus une menace, le terrorisme islamique devient la menace principale pour nos intérêts en Afrique, au Moyen-Orient et au sein même du territoire européen. Nos dirigeants politiques sous-estiment le fait que la Russie et l’Europe sont confrontées à ce même risque stratégique, ce qui devrait nous amener à nous allier pour le circonvenir.

Car cet Islam radical prend sa source contemporaine dans le conflit israélo-palestinien. Les États-Unis, qui sont séparés de ce théâtre par l’Océan Atlantique et qui sont devenus moins dépendants énergétiques grâce au pétrole et au gaz de schiste, n’ont pas intérêt à le voir résolu. En effet, leur complexe militaro-industriel, dénoncé en son temps par le Général Eisenhower à la fin de ses deux mandats présidentiels, y trouve son intérêt en empochant la majorité des contrats d’armements liés à cet état de guerre.

La Fédération de Russie, comme l’Europe, ont sur leur territoire environ 25 millions de musulmans, autochtones pour les premiers, et immigrés à 50% pour les seconds. Les uns comme les autres nous avons connus, et nous connaîtrons encore demain, des attentats terroristes de grande ampleur. La seule parade, c’est de nous allier pour étouffer dans l’œuf la guerre civile confessionnelle entre sunnites et chiites, qui se développe en Syrie et déborde aujourd’hui en Irak, et mettre toute notre influence en commun pour établir une paix durable au Moyen-Orient. En ce sens le chacun pour soi est criminel, et nous prépare des lendemains qui déchantent.

Alors que l’intérêt à long terme de la France est de s’attacher à construire une politique européenne commune face à cette menace et à bâtir une alliance stratégique avec la Russie, la France tend aujourd’hui à s’aligner sur les positions américaines, voire « être plus royaliste que le Roi » pour masquer cet alignement. Autant nous partageons les mêmes intérêts vitaux avec les Américains, autant nous n’avons aucun intérêt à nous aligner sur les positions américaines dans les portes orientales de l’Europe : Russie, Turquie, Moyen-Orient, Asie centrale où se développe des conflits et des crises qui menacent directement notre sécurité et pénalisent notre développement.

Or, François Hollande et Laurent Fabius, ont infléchi nettement cette politique traditionnelle d’équilibre dans cette région du Monde. Dans le conflit israélo-palestinien nous nous alignons sur la politique américaine pour des raisons politiques, importance du lobby pro-israélien en France, et économiques de court terme, la perspective de contrats pour nos grandes entreprises stratégiques et d’investissements de pétrodollars en France. Cela se matérialise aussi par des positions intransigeantes de la France dans le dossier syrien et dans celui du nucléaire iranien, par le soutien aux rebelles syriens, par des liens renforcés avec le Qatar et avec les monarchies moyenâgeuses du Golfe qui soutiennent les expressions les plus radicales de l’Islam : le wahhabisme, le salafisme et les frères musulmans.
Cette inflexion de la politique étrangère de la France est néfaste pour notre sécurité, nos intérêts économiques à long terme et notre influence dans le Monde.

En effet, les relations internationales vont être dominées dans les prochaines années par le condominium sino-américain qui se développe dans une dynamique d’adversaire/partenaire [3] : adversaire dans la lutte pour la suprématie planétaire, partenaire pour empêcher l’émergence d’un troisième acteur qui perturberait ce jeu.

L’Europe ne pourra être ce troisième acteur et peser dans les relations internationales que dans le cadre d’une alliance stratégique avec la Russie. On l’a vu récemment au Moyen-Orient dans le dossier syrien, où la France s’est ridiculisée en s’engageant en pointe sur ce dossier, et au final a été lâchée par les États-Unis qui se sont entendus sur son dos avec les Russes.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Il avait refusé d’appliquer l’embargo américain sur les ordinateurs. Le groupe Bull s’est ainsi trouvé, en 1990, avec une base importante installée en Russie : par exemple, l’agence Tass était équipée d’ordinateurs Bull.

[2] Dans le contexte post guerre des six jours de juin 1967, le général de Gaulle avait même déclaré, lors d’une conférence de presse de novembre 1967, à propos d’Israël : «Peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur».

[3] J’ai développé cette analyse dans mon dernier livre : « Russie, alliance vitale », Choiseul, 2011.


Allocution de Henri Guaino

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Henri Guaino, député UMP des Yvelines

11 novembre 2013 - Le Chesnay

C’était un 11 novembre.
C’étaient des enfants.
Ils avaient 14 ans, 16 ans, 20 ans.

Leurs pères étaient revenus de l’Enfer, hantés par le souvenir du sang et de la boue, des corps déchiquetés par la mitraille, de la peur qui prenait au ventre au moment de l’assaut.
De ces pères héroïques, ces enfants avaient appris le devoir, le cou¬rage et l’honneur.

De la bouche de ces vainqueurs meurtris dans leur corps et dans leur âme ils avaient entendu que tant de souffrances et tant de morts signaient la fin de toutes les guerres.
On leur avait dit que désormais la guerre était hors la loi.
Ils avaient cru à cette promesse de paix.
Mais les promesses de paix ne sont jamais dans les institutions ni dans les règles de droit. Elles sont dans les âmes, dans les cœurs et dans la raison.
Mais il y avait encore trop de rancœur et trop de haine dans les âmes et dans les cœurs.
Et la folie des hommes l’avait emporté sur la raison.

Après la « drôle de guerre », il y avait eu ce printemps meurtrier.

« Le démenti des fleurs au vent de la panique
Aux soldats qui passaient sur l’aile de la peur ».

Il y avait eu 100 000 morts.
Et les fils des vainqueurs étaient devenus les enfants d’un pays vaincu.

C’était un 11 novembre.
Tout s’était effondré.
C’étaient des enfants dont le malheur avait brisé tous les rêves.

C’était le jour où chaque année leurs pères, graves et silencieux, se regroupaient derrière leurs vieux drapeaux, accompagnés des fantômes qui ne quitteraient jamais ni leurs jours ni leurs nuits.

Ce fut ce jour-là parce que l’occupant avait interdit que l’on commémorât sa défaite passée. Or, toute jeunesse s’affirme en bravant l’interdit.
Ce fut ce jour-là parce que c’était le meilleur jour pour témoigner que la leçon de courage, de devoir et d’honneur qu’avaient donnée à leurs enfants des pères usés par tant de peines, d’épreuves et de douleurs n’avait été donnée en vain.

Ce fut un élan spontané du cœur, de l’âme et de la raison.
Nulle organisation ne l’avait préparé.
Les lycéens étaient les plus nombreux.
L’un d’entre eux avait commandé une gerbe pour la déposer sur la tombe du soldat inconnu. Le fleuriste lui avait fait une gerbe en forme d’immense croix de Lorraine.
Les jours précédents des tracts avaient circulé :
« Étudiant de France, le 11 novembre est resté pour toi un jour de fête nationale malgré l’ordre des autorités qui nous occupent et nous oppriment.
Cette année, ce doit être un jour de recueillement.
Tu n’assisteras à aucun cours.
Tu iras honorer le soldat inconnu à l’Arc de Triomphe.
Le 11 novembre 1918, fut le jour d’une grande victoire.
Le 11 novembre 1940 sera le signal d’une plus grande victoire encore si les étudiants solidaires manifestent pour que vive la France.
Recopie ces lignes et diffuse-les ».

Un lycéen qui trouvait que le texte n’était pas assez clair l’avait réécrit en citant le Général de Gaulle.

C’était le 11 novembre 1940, dans l’après-midi.

Un témoin, élève de seconde, raconte :
« J’ai su que quelque chose se préparait pour le 11 novembre sur les Champs-Elysées, mais à l’époque je ne savais même pas que c’était une manifestation, je n’en ai pas moins enfourché mon vélo… »
Sur les Champs-Elysées, il ne trouva presque que des jeunes et des très jeunes. Les plus âgés, les plus raisonnables n’étaient pas venus n’ayant aucune arme et craignant un piège.
Ce fut dira plus tard un participant, « une révolte sentimentale ».

C’était le 11 novembre 1940, dans l’après-midi.
Ils étaient plusieurs milliers.
La France était occupée.
Et dans la nuit du malheur qui s’était abattue sur elle,
Ces milliers d’enfants risquaient leur vie en bravant l’ennemi,
certains portaient deux cannes à pêche qui voulaient dire « deux gaules ». D’autres chantaient la Marseillaise et criaient « A bas les Nazis », « vive de Gaulle » devant la tombe du soldat anonyme qui avait pour eux le nom et le visage de chacun des millions de soldats tombés au champ d’honneur pour que la France vive, ceux de Métropole et ceux des colonies, et ceux qui étaient venus de toutes les nations al¬liées, mourir sur cette terre lointaine dont le nom pour eux voulait dire « liberté ».

Quand les soldats et les automitrailleuses allemandes ont fait leur apparition et commencé à tirer, la foule désarmée s’est dispersée. Un millier de jeunes ont été arrêtés par la police, avec quelques professeurs aussi qui seront révoqués.
123 lycéens et étudiants ont été incarcérés par les Allemands, mis au secret, battus pendant un mois, que leurs parents ont cru morts. Il y eu 15 blessés, dont 4 grièvement.

Ces premiers coups de feu devant l’Arc de Triomphe déclarera l’un d’entre eux « annonçaient que la France était vivante ».

C’était un 11 novembre, des enfants que l’on avait dépossédé de tous les rêves de leur jeunesse maintenaient l’honneur de la France et celui de leurs pères « comme un invincible songe ».

Combien de fois avaient-ils chanté avec leur père les paroles de la Marseillaise ? :
« Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n’y seront plus
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus ».

Toujours, dans les pires épreuves de l’histoire, il a jailli des profondeurs du peuple français la force de la résistance qui lui a permis de survivre en tant que nation et en tant que civilisation.

En accueillant les premières recrues de la France Libre à Londres, le Général de Gaulle leur a dit : « Je ne vous féliciterai pas, en venant vous n’avez fait que votre devoir ».

Leur devoir les Français l’ont toujours accompli. Ils ont toujours consenti aux sacrifices que la patrie exigeait d’eux.
Ils n’y ont jamais mis qu’une seule condition : que ceux qui les appelaient au devoir fissent eux-mêmes leurs devoirs et leur témoignassent du respect.

Longtemps les poilus de la Grande Guerre avaient fait leur devoir jusqu’à l’extrême limite de leurs forces.
Ils n’avaient jamais reculé.
Un jour pourtant ils s’étaient mutinés.
C’était de la faute des chefs qui n’avaient pas été à la hauteur.

Que devient en effet, l’autorité, si nécessaire dans l’épreuve, quand, selon la conclusion d’une commission d’enquête de l’époque : dans la préparation comme dans l’exécution d’un plan, le chef n’a pas été-je cite- « à la hauteur de la tâche écrasante qu’il avait assumée » ?
La guerre avait failli être perdue.

Il avait fallu changer le commandement qui avait envoyé pour rien tant d’hommes se faire massacrer. Il avait fallu redonner au soldat la confiance dans ses chefs qu’il avait perdue. Elle ne pouvait se regagner que par la compétence et le respect du soldat, la valeur accordée à sa vie, à sa dignité.

Et puis, pour le dernier sursaut, quand il avait fallu mobiliser jusqu’à la moindre ressource au moment du combat décisif, on était allé cher¬cher Clemenceau qui avait proclamé : « Au dehors je fais la guerre ! A l’intérieur je fais la guerre ! Partout je fais la guerre ! » Il y avait mis toute son intelligence, son énergie inépuisable, sa volonté inflexible. Il avait soutenu le combattant dans la tranchée, encouragé le courage, lutté contre la moindre faiblesse et tout le temps, vieillard infatigable, payé de sa personne, de sorte que mêmes ceux qui ne l’aimaient pas l’avaient appelé « le père la victoire ».

A l’orée des commémorations du centenaire de la première guerre mondiale, on reparle de l’Union Sacrée qui a permis de vaincre. Mais l’Union Sacrée, ce consentement de chacun à remplir les devoirs qu’il a envers tous, c’est à ceux qui assument le commandement d’abord d’en créer les conditions.

Notre cohésion nationale qui s’est forgée au prix de tant de sacrifices et dans tant de guerres, et qui s’est manifestée comme jamais au cours de notre histoire dans la boue sanglante des tranchées, aux Eparges, à Verdun, au Chemin des Dames, notre cohésion nationale est le trésor le plus précieux que nous ont légué les générations passées.

Il appartient certes à chacun d’entre nous de la préserver pour la trans¬mettre intacte à nos enfants, mais cette responsabilité incombe d’abord à ceux qui ont la charge de conduire les destinées de la Nation.

A nous et à eux de faire en sorte que pas un mort pour la France dans toutes les guerres ne soit tombé pour rien et que nos enfants regardent cette date du 11 novembre avec les mêmes sentiments qu’éprouvaient ce 11 novembre 1940 les enfants des poilus de la Grande Guerre.
Qu’ils comprennent encore le sens de ces mots : « Honneur et Patrie ».

Et qu’à côté de l’horreur qu’éprouve toute âme humaine devant le spectacle abominable de la guerre des tranchées, ils ressentent aussi la fierté d’être les descendants et les héritiers de ces soldats héroïques, la fierté d’être les enfants d’un grand pays, d’une grande nation qui s’appelle la France.

Vive la République

Vive la France

Source : Allocution Henri Guaino - 11 novembre 2013 - Le Chesnay


La France dispose d’un potentiel d’influence qui la maintient dans le top 5 des pays du monde mais ce potentiel est gaspillé par une classe politique sans vision et sans courage

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La France tant sur le plan diplomatique, militaire, scientifique et technique qu’économique dispose d’un potentiel d’influence qui devrait placer notre pays dans le top 5 des États les plus influents du Monde.

Du fait de la volonté du Général de Gaulle, notre pays possède l’arme nucléaire et une force de dissuasion nucléaire. Notre pays détient de ce fait un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. La France dispose aussi de 156 ambassades, de 17 représentations auprès d’organisations internationales et de 98 postes consulaires. Le nombre et la qualité de ses diplomates et de ses structures diplomatiques la placent au 4ème rang mondial. Par ailleurs, son passé colonial et la francophonie lui offre un potentiel d’influence considérable, à condition de l’utiliser à bon escient.

L’armée française, jusqu’aux dernières réductions d’effectifs et budgétaires, a démontré, tant sur le théâtre Afghan, qu’en Libye et au Mali, ses capacités opérationnelles et la valeur militaires qui animent ses officiers, ses sous-officiers et ses soldats. Tant par son budget que par ses capacités, elle se classait immédiatement derrière les États-Unis, la Chine et la Russie.

Sur le plan scientifique et technique, nos écoles d’ingénieurs sont parmi les meilleures du monde et contribuent à former une élite scientifique et technique d’excellence, même si les structures de la recherche publique et, jusqu’à une date récente l’absence d’autonomie des universités, ne lui permettant pas d’exprimer tout son potentiel.

Dans le domaine industriel et économique, la France garde une place de choix dans les industries stratégiques de l’espace, de l’aéronautique et du nucléaire et est un leader incontesté dans les industries du luxe, avec des sociétés comme LVMH et L’Oréal, et possède des atouts d’avenir dans les sciences de la vie. Ses frontières maritimes et ses poussières d’empire offrent à la France la deuxième plus grande zone économique exclusive du monde, avec 11 035 000 km² (juste derrière celle des États-Unis : 11 351 000 km² ; mais devant celle de l’Australie : 10 648 250 km²) qui constitue un atout exceptionnel pour le futur, à condition de se donner les moyens de la préserver et de l’exploiter.

Malheureusement, ce potentiel exceptionnel est gaspillé par une classe politique sans vision et sans courage.

La vision c’est la capacité à avoir un projet pour l’avenir qui soit partagé par une majorité de citoyens et par les corps intermédiaires. Elle doit être élaborée en prenant en compte les grandes dynamiques planétaires et internationales qui vont impacter ce potentiel d’influence.

Au plan géostratégique, le monde évolue vers un condominium sino-américain qui fonctionne suivant une dynamique d’adversaire-partenaire. Adversaire dans la course à la suprématie, partenaire pour empêcher un troisième acteur de venir perturber leur tête à tête. La conclusion qui s’impose est que la voix de la France ne pourra peser réellement dans les grandes affaires du monde et résoudre les crises et les conflits [1] qui pèsent sur notre sécurité et sur notre développement que dans le cadre d’une Europe politique et d’une alliance stratégique avec la Russie.

Au lieu d’assumer leurs responsabilités, nombreux sont ceux qui rejettent la faute sur l’Europe. Lurent Fabius et François Hollande, au lieu de s’appuyer sur l’avis et l’expertise de nos diplomates et de nos militaires sur la Syrie et de défendre nos intérêts, se laissent guider par l’émotion et le discours de BHL. Manque de vision de tous ceux qui se lancent dans une surenchère pour dénoncer le manque de démocratie en Russie mais se flattent de l’amitié des princes et des rois moyenâgeux du Golfe persique dont on sait le peu de cas qu’ils font des droits de la femme. Notre classe politique n’a de vision que bornée par les résultats du dernier sondage d’opinion et le souci de sa réélection. Bien peu entreprennent une réflexion sur les intérêts supérieurs de la France et la plupart ne s’en occupent qu’accessoirement.

Notre classe politique et, probablement nous avec elle, manquons aussi de courage politique.

Alors que tous les experts qui ne sont pas liés à une idéologie ou, par l’appartenance, à un parti politique s’accordent à dire que la plaie principale de la France est une dépense publique trop importante, elle-même générée par l’absence de réforme des structures territoriales (suppression du département) et de l’éducation nationale (ou seulement un enseignant sur deux est au contact des élèves), depuis vingt ans les politiques de droite et de gauche se sont bien gardés de prendre le problème à bras le corps. Même Nicolas Sarkozy, qui s’est attaché à supprimer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, a évité de s’y atteler. Tous, par peur de manifestations et de grèves, ont pratiqué l’échenillage dans le budget de tous les ministères au lieu de préserver les moyens de l’État régalien : la diplomatie, l’Armée et la Police. Il en résulte un affaiblissement constant du potentiel d’influence de la France et une dette qui va prochainement atteindre les 100% du PIB en 2014.

Autre exemple, alors que les États-Unis, La Grande-Bretagne et la Russie ne négocient pas avec les terroristes, nos hommes politiques font le contraire et sur le Tarmac de Villacoublay essaient de s’attribuer le mérite de leur libération, aidés en cela par une classe médiatique qui croit que l’émotion remplace l’information.

Il en est de même avec le principe de précaution qui s’est peu à peu imposé en Europe au cours de ces trente dernières années. Il témoigne d’un nouveau rapport à la science que l’on interroge désormais moins pour ses savoirs que pour ses doutes et d’un refus d’accepter les risques qui sont indissociablement liés à toute activité humaine. Notre classe politique a détourné ce principe pour en faire un principe d’abstention, supprimant ainsi la dialectique du risque et de l’enjeu consubstantiel au développement humain et à son corollaire, la responsabilité individuelle. L’exemple le plus éclatant est le gaz de schiste sur lequel on se refuse même à lancer une simple expérimentation d’extraction.

Manque de vision géopolitique et stratégique, manque de courage de notre classe politique et de nos élites qui ne jouent plus leur rôle qui est d’utiliser tout le potentiel de la France pour développer son influence et maximiser sa sécurité et son développement.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Résoudre le conflit israélo-palestinien que les Américains n’ont aucun intérêt à éteindre car le complexe militaro-industriel américain y trouve son meilleur débouché et possède une part de marché de l’ordre de 50 à 60% suivant les années mais qui est la source contemporaine du terrorisme qui menace surtout l’Europe et la Russie : seulement 2% des morts et blessés du fait du terrorisme ont eu lieu depuis 20 ans sur le sol américain, 11 septembre 2001 inclus ; lutter contre l’islam radical qui essaie de contaminer les 25 millions de musulmans qui vivent en Europe mais aussi les 25 autres millions dans la Fédération de Russie ; réguler les migrations de populations du Sud vers le Nord.


Les trois erreurs politiques et stratégiques de François Hollande sur le dossier syrien ont affaibli l’influence de la France dans le monde

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Le dossier syrien ne marque pas les limites de l’influence française comme le soutient Natalie Nougayrède dans son brillant éditorial, publié dans le Monde du 1er octobre. Ce sont les trois erreurs politiques et stratégiques commises par François Hollande dans le dossier syrien qui ont affaibli l’influence de la France dans le monde.

La première erreur du chef de l’État est d’avoir réagi trop vite dans l’émotion et d’avoir attribué immédiatement, dans sa pensée et probablement dans le cercle de ses proches, le crime au régime syrien alors qu’il ne disposait d’aucune information vérifiée et que ses services n’avaient eu le temps ni de recueillir des preuves sur le terrain ni de confronter leurs analyses avec les services amis d’autres pays européens. Il enclenchait ainsi un processus pervers dans son entourage dont le rôle n’était plus de l’informer de la réalité de ce qui s’était passé sur le terrain mais de conforter le discours présidentiel au besoin, en tordant la réalité. C’est visiblement ce qui semble être arrivé car il se murmure dans les cercles militaires que les analystes de la DGSE sont furieux de ne pas avoir retrouvé, dans le texte qui a été distribué aux médias, les conclusions de l’étude qui avait été transmise au cabinet du Ministre de la Défense. Or, plusieurs spécialistes des armes chimiques ont émis plusieurs autres hypothèses qui n’ont jamais été retenues, vérifiées ou infirmées par des preuves [1]. Pour les conseillers qui entourent le chef de l’État il ne pouvait y avoir de doutes : les rebelles sont les bons et Bachar el-Assad est le méchant. Alors que tous ceux qui sont sur le terrain savent que l’horreur est le fait des deux camps. « La guerre civile est le règne du crime », a écrit Corneille.

La seconde erreur est de s’être satisfait, voire d’avoir été flatté de se trouver seul en tête à tête avec Obama, et de n’avoir pas compris qu’un Obama, auto-piégé par l’évocation d’une ligne rouge à ne pas franchir, n’avait aucune envie de s’engager dans l’aventure syrienne, sans preuves formelles et au moment même où il était en plein combat avec l’aile droite républicaine du Sénat qui refusait de voter le budget, trouvant là un prétexte pour s’opposer à l’entrée en vigueur en 2014 du volet central de sa loi de réforme du système de santé, mesure phare de ses deux mandatures. Enfermé dans des négociations sur les conditions dans laquelle l’intervention militaire aurait lieu, Hollande n’a pas exploré si d’autres options étaient envisageables ni avec nos partenaires européens ni avec la Russie. Or, comme je le souligne dans plusieurs chapitres de mon dernier livre Russie, alliance vitale [2] aucune solution ne peut être trouvée au Moyen-Orient, Afghanistan et Iran compris sans l’appui de la Russie.

La troisième erreur est une conséquence des deux premières. Il s’est écarté du rôle géopolitique de la France : être un moteur dans la construction d’une unité diplomatique et militaire de l’Europe qui seule peut établir un pont entre les intérêts diamétralement opposés de la Russie et des États-Unis dans cette partie du Monde. Il a ainsi ouvert la porte à la proposition russe qui l’a mis immédiatement hors jeu, les Américains et les Russes discutant ensemble sur les termes de la résolution à présenter au Conseil de sécurité. Par sa réaction hâtive, Hollande s’est écarté du rôle que l’on attend de la France dans la communauté internationale : aider les victimes de cette situation, faire une pression égale sur les belligérants pour les amener autour d’une table de négociation. Éviter de rajouter la guerre à la guerre par une intervention ou en distribuant des armes aux rebelles car on ne peut jamais contrôler dans quelles mains elles aboutiront finalement, comme le montre les défections de plusieurs unités de l’ASL qui viennent de rejoindre les katibas djihadistes. Et, parallèlement, réduire les sources de financement des salafistes et des Frères musulmans en faisant pression sur l’Arabie Saoudite, le Qatar et sur la Turquie qui en assurent l’essentiel.

Ces trois erreurs ont affaibli l’influence de la France dans le monde et ont fait perdre à François Hollande la crédibilité qu’il avait acquise dans le dossier malien.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Je m’appuie sur les propos d’un général, spécialiste des armes chimiques, qui écrivait dans une note destinée à ses camarades de promotion : « Le sarin n’est pas une substance compliquée à fabriquer; avec quelques ingénieurs chimistes et quelques artificiers, on peut produire de quoi décimer une ville entière; rappelons-nous les attentats dans la métro de Tokyo perpétrés par la secte Aum le 20 mars 1995; l’excellent livre d’Haruki Murakami « Underground » en témoigne à l’évidence. Mais cela représente également quelques risques pour les préparateurs. Une maladresse est toujours possible et elle peut avoir des conséquences dramatiques pour leur environnement. Un tir d’artillerie ou de mortier ‘loyaliste’ peut aussi avoir touché un laboratoire de ce type ».

[2] Éditions Choiseul, 2011.


Le rapport Védrine : un état des lieux complet et objectif des relations de la France avec l’OTAN [1]

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Hubert Védrine a le mérite de poser les bonnes questions sur certaines dérives de la stratégie militaire de l’Alliance contraire aux intérêts de la France et de l’Europe. Ses recommandations sont claires pour les maîtriser, mais parfois exprimées dans une forme trop diplomatique pour alerter un public non averti.

Après un historique exhaustif des relations de la France avec l’OTAN (pages 1 à 6), Hubert Védrine s’attache à évaluer le bénéfice (pages 6 à 10) que la France a tiré de son retour, décidé par Nicolas Sarkozy, dans le commandement militaire intégré [2]; décision qui avait été critiquée par l’opposition de l’époque (gauche et vert). Cette analyse, dont il souligne qu’elle est réalisée avec un faible recul (3 ans), porte sur l’influence de la France dans l’OTAN (postes, opérations, stratégie et intérêts industriels), sur l’effet sur l’Europe et sur l’image diplomatique de la France.

Ce retour pour Hubert Védrine a permis de franciser les structures de l’OTAN puisque la participation française est passée de 242 à 925 personnels militaires et l’octroi de postes importants dont notamment un des deux commandements « suprêmes » auprès du secrétaire général : le poste de Commandant Suprême Allié de la Transformation (SACT : Supreme Allied Commander Transformation) [3].

Il souligne le bénéfice, le plus tangible de ce retour, sur la réforme de l’OTAN : « La France a joué un rôle moteur depuis 2009 pour hiérarchiser les priorités, refondre les procédures, ramener le nombre des agences de 14 à 3 (en en espérant une économie de 20%), réduire la structure de commandement (réduction des personnels de -35% en 2013) diminuer de 11 à 7 les états-majors et donc faire faire des économies, et préparer un déménagement vers le nouveau siège en 2016 ».

En revanche, l’influence sur la stratégie lui semble, à juste titre, plus mitigée. Malgré le succès obtenu en novembre 2010, au sommet de Lisbonne, contre l’avis de l’Allemagne et avec l’appui américain pour qu’il soit : « réaffirmé que la stratégie de l’Alliance reste fondée sur la dissuasion nucléaire » la France a « accepté que l’OTAN décide de se doter d’une capacité de défense des territoires et des populations contre les missiles balistiques, sur la base d’une extension du programme de défense de théâtre (ALTBMD : Active Layered Theatre Ballistic Missile Defence) ».
Hubert Védrine souligne que cette décision a été validée par François Hollande au sommet de Chicago avec des réserves : « les principes auxquels la France reste attachée en matière de défense antimissile balistique : le caractère complémentaire, et non substituable, de la défense antimissile à la dissuasion nucléaire; l’adaptation du système à la menace; le contrôle politique par les Alliés; la maîtrise des coûts; la nécessité de préserver la BITDE (base industrielle et technologique de défense européenne); et, enfin, la coopération avec la Russie ».
Dans cette partie du rapport transparaissent les doutes d’Hubert Védrine sur la prise en compte effective des réserves de la France par ses partenaires et en particulier par les États-Unis [4].

Pour les exprimer, il pose et s’attache à répondre à 5 questions (page 7) :

  • « Jusqu’à quel stade de développement la défense antimissile restera-t-elle complémentaire de la dissuasion; à partir de quand sape-t-elle sa crédibilité?
  • Face aux investissements gigantesques de l’industrie américaine (près de 10 milliards de dollars par an ces dix dernières années), quelle sera la part réservée à l’industrie européenne dans la fabrication des éléments de ce début de système défensif ?
  • Une position européenne homogène est-elle possible sur la stratégie et sur leurs intérêts industriels ?
  • Présenté maintenant comme destiné à contrer une menace balistique iranienne, quelle sera la justification de ce système si ce risque était maîtrisé ?
  • La déclaration de Chicago (paragraphe 62) : « La défense antimissile de l’OTAN n’est pas dirigée contre la Russie et elle ne portera pas atteinte aux capacités de dissuasion stratégique russes » est-elle crédible ? ».

Ces 5 questions comportent en elles leur réponse : c’est une erreur stratégique majeure d’accepter le déploiement d’un système antimissile balistique en Europe. Hubert Védrine ne l’affirme pas en ces termes mais ses réponses y conduisent immanquablement. Je considère, pour ma part, que le but stratégique de ce programme est d’éviter la réalisation de l’ensemble européen allant de l’Atlantique à l’Oural que souhaitait le général de Gaulle [5].

Hubert Védrine, de son coté, est en particulier très clair sur son impact sur nos relations avec la Russie : « Elle n’est pas convaincante, en tout cas aux yeux des Russes, qui considèrent sincèrement ou pas, ou pour prendre un gage, que l’aboutissement de ce programme (les phases 3 et 4 de l’EPAA) correspondrait à une rupture des équilibres stratégiques. Qu’on l’approuve ou non, cette politique obère la politique russe de l’Alliance, comme de chacun des Alliés. La politique française (et d’autres pays) envers la Russie ne devrait pas découler d‘une sorte d’engrenage contraint, mais être définie en tant que telle ».

Il conclut son analyse par un jugement auquel j’adhère totalement : « Même revenue dans l’OTAN, la France n’a donc guère pu que préserver jusqu’ici, dans les textes, la dissuasion nucléaire sans influencer, ralentir ou modifier un projet majeur du complexe militaire industriel américain depuis les années Reagan (et, déjà en partie, installé au Japon, en Israël et dans le Golfe), et qui comporte un potentiel de bouleversement stratégique. ».

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La deuxième partie de son rapport est consacré à faire l’état des lieux très complet et précis de l’Alliance, de l’OTAN et de l’Europe de la défense. Autant Hubert Védrine souligne la vitalité et le dynamisme de l’Alliance (pages 10 à 12), autant il constate les avancées limitées et fragiles, les espérances déçues de l’Europe de la défense malgré 25 ans d’efforts (pages 13 à 19) ce qui n’étonnera aucun analyste des questions diplomatiques et de défense.

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La troisième partie est consacrée aux recommandations (pages 19 à 24). Elles sont sans surprise dans la ligne de son analyse et expriment fortement le volontarisme intact d’Hubert Védrine qui souhaite que la France ne subisse pas sans réagir, comme beaucoup de ses partenaires européens, les dérives initiées par les États-Unis et conformes à leurs intérêts stratégiques. Il souhaite que la France soit la vigie et le garant des intérêts de l’Europe dans l’Alliance et dans son organisation militaire.
Il exprime cette conviction par trois mots forts qui constituent une des parties importantes de son rapport : « Vigilance, exigence, influence » auxquels on ne peut que souscrire.

Pour Hubert Védrine:

  • « Vigilance signifie que nous devrons veiller à ce qu’elle reste une Alliance militaire, recentrée sur la défense collective, et le moins possible politico-militaire dans son action;
  • Vigilance aussi sur le caractère défensif de l’Alliance et sur son fondement : la dissuasion nucléaire;
  • Vigilance sur le risque de « phagocytage » conceptuel et théorique. Il faudra que notre armée préserve sa capacité propre d’analyse des menaces, de réflexion et de prévision sur les scénarios et même de planification, ce qui a été le cas jusqu’ici, sans « s’en remettre » aux structures de l’OTAN, ou européennes;
  • Vigilance encore sur les enjeux industriels et technologiques ». La réduction considérable du budget militaire américain « va rendre encore plus offensif le fameux complexe militaro-industriel américain envers ses concurrents, dont les européens, sur les marchés européen et mondiaux ».

Face à ces risques, Hubert Védrine recommande aux autorités françaises de promouvoir: « une européanisation de l’Alliance »; la conception et la mise en œuvre « d’une stratégie industrielle française, et européenne, dans l’OTAN » et de « persévérer de façon plus concrète, en étant plus exigeants dans la construction d’une Europe de la défense ». Hubert Védrine estime que le moment est opportun car « tout concourt à ce qu’il y ait, conjoncturellement, une certaine disponibilité américaine voire une demande pour un rôle accru des Européens dans l’Alliance ».

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Hubert Védrine conclut cet excellent rapport auquel j’adhère sans réserve par une adresse volontariste au président de la République : « La mutation de la politique étrangère, et de défense, américaine et l’évolution incertaine du monde multipolaire instable, rendent plus nécessaire, et moins impossible, un rôle accru des Européens pour leur propre défense en attendant qu’ils l’assument un jour, pour l’essentiel, par eux-mêmes, tout en restant alliés des Américains. Cette politique doit être menée de front, simultanément, au sein de l’Union européenne, de l’OTAN, de groupes ad hoc, selon des tactiques adaptées à chaque cas et à chaque enceinte et en anticipant les échéances. C’est une politique audacieuse et décomplexée d’influence accrue dans l’Alliance qui facilitera les efforts européens de la France. Le maintien d’un certain niveau de capacité est bien sûr indispensable à sa réussite ».

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Rapport téléchargeable à l’adresse : Élysée.fr

[2] Le retour de la France dans le commandement intégré est proclamé au Sommet de l’OTAN de Strasbourg/ Kehl, les 3 et 4 avril 2009.

[3] Ce commandement est chargé de l’élaboration des concepts et des doctrines de l’Alliance, de l’entraînement des forces et de la préparation des capacités militaires. A ce titre, il est responsable de la promotion et de la mise en œuvre de la « Smart Defence ».

[4] J’ai moi-même condamné cette acceptation française dans un article de septembre 2012 : «Crédibilité de la dissuasion française face à l’évolution de l’anti-missile balistique».

[5] Consulter dans mon livre Russie, Alliance vitale, Choiseul, 2011 le chapitre États-Unis face à l’Europe : éviter l’unification du « Hearland », maintenir la suprématie du « Rimland », pages 77 à 86.


Gaz et pétrole de schiste : vers des forages tests en France dans un proche avenir ?

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« Les faits sont têtus » - Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine

Prenons le pari que François Hollande, avant la fin de son mandat, sera contraint d’autoriser des forages tests pour le gaz et le pétrole de schiste et, une nouvelle fois, infléchir sa position initiale.

Pourquoi ?

Parce que sur les plans des valeurs sociétales, de la compétitivité de la France, de l’emploi et du pouvoir d’achat des Français, il ne pourra pas faire autrement.

Sur le plan des valeurs

On ne peut pas prétendre vouloir réindustrialiser la France sans promouvoir les valeurs qui guident tout entrepreneur et que les écologistes les plus radicaux s’attachent à détruire.

J’écrivais dans la conclusion de mon dernier ouvrage [1] : « Face à l’accélération du progrès et l’inquiétude que génèrent les « invités inattendus » [2] de certaines découvertes, un « principe de précaution » s’est peu à peu imposé en Europe au cours de ces trente dernières années. Il témoigne d’un rapport nouveau à la science, que l’on interroge désormais moins pour ses savoirs que pour ses doutes. Si on n’y prend pas garde, ce principe deviendra de fait « un principe d’abstention », supprimant la dialectique du risque et de l’enjeu consubstantiel au développement humain, et son corollaire, la responsabilité individuelle ».

Sur le plan de la compétitivité, de l’emploi et du pouvoir d’achat

Les réserves mondiales de gaz de schiste estimées par l’AIE, correspondraient à 380 000 milliards de m³, soit 120 à 150 ans de la consommation actuelle de gaz naturel. En Europe, les réserves de gaz de schiste sont estimées entre 3 000 à 12 000 milliards de m³ (source : CERA, Cambridge Energy Research Associates). Elles sont essentiellement situées en Pologne et en France, où elles permettraient de couvrir sa consommation de gaz pendant 50 à 100 ans [3].

Les États-Unis ont commencé à forer dans les années 90 avec l’esprit d’entreprise et le désordre [4] qui ont caractérisé dans le passé les ruées vers l’or et vers l’or noir.

En 2011, ils sont redevenus exportateurs nets de produits pétroliers pour la première fois depuis 1949 [5]. Selon l’AIE, en 2017, au plus tard, les États-Unis deviendront le premier producteur mondial de pétrole devant l’Arabie saoudite. Ils produisent aujourd’hui 10,9 millions de barils par jour à comparer avec 11,6 millions pour Riyad. D’ici une dizaine d’années, les États-Unis n’auront plus besoin d’importer du pétrole du Moyen-Orient. Cette réalité aura des conséquences géostratégiques immenses aux quelles il faut nous préparer.

La Chine, de son coté, s’est fixée un objectif de production de 30 milliards de mètres cubes par an à partir des schistes, ce qui équivaut à presque la moitié de sa consommation de gaz en 2008.

La révolution du gaz de schiste a été favorisée par le fait qu’aux États-Unis les propriétaires du sol sont aussi propriétaires du sous-sol et donc participent directement au profit des compagnies pétrolières [6]. Elle va profiter à l’économie américaine et lui offrir un atout majeur : elle est en train de faire chuter le prix de l’énergie à un niveau incroyablement bas aux États-Unis, sans entrainer une répercussion aussi importante ailleurs. En effet, contrairement à celui du pétrole, le marché du gaz est peu mondialisé. Pour le transporter d’un continent à l’autre, il faut en effet le liquéfier, ce qui en triple le prix. Du coup, l’offre et la demande ont tendance à s’équilibrer sur une base régionale. Voilà pourquoi le méthane se vend aujourd’hui 2,5 dollars les 28 m³ sur le sol américain, contre 9 dollars en Europe et 20 dollars en Asie. Conséquence directe de cette chute des prix, les Américains sont en train de reconvertir à toute vitesse leurs centrales électriques fonctionnant au charbon afin qu’elles fonctionnent au gaz, avec des effets bénéfiques sur le réchauffement climatique. Des industries grandes consommatrices d’énergie se relocalisent dans les régions productrices. Les entreprises installées de Chicago à San Diego économisent aujourd’hui au total 400 millions de dollars par jour sur leur facture d’électricité. L’équivalent d’une baisse des coûts de production de 10%, selon les calculs de Natixis. « Cela leur procure un avantage comparatif énorme sur l’Europe, et l’écart va continuer de se creuser », commente Patrick Artus, chef économiste chez Natixis.

Enfin, cette course au gaz et au pétrole de schiste a un effet d’entraînement considérable sur beaucoup d’autres secteurs : « Les foreurs ont aussi besoin de logiciels informatiques, d’avocats, de spécialistes en droit minier, de logements et de restauration sur place… », énumère Phil Hopkins, un économiste de Philadelphie.

Il ne faut pas s’étonner que, dans les milieux industriels et politiques, des voix écoutées comme celles de Louis Gallois et de Michel Rocard s’élèvent pour réclamer que le gouvernement infléchisse sa position, imprudemment réaffirmée récemment par François Hollande qui semble prisonnier de son alliance avec les écologistes.

Quels sont les risques liés à l’exploitation du gaz de schiste et comment les minimiser ?

Le gaz se trouve emprisonné dans une roche mère à des profondeurs de l’ordre de 2000 à 3000 mètres. Pour permettre au gaz de circuler dans la roche-mère et d’être drainé vers le puits creusé il faut rendre cette dernière plus perméable.

C’est le rôle des micro-fractures créées par la technique dite de « fracturation hydraulique ». Elle consiste à injecter dans le puits, à très haute pression et via un tubage adapté, un mélange d’eau, de sable et d’additifs.

Les risques potentiels à maîtriser sont donc : les conséquences des multiples fractures sismiques, la pollution de l’eau des nappes phréatiques situées à 150 mètres de profondeur en moyenne et qui seront traversées par de nombreux puits d’exploitation, la pollution des sols en surface, la consommation d’eau et l’impact visuel des derricks sur le paysage.

Des sociétés comme Total, devenues écologiquement responsables à la suite de grandes catastrophes écologiques, assurent qu’elles savent les maîtriser [7].

Dans ces conditions et devant l’enjeu immense que constituent le gaz et le pétrole de schiste pour la compétitivité de l’économie française, la transition énergétique et la création d’emplois, directe et indirecte, qui en découlerait, le président de la République sera contraint de réviser très rapidement sa position.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Russie, Alliance vitale, Choiseul, 2011.

[2] Cette expression a été formulée par J. Fourastié, Les 40 000 Heures (1965), rééd. aux éditions de l’Aube.
Lire Russie, Alliance, vitale, Choiseul, 2011.

[3] Seuls les forages permettront d’affiner cette prévision.

[4] Multitude de petits entrepreneurs, accords privés entre les propriétaires des sols qui sont aussi les propriétaires du sous-sol, absence de réglementation d’encadrement des techniques et de leur conséquences sur l’environnement. En 2030, ce qui permettra aux États-Unis d’être auto-suffisants, alors que le pays envisageait, il y a encore quelques années, des importations massives de gaz liquéfié. Une étude réalisée par le MIT prévoit que le gaz naturel fournira 40% des besoins énergétiques des États-Unis à l’horizon 2030, contre 20% aujourd’hui.

[5] Comme l’indique le Département de l’énergie (DoE), les raffineurs ont exporté quotidiennement près de 2,9 millions de barils de carburants divers (essence, fioul domestique, gazole) pour 2,4 millions de barils importés. Le gaz de schiste représente à présent 15% de la production gazière américaine (contre 1% il y a 10 ans) et cette part devrait monter à 25%.

[6] Pour lever nombre d’oppositions en France et isoler les écologistes radicaux qui souhaitent nous ramener au temps de la bougie, il suffirait de réviser le code minier pour obliger les compagnies exploitantes à consacrer un pourcentage du prix du m³ extrait à l’indemnisation des communes et des propriétaires du sol.

[7] Consulter Total - Gaz de schiste.