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Une initiative de politique étrangère électoraliste

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L’initiative française d’une conférence internationale à Paris en Mai pour relancer la solution des deux États d’Israël et de Palestine n’a aucune chance d’aboutir au moindre résultat. François Hollande le sait mais donne ainsi à toute la gauche un gage de plus en espérant la rassembler pour 2017. Cette opération électoraliste va mobiliser des forces de police déjà exténuées par la lutte contre l’Etat islamique ainsi que par le refus d’interdire les « nuits debout » et va couter inutilement de l’argent au contribuable français.

Ce coup électoral a été lancé le29 janvier 2016 par une déclaration de Laurent Fabius : « Nous constatons malheureusement que la colonisation continue. Nous ne devons pas laisser se déliter la solution des deux États. C’est notre responsabilité de membre permanent du Conseil de Sécurité et de puissance de paix. La France engagera donc dans les semaines qui viennent des démarches afin de préparer une conférence internationale rassemblant autour des parties leurs principaux partenaires – Américains, Européens, Arabes, notamment « . Si cette « ultime tentative de solution négociée se heurte à un blocage (…), nous devrons prendre nos responsabilités en reconnaissant l’État palestinien ». Repris en compte par Jean-Marc Ayrault, cette initiative vient d’être rejetée par Israël [1] et par là-même échoue avant même d’avoir commencée.

Les raisons de cet échec annoncé sont multiples et sont liées au contexte de l’élection présidentielle aux Etats-Unis, à l’accord, signé le 23 avril 2014,de réconciliation entre leFatah, parti de Mahmoud Abbas, et le Hamasau pouvoir à Gaza, mouvement islamiste considéré comme terroriste par les Etats-Unis et l’Union Européenne. Il fournit à Israël une juste raison de ne pas reprendre les relations bilatérales.Enfin,la guerre au Moyen-Orient contre l’Etat islamique détourne l’attention de la population mondiale, des médias et des hommes politiques de ce conflit,permettant à Israël d’accélérer la colonisation de la Palestine.

L’élection présidentielle américaine

Le dernier essai d’Obama pour faire avancer le règlement du conflit israélo américain,qui date d’avril 2014, a été la mission de John Kerry qui s’est traduite par un échec cuisant [2]. Alors que la campagne présidentielle pour sa succession bat son plein aux Etats-Unis, Obama ne peut pas exercer une pression sur Israël qui serait un cadeau électoral pour Donald Trump et qui pénaliserait Hilary tant le lobby israëlo-américain pèse de tout son poids dans cette élection.

L’accord entre le Fatah et le Hamas fournit un argument de poids à Israël pour ne plus négocier

L’annonce, mercredi 23 avril 2015, d’un accord de réconciliation entre les frères ennemis palestiniens, le Fatah, parti de Mahmoud Abbas, et le Hamas au pouvoir à Gaza,considéré comme terroriste par les Etats-Unis et l’Union Européenne met « de facto » un terme au « processus de paix ».En effet, si le Fatah et l’Autorité palestinienne privilégient une coexistence pacifique avec Israël, le Hamas prône la lutte armée et persiste à vouloir établir un Etat palestinien « de la mer au fleuve » (de la Méditerranée au Jourdain), ce qui revient peu ou prou à nier l’existence d’Israël.

La guerre contre Daech détourne l’attention des chancelleries de ce qui se passe en Palestine

Le nombre de constructions d’unités de logements dans les implantations en Cisjordanie a triplé en 2014 par rapport à 2012, passant de 1.133 à 2.534 en 2013 et 3.100 en 2014, selon des statistiques officielles israéliennesalors qu’à l’intérieur d’Israël, sur la même période, la hausse n’a pas dépassé… 4 % [3]. Cette colonisation rampante empêche « de facto » la solution à deux Etats, sur les lignes de 1967, qui était la formule de règlement du conflit la plus réaliste.

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Alors pourquoi François Hollande a-t-il voulu prendre cette initiative vouée à l’échec ? C’est clairement une initiative de politique intérieure visant deux buts :

  • rassembler la gauche à un peu plus d’un an de l’élection présidentielle. Il suffit pour s’en rendre compte d’analyser quels sont les parlementaires qui ont voté le texte de la « petite loi » n°439 adopté par l’assemblée nationale le 2 décembre 2014. Dans son article 5 [4] elle « Invite le Gouvernement français à reconnaître l’État de Palestine en vue d’obtenir un règlement définitif du conflit ». Ce texte a été adopté par 339 voix sur 490 suffrages exprimés. 323 voix sur 339 soit 95% des votes favorables provenaient de la majorité présidentielle [5].
  • Obtenir les voix des musulmans de France dont le soutien aux palestiniens est total.

Ainsi dans le domaine diplomatique comme dans celui de l’économie, les moyens de l’Etat et l’argent des français sont, une fois deplus, mis au service de la réélection de François Hollande.


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] http://abonnes.lemonde.fr/proche-orient/article/2016/04/28/israel-rejette-l-idee-francaise-d-une-conference-internationale_4910641_3218.html
[2] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/04/08/israel-palestine-les-quatre-erreurs-de-john-kerry_4397391_3218.html#BSxvsG5PtDFLf60f.99
[3] Bureau des statistiques israéliennes
[4] Constatant la volonté des peuples israélien et palestinien de vivre en paix et en sécurité ;Constatant l’échec des tentatives de relance du processus de paix engagées depuis 1991 entre Israéliens et Palestiniens par la communauté internationale ;Constatant les menaces pesant sur la solution des deux États, et notamment la poursuite illégale de la colonisation dans les territoires palestiniens qui mine la viabilité même d’un État palestinien, malgré les capacités institutionnelles dont s’est dotée l’Autorité palestinienne et la reconnaissance que lui a accordée l’Assemblée générale des Nations Unies ;Constatant la montée des tensions à Jérusalem et en Cisjordanie, qui menace d’engendrer un nouveau cycle de violence néfaste pour l’ensemble des populations de la région ;1. Souligne que le statu quo est intenable et dangereux car il nourrit les frustrations et la défiance croissante entre les deux parties ;2. Souligne l’impératif d’une reprise rapide des négociations entre les parties selon des paramètres clairs et un calendrier déterminé ;3. Affirme l’urgente nécessité d’aboutir à un règlement définitif du conflit permettant l’établissement d’un État démocratique et souverain de Palestine en paix et en sécurité aux côtés d’Israël, sur la base des lignes de 1967, avec Jérusalem pour capitale de ces deux États, et fondé sur une reconnaissance mutuelle ;4. Affirme que la solution des deux États, promue avec constance par la France et l’Union européenne, suppose la reconnaissance de l’État de Palestine aux côtés de celui d’Israël ;5. Invite le Gouvernement français à reconnaître l’État de Palestine en vue d’obtenir un règlement définitif du conflit
[5] Groupe socialiste, républicain et citoyen 279/288 ; groupe écologiste 18/18 ; groupe de la gauche démocrate et républicaine (communistes) :15/15 ; groupe radical, républicain, démocrate et progressiste : 11/17:


5 mars 1946, discours de Fulton et début de la Guerre froide : 70 ans après, où en est le trio infernal Russie, Etats-Unis, Europe ?

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Les Etats-Unis et l’Europe ont gagné la Guerre froide mais ont perdu la paix. Aucune véritable normalisation des relations n’a eu lieu entre le camp occidental et la Russie depuis la fin de la Guerre froide. En conséquence, les grilles de lecture et idéologies de l’époque bipolaire continuent à s’appliquer un quart de siècle après l’effondrement de l’empire soviétique.

En dépit d’une coopération sur certains dossiers stratégiques et dans la sphère économique, les relations entre la Russie et le monde occidental sont encore aujourd’hui empreintes d’une grande méfiance. Pourquoi selon vous ne parvient-on pas à sortir complètement des grilles de lecture de la Guerre froide?

Florent Parmentier : il est certain que la Guerre dans le Donbass a ravivé un certain nombre de stéréotypes négatifs à l’égard de la Russie (et de l’Union soviétique). La personnalité de Vladimir Poutine cristallise ainsi nombre d’opposants en Europe et aux Etats-Unis, qui voient en lui l’incarnation même du despote oriental, froid, calculateur et brutal.

La grille de lecture de la Guerre froide a du succès parce qu’elle est facile d’emploi : elle met en avant un grand récit sur l’inévitabilité de la victoire des démocraties, identifie un camp du bien et un camp du mal, et s’appuie sur des stéréotypes établis.

On peut observer aux Etats-Unis combien taper sur la Russie peut être efficace : en l’absence d’un lobby pro-russe influent aux Etats-Unis, ou d’interdépendance économique forte, il est plus simple de s’attaquer sur le plan rhétorique à la Russie qu’à la Chine. L’alliance de partisans des droits de l’Homme, de porte-paroles des pays d’Europe Centrale et Orientale et de faucons au Sénat et au Congrès ne contribue pas à normaliser les relations.

Jean-Bernard Pinatel : Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin s’écroulait et annonçait, avec la chute du régime soviétique, la fin du condominium soviéto-américain sur le monde. A partir de cette date et jusqu’à aujourd’hui, le système international est dominé par une seule superpuissance, les Etats-Unis, qui mènent une stratégie globale pour conserver sans partage cette primauté en utilisant tous les moyens de la puissance à leur disposition et en premier lieu la puissance militaire et le renseignement. Quelques chiffres permettent de concrétiser cette domination [1] : le budget américain de la Défense était de 640 milliards de dollars en 2013, supérieur au total des 9 autres budgets suivants dont ceux de la Chine 188 milliards, de la Russie 88 milliards et la France 61 milliards (parité euros dollars de 2013). Quant au budget des 16 agences de renseignement américain, il est équivalent au total du budget militaire de la Russie soit 75,6 milliards de dollars [2] en 1973.

Que l’Europe se rapproche de la Russie comme la France et l’Allemagne l’ont fait après un siècle d’affrontement et trois guerres est totalement contraire aux intérêts les plus stratégiques des Etats-Unis. Les stratèges américains depuis la chute du mur en 1989 n’ont qu’une seule crainte : la création d’un grand ensemble l’Eurasie comprenant l’Europe et la Russie qui leur contesterait le leadership mondial. L’ancien conseiller national à la sécurité des Etats-Unis, Zbigniew Brzezinski, publia en 1997 sous le titre « Le grand échiquier » un livre où il soutenait la thèse que« Pour l’Amérique l’enjeu géopolitique principal est l’Eurasie ». Il explicitait ainsi sa pensée [3] : « Si l’Ukraine tombait, écrivait-il, cela réduirait fortement les options géopolitiques de la Russie. Sans l’Ukraine et ses 52 millions de frères et sœurs slaves, toute tentative de Moscou de reconstruire l’empire eurasien menace d’entraîner la Russie dans de longs conflits avec des non slaves aux motivations nationales et religieuses.»

Le dossier ukrainien est le plus emblématique et le plus actuel de cette volonté de réinstaller un climat de guerre froide en Europe. Entre 2002 et 2009, grâce aux câbles diplomatiques américains, que Wikileaks a dévoilé, nous savons que les Etats-Unis ont dépensé des dizaines de millions de dollars afin d’aider l’opposition ukrainienne à accéder au pouvoir [4]. Ils témoignent aussi de l’effort constant et de la volonté continue des Etats-Unis d’étendre leur sphère d’influence sur l’Europe de l’Est et notamment en Ukraine via l’OTAN. Les Etats-Unis n’ont pas cessé un seul instant de proposer à l’Ukraine de rejoindre l’OTAN , alors que Kiev est la capitale historique de la Russie [5] et la Géorgie, conquise par les Tsars sur l’empire Ottoman est la patrie de Staline qui reste celui qui a gagné la grande guerre patriotique contre le nazisme. L’Europe a heureusement refusé cette proposition lors du sommet de l’OTAN d’avril 2008 à Bucarest.

Mais ces manœuvres appuyées par des désinformations souvent grossières ont fini par irriter en 2014 et 2015 plusieurs généraux européens et un ambassadeur français qui ont exprimé publiquement leurs doutes sur les informations publiées par les américains, l’OTAN et les autorités ukrainiennes. Le Général français Christophe Gomart, directeur du renseignement militaire [6], le général Polonais Skrzypczak, conseiller du ministre de la Défense [7], le Général Allemand Harald Kujat [8] ancien chairman du comité militaire de l’OTAN et l’ancien ambassadeur de France à Moscou Jean de Glinasty [9] ont dénoncé en 2014 et 2015 les désinformations des Etats-Unis via l’OTAN et celles du gouvernement ukrainien sur la réalité de ce qui se passe sur le terrain.

Mais si l’Ukraine est le coin que l’administration américaine enfonce avec persévérance entre l’Europe et la Russie, de nombreux autres modes d’action ont été mis en œuvre par les Etats-Unis et son bras armé, l’OTAN depuis 1991 pour réinstaller un climat de guerre froide en Europe :

  • ils s’appuient sur la peur légitime qu’inspire la Russie aux pays de l’Est de l’Europe, antagonisme qui ne date pas de ce siècle mais que la France et l’Allemagne ont surmonté en deux générations ;
  • ils ont envoyé en Géorgie, sous la présidence de Saakachvili, des conseillers militaires et des forces spéciales aux portes de la Russie pour l’aider à mater les tendances autonomistes de plusieurs de ses provinces ;
  • ils installent des bases militaires, déploient des systèmes d’armes et effectuent des manœuvres dans tous les anciens pays de la CEI sous couvert de lutte contre le terrorisme ;
  • ils dénoncent sans relâche l’absence la liberté de la presse et les atteintes aux droits de l’homme en Russie, pays qui a renoncé à la peine de mort en 1998 mais s’abstiennent de toute critique contre la monarchie moyenâgeuse de l’Arabie Saoudite qui décapite plusieurs centaines de leurs sujets chaque année ou contre la Turquie d’Erdogan, membre de l’OTAN, qui aide DAECH et qui tue et emprisonne ses journalistes et ses avocats et mène une véritable guerre contre la minorité Kurde de son peuple.

Last but not least, grâce à Wikileaks, il est devenu de notoriété publique que les Etats-Unis s’arrogent le droit d’espionner les dirigeants de leurs meilleurs alliés comme François Hollande et Angela Merkel. Comment ne pas penser que la connaissance des conversations les plus intimes de ces dirigeants ne donne pas au dirigeants américains un pouvoir de pression efficace sur eux ?

Aujourd’hui, tant en Allemagne qu’en France de nombreux dirigeants politiques prennent de plus en plus conscience que nous ne partageons pas toujours les mêmes intérêts stratégiques que les Etats-Unis sur des dossiers qui intéressent directement notre sécurité. Ils sont convaincus que si l’Europe n’envisage pas de manière autonome la résolution des conflits qui menace sa sécurité elle en subira les terribles conséquences alors que les Etats-Unis, plus éloignés, en titreront bénéfice.

En quoi cette persistance de l’idéologie et ce manque de pragmatisme vis-à-vis de la Russie empêchent la formation d’un système de sécurité global efficace ?

Florent Parmentier : Le manque de pragmatisme a conduit les Etats-Unis et l’Europe à gagner la Guerre froide, mais à perdre la paix. La Russie post-soviétique ne se considérait pas comme un pays vaincu, parce que c’est son propre peuple qui a agi pour sortir de la Guerre froide.

Dans ce contexte, il est évident que les Européens en particulier ont à gagner à des rapports apaisés avec la Russie, en raison de la proximité géographique et de l’interdépendance économique, même si cela ne veut pas dire le faire à vil prix, ou au détriment d’un pays comme l’Ukraine. Sur les questions gazières, de l’exportation des valeurs démocratiques ou de la gestion du Printemps arabe, inclure la Russie aurait pour effet de stabiliser le système international, qui sera changé par la montée des BRICS, le renforcement de l’Organisation de la Coopération de Shanghaï et les grandes évolutions technologiques et démographiques.

Si les Etats-Unis étaient l’hyperpuissance incontestée et incontestable de la fin de la Guerre froide au début des années 2000, ils sont désormais entrés dans un déclin relatif du fait du phénomène de rattrapage et de montée en puissance de certains pays émergents dont fait partie la Russie. Les Etats-Unis n’ont plus ni la volonté, ni la capacité, ni la légitimité d’impulser de façon unilatérale les contours de l’ordre mondial. En quoi la reconfiguration des rapports de force et la multiplication des pôles de puissance vont-elles influencer les relations entre le monde occidental et la Russie ? Cette nouvelle donne est-elle l’occasion de se défaire du poids de l’idéologie ?

Florent Parmentier : En politique internationale, les représentations perdurent souvent au-delà des effets qui les ont engendrées. Notre vision de la Russie évoluera sans doute moins vite que la réalité.

Le paradoxe essentiel de cette situation est sans doute le suivant : les stratèges russes parlent depuis les années 1990 avec envie de l’idée de multipolarité, rageant de constater l’unilatéralisme américain. Dans leur perspective, la Russie fait bien entendu partie de ces pôles qui pèseront à l’avenir, principalement autour de l’espace post-soviétique, d’où la construction de l’Union économique eurasiatique que Vladimir Poutine a mise en place en 2015. Cette volonté de puissance russe d’inspiration néo-eurasiste née des années 1990-2000 devait nécessairement engendrer un conflit de représentations avec les Etats-Unis et le mouvement néo-conservateur, ainsi que Benoît Pélopidas, Didier Chaudet et moi-même l’avions annoncé dans l’ouvrage L’empire au miroir. Stratégies de puissance aux Etats-Unis et en Russie (Droz, 2007). La guerre du Donbass est l’exemple même de la dialectique du ressentiment que nous avions décrite.

Cependant, le postulat russe peut être questionné ; la question de la Russie en tant que puissance peut se poser à l’avenir, dans la mesure où la guerre du Donbass a fait de Moscou un repoussoir pour Kiev. D’autres pays post-soviétiques se détournent aujourd’hui de la Russie, inquiets des initiatives possibles du Président russe. La Russie pourrait très bien n’être à l’avenir qu’un partenaire junior de la Chine, si elle ne parvient pas à renouer des contacts avec les Européens, voire les Américains. A moyen terme donc, on peut imaginer que la montée en puissance de la Chine aidera probablement au rapprochement entre Européens, Américains et Russes, qui dépendra également d’autres facteurs.

Propos recueillis par Emilia Capitaine

Source : ATLANTICO

[1] Le budget de Défense américain représentait en 2013 640 milliards de dollars, autant que le Budget réuni des 9 pays suivants : Chine 188, Russie 88, Arabie Saoudite 67, France 61, Grande-Bretagne 58, Allemagne 49, Japon 49, Inde 48, Corée du Sud 33. Source SIPRI.

[2] En savoir plus : Espionnage : le « budget noir » américain rendu public

[3] Traduit de : Zbigniew Brzezinski: « Die einzige Weltmacht – Amerikas Strategie der Vorherrschaft », Fischer Taschenbuch Verlag, pp.15/16.

[4] Le National Endowment for Democracy (NED) (en français, Fondation nationale pour la démocratie) est une fondation privée à but non lucratif des États-Unis dont l’objectif déclaré est le renforcement et le progrès des institutions démocratiques à travers le monde [1]. La plus grande part de ses fonds provient du département d’État des États-Unis, avec approbation du Congrès. L’ancien directeur de la CIA, William Colby, déclarait en 1982, dans le Washington Post, à propos du programme de la NED : « Il n’est pas nécessaire de faire appel à des méthodes clandestines. Nombre des programmes qui […] étaient menés en sous-main, peuvent désormais l’être au grand jour, et par voie de conséquence, sans controverse ». William I. Robinson, Promoting Polyarchy: Globalization, US Intervention, and Hegemony [archive], Cambridge university Press, 1996, 466 p., pp. 87-88.

[5] La Rus’ de Kiev est un État qui a existé sur le territoire de l’actuelle Ukraine et de la partie de la Russie occidentale. La Rus’ de Kiev constitua également la base de départ de ce qui deviendra d’abord le grand-duché de Moscovie et ensuite la Russie.

[6] Devant la commission des AE et de la défense de l’Assemblée Nationale mars 2015,le général Gomart déclare « L’OTAN avait annoncé que les Russes allaient envahir l’Ukraine alors que, selon les renseignements de la DRM, rien ne venait étayer cette hypothèse – nous avions en effet constaté que les Russes n’avaient pas déployé de commandement ni de moyens logistiques, notamment d’hôpitaux de campagne, permettant d’envisager une invasion militaire et les unités de deuxième échelon n’avaient effectué aucun mouvement. La suite a montré que nous avions raison car, si des soldats russes ont effectivement été vus en Ukraine, il s’agissait plus d’une manœuvre destinée à faire pression sur le président ukrainien Porochenko que d’une tentative d’invasion ».

[7] theorisk.wordpress.com.

[8] Former NATO general doubts the Russian invasion of Ukraine (video).

[9] Un ex-diplomate français suggère que Washington pourrait être à l’origine de la crise ukrainienne.


Genève, Octobre 2015: Mon intervention au « Forum des gestionnaires de patrimoines »

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Je voudrais avant d’essayer de répondre aux deux questions qui m’ont été posées, vous dire quelques mots supplémentaires sur le parcours que j’ai accompli avant de m’intéresser à la géopolitique.

Après plusieurs années sur le terrain dans les parachutistes, j’ai été envoyé par l’Armée faire une maitrise de physique nucléaire et je me suis ensuite occupé de la sécurité radiologique des essais nucléaires. N’étant vraiment occupé que de juin à septembre, j’en ai profité pour faire un doctorat de sciences politiques à Paris 1 Sorbonne. Mes états de service m’ont fait admettre sur titres à l’école de guerre en 1973. Durant l’école de guerre que j’ai écrit mon premier livre qui soutenait la thèse que la dissuasion nucléaire interdisait toute guerre-Est-Ouest et qu’au contraire nous serions dans le futur, pour de multiples raisons, confrontés à des guerres Nord Sud qui prendraient la forme du terrorisme, d’où le titre de mon livre « la guerre civile mondiale ». Ce livre m’a fait remarquer par l’entourage du Président de la République de l’époque Monsieur Giscard D’Estaing et j’ai été chargé en 1976 avec trois autres personnes de créer le Groupe permanent d’évaluation des situations, GPES, qui a reçu comme mission d’évaluer le renseignement français concernant les crises dans lesquelles nos forces étaient engagées et de présenter des options stratégiques au Président de la République.

Depuis lors, je me passionne pour la géopolitique et j’ai écrit depuis lors trois autres livres dont le dernier « Carnet de crises et de guerres » est paru en Mai 2014. Il reprend tous mes écrits et interviews publiés sur mon blog.

La Russie représente-t-elle une menace pour la stabilité mondiale ?

Le fait que l’on m’ait posé cette question est très significatif car cela reflète la vision que les leaders d’opinion et les médias influencés par les États-Unis ont réussi à nous imposer et que le Général de Gaulle décrivait ainsi en 1962 : « Le grand problème, maintenant que l’affaire d’Algérie est réglée, c’est l’impérialisme américain. Le problème est en nous, parmi nos couches dirigeantes, parmi celles des pays voisins. Il est dans les têtes. » [1]

Une observation objective des faits démontre que depuis la chute du mur de Berlin, c’est la politique extérieure américaine et la vision que le complexe militaro-industriel a des intérêts des États-Unis qui menace la stabilité de l’Europe et du Moyen-Orient.

Pour défendre cette thèse si contraire au point de vue dominant, il est essentiel de rappeler l’intervention américaine dans les trois conflits qui ont eu lieu depuis 1990 en Europe et au Moyen-Orient et qui ont contribué à générer et à développer les menaces islamiques actuelles.

Ces rappels historiques permettent de relativiser le rôle de la Russie. Dans cette perspective, le rattachement de la Crimée à la Russie apparait comme une riposte d’une Russie directement visée par les agissements américains qui cherchent à élargir l’OTAN jusqu’à ses frontières, contrairement aux engagements du secrétaire d’Etat américain James Baker envers le Président Mikhaïl Gorbatchev en février 1990 [2].

Pour mémoire la Russie avait enlevé la Crimée à l’empire Ottoman en 1848 (date du rattachement de la Corse à la France, Corse qui appartenait à la principauté de Gènes).
Parcourons rapidement ensemble les 70 dernières années qui ont vu le système international évoluer d’un duopole soviéto-américain à une primauté sans partage des États-Unis depuis 1990.

Le 6 août 1945, il y a exactement soixante-dix ans, les États-Unis utilisaient pour la première fois l’arme nucléaire contre les populations civiles d’Hiroshima, accélérant la victoire contre le Japon dont ils avaient été les principaux artisans.

A l’Ouest ce sont les soviétiques et les anglais qui supportèrent l’essentiel du poids de la guerre contre l’Allemagne même si les commémorations du débarquement veulent en projeter une image différente. Les français furent associés aux deux capitulations du Japon et de l’Allemagne grâce à l’habileté politique du Général de Gaulle qui avait su se faire deux alliés de Churchill et de Staline et cela malgré l’opposition de Roosevelt qui avait tout fait pour écarter la France qu’il souhaitait placer sous administration américaine [3].

Je voudrais vous rappeler que le Général de Gaulle n’a jamais voulu commémorer le 6 juin.

44 ans plus tard, le 9 novembre 1989, le mur de Berlin s’écroulait et annonçait, avec la chute du régime soviétique, la fin du condominium soviéto-américain sur le monde.
A partir de cette date et jusqu’à aujourd’hui, le système international est dominé par une seule superpuissance, les Etats-Unis, qui mènent une stratégie globale pour conserver sans partage cette primauté en utilisant tous les moyens de la puissance à leur disposition et en premier lieu la puissance militaire et le renseignement.

Quelques chiffres permettent de concrétiser cette domination [4] : le budget américain de la Défense était de 640 milliards de dollars en 2013, supérieur au total des 9 autres budgets des pays suivants dont ceux de la Chine 188 milliards, de la Russie 88 milliards et la France 61 milliards (parité euros dollars de 2013). Quant au budget des 16 agences de renseignement américain, il est équivalent au total du budget militaire de la Russie soit 76 milliards de dollars [5] en 1973.

Quels ont été les actions des États-Unis qui ont porté atteinte à la stabilité mondiale depuis la chute de l’empire soviétique ?

La première concerne directement la menace djihadiste actuelle en Europe. Elle a pour origine le candidat Bill Clinton et son entourage qui croyaient possible de construire une société pluriethnique en Bosnie-Herzégovine s’il s’établissait un rapport de forces équilibré entre les différentes communautés ethniques et religieuses. Al Gore, lors de leur campagne électorale de 1992, s’était engagé à lever l’embargo décrété par l’ONU, pour les armes à destination de la Bosnie-Herzégovine. Une fois au pouvoir, entre 1993-1994, les hommes du Président Clinton ont organisé au profit des bosniaques, et à l’insu des forces l’ONU déployées sur place, des livraisons d’armes en provenance de l’Arabie Saoudite, de l’Iran et du Soudan par l’entremise d’une ONG bosniaque, la TWRA [6], puis directement par la CIA lorsqu’ils eurent remplacé son directeur, Robert James Woolsey, qui n’y était pas favorable.

L’OTAN par laquelle transitaient les rapports des observateurs de l’ONU, a désinformé l’opinion européenne sur la réalité de ce conflit en faisant pression sur les chefs des casques bleus dont le Général Français Bertrand de Lapresle pour qu’ils réécrivent leurs rapports qui rendaient compte de l’action illicite des services américains.

Cette désinformation organisée par Washington a permis d’engager l’OTAN dans la guerre contre la Serbie, sans aucun mandat de l’ONU [8] et avec l’appui des populations européennes. Ce conflit a permis l’éclosion d’un djihadisme bosniaque qui a ensuite essaimé en Europe, en Tchétchénie et au Moyen-Orient (ainsi les pilotes de l’avion du 9/11 qui s’est écrasé sur le Pentagone étaient d’origine bosniaque et 4 membres des 6 membres du « gang de Roubaix » qui étaient liés au réseau islamique Kamel avaient combattu en Bosnie).

La deuxième atteinte à la stabilité mondiale a pour origine la décision de Bush d’envahir l’Irak en 2003 en trompant ses alliés sur la présence d’armes de destruction massives . Bush et son entourage ont menti publiquement à 532 occasions séparées ont recensé 2 journalistes américains. Entre mars 2003, et l’été 2006, cette guerre injustifiée a coûté la vie à environ 600 000 civils irakiens et 1,6 millions sont devenus des réfugiés4. C’est en Irak que l’Etat islamique (Daesh) est apparu, c’est structuré en bénéficiant de l’apport de cadres sunnites des services de renseignement et de la garde républicaine de Saddam Hussein. Et a forgé ses modes d’action en luttant contre l’occupation américaine.

La troisième atteinte à la stabilité mondiale est toujours en cours aujourd’hui avec la crise Ukrainienne. En effet, les stratèges américains depuis la chute du mur en 1989 n’ont qu’une seule crainte : la création d’un grand ensemble européen incluant la Russie qui leur contesterait le leadership mondial. L’ancien conseiller national à la sécurité des Etats-Unis, Zbigniew Brzezinski, publia en 1997 sous le titre « Le grand échiquier » un livre où il soutenait la thèse que« Pour l’Amérique l’enjeu géopolitique principal est l’Eurasie ». Il explicitait ainsi sa pensée [9] : «Si l’Ukraine tombait, écrivait-il, cela réduirait fortement les options géopolitiques de la Russie. Sans l’Ukraine et ses 52 millions de frères et sœurs slaves, toute tentative de Moscou de reconstruire l’empire eurasien menace d’entraîner la Russie dans de longs conflits avec des non slaves aux motivations nationales et religieuses.»

Entre 2002 et 2009, grâce aux cables diplomatiques américains que Wikileaks a dévoilé, nous savons aujourd’hui que les États-Unis ont ainsi dépensé des millions de dollars afin d’aider l’opposition ukrainienne à accéder au pouvoir [10]. Ils témoignent aussi de l’effort constant et de la volonté continue des États-Unis d’étendre leur sphère d’influence sur l’Europe de l’Est et notamment en Ukraine via l’OTAN.

Mais ces désinformations souvent grossières ont fini par irriter en 2014 et 2015 plusieurs généraux européens et un ambassadeur français qui ont exprimé publiquement leurs doutes sur les informations publiées par les américains, l’OTAN et les autorités ukrainiennes.

Le Général français Christophe Gomart, directeur du renseignement militaire [11], le général Polonais Skrzypczak, conseiller du ministre de la Défense [12], le Général Allemand Harald Kujat [13] ancien chairman du comité militaire de l’OTAN et l’ancien ambassadeur de France à Moscou Jean de Glinasty [14] ont dénoncé en 2014 et 2015 les désinformations des Etats-Unis via l’OTAN et celles du gouvernement ukrainien sur la réalité de ce qui se passe sur le terrain.

Last but not least, grâce à Wikileaks, il est devenu de notoriété publique que les Etats-Unis s’arrogent le droit d’espionner les dirigeants de leurs meilleurs alliés comme François Hollande et Angela Merkel. Comment ne pas penser que la connaissance des conversations les plus intimes de ces dirigeants ne donne pas au dirigeants américains un pouvoir de pression efficace sur eux ?

Aujourd’hui, tant en Allemagne qu’en France de nombreux dirigeants politiques prennent de plus en plus conscience que nous ne partageons pas toujours les mêmes intérêts que les Etats-Unis sur des dossiers qui intéressent directement notre sécurité. Ils sont convaincus que si l’Europe n’envisage pas de manière autonome la résolution des conflits qui menace sa sécurité elle en subira les terribles conséquences alors que les Etats-Unis, plus éloignés, en titreront bénéfice.

Quel avenir pour les relations entre l’Europe et la Russie ?

Avec la Russie, outre un intérêt économique commun, l’Europe a à résoudre la même difficile équation que la Russie : éviter que les 40 millions de musulmans (15 millions en Europe ; 25 millions en Russie) qui vivent en paix sur les sols européens et russes ne deviennent les victimes de la radicalisation islamique.

Ce risque est aujourd’hui totalement d’actualité avec l’enracinement de l’Etat Islamique rn Syrie et en Irak et cela nous amène à la deuxième question à laquelle je vais essayer de répondre.

Qu’est-ce qui permet l’enracinement de Daech au Moyen-Orient ? Comment vaincre cette organisation terroriste ?

Répondre à cette question c’est mettre en lumière les facteurs déterminants de la stratégie victorieuse de Daech face à l’indétermination stratégique occidentale écartelée entre des objectifs inconciliables.

En effet, le califat, un an après sa proclamation par Abou Bakr al-Baghdadi, révèle un quadruple échec.

En premier lieu l’échec de la stratégie politique et militaire américaine en Irak.

Politique d’abord, avec le choix d’un premier Ministre, Al Maliki, qu’ils ont mis en place en 2006 et ont soutenu jusqu’en 2014, le laissant exercer un pouvoir sans partage et fondé exclusivement sur la communauté chiite. Ils ont ainsi fermé les yeux lorsqu’il a bafoué la constitution de son pays, pourtant inspiré par eux, en n’attribuant pas les ministères importants (intérieur et défense) qui devaient être dévolus constitutionnellement aux Sunnites et aux Kurdes. Militaire ensuite. En effet, depuis sa reformation par les américains, la nouvelle armée irakienne, dont Al Maliki se méfiait, était mal équipée, gangrenée par la corruption, le népotisme, la formation insuffisante, l’absence de moral et la volonté de se battre.

Militaire ensuite, ce n’est pas l’aviation américaine mais les milices shiites, (dirigées, encadrées, formées et équipées par l’Iran et appuyées par des Iraniens et des libanais du Hezbollah avec le général iranien Soleimani [15] à leurs têtes) qui ont sauvé Bagdad, repoussé Daech à l’Ouest du Tigre et qui ont représenté plus des 2/3 des forces engagées dans la reconquête de Tikrit.

Enfin, si les frappes de la coalition ont un certain effet d’attrition sur les forces de Daech, sans forces terrestres en état de se battre, cet effet reste limité et est obtenu au prix de dégâts collatéraux importants sur civils, les habitations et les infrastructures, engendrant la colère des populations sunnites locales.

Echec également des monarchies gériatriques du Golfe Persique qui ont contribué à l’émergence de Daesh dans le but de renverser le régime bassiste et alaouite d’Assad et de le remplacer par un pouvoir sunnite ami. Aujourd’hui Daesh, en contrôlant le gouvernorat d’Al Anbar et les 420 km de frontière commune avec l’Arabie Saoudite, menace ce royaume qui se méfie de son armée, de sa minorité chiite (d’où la condamnation à la décapitation et à la crucifixion du jeune Mnir, un shiite à qui il est seulement reproché d’avoir manifesté contre le régime à 17 ans), méfiance aussi de la moitié de sa population qui est étrangère et enfin Royaume qui est en guerre sur ses frontières Sud avec les rebelles Hutis, d’obédience shiite.

Echec de la Turquie qui considère les kurdes dont 15 millions sont citoyens turcs comme sa première menace et qui laisse sa frontière ouverte à Daesh, offrant une base arrière aux djihadistes pour vendre leur pétrole, se ravitailler en armes et munitions et soigner leurs combattants [16]. Erdogan a espéré ainsi renverser Assad et restaurer l’influence séculaire de la Turquie sur la Syrie.

Echec de l’Europe et, au premier lieu Francois Hollande, qui a cru à un printemps arabe alors que je soutenais dans mes écrits des 2012 qu’il s’agissait en Syrie des prémices d’une guerre civile confessionnelle initiée et financée par l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie. Et la guerre civile comme l’a très bien dit Corneille « est le règne du crime » des 2 cotés.Is’est trompé sur la capacité de durer du régime d’Assad et en le diabolisant il est pour moi co-responsable du départ de plusieurs milliers de jeunes djihadistes français en Syrie et du flux de migrants actuel, générant, par effet boomerang, une menace terroriste sur notre territoire qui va faire que s’accroitre . Il a encore persisté dans son erreur il y a 2 jours à l’ONU, isolant la France et fournissant une preuve de plus de sa morale à géométrie variable, défenseur ardent des droits de l’homme en Syrie et pratiquement silencieux quand il s’agit de ses amis saoudiens.

Les seuls gagnant à l’heure actuelle sont les Kurdes, l’Iran et la Russie.

Vainqueurs en Irak dès lors qu’ils étaient correctement équipés, les Peshmergas ont clairement démontré leur valeur militaire. Vainqueurs en Syrie où, malgré l’attentisme Turc, et avec l’aide des frappes américaines, ils ont repris Kobané. Vainqueurs en Turquie où, pour la première fois, ils rentrent en masse au Parlement et deviennent désormais une force politique avec laquelle Erdogan devra compter même s’il essaie par des élections anticipées et en relançant la guerre contre le PKK, de diaboliser les Kurdes et obtenir ainsi la majorité qu’il souhaite pour instaurer en Turquie un régime présidentiel.

L’Iran ensuite. C’est l’engagement des milices iraniennes sur le sol irakien qui ont sauvé Bagdad. Confrontés à la déroute de l’armée irakienne à Ramadi, capitale du gouvernorat d’Al Anbar, les américains, pragmatiques, ont compris que sans l’appui terrestre iranien ils n’arriveraient pas à vaincre Daesh.

Alors qu’il se refuse toujours à engager des troupes au sol, l’accord préliminaire sur le nucléaire iranien témoigne d’une modification de la stratégie d’Obama confronté au risque de perdre son investissement irakien [17] et de voir son allié saoudien directement menacé.

La Russie, enfin. C’est le pays qui connait le Moyen-Orient et la radicalisation islamique bien mieux que les Etats-Unis et les Européens grâce, notamment à toute génération de responsables formés par Evgueni Primakov, le Laurence Russe.

La Russie, riverain de la Caspienne est l’allié naturel de l’Iran shiite et donc du régime alaouite syrien. Sa seule base navale en méditerranée est à Tartous.

La Russie n’a jamais cru à un printemps arabe et savait comme moi que le régime Assad était solide car pour les minorités religieuses 35% de la population syrienne qui vivaient en Paix, l’arrivée au pouvoir des salafistes financés par l’Arabie Saoudite, le Qatar et aidés par la Turquie c’était l’exil ou la mort. Poutine a compris qu’un an après l’échec de la stratégie du ni ni occidental (ni Daesh ni Assad) et d’une intervention strictement aérienne c’est l’heure de la Russie.

Nous sommes donc face à 2 options stratégiques

Soit la Russie se borne à une action défensive d’aide à l’armée syrienne c’est-à-dire interdire la progression de Daesh au Sud d’une ligne Tartous Homs Palmyre et obtient une coordination des efforts de toutes les parties prenantes au moins au niveau opérationnel. Alors battre Daech est possible et demandera encore du temps car tant que les conditions politiques d’une victoire ne sont pas remplies, les frappes aériennes sont relativement inefficaces contre un ennemi totalement imbriqué dans la population.

Quelles sont donc les conditions politiques nécessaires à la mise en œuvre d’une stratégie gagnante contre Daech sont :

1) exiger de la Turquie, membre de l’OTAN, qu’elle ferme sa frontière à Daech et cesse ses frappes contre les Kurdes.
2) stopper les actions de déstabilisation du régime d’Assad jusqu’à l’éradication du califat et notamment arrêter le soutien occidental aux résidus d’Al Nostra et de l’Armée Syrienne libre.
3) faire pression auprès du gouvernement irakien pour une mise en œuvre effective du programme de réconciliation nationale [18].
4) mettre en place auprès des Peschmergas et des milices iraniennes et irakiennes des contrôleurs aériens avancés pour optimiser l’efficacité des frappes aériennes durant les offensives.
5) ne pas trop compter sur une reconstruction rapide de l’armée irakienne tant que ne seront pas votées les deux lois d’amnistie générale et de fin de la débassification.

Autre option : Poutine estime que les conditions politiques sont réunies pour lui permettre d’adopter une attitude offensive et engage des troupes au sol. Alors tout peut aller plus vite.

Affaire à suivre et essentielle pour notre sécurité car éradiquer Daesh au Moyen-Orient permettrait d’éviter l’amplification du terrorisme chez nous.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL, auteur de « Carnet de guerres et de crises 2011-2013 », Lavauzelle, Mai 2014 et de « Russie, alliance vitale », Choiseul, 2011.

[1] Tiré du tome 2 de l’ouvrage C’était de Gaulle, d’Alain Peyrefitte, paru en 1997 chez Fayard (Editions de Fallois), page 17.

[2] Cette promesse se situe au cours de l’échange qui a lieu au Kremlin le 9 février 1990 entre le secrétaire d’Etat américain, James Baker, et le dirigeant soviétique, Mikhaïl Gorbatchev. Après une large discussion sur le futur statut d’une Allemagne unifiée, Gorbatchev promet de «réfléchir à tout ça» en ajoutant: «Il est entendu, c’est clair que l’élargissement de la zone de l’OTAN est inacceptable.» Et Baker de conclure: «Nous sommes d’accord avec cela.»

[3] De Gaulle n’a jamais célébré le débarquement du 6 juin. Pourquoi? Il déclarait à Peyrefitte en 1964: « La France a été traitée comme un paillasson! Churchill m’a convoqué d’Alger à Londres, le 4 juin, il m’a fait venir dans un train où il avait établi son quartier général, comme un châtelain sonne son maître d’hôtel. Et il m’a annoncé le débarquement, sans qu’aucune unité française n’ait été prévue pour y participer. Nous nous sommes affrontés rudement. Je lui ai reproché de se mettre aux ordres de Roosevelt, au lieu de lui imposer une volonté européenne ».

[4] Le budget de Défense américain représentait en 2013 640 milliards de dollars autant que le Budget réuni des 9 pays suivants : Chine 188, Russie 88, Arabie Saoudite 67, France 61, Grande-Bretagne 58, Allemagne 49, Japon 49, Inde 48, Corée du Sud 33. Source SIPRI.

[5] En savoir plus sur « Le Monde ».

[6] Son directeur, Irfan Ljevakovic, est un ancien dirigeant de la Third World Relief Agency (TWRA), une structure «humanitaire» créée en 1987 par un Soudanais, Fatih al-Hassanain. Outre Irfan Ljevakovic, on trouve parmi les dirigeants de TWRA plusieurs compagnons de longue date de l’ancien Président Izetbegovic, comme Hasan Cengic. L’homme était durant la guerre mufti de Zagreb, un carrefour essentiel pour l’approvisionnement de la Bosnie en armes et en combattants. Après la guerre, il fut d’ailleurs durant quelques mois, ministre de l’Armement.

[7] Lire à ce sujet « Comment le Djihad est arrivé en Europe », Jürgen Elsässer, Xenia, 2006, pages 105 à 110.

[8] Sur le point précis de la possession d’armes de destruction massives par l’Irak, en au moins 532 occasions séparées (discours, briefings, interviews, conférence de presse), Bush et trois de ses proches collaborateurs Colin Powell, secrétaire d’Etat, Paul Wolfowitz, secrétaire d’Etat à la Défense et les responsables presse de la Maison Blanche Ari Fleischer et Scott McClellan ont affirmé que « l’Irak en possédait ou était en train d’essayer de les produire ou de les obtenir en liaison ou non avec Al Qaeda » False Pretenses, by Charles Lewis and Mark Reading-Smith, January 23, 2008, Center for public Integrity et du Fund for independence in journalism. http://projects.publicintegrity.org/WarCard/.

[9] Traduit de : Zbigniew Brzezinski: « Die einzige Weltmacht – Amerikas Strategie der Vorherrschaft », Fischer Taschenbuch Verlag, pp.15/16

[10] Le National Endowment for Democracy (NED) (en français, Fondation nationale pour la démocratie) est une fondation privée à but non lucratif des États-Unis dont l’objectif déclaré est le renforcement et le progrès des institutions démocratiques à travers le monde[1]. La plus grande part de ses fonds provient du département d’État des États-Unis, avec approbation du Congrès. L’ancien directeur de la CIA, William Colby, déclarait en 1982, dans le Washington Post, à propos du programme de la NED : « Il n’est pas nécessaire de faire appel à des méthodes clandestines. Nombre des programmes qui […] étaient menés en sous-main, peuvent désormais l’être au grand jour, et par voie de conséquence, sans controverse ». William I. Robinson, Promoting Polyarchy: Globalization, US Intervention, and Hegemony [archive], Cambridge university Press, 1996, 466 p., pp. 87-88.

[11] Devant la commission des AE et de la défense de l’Assemblée Nationale mars 2015,le général Gomart déclare « L’OTAN avait annoncé que les Russes allaient envahir l’Ukraine alors que, selon les renseignements de la DRM, rien ne venait étayer cette hypothèse – nous avions en effet constaté que les Russes n’avaient pas déployé de commandement ni de moyens logistiques, notamment d’hôpitaux de campagne, permettant d’envisager une invasion militaire et les unités de deuxième échelon n’avaient effectué aucun mouvement. La suite a montré que nous avions raison car, si des soldats russes ont effectivement été vus en Ukraine, il s’agissait plus d’une manœuvre destinée à faire pression sur le président ukrainien Porochenko que d’une tentative d’invasion ».

[12] Theorisk.

[13] Fort Russ.

[14] « Le Figaro ».

[15] Le major général Soleimani, 58 ans dirige depuis 1998 Al-Qods, force d’intervention extérieure (à l’image de nos forces spéciales) de l’Iran. Chef brillant tacticien et charismatique, sa force est destinée à soutenir les chiites au Moyen-Orient. C’est lui qui contribue à bâtir la branche armée du Hezbollah libanais. En 2012, il engage les forces armées d’Al-Qods dans le conflit syrien et en 2015 au Yémen.

[16] Alahed.

[17] « Globalement les américains ont dépensé davantage à ce jour en Irak depuis mars 20 que pour l’ensemble du deuxième conflit mondial » Général Vincent Desportes, La guerre probable, Economica, octobre 2009 page 12.

[18] Lire : Irak.


La guerre contre l’Etat islamique se gagnera-t-elle comme la guerre froide ou comme la seconde Guerre mondiale ?

2 commentaires

Un rapport du Conseil de Sécurité de l’ONU publié au courant du mois de novembre estimait que l’Etat islamique possédait suffisamment d’argent et d’armes pour se battre pendant deux ans. S’il est politiquement possible de dessiner des parallèles avec la Guerre froide, militairement, il n’en est rien.

Atlantico : Un rapport du Conseil de Sécurité de l’ONU publié au courant du mois de novembre estimait que l’Etat islamique posséderait suffisamment d’argent et suffisamment d’armes pour se battre pendant deux ans. Au regard des forces en présence vers quels types de scénarios militaires se dirige-t-on ?

Alain Rodier : Daesh a eu des rentrées d’argent très importantes : rançons, vols dans les banques des villes conquises, racket des populations et des trafics, confiscations de biens (chrétiens, yazidis et autres). Il a désormais de grosses dépenses car faire vivre un « Etat » de presque dix millions de personnes coûte cher. Il lui faut payer les « fonctionnaires » placés sous l’autorité des « gouverneurs » qui ont été désignés, approvisionner les marchés, assurer un soutien médical et éducatif (ce dernier étant très religieux) et assurer la solde des personnels combattants.

Si le racket sur les populations poursuit, les revenus des matières premières a tendance à diminuer du fait de la destruction des infrastructures par les bombardements.

Au niveau territorial, Daesh est maintenant bloqué en Irak ne pouvant plus progresser en zones kurde et chiite et il ne semble plus progresser en Syrie. La bataille de Kobané a été son premier échec marquant, au moins sur le plan psychologique. Nous assistons maintenant à une guerre de positions avec des offensives locales qui resteront limitées dans l’espace.

La situation devrait donc pourrir peu à peu. Daesh en tire les conséquences :

– il va intensifier les attentats terroristes dans les zones qu’il ne contrôle pas en Syrie et en Irak;

– il se livre à une intense campagne médiatique via le net pour continuer à attirer des combattants étrangers (il a besoin de personnels et c’est dans ce cadre qu’il forme également des enfants-soldats);

– il appelle tous les mouvements insurrectionnels islamistes radicaux étrangers à lui faire allégeance et à passer à l’action. En sus, il demande à tous les apprentis djihadistes à se livrer à des actions terroristes là où ils le peuvent avec les moyens dont ils disposent (couteaux, pierres, explosifs de fortune, etc.). Il espère ainsi desserrer l’étreinte qui pèse sur ses troupes sur le front syro-rakien.

En résumé : une guerre de positions en Syrie et en Irak et une extension des opérations de type terroriste à l’étranger.

Jean-Bernard Pinatel : Ce type d’évaluation ne vaut pas grand chose. Car dans une confrontation militaire, l’argent est important mais ce qui compte au final c’est le rapport des forces en présence. Adam Smith en 1776 écrivait des mots qui sont toujours valables aujourd’hui : « Dans la guerre moderne, le prix élevé des armes à feu donne un avantage évident à la nation qui peut le mieux supporter cette dépense ; et par la suite à une nation opulente et civilisée sur une nation pauvre et barbare ».

En Irak, la durée du conflit sous la forme classique qu’il a actuellement (Daech dispose de chars et d’artillerie) dépend uniquement des moyens que la coalition mettra en face pour en réaliser l’attrition. L’engagement prochain d’hélicoptères Apache en Irak et la présence auprès des forces irakiennes de contrôleurs aériens va accroître l’efficacité des frappes. Il a fallu 6 mois à l’aviation français et britannique pour réduire le potentiel libyen suffisamment et permettre le renversement du régime Kadhafi par les révolutionnaires. Combien de temps faudra-t-il pour rééquiper et former l’armée irakienne pour qu’elle soit en mesure de refouler Daech sous sa forme actuelle hors d’Irak. A mon avis un an au maximum sous deux conditions : 1) que les négociations entreprises par le Premier ministre irakien Hayder Al Ebadi avec les chefs de tribus sunnites aboutissent à en rallier une majorité car Daech n’a pu entrer en Irak que parce que les 3 gouvernorats sunnites étaient déjà en rébellion depuis plus d’un an contre le pouvoir sectaire de Maliki. 2) Que les milices chiites qui ont contribué à stopper l’avancée de Daech, levées et payées par Maliki et qui aujourd’hui ne sont plus rémunérées par le nouveau gouvernement, ne créent pas une telle insécurité à Bagdad et dans le reste du pays que l’effort de guerre contre Daech s’en trouve paralysé.

Si ces conditions sont réunies, les forces mobilisées par la coalition seront suffisantes pour créer les conditions dans quelques mois d’une offensive des brigades irakiennes en cours de reconstitution, d’équipement et d’entrainement.

En Syrie, le problème est différent car le contexte politique et stratégique est plus compliqué. Les occidentaux et, en particulier François Hollande, ont déclaré la guerre au régime d’Assad sans comprendre qu’il ne s’écroulerait pas pour des raisons intérieures et extérieures.

Ils n’ont pas compris aussi que les révolutionnaires qui voulaient instaurer une démocratie seraient vite dépassés par des forces plus extrémistes. Encore récemment, entêté dans son erreur, le Président français veut faire la guerre sur deux fronts. Or dans une situation de conflit, entre deux maux il faut choisir le moindre. Les forces armées syriennes sont aujourd’hui nos alliés objectifs car ce qui se passe en Syrie n’est pas une révolution contre un dictateur mais un guerre civile confessionnelle contre un Etat qui a toujours permis aux minorités religieuses d’exercer leur religion, menée par des barbares prêts à les exterminer au nom d’un Islam dévoyé. Même l’Arabie Saoudite qui a financé largement la rébellion sunnite en Irak à ses débuts craint un retour de bâton car 5000 saoudiens combattent dans les rangs de Daech (1). La Turquie d’Erdogan a également montré qu’elle préférait laisser mourir les Kurdes à Kobané plutôt que les aider à combattre Daech. Nous-mêmes qui n’avons rien fait avant cette année pour empêcher nos ressortissants de partir se battre en Syrie, nous craignons des attentats sur notre sol alors que depuis 2 ans je n’ai cessé de mettre en garde nos concitoyens dans mes écrits contre cette perspective angoissante (2)

(1) N’étant pas sûr de son armée, elle a fait appel au Pakistan et à l’Egypte pour qu’ils déploient le long de ses 800 km de frontières avec l’IRAK au moins 30 000 hommes

(2) Carnets de Guerre de crises 2011-2013, Editions Choiseul, Mai 2014

Militairement, quels parallèles et quelles différences se dessinent relativement à des conflits historiques comme la Guerre Froide par exemple ?

Alain Rodier : Cela n’a rien à voir. Le Seconde Guerre mondiale a été à l’origine de plus de 280 millions de morts en six ans. La Guerre froide a duré de 1946 à 1989 et a également provoqué des millions de victimes (Indochine, Vietnam, Cambodge, Angola, Cuba, etc.). L’échelle n’est pas la même. Cela ne veut pas dire que cette nouvelle guerre est moins horrible. Mais surtout, elle est médiatisée grâce aux nouveaux moyens technologiques de communications. Le citoyen occidental peut frissonner bien au chaud derrière sa télévision ou son ordinateur. Il a moyennement peur d’un attentat sachant qu’il prend beaucoup plus de risques de trépasser en se mettant au volant de sa voiture pour partir en week-end qu’en raison d’une bombe placée sur son trajet. Cela dit, l’inquiétude est tout de même présente alimentée par les politiques qui instrumentalisent la menace à des fins diverses et parfois opposées. Les médias se font un devoir de rapporter, d’amplifier et de déformer, histoire de vendre de l’audience…

Jean-Bernard Pinatel : Militairement, aucun parallèle. Politiquement, on peut voir un affrontement Russie – États-Unis par Iran et Arabie Saoudite interposés. La Russie soutient l’Iran à majorité Chiite et les Etats-Unis soutiennent les Saoudiens qui représentent la forme la plus archaïque de l’Islam, le hanbalisme, dont une manifestation récente est le wahabisme et le salafisme qui inspire les djihadistes.

Pour nous Européens, nous avons tout à perdre en nous rangeant dans le camp américain. Pourquoi ? Parce que comme la Russie nous avons sur notre sol 30 millions de musulmans et que tout ce qui favorise un affrontement confessionnel aura de terribles répercussions chez nous. Alors que les États-Unis sont relativement plus protégés, la communauté musulmane y est 10 fois moins nombreuse

Qu’en est-il d’un point de vue idéologique ?

Alain Rodier : Daesh est composé de salafistes djihadistes (retour à l’islam des origines en insistant sur le Djihad guerrier). Ses ennemis sont -dans le désordre- les chiites (les « apostats », c’est-à-dire les traitres à l’islam), les sunnites salafistes « tout court » jugés comme trop timorés ou même comme des « vendus », les wahhabites saoudiens, les Frères Musulmans qui ont « accepté » de participer à la vie politique, les sionistes (donc les juifs dans leur ensemble), les chrétiens, les yazidis, les régimes politiques laïques (présidentiels, parlementaires, socialistes, communistes, etc.). En fin de compte, le monde entier est leur ennemi car l’objectif final est sa conquête pour établir un califat qui obéisse à leur vision dévoyée de l’islam qu’il sont en train de réinterpréter à leur mesure.

Alors que l’armement n’est qu’un aspect de la menace représentée par l’État islamique, comment lutter contre la propagation de son idéologie ?

Alain Rodier : C’est extrêmement difficile car les activistes de Daesh pensent détenir la « vérité ». Ce sont les « Gott mit uns » (Dieu est avec nous », devise des nazis) modernes. Il faut tout tenter, mais en tant qu’ancien ayant connu la Guerre Froide, je ne crois pas trop dans les camps de rééducation.

Jean-Bernard Pinatel : Une idéologie est un système d’idées générales constituant un corps de doctrine philosophique et politique à la base d’un comportement individuel ou collectif. L’idéologie caractérise un régime ou une civilisation. La barbarie n’est rien de tout cela. Et je vous rappelle que ce sont les musulmans qui en subissent aujourd’hui presque exclusivement le prix du sang. La barbarie peut exercer une fascination.

Quels sont les dégâts collatéraux que pourraient causer les alliances de circonstances nécessaires à la lutte contre l’Etat islamique ?

Alain Rodier : Plutôt de de voir les dégâts collatéraux dont vous parlez, je distingue une opportunité de lancer le dialogue face à un péril commun. L’Iran est le bon exemple. Ce sont les Iraniens qui ont empêché la conquête de Bagdad et de Kirkouk par Daesh. Il est temps de parler (ce qui ne veut pas dire s’aplatir), même avec le régime syrien. En effet, ce dernier « tient » et il va bien falloir passer par lui, qu’on le veuille ou non, à un moment ou à un autre. Il faut aussi parler avec les Russes. Et surtout, il faut que l’Occident perde son attitude de perpétuel donneur de leçons. Cette attitude est totalement contre-productive.

De plus, ne jamais oublier que « la guerre n’est que le prolongement de la politique ». Encore faut-il en avoir une qui soit lisible…

Jean-Bernard Pinatel : Malheureusement, ce sont les populations civiles et les enfants qui subissent les dégâts collatéraux de toutes les guerres. C’est pour cela que je trouve insupportable l’attitude des États-Unis qui pour satisfaire leurs intérêts stratégiques légitimes et pour protéger la vie de leurs soldats, ne se préoccupent jamais des dégâts collatéraux que leur façon de faire la guerre occasionne sur les populations civiles. Heureusement, les règles d’engagement de nos forces armées sont beaucoup plus strictes.

Source : ATLANTICO