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Après 5 ans de guerre en Syrie : les gagnants et les perdants

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En ce début septembre 2017, même si Daech en tant qu’ « Etat » est sur le point d’être éradiqué en Syrie et en Irak, la guerre contre les islamistes est loin d’être terminée. Elle va prendre la forme d’une guérilla avec pour chef de file Al Qaïda qui vient en Syrie de prendre la tête d’une nouvelle organisation djihadiste.

En effet, en dehors d’un petit nombre de spécialistes, les grands médias ont un peu trop vite oublié d’analyser ce qui se passe dans la région d’Ibid où est née, en janvier 2017 après la chute d’Alep, Hayat Tahrir al-Cham (« Organisation de Libération du Levant »). Mutation du front Al-Nosra trop visiblement lié à Al Qaïda, elle regroupe (fusionne ?) plusieurs groupes islamiques : le Front Fatah al-Cham [1], le Harakat Nour al-Din al-Zenki [2], le Front Ansar Dine [3], le Liwa al-Haq et Jaych al-Sunna [4]. Quelques semaines plus tard, Ansar al-Cham rallie le groupe à son tour [5]. Les leaders de cette organisation savent que leur contrôle de la zone autour d’Ibid ne durera pas car les forces syriennes et russes se retourneront contre eux une fois Racca et les villes et villages stratégiques [6] de l’Est syrien totalement repris et sécurisés, d’autant plus que la protection totale et l’aide que leur offrait la Turquie qui avait abattu un SU24 russe dans cette zone n’existe plus depuis qu’Erdogan s’est rapproché des Russes.

De la défense d’un territoire, les djihadistes se préparent donc à revenir à la guérilla qui est dans l’ADN originel Afghan de cette organisation. Ayman Al-Zawahiri, l’émir d’Al-Qaïda, qui se cache toujours probablement dans les montagnes à la frontière pakistanaise, les a exhorté dans ce sens le 23 avril dernier : « Vous devez, vous notre peuple du pays de Damas (Al-Cham en arabe), vous préparer à une longue guerre contre les croisés et leurs alliés, les chiites et les alaouites. Ensuite il leur donne trois conseils : Le premier est « de revoir et corriger leurs erreurs. Un premier pas vers la victoire». Le deuxième est que «la stratégie du djihad en Syrie doit se baser sur une guerre de guérilla qui vise à tuer l’ennemi, à le saigner à mort et à ne pas trop s’attacher à la terre». Le troisième enfin est que «la cause d’Al-Cham est celle de la Oumma (la nation musulmane) dans son ensemble et non une cause pour les seuls Syriens ».

La Syrie comme l’Irak devront entamer leur reconstruction puis leur développement sous cette menace. D’autant plus que dans ces deux pays les nouvelles ambitions de la communauté Kurde et la frustration des sunnites rendront difficile le retour à une unité nationale, surtout en Irak si on ne révise pas la constitution dans un sens plus présidentiel.

Cette avancée vers fin de la guerre en Syrie et en Irak ne débouchera donc pas avant longtemps sur une situation sécuritaire normale. Mais elle va s’inscrire dans un contexte géopolitique profondément bouleversé par ces cinq ans de guerre. C’est donc le moment de faire un bilan géopolitique des gagnants et des perdants parmi les acteurs extérieurs de ce conflit. Les facteurs religieux, économiques et géopolitiques qui sous-tendent leurs positions rendent complexe tout décryptage et exposer en quelques lignes cet état des lieux est de facto critiquable surtout lorsque l’on prend le risque pédagogique de désigner les gagnants : l’Iran, la Russie et la Chine et perdants : Israël, la Turquie, l’Arabie Saoudite et les occidentaux.

Les gagnants

Trois acteurs l’Iran, la Syrie et le Hezbollah sortent gagnants de ces cinq ans de guerre malgré les sacrifices humains consentis. Ils ont considérablement renforcé leurs capacités militaires dans le domaine du renseignement, du combat en milieu urbain et surtout dans la coordination des opérations militaires entre leurs forces grâce à un centre de commandement unique et aussi avec le contingent aéroterrestre d’un acteur mondial : la Russie. Il ont bénéficié en plus, sur le plan international, du soutien politique de la Chine au Conseil de Sécurité pour qui l’Iran est un acteur capital dans la nouvelle route de la soie que les chinois ont lancée pour sécuriser leurs approvisionnements en énergie et dynamiser leur économie. En effet, l’une des branches de ce projet pharaonique comporte la construction, via le Pakistan, d’un oléoduc et d’un gazoduc jusqu’en Iran, seconde réserve de gaz naturel du Monde avec 16% des réserves prouvées.

La Russie s’est imposée sur le terrain militaire en sauvant Assad et en l’aidant à reconquérir la Syrie utile. Le corps expéditionnaire russe a largement contribué à empêcher les forces rebelles de s’emparer de Damas puis, après la prise d’Alep, à reprendre le contrôle presque total de l’autoroute M5 qui relie Damas à Alep avant d’être partie prenante d’une offensive vers l’Euphrate visant à dégager la garnison de Deir ez-Zor, assiégé par l’Etat islamique depuis 2013. Comme l’écrit « la voie de l’épée » [7] dans une étude remarquable « ces résultats ont été obtenus avec des ressources assez limitées, représentant par les forces engagées (4 à 5 000 hommes et 50 à 70 aéronefs comme force principale) et leur coût d’emploi (environ 3 millions d’euros par jour) environ le quart ou le cinquième de l’effort américain dans la région. Au regard des résultats obtenus, il est incontestable que les Russes ont une « productivité » opérationnelle (le rapport entre les moyens engagés et leurs effets stratégique) très supérieure à celle des Américains ou des Français ». Les capacités militaires et le courage des soldats russes [8] ont forcé le respect de tous les pays du Golfe et permettent désormais à Poutine de se positionner comme le protecteur de l’Iran et de la Syrie tout en ayant conforté sa présence et ses bases militaires en Syrie. De plus, la diplomatie Russe a fait merveille en détachant du camp occidental la Turquie, le Qatar et l’Egypte. Elle a réussi aussi à s’entendre avec Washington pour initier un processus de désescalade en Syrie et préparer des négociations de Paix dans lesquelles Assad figurera et d’où seront exclus tous les groupes proches des terroristes de l’Etat islamique et d’Al-Nosra.

Les perdants

Le premier des perdants est Israël. L’engagement d’Israêl dans la déstabilisation de la Syrie a longtemps été passé sous silence par les observateurs mais est devenu manifeste pour le monde entier lorsqu’en 2016 le ministre de la défense israélienne, le lieutenant-général (réserve.) Moshe Yaalon, a déclaré : « S’il me fallait choisir entre les Iraniens ou l’État Islamique en Syrie, je choisis l’État Islamique ». Cet engagement visait à couper la ligne logistique entre l’Iran et le Hezbollah, Assad ayant commis l’erreur de ne pas prendre en compte le légitime besoin de sécurité d’Israël et de s’en faire un ennemi. Cet engagement a été visible dans le monde entier lorsqu’en mars 2017 Israël a lancé plusieurs frappes contre les bases de l’armée syrienne alors même que Netanyahou, sentant le vent tourner, commençait à discuter avec Poutine. Cet échec est devenu manifeste en juillet et aout 2017 quand le Hezbollah, les Forces Armées Libanaises (FAL) et les Forces Armées Syriennes (FAA) ont chassé Daech et Al-Nosra des bases qu’ils occupaient dans l’Est du Liban en leur infligeant de lourdes pertes. Le libanais chiite Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, s’est alors félicité de « la Seconde Libération » du Liban ; la première, pour les chiites libanais, s’étant déroulée en 2000 lors du retrait des troupes israéliennes du Sud Liban. La reprise de la frontière stratégique entre le Liban et la Syrie a permis au Hezbollah de redéployer ses troupes vers d’autres zones de combat y compris sur la frontière avec Israël. Mais surtout, ce combat a abouti à un contrôle de la frontière libano-syrienne par les FAA. Il ne reste plus aux terroristes de Daech et d’Al-Nosra qu’une petite enclave dans le sud-ouest de la Syrie près des hauteurs du Golan occupées par les Israéliens. Israël, qui avait espéré couper le Hezbollah de sa base iranienne en installant à Damas un régime qui lui serait favorable, retrouve face à lui une organisation renforcée à laquelle le régime syrien doit beaucoup.

Par ailleurs, Israël, voit son allié du Nord, la Turquie d’Erdogan, rejoindre « de facto » la coalition dirigée par la Russie. En effet, Erdogan ne peut accepter la montée en puissance des forces Kurdes syriennes dont les liens avec le PKK turc est avéré et qui ont manifesté leur intention de réunir toute les enclaves Kurdes situées le long de la frontière turque faisant courir la perspective inenvisageable pour Erdogan d’un rattachement de fait au Kurdistan Turc. Or les américains, alliés de l’Arabie Saoudite et d’Israël, arment et soutiennent les Forces Démocratiques (FDS) Syriennes (à majorité Kurde) qui constituent le fer de lance de l’offensive pour libérer Raqqa permettant ainsi aux Etats-Unis d’être un acteur incontournable du règlement du dossier syrien. Par ailleurs Erdogan reproche à Israël de jouer un rôle important à Erbil au Kurdistan irakien où l’on rencontre nombre d’agents du Mossad et de conseillers militaires israéliens. En renouant avec les Russes, Erdogan rejoint l’Iran (6-9millions de Kurdes), l’Irak (5-7 millions) et la Syrie (2,8 millions) qui sont totalement opposées aux aspirations nationalistes Kurdes. En effet, pour Erdogan le nationalisme kurde constitue un risque plus grave (car les 15 Millions de Kurdes turcs représentent près de 20% de sa population) que le bénéfice qu’il comptait obtenir avec le départ d’Assad. Netanyahou a bien compris que Poutine est le maître du jeu en Syrie et qu’il est le seul acteur international à pouvoir exercer un rôle de modérateur vis-à-vis de l’Iran d’où sa nouvelle rencontre avec lui le 23 aout dernier à Sotchi.

Le second perdant est la Turquie. Cette guerre a reposé clairement le problème Kurde dans les capitales occidentales. Les images et l’héroïsme des combattantes kurdes non voilées de Kobané s’impose désormais dans les médias occidentaux en contre-point des compagnes entièrement voilées des djihadistes de l’Islam radical au moment même où Erdogan essaye, non sans mal, de mettre en place dans son pays un Etat islamique conformément à son engagement de Frères Musulman.

Par ailleurs, l’alliance dans laquelle Erdogan s’était rangé initialement avec l’Arabie Saoudite, le Qatar a volé en éclat depuis l’opposition frontale entre ces deux pays du Golfe. En effet, l’Arabie Saoudite, sous la pression de l’Egypte, a sommé le Qatar d’expulser les leaders des Frères Musulmans égyptiens qu’elle avait accueilli après la prise pouvoir par Sissi et de mettre en sourdine les critiques de la chaine d’Al Jazeera contre le Président égyptien. Attiré par leurs intérêts communs dans le gaz naturel (avec la Russie et l’Iran, ils possèdent environ 50% des réserves mondiales de gaz naturel), les dirigeants qataris ont compris que leur soutien aux Frères Musulmans et aux groupes rebelles qui se réclamaient d’eux présentait plus de risques que d’avantages pour leur émirat. Ils se sont rapprochés de la Russie une fois qu’il fut avéré que le régime syrien soutenu par les Russes allait se maintenir au pouvoir, ce qui faisait des Russes un partenaire plus fiable que l’Arabie et les américains.

De plus, Erdogan avait cru pouvoir se servir de l’offensive pour la libération de Mossoul pour envoyer les chars Turcs en Irak et revendiquer par cette présence le retour de Mossoul dans le giron Turc [9]. En effet, le 2 octobre 2016 il faisait voter par le parlement Turc une loi autorisant l’Armée turque à intervenir en Irak et en Syrie. Le 3 octobre, Erdogan dans une interview à Rotana TV, une chaîne de télévision basée à Dubaï, donnait son avis sur ce que devrait être la composition ethnique de la ville de Mossoul, une fois libérée de l’EI : « Seuls les Arabes sunnites, les Turkmènes et les Kurdes sunnites pourront y rester » [10] expatriant ainsi de facto les chiites et les 35 000 chrétiens qui y vivaient avant l’arrivée de l’EI [11]. Dans cette crise qu’il avait ouverte et qui avait entrainé une violente réaction de Bagdad, il ne fut pas soutenu par les Etats-Unis et ne put mettre son plan en exécution. De même après l’incident du SU24 russe, abattu par la chasse turque, les sanctions économiques que la Russie avait prises à l’égard de son pays ont fait comprendre à Erdogan qu’il avait plus à perdre en jouant la carte extrémiste d’Al-Nosra qu’en acceptant le maintien d’Assad au pouvoir en Turquie. Il est donc allé à Canossa par deux fois pour rencontrer Poutine à Saint Petersbourg (aout 2016) et à Moscou (mars 2017).

Le troisième perdant est l’Arabie Saoudite, promoteur de l’alliance sunnite, surnommée « l’OTAN arabe » et comprenant le Qatar, la Jordanie, les EAU et le Bahreïn. Ryad a vu les membres de cette coalition la quitter les uns après les autres, voire se rapprocher du camp adverse comme le Qatar. De leur côté, les Jordaniens acceptaient l’idée d’une désescalade régionale lancée par la Russie, la Turquie et l’Iran. Le 30 août, Aman [12] a rouvert sa frontière avec l’Irak à Trebil et envisage la réouverture prochaine du poste frontière de Nasib vers la Syrie . A l’heure où la Chine s’est engagée à investir plusieurs dizaines de milliards de dollars dans la reconstruction des infrastructures syriennes et la prospection gazière et pétrolière, les revenus commerciaux potentiels résultant de ces décisions se montent à 1 à 2 milliards de dollars par an pour le budget jordanien.

La France enfin
, victime d’une politique voulue par un Laurent Fabius inféodé aux israéliens et un Hollande à Obama, a perdu toute influence dans la région au profit des Russes et des chinois et n’a recueilli que des miettes de son alliance avec l’Arabie Saoudite (moins de 1% du bénéfice retiré par les USA) .

Enfin les États-Unis d’Obama et d’Hillary Clinton qui ont été incapables de définir une ligne stratégique claire et constante, ne sortent pas renforcés de ces cinq ans de guerre. Cependant, du fait de leur puissance militaire et économique ils demeurent un acteur indispensable d’un processus de désescalade et de construction d’un chemin vers la paix.


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

Auteur de :

[1] Al-Nosra rebaptisé en 2016.

[2] Salafistes il aurait récemment pris ses distances avec Hayat Tahrir al-Cham.

[3] Salafistes regroupant plusieurs bataillons de djihadistes dont l’appartenance idéologique évolue entre Al-Qaïda et les salafistes soutenus par l’Arabie Saoudite.

[4] Rebelles dont l’obédience religieuse n’est pas claire.

[5] Hayat Tahrir al-Cham est dirigé par Hachem al-Cheikh, dit Abou Jaber, ancien chef d’Ahrar al-Cham ayant fait défection en décembre 2016. Abou Mohammed al-Joulani, l’ancien chef du Front Fatah al-Cham, aurait été placé à la tête de la branche militaire du mouvement. Parmi les autres responsables figurent Sami al-Uraydi, ancien mufti du Front al-Nosra, proche d’Abou Mohammed al-Maqdisi, mais qui fait défection en février 2017 ; ou Abou Abdallah ash-Shami, ancien membre du Front al-Nosra et haut responsable religieux.

[6] C’est dans cette région que se trouvent les puits de pétrole.

[7] Tempête rouge-Enseignements opérationnels de deux ans d’engagement russe en Syrie

[8] L’histoire de cette officier des forces spéciales encerclé par Daech et qui a fait tirer sur sa position a été médiatisé par la Russie. Les derniers mots de l’officier des Forces Spéciales russes qui a attiré une frappe aérienne sur sa propre position pour détruire les attaquants de Daesh

[9] La Turquie a fait partie du camp des vaincus de la première guerre mondiale et dans le redécoupage du Moyen-Orient qui a suivi a bataillé ferme jusqu’en 1923 pour que le gouvernorat de Mossoul ne soit pas rattaché à l’Irak.

[10] Mossoul : Erdogan multiplie les critiques contre le gouvernement irakien

[11] De son côté le premier ministre turc, Binali Yildirim, intervenait comme s’il soupçonnait le gouvernement irakien de vouloir chasser la minorité turkmène de Mossoul et mettait en garde contre « les tentatives de modifier la structure démographique de Mossoul », ce qui conduirait à « allumer le feu d’une grande guerre civile, d’une guerre sectaire ».
Trump qui avait déclaré que sans les États-Unis l’Arabie Saoudite n’existerait pas a recueilli 380 milliards de dollars de contrats lors de sa visite à Ryad le 20Mai 2017.

[12] La frontière du Trebil en Irak à la Jordanie rouvrira le mercredi 30 août après la fermeture de la frontière pour 3 ans après la prise de contrôle de l’EI, le PM


L’impératif nucléaire français

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A l’heure où six militaires de l’opération sentinelle ont été blessés par une voiture bélier pilotée par un terroriste islamique, où nos armées sont engagées sur plusieurs théâtres d’opérations contre les tenants d’un Islam radical, où les crédits militaires en 2016 ont été rognés par rapport aux engagements pris de près de 1,5 milliards par le gouvernement actuel et où notre armée et ses matériels sont à bout de souffle, la crise nord-coréenne attire notre attention sur le risque nucléaire à l’autre bout du monde.

En effet, la tentation est grande, face à la menace terroriste immédiate de concentrer nos efforts financiers sur nos forces classiques remettant à plus tard la modernisation de notre force de dissuasion nucléaire. Il est donc essentiel de se demander si cette option est-elle envisageable sans risque pour la sécurité des français ?

Ma réponse est claire et s’appuie sur le travail de plus d’un an mené avec un groupe d’experts dans le cadre de la récente campagne présidentielle au service du projet de François Fillon.

La dissuasion nucléaire avec ses deux composantes sous-marine et aérienne reste le socle de notre défense nationale. Sa crédibilité repose sur une constante modernisation, notamment dans les deux domaines de la furtivité et de la capacité de pénétration des défenses anti-balistiques adverses. Les technologies à développer ainsi que renouvellement de nos vecteurs et en particulier des SNLE à partir de 2030 vont requérir dès 2019 un effort croissant de recherche et de développement qui va mobiliser un pourcentage croissant dans le budget de la Défense.

Mais pour satisfaire ces deux impératifs, protéger les français aujourd’hui et préparer leur sécurité ’ de demain, l’objectif de 2% du PIB qui a fait consensus chez tous les candidats à la présidentielle doit être atteint en 2023 et non 2025 comme l’a promis le Président de la République. Car si nous n’augmentons pas effectivement le budget des Armées de 2 milliards chaque année à partir de 2018, non seulement nous ne pourrons pas rattraper le retard d’équipement de nos forces classiques et maintenir un niveau élevé d’engagement opérationnel, mais aussi nous mettrons en danger la crédibilité de notre dissuasion nucléaire qui reste l’ultime protection de nos intérêts vitaux, c’est-à-dire de la sanctuarisation de notre territoire national.

Il est en effet impossible de prévoir à un horizon de 10 à 15 ans si nous n’aurons pas à nos frontières un État islamique doté d’armes nucléaires qui pratiquera un chantage encore plus radical que celui actuellement conduit par Kim Jung Un. N’oublions pas qu’aujourd’hui l’État pakistanais est un État nucléaire et se bat au quotidien contre l’islam radical qui a causé dans ce pays [1] la mort de 21.882 civils et 6787 membres des forces de l’ordre entre 2003 et 2017. Baisser la garde nucléaire qui est un effort de long terme face à la menace immédiate actuelle serait irresponsable. C’est pour cette raison que la Défense Nationale ne doit pas être la variable d’ajustement de la mauvaise gestion par l’État de la dépense publique.


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

Auteur de « Histoire de l’Islam radical et de ceux qui s’en servent », Lavauzelle, Mai 2017

Source : ATLANTICO

[1] Fatalities in Terrorist Violence in Pakistan 2003-2017


Nouvelle crise des missiles : mais où en est la France en matière de dissuasion nucléaire et que doit-elle apprendre du cas nord-coréen ?

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Par une nouvelle déclaration sur twitter, Donald Trump a pu indiquer « Mon premier ordre en tant que Président a été de rénover et de moderniser notre arsenal nucléaire. Il est aujourdhui plus fort et plus puissant que jamais ». Alors que l’escalade bat son plein entre Pyongyang et Washington, quel point peut on faire sur les capacités françaises en la matière ? Quel est l’état de la force de dissuasion française.

Le Président Trump en déclarant dans un tweet : « Mon premier ordre en tant que Président a été de rénover et de moderniser notre arsenal nucléaire. Il est aujourd’hui plus fort et plus puissant que jamais » démontre une fois de plus qu’il n’est pas sérieux. En effet une décision de ce type pour qu’elle commence à se concrétiser significativement sur le terrain demande au moins dix ans.

En France, quels qu’aient été les Présidents de la République, aucun n’a remis en cause le fait que la dissuasion nucléaire est le socle sur lequel est bâtie notre défense. Pour tous les responsables français il s’est agi de maintenir en permanence une capacité de seconde frappe à un niveau tel que le bénéfice que pourrait retirer un ennemi qui frapperait en premier notre pays serait inférieur aux pertes que notre capacité de seconde frappe (c’est-à-dire notre riposte à son agression) lui causerait.

Pour ce faire les actions à réaliser et les dépenses à consentir sont planifiées non pas sur 6 ans comme dans la Loi de Programmation militaire pour le reste des équipements militaires, mais sur les trente prochaines années.

C’est ainsi que l’on sait qu’il va falloir accroitre le pourcentage consacré à la dissuasion nucléaire dans les dépenses de défense dès 2018-2019 si l’on veut qu’en 2030 nous soyons toujours dissuasifs vis à vis de tout adversaire potentiel,qu’il soit une superpuissance ou un Etat voyou.

Quelles sont les leçons à tirer de la crise actuelle ? La France se doit-elle de renforcer ses capacités dans un monde ou, après la Corée du Nord, d’autres pourraient nourrir la même ambition ? En quoi le fait nouveau, qu’un seul pays membre de l’Union européenne soit détenteur de la force de dissuasion, peut-il également plaider en ce sens ?

La crise actuelle, à mon avis, n’est qu’une gesticulation verbale initiée par le Président Trump dans un but de politique intérieure. En revanche, il est certain que l’existence de capacités nucléaires et balistiques aux mains d’un régime autocratique comme celui de la Corée du Nord peut inquiéter ses voisins les plus proches et notamment la Corée du Sud et le Japon.

Pour la France, la seule leçon à en tirer est que la dissuasion nucléaire fonctionne. Car si la Corée du Nord proférait de telles menaces sans posséder des capacités nucléaires, rien n’empêcherait les Etats-Unis de détruire ses capacités balistiques car le risque pour eux serait quasi nul et très minime pour leurs alliés coréen et japonais. Par ailleurs, nos capacités nucléaires sont ajustées par rapport à l’enjeu que la France représente pour un adversaire potentiel. Elles ne peuvent constituer aucunement une protection pour les autres pays européens. Et même si elles étaient de taille supérieure, elles ne pourraient avoir un effet dissuasif que très limité pour nos voisins. En effet, hypothèse d’école, croyez-vous qu’un Président de la République française riposterait par une frappe nucléaire contre Moscou si d’aventure la Russie envahissait l’Ukraine ? La dissuasion nucléaire ne peut protéger que nos intérêts vitaux.

Quels seraient les efforts à fournir pour parvenir à ce que la France dispose d’un outil de premier plan ?

Répondre à votre question c’est poser le problème de l’effort de défense. Si nous voulons d’une part maintenir un engagement opérationnel extérieur du même niveau qu’actuellement tout en poursuivant l’opération sentinelle à hauteur de 7000 hommes et, simultanément, rattraper le retard dans la modernisation des équipements de nos forces armées classiques et, d’autre part, maintenir la crédibilité de notre force de dissuasion nucléaire en lançant lancer dès 2018 les dépenses de recherche développement nécessaires, il faudrait à partir de 2018 rajouter 2 milliards de plus chaque année au budget des armées voté pour 2017 .Cela conduirait à un effort supplémentaire de 42 Milliards entre 2018 et 2023 et permettrait d’atteindre un budget militaire de 45 milliards hors pensions en 2023. Ce qui signifie se fixer un objectif d’atteindre les 2% du PIB en 2023 et non en 2025.

Si nous refusons de faire cet effort nous ferons ce que le comte de Guibert, penseur militaire, disait à Louis XVI qui voulait pas faire un effort suffisant pour son armée: « ce qu’il y a de plus cher et de plus onéreux c’est d’avoir une demi-armée car avec cela on n’est jamais au niveau de sa politique, ni de son rang ni du rôle qu’on doit jouer et toute dépense qui est insuffisante est celle qu’il faut vraiment regretter. »


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

Auteur de « Histoire de l’Islam radical et de ceux qui s’en servent », Lavauzelle, Mai 2017

Source : ATLANTICO


Pourquoi l’hypothèse d’une troisième guerre mondiale prochaine n’est plus seulement un fantasme d’addict à la catastrophe

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A une semaine de la réunion du G20, les tensions entre les Etats-Unis et la Russie se multiplient. Dans le même temps, la situation géopolitique au Moyen-Orient est loin de s’apaiser.

Atlantico : A une semaine de la réunion du G20, les tensions entre les Etats-Unis et la Russie se multiplient. Mardi dernier un avion russe Tu-154 VIP a été intercepté par des avions de l’OTAN au-dessus de la mer Baltique. Ce lundi c’est le sous-marin Yuri Dolgoruky qui a procédé à des tests de lancement de missile intercontinental. Du côté américain, la politique étrangère est régulièrement jugée imprévisible. Alors qu’une rencontre Trump-Poutine est envisagée en marge du G20, quel état des lieux peut-on faire de la situation actuelle ?

Quels sont les risques de voir les deux nations s’opposer directement ?

Jean-Bernard Pinatel : Les analystes sont aujourd’hui dans l’incertitude sur la politique étrangère de Trump. En effet, durant la campagne pour l’élection présidentielle Trump avait clairement indiqué qu’il souhaitait s’entendre avec Poutine car son ennemi principal était Daech. Depuis lors, il semble que le lobby militaro-industriel ait repris le contrôle sur Trump. En effet le gigantesque complexe militaro-industriel américain, dénoncé dans une adresse radio-télévisée à la nation américaine en avril 1953 par le Président Eisenhower comme une menace pour la démocratie, a besoin d’un état de tension dans le monde pour justifier aux yeux des citoyens américains les sommes fabuleuses annuelles de 600 milliards de dollars qu’ils payent chaque année avec leurs impôts. La preuve de cette reprise de contrôle sur Trump : il vient d’annoncer qu’il allait augmenter en 2017 le budget de la Défense de 9% soit 54 milliards de dollars, c’est-à-dire d’une somme équivalente au budget militaire de la France.Cette somme représente à elle seule les deux tiers du budget militaire annuel de la Fédération de Russie. Les provocations américaines via l’OTAN comme l’interception d’avions russes dans l’espace aérien international sont destinées au public américain qui ignore dans sa grande majorité les réalités internationales. Cela dit le concurrent potentiel des États-Unis en termes de leadership mondial n’est pas la Russie mais la Chine. En effet le budget militaire russe ne représente que 13% du budget américain et son PIB est au 12ème rang mondial derrière celui de la Corée du Sud. En revanche la Chine avec le second PIB mondial possède un budget militaire en forte croissance qui représente déjà 42% du budget US (250 milliards de dollars). Cela dit, la Russie a une force de dissuasion nucléaire qui interdit toute escalade aux extrêmes avec les États-Unis mais cela n’exclut pas des tensions et des confrontations locales là où les enjeux ne sont pas vitaux pour les deux puissances.

Quels sont les liens à établir entre cette hausse des tensions et la situation géopolitique au Moyen-Orient ? Notamment avec l’échec des Etats-Unis sur le dossier syrien et les tensions entre le Qatar et l’Arabie Saoudite ?

Jean-Bernard Pinatel : Trump avait déclaré durant la campagne électorale « sans notre protection, l’Arabie saoudite ne survivrait pas une semaine ». Les saoudiens ont compris le message et lors de la visite de Trump à Riyad les 20 et 21 mai derniers ils ont ouvert largement leur bourse pour acheter leur sécurité. En effet, le ministre saoudien des Affaire étrangères,en clôture de la visite du président américain, a annoncé des contrats immédiats et à venir d’un montant de 380 milliards de dollars (340 milliards d’euros) dont 110 milliards de contrats militaires. Trump,le business man, contre des espèces sonnantes et trébuchantes,a clairement adopté la ligne traditionnelle des républicains : l’alliance avec les sunnites contre l’Iran chiite soutenu par la Russie. Ces deux derniers pays qui possèdent des intérêts communs en tant que riverains de la mer Caspienne détiennent avec le Qatar 50% des réserves mondiales prouvées de gaz naturel. Par ailleurs l’Iran soutient l’Irak à dominante chiite et la Syrie où la Russie possède la base navale de Tartous. Il y existe une concurrence géopolitique d’influence traditionnelle entre la Russie et les anglo-saxons dans cette région du monde où la politique de retrait d’Irak et de réserve d’Obama sur le dossier Syrien a permis le retour en force de l’influence russe.

Quels seraient les prochaines étapes envisageables dans l’optique d’une confrontation ? Quelles sont, pour les deux nations, les lignes rouges à ne pas franchir ?

Jean-Bernard Pinatel : La prochaine étape envisageable, mais le pire n’est jamais le plus sûr, est une désinformation identique à celle que Bush junior avait utilisé pour envahir l’Irak. C’est de dénoncer l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien. Notons que Trump a déjà commencé à utiliser ce prétexte puisque dans la nuit du 6 au 7 avril il a ordonné des frappes contre une base syrienne seulement deux jours après l’attaque chimique de la ville de Khan Cheikhoun qu’il a imputée, évidemment sans preuve (Il est impossible pour un service secret dans un délai aussi court d’avoir recueilli des preuves sur le terrain à moins d’être partie prenante de cette affaire), à l’armée syrienne. Or on sait qu’Al Nosra (Al Qaïda) a utilisé l’arme chimique fournie par Erdogan pour essayer entrainer les occidentaux à entrer en guerre contre Assad. Or il est évident qu’aujourd’hui Assad avec l’aide de la Russie a rétabli la situation militaire et n’a aucun intérêt à s’attirer la réprobation mondiale alors que plus aucun analyste sérieux ne pense qu’il puisse être exclu d’un règlement de la crise syrienne. Je veux rendre ici hommage au courage et à la clairvoyance de notre nouveau Président Emmanuel Macron car bravant les bonnes consciences bobo comme BHL, dont Hollande subissaitl’influence, a déclaré à juste titre qu’il « ne voyait pas de successeur légitime à Assad », démontrant ainsi le pragmatisme qui doit être la règle dans les relations internationale pour défendre et promouvoir les intérêts de la France. Néanmoins sur le dossier syrien un coup de théâtre est toujours possible. Souhaitons qu’il soit positif et qu’il découle d’une rencontre Trump-Poutine le 8 ou le 9 juillet prochain.

Source : ATLANTICO


L’héritage « Sécurité » de François Hollande : trois dossiers chauds

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Le nouveau Président hérite d’un dossier sécurité qui a été traité par François Hollande au coup par coup, sans vision à long terme. Il comporte trois « dossiers chauds » qui seront autant de révélateurs de la détermination du chef de l’État à assurer le rétablissement de l’État de droit dans des zones laissées en déshérence par ses prédécesseurs et à bâtir une stratégie de long terme efficace contre l’Islam radical.

Notre Dame des Landes

C’est le plus grand défi de court terme auquel est confronté le nouveau Président. Interrogé sur le projet de nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Lande, le 6 avril 2017 lors de « L’émission politique » sur France 2, Emmanuel Macron avait déclaré : « Il y a eu un vote, mon souhait est de le respecter et de faire l’aéroport. » Sur la méthode, le candidat d’En marche ! a précisé qu’il se donnerait six mois pour convaincre les Zadistes qui occupent les lieux. « Je ne vais pas arriver et envoyer les militaires à Notre-Dame-des-Landes. La nomination d’un médiateur calmera les choses pendant six mois. Si je n’arrive pas à convaincre, je ferai respecter les choses », a expliqué Emmanuel Macron. « Je prendrai mes responsabilités et je ferai évacuer la zone », a-t-il ajouté.

Cette négociation avec les zadistes qui occupent le site n’aboutira à rien car le mouvement des ZAD est un mouvement totalitaire. C’est un modèle d’organisation de la vie quotidienne comme un code de conduite qui doit être imposé à toute la société y compris au moyen de la contrainte. Les zadistes ne sont pas seulement opposés au nouvel aéroport, ils le sont à toute forme de transport aérien qui leur apparait comme un outil du marché au service de sa domination sur les individus. Ils dénoncent la marchandisation de la production et des voyages. La ZAD (zone à défendre) de Notre Dame des Landes a une vocation particulière dans le projet zadiste. Elle constitue une base de formation et d’entrainement des zadistes européens et elle constitue aussi une base de départ pour essaimer vers une dizaine d’autres zones qui ont été reconnues en France et qui seront autant de zones d’expansion ou de repli si l’État se décidait à employer la manière forte pour les déloger de Notre Dame des Landes. Ce que sait ou va savoir le nouveau Président, c’est qu’une partie des zadistes sont armés et décidés à faire de ce site un nouveau fort Chabrol. La gendarmerie estime qu’il faudra engager pour les déloger plusieurs dizaines de véhicules blindés et qu’il y aura des morts de chaque côté.

Délinquance et quartiers sensibles

L’INSEE répertorie 717 Zones Urbaines Sensibles (ZUS) en métropoles et 32 outre-mer. [1] Outre l’insécurité et le mal être qui y règnent, 40% des 4,4 millions de citoyens qui y résident [2] vivent sous le seuil de pauvreté. Ces ZUS sont classées selon certains critères et selon certaines sources en 3 ou 4 catégories [3]. Selon le site europe-israel.org celles de niveau 1, sont des quartiers sensibles de non-droit (QSND) où l’État de droit n’existe pratiquement plus. Ils constituent autant de zones refuges potentielles pour les djihadistes. Dans ces quartiers règnent des bandes et la délinquance avec des faits de violences urbaines, fusillades ou règlements de comptes et trafic en tout genre. Ces zones sensibles existent [4] dans environ 50 villes. La palme de la délinquance revient à Marseille où on recense ainsi près de 500 délits pour 1000 habitants dans les quartiers Nord. L’insécurité ressentie [5] dans leurs quartiers par les résidents des ZUS est 1,5 fois plus élevée comparée à ceux vivant dans la même commune mais en dehors des ZUS et 3 fois plus par rapport à ceux demeurant dans une commune ne comprenant pas de ZUS. Rétablir l’État de droit constitue un vrai défi à moyen terme dans ces quartiers car toute incursion d’un agent public est considérée comme une agression et entraine des manifestations de violence à son encontre. Cette nécessité de considérer ce dossier sécuritaire en priorité réside dans le lien vérifié entre délinquance et terrorisme. 90% des fichés S vivent dans ces quartiers sensibles. Sur les 20 000 [6] fichés S, 12 000 concerneraient la mouvance islamique et 10% des fichés S vivraient en Seine-Saint-Denis [7].

Islam radical et terrorisme

Les responsables politiques sont divisés dans leur évaluation de la menace. Trois évaluations s’opposent. La gauche française se refuse à reconnaitre la dimension religieuse de la menace à laquelle nous sommes confrontés. Jean Burnham dans son livre « le silence religieux » en explique clairement la raison. La gauche, encore profondément marquée par Marx, la révolution libertaire de 1968 et Nietzsche, pense que Dieu est mort. Se bouchant les yeux et les oreilles pour ne pas accepter les faits, elle cherche des causes à cette « folie suicidaire » dans l’inadaptation sociale, la pauvreté économique ou une dérive à partir de la petite délinquance. Ses experts abondent dans le sens des déclarations du Président de la République et de son Ministre des Affaires étrangères « quand ils martèlent que les attentats djihadistes n’ont rien à voir avec l’islam. ». Jean Burnham les excuse en partie considérant que « leurs discours part évidemment d’une intention louable. Il traduit la nécessité de briser l’équation mortifère islam=islamisme= terroriste » [8]. Néanmoins, il en condamne avec lucidité les conséquences désastreuses : « affirmer sur tous les tons que les djihadistes n’ont rien à voir avec l’islam, c’est considérer que le monde musulman ne se trouve pas concerné par les fanatiques qui se réclament du Coran » [9]. Cette évaluation erronée de la menace a amené François Hollande à bâtir une stratégie d’action inefficace à long terme. Il a focalisé son action sur tous les lieux de la « radicalisation » : les banlieues sensibles, les prisons, Internet. Il a créé des centres de « dé radicalisation » qu’il a inondé de subventions d’État. Lorsqu’on en fera un premier bilan honnête, on constatera qu’il est aussi affligeant [10] que le bilan qu’ont fait les Américains de leurs centres d’entrainement des rebelles modérés syriens en Turquie. En refusant de considérer les djihadistes comme des convertis à une déviance radicale de l’islam, Hollande et la gauche ont continué d’autoriser les imans salafistes et les Frères Musulmans à poursuivre leur endoctrinement, à condition toutefois qu’ils ne prononcent pas dans les médias des paroles de haine à consonance politique : contre les juifs ou contre l’égalité homme/femme.

De l’autre côté de l’échiquier politique et dans une grande partie de l’opinion, l’horreur des attentats conduit à confondre l’Islam, la religion, et l’islamisme qui en est la déviance politique. Cet amalgame ostracise la communauté musulmane, donnant ainsi raison aux imams radicaux et notamment aux Frères Musulmans pour lesquels l’ennemi est la civilisation occidentale et sa base avancée, Israël, au cœur du Moyen-Orient. Proclamant que l’Islam est incompatible avec la République, leurs leaders prêchent une « Reconquista » musclée des zones de non-droit. Se contenter de vouloir rétablir par la force l’État de droit sans mettre en œuvre une stratégie globale reconnaissant que la communauté musulmane est la première victime de l’Islam c’est accepter de créer un climat de guerre civile.

Heureusement toute une partie des experts et de la droite est porteur d’une autre vision. Il s’agit de reconnaitre la finalité religieuse de ces actes de guerre menés par des Etats islamiques et par les organisations se réclamant d’un Islam radical qui se sont ancrées profondément dans la plupart des pays où une communauté musulmane existe. Et admettre aussi qu’une simple stratégie militaire, policière et pénale ne suffit pas. Depuis trois siècles, l’éradication des Califats et l’écrasement des soldats de Dieu n’ont jamais éteint la daw’a nedjite. Les responsables politiques doivent donc affirmer haut et fort que ce n’est pas l’Islam que nous devons combattre mais la mise en œuvre sur le sol de la République de son interprétation radicale et politique, que nous avons laissé diffuser dans les lieux de culte et les écoles coraniques. C’est affirmer que les imans wahhabites, salafistes et appartenant aux Frères Musulmans propagent un système de valeurs et des pratiques contraires à notre expérience historique, à l’évolution de nos valeurs et de nos mœurs, comme par exemple le port du voile islamique. C’est accepter de reconnaitre le lien qui existe entre le discours et l’acte terroriste. C’est mettre en œuvre au plan mondial, européen et français la stratégie globale que j’ai exposée dans le dernier chapitre de mon dernier livre [11].


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

Mon dernier livre : Histoire de l’Islam radical et de ceux qui s’en servent, Lavauzelle, Mai 2017.

[1] Système d’information géographique de la politique de la ville

[2] INSEE

[3] Europe Israël news :
Niveau 2 : QSTD: (Quartiers sensibles très difficiles) : des faits de délinquance réguliers et de toute sortes. La plupart de ces quartiers ont été auparavant des zones de non droit.
Niveau 3 : QSD (Quartiers sensibles difficiles) : des faits de délinquance assez réguliers, trafic de drogue et toutes sortent de trafics, des nuits de violences urbaines qui peuvent arriver a la suite d’une petite tension.
Niveau 4 : QSP (Quartiers sensibles problématiques) : petite délinquance qui peut être régulières et qui peut exploser à certains moments mais généralement ces quartiers sont calment et font parler d’eux de temps à autres et posent quelques soucis à la ville mais ne sont pas considérés comme chauds.

[4] Facebook – Les cités les plus chaudes

[5] Au service des territoires

[6] Sud-Ouest

[7] Le Parisien

[8] Un silence religieux, Jean Birnbaum, Seuil, 2016.

[9] Ibid, page 42.

[10] Marianne

[11] « Histoire de l’Islam radical et de ceux qui s’en servent », Lavauzelle, Mai 2017, 320 pages.


Naufrage de l’État de Droit : Général Antoine Martinez

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Alors que l’état d’urgence est en vigueur, le peuple français, médusé, assiste à l’embrasement d’une multitude de zones du territoire où la loi de la République n’est plus appliquée et dans lesquelles la police n’est plus tolérée car considérée comme une force d’occupation.

Ces événements inacceptables et inadmissibles ne sont cependant pas une surprise. Ils sont la conséquence de l’impuissance et de la démission des pouvoirs publics, du renoncement des responsables politiques à affronter les réalités en tentant depuis des années d’acheter la paix civile, notamment dans ce qu’on appelle les territoires perdus de la République, prêts dorénavant à s’embraser au moindre incident. Les gouvernants sont arrivés aujourd’hui au point de non-retour où ils ne maîtrisent plus rien car ayant toujours un temps de retard et étant toujours dépassés par l’événement.

Dans ces conditions, ils pourraient très bientôt ne plus être en mesure de maintenir ou de rétablir l’ordre public avec les seuls moyens habituels, c’est à dire la police et la gendarmerie. La Cité est en feu et l’ordre public n’existe plus.

Mais cet ordre public, marqueur important de notre démocratie, ne peut régner durablement que dans la Cité évoquée par Aristote et dans laquelle les citoyens sont réunis par un choix de vie commune, cette dernière étant assurée et consolidée par la référence à un même passé mythique, à des héros communs, à des rites et des lois intégrées et partagées. Nous sommes loin aujourd’hui de cette Cité, car il a suffi d’une quarantaine d’années seulement pour que l’héritage historique du peuple français, vieux de deux millénaires bercés par la Grèce et la Rome antiques et nourris par la culture judéo-chrétienne, soit mis en péril en raison de l’irresponsabilité, du manque de clairvoyance, du déni de réalité et même par la compromission de nos « élites politiques » qui ont exercé et qui exercent aujourd’hui le pouvoir.

Avoir laissé faire et accepté une immigration massive, incontrôlée et injustifiée et vouloir intégrer des musulmans, en l’occurrence par millions, dans une société occidentale laïcisée et qui a pour fondement le christianisme a constitué et constitue une pure folie et reste une utopie contre laquelle il va bien falloir que les Français réagissent.

Compromission, car ce quinquennat finissant qui a été qualifié de « quinquennat pour rien » a, en réalité, aggravé la situation et a été marqué par des événements dramatiques dus à des dysfonctionnements majeurs dans l’application de l’état de droit et à des décisions inadaptées et contraires aux intérêts de la France et de la nation française.

Il est vrai que depuis les années 1980, le principe de l’assimilation a été fortement ébranlé puis carrément attaqué par les nouveaux arrivants trop nombreux, plus soucieux de faire grandir l’oumma et refusant de se conformer aux règles et au mode vie du pays accueillant. Ils ont d’ailleurs été encouragés dans cette voie par les promoteurs du droit à la différence qui ont ouvert ainsi la porte au communautarisme. Il faut pourtant rappeler que l’assimilation qui a été l’un des principes qui a fait la France et sa richesse jusqu’à la fin des années 1970 a eu le grand mérite de rendre la diversité vivable car elle permettait précisément l’avènement d’un fort sentiment d’appartenance à une nation et d’une volonté affirmée d’unité nationale qui ont forgé l’identité française. Peut-être est-il utile et nécessaire de rappeler aux contempteurs de cette identité qu’elle repose sur un socle qui comprend trois volets : une Histoire, une culture avec sa langue, le français, et un mode de vie que beaucoup nous envient.

Et c’est l’adhésion à ce socle, à cet héritage, à cette mémoire qui aurait dû et devrait être facilitée, favorisée et inculquée par l’école car c’est ce qui crée les conditions du vouloir vivre ensemble et garantit l’unité pour former des projets communs.

Mais l’école, aux mains des experts du pédagogisme qui l’ont menée à sa ruine, ne le fait plus depuis longtemps. D’ailleurs, elle est même devenue le creuset de la libanisation du pays. Elle a failli à sa mission depuis plus de quarante ans, sans réaction des responsables politiques qui se sont succédé. Pis, l’actuel ministre de l’Education nationale agit contre les intérêts de la nation française en favorisant, et finalement en appliquant dans sa réforme la politique culturelle islamique de l’OCI en préconisant l’enseignement de l’islam et l’apprentissage de la langue arabe dès le CP.

Cela dit, on ne peut assimiler que des individus. Il est impossible d’assimiler des peuples. Mais si on en est arrivé là, c’est parce que les responsables politiques ont laissé se constituer, depuis de nombreuses années, ces territoires perdus de la République que sont ces centaines d’enclaves occupées par des populations issues de l’Afrique noire et du Maghreb – et abandonnées par une grande partie des autochtones – où règne aujourd’hui la loi de l’islam.

Et force est de constater que cette immigration extra-européenne a été encouragée à refuser l’adhésion à ce socle pour imposer sa loi incompatible avec notre culture et notre mode de vie, ouvrant ainsi avec certitude, à plus ou moins brève échéance, la voie vers une future confrontation. Il faut bien reconnaître que le nombre invalide à l’évidence tout espoir d’intégration.

Les violences urbaines actuelles le démontrent. Les diatribes violentes et haineuses contre la France en témoignent. Et l’ordre public n’existe déjà plus dans ces territoires perdus sans que cela émeuve nos gouvernants. L’absence totale de réaction du gouvernement et le laisser-faire dans ces territoires ces derniers jours, après une interpellation musclée de la police, conduisent à des violences urbaines inacceptables qui s’étendent dangereusement. Cette démission de l’Etat favorise l’aggravation de la situation, alimente la propagation de la chienlit et compromet sérieusement le rétablissement de l’ordre public.

Mais faut-il s’en étonner lorsque le Chef de l’Etat outrepasse son rôle en se rendant au chevet d’un individu, blessé lors d’une interpellation violente qu’il a lui-même provoquée et à laquelle il a tenté de se soustraire par la force, et qu’il désigne à la vindicte publique les policiers sans attendre les résultats de l’enquête ?
Ne se rend-il pas compte qu’il verse ainsi de l’huile sur le feu et participe à l’engagement de cette spirale infernale ? Comment a-t-il pu, par ailleurs, reconnaître explicitement devant deux journalistes le péril que représente l’islam – et non pas l’islamisme – puisqu’il a évoqué lui-même sa crainte d’une partition du pays, et être resté et continuer de rester inactif devant ce risque ?

Quelle conception écœurante de la politique ! En vérité, il ne fait que confirmer un état de fait illustré par ces violences urbaines.

Il existe bien des enclaves sur notre territoire occupées par un peuple intrinsèquement étranger pour une grande partie au peuple français même s’il possède des papiers français et dans lesquelles la loi de la République a été remplacée par la loi de l’islam.

Et il faut en être conscient, cet autre peuple ne se sentira jamais français, et ne le mérite d’ailleurs pas. Il faut entendre sa haine à l’égard de la France.

Mais faut-il s’en étonner lorsqu’un candidat à la présidence de la République, en déplacement en Algérie où il est allé chercher son adoubement, ose affirmer que la France a commis un crime contre l’humanité avec la colonisation ?
Faut-il lui rappeler les raisons du débarquement des forces françaises, en 1830, en Algérie qui n’existait pas en tant que telle encore car c’est la France qui a construit ce pays ? (*) Faut-il lui apprendre – car il ne le sait pas – que l’Europe subissait depuis plus de trois siècles les actions de piraterie et l’esclavage des barbaresques menées en Méditerranée et sur les côtes européennes par la Régence d’Alger intégrée à l’empire ottoman, et que le roi Charles X, en accord avec ses homologues européens, décida d’y mettre un terme ?
Faut-il lui apprendre que lorsque les Français s’implantèrent un peu plus tard sur le territoire représenté par les actuels Tchad et République Centrafricaine pour éradiquer l’esclavage, la population sédentaire avait été en grande partie déportée par les trafiquants d’esclaves arabo-musulmans. Et pour ajouter à la barbarie, cette déportation ne s’est pas seulement limitée à la privation de liberté et au travail forcé. Elle fut aussi une véritable entreprise génocidaire d’extinction ethnique par castration, car ces esclaves ne devaient pas faire souche en terre d’islam ! N’est-ce pas là un vrai crime contre l’humanité ?
Et ce sont les descendants de ces esclavagistes qui veulent nous faire la morale aujourd’hui et nous obliger à la repentance ? Mais c’est eux qui doivent faire repentance !

Le constat est cruel mais implacable : le politique n’est pas à la hauteur de sa fonction et cette dernière a même été, au cours de l’actuel quinquennat, discréditée, abaissée, affaiblissant ainsi les institutions à un moment où la situation exige l’autorité de l’Etat. Et cet état de faiblesse de l’Etat face aux menaces, notamment intérieures, constitue un accélérateur de la dégradation de la situation et de la dérive vers la confrontation inévitable. En effet, le risque majeur auquel sera confronté bientôt – et peut-être plus vite qu’on ne le pense – notre société pourrait bien se traduire par une totale submersion des capacités régaliennes de l’Etat avec des violences urbaines et des émeutes de très grande ampleur qui conduiraient à des affrontements meurtriers. Et cette situation pourrait être mise à profit par les dizaines de milliers de djihadistes et djihadistes potentiels prêts à semer la mort au signal. L’impuissance et la démission de l’Etat ont donc bien signé la mort de l’ordre public et ouvert la voie à la violence, voire à une guerre civile ethnique.

Une tâche immense attend le prochain président de la République. Mais il ne pourra pas échapper au débat capital qui porte sur l’exercice du pouvoir et donc sur les exigences qu’il requiert. Le peuple, qui lui aura confié la destinée du pays, doit exiger de lui, notamment à un moment difficile marqué par une guerre à l’extérieur mais également et surtout à l’intérieur, d’exercer sa fonction de façon responsable, avec fermeté et rigueur, en ayant une vision à long terme, en sachant identifier les menaces qui guettent la collectivité dont il doit assurer la protection.

Et la première menace à contrer, c’est l’islamisation criminelle de notre société qui conduit la nation à sa perte. Il devient donc urgent de stopper l’immigration extra-européenne et même d’inverser ce processus.

(*) Peut-on rappeler à cette occasion la pertinente remarque de Ferhat Abbas, qui fut président du GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) « La France n’a pas colonisé l’Algérie, elle l’a fondée ».


La bataille de Mossoul

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Point de situation trois mois après le début des combats

La bataille de reconquête de Mossoul a commencé le 17 octobre 2016. Environ 100 000 hommes sont mobilisés pour cette bataille (voir mes précédentes analyses) face à 3 000 à 5 000 djihadistes. Mais seulement 15 000 hommes des forces spéciales irakiennes (la division d’or) composées à 80% de chiites mènent réellement le combat. Ils ont été spécialement formés et équipés pour le combat urbain par les Américains. Les 85 000 autres assurent le bouclage de la ville et de ses environs, les appuient, réoccupent et nettoient le terrain conquis. Les Peschmergas assurent le bouclage au Nord et à l’Est mais n’exercent aucune pression offensive. Les milices de l’organisation de mobilisation populaire réalisent le bouclage au Sud-Ouest et à l’Ouest.
Il aura fallu trois mois à cette force pour parvenir aux faubourgs de Mossoul et conquérir 40% de la ville, sa partie Sud-Est qui est la plus ouverte ce qui a facilité l’appui des forces de première ligne.
La situation au 10 janvier du front est reportée sur la carte ci-dessous :

12-01-2017

Ces trois mois ont couté 4 000 morts aux forces d’assaut et 3 000 blessés. La Division d’or qui mène le combat a perdu environ 50% de ses effectifs. Dans toute autre armée elle serait relevée du front, mise au repos et ne participerait plus aux combats. Mais même après ces pertes, la motivation des soldats chiites reste très grande car la plupart des combattants sont très religieux et agissent sous l’impératif d’une fatwa émise par l’ayatollah Sistani, l’un des plus grands leaders chiites, qui a décrété que Daech était l’ennemi numéro un.

Néanmoins, la division d’Or affaiblie n’est plus capable de mener une grande offensive et, après une pause d’un mois de remise en condition, sa progression est très lente et se fait maison par maison. De plus la progression a lieu actuellement dans la partie Est de Mossoul, la plus moderne et la plus ouverte alors que les combats à venir dans la vieille ville qui se trouve à l’Ouest du Tigre se feront dans des rues étroites avec une densité plus grande de population qui vont rendre la progression encore plus difficile et couteuse.

Trois options théoriques s’offrent aujourd’hui :
1) Les djihadistes souhaitent se replier vers la Syrie, option qui n’est pas envisageable actuellement parce que le bouclage de la ville est complet ;
2) Une négociation, comme à Alep, est engagée prochainement permettant aux djihadistes de se replier avec armes et bagages vers la Syrie ce dont ne veulent actuellement ni les Russes ni les Turcs ;
3) Les djihadistes n’ont plus d’autre option que de résister sur place.

Dans cette dernière option, la libération complète de Mossoul demandera encore de longs mois et ne pourra pas survenir au mieux avant la fin du printemps.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL


Analyse de la situation en Libye à l’orée de 2017

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Vers une prise de pouvoir du Général Khalifa Haftar ?

Synthèse

En Libye, l’année 2017 va commencer avec une situation profondément modifiée par rapport à janvier 2016 tant sur les plans politique que sécuritaire. Cette évolution constitue un succès pour la politique Russe et chinoise en méditerranée orientale et annonce l’échec de l’accord de Tunis de décembre 2014, réalisé sous l’égide de l’ONU et soutenu par les puissances occidentales.
Sur le plan sécuritaire, comme on pouvait l’entrevoir au début 2016, la greffe de Daech n’a pas réussi à prendre en Libye. L’Etat islamique a été chassé de sa ville-base de Syrte par la milice de Misrata après quatre mois de durs combats durant lesquels elle a subi des pertes importantes qui l’ont affaibli. Le Général Kafila Haftar en a profité pour s’emparer presque sans combattre du croissant pétrolier Libyen, lui permettant avec son allié, la milice de Zintan, de contrôler désormais toute la production pétrolière et gazière libyenne qui a été relancée. Cette victoire a conduit le Conseil municipal de Misrata à donner des gages au général Kalifa Haftar.
Sur le plan politique, ces actions, qui sont probablement l’amorce d’un ralliement de Misrata au général Haftar, fragilisent le Conseil de Présidence issu de l’accord de Tunis de décembre 2014 et qui est présidé par Fayez el-Sarraj et dont les misratis étaient le principal soutien. Face à cette situation c’est clairement le Général Haftar qui tient dans ses mains l’avenir du pays à condition qu’il arrive à pérenniser son rapprochement avec Misrata.

Perspective pour 2017

Soutenu par l’Egypte, la Russie et la Chine, il est probable que le Général Haftar parvienne à s’entendre avec Misrata.
Deux options s’offrent alors à lui.
Soit il peut négocier un accord avec Abdelhakim Belhadj l’homme fort de Tripoli et le chef de guerre le plus expérimenté du pays ainsi qu’avec Mohamed Sawan, le chef des Frères Musulmans qui est affaibli notamment parce qu’il a subi une défaite aux élections législatives de 2014 et a perdu son soutien à Rome avec la démission de Matteo Renzi. Si ces conditions sont remplies, la Libye peut entrer sans conflit dans une phase de consolidation qui restera néanmoins fragile.
Soit il ne le veut pas ou ne peut pas s’entendre avec Abdelhakim Belhadj, alors avec l’appui des milices de Misrata et de Zantan, il est en mesure d’organiser un coup de force pour se rendre maître de Tripoli, imposant la réconciliation nationale par la force et sous sa seule autorité.

La situation des forces en présence début 2016 [1]

La milice de Misrata

Elle comprenait environ 20.000 hommes ce qui en faisait la force la plus importante du pays. Les « Misrati » ont pour ambition de contrôler la vaste région centrale autour de Misrata, grande ville portuaire. Les frères musulmans, avec l’aide des services secrets d’Erdogan, essaient de l’infiltrer pour la contrôler. De leur côté les services italiens ont conservé des liens étroits avec Misrata et les frères musulmans comme l’a prouvé l’intervention humanitaire qu’ ont réalisé les forces spéciales italiennes [2]. Le 11 janvier, elles ont posé un C-130 à Misrata avec des médecins et des infirmiers pour évacuer 15 Libyens, grièvement blessés, lors de l’attentat du 7 janvier contre le Centre de formation de la police de la côte libyenne. Ces blessés ont ainsi été pris en charge et rapatriés sur l’hôpital militaire de Celio en Italie. C’était la première fois depuis les évènements de 2011, qu’une force occidentale se posait sur le sol libyen.

La milice de Zintan

C’est la seconde milice la plus importante en Tripolitaine. Elle a joué un rôle important pour la libération de Tripoli, lors des batailles dans le Djebel Nefoussa. Elle contrôle une partie des montagnes de l’ouest, des frontières avec l’Algérie et la Tunisie et la Hamada Al-Hamra, vaste étendue désertique qui s’étend jusqu’au grand Sud. Elle tient sous sa coupe le pétrole de la Tripolitaine et détient le fils de Mouammar Kadhafi, Seif al-Islam qu’elle refuse de livrer à la justice nationale et internationale.

Les milices du général Khalifa Haftar

Le général a regroupé sous sa bannière des éléments de l’armée régulière libyenne, dont les forces de l’armée de l’air et a su attirer et obtenir l’appui de la milice de Zintan. Son PC se trouve à Al-Abyar (à l’est de Benghazi). Un grand nombre de conseils municipaux de l’Est – dont celui de Benghazi – se sont ralliés à sa cause, tout comme la Chambre des représentants de Tobrouk. Cette milice est clairement soutenue par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Khalifa Haftar a mené durant l’année 2016 une offensive chasser définitivement les islamistes de Benghazi. Cette offensive est perçue par le négociateur de l’ONU comme mettant en cause le projet de formation d’une armée « nationale » liée au « gouvernement d’union nationale » de Fayez Sarraj et adoubée par l’ONU [3]. Il a su attirer et obtenir l’appui de la milice de Zintan.

Les milices islamiques et Daech [4]

Un grand nombre de Libyens avaient déjà combattu avec Daesh en Iraq et Syrie [5]. Ces combattants étaient rentrés en Libye en 2015 tout en conservant des relations étroites avec leurs contacts en Iraq et en Syrie. Ils s’étaient initialement établis à Derna et se sont nommés « Wilaya Barqa » sous le commandement d’Abou al-Mughirah Al-Qahtani, décrit comme le « chef délégué pour la Wilaya libyenne ». L’apport de combattants de Tunisie et d’Algérie et de transfuges d’autres groupes islamistes libyens était à l’origine de son expansion relativement rapide. Daech était organisé en 3 Wilayas [6] et compterait 2 000 à 3 000 djihadistes.
Dans mon évaluation de janvier 2016, je soutenais que Daech était perçu par les autres organisations islamistes comme extérieur à la Libye. Ainsi les combattants de Daesh ont été chassés de Derna non pas par le général Haftar mais par une coalition de milices islamiques locales qui se sont unies dans le « Conseil de la Choura des moujahidines de Derna » dont Ansar al-Charia, la branche libyenne d’Al-Qaeda. De même, Daech qui s’est implanté à Syrte en février 2015 à l’issue de combats contre les forces du Bouclier de la Libye, se heurtait toujours à une résistance d’habitants armés et des affrontements sporadiques mais violents se poursuivent dans Syrte.
Daech n’était pas au début de 2016 dans une position comparable à celle qu’il occupait en Syrie et en Irak ni sur le plan de la force militaire ni sur celui des ressources économiques. Il n’avait pas les moyens de s’emparer de champs pétrolifères et d’infrastructures pétrolières en Libye [7], de les conserver et de les exploiter.

La situation à l’orée de 2017

Daech a été chassé de Syrte et ne possède plus aucune ville-base en Libye.

La mainmise de Daech, le 5 mai 2016, sur le croisement de Bougrine (100 km à l’est de Misrata et menant vers le Sud) a décidé les milices de Misrata à déloger Daech de Syrte [8]. La milice de Misrata avec l’appui d’une brigade originaire de la ville amazigh (berbère) de Nalout, dans les monts Nefoussa, à l’ouest de la Libye qui a mené l’attaque contre les djihadistes de Syrte, appuyée par l’aviation américaine guidée par des forces spéciales anglo-américaines.
Mais les combattants de l’opération « Al-Bunyan Al-Marsous » (« Structure solide ») ont subi des pertes importantes face aux djihadistes qui ont défendu leurs positions pied à pied. En quatre mois de combats, on compte plus de 530 morts et 2 500 blessés du côté d’Al-Bunyan Al-Marsous, dont 90 % sont des hommes de Misrata.

Après les djihadistes de Daech, les frères Musulmans sont en perte de vitesse en Libye.

Mohamed Sawan avait réussi à s’imposer avec son parti comme la force dominante au sein du Congrès national de juillet 2012 à août 2014. Le PJC avait obtenu moins de voix que son rival de l’Alliance des Forces nationales du très médiatique Mahmoud Jibril. Mais sa formation étant mieux organisée, il avait réussi à rallier une large majorité d’élus indépendants et avait fait basculer le Congrès en sa faveur. Son parti avait pu faire adopter une loi d’exclusion politique pour les personnalités politiques ayant joué un rôle sous Kadhafi. Cette loi lui avait permis d’écarter son principal adversaire Mahmoud Jibril.
Les élections de 2014 n’ont permis d’élire que 188 députés sur 200 à cause des combats dans certaines régions du pays. Mohamed Sawan a subi une vraie défaite puisqu’il ne peut plus compter que sur une quarantaine de députés dans la nouvelle Assemblée, les Frères Musulmans étant rejetés par les modérés pour leur islamisme mais également par les islamistes radicaux d’Abdelhamid Belhad pour leur tempérance.

Le Général Hatar s’empare du croissant pétrolier et rend obsolète l’accord de Tunis du 6 décembre 2015.

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Les pertes e la milice de Misrata ont laissé le champ libre à l’Armée nationale libyenne (ANL) du Général Haftar qui a lancé début septembre une opération appelée « Surprise foudroyante ». Les forces del’ ANL ont pris facilement en quelques jours les ports de Ras Lanuf, Es Sider et Brega sans que les Petroleum Facilities Guards (PFG), la milice paramilitaire dirigée par le jeune Ibrahim el-Jadhran [9] s’y opposent réellement. En effet fin août, une nouvelle grève des PFG avait montré la fragilité du pouvoir d’Ibrahim el-Jadhran, plus business man que chef de guerre. Les notables de la tribu des Megrahi dont sont issus de nombreux éléments des PFG ont senti alors le vent tourner et les ont appelés à rendre les armes sans combattre.
Cette victoire du Général Haftar met en lumière l’impuissance de Fayez el-Sarraj [10]. De plus, elle fournit une preuve supplémentaire de l’influence grandissante de la Russie en méditerranée orientale.
Cette impuissance trouve sa source dans le sentiment que Fayez el-Sarraj est l’homme lige de l’Occident. Or, le peuple libyen dont l’ADN tribal a subi pendant plus de 40 ans la greffe de la propagande nationaliste de Kadhafi et anti-occidentale des Frères Musulmans, perçoit dans sa majorité Fayez el Sarraj comme un valet d’un occident qui veut faire main basse sur les immenses ressources pétrolières et gazières de la Libye.
Fayez el-Sarraj est appuyé par les six pays de la communauté internationale (États-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne, Espagne, Italie et France) qui exigeaient un retrait immédiat des forces de Haftar du croissant pétrolier. La coalition occidentale s’est trouvée confrontée au refus de l’Égypte, associée à la Russie et à la Chine de s’associer à une quelconque condamnation par le Conseil de sécurité de l’ONU de l’action de force entreprise par le général Haftar. Ce dernier, que l’on présentait comme un agent de la CIA, était allé en juin 2016 à Moscou demander le soutien russe [11]. Il y est d’ailleurs retourné les 27 et 28 novembre 2016 pour une visite de 48 h.

Dès le mercredi 14 septembre le président de la compagnie pétrolière nationale en Libye (NOC) déclarait la reprise immédiate des exportations et annonçait un triplement des exportations de pétrole avant la fin 2016.

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Vers une prise de pouvoir en Libye du général Khalifa Haftar ?

Le ralliement de Misrata ?

Allié à la milice de Zintan qui contrôle les terminaux de la région de Tripoli, le général Khalifa Haftar, est en mesure de dicter sa loi. D’autant plus que les forces misraties, seules à même de s’opposer à lui, ont été affaiblies par la bataille de Syrte et ne sont pas en mesure de se relancer immédiatement dans une autre bataille. Pour convaincre les Misratis et l’Italie, qui a une influence importante dans cette ville, d’accepter cette mainmise sur le croissant pétrolier, Khalifa Haftar est aujourd’hui en mesure de couper (avec l’aide des Zintan, ses alliés dans l’ouest du pays), l’approvisionnement du gazoduc Greenstream transportant le gaz de l’ENI vers l’Italie [12].

Cette victoire conduit à une quasi défection de Misrata qui constituait jusqu’à présent le noyau dur de la coalition Al Fajr Libya contrôlant l’ouest de la Libye et qui soutenait le Président du Conseil présidentiel [13], présidé par Fayed el Sarraj [14].

En effet, selon Maghreb confidentiel [15]: « c’est à l’initiative du président du conseil municipal de Misrata, Mohamed Miftah Eshtawi que des brigades misraties ont pris le contrôle, le 10 décembre, d’un dépôt d’armes situé à Tamina, dans la banlieue sud de la ville, saisissant une grande quantité de munitions destinée aux derniers combattants islamistes (y compris certains Misratis) qui affrontent les hommes de Khalifa Haftar à Benghazi. Parallèlement, Mohamed Miftah Eshtawi a ordonné, le même jour, la fin de toute expédition d’aide par voie maritime en direction de Benghazi. Cette décision cible directement les adversaires de Haftar, dont l’essentiel du ravitaillement transite par un petit port situé à Ganfouda, dernier quartier sous leur contrôle ».

Si les informations de Maghreb confidentiel sont fondées, la signification et les conséquences de cet événement sont considérables. Cela signifie premièrement que le Président du conseil Fayed el Sarraj perd ses deux principaux soutiens qui étaient Abderrahmane Souihli, et son neveu Ahmed Myitig, vice-président du Conseil de la présidence du gouvernement, originaires tous deux de Misrata. Ahmed Myitig, est un homme d’affaires né en 1972 à Misrata et était soutenu ouvertement par Rome [16]. Par ailleurs, le camp de Tamina appartenait à Anwar Sawan, jusque-là principal armurier des milices misraties et parent de Mohamed Sawan [17], dirigeant des Frères musulmans libyens. Cette action sur le dépôt de Tamina consacre donc également une perte d’influence des Frères Musulmans à Misrata.

Les perspectives en 2017

Comme le constatait le Secrétaire général de l’ONU dans son rapport du 1er décembre 2016 sur la Mission d’appui des Nations Unies en Libye, la situation politique est toujours bloquée. Le Conseil de la Présidence est incapable de mettre en application l’Accord politique libyen conclu en décembre 2015. La capitale Tripoli est toujours sous le contrôle d’une mosaïque de groupes armés. Les institutions parallèles sont restées en place. Le « Gouvernement intérimaire » basé à Beïda a refusé de reconnaître le Conseil de la présidence et continue d’exercer son autorité dans l’est du pays, encourageant ainsi le fonctionnement des institutions parallèles, y compris d’une succursale de la Central Bank of Libya à Benghazi.

Face à cette situation, soutenu par l’Egypte, la Russie et la Chine, c’est clairement le Général Haftar qui tient dans ses mains l’avenir du pays à condition qu’il parvienne, ce qui est probable, à s’entendre avec Misrata.
Deux options s’offrent alors à lui.
Soit il peut négocier un accord avec Abdelhakim Belhadj l’homme fort de Tripoli et le chef de guerre le plus expérimenté du pays ainsi qu’avec Mohamed Sawan, le chef des Frères Musulmans qui est affaibli notamment parce qu’il a subi une défaite aux élections législatives de 2014 et a perdu son soutien à Rome avec la démission de Matteo Renzi. Si ces conditions sont remplies, la Libye peut entrer sans conflit dans une phase de consolidation qui restera néanmoins fragile.
Soit il ne le veut pas ou ne peut pas s’entendre avec Abdelhakim Belhadj, alors avec l’appui des milices de Misrata et de Zantan, il est en mesure d’organiser un coup de force pour se rendre maître de Tripoli, imposant la réconciliation nationale par la force et sous sa seule autorité.


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Lire ma précédente analyse : Les conditions politiques d’une intervention militaire directe en Libye ne sont pas réunies

[2] Une intervention humanitaire italienne en Libye très politique

[3] Source intelligence on-line : Martin Kobler, représentant de l’ONU, s’exprimant à huis clos devant le Comité politique et de sécurité de l’Union européenne, a vivement critiqué l’offensive.

[4] L’importance de la Libye pour l’Etat Islamique (Daech) ressort aussi de la nomination par Abou Bakr al-Baghdadi et de 8 de ses proches collaborateurs à la tête de Daesh en Libye, notamment Wissam Al Zubaidi (alias Abou Nabil Al Anbari), Turki Moubarak Al Binali (alias Abou Sufian) et Abou Habib al-Jazrawi. En septembre 2014, la déclaration d’allégeance à Daesh s’est déroulée en présence d’émissaires d’Al-Bahgdadi. Abu al-Bara al-Azdi, un yéménite, et Al-Jazrawi, un saoudien, se sont rendus à Derna pour l’occasion. Al-Baghdadi a en outre envoyé en Libye, en 2015, le prédicateur bahreïnien Turki Al-Binali, membre du conseil religieux de Daesh.

[5] (environ 800 qui avaient formé la Brigade Al-Battar).

[6] Tripolitaine (avec Tripoli et Syrte), la Wilaya Barqa (Cyrénaïque, avec Derna et Benghazi) et la Wilaya du Fezzan (sud).

[7] Libye : l’EI attaque des installations pétrolières

[8] http://www.elwatan.com/archives/article.php?id_sans_version=320915

[9] Est un commandant de la révolution libyenne chef de la milice de Ajdabiya dans l’est de la Libye .

[10] Le gouvernement d’union nationale, ainsi que les six pays de la communauté internationale (États-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne, Espagne, Italie et France) qui exigeaient un retrait immédiat des forces de Haftar, se trouvent devant l’obligation de composer avec cette nouvelle donne. Ils n’avaient, d’ailleurs, pas le choix puisque l’Égypte, associée à la Russie et à la Chine, s’était opposée à une quelconque condamnation, par le Conseil de sécurité de l’ONU, à l’action de force entreprise la semaine dernière par le général Haftar.

[11] Etait déjà à Moscou en juin 2016 ; il y avait rencontré le ministre de la Défense Serguei Shoigu, et le secrétaire du Conseil de sécurité nationale Nikolaï Patrouchev.

[12] Maghreb confidentiel n°1215 du15/09/2016.

[13] Le Conseil présidentiel, est une institution exécutive créée en Libye par un accord politique signé sous l’égide de l’ONU le 17 décembre 2015 Ce conseil Présidentiel composé de neuf personnalités, dont un président et trois vice-présidents issus chacun de l’une des trois régions du pays, la Tripolitaine, la Cyrénaïque et le Fezzan. Son Président est Fayez el-Sarraj. Premier vice-président : Ahmed Miitig. Membres : Fathi al-Mijabri ;Ali Faraj Qatrani ; Abdoulsalam Kajman ;Omar al-Aswad ; Moussa Balkani ; Mohammed al-Mimari ; Ahmad Hamza al-Mahdi.

[14] Il prend ses fonctions à Tunis le 12 mars suivant à la tête d’un gouvernement installé sans vote de confiance, mais qui est soutenu par la France, les États-Unis, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni.Le nouvel exécutif, qui justifie sa légitimité par une pétition signée par la majorité des membres de la Chambre des représentants, s’installe à Tripoli le 30 mars. Le lendemain, dix villes de l’Ouest du pays, dont Sabratha, Zaouïa et Zouara annoncent leur soutien au gouvernement d’union nationale. Enfin, le 5 avril, le gouvernement de Tripoli lui cède également le pouvoir.

[15] Maghreb confidentiel n°1228 du 15/12/2016 « La détente entre Misrata et Khalifa Haftar s’est également jouée dans le Fezzan, avec la prise de la base aérienne militaire de Barak Shati (à 60 km au nord de Sebha) par les hommes de Haftar. Arrivé le 12 décembre pour reprendre les clefs de la base, le colonel Mohamed Ben Nayel n’a pas eu à combattre : il a longuement négocié l’évacuation de la 3e Force, à dominante misratie, qui occupait les lieux jusque-là. Cette politique de bon voisinage envers le général de l’Est a été précédée par plusieurs mois de pourparlers, parrainés par des personnalités telles que l’ex-chef du conseil militaire de Misrata, Salem Jouha ou le chef du Conseil des notables de Misrata, M’hamed Abdallah Abdelali ».

[16] Le ministre italien des affaires étrangères, Paolo Gentiloni, avait annoncé, le 12 septembre, l’installation, à Misrata, d’un hôpital de campagne protégé par 200 parachutistes pour soigner les blessés de Syrte.

[17] Il a passé huit années dans les geôles de Kadhafi avant d’être libéré en 2006.


Les conséquences géopolitiques de la chute imminente d’Alep et de la vente de 19,5% d’ actions de Rosneft au Qatar

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La Bataille d’Alep marque un tournant décisif dans le conflit syrien. Le maintien au pouvoir de Bachar el-Assad n’est plus un préalable à la fin du conflit. Les Russes ont désormais toutes les cartes en main pour imposer leur solution. Cette victoire des forces syriennes appuyées par la Russie contre les islamistes radicaux va avoir des conséquences géopolitiques considérables pour le Moyen-Orient et pour l’Europe. Le premier effet concret s’est traduit hier, 10 décembre 2016, par la vente de 19,5% des actions de Rosneft au Qatar.

La Turquie avait anticipé cette victoire. Erdogan, dès le 9 août, était allé à Canossa, pardon à Saint-Pétersbourg, après avoir exprimé ses « regrets » à Vladimir Poutine fin de juin concernant le sukkoi 24 abattu par son aviation. Poutine lui a rendu la politesse le 10 octobre en se rendant à Istanbul où les deux chefs d’Etat ont réaffirmé leur engagement à mener à bien le projet de gazoduc russo-turc TurkStream, qui doit acheminer le gaz russe vers l’Europe en passant par la mer Noire, ainsi qu’à la construction par la Russie de la première centrale nucléaire turque.
De leur côté, confrontés à l’efficacité de l’intervention militaire russe de septembre 2015 qui contrastait avec les atermoiements d’Obama en Syrie et le peu d’efficacité de son action de soutien militaire à l’Irak, les dirigeants qataris comprenaient que leur stratégie de soutien aux Frères musulmans et aux wahhabites en Syrie allait les conduire à leur perte. Et que dorénavant, pour vendre leur gaz à l’Europe, il faudrait trouver un accord avec la Russie car c’est elle qui a les cartes en main pour autoriser ou interdire la construction d’un gazoduc terrestre pour acheminer son gaz vers les pays de l’Union européenne. [1]
Après une première visite de l’émir Tamim bin Hamad Al Thani à Moscou en janvier 2016, ce rapprochement s’est traduit, le 6 septembre, par la signature d’un accord militaire entre les deux pays, au cours d’une visite du ministre qatari de la Défense, Khalid bin Mohammad Al Attiyah, à l’occasion du Forum international militaire et technique « ARMÉE-2016″, à Moscou. « Nous avons signé un accord de coopération militaire avec la Russie, mais il ne comprend pas l’achat d’armes », a ainsi indiqué Saoud Bin Abdallah al-Mahmoud, l’ambassadeur du Qatar à Moscou. Toutefois, s’agissant d’éventuels contrats d’armement, rien n’est fermé du côté de Doha, le diplomate ayant assuré que son gouvernement examinerait cette « possibilité » [2].

Mais l’acte majeur de ce rapprochement à la portée géopolitique considérable s’est traduit hier, samedi 10 décembre 2016, par la conclusion d’un accord de vente de 19,5% des actions de Rosneft à la « Qatar Investment Authority (QIA) » Cette vente s’est faite au prix de 11,37 milliards de dollars qui rentrent dans les caisses de l’Etat Russe qui en avait bien besoin. Le Qatar est désormais le second actionnaire de Rosneft après l’État russe.
Pour comprendre la signification géopolitique exceptionnelle de cet accord, un rappel historique et économique s’impose.
Trois pays – la Russie, l’Iran et le Qatar – possèdent 50% des réserves mondiales de gaz naturel [3]. Les trois sont désormais alliés économiquement et stratégiquement, ce qui marque l’échec de la stratégie de l’Union européenne de diversification de ses sources d’approvisionnement de gaz naturel inspirée et voulue par les Etats-Unis et l’OTAN. En effet, la Russie est déjà le premier fournisseur de l’Union européenne avec 40 % des importations, qui représentent 20 % de la consommation totale de gaz de l’Union européenne. Compte tenu de la hausse de la consommation dans l’Union européenne et de l’épuisement du gisement gazier en Mer du Nord, cette dépendance énergétique de l’UE vis-à-vis de la Russie devrait fortement s’accroître dans les prochaines années. La Commission européenne estimait en effet que, d’ici 2040, 70 % des besoins énergétiques de l’UE devraient être assurés par les importations, contre 50 % aujourd’hui. Cette dépendance était inacceptable pour les stratèges américains pour lesquels la création d’une Eurasie annoncerait la fin de leur suprématie mondiale et l’arrivée d’un troisième grand acteur sur la scène mondiale qui perturberait leur tête à tête d’adversaire-partenaire avec la Chine.
Pour les stratèges américains et les atlantistes européens, le Qatar avec 24300 milliards de m3 de réserves prouvées qui lui assurent 154 ans de production au rythme actuel, était la solution. A condition toutefois de construire un gazoduc, car la liquéfaction et le transport en bateau via le détroit d’Ormuz et le canal de Suez rendaient le gaz qatari non concurrentiel avec le gaz russe. Selon des informations du journal libanais Al-Akhbar publiées en 2012, les Qataris avaient établi un plan, approuvé par l’administration Obama et l’UE visant à construire un gazoduc vers l’Europe via la Syrie. Ce gazoduc terrestre aurait traversé l’Arabie Saoudite, puis la Jordanie, en évitant l’Irak pour arriver à Homs en Syrie, d’où il aurait bifurqué dans trois directions : Lattaquié sur la côte syrienne, Tripoli au nord du Liban, et une troisième branche via la Turquie vers l’Europe. Mais Bachar El Assad refusait d’autoriser ce transit.

Désormais, les cartes sont redistribuées et rien ne s’oppose plus à ce que le gaz qataris rejoigne en Turquie le gazoduc TurkStream et vienne alimenter les besoins énergétiques de l’Union européenne. Dans un proche avenir parions que les européens vont lever leurs sanctions économiques contre la Russie.
Il aura fallu une guerre de 5 ans, des centaines de milliers de morts en Syrie, des attentats terroristes en Europe pour que s’impose par la force ce qui aurait dû se décider par la raison. Car tant dans la lutte contre l’Islam radical que sur le plan économique l’alliance russe est vitale pour que la voix de l’Europe existe à nouveau sur la scène internationale.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Pour certains auteurs ce projet de gazoduc et le refus d’Assad de le laisser traverser la Syrie aurait été un des facteurs déterminants de la guerre en Syrie traversant l’Arabie Saoudite, puis la Jordanie, en évitant l’Irak pour arriver à Homs en Syrie, d’où il aurait bifurqué dans trois directions : Lattaquié sur la côte syrienne, Tripoli au nord du Liban, et une troisième branche via la Turquie vers l’Europe.

[2] En savoir plus sur : Zone Militaire.


Situation politique et militaire en Irak – Début décembre 2016

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Situation politique

La situation politique en Irak a été marquée en novembre par le vote des députés shiites, alliés aux kurdes, qui, le 26, passant outre l’opposition des députés sunnites ont adopté à une majorité proche des deux tiers une loi de « Mobilisation Populaire » officialisant les milices shiites et leur donnant un pouvoir et une immunité quasi absolue. Ces milices shiites dont les effectifs s’élèvent à environ 140 000 hommes sont mieux équipées et entrainées que l’Armée irakienne. Ce vote marque la fin de l’unité nationale fondée sur le respect des intérêts des différentes communautés, symbolisée et garantie par l’Armée Irakienne. On se dirige ainsi en Irak vers le modèle iranien où les « Pasdarans iraniens » ont pour principale mission de protéger le système politique. Les milices seront, comme en Iran, directement rattachées au Premier Ministre Haider al-Abadi.

En pleine guerre pour la reconquête de Mossoul, les députés shiites ont ainsi enterré le processus de réconciliation nationale et l’espoir d’un Etat irakien respectant ses diverses composantes ethniques et religieuses. Alors que le Kurdistan possède ses Peshmergas, seuls les sunnites n’ont pas de milice et seront désormais encore plus marginalisés en Irak, coupables d’avoir accueillis l’Etat islamique. Malheureusement cette loi va avoir un impact sur le terrain et ne va pas favoriser l’unité nécessaire entre les différentes forces irakiennes pour reprendre Mossoul. En effet, elle n’est pas de nature à motiver l’armée irakienne qui, de part cette nouvelle loi, est condamnée à être , comme en Iran, une force de gardes-frontières, sous-équipée, moins payée et moins considérée que les unités des « gardiens de la révolution ».

Situation militaire

Mossoul

Six semaines après le début de l’offensive, la 16ème division et les forces spéciales irakiennes, qui ont pris pied dans les faubourgs Est de Mossoul, font face à une résistance acharnée. D’après un colonel de cette division, les combats à l’intérieur de la ville de Mossoul sont un cauchemar pour les soldats irakiens qui font face sans répit à des attaques suicides surprises et à des tirs de snipers. Pour se déplacer à Mossoul, les combattants de Daech utilisent un réseau de longs tunnels souterrains qu’ils ont creusés depuis la prise de la ville en juin 2014.

Au Sud-Est de Mossoul, la 9ème division a repris, après de violents combats, le site archéologique de Nemroud qui se trouve à une dizaine de km au Nord du confluent du Tigre et du grand Zag et progresse difficilement vers les faubourgs Sud-Est de Mossoul.

Au Sud de Mossoul, la 15ème division est en vue des hauteurs du Monastère de Saint Elie (Dair Mar Elia qui a été rasé par Daech) dont les ruines dominent l’autoroute n°1 qui conduit à l’aéroport de Mossoul.

A l’Ouest, les milices de l’Organisation Populaire se sont emparées de l’aéroport de Tall Afar le 23/11 et ont annoncé le 28/11 leur jonction avec les Peshmergas réalisant ainsi l’encerclement complet de Mossoul.
11-12-2017
Dans le gouvernorat d’Al Anbar, Daech contrôle toujours l’Ouest du gouvernorat et notamment les villes de Rawa, Ana et Kaïn.

Pour fixer les forces irakiennes et éviter que des prélèvements d’unités viennent renforcer les assaillants de Mossoul, Daech a lancé une grande campagne d’attentats dans 8 autres gouvernorats. On dénombre ainsi en novembre plus de 1000 morts victimes d’attentats parmi les forces de l’ordre et la population.

Le nombre de morts dans les gouvernorats touchés se répartit comme suit :
Nineveh : 436 ; Kirkuk 151 ; Salahuldein 150 ; Al Anbar 145 ; Babel 82 ; Bagdad 72 ; Diyala 20 ; Karbala 10.

Comme je l’ai toujours annoncé, la prise de Mossoul n’aura donc pas lieu en 2016, démentant une fois de plus les prévisions optimistes de Monsieur Le Drian.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL


« Je veux faire pour les Français »

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Discours à Sablé-sur-Sarthe 28 août 2016
(Seul le prononcé fait foi.)

Mes amis,
J’ai voulu vous regarder dans les yeux – chez moi – à Sablé – dans cette ville qui m’a fait confiance quand je n’avais pas 27 ans, pour vous dire: « Je suis candidat à la présidence de la République française ».
Je suis prêt !

En 2012 j’avais la conviction que je pouvais battre François Hollande. J’ai été loyal et discipliné.
Depuis la roue a tourné et me voici avec ma liberté et ma volonté de vaincre.
Les Parisiens que je sers depuis 4 ans ne m’en voudront pas d’avoir choisi cette ville de Sablé, ce département de la Sarthe où je suis né, où j’ai passé la plus grande partie de ma vie, où j’ai mes racines familiales partagées avec la Vendée et le Pays Basque, pour accomplir cet acte grave, mûrement réfléchi : briguer la présidence de la sixième puissance du monde en proie à une crise économique, sociale et culturelle profonde, menacée dans sa chair par les totalitaires islamiques, déboussolée par un quinquennat désastreux d’inconséquence et de mensonges.
Aucun être normal ne peut prendre cette décision à la légère, pour satisfaire sa seule ambition.
Pour moi c’est le résultat d’un long cheminement qui débute ici à Sablé.
Je n’ai jamais rêvé d’être Président de la République.
Je ne suis pas un surhomme, je suis un homme sûr de ses convictions.
Un concours de circonstances, le destin, m’a conduit à diriger cette ville puis à représenter les Sarthois à l’Assemblée nationale. J’ai ressenti une immense fierté pour cette confiance accordée au jeune inconnu que j’étais et j’ai simplement cherché à m’en montrer digne.
Y suis-je arrivé ?
J’ai poursuivi le développement de Sablé avec la conviction que la clé du bonheur réside dans la liberté et dans la dignité qu’offre le travail. J’ai ouvert ma porte à tous ceux qui avaient besoin de moi. J’ai cherché à rassembler sans jamais m’enfermer dans les logiques partisanes et sectaires. « Au service de tous » était le slogan de ma première campagne législative en 1981. Ce n’était pas qu’un slogan mais une conviction profonde acquise auprès de mes parents, gaullistes sociaux, engagés à Emmaüs et dans la vie de leur communauté rurale. A l’école de mon village auprès d’un maître exemplaire totalement dévoué à sa mission éducative. Chez les scouts de France, magnifique école de la vie.
Je suis profondément enraciné dans cette terre de France que j’aime plus que tout.
A l’école, j’ai appris que la France était grande, que son Histoire était millénaire. Qu’elle était la plus vieille nation européenne.
C’est là, la première raison de ma candidature.
Je vois, depuis des années, nos dirigeants ignorer l’Histoire de France ou n’en retenir que les évènements qui renforcent leurs convictions partisanes.

Non, la France n’est pas née en 1789 et elle n’est pas passée de l’ombre à la lumière en 1981 !
Non, la France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du nord.
Non, la France n’a pas inventé l’esclavage.
La France c’est 15 siècles d’Histoire depuis le baptême de Clovis à Reims.
La France c’est Saint Louis, Louis XI, Louis XIV, les révolutionnaires de 1789, Bonaparte, Napoléon III, la Troisième République, Gambetta, Thiers, Jules Ferry, Clémenceau, Jaurès, Poincaré, De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac.

La France, c’est la fille ainée de l’Eglise et le pays des philosophes des Lumières.
La France c’est une langue magnifique qui mérite d’être défendue.
La France c’est une culture qui a marqué l’Histoire de l’humanité.
Etre français, c’est se sentir chez soi dans une épopée où tout s’enchaîne : le Moyen Age chrétien, la Renaissance humaniste, la monarchie absolue, la Révolution citoyenne, l’Empire triomphant, les Républiques progressistes…
La première condition du redressement national est dans le respect du passé, l’acceptation de l’Histoire, la reconnaissance des vrais héros qu’ont été les paysans français qui ont construit la puissance nationale, les scientifiques et les inventeurs qui lui ont donné les clés de son rayonnement international, la chrétienté qui a forgé sa conscience, les philosophes des lumières qui en ont fait l’avant-poste du combat pour les libertés individuelles, les soldats de l’An II qui l’ont défendu contre ses ennemis, les poilus de Verdun, les Français libres et ceux de la Résistance, les ingénieurs et les ouvriers qui ont permis Concorde, Airbus, le TGV, Ariane, le nucléaire et la renaissance des années soixante.
Nous sommes uniques !

Pourquoi devrions-nous nous en excuser ?
Pourquoi les enfants chinois apprennent-ils par cœur la liste des dynasties qui ont régné sur leur pays durant trois mille ans et expriment-ils leur fierté d’appartenir à une grande civilisation quand les jeunes Français ignorent des pans de leur Histoire ou pire encore apprennent à en avoir honte ?
Le 15 août j’ai célébré l’Assomption à l’abbaye de Solesmes voisine.
Depuis plus de mille ans, des moines y observent la règle de Saint Benoît.
Mille ans d’Histoire !

Comment ne pas ressentir la force, la puissance, la profondeur de ce passé qui nous a forgés et qui nous donne les clés de notre avenir.

Renouer les fils de l’Histoire ! Retrouver nos racines pour comprendre notre passé et nous projeter dans l’avenir. Le monde a besoin de notre témoignage, de notre expérience accumulée au long des siècles pour trouver une voie entre la violence sauvage et la dictature de l’argent.
Nous avons besoin d’être fier de notre pays pour franchir les obstacles que dressent devant nous un nouveau monde prêt à nous faire sortir de l’Histoire.
Nous avons besoin d’être fiers de la France pour défendre son unité.
Cette unité n’est jamais allée de soi.
Les rois de France, la République, l’Etat moderne ont bataillé pour l’imposer aux féodaux, aux adversaires de la révolution, aux églises, aux financiers sans patrie.
Ce combat doit être sans cesse recommencé.

Les provocations des salafistes et des Frères musulmans n’ont pas d’autres objectifs que de détruire cette unité nationale sans laquelle la France n’existe pas, ne compte pas.
C’est donc une question vitale pour notre nation.
Je veux imposer aux musulmans de France les règles communes qu’ont acceptées, souvent après de longs combats, les chrétiens et les juifs.
Ce n’est pas une option. C’est une condition non négociable.
C’est la condition de leur acceptation au sein de la communauté nationale.
C’est aussi la clé de la paix dans le monde.
Au printemps je me suis rendu en Iran.
J’ai dit à l’ancien président de la République islamique, l’ayatollah Rafsandjani, qui contestait la présence des juifs en Palestine : « S’il n’y avait plus de chrétiens et de juifs au Proche Orient parce qu’ils en auraient été chassés, croyez-vous que les peuples européens tolèreraient encore des musulmans sur leur continent ? ». Si nous n’enrayons pas maintenant ce scénario infernal, c’est bien une troisième guerre mondiale qui va embraser le monde.
Cette situation dramatique exige du courage, de la fermeté mais aussi du calme et de la force de caractère pour ne pas céder à toutes les provocations.
Ce n’est pas en proposant après chaque attentat le vote de nouvelles lois pour remplacer celles qu’on n’applique pas que l’on assurera la sécurité des Français.
Ce n’est pas en se précipitant à la messe du 15 août après avoir convoqué les photographes ou en courant au Vatican pour tenter de regagner quelques voix chez les catholiques après les avoir provoqués, maltraités et même parfois réprimés que l’on se montre à la hauteur de ce rendez-vous de l’Histoire.
La politique ne peut pas se résumer à la ruse, elle doit exprimer des convictions et être empreinte de sincérité.

On ne peut pas faire référence en permanence aux racines chrétiennes de la France pour justifier des comportements et des actes qui sont des insultes à l’esprit de ses racines.
Si tous ceux qui brandissent désormais le drapeau du Christ pour justifier leur combat politique fréquentaient les églises, alors elles seraient pleines !
Depuis le début de la vague de violence à laquelle nous sommes confrontés je n’ai pas varié. Je dis aux Français la vérité sans fard et sans arrières pensées.
En juillet 2012, j’ai appelé François Hollande à se rapprocher de la Russie pour trouver une issue à la guerre civile en Syrie. J’ai prévenu que la stratégie occidentale à laquelle la France s’est rangée conduirait au désastre. Nous y sommes.

J’ai réclamé la réorganisation de nos services de renseignement, l’application stricte du code pénal qui permet de condamner jusqu’à trente ans de prison tous les Français qui entretiennent des relations avec l’ennemi, c’est à dire l’Etat islamique, l’aggravation des peines pour consultation des sites internet djihadistes, la création d’une véritable armée pour combattre sur le théâtre numérique.

J’ai proposé que le parlement vote chaque année des quotas stricts d’immigration en fonction de nos besoins et de nos capacités d’accueil. Que ces quotas s’appliquent au regroupement familial, que cela plaise ou non à la Cour Européenne des Droits de L’Homme dont j’exige la réforme pour préserver nos choix de société qui ne peuvent dépendre que du peuple français.
J’ai proposé que l’acquisition de la nationalité française ne soit plus automatique pour les enfants d’étrangers nés sur notre sol mais qu’elle dépende d’une démarche volontaire et de critères d’assimilation.

J’ai réclamé le strict contrôle administratif du culte musulman tant que son intégration dans la République ne sera pas achevée.
Je veux la dissolution immédiate de tous les mouvements qui se réclament du « Salafisme », du « Wahhabisme » ou des Frères musulmans et la clarification de nos relations avec l’Arabie saoudite et le Qatar qui abritent les penseurs de l’Islam radical et les sinistres promoteurs du « burkini ». A ce propos, comment croire à la sincérité de ceux qui nous promettent des mesures énergiques contre l’intégrisme mais qui ne remettent pas en cause leurs relations étroites avec des régimes qui en sont plus que les complices ?

Moi je ne parle pas de lutte contre les communautarismes pour ne pas nommer le problème que nous avons avec l’Islam. Les catholiques, les protestants, les juifs, les bouddhistes, les sikhs, ne menacent pas l’unité nationale. Cessons donc de faire croire qu’il faut durcir les règles de la laïcité au prix d’atteintes inacceptables à la liberté religieuse alors que seule la poussée intégriste qui enflamme le monde musulman est une menace pour notre société.

J’aurais pu comme tant d’autres me précipiter pour soutenir la réforme constitutionnelle sur la déchéance de nationalité voulue par François Hollande. Je l’ai, au contraire, combattue parce qu’il s’agissait d’une ruse, d’un artifice inutile qui affaiblissait notre Constitution et évitait de prendre les vraies décisions qu’impose la situation grave à laquelle nous sommes confrontés, des décisions qui n’ont toujours pas été prises.

Je ne perds pas mes nerfs. Je ne participe pas au concours Lépine des solutions les plus stupides et les plus imbéciles, censées lutter contre le terrorisme. Non, enfermer des dizaines de milliers de suspects sans contrôle et sans jugement ne réduira pas le risque d’attentat mais l’aggravera. Non, l’Etat de droit n’est pas un obstacle à la lutte contre le terrorisme, c’est au contraire la meilleure arme contre les totalitaires qui en veulent à nos libertés.

La menace terroriste appelle une réponse puissante mais elle ne nous dispense pas de moderniser la France pour donner aux Français, à la jeunesse, la fierté d’être patriote. L’élection présidentielle ne peut pas se réduire aux enjeux sécuritaires pour mieux oublier les 6 millions de chômeurs et les 2000 milliards de dettes.
Je suis candidat à l’élection présidentielle parce que je ne veux pas que mon pays soit livré aux démagogues qui ne peuvent que le conduire au désastre.

Je n’ai qu’un modèle en politique : celui du Général de Gaulle.
C’est son image, son charisme, son autorité, son incarnation de l’Etat, son bon sens qui m’ont séduit adolescent.
Je suis gaulliste !
La belle affaire me direz-vous : tout le monde est gaulliste aujourd’hui !
Encore faut-il s’entendre sur ce que cela signifie : être gaulliste c’est d’abord avoir une haute idée de la politique et de la France.
Avoir une haute idée de la politique signifie que ceux qui briguent la confiance des Français doivent en être dignes. Ceux qui ne respectent pas les lois de la République ne devraient pas pouvoir se présenter devant les électeurs. Il ne sert à rien de parler d’autorité quand on n’est pas soi-même irréprochable. Qui imagine le général de Gaulle mis en examen ?
Etre gaulliste, c’est une conception de l’exercice du pouvoir et singulièrement de la fonction présidentielle.
Notre Constitution ne fait pas du Président de la République un PDG et encore moins un sultan turc.

Le Président de la République ne devrait pas être un Président de faits divers, prenant la parole à tort et à travers, usurpant la direction du gouvernement, multipliant les petites promesses démagogiques et occupant les rubriques mondaines.
Depuis déjà un moment, les présidents de la République n’hésitent pas à violer l’esprit de la Constitution en rognant les attributions du gouvernement.
Eh bien je veux que cela change !

Je suis candidat à la présidence de la République pour lui rendre sa dignité.
Le Président doit être au-dessus des débats quotidiens.
Il doit veiller à la sécurité et à la tranquillité des Français, au bon fonctionnement des institutions.
Il doit fixer le cap et les orientations et rendre au Premier ministre et au gouvernement la plénitude des fonctions que la Constitution leur a confiées.
Oui j’exercerai la fonction présidentielle comme de Gaulle voulait qu’elle le soit. Avec dignité, avec grandeur mais aussi avec rigueur.

Une nouvelle éthique républicaine est nécessaire pour rendre aux détenteurs de l’autorité l’exemplarité sans laquelle le pouvoir n’est pas légitime.
Un gouvernement de 15 ministres choisis en fonction de leur seule compétence et de leur exemplarité, ouvert à la société civile. Zéro privilège ou passe-droit : plus de cortèges, de cabinets ministériels pléthoriques, de fonctions gouvernementales inutiles ou de complaisance. Les ministères seront regroupés dans des bâtiments modernes et fonctionnels.

Le statut de la fonction publique sera passé à la paille de fer pour en gommer tous les avantages injustifiés : les mises en disponibilité sans justification, les réintégrations dans leur corps d’origine des fonctionnaires ayant commis des fautes. Les agents publics élus parlementaires devront démissionner de la Fonction publique. Je soumettrai au référendum l’inscription dans notre Constitution du principe de l’égalité des régimes sociaux.
Une caste dirigeante arrogante et inefficace s’est reconstituée dans notre pays sous le couvert de valeurs républicaines dévoyées. Ses privilèges doivent être abolis et son action strictement évaluée.

Le Président de la République doit incarner la France.

La France, elle coule dans mes veines. Je suis pétri de l’identité vendéenne dont mon grand-père qui combattit au Chemin des Dames était si fier. J’admire la force de caractère des Basques dont la culture a résisté à toutes les invasions et à tous les pouvoirs. L’Anjou et le Maine ont façonné ma manière de penser et d’être, entre l’incomparable lumière de la Loire et la simplicité des bords de Sarthe.
Mes ancêtres étaient paysans, artisans aussi loin qu’on puisse remonter dans le temps.

La France n’est pareille à aucune autre Nation.
Son Histoire, les conditions de son unification, la profondeur de sa culture, sa géographie, les épreuves qu’elle a traversées en ont fait une Nation unique.
Notre alignement sur la politique étrangère américaine, notre effacement de la scène internationale, notre soumission au processus délétère de décision européen, générateur de petits compromis médiocres, ne sont pas compatibles avec les aspirations des Français et avec la place que la France occupe encore dans le cœur de nombreux peuples à travers le monde.

Nous devons reprendre le contrôle de notre destin :
En faisant de l’euro une véritable monnaie internationale qui offre une alternative au dollar devenu l’instrument d’une nouvelle forme d’impérialisme des Etats-Unis.
En nous dotant d’une politique de défense capable de nous protéger contre le totalitarisme islamique.
En rétablissant des frontières européennes sans lesquelles nous perdront notre identité et notre indépendance.
En investissant massivement dans la connaissance, dans la formation, dans la technologie au service du développement humain.

Pour atteindre ces objectifs la France doit montrer l’exemple en assainissant ses finances publiques mais aussi en défendant ses intérêts et ses convictions, même lorsque cela doit conduire à s’opposer à Washington, à Berlin ou à des institutions européennes lorsqu’elles mettent en cause des intérêts vitaux de notre pays ou les choix de société du peuple français.

C’est être profondément européen que de refuser d’assister impuissant à l’effondrement du rêve d’unification du continent justifié par les soixante millions de morts de la Seconde Guerre mondiale.

Durant cinq ans j’ai servi la France en dirigeant son gouvernement.
Je l’ai fait dans un contexte de crise financière internationale sans précédent depuis quarante ans et sous l’autorité d’un Président de la République qui a cru devoir tirer du quinquennat des conséquences sur le fonctionnement des institutions qui ne se sont pas avérées judicieuses.

J’ai fait mon devoir avec loyauté et avec le soutien constant de la majorité.
J’assume les décisions qui ont été prises pendant ces cinq ans.
Je m’honore d’avoir conduit une action qui a permis d’éviter la banqueroute de nos institutions financières.
Mais je suis lucide sur les insuffisances des politiques que nous avons menées durant cette période.

En quittant mes fonctions après la défaite aux élections présidentielles et après l’épisode scandaleux des élections truquées à l’UMP, j’ai entrepris un tour de France pour m’expliquer, pour entendre les Français et pour construire avec eux un projet capable de répondre au défi du redressement national.
Durant trois ans j’ai sillonné notre pays dans tous les sens.
Je suis allé à la rencontre des agriculteurs, des médecins, des infirmières, des travailleurs sociaux, des artisans, des commerçants, des policiers et des gendarmes, des maires, des entrepreneurs, des enseignants. Tous m’ont dit à leur manière la même chose : Que l’Etat arrête de nous emmerder ! Laissez-nous travailler ! Faites-nous confiance ! Libérez-nous des normes inutiles, des charges exorbitantes, des impôts confiscatoires, des règlementations absurdes ! Libérez-nous du RSI, de l’URSSAF, des ARS, des diktats sans appels d’administrations qui ont oublié qu’elles n’existent que pour servir les Français et leur rendre la vie plus facile.

Il suffirait de si peu de choses pour que la France retrouve confiance en elle-même.
Il suffirait que le travail soit justement récompensé.
Il suffirait que les efforts soient justement répartis.
Il suffirait que le mérite l’emporte sur les corporatismes et les réseaux.
Il suffirait que la réussite redevienne une valeur.

C’est ce cri de désespoir d’une immense majorité de Français lassés de travailler pour ceux qui ne travaillent pas, lassés de voir tous leurs efforts engloutis dans le fonctionnement d’un système social qui n’est ni juste ni efficace, qui a guidé la rédaction du programme que je propose aux Français.
Les Français n’aiment pas la liberté disent mes concurrents.
Pourtant ils ont fait la révolution pour elle !
La liberté n’est pas sociale répètent sans réfléchir depuis des décennies les socialistes. « Ce qui est social » disait Tony Blair « c’est ce qui crée de l’emploi». Il avait raison. Et avec ce raisonnement la Grande-Bretagne est passée devant nous en devenant la 5° puissance économique du monde avec un taux de chômage de 5%.
Qu’à cela ne tienne, nos « experts en tout » nous diront que c’est au prix de la précarité. Mais nous, nous avons la précarité mais pas les emplois ! Nous, nos jeunes se précipitent à Londres pour y réussir ce que notre bureaucratie refuse de les laisser faire !

Oui mon programme est social parce qu’il veut rendre à chaque Français la dignité que seul peut offrir le travail.
Oui mon programme est social parce que seule la liberté permet l’innovation et sans innovation une société est condamnée. On ne crée pas sous la contrainte. C’est vrai pour les artistes comme pour les innovateurs.
Sans liberté il y aura toujours plus de pauvres et toujours plus d’injustice sociale.
On me dit qu’on ne gagne pas avec un programme. Que le mien est le meilleur mais que cela ne fera pas la différence. Et si les Français faisaient mentir ces prédictions faites par ceux qui profitent si bien du système, par ceux qui n’ont le plus le courage de le changer, par ceux dont le cynisme nous a conduit à la décadence qui fait fuir chaque année des dizaines de milliers de jeunes Français privés d’avenir dans leur propre patrie ?

Il suffit pour cela de refuser les scénarios écrits d’avance, de sortir de chez soi le 20 novembre pour aller voter aux primaires de la droite et du centre, de convaincre ses amis qu’on peut changer les choses et retrouver l’espoir d’une vie meilleure dans une France ou le mot bonheur aurait retrouvé son sens.
J’entends souvent dire que je ne fais pas rêver en disant la vérité, en alertant sur la faillite qui nous menace, en appelant nos concitoyens à choisir l’effort pour assurer l’avenir.
Eh bien je ne suis pas là pour faire rêver car dans la vraie vie les rêves se réalisent rarement.

Les Français ne sont pas des enfants auxquels il faudrait raconter de belles histoires pour les endormir. C’est justement ces comportements qui sont à l’origine de notre déclin.
Je ne suis pas un bonimenteur, un opportuniste sans convictions, un interprète d’un scénario écrit par des instituts de sondages.
Je veux rompre avec cette politique de l’illusion et des promesses intenables.

Je veux « Faire ».
Je veux « Faire » pour les Français.
Je veux « Faire » pour libérer la France du carcan qui l’étouffe.
Je veux « Faire » pour protéger les Français contre toutes les violences.
Je veux « Faire » pour remettre la France sur le chemin du progrès.

Le rôle de l’élection présidentielle c’est bien de choisir dans quelle France nous voulons vivre et celle que nous voulons laisser à nos enfants.
Ma France c’est d’abord une nation fière qui ne se laisse pas imposer son destin.
Une réflexion sur le mot qui revient depuis quelques temps sans que l’on se hasarde à en comprendre le sens : l’identité.
Ce mot est déjà repris et débattu sans que chacun s’accorde à en donner un sens exact. Disons-le tout net : il ne suffit pas de sauter sur sa chaise et de crier identité ! identité ! comme un cabri pour définir ce qu’est la France. Disons-le aussi au risque de froisser mais je ne crois pas que le temps soit à l’interrogation sur cette question.
Imagine-t-on De Gaulle ou Churchill, face au totalitarisme menaçant, s’asseoir sur une chaise et se dire : voyons, voyons, quelle est l’identité de la France, quelle est l’identité de l’Angleterre ? C’est absurde. Il y a un temps pour l’agitation et il y a un temps pour l’action. Puisqu’il faut un mot pour définir ce que nous sommes: je préfère le beau mot de souveraineté. Car oui, face aux temps sombres, c’est cette souveraineté qu’il nous faut reconquérir. Dans le domaine économique, j’en ai souvent parlé car c’est la condition première d’une souveraineté pleine et entière et non de façade mais bien évidemment dans le domaine politique, dans celui des relations internationales, dans le domaine des idées aussi.

La France, celle du sacre de Reims comme celle de la Fête de la fédération s’est construite dans une lutte permanente pour sa souveraineté contre l’adversité et contre les empires. C’est là son identité. Il n’y a en a pas d’autres et vouloir poser en permanence cette question c’est soit vouloir entretenir un faux débat qui masque l’absence patente de solution permettant au pays de se redresser.

Ma France a vocation à être la première puissance européenne avant dix ans parce qu’elle en a tous les atouts et que son abaissement n’est lié qu’à la résignation de ses dirigeants et à l’égoïsme de tous ceux qui profitent d’un système qui avantage les rentiers et ceux qui ne prennent aucun risque.
Ma France doit offrir un emploi à tous ses enfants comme les principales puissances occidentales y sont parvenues.
Ma France doit investir massivement dans les sciences, l’innovation et la formation qui sont les clés de l’avenir.
Ma France doit défendre son identité parce que c’est la condition de son unité.
Ma France doit regarder avec confiance les progrès de la science et les bienfaits des nouvelles technologies à condition qu’ils soient compatibles avec la protection de notre environnement et avec les choix de société qui nous rassemblent.
Ma France doit protéger la famille et ses valeurs.
Ma France doit continuer à renforcer la défense des libertés individuelles, le respect de la personne humaine, le fonctionnement de la démocratie, pour elle-même et pour le monde.
Ma France doit avoir l’ambition d’être avec ses voisins européens un modèle de vertu, de prospérité et de tolérance.
Ma France doit être le fer de lance d’une civilisation européenne capable de faire la synthèse entre son Histoire millénaire et la modernité.

Pour atteindre ces objectifs, une condition est nécessaire : retrouver la fierté d’être français et la confiance dans notre patrie.
Cela passe par des transformations économiques et sociales mais aussi par un réarmement moral.
Je veux traquer toutes les démissions de la société française et d’abord celle de l’école.
J’entends beaucoup parler du rétablissement du service militaire. Pourquoi pas ! Mais avant de priver nos forces armées de leurs capacités opérationnelles, nous serions mieux inspirés de nous préoccuper de l’apprentissage du respect et de l’autorité à l’école primaire.
Ce n’est pas à 18 ans que l’on réparera tous les dégâts commis par l’absence d’éducation.
La compétence et le dévouement des enseignants n’est pas en cause. C’est la démission de l’Etat devant les syndicats, la dictature des «pédagogistes» et des réseaux de pouvoirs au sein de l’éducation nationale qui est responsable du désastre. Deux millions de jeunes Français ne sont ni à l ‘école, ni dans une formation, ni dans un emploi. Deux millions de jeunes Français sont dans la rue, exclus de notre société, condamnés pour une majorité d’entre eux à toucher le RSA toute leur vie. Et on refuse de remettre en cause notre système éducatif ! Et on refuse toutes les réformes les unes après les autres ! Mais c’est un crime contre notre jeunesse dont les responsables devront répondre.

Je veux une école primaire qui transmette les valeurs et les savoirs fondamentaux.
Je veux une école du respect et de l’autorité symbolisés par le port de l’uniforme.
Je propose de commencer la scolarité obligatoire à 5 ans au lieu de 6, pour donner une année de plus à l’apprentissage de la lecture.

Je mettrai fin dès la rentrée de 2017 aux enseignements de langues et de culture d’origine. Comment accepter que le gouvernement supprime des cours de latin ou des classes bilingues français/allemand pour lesquelles les enseignements sont donnés par des professeurs français et qu’il maintienne dans nos écoles primaires des cours de langues d’origine dont les enseignants sont choisis et payés par des pays étrangers ?

Je propose de revoir l’enseignement de l’Histoire à l’école primaire afin que les maîtres ne soient plus obligés d’apprendre aux enfants « à comprendre que le passé est source d’interrogations ». Faire douter de notre Histoire : cette instruction est honteuse !
Quand les thèses révisionnistes prolifèrent sur internet, à l’heure ou notre Nation est en quête de sens, qu’elle est menacée par des barbares, faut-il que l’école renonce à faire le récit de la Nation ?
Si je suis élu Président de la République, je demanderai à trois académiciens de s’entourer des meilleurs avis pour réécrire les programmes d’Histoire avec l’idée de les concevoir comme un récit national. Le récit national c’est une Histoire faite d’hommes et de femmes, de symboles, de lieux, de monuments, d’évènements qui trouve un sens et une signification dans l’édification progressive de la civilisation singulière de la France.
Je veux que l’alternance et l’apprentissage deviennent les voies principales de formation et d’accès à l’emploi.
Je veux que les familles soient placées devant leur responsabilité éducative et sanctionnées quand elles se montrent incapables de faire rentrer leurs enfants le soir à la maison et de les envoyer le matin à l’école.
Je veux la liberté pour les parents de choisir l’école de leurs enfants.
Je défendrai la liberté scolaire en permettant la création de nouvelles écoles privées à condition qu’elles respectent nos valeurs communes.

Le redressement national passe aussi par la famille dont le rôle est fondamental pour la cohésion sociale et pour la transmission des valeurs.
Je remettrai la famille au cœur de notre projet politique.
Je proposerai l’abrogation de la mise sous conditions de ressources des allocations familiales.
Je demanderai au Parlement de réécrire le droit de la filiation afin de protéger les droits de l’enfant.
Des administrations au service des citoyens, une école du respect et de l’autorité et du mérite, un gouvernement modeste, rigoureux, respectueux des engagements du Président de la République, une immigration strictement contrôlée et des extrémistes traqués sans pitié : c’est ainsi que notre Nation retrouvera confiance en elle-même pour aborder un siècle dont les bouleversements ne font que commencer.

Vous n’avez pas idée du monde qui se dessine !
La conjonction des progrès scientifiques et du développement du numérique sont en train de bousculer toutes les sociétés humaines.
Accès immédiat et partout à l’information et au savoir. Drones, robots, transports automatisés, soins médicaux à distance, progrès de la génétique, ordinateurs quantiques, fabrication d’objets complexes à domicile par impression 3D, accélération de l’allongement de la durée de la vie : rien ne sera plus pareil.
Nous ne pouvons pas nous offrir le luxe de refuser le progrès et la modernité. Sans le progrès des connaissances, l’humanité n’a aucun espoir de résoudre les immenses problèmes auxquels elle fait face. L’augmentation de la population mondiale, la diminution des ressources énergétiques, les dérèglements climatiques ne seront pas réglés par le retour à la nature et la décroissance mais bien par la science, la technologie et une discipline collective fondée sur la raison.
Je crois au progrès parce que je crois en l’être humain et en sa capacité à maîtriser par la raison ses passions et ses envies.

Je tire cette conviction de la lecture de Pascal, de Voltaire, de Diderot mais aussi de la fréquentation des hommes et des femmes de l’Ouest qui m’ont transmis leur bon sens, leur mesure, leur humilité et leur sincérité. Chaque fois que je dois trouver une réponse à une question grave, je me pose la question de savoir comment mon instituteur de Cérans-Foulletourte, mon professeur de sciences naturelles au collège, le père Dubois, les fondateurs du premier groupe volailler de France « LDC » qui n’avaient que leur certificat d’études ou l’éleveur de « Maine Anjou » de Notre-Dame-du-Pé, y répondraient.
Quand de brillants économistes tentent de me convaincre que les taux d’intérêts négatifs générés par la politique monétaire de la BCE vont durer encore longtemps, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’un paysan sarthois sait sans avoir besoin d’un doctorat que l’argent gratuit n’existe pas et que la facture arrivera tôt ou tard !

Quand j’entends les commentateurs de la vie politique expliquer un jour que le Président de la République peut être réélu parce qu’il est habile et le lendemain que l’ancien Président de la République peut l’emporter parce qu’il a de l’énergie, je sais qu’un paysan de l’Ouest se poserait d’abord la question de savoir si l’habileté ou l’énergie peuvent tenir lieu de projet et de convictions quand il s’agit de l’avenir du peuple français.

La raison contre les passions et les illusions, c’est ma marque de fabrique. Je n’en changerai pas car le but que je poursuis c’est le renouveau de la France, pas la consécration de mon ambition personnelle.
Je sais que cette démarche rencontrera l’adhésion des Français qui n’en peuvent plus d’un système politique qui tourne à vide et qui a perdu le sens de sa fonction.
2017 ne peut pas être une revanche. Les Français méritent autre chose qu’un duel entre un président battu et un président dont ils ne veulent plus.
Et les primaires de la droite et du centre ne peuvent être celles du choix du chef d’un parti.

La France n’a pas besoin d’une restauration. Elle ne se redressera pas avec des demi-mesures et des compromis sans ambition. Elle peut même s’effondrer sous les coups des démagogues haineux.
La France a besoin de transformations profondes. Elle a besoin d’une rénovation sincère de sa vie démocratique. Elle a besoin d’une démocratie plus participative. Elle a besoin de dignité, de rigueur, de sérieux et d’honnêteté. Elle a besoin d’un projet ambitieux pour la faire redécoller et d’une autorité sereine pour défendre son unité.

Le 20 novembre, j’appelle tous les Français qui partagent ces objectifs à se rendre dans les bureaux de vote pour imposer leur choix, pour faire mentir les scénarios écrits d’avance, pour refuser la comédie d’un pouvoir qui cherche juste à préserver ses intérêts.
Les primaires appartiennent aux Français.
Les primaires vous appartiennent.
Le 20 novembre, prenez le pouvoir !

Avant de nous séparer, j’ai encore une chose à vous dire. Elle est personnelle. Au moment de m’engager dans cette aventure grave qu’est l’élection présidentielle, je pense avec émotion à deux personnes qui doivent me regarder avec un mélange d’affection et d’inquiétude :
Ma mère, que beaucoup ici ont connue et qui m’a toujours soutenu avec l’énergie incroyable qui la caractérisait.
Philippe Séguin dont j’ai tellement souhaité qu’il soit le Président de la République Française, lui qui était tellement au-dessus des autres, lui qui n’agissait que pour la France sans jamais placer ses ambitions avant l’intérêt général, lui dont la rigueur et l’honnêteté nous auraient évité bien des dérives.
Aujourd’hui, à Sablé, je vous fais le serment de me battre pour vous donner la fierté d’être français.
Je vous donnerai toutes mes forces et ensemble nous l’emporterons.

Vive la République ! Vive la France !


Military to Military

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Seymour M. Hersh on US intelligence sharing in the Syrian war

Je publie ci-dessous la traduction d’un article du London Review of Books, en anglais, dans le volume 38 du 1er janvier 2016 dans lequel le journaliste d’investigation Seymour Hersh dévoile les critiques de l’Etat-Major américain concernant la stratégie d’Obama en Syrie. Il comporte notamment cette confidence qui témoigne de l’irresponsabilité totale de la stratégie du ni ni d’Obama et de Hollande : « que ce qui avait débuté comme une opération secrète pour armer et soutenir les rebelles modérés luttant contre Assad, avait été approuvé par la Turquie, et s’était transformé en un programme technique, militaire et logistique à cheval sur la frontière pour toutes les forces d’opposition, y compris Jabhat al-Nusra et l’État Islamique. Les soi-disant rebelles modérés s’étaient évaporés, et l’Armée syrienne libre n’était qu’un mirage stationné sur une base aérienne en Turquie. Le constat était peu réjouissant: il n’y avait aucune opposition modérée viable face à Assad, et les USA armaient des extrémistes.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

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Seymour M. Hersh écrit notamment pour The New Yorker et le New York Times. Il est à l’origine de nombreuses révélations comme le scandale de torture de Abu Ghraib ou encore le Massacre de Mỹ Lai au Viêt Nam pour lequel il obtient un Prix Pulitzer. Il est considéré par le monde universitaire comme un des meilleurs journalistes des États-Unis (source : Wikipedia).

L’insistance de Barack Obama à répéter qu’Assad devait partir – et à affirmer qu’il y a des groupes de rebelles modérés en Syrie capables de le renverser – a provoqué ces dernières années des dissensions et même une opposition ouverte parmi les plus hauts fonctionnaires de l’État-Major Interarmes du Pentagone. Leurs critiques se sont concentrées sur ce qu’ils considèrent comme une obsession de l’administration sur le principal allié d’Assad, Vladimir Poutine. Selon eux, Obama serait prisonnier d’une vision de la Russie et de la Chine digne de la guerre froide, et n’a pas ajusté son discours sur la Syrie, qui tiendrait compte du fait que tous deux partagent l’inquiétude de Washington, de voir le terrorisme se propager dans et au-delà de la Syrie. Comme Washington, ils pensent que l’islamisme doit être stoppé.

La résistance de l’armée remonte à l’été 2013, lorsqu’un bulletin d’évaluation classé secret défense, rassemblé par la DIA (Agence du renseignement de la défense : la DRM en France) et les chefs d’États major interarmes, alors dirigés par le Général Martin Dempsey, prévoyait que la chute d’Assad allait mener au chaos et sans doute à la conquête de la Syrie par des extrémistes djihadistes, à l’image de ce qui était en train de se passer en Libye. Un ex conseiller de l’État-Major interarmes me raconta que le document était une synthèse de sources diverses, élaborant un scénario à partir de signaux, de renseignements satellitaires et humains, et il voyait d’un mauvais œil l’entêtement de l’administration Obama à continuer de financer et d’armer les soi-disant groupes de rebelles modérés. À cette époque, la CIA complotait depuis plus d’un an avec ses alliés du Royaume Uni, d’Arabie Saoudite et du Qatar pour expédier des armes et des marchandises – dans le but de renverser Assad – à partir de la Libye, via la Turquie, jusqu’en Syrie.

Le nouveau Rapport estimatif pointait la Turquie comme obstacle majeur à la politique d’Obama en Syrie. Le document montrait, selon ce conseiller, « que ce qui avait débuté comme une opération secrète pour armer et soutenir les rebelles modérés luttant contre Assad, avait été approuvé par la Turquie, et s’était transformé en un programme technique, militaire et logistique à cheval sur la frontière pour toutes les forces d’opposition, y compris Jabhat al-Nusra et l’État Islamique. Les soi-disant rebelles modérés s’étaient évaporés, et l’Armée syrienne libre n’était qu’un mirage stationné sur une base aérienne en Turquie. Le constat était peu réjouissant: il n’y avait aucune opposition modérée viable face à Assad, et les USA armaient des extrémistes ».

Le Lieutenant General Michael Flynn, directeur de la DIA entre 2012 et 2014, confirma que son agence avait envoyé un flux constant de mises en garde secrètes à l’Exécutif, quant aux conséquences catastrophiques d’un renversement d’Assad. Les jihadistes, précisait-il, contrôlaient toute l’opposition. La Turquie n’en faisait pas assez pour stopper l’infiltration de combattants étrangers et d’armes le long de sa frontière. Lynn m’avait confié « Si le public américain avait accès au flux de renseignements que nous avons transmis quotidiennement, au niveau le plus sensible, il exploserait de rage. » « Nous avons compris la stratégie à long terme de l’État Islamique (EI), et ses plans de campagne, et nous avons aussi discuté le fait que la Turquie regardait ailleurs lorsqu’il s’agissait d’aborder l’expansion de l’EI en Syrie. ». Le rapport de la DIA fut repoussé avec force par l’administration Obama. « J’ai eu l’impression qu’ils ne voulaient tout simplement pas entendre la vérité. » L’ex-conseiller ajouta « Notre politique visant à armer l’opposition à Assad était un échec, et avait même un impact négatif. »

Les commandants interarmes étaient convaincus qu’Assad ne devait pas être remplacé par des fondamentalistes. La politique de l’Administration était contradictoire. Ils voulaient le départ d’Assad mais l’opposition était dominée par des extrémistes. Alors qui allait bien pouvoir le remplacer ? « Dire qu’Assad doit partir c’est bien beau, mais si vous suivez l’idée jusqu’au bout, eh bien vous ne trouvez personne de meilleur. C’est la question du personne n’est meilleur qu’Assad que le Joint Chiefs of Staff (JCS : État-Major Interarmes) soulevait face à la politique d’Obama. Les Commandants du JCS sentaient qu’affronter directement la politique d’Obama n’aurait « aucune chance de succès ». C’est ainsi qu’à l’automne 2013 ils décidèrent de prendre des mesures contre les extrémistes sans passer par les canaux politiques, en fournissant des renseignements militaires aux autres nations, dans l’espoir bien compris qu’ils seraient transmis à l’armée syrienne et exploités contre l’ennemi commun, Jabhat al-Nosra et l’EI.

L’Allemagne, Israël et la Russie étaient en contact avec l’armée syrienne, et capables d’exercer une certaine influence sur les décisions d’Assad – C’est par leur intermédiaire que les renseignements américains seraient partagés. Chacun avait ses raisons de coopérer avec Assad : l’Allemagne redoutait ce qui pourrait se passer au sein de sa population de 6 millions de musulmans si l’EI s’étendait ; Israël se sentait concerné par la sécurité de ses frontières ; la Russie était alliée de longue date avec la Syrie, et s’inquiétait de la menace qui pesait sur son unique base en Méditerranée, à Tartous. « Nous n’avions pas la ferme intention de dévier de la ligne politique officielle d’Obama, mais partager nos évaluations de la situation au travers de relations d’armée à armée pouvait s’avérer plus productif. Il était clair qu’Assad avait besoin de renseignements tactiques plus précis et de conseils opérationnels. Les commandants en avaient déduit que si ces besoins étaient satisfaits, le combat contre le terrorisme en serait in fine renforcé. Obama n’était pas au courant, mais Obama ne sait pas toujours ce que fait l’État-Major dans chaque circonstance, et il en va ainsi de tous les Présidents. »

Lorsque le flux de renseignements débuta, l’Allemagne, Israël et la Russie commencèrent à transmettre les informations sur les déplacements et intentions des groupes de djihadistes radicaux à l’armée syrienne ; en échange, la Syrie a fourni des renseignements sur ses propres moyens et intentions. Il n’y avait pas de contact direct entre les USA et les forces armées syriennes ; en lieu et place, selon ce conseiller, « nous leur avons fourni du renseignement, y compris des analyses à plus long terme sur l’avenir de la Syrie, rassemblées par des contractants ou l’une de nos écoles militaires – et ces pays pouvaient en faire ce qu’ils voulaient, y compris les partager avec Assad. Nous disions aux Allemands et aux autres : « tenez, voilà des informations particulièrement intéressantes, et nos intérêts se rejoignent. » Fin de la conversation. L’État-Major pouvait conclure que quelque chose de bénéfique en sortirait – mais c’était une action d’armée à armée, et non un quelconque complot sinistre des Commandants pour contourner Obama et soutenir Assad. C’était beaucoup plus subtil. Si Assad se maintient au pouvoir, ce ne sera pas parce que nous l’y avons maintenu, mais parce qu’il aura été suffisamment malin pour exploiter les renseignements et les conseils tactiques avisés que nous avons fournis aux autres. »

L’histoire publique des relations entre les USA et la Syrie au cours des dernières décennies est celle d’une inimitié. Assad condamna les attaques du 11/9, mais s’opposa à la guerre d’Irak. George Bush a, de façon répétée, lié la Syrie aux 3 membres de « l’axe du mal » – Irak, Iran et Corée du Nord – tout au long de sa présidence. Les messages du département d’État rendus publics par Wikileaks montrent que l’administration Bush tenta de déstabiliser la Syrie et que ces efforts se sont poursuivis au cours des années Obama. En décembre 2006, William Roebuck, alors en poste à l’ambassade américaine à Damas, rendit un rapport qui analysait les failles du gouvernement Assad, et proposait une liste des méthodes « susceptibles d’augmenter la probabilité » d’opportunités de déstabilisation. Il recommandait que Washington travaille avec l’Arabie Saoudite et l’Egypte pour développer les tensions sectaires et se concentre sur la médiatisation « des efforts syriens contre les groupes extrémistes – les dissidents kurdes et les factions radicales sunnites – de façon à suggérer une situation de faiblesse, des signes d’instabilité, et un effet boomerang hors de contrôle » ; ainsi il apparaitrait nécessaire d’encourager l’isolement de la Syrie, au travers du soutien américain au « Front de Salut National en Syrie », dirigé par Abdul Halim Khaddam, un ex vice-président syrien dont le gouvernement, en exil à Riyad, était soutenu par les Saoudiens et les Frères Musulmans.

Un autre message transmis en 2006 montrait que l’ambassade avait dépensé 5 millions de dollars en financement de dissidents qui présentaient des candidats indépendants pour l’Assemblée Populaire ; les virements furent maintenus même lorsqu’il fut évident que les services secrets syriens étaient désormais au courant de ce qui se passait. Un message transmis en 2010 mettait en garde sur le financement d’un réseau télévisé aux mains de l’opposition syrienne à Londres, que le Gouvernement syrien interpréterait comme « un acte hostile mené sous couverture contre le régime ».

Mais il y a aussi une histoire parallèle de la coopération secrète entre la Syrie et les États-Unis au cours de la même période. Les deux pays ont collaboré contre Al Qaïda, leur ennemi commun. Un consultant de longue date au sein du Commandement conjoint des Opérations spéciales (Joint Special Operations Command), déclara qu’ « à la suite du 11/9, Bachar fut extrêmement utile pour nous pendant des années, tandis qu’en retour, selon moi, nous fûmes très discourtois, et particulièrement maladroits dans l’usage que nous fîmes de l’or qu’il mettait entre nos mains. Cette coopération silencieuse se poursuivit entre certains éléments, même après que [l’administration Bush] ait décidé de le diaboliser. » En 2002, Assad autorisa les services secrets syriens à divulguer les dossiers internes sur les activités des Frères Musulmans en Syrie et en Allemagne. Plus tard cette année-là, les services secrets syriens déjouèrent une attaque d’Al Quaïda contre le quartier général de la Vème Flotte de l’US NAVY à Bahrein, et Assad donna son accord pour fournir à la CIA le nom d’un informateur vital d’Al Qaïda. En violation de cet accord, la CIA contacta directement cet informateur ; il rejeta l’approche, et rompit les relations avec ses interlocuteurs syriens. Toujours secrètement, Assad remis aussi aux mains des américains des membres de la famille de Saddam Hussein qui avaient trouvé refuge en Syrie, et – comme les alliés des USA la Jordanie, l’Egypte, la Thailande et ailleurs – fit torturer des suspects de terrorisme pour le compte de la CIA dans une prison damascène.
C’est cette histoire de coopération qui rendait plausible l’idée que Damas coopérerait en 2013 au nouveau protocole d’échange d’informations indirect avec les USA. Les Commandants interarmes firent savoir qu’en retour les USA souhaitaient 4 approbations : Assad devait retenir le Hesbollah d’attaquer Israël ; il devait reprendre les négociations avec Israël pour signer un accord sur le plateau du Golan ; il devait accepter la venue de conseillers militaires russes et d’autres pays ; et il devait s’engager à organiser de nouvelles élections ouvertes après la guerre qui intègrent un large éventail de sensibilités politiques. Le conseiller du JCS ajouta « Nous avions un feedback positif des Israéliens, qui étaient d’accord pour soutenir le projet, mais ils voulaient savoir quelle serait la réaction de l’Iran et de la Syrie ». « Les Syriens nous ont dit qu’Assad ne prendrait pas sa décision de façon unilatérale – il avait besoin du soutien de sa propre armée et de ses alliés alaouites. Le souci d’Assad était qu’Israël dise oui puis ne tienne pas ses promesses ». Un haut conseiller du Kremlin aux affaires du Moyen Orient m’a raconté que fin 2012, après avoir subit une série de revers sur le champ de bataille et des désertions au sein de l’armée, Assad s’était rapproché d’Israël via un contact à Moscou, et qu’il avait proposé de rouvrir les discussions sur le Plateau du Golan. Les Israéliens avaient rejeté l’offre. Mon interlocuteur me confia « Ils déclarèrent “Assad est un homme fini” » ; « Il est proche de la fin ». Il m’expliqua que les Turcs avaient tenu à Moscou le même discours. Cependant, à la mi-2013, les Syriens purent croire que le pire était derrière eux, et ils voulaient avoir l’assurance que les propositions d’aide des Américains et d’autres étaient sérieuses.

Au début des pourparlers, selon ce conseiller, les commandants interarmes essayèrent de déterminer les besoins d’Assad en signe de bonnes intentions. Sa réponse fut transmise par l’intermédiaire d’un ami d’Assad : « Apportez-lui la tête du Prince Bandar. » les membres de l’État-Major ne donnèrent pas suite. Bandar Ben Sultan avait servi les services secrets et la sécurité intérieure de l’Arabie Saoudite durant des décennies, et il avait passé plus de 20 années en tant qu’ambassadeur à Washington. Ces dernières années, il était connu pour vouloir la destitution d’Assad à tout prix. Alors qu’on le disait en mauvaise santé, il démissionna l’année dernière en tant que directeur du Conseil de sécurité saoudien, mais l’Arabie Saoudite continue d’être le principal pourvoyeur de fonds à l’opposition syrienne, dont le montant est estimé à 700 millions de dollars par le Renseignement américain. En juillet 2013, les chefs d’État-Major interarmes découvrirent un moyen plus direct de démontrer le sérieux de leur proposition d’aide à Assad. A cette époque, le flux secret d’armes en provenance de Libye pour l’opposition syrienne via la Turquie, était en place depuis plus d’un an (il débuta peu de temps après la mort de Kadhafi le 20 octobre 2011). L’opération était en grande partie organisée depuis une annexe secrète de la CIA à Benghazi, avec l’aval du Département d’Etat. Le 11 septembre 2012, l’ambassadeur US en Libye Christopher Stevens fut tué durant une manifestation anti-américaine qui dégénéra en incendie du Consulat des USA à Benghazi ; des journalistes du Washington Post trouvèrent des copies de l’agenda de l’ambassadeur au milieu des ruines du bâtiment. Elles montraient que le 10 septembre, Stevens avait rencontré le chef des opérations de l’annexe de la CIA. Le jour suivant, peu avant de mourir, il avait rencontré un représentant de la Compagnie d’affrètement « Al-Marfa Shipping and Maritime Services », une société basée à Tripoli qui, selon ce conseiller, était connue de l’État-Major pour s’occuper de l’expédition d’armement.

À la fin de l’été 2013, le rapport de la DIA avait été largement diffusé, mais bien que de nombreux agents de la communauté du Renseignement aient été au courant de la domination de l’opposition syrienne par les extrémistes, l’armement fourni par la CIA continua d’affluer, ce qui constituait un problème permanent pour l’armée d’Assad. Les stocks et dépôts de Kadhafi étaient la source d’un marché international de l’armement, bien que les prix aient été élevés. Le conseiller de l’État-Major interarmes déclara qu’ «Il n’y avait aucun moyen de stopper les expéditions d’armes qui avaient été approuvées par le Président. La solution passait par mettre la main au portefeuille. La CIA fut approchée par un représentant de l’État-Major qui suggéra que les arsenaux turques renfermaient des armes bien meilleur marché qui pouvaient se retrouver dans les mains des rebelles syriens en quelques jours, sans transfert maritime. » Mais la CIA ne fut pas la seule à en bénéficier. « Nous avons travaillé avec les Turcs en qui nous avions confiance et qui n’étaient pas loyaux avec Erdogan, et nous les avons sollicités pour expédier toutes les armes obsolètes de leurs arsenaux aux djihadistes en Syrie, y compris des carabines M1 qui n’avaient pas servi depuis la guerre de Corée, et des tonnes d’armes soviétiques. C’était un message qu’Assad pouvait interpréter comme “Nous avons la capacité d’endiguer la politique de notre Président en remontant sur ses traces.“»

Le flux de renseignements en provenance des services US vers l’armée syrienne, et la détérioration de la qualité des armes fournies aux rebelles, marquèrent un tournant. L’armée syrienne avait subi de lourdes pertes au printemps 2013 lors de ses combats contre Jabhat al-Nosra (1) et d’autres groupes extrémistes, alors qu’elle ne parvenait pas à tenir la capitale provinciale Raqqa. Des raids sporadiques de l’armée syrienne et de l’aviation continuèrent pendant des mois sans grand succès, jusqu’à ce qu’elle décide de se retirer de Raqqa et d’autres zones difficiles à défendre ou peu peuplées au nord et à l’ouest, pour se concentrer sur la consolidation de la défense du bastion gouvernemental à Damas, et des zones densément peuplées reliant la capitale à Lattakié au nord-est. Mais alors que l’armée regagnait en force avec le soutien de l’État-Major, l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie augmentèrent leurs financements et armement de Jabhat al-Nosra et de l’EI, qui à la fin de 2013 avaient gagné un territoire énorme de part et d’autre de la frontière irako-syrienne. Les quelques rebelles non fondamentalistes qui restaient se retrouvèrent engagés dans des combats âpres – le plus souvent perdus – qui ciblaient les extrémistes. En janvier 2014, l’EI pris à la suite d’al-Nosra le contrôle de Raqqa et des zones tribales tout autour, et fit de la ville son quartier général. Assad contrôlait encore [un territoire occupé par] 80% de la population syrienne, mais il avait perdu des étendues considérables.

Les efforts de la CIA pour entrainer les forces rebelles modérées échouaient aussi lamentablement. Le conseiller expliqua : « Le camp d’entrainement était en Jordanie et sous le contrôle d’un groupe tribal syrien ». Certains de ceux qui avaient signés étaient suspectés d’appartenir à l’armée syrienne, à l’uniforme près. Cela était déjà arrivé, dans les pires moments de la guerre en Irak, lorsque des centaines de miliciens chiites se présentèrent à l’accueil des camps d’entrainement américains le temps d’enfiler de nouveaux uniformes, d’obtenir de nouvelles armes et de suivre quelques jours d’entrainement avant de disparaitre dans le désert. Un programme d’entrainement séparé, conçu par le Pentagone en Turquie, ne donna pas plus de résultats. Le Pentagone reconnu en septembre que seules 4 ou 5 de ses recrues combattaient toujours l’EI ; quelques jours plus tard, 70 d’entre eux « firent défection » pour rejoindre Jabhat al-Nosra juste après avoir franchi la frontière syrienne.

En janvier 2014, désespéré par le manque de progrès, John Brennan, directeur de la CIA, convoqua les chefs des services secrets américains et sunnites de l’ensemble du Moyen Orient à une réunion secrète à Washington, dans le but de persuader l’Arabie Saoudite de cesser son soutien aux combattants extrémistes en Syrie. « Les Saoudiens nous déclarèrent qu’ils seraient heureux de nous écouter, et donc tout le monde s’assit autour d’une table à Washington pour écouter Brennan leur expliquer qu’ils devaient désormais prendre le même bateau que les modérés. Le message était que si tout le monde dans la région, cessait de soutenir al-Nosra et l’EI, leurs munitions et leur armement se tariraient, et les modérés l’emporteraient. » Le message de Brennan fut ignoré des Saoudiens, qui retournèrent chez eux pour relancer de plus belle leurs efforts en faveur des extrémistes et nous demander d’accroitre notre soutien technique. Et nous avons finalement accepté, et tout cela s’est terminé par le renforcement des extrémistes. »

Mais les Saoudiens étaient loin d’être le seul problème : le renseignement américain avait accumulé des interceptions et des informations de source humaine qui démontraient que le gouvernement Erdogan soutenait Jabhat al-Nosra depuis des années, et faisait de même à présent avec l’EI. « Nous pouvons gérer les Saoudiens » me disait le conseiller « Nous pouvons gérer les frères Musulmans. Vous pouvez argumenter que l’équilibre global du Moyen-Orient repose sur une forme de destruction certaine mutuellement partagée entre Israël et le reste du Moyen Orient, et que la Turquie peut déstabiliser cet équilibre – ce qui est le rêve d’Erdogan. Nous lui avons dit que nous voulions qu’il ferme le robinet des djihadistes étrangers qui se déversent en Turquie. Mais il rêve de grandeur – celle de restaurer l’Empire Ottoman – et il n’a pas réalisé jusqu’où pourrait le mener la réussite de ce projet. »

L’une des constantes dans les affaires américaines depuis la chute de l’URSS a été d’entretenir des relations d’armée à armée avec la Russie. Après 1991, les USA ont dépensés des milliards de dollars pour aider la Russie à sécuriser son arsenal nucléaire, y compris lors d’une opération ultra secrète qui consistait à déplacer de l’uranium enrichi à des fins militaires depuis des dépôts non sécurisés au Kazakhstan. Ces programmes conjoints pour superviser la mise en sécurité de matériaux à usage militaire se sont poursuivis au cours des 20 années suivantes. Pendant la guerre menée par les États-Unis en Afghanistan, la Russie autorisa son survol par des transporteurs et des ravitailleurs américains, ainsi que le transit terrestre pour le flux d’armes, de munitions, d’eau et de nourriture dont la machine de guerre américain avait quotidiennement besoin. L’armée russe fournit des renseignements sur les déplacements d’Oussama Ben Laden, et aida les États-Unis à négocier le droit d’utiliser une base aérienne au Kirghizstan L’État-Major Interarmes a toujours été en contact avec ses homologues syriens, et les liens entre les deux armées sont opérationnels jusqu’au plus haut niveau. En août, quelques semaines avant sa retraite de chef de l’État-Major Interarmes, Dempsey fit une visite d’adieu au quartier général des forces de défense irlandaises à Dublin, et raconta à son auditoire qu’ils avaient mis un point d’honneur, lorsqu’il était en fonction, à garder le contact avec le chef de l’État-Major russe, le Général Valery Gerasimov. « En fait, je lui ai suggéré que nous ne terminions pas notre carrière comme nous l’avions commencée » a-t-il dit – celle d’un commandant de char en Allemagne de l’Ouest, et l’autre à l’Est.

Lorsqu’il s’agit de se confronter à l’EI, la Russie et les USA ont bien des choses à partager mutuellement. Beaucoup au sein de l’EI, de son commandement à la troupe, ont combattu pendant plus de 10 ans contre la Russie lors des 2 guerres de Tchétchénie à partir de 1994, et le gouvernement de Poutine est totalement investi dans le combat contre le terrorisme islamique. « La Russie connait les cadres de l’EI » m’a fait remarquer le conseiller, « et elle a accès à ses techniques opérationnelles, avec beaucoup d’informations à partager. » En échange, « Nous avons d’excellent formateurs qui ont des années d’expérience dans la formation de combattants étrangers, une expérience que la Russie n’a pas ». Le conseiller n’a toutefois pas évoqué ce dont les services secrets américains sont également capables : la capacité à obtenir des informations sur des cibles, souvent en les achetant pour de fortes sommes à des sources au sein même des milices rebelles.

Un ex-conseiller de la Maison Blanche pour les affaires étrangères m’a raconté qu’ « avant le 11-Septembre, Poutine avait l’habitude de nous dire : “nous vivons le même cauchemar dans des endroits différents“. Il voulait parler de ses problèmes avec le Califat tchétchène, et de nos premiers affrontements avec al-Qaïda. Ces jours derniers, après l’attentat contre l’A320 METROJET au-dessus du Sinaï et les massacres de Paris et ailleurs [Beyrouth], il est difficile de ne pas conclure que nous avons bien les mêmes cauchemars provenant des mêmes endroits. »

Pourtant l’Administration Obama continue de condamner la Russie pour son soutien à Assad. Un haut diplomate retraité qui fut en poste à l’Ambassade de Moscou m’a exprimé de la sympathie pour le dilemme devant lequel se trouve Obama, en tant que chef de la coalition occidentale opposée à l’agression russe en Ukraine : « l’Ukraine est une question sérieuse, et Obama l’a abordée de façon ferme avec les sanctions. Mais notre politique vis-à-vis de la Russie est trop souvent erratique. En revanche, en Syrie, il ne s’agit pas de nous, il s’agit d’être sûr que Bachar ne perde pas. En réalité, Poutine ne veut surtout pas voir le chaos syrien se répandre en Jordanie ou au Liban, comme cela s’est passé en Irak, et il ne veut pas voir la Syrie tomber aux mains de l’EI. L’intervention la plus contreproductive qu’Obama a faite, et cela a causé beaucoup de torts à nos efforts pour en finir avec ce conflit, a été de dire : « Assad doit partir en préalable à toute négociation. » Il a aussi fait écho à un point de vue adopté par certains au Pentagone, lorsqu’il a fait allusion à un facteur sous-jacent dans la décision russe de lancer des frappes aériennes en soutien à l’armée syrienne à partir du 30 septembre : le souhait de Poutine, d’éviter à Assad de subir le même sort que celui de Kadhafi. On lui avait rapporté que Poutine avait visionné 3 fois la vidéo de la mort atroce de Kadhafi, une vidéo qui le montre sodomisé avec une baïonnette. Le Conseiller du JCS m’a lui aussi parlé d’un Rapport des services secrets US qui concluait que Poutine s’était ému du sort de Kadhafi : « Poutine s’en est voulu d’avoir laissé tomber Kadhafi, et de ne pas avoir joué un rôle clé en coulisses » lorsque la Coalition occidentale a fait pression à l’ONU pour être autorisée à entreprendre des frappes aériennes qui allaient détruire le Régime. « Poutine a pensé qu’à moins de s’engager, Bachar allait connaitre le même sort –mutilé- et qu’il allait assister à la destruction de ses alliés en Syrie. »

Dans un discours le 22 novembre 2015, Obama a déclaré que « les cibles principales des frappes russes, ce sont l’opposition modérée ». C’est une ligne dont l’administration – ainsi que la plupart des médias grand public américains – n’a que rarement dévié. Les Russes insistent sur le fait qu’ils ciblent tous les groupes rebelles susceptibles de menacer la stabilité de la Syrie – y compris l’EI. Le Conseiller du Kremlin aux affaires étrangères m’a expliqué lors de notre entretien que la première passe de frappes russes visait à renforcer la sécurité autour d’une base aérienne russe à Lattakié, bastion alaouite. Le but stratégique, m’a-t-il expliqué, était d’établir un couloir libéré des djihadistes entre Damas et Lattakié ainsi que la base navale russe de Tartous, puis d’infléchir graduellement les bombardements vers le Sud et l’Est, en se concentrant davantage sur les territoires tenus par l’EI. Les Russes ont frappé l’EI dans et autour de Raqqa dès début octobre selon plusieurs comptes rendus ; en novembre, il y a eu d’autres frappes sur des positions de l’EI près de la ville historique de Palmyre, et dans la province d’Idlib, un bastion objet de féroces combats à la frontière turque.

Les incursions russes dans l’espace aérien turc ont débuté peu après le déclenchement des bombardements par Poutine, et l’armée de l’air russe a déployé des systèmes de brouillage électroniques qui interférent avec la couverture radar turque. Le message envoyé à l’armée de l’air turque, selon le conseiller du JCS, était « Nous allons faire voler nos avions là où nous voulons, quand nous le voulons, et brouiller vos radars. Alors pas d’embrouilles. Poutine faisait savoir aux Turcs à quoi ils devaient s’attendre. » L’agression russe fit place à des plaintes turques et des démentis russes, en même temps que l’armée de l’air turque intensifiait ses patrouilles à la frontière. Il n’y a eu aucun incident significatif jusqu’au 24 novembre, lorsque 2 F16 turcs, agissant apparemment selon des règles d’engagement plus musclées, descendirent un chasseur bombardier Su24M russe qui avait franchi la frontière pendant à peine 17 secondes. Dans les jours qui suivirent le crash du chasseur, Obama exprima son soutien à Erdogan, et après s’être entretenus en privé le 1er décembre, il déclara à la presse que son administration restait « particulièrement soucieuse de la sécurité et de la souveraineté de la Turquie. » Il déclara aussi que tant que la Russie demeurerait alliée avec Assad, « beaucoup de ressources russes allaient encore être dirigées contre des groupes d’opposition… que nous soutenons… donc je ne pense pas que nous devions nous bercer d’illusions, et que d’une façon ou d’une autre la Russie allait soudain concentrer ses frappes contre l’EI. Ce n’est pas ce qui se passe. Cela ne s’est jamais passé. Cela ne se passera pas de sitôt. »

Le conseiller au Kremlin pour les affaires du Moyen-Orient, tout comme le conseiller du JCS et de la DIA, évacue d’un revers de main la question des « modérés » qui ont le soutien d’Obama ; il ne voit en eux que des groupes d’extrémistes islamistes qui combattent aux côtés de Jabhat al-Nosra et de l’EI (« Pas la peine de jouer sur les mots et séparer les terroristes entre modérés et non modérés », a rappelé Poutine dans son discours du 22 octobre) (2). Les généraux américains les considèrent comme des miliciens épuisés qui ont été forcés de s’entendre avec Jabhat al-Nosra ou l’EI afin de survivre.

À la fin 2014, Jürgen Todenhöfer, un journaliste allemand qui fut autorisé à passer 10 jours dans les territoires tenus par l’EI en Irak et en Syrie, a raconté sur CNN qu’à la direction de l’EI : « Ils rigolent tous un bon coup à propos de l’Armée Syrienne Libre (ASL). Ils ne les prennent pas au sérieux. Ils disent : “Les meilleurs vendeurs d’armes que nous ayons sont l’ASL. S’ils touchent une arme de bonne qualité, ils nous la revendent illico.” Non, ils ne les prenaient pas au sérieux. C’est Assad qu’ils prennent au sérieux. Ils prennent au sérieux les bombes, bien sûr. Mais ils n’ont peur de rien, et l’ASL ne joue aucun rôle. »

La campagne de bombardement de Poutine a déclenché une série d’articles antirusses dans la presse américaine. Le 25 octobre, le New York Times a rapporté, citant l’administration Obama, que des sous-marins et des navires espions russes opéraient de manière agressive à proximité des câbles sous-marins qui assurent le transfert de la majorité du trafic internet mondial – bien que, selon l’article qu’il fallait lire jusqu’au bout, le journaliste reconnaissait qu’il n’y avait « aucune preuve à cette heure » d’une tentative russe d’interférer avec ce trafic. Dix jours plus tôt, le Times publiait un résumé des intrusions de la Russie dans ses anciennes républiques soviétiques satellites, et décrivait le bombardement de la Syrie comme l’incarnation, « dans une certaine mesure, d’un retour aux ambitions militaires de la période soviétique ». Le reportage ne mentionnait pas que c’est à l’invitation de l’administration d’Assad que la Russie intervenait, ni que les États-Unis bombardaient eux-mêmes en territoire syrien depuis septembre de l’année précédente, sans l’accord de la Syrie. Un éditorial du mois d’octobre, dans le même journal, signé de Michael Mac Faul, ambassadeur américain en Russie de 2012 à 2014, déclarait que la campagne aérienne russe visait « tout le monde à l’exception de l’EI ». Les histoires anti-russes ne se calmèrent pas après le désastre de l’A320 METROJET abattu, revendiqué par l’EI. Très peu au sein du Gouvernement américain et des médias, se demandèrent pourquoi l’EI viserait un avion de ligne russe transportant 224 passagers et son équipage, si l’armée de l’air russe n’attaquait que les rebelles syriens « modérés ».

Et pendant ce temps, les sanctions économiques sont toujours en vigueur, pour ce qu’un grand nombre d’Américains considère être les crimes de guerre de Poutine en Ukraine, tout comme le sont les sanctions du Trésor américain contre la Syrie et contre ces américains qui font des affaires avec la Syrie. Le New York Times, dans un reportage de fin novembre sur les sanctions, a remis au goût du jour une insinuation ancienne et sans fondements, qui affirme que les actions du Trésor « mettent en relief un argument que l’Administration n’a cessé d’avancer à propos de M. Assad alors que le Trésor cherche à faire pression sur la Russie pour qu’elle cesse son soutien : que bien qu’il professe être en guerre contre les terroristes islamistes, il entretient une relation symbiotique avec l’EI qui lui a permis de prospérer alors qu’il se cramponne au pouvoir. »

Les quatre piliers fondamentaux de la politique d’Obama en Syrie restent intacts à cette heure : l’insistance sur le fait qu’Assad doit partir ; qu’aucune coalition avec la Russie n’est possible contre l’EI; que la Turquie est un allié fiable dans la guerre contre le terrorisme ; et qu’il y a vraiment des forces d’opposition modérées significatives que les États-Unis doivent soutenir.

Les attaques de Paris le 13 novembre ont fait 130 morts mais n’ont pas changé la ligne de conduite officielle de la Maison Blanche, bien que de nombreux leaders européens, y compris François Hollande, aient soutenu l’idée d’une plus grande coopération avec la Russie, et se soient mis d’accord pour mieux coordonner leurs actions avec son armée de l’air ; il y a eu aussi des discussions sur les modalités du retrait d’Assad : elles pourraient être plus flexibles. Le 24 novembre, Hollande s’est envolé pour Washington afin d’y discuter de la façon dont la France et les USA pouvaient collaborer plus étroitement dans leur combat contre l’EI. Lors d’une conférence de presse conjointe à la Maison Blanche, Obama a déclaré qu’Hollande et lui-même s’étaient mis d’accord sur le fait que les frappes russes contre l’opposition modérée ne faisaient que renforcer le régime d’Assad, dont la brutalité était à l’origine de la montée de l’EI. Hollande n’est pas allé aussi loin, mais il a déclaré que le processus diplomatique issu à Vienne conduirait « au départ d’Assad… un gouvernement d’unité est nécessaire. » La conférence de presse négligea l’impasse entre les deux hommes concernant Erdogan. Obama défendit le droit de la Turquie à défendre ses frontières, tandis qu’Hollande déclara que c’était « une question d’urgence » pour la Turquie de prendre des mesures contre les terroristes. Le conseiller du JCS m’a dit que l’un des principaux buts de Hollande lors de son voyage à Washington était de persuader Obama de rejoindre l’UE dans une déclaration de guerre commune contre l’EI. Obama a répondu non. Les Européens ne se sont pas regroupés au sein de l’OTAN, dont la Turquie fait partie, pour une telle déclaration. « C’est la Turquie le problème », m’a confié le conseiller du JCS.

Assad, naturellement, n’accepte pas qu’un groupe de dirigeants étrangers veulent décider de son avenir. Imad Moustapha, actuel ambassadeur de Syrie en Chine, était le doyen de la faculté des sciences de l’Université de Damas, et un proche collaborateur d’Assad, lorsqu’il fut nommé en 2004 ambassadeur de Syrie à Washington, poste qu’il occupa pendant 7 ans. Mustapha est connu pour être resté proche d’Assad, et il est digne de confiance pour refléter ses pensées. Il m’a raconté que pour Assad, renoncer au pouvoir signifierait capituler au profit des « groupes terroristes armés », et que des Ministres dans un gouvernement d’Unité nationale – tel que celui proposé par les Européens- seraient considérés [par le peuple syrien], comme les otages des puissances étrangères qui les auraient nommés. Ces forces pourraient rappeler au nouveau Président « qu’il est facilement remplaçable, comme son prédécesseur… Assad a une dette envers son peuple : il ne peut quitter son poste parce que les ennemis historiques de la Syrie exigent son départ. »

Moustapha a aussi impliqué la Chine, un allié d’Assad, qui a promis plus de 30 milliards de dollars pour la reconstruction de la Syrie après la guerre. La Chine aussi s’inquiète de l’EI. Il m’a expliqué que « La Chine apprécie la situation selon trois points de vue » : le droit international et la légitimité, le positionnement global de sa stratégie, et les activités des djihadistes Ouighours de la province extrême orientale du Xinjiang. Le Xinjiang est frontalier avec 8 nations – la Mongolie, la Russie, le Kazakhstan, le Kyrgyzstan, le Tajikistan, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde – et, selon le point de vue chinois, ils servent de porte d’entrée au terrorisme en provenance du monde entier et au sein même du pays. De nombreux combattants Ouighours actuellement en Syrie sont connus pour être des membres du Mouvement Islamique de l’Est du Turkestan – une organisation séparatiste souvent violente qui cherche à établir un État islamique Ouighour dans le Xinjiang. « Le fait qu’ils aient été aidés par les services secrets turcs pour se rendre en Syrie depuis la Chine en passant par la Turquie a été à la source de tensions énormes entre services secrets chinois et turcs » selon Moustapha. « La Chine est inquiète du soutien de la Turquie envers les combattants Ouighours en Syrie, qui pourrait très bien s’étendre au Xinjkiang. Nous fournissons déjà des informations concernant ces terroristes et les routes qu’ils empruntent pour rejoindre la Syrie aux services secrets chinois. »

Les inquiétudes de Moustapha ont été répercutées par un analyste des questions de politique étrangère à Washington, qui a suivi de près le transit des djihadistes à travers la Turquie vers la Syrie. L’analyste, dont les points de vue sont recherchés de nombreux hauts fonctionnaires du Gouvernement, m’a confié qu’ « Erdogan a transporté des Ouighours vers la Syrie par des moyens de transport spéciaux tandis que son gouvernement s’agitait en faveur de leur combat en Chine. Les terroristes musulmans ouighours et birmans qui s’échappent par la Thailande se procurent d’une manière ou d’une autre des passeports turcs puis sont acheminés vers la Turquie d’où ils transitent vers la Syrie. » Il a ajouté qu’il existait ce qui ressemble à une autre « ratline» [NdT : route secrète] qui acheminait des Ouighours – les estimations vont de quelques centaines à quelques milliers – depuis la Chine via le Kazakhstan pour un éventuel transit par la Turquie vers le territoire de l’EI en Syrie. Il m’a confié que « Le renseignement américain n’est pas bien informé sur ces activités parce que les infiltrés qui ne sont pas satisfaits de la politique [américaine], ne communiquent pas là-dessus avec eux. » Il a ajouté qu’ « il n’était pas certain que les officiels responsables de la politique syrienne au Département d’État et à la Maison Blanche obtenaient ces informations. » Le journal IHS-Jane’s Defence Weekly a estimé en octobre qu’au moins 5000 futurs combattants Ouighours étaient arrivés en Turquie depuis 2013, dont peut-être 2000 avaient fait mouvement vers la Syrie. Moustapha a déclaré qu’il détenait des informations selon lesquelles « au moins 860 combattants Ouighours se trouveraient en Syrie. »

Les inquiétudes croissantes de la Chine sur la question des Ouighours et ses liens avec la Syrie et l’EI sont un sujet d’étude constant de Christina Lin, une universitaire qui s’est intéressée aux questions chinoises il y a 10 ans alors qu’elle était en poste au Pentagone sous la direction de Donald Rumsfeld. « J’ai grandi à Taïwan, et je suis venue au Pentagone comme experte de la Chine. J’avais l’habitude de diaboliser les Chinois en les traitant d’idéologues, et ils sont loin d’être parfaits. Mais au fil des années, alors que je les vois s’ouvrir et évoluer, j’ai commencé à changer de perspective. Je vois désormais la Chine comme un partenaire potentiel pour différents enjeux globaux, particulièrement au Moyen-Orient. Il y a beaucoup d’endroit – la Syrie en est un – où les États-Unis et la Chine doivent coopérer en matière de sécurité régionale et de contre-terrorisme. Il y a quelques semaines, la Chine et l’Inde, deux ennemis issus de la guerre froide qui se haïssent plus que la Chine et les États-Unis eux-mêmes, ont mené une série d’exercices conjoints de contre-terrorisme. Et aujourd’hui la Chine et la Russie souhaitent tous les deux coopérer en matière de terrorisme avec les États-Unis. » La Chine voit les choses de la façon suivante selon Lin : les militants Ouighours qui se sont rendus en Syrie sont entrainés par l’EI aux techniques de survie qui leur permettront de retourner en Chine lors de voyages secrets, afin de perpétrer des actes terroristes là-bàs. Lin a écrit dans un article paru en septembre « Si Assad échoue, les combattants djihadistes de la Tchétchènie russe, du Xinjiang chinois, et du Cachemire indien tourneront leurs yeux vers leurs fronts respectifs pour continuer le djihad, soutenus par une nouvelle base opérationnelle en Syrie, bien financée et au cœur du Moyen Orient. »

Le général Dempsey et ses collègues du JCS ont gardé leur désapprobation en dehors des circuits bureaucratiques, et ont survécu à leur poste. Ce ne fut pas le cas du Général Michael Flynn. Patrick Lang, un colonel de l’US ARMY à la retraite qui a servi presque 10 ans en tant qu’officier en chef du Renseignement civil au Moyen Orient pour le compte de la DIA « Flynn a subit les foudres de la Maison Blanche en insistant sur la nécessité de dire la vérité sur la Syrie. Il a pensé que la vérité était la meilleure chose et ils l’ont débarqué. Il ne voulait pas se taire. Flynn m’a dit que ses problèmes allaient bien au-delà de la Syrie. ‘Je secouais le cocotier à la DIA – et pas seulement en déplaçant les transats sur le pont du Titanic. Je prônais une réforme radicale. Je sentais que le commandement civil ne voulait pas en entendre parler. J’en ai souffert, mais je m’en suis accommodé. » Dans un entretien récent accordé au Spiegel, Flynn a été direct à propos de l’arrivée de la Russie dans le conflit syrien : « Nous devons travailler de façon constructive avec la Russie. Que nous le voulions ou non, la Russie a pris la décision d’être présente et d’intervenir militairement. Ils sont bien là, et cela a complètement changé la donne. Et vous ne pouvez pas dire que la Russie est mal intentionnée ; qu’ils doivent retourner chez eux ; cela ne se passera pas comme ça. Atterrissez ! »

Très peu au Congrès US partagent cette opinion. L’une des personnalités qui fait exception se nomme Tulsi Gabbard, une démocrate de Hawaï, membre du « House Armed Services Comittee » (le Comité parlementaire des services armés) qui a effectué deux campagnes au Moyen-Orient en tant que major de la Garde Nationale. Dans un entretien sur CNN en octobre, elle a dit :
« Les USA et la CIA devraient stopper cette guerre illégale et contre-productive qui vise à renverser le gouvernement syrien, et ils devraient rester concentrés sur le combat contre […] les groupes rebelles extrémistes. ». Mais est-ce que cela ne vous préoccupe pas que le régime d’Assad ait été brutal, tuant au moins 200 000 et peut-être 300 000 membres de son propre peuple ? lui demanda le journaliste.

Elle a répondu « Les choses qu’on raconte sur Assad en ce moment sont les mêmes que ce qui a été dit de Kadhafi, les mêmes que ce qu’on a dit de Saddam Hussein, et viennent des mêmes personnes qui défendaient l’idée de […] renverser ces régimes […] si cela arrive en Syrie […] nous finirons dans une situation de souffrances bien plus grandes, de persécutions des minorités religieuses et chrétiennes bien plus atroces en Syrie, et notre ennemi en sortira largement renforcé. »
Donc ce que vous dites, c’est que l’implication militaire dans les airs de l’armée russe et au sol de l’armée iranienne – qu’en fait ils nous font une faveur ? reprend le journaliste. « Ils travaillent à défaire notre ennemi commun », a-t-elle répondu.

Plus tard, Gabbard m’a confié que beaucoup de ses collègues au Congrès, tant Républicains que Démocrates, l’ont remerciée en privé de s’être exprimée publiquement. « Beaucoup de gens dans la population, et même au Congrès, ont besoin d’avoir des explications claires. Mais c’est difficile lorsqu’il y a autant de mensonges sur ce qui se passe. La vérité n’a pas éclaté. » C’est très inhabituel pour un politicien de mettre ainsi en cause la politique étrangère de son propre parti, enregistrée en direct. Pour quelqu’un « de l’intérieur », qui a accès aux renseignements les plus secrets, parler ouvertement et de façon critique peut interrompre brutalement votre carrière. Toute information dissidente peut se transmettre au travers d’une relation de confiance entre un journaliste et ceux qui le vivent de l’intérieur, mais cela se fait presqu’obligatoirement « sans signature ». Cependant, oui, la dissidence existe. Le Commandant du Joint Special Operations Command (commandement des forces spéciales) [1] n’a pas pu cacher sa satisfaction lorsque je lui ai demandé son point de vue sur notre politique en Syrie. « La solution en Syrie est devant notre nez. Notre menace principale est l’EI, et nous tous – les États-Unis, la Russie et la Chine – devons travailler ensemble. Bachar restera dans ses fonctions et, une fois le pays stabilisé, il y aura des élections. Il n’y a pas d’autre option. »

Le fonctionnement du système indirect de communication avec Assad s’est interrompu avec la retraite de Dempsey en septembre dernier. Son remplaçant à la tête de l’Etat Major interarmes, le Général Joseph Dunford, a prêté serment devant la Commission sénatoriale des forces armées en juillet dernier, deux mois avant de prendre ses fonctions. « Si vous voulez parler d’une nation qui pourrait constituer une menace existentielle pour les États-Unis, je désignerais la Russie. Si vous observez son comportement, il est rien moins qu’alarmant. » En octobre, en tant que chef du JCS, Dunford a condamné les efforts russes pour bombarder [les djihadistes]. Il a déclaré à cette même commission que la Russie « ne combat pas l’EI », que l’Amérique doit « travailler avec ses partenaires turcs pour sécuriser la frontière nord de la Syrie » et que « nous devons faire tout ce que nous pouvons pour aider les forces d’opposition syriennes viables. – c’est-à-dire les « modérés » – à combattre les extrémistes. ». Obama dispose maintenant un Pentagone beaucoup plus conciliant. Il n’y aura plus de contestation indirecte de la part du commandement militaire, contre sa politique de dédain d’Assad et de soutien à Erdogan. Dempsey et ses associés sont déconcertés par l’entêtement d’Obama à défendre Erdogan, compte tenu du lourd dossier que la communauté américaine du Renseignement a accumulé contre lui – et des preuves qu’Obama, en privé, en accepte les conclusions. « Nous savons ce que vous faites avec les radicaux en Syrie », a déclaré le Président au chef du Renseignement d’Erdogan lors d’une réunion tendue à la Maison Blanche.

Le JCS et la DIA ont constamment alerté Washington de la menace que constituent les djihadistes en Syrie, et de leur soutien par la Turquie. Le message n’a jamais été entendu. Pourquoi ?

Par Seymour M. Hersh

[1] Army Lt. Gen. Raymond A. Thomas III took the helm of the Fort Bragg-based Joint Special Operations Command, officials announced. Thomas replaced Lt. Gen. Joseph L. Votel, who had served as JSOC commander since May 2011.


Obama, Erdoğan et les rebelles syriens

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Je publie ci-dessous la traduction de l’article de Seymour M. Hersh publié par la London Review of Books qui démontre l’implication de la Turquie dans le soutien des djihadistes en Syrie, un temps aidée par la CIA. Il dévoile notamment dans le détail la manipulation d’Erdogan pour faire croire à l’utilisation de gaz Sarin par l’Armée d’ASSAD et faire franchir « la ligne rouge » par OBAMA. Pour Seymour M Hersh, la communauté du renseignement américain à la preuve que ce sont les services Turcs qui en sont à l’origine de l’utilisation de gaz Sarin par les djihadistes d’Al-Nusrah [1]. Mais pour OBAMA il est impossible de le dire car la Turquie est dans l’OTAN et sert les objectifs stratégiques des Etats-Unis face à la Russie.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

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Par Seymour M. Hersh [2]

En 2011, Barack Obama avait mené une intervention militaire alliée en Libye sans consulter le Congrès américain. En août dernier, après l’attaque au gaz sarin sur Ghouta, en banlieue de Damas, il était prêt à lancer une attaque aérienne alliée, cette fois pour punir le gouvernement syrien d’avoir franchi la «ligne rouge» qu’il avait établi en 2012 sur l’utilisation des armes chimiques. Puis, à moins de deux jours de la date prévue pour l’attaque, il a annoncé qu’il demanderait au Congrès d’approuver l’intervention. L’attaque a été reportée alors que le Congrès se préparait pour les audiences, et a été par la suite annulée quand Obama a accepté la proposition d’Assad de renoncer à son arsenal chimique dans un accord négocié par la Russie. Pourquoi Obama a-t-il retardé puis cédé au sujet de la Syrie, alors qu’il n’a pas hésité à se précipiter en Libye? La réponse se trouve dans l’affrontement entre ceux de l’administration qui cherchaient à mettre à exécution de la ligne rouge, et les chefs militaires qui pensaient que faire la guerre était à la fois injustifié et potentiellement désastreux.

Le changement d’avis d’Obama a été engendré par Porton Down, le laboratoire de la Défense dans le Wiltshire. Les renseignements britanniques avaient obtenu un échantillon de sarin utilisé dans l’attaque du 21 Août et l’analyse a démontré que le gaz utilisé ne correspondait pas aux lots connus dans les armes chimiques de l’arsenal de l’armée syrienne. Le message, que le procès contre la Syrie ne tiendrait pas, été rapidement relayé au chef d’état-major des USA. Le rapport britannique a accru les doutes au sein du Pentagone; les chefs d’état-major se préparaient déjà à mettre en garde Obama sur les conséquences d’une attaque missile de grande envergure sur l’infrastructure de la Syrie qui pourrait conduire à une guerre plus large au Moyen-Orient. Ainsi, les officiers américains ont délivré au président un avertissement de dernière minute qui, selon eux, a finalement conduit à l’annulation de l’attaque par ce dernier.

Pendant des mois, il y a eu une vive inquiétude parmi les dirigeants militaires gradés et la communauté du renseignement sur ​​le rôle des voisins de la Syrie, en particulier la Turquie, dans la guerre. Le Premier ministre Recep Erdogan était connu pour avoir précédemment soutenu le front al-Nusra, une faction djihadiste au sein de l’opposition rebelle, ainsi que d’autres groupes rebelles islamistes. « Nous savions qu’il y en avait dans le gouvernement turc » m’a dit un ancien responsable du renseignement américain, qui a accès aux renseignements actuels, « qui ont cru qu’ils pourraient coincer Assad avec un attentat au sarin intérieur de la Syrie – et forcer Obama à utiliser sa menace de ligne rouge ».

Les chefs d’état-major savaient aussi que les allégations publiques de l’administration Obama affirmant que seule l’armée syrienne a eu accès au sarin étaient fausses. Les services de renseignement américains et britanniques étaient au courant depuis le printemps de 2013 que certaines unités rebelles en Syrie développaient des armes chimiques. Le 20 juin, les analystes de l’Agence de renseignements de la Défense des États-Unis ont publié un brief de 5 pages hautement classifié « points de discussion » pour le directeur adjoint de la DIA, David Shedd, qui déclarait que Al – Nusra conservait une cellule de production de sarin : son programme, a indiqué le rapport, était « le complot sarin le plus avancé depuis l’effort d’al- Qaida précédant le 11 septembre».

(D’après un consultant du Département de la Défense, les renseignements américains avaient connaissance depuis longtemps des expériences d’Al-Qaïda avec des armes chimiques, et possède une vidéo d’une de ses expériences avec du gaz sur des chiens.) Le document de la DIA poursuit: « Précédemment, la communauté du renseignement (IC) s’était presque entièrement intéressée aux stocks d’armes chimiques de la Syrie; maintenant, nous voyons l’ANF tenter de faire ses propres armes chimiques… La relative liberté de fonctionnement du front d’Al- Nusrah au sein de la Syrie nous amène à estimer que les aspirations du groupe en termes d’armes chimiques seront difficiles à perturber à l’avenir ». Le document attire l’attention sur des informations classifiées provenant de nombreux organismes: « Des acteurs Turcs et Saoudiens, disait-il, ont tenté de se procurer des précurseurs de sarin en vrac, des dizaines de kilogrammes, probablement destinés à une production à grande échelle prévue en Syrie.  » (Interrogé au sujet du document de la DIA, un porte-parole du directeur du renseignement national a déclaré: « Aucun papier n’a jamais été demandé ou produit par les analystes de la communauté du renseignement.)

En mai dernier, plus de dix membres du Front Al-Nusra ont été arrêtés dans le sud de la Turquie avec, d’après ce que la police locale a dit à la presse, deux kilos de sarin. Dans un acte d’accusation de 130 pages le groupe a été accusé d’avoir tenté d’acheter des fusibles, de la tuyauterie pour la construction de mortiers, et des ingrédients chimiques pour le sarin. Cinq des personnes arrêtées ont été libérées après une brève détention. Les autres, dont le chef de file Haytham Qassab, pour qui le procureur a requis une peine de prison de 25 ans, ont été libérées en attendant le procès. En attendant, la presse turque a été en proie à la spéculation que l’administration Erdoğan a couvert la mesure de son implication avec les rebelles. Dans une conférence de presse l’été dernier, Aydin Sezgin, l’ambassadeur de Turquie à Moscou, a rejeté ces arrestations et affirmé aux journalistes que le « sarin » récupéré était seulement «de l’anti-gel».

Le papier de la DIA a pris les arrestations comme une preuve que al-Nusra élargissait son accès aux armes chimiques. Il déclarait que Qassab s’était «auto-identifié» comme un membre d’Al-Nusra, et qu’il a été directement relié à Abd-al-Ghani, « l’émir ANF pour la fabrication militaire ». Qassab et son associé Khalid Ousta ont travaillé avec Halit Unalkaya, un employé d’une entreprise turque appelée Zirve exportation, qui a fournissait «des devis pour des ingrédients de sarin en vrac ». Le plan d’Abd-al-Ghani était de permettre à deux associés de «perfectionner un procédé de fabrication du sarin, puis aller en Syrie pour former d’autres personnes pour commencer la production à grande échelle dans un laboratoire non identifié en Syrie». Le papier de la DIA indiquait que l’un de ses agents avait acheté un ingrédient sur le «marché des produits chimiques de Bagdad», qui «a pris en charge au moins sept projets d’armes chimiques depuis 2004 ».

Une série d’attaques par armes chimiques en Mars et Avril 2013 a été étudiée au cours des mois suivants par une mission spéciale des Nations Unies en Syrie. Une personne avec une forte connaissance de l’activité de l’ONU en Syrie m’a dit qu’il y avait des preuves reliant l’opposition syrienne à la première attaque au gaz, le 19 Mars à Khan Al-Assal, un village près d’Alep. Dans son rapport final en Décembre, la mission a déclaré qu’au moins 19 civils et un soldat syrien étaient parmi les victimes, ainsi que des dizaines de blessés. La mission n’avait pas de mandat pour désigner le responsable de l’attaque, mais la personne ayant connaissance des activités de l’ONU a déclaré: « Les enquêteurs ont interrogé les gens qui étaient là, y compris les médecins qui ont soigné les victimes. Il était clair que les rebelles ont utilisé le gaz. L’information n’a pas été rendue publique car personne ne voulait savoir ».

Dans les mois précédant les attaques, un ancien haut fonctionnaire du Département de la Défense m’a dit que la DIA a fait circuler un rapport quotidien classifié connu sous le nom de « SYRUP » portant sur tous les renseignements liés au conflit syrien, y compris sur les armes chimiques. Mais au printemps, la distribution de la partie du rapport concernant les armes chimiques a été sévèrement réduite sur les ordres de Denis McDonough, le chef de cabinet de la Maison Blanche. « Quelque chose dedans a déclenché une crise de nerfs (littéralement caca nerveux) de McDonough », l’ex-fonctionnaire du ministère de la Défense a déclaré. «Un jour, c’était une affaire énorme, et puis, après les attaques sarin en mars et avril» – il fit claquer ses doigts – « il n’y a plus rien ». La décision de restreindre la distribution a été prise alors que les chefs d’état-major ordonnaient une planification intensive d’urgence pour une possible invasion terrestre de la Syrie dont l’objectif principal serait l’élimination des armes chimiques.

L’ancien responsable du renseignement a déclaré qu’un certain nombre de membres de la sécurité nationale des États-Unis ont longtemps été troublés par la ligne rouge du président: «Les chefs d’état-major ont demandé à la Maison Blanche, « Qu’est-ce que la ligne rouge? Comment cela se traduit-il dans les ordres militaires? Troupes sur le terrain? Attaque massive? Attaque limitée? » Ils ont chargé le renseignement militaire d’étudier comment nous pourrions mettre en œuvre la menace. Ils n’ont rien appris de plus sur le raisonnement du président ».

Au lendemain de l’attaque du 21 Août, Obama a ordonné au Pentagone d’élaborer une liste de cibles de bombardement. Au début du processus, l’ancien responsable du renseignement a déclaré que « la Maison Blanche a rejeté 35 ensembles de cibles fournies par les chefs d’état-major comme étant insuffisamment « douloureux » pour le régime d’Assad ». Les cibles de départ incluaient seulement des sites militaires et aucunement des infrastructures civiles. Sous la pression de la Maison Blanche, le plan d’attaque des États-Unis s’est transformé en « une attaque monstre» : deux formations de bombardiers B-52 ont été transférées dans des bases aériennes proches de la Syrie , et des sous-marins de la marine et des navires équipés de missiles Tomahawk ont été déployés. « Chaque jour, la liste de cibles s’allongeait », m’a dit l’ancien responsable du renseignement. « Les planificateurs du Pentagone ont dit que nous ne pouvions pas utiliser seulement des Tomahawk pour frapper les sites de missiles de la Syrie parce que leurs têtes sont enterrées trop profondément sous terre, ainsi les deux formations d’avion B- 52 avec deux mille livres de bombes ont été assignés à la mission. Ensuite, nous aurons besoin d’équipes de secours et de recherche pour récupérer les pilotes abattus et des drones pour la sélection de cible. C’est devenu énorme. » D’après l’ancien responsable du renseignement, la nouvelle liste de cibles était destinée à « éradiquer complètement toutes les capacités militaires qu’avait Assad ». Les cibles principales incluaient les réseaux électriques, les dépôts de pétrole et de gaz, tous dépôts d’armes et logistiques connus, toutes installations de commandement et de contrôle connus, et tous les bâtiments militaires et de renseignement connus.

La Grande-Bretagne et la France devaient, toutes les deux jouer, un rôle. Le 29 Août, le jour où le Parlement a voté contre la proposition de Cameron de rejoindre l’intervention, le Guardian a rapporté que celui-ci avait déjà ordonné à six avions de combat RAF Typhoon de se déployer à Chypre, et avait proposé un sous-marin capable de lancer des missiles Tomahawk. L’armée de l’air française – un acteur essentiel dans les attaques de 2011 en Libye – a été largement engagée, selon un compte rendu dans Le Nouvel Observateur; François Hollande avait ordonné à plusieurs chasseurs-bombardiers Rafale de participer à l’assaut américain. Leurs cibles auraient été dans l’ouest de la Syrie.

Avant la fin Août le président avait donné aux Chefs d’état major une date limite fixée pour le lancement. « L’Heure H devait commencer au plus tard lundi matin [2 Septembre], un assaut massif afin de neutraliser Assad » selon l’ancien responsable du renseignement. Cela a donc été une surprise pour beaucoup quand, lors d’un discours au Rose Garden de la Maison Blanche le 31 Août Obama a déclaré que l’attaque serait mise en attente, et qu’il se tournait vers le Congrès afin de la soumettre à un vote.
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A ce stade, l’idée d’Obama – que seule l’armée syrienne était capable de déployer le sarin – se clarifiait. L’ancien responsable du renseignement m’a dit qu’à quelques jours de l’attaque du 21 Août, des agents militaires russes du renseignement avaient récupéré des échantillons de l’agent chimique de Ghouta. Ils l’ont analysé et transmis au renseignement militaire britannique; c’était le matériel envoyé à Porton Down. (Un porte-parole de Porton Down a déclaré: « La plupart des échantillons analysés au Royaume-Uni se sont révélés positifs pour l’agent neurotoxique sarin. Le MI6 a dit qu’il ne se prononçait pas sur les questions de renseignement.)

L’ancien responsable du renseignement a déclaré que le Russe qui a livré l’échantillon au Royaume-Uni était « une bonne source – une personne ayant accès, la connaissance et étant digne de confiance ». Après les premières utilisations d’armes chimiques signalées en Syrie l’année dernière, les agences de renseignement américaines et alliées « ont fait un effort pour savoir si quelque chose a été utilisé, ce que c’était – et sa source » a dit l’ancien responsable du renseignement. « Nous utilisons les données échangées dans le cadre de la Convention sur les armes chimiques. Le point de référence de la DIA était de connaître la composition de chaque lot d’armes chimiques soviétiques manufacturé. Mais nous ne savions pas quels lots le gouvernement d’Assad avait dans son arsenal à ce moment-là. Dans les jours suivant l’incident de Damas, nous avons demandé à une source au sein du gouvernement syrien de nous donner une liste des lots que le gouvernement possédait. C’est ainsi que nous avons pu confirmer la différence si vite. »

Le processus ne s’était pas déroulé sans accroc au printemps, a indiqué l’ancien responsable du renseignement, parce que les études réalisées par les renseignements occidentaux « n’ont pas été concluants sur le type de gaz dont il s’agissait ». Le mot  » sarin  » n’a pas été mentionné. Il y avait beaucoup de discussions à ce sujet, mais puisque personne ne pouvait confirmer la nature de ce gaz, on ne pouvait pas dire qu’Assad avait franchi la ligne rouge du président». L’ancien responsable du renseignement poursuivit : « Le 21 Août, l’opposition syrienne avait en clairement tiré des enseignements et a annoncé que le  » sarin  » de l’armée syrienne avait été utilisé, avant que toute analyse ne puisse être faite, et la presse et la Maison Blanche ont sauté sur l’information. Comme il s’agissait maintenant de sarin, “ça devait être Assad” ».

Le personnel de la défense du Royaume-Uni qui a relayé les conclusions de Porton Down aux chefs d’état-major envoyait un message aux Américains, a déclaré l’ancien responsable du renseignement: « On nous tend un piège ici. » (Ceci se rapporte à un message qu’un haut fonctionnaire de la CIA a envoyé à la fin Août : « ce n’était pas le résultat du régime actuel. Le Royaume-Uni et les États-Unis le savent. »). C’était seulement à quelques jours de l’attaque et des avions, navires et sous-marins américains, britanniques et français étaient parés.

L’officier finalement responsable de la planification et de l’exécution de l’attaque était le général Martin Dempsey, président des Chefs d’état-major. Dès le début de la crise, l’ancien responsable du renseignement a déclaré, les chefs d’état-major avaient été sceptiques sur les arguments de l’administration pour prouver la culpabilité d’Assad. Ils ont pressé le DIA et d’autres organismes pour obtenir des preuves plus considérables. L’ancien responsable du renseignement a dit : « Il n’y avait pas moyen qu’ils pensent que la Syrie utiliserait un gaz neurotoxique à ce stade, parce que Assad était en train de gagner la guerre ,. Dempsey en avait agacé beaucoup dans l’administration d’Obama en mettant en garde à plusieurs reprises le Congrès pendant l’été sur les dangers d’un engagement militaire américain en Syrie. En Avril dernier, après une évaluation optimiste des avancées rebelles par le secrétaire d’État John Kerry, Dempsey a déclaré devant la commission des Affaires étrangères à la commission des forces armées du Sénat qu’ « il y a un risque que ce conflit soit devenu une impasse. »
L’ancien responsable du renseignement a rapporté l’avis initial de Dempsey après le 21 Août : « l’attaque des États-Unis sur la Syrie – en admettant que le gouvernement d’Assad était responsable de l’attaque au gaz sarin – serait une bavure militaire ». Le rapport de Porton Down a incité les chefs d’état-major à aller voir le président avec des inquiétudes plus importantes : que l’attaque menée par la Maison Blanche serait une agression injustifiée. Ce sont les chefs conjoints qui ont conduit Obama à changer de cap. L’explication officielle de la Maison Blanche au sujet de ce volte-face – l’histoire racontée par la presse – était que le président, au cours d’une promenade dans le Rose Garden avec son chef de cabinet Denis McDonough, a soudainement décidé de demander au congrès, qui était amèrement divisé et en conflit avec lui depuis des années, son accord pour l’attaque. L’ancien responsable du département de la Défense m’a dit que la Maison Blanche avait fourni une explication différente aux membres de la direction civile du Pentagone : l’attaque avait été annulée parce que selon les renseignements « le Moyen-Orient partirait en fumée » si elle avait lieu.

L’ancien responsable du renseignement a déclaré qu’initialement, la décision du président de s’adresser au Congrès a été considérée par les principaux collaborateurs à la Maison Blanche comme une redite de la tactique de George W. Bush à l’automne 2002, avant l’ invasion de l’Irak : « Quand il est devenu évident que il n’y avait pas d’ADM en Irak, le Congrès, qui avait approuvé la guerre en Irak, et la Maison Blanche partageaient la responsabilité et ont à plusieurs reprises cité des renseignements erronés. Si le Congrès actuel devait voter en faveur de l’attaque, la Maison Blanche pourrait jouer à nouveau sur les deux tableaux – frapper la Syrie avec une attaque massive et valider l’engagement de la ligne rouge du président, tout en étant en mesure de partager les torts avec le Congrès s’il s’avérait que l’armée syrienne n’était pas derrière l’attaque ». Le revirement fut une surprise même pour les dirigeants démocrates au Congrès. En Septembre le Wall Street Journal a rapporté que trois jours avant son discours au Rose Garden, Obama avait téléphoné à Nancy Pelosi, chef des démocrates de la Chambre, « pour passer en revue les options ». Selon le Journal, elle a dit plus tard à ses collègues qu’elle n’avait pas demandé au président de soumettre le bombardement à un vote du Congrès.

Le changement de position d’Obama pour susciter l’accord du Congrès s’est rapidement transformé en impasse. « Le Congrès n’allait pas laisser passer cela » a dit l’ex- responsable du renseignement. « Le Congrès a fait savoir que, contrairement à l’autorisation pour la guerre en Irak, il y aurait des audiences de fond. » D’après l’ancien responsable du renseignement, à ce moment-là, un sentiment de désespoir se faisait sentir à la Maison Blanche. « Et ainsi a été établi le plan B. Annuler le bombardement et Assad accepterait de signer unilatéralement le traité des armes chimiques et accepterait la destruction de toutes les armes chimiques sous la surveillance des Nations Unies. »

Lors d’une conférence de presse à Londres le 9 Septembre, Kerry parlait toujours de l’intervention : « le risque de ne pas agir est plus grand que le risque d’agir. » Mais quand un journaliste lui a demandé s’il y avait quoi que ce soit qu’Assad pourrait faire pour arrêter les bombardements, Kerry a déclaré: « Bien sûr. Il pourrait donner l’intégralité de ses armes chimiques à la communauté internationale d’ici la semaine prochaine … Mais il n’est pas sur le point de le faire, et ça ne peut pas être fait, évidemment. » Comme le New York Times a rapporté le lendemain, l’accord Russe qui a émergé peu après avait d’abord été contemplé par Obama et Poutine à l’été 2012. Bien que les plans d’attaque aient été mis de côté, l’administration n’a pas changé son discours public pour justifier la guerre. « Il y a une tolérance zéro à ce niveau pour les erreurs » a dit l’ex- responsable du renseignement au sujet des hauts fonctionnaires de la Maison Blanche. « Ils ne pouvaient pas se permettre de dire : « Nous avons eu tort. » (Le porte-parole du DNI a dit: « Le régime d’Assad, et seulement le régime d’Assad, aurait pu être responsable de l’attaque aux armes chimiques qui a eu lieu le 21 Août »).

L’importance de la coopération des Etats Unis avec la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar pour assister les rebelles en Syrie n’est pas encore claire. L’administration d’Obama n’a jamais publiquement avoué son rôle dans la création d’un « rat line », une voie rapide pour la Syrie. Ce « rat line », autorisé au début 2012 a été utilisé pour faire passer des armes et des munitions de la Libye via le sud de la Turquie et à travers la frontière syrienne jusqu’à l’opposition. La plupart de ceux qui ont reçu les armes en Syrie étaient des djihadistes, dont certains étaient affiliés à la CIA. Le porte-parole du DNI a dit : « L’idée que les USA fournissaient des armes provenant de la Libye est fausse ».

En janvier, le comité de renseignement du sénat a publié un rapport sur l’assaut par la milice locale en septembre 2012 sur le consulat américain et les locaux infiltrés de la CIA à proximité à Benghazi, résultant en la mort de l’ambassadeur des Etats Unis Christopher Stevens et trois autres. Dans le rapport, les critiques du département d’état pour ne pas avoir fourni une sécurité suffisante au consulat et de la communauté du renseignement pour ne pas avoir informé les militaires américains de la présence de locaux de la CIA ont fait la une des médias et suscité des mécontentements à Washington, les républicains accusant Obama et Hillary Clinton de dissimuler leurs erreurs. Une annexe hautement classifiée du rapport, jamais rendue publique, a décrit un arrangement secret trouvé en 2012 entre les administrations Obama et Erdogan au sujet du « rat line ». Selon cet accord, les fonds provenaient de Turquie ainsi que d’Arabie Saoudite et du Qatar. La CIA avec le soutien du MI6 était chargée de faire passer les armes de Kadhafi en Syrie. Un certain nombre d’entreprises « façades » ont été mises en place en Libye, certaines sous couverture d’entités australiennes. Des militaires américains retraités ont été employés pour gérer les fournitures et cargaisons, sans qu’ils ne sachent toujours qui les employait. L’opération était menée par David Petraeus le directeur de la CIA, qui allait prochainement démissionner après que sa relation avec sa biographe ait été rendue publique. Un porte-parole de Petraeus a même nié l’existence de cette opération.

Au moment où elle a été mise en place, L’opération n’avait pas été divulguée aux comités de renseignement du Congrès et aux dirigeants du Congrès, comme requis par la loi depuis les années 1970. L’implication du MI6 a permis à la CIA de se soustraire à la loi en classifiant la mission comme une opération de liaison. L’ancien responsable du renseignement a expliqué que pendant des années il y a eu une exception reconnue dans la loi qui permet à la CIA de ne pas déclarer l’activité de liaison au Congrès, qui aurait dans ce cas droit à un rapport/constatation (« finding »). (Toutes les opérations secrètes de la CIA qui sont proposées doivent être décrites dans un document écrit, connu sous le nom de « constatation » (« finding »), présenté à la haute direction du Congrès pour approbation.) La distribution de l’annexe a été limitée aux aides du personnel qui ont écrit le rapport etaux huit haut membres du Congrès – les dirigeants démocrates et républicains de la Chambre et du Sénat, et les dirigeants démocrates et républicains des comités du renseignement de la Chambre et du Sénat. Ceci constitue à peine une véritable tentative de visibilité: les huit dirigeants ne sont pas connus pour se rassembler pour soulever des questions ou discuter de l’information secrète qu’ils reçoivent.

L’annexe n’a ni raconté toute l’histoire de ce qui s’est passé à Benghazi avant l’attaque, ni expliqué pourquoi le consulat américain a été attaqué. «La seule mission du consulat était de fournir une couverture pour le déplacement d’armes » l’ancien responsable du renseignement, qui a lu l’annexe, a déclaré. «Il n’avait pas de rôle politique réel. »

Washington a brusquement mis fin au rôle de la CIA dans le transfert d’armes en provenance de Libye après l’attaque contre le consulat, mais le « rat line » se poursuivait. Selon l’ancien responsable du renseignement : «Les États-Unis ne contrôlaient plus ce que les Turcs relayaient aux djihadistes ». En quelques semaines, pas moins de quarante lanceurs de missiles sol-air portatifs, communément appelés « MANPADS » [3], étaient entre les mains des rebelles syriens. Le 28 Novembre 2012, Joby Warrick du Washington Post a rapporté que la veille, les rebelles près d’Alep avaient utilisé ce qui était presque certainement un MANPAD pour abattre un hélicoptère de transport syrien. «L’administration Obama », Warrick a écrit, « était fermement opposé à armer les forces d’opposition syriennes avec de tels missiles, avertissant que les armes pourraient tomber entre les mains de terroristes et être utilisées pour abattre les avions commerciaux. » Deux fonctionnaires du renseignement du Moyen-Orient ont pointé du doigt le Qatar comme étant la source de cette livraison, et un ancien analyste du renseignement des États-Unis a émis l’hypothèse que les Manpads auraient pu être obtenus à partir des avant-postes militaires syriens envahies par les rebelles. Il n’y avait aucune indication que la possession de MANPADS par les rebelles ait été la conséquence involontaire d’un programme américain secret qui n’était plus sous contrôle américain.

À la fin de 2012, on a cru au sein de la communauté américaine du renseignement que les rebelles étaient en train de perdre la guerre. « Erdoğan était en colère » a déclaré l’ex-responsable du renseignement, « et a estimé qu’il a été écarté. C’était son argent et l’interruption a été vue comme une trahison ». Au printemps 2013 les renseignements américains ont appris que le gouvernement turc – via des éléments du MIT, son agence nationale du renseignement et de la gendarmerie, des forces de l’ordre militarisées – travaillait directement avec Al-Nusra et ses alliés pour développer des capacités pour une guerre chimique. « Le MIT était en charge de la liaison politique avec les rebelles, et la gendarmerie se chargeait de la logistique militaire, des conseils et de la formation sur le terrain – y compris la formation dans la guerre chimique », a dit l’ancien responsable du renseignement. « Renforcer le rôle de la Turquie au printemps 2013 a été considérée comme la clé de ses problèmes là-bas. Erdogan savait que s’il cessait son soutien aux djihadistes tout serait fini. Les Saoudiens ne pourraient pas soutenir la guerre en raison de la logistique – les distances et la difficulté de transporter les armes et fournitures. Erdogan espérait susciter un événement qui obligerait les États-Unis à franchir la ligne rouge. Mais Obama n’a pas répondu en Mars et Avril. »

Il n’y avait aucun signe public de discorde quand Erdogan et Obama se sont rencontrés le 16 mai 2013 à la Maison Blanche. Lors d’une conférence de presse plus tard Obama a dit qu’ils avaient convenus qu’Assad « devait disparaître ». Interrogé pour savoir s’il pensait que la Syrie avait franchi la ligne rouge, Obama a reconnu qu’il y avait des preuves que de telles armes avaient été utilisées, mais il a ajouté, « il est important pour nous de faire en sorte que nous soyons en mesure d’obtenir des informations plus précises sur ce qui s’y passe exactement. » La ligne rouge était encore intacte.

Un expert de la politique étrangère américaine qui parle régulièrement avec les responsables de Washington et d’Ankara m’a parlé d’un dîner d’affaires tenu par Obama pour Erdogan lors de sa visite en mai. Le repas a été dominé par l’insistance des Turcs que la Syrie avait franchi la ligne rouge et leur mécontentement face à la réticence d’Obama à faire quoi que ce soit. Obama était accompagné de John Kerry et Tom Donilon, le conseiller à la sécurité nationale qui allait prochainement démissionner. Erdoğan a été rejoint par Ahmet Davutoğlu, ministre des Affaires étrangères de la Turquie, et Hakan Fidan, le chef du MIT. Fidan est connu pour être très fidèle à Erdogan, et a été considéré comme un soutien consistant de l’opposition rebelle radicale en Syrie.

L’expert de la politique étrangère m’a dit que ce qu’il avait entendu venait de Donilon. (Ce qui a été plus tard confirmé par un ancien responsable américain, qui en a pris connaissance via un diplomate turc senior.) Selon l’expert, Erdogan avait demandé la réunion dans le but de démontrer à Obama que la ligne rouge avait été franchie, et avait apporté Fidan pour le soutenir. Quand Erdogan a tenté de faire entrer Fidan dans la conversation, et que Fidan a commencé à parler, Obama lui a coupé la parole en disant: « Nous savons ». Erdoğan a essayé de faire participer Fidan une seconde fois, et de nouveau Obama le coupa et dit: « Nous savons. » À ce moment-là, Erdoğan exaspéré a dit: « Mais votre ligne rouge a été franchie! » et, l’expert m’a dit, ‘Donilon a dit qu’Erdogan « avait menacé du doigt le président de la Maison Blanche ». Obama a ensuite désigné Fidan du doigt et dit: « Nous savons ce que vous faites avec les radicaux en Syrie. » (Donilon, qui a rejoint le Conseil sur les relations étrangères en Juillet dernier, n’a pas répondu aux questions sur cette histoire. Le ministère turc des Affaires étrangères n’a pas répondu aux questions au sujet du dîner. Un porte-parole du Conseil national de sécurité a confirmé que le dîner avait eu lieu et a fourni une photo montrant Obama, Kerry, Donilon, Erdogan, Fidan et Davutoğlu assis à une table. « Au-delà de cela, dit-elle, je ne vais pas lire les détails de leurs discussions. ‘)
Mais Erdogan n’est pas parti les mains vides. Obama permettait toujours à la Turquie de continuer à exploiter une faille dans un décret présidentiel interdisant l’exportation d’or vers l’Iran, qui faisait partie des sanctions des États-Unis contre le pays. En Mars 2012, en réponse aux sanctions des banques iraniennes par l’UE, le système de paiement électronique SWIFT, qui facilite les paiements transfrontaliers, a expulsé des dizaines d’institutions financières iraniennes, limitant sévèrement la capacité du pays à faire du commerce international. Les États-Unis ont mis en place le décret en Juillet, mais ont laissé ce qui est venu à être connu comme étant un « échappatoire d’or (golden loophole) »: les livraisons d’or à des entités privées iraniennes pourraient continuer. La Turquie est un important acheteur de pétrole et de gaz iranien, et a profité de l’échappatoire en déposant ses paiements en lires turques dans un compte iranien en Turquie; ces fonds ont servi à acheter de l’or turc qui serait exporté vers des confédérés en Iran. 13 milliards de dollars d’or seraient entrés en Iran de cette manière entre Mars 2012 et Juillet 2013.

Le programme est rapidement devenu une vache à lait pour les politiciens corrompus et les commerçants en Turquie, en Iran et aux Emirats arabes unis. « Les intermédiaires ont fait ce qu’ils font toujours », a dit l’ex-responsable du renseignement. « Prendre 15 pour cent. La CIA a estimé qu’il n’y avait pas moins de deux milliards de dollars retenus. L’or et la livre turque leur « collaient aux doigts ». Les retenues illicites se sont transformées en scandale public « du gaz pour de l’or » en Turquie en Décembre, et a donné lieu à des accusations contre deux douzaines de personnes, y compris d’importants hommes d’affaires et des proches de responsables gouvernementaux, ainsi que la démission de trois ministres, dont un qui a appelé Erdoğan à démissionner. Le directeur d’une banque contrôlée par l’Etat turc qui était au milieu du scandale a insisté les 4,5 millions de dollars en espèces retrouvé par la police dans des boîtes à chaussures au cours d’une perquisition à son domicile étaient destinés à des dons de bienfaisance. .

L’année dernière Jonathan Schanzer et Mark Dubowitz ont signalé dans Foreign Policy que l’administration Obama a fermé cet échappatoire en Janvier 2013, mais « ont fait pression pour s’assurer que la législation … ne prenne pas effet pendant six mois ». Ils ont spéculé que l’administration voulait utiliser le retard comme une incitation à amener l’Iran à la table des négociations sur son programme nucléaire, ou pour apaiser son allié turc dans la guerre civile syrienne. Le délai a permis à l’Iran d’accumuler des milliards de dollars de plus en or, ce qui compromet davantage le régime des sanctions ».

La décision américaine de mettre fin au soutien de la CIA pour les livraisons d’armes en Syrie a exposé Erdoğan politiquement et militairement. « L’une des questions à ce sommet en mai était le fait que la Turquie est le seul moyen de fournir les rebelles en Syrie » a dit l’ancien responsable du renseignement. « Elles ne peuvent pas venir par la Jordanie, car le terrain dans le sud est grand ouvert et les Syriens sont partout. Et elles ne peuvent pas venir par les vallées et les collines du Liban – on ne peut pas être certain de qui on rencontrerait l’autre côté ». Sans le soutien militaire des États-Unis pour les rebelles, l’ancien responsable du renseignement a déclaré, « le rêve d’Erdogan d’avoir un état client en Syrie s’évapore et il pense que nous en sommes la raison. Lorsque la Syrie gagnera la guerre, il sait que les rebelles sont tout aussi susceptibles de se retourner contre lui – où peuvent-ils aller d’autre? Alors maintenant, il aura des milliers de radicaux dans son jardin. »

Un consultant du renseignement américain m’a dit que quelques semaines avant le 21 Août, il avait vu une information hautement classifiée préparée pour Dempsey et le secrétaire à la défense, Chuck Hagel, qui décrivait « l’inquiétude aiguë » de l’administration Erdoğan au sujet des perspectives décroissantes des rebelles. L’analyse mettait en garde sur le fait que les dirigeants turcs ont exprimé « la nécessité de faire quelque chose qui précipiterait une intervention militaire des États-Unis ». A la fin de l’été, l’armée syrienne avait encore l’avantage sur les rebelles, a dit l’ancien responsable du renseignement, et seulement la puissance aérienne américaine pourrait inverser la tendance. À l’automne, l’ancien responsable du renseignement poursuivit, les analystes du renseignement des États-Unis qui continuaient de travailler sur les événements du 21 Août « ont senti que la Syrie n’était pas derrière l’attaque au gaz. Mais le « gorille de 500 livres ?» (le « monstre ») l’était, comment cela se fait-il? Les turcs ont été immédiatement suspectés, parce qu’ils avaient tous les éléments pour y arriver ».
Pendant que des données interceptées et autres données relatives aux attaques du 21 août étaient recueillies, la communauté du renseignement a vu des preuves pour étayer ses soupçons. « Nous savons maintenant que c’était une action secrète prévue par les gens d’Erdogan pour pousser Obama à franchir la ligne rouge», a déclaré l’ancien responsable du renseignement. «Il fallait que cela dégénère en une attaque au gaz dans ou près de Damas, lorsque les inspecteurs de l’ONU » – qui sont arrivés à Damas le 18 Août pour enquêter sur des utilisations antérieures du gaz – étaient là. L’accord était de faire quelque chose de spectaculaire. Nos officiers supérieurs ont été informés par la DIA et autres moyens de renseignement que le sarin a été fourni via la Turquie – qu’il ne pouvait arriver là qu’avec le soutien de la Turquie. Les Turcs ont également dispensé une formation dans la production et la manipulation du sarin. » La majeure partie des informations permettant cette évaluation provenait des Turcs eux-mêmes, par l’intermédiaire de conversations interceptées dans le sillage immédiat de l’attaque. « Les preuves principales étaient les réjouissances et le contentement turcs après l’attaque relevé dans de nombreuses données interceptées. Les opérations sont toujours planifiées de manière super-secrète, mais tout part en fumée quand il s’agit de s’en vanter après. Il n’y a pas de plus grande vulnérabilité que lorsque les auteurs réclament de la reconnaissance pour leur succès. » Les problèmes d’Erdogan en Syrie seraient bientôt terminés:« le gaz s’échappe et Obama dira ligne rouge et l’Amérique attaquera la Syrie, ou au moins, c’était l’idée. Mais ça ne s’est pas passé de cette façon. »

Apres l’attaque de la Turquie, les renseignements ne sont pas arrivés jusqu’à la Maison Blanche. « Personne ne veut parler de tout cela » l’ex-responsable du renseignement m’a dit. « Il y a une grande réticence à contredire le président, bien qu’aucune analyse de la communauté du renseignement n’ait soutenu sa précipitation à condamner. Il n’y a pas eu un seul élément de preuve supplémentaire de l’implication syrienne dans l’attentat au sarin produit par la Maison Blanche depuis que le bombardement a été annulé. Mon gouvernement ne peut rien dire parce que nous avons agi de manière tellement irresponsable. Et puisque nous avons tenu Assad responsable, nous ne pouvons pas revenir en arrière et accuser Erdoğan.

La volonté de la Turquie à manipuler les événements en Syrie à ses propres fins semblait avoir été démontrée à la fin du mois dernier, quelques jours avant le premier tour d’élections locales, quand un enregistrement, prétendument d’Erdoğan et ses associés, a été publié sur YouTube. Il comprenait des discussions au sujet d’une opération sous faux pavillon qui justifierait une incursion de l’armée turque en Syrie. L’opération était centrée sur le tombeau de Suleyman Shah, le grand-père du très vénéré Osman I, le fondateur de l’Empire ottoman, qui est près d’Alep et a été cédée à la Turquie en 1921 lorsque la Syrie était sous la domination française. Une des factions rebelles islamistes menaçait de détruire la tombe en tant que site d’idolâtrie, et l’administration Erdoğan menaçait publiquement de représailles s’il lui arrivait quoi que ce soit. D’après un rapport de Reuters portant sur la conversation ayant fait l’objet de fuites, une voix censée être celle de Fidan parlait de créer une provocation: « Maintenant, regardez, mon commandant [Erdogan], si l’on veut avoir une justification, j’envoie quatre hommes de l’autre côté. Je leur fais lancer huit missiles sur un terrain ouvert [dans le voisinage de la tombe]. Ce n’est pas un problème. La justification peut être créée. » Le gouvernement turc a reconnu qu’il y avait eu une réunion nationale de sécurité sur les menaces émanant de la Syrie, mais a déclaré que l’enregistrement avait été manipulé. Le gouvernement a ensuite bloqué l’accès du public à YouTube.

À moins d’un changement majeur de politique par Obama, l’intrusion de la Turquie dans la guerre civile syrienne est susceptible de continuer. « J’ai demandé à mes collègues s’il y avait un moyen d’arrêter le soutien continu d’Erdoğan aux rebelles, surtout maintenant que ça va si mal » m’a dit l’ancien responsable du renseignement. « La réponse a été: « Nous sommes foutus. » Nous pourrions en parler publiquement si c’était quelqu’un d’autre que M. Erdoğan, mais la Turquie est un cas particulier. C’est un allié de l’OTAN. Les Turcs ne font pas confiance aux occidentaux. Ils ne peuvent pas vivre avec nous si nous menons une démarche active contre les intérêts turcs. Si nous rendions public ce que nous savons sur le rôle de M. Erdoğan avec le gaz, ce serait catastrophique. Les Turcs diraient: « Nous vous détestons pour nous dire ce que nous pouvons et ne pouvons pas faire. » »

4 April 2014

[1] Front Al-Nosra, également dénommé Jabhat al-Nosra ou Nosra « Front pour la victoire du peuple du Levant »), est un groupe djihadiste de rebelles armés affilié à Al-Qaïda, apparu dans le contexte de la guerre civile syrienne. À partir de novembre 2013, il prend également le nom de al-Qaïda Bilad ash-Sham « al-Qaïda au Levant » (AQAL. Il est dirigé par Abou Mohammad Al-Joulani. Il est en passe devenir en 2013 le plus important groupe rebelle de la guerre civile syrienne. Il est également doté d’une branche libanaise, qui revendique un attentat commis à Beyrouth en janvier 2014.

[2] Seymour « Sy » Myron Hersh est un journaliste d’investigation américain, né le 8 avril 1937 à Chicago, spécialisé dans la politique américaine et les services secrets. Il écrit notamment pour The New Yorker.

[3] Missile Russe SAM 7.


La Turquie provoque une crise régionale qui retarde l’offensive sur Mossoul

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Alors que la préparation de la bataille de Mossoul retenait l’attention de tous les observateurs, le Président Erdogan est intervenu avec violence, début octobre, dans les affaires intérieures de l’Irak, ouvrant une crise régionale et complexifiant davantage la délicate préparation de l’offensive sur Mossoul.

Alors que de profondes divergences de vues subsistaient entre Washington et Bagdad concernant l’emploi des milices shiites pour la libération de Mossoul, le Président Erdogan vient de commettre une ingérence sans précédent dans les affaires intérieures de l’Irak. Cette action complexifie encore plus le contexte régional et va contribuer certainement à retarder l’offensive sur Mossoul. En effet, ulcéré d’être tenu à l’écart de la préparation de cette offensive, le président Turc s’est livré en ce début du mois d’octobre à des provocations et des menaces inédites contre l’Irak et son premier ministre Haïder Al-Abadi.

Le Premier Ministre Haïder Al-Abadi entouré des chefs de l’armée irakienne

Le Premier Ministre Haïder Al-Abadi entouré des chefs de l’armée irakienne

Erdogan qui se rêve comme le nouveau Sultan Ottoman du Moyen-Orient considère que Mossoul, qui était un des joyaux de l’empire Ottoman, lui appartient toujours [1]. Le différend sur la présence de troupes Turques dans le Nord de l’Irak qui existait depuis plus d’un an, est devenu une crise grave le 2 octobre 2016 lorsque le parlement Turc a voté une loi autorisant l’Armée turque à intervenir en Irak et en Syrie. Le 3 octobre, Erdogan dans une interview à Rotana TV, une chaîne de télévision basée à Dubaï, donnait son avis sur ce que devrait être la composition ethnique de la ville de Mossoul, une fois libérée de l’EI : « Seuls les Arabes sunnites, les Turkmènes et les Kurdes sunnites pourront y rester » expatriant [2] ainsi de facto les chiites et les 35000 chrétiens qui y vivaient avant l’arrivée de l’EI. De son côté le premier ministre turc, Binali Yildirim, intervenait comme s’il soupçonnait le gouvernement irakien de vouloir chasser la minorité turkmène de Mossoul et mettait en garde contre « les tentatives de modifier la structure démographique de Mossoul », ce qui conduirait à « allumer le feu d’une grande guerre civile, d’une guerre sectaire ».

Le 5 octobre, Bagdad par la voix de son Premier Ministre réclamait, une fois de plus, le retrait de Bachika des troupes turques, qualifiées de « forces d’occupation » et menaçait : « L’aventure turque risque de tourner à la guerre régionale ». [3]

Le mardi 11 octobre, intervenant au 9e congrès de l’Organisation islamiste eurasienne à Istanbul, Erdogan a insulté le premier ministre irakien, Haïder Al-Abadi. Dans son allocution, retransmise par de nombreuses chaines de télévision, il traite le Premier Ministre irakien comme son vassal: « Reste à ta place ; tu n’es pas mon interlocuteur, tu n’es pas à mon niveau. Peu nous importe que tu cries depuis l’Irak, nous continuerons à faire ce que nous pensons devoir faire. L’armée de la République turque n’a pas de leçon à recevoir de vous. »

Cette crise entre Bagdad et Ankara complexifie la tâche du gouvernement américain pour qui la reconquête de Mossoul devait être exclusivement menée par les troupes irakiennes appuyées par la coalition. De leur côté, les peshmergas ne voulaient pas participer à l’assaut d’une ville non Kurde. Dans le plan américain, les peshmergas comme les milices shiites ne seraient utilisées qu’à des opérations de soutien autour de la ville, comme ce fut le cas durant la bataille de Falluja pour les milices shiites.

Mais cette position politique du gouvernement américain, destinée d’une part à rassurer l’Arabie Saoudite ainsi que les dirigeants et les de chefs des tribus sunnites de l’Irak et, d’autre part, à éviter d’éventuelles exactions contre les populations libérées qui terniraient la fin du mandat d’Obama, n’est pas de nature à créer un rapport de forces favorable à une reconquête rapide de Mossoul alors que le Président américain voudrait annoncer cette victoire avant la fin de son mandat. De leur côté, les milices shiites de l’Organisme de Mobilisation Populaire rejettent le plan américain et déclarent qu’elles participeront à la reprises de Mossoul et que personne ne pourra les en empêcher.

Les Etats-Unis ont porté leur participation à 6 500 conseillers militaires et ont accru leur aide en armement. Le contingent américain constitue 90% des forces de la coalition bien que la France ait renforcé sa participation en réengageant le porte-avions Charles de Gaulle dont dès le 30 septembre, 8 Rafales ont mené un raid sur la ville de Mossoul.

Un autre élément essentiel complique la préparation de l’offensive. C’est le sort des 1,5 millions d’habitants de Mossoul qui, dans leur majorité, avaient accueilli favorablement l’Etat islamique, lassés par les exactions de l’armée et de l’administration irakienne. Ils attendent aujourd’hui avec impatience cette libération tout en craignant d’en être les premières victimes. En effet, cette reconquête pose un problème humanitaire sans commune mesure avec ceux que les autorités ont déjà rencontré lors des libérations précédentes de Faluja et de Ramadi. En fait, tout dépendra de l’esprit de résistance dont feront preuve les combattants de Daech. Les informations à ce sujet sont souvent contradictoires et font penser que la guerre psychologique bat son plein d’un côté comme de l’autre. Ainsi, une des inconnues de cette opération sera la capacité de Daech à éviter une fuite massive des habitants de la zone des combats lorsque l’offensive sera lancée. Du côté de l’armée irakienne, on se prépare à accueillir un million de fuyards dans lesquels pourront se cacher des djihadistes.

Pendant ce temps, la classe politique irakienne danse sur un volcan

Le climat politique reste toujours aussi tendu entre le parlement irakien et le gouvernement d’Haider Al-Abadi et aussi entre les différents partis chiites qui composent la Coalition Nationale ainsi qu’entre Erbil et Bagdad malgré la visite du Président Barzani dont la légitimité est contestée par une partie des Kurdes qui lui reprochent de s’accrocher à son siège bien que son mandat soit terminé depuis près d’un an. Alors que Daech contrôle encore plusieurs localités et des villes irakiennes comme Mossoul, Ana, Rawa, Kaïm, Tall’afar, Hatra, et Hammam Al-Alil, que trois millions d’Irakiens sont déplacés du fait de la guerre et que le rétablissement de l’autorité de l’Etat se heurte à la mainmise des groupes et des milices extrémistes shiites dans les localités et les territoires libérés, la vie politique à Bagdad ressemble à une danse sur un volcan.
En septembre, les séances d’audition des ministres tenues par le parlement irakien ont repris leur cours. Elles ont concerné le ministre irakien des finances, le Kurde Hochiar Zebari, qui occupait auparavant le poste de ministre des affaires étrangères. Le parlement a voté contre lui une motion de censure donnant suite aux accusations de corruption lancées par les députés shiites du parti de l’Etat de droit et appuyées par le président du parlement, le Sunnite Salim Al Joubouri, favorable à cette motion. A Erbil, dès le lendemain du vote, Hochiar Zebari, a accusé l’ancien premier ministre irakien Nourri Al-Maliki et ses partisans pro-iraniens au sein du parlement irakien, de lancer des accusations sans fondement. Estimant que les délais juridiques n’ont pas été respectés lors de la procédure de la séance de motion de censure, il a annoncé qu’il se pourvoirait devant la justice irakienne pour contester cette décision. Pour les observateurs politiques, cette révocation de Hochiar Zebari qui est l’un des dirigeants important du Parti Démocratique du Kurdistan, PDK, et le neveu de Massoud Barzani, va envenimer davantage les relations entre les deux coalitions shiite et kurde. En effet, il est probable que le ministre des finances soit en possession de documents compromettants concernant Nourri Al-Maliki et qu’il n’hésitera pas à les dévoiler. Cette motion de censure va ralentir les discussions sont en cours avec le FMI en vue de l’octroi de prêts financiers importants indispensables à la survie de l’Etat irakien.

Le mois de septembre a aussi connu la nomination pour un an d’Amar Al Hakim, président du Conseil Islamique Suprême, à la tête de la Coalition Nationale shiite qui comprend les formations politiques shiites de Nourri Al-Maliki (Etat de droit), d’Ibrahim Al-Jafaari (Parti de la Réforme), de Muktada Sadr (Courant Sadriste) et bien sûr d’Amar Al-Hakim (Conseil Islamique Suprême). Cette nomination est considérée par les milieux shiites comme la dernière chance d’éviter un éclatement de cette coalition qui aggraverait encore plus le risque de guerre civile en Irak.
Pour couronner le tout, en septembre la situation sécuritaire à Bagdad et dans les 6 gouvernorats où Daech mène ses opérations a continué de se dégrader après une amélioration en aout. C’est le fait des attentats (808 morts) mais aussi des actes de banditisme en augmentation constante. Les victimes des attentats se répartissent géographiquement ainsi suivant les gouvernorats : Nineveh :241 ; Salahuldein :164 ; Al Anbar : 160 ; Bagdad : 138 ; Kirkuk :78, Diyala : 12 ; Bassora : 9 ; Maysan : 6.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] En effet cette ville fut rattachée à l’Irak à la fin de la première guerre mondiale. Les Turcs, qui étaient dans le camp des vaincus contestèrent cette décision avec véhémence, jusqu’en 1923.

[2] Mossoul : Erdogan multiplie les critiques contre le gouvernement irakien.

[3] L’Irak met en garde la Turquie contre un risque de « guerre régionale ». La présence de 2 000 soldats turcs dans le nord de l’Irak, dont plusieurs centaines sur la base de Bachika, au nord-est de Mossoul, où, depuis 2015, des combattants sunnites locaux (milice Hashd al-Watani) et des peshmergas sont entraînés, est une source de tension permanente entre les deux pays.


Il ne peut y avoir de paix en Syrie tant que les terroristes d’inspiration wahhabite ne sont pas tous éliminés

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09-10-2010
1. En qui concerne la Syrie … est-il encore d’accord sur une solution politique en Syrie ?

Toutes les guerres finissent plus ou moins vite. En Syrie il ne peut y avoir d’accord durable que si on met autour d’une table toutes les parties prenantes qui ont un poids réel dans la solution du conflit. Malheureusement Daech, Al-Nostra et la branche armée des Frères Musulmans qui sont inspirés par le wahhabisme ne peuvent accepter un compromis avec les polythéistes et les incroyants (takfir) sans renier leurs croyances. Ils doivent continuer leur da’wa et leur djihad jusqu’à l’instauration d’un État islamique en Syrie. La solution politique ne pourra exister réellement qu’après la destruction totale de ces groupes.

2. Voyez-vous que la trêves en Syrie est une solution … Quelle est votre opinion sur la trêves ?

La trêve ne doit avoir qu’un seul but permettre l’évacuation des zones de conflit des civils et des blessés. Elle ne peut donc être que de courte durée et très encadrée de façon à ne pas permettre aux terroristes de se ravitailler.

3. La Libye… Quel est le rôle de la France a l’issue libyenne en générale et qu’est ce qu-elle fait pour résoudre la conflit entre la gouvernement de al Seraj er Hafter en Libye ?

La France a perdu pour l’instant avec la politique actuelle de notre gouvernement toute crédibilité car elle a poursuivi l’illusion d’un printemps arabe qui n’a existé qu’en Tunisie et a fait, sans le vouloir, le jeu des Frères Musulmans en Égypte et des groupes terroristes proches d’Al-Qaïda en Syrie. Aujourd’hui après les attentats qui ont frappé la France la seule politique qui est vraiment perceptible est la lutte armée contre l’État islamique. Je ne suis pas sûr que le Président Hollande ait à ce jour révisé sa vision erronée sur la nature des luttes qui se déroulent actuellement au Moyen-Orient. En revanche en Libye je crois que les milices issues de la révolution libyenne sont profondément nationalistes ou régionalistes et qu’elles ne laisseront pas l’État Islamique s’installer durablement en Libye. Une solution politique est donc possible dans un système politique où l’État respecte les particularismes régionaux et locaux. Je pense que l’Italie est mieux placée que la France pour jouer le rôle de médiateur.

4. Votre opinion a loi de « JASTA », la loi qu’ les États-Unis revendique pour juger l’Arabie saoudite et l’effet de la loi sur la relation saoudienne-américaine ?

La campagne présidentielle américaine a été l’occasion de révéler que pour au moins un des trois avions du 9/11 (celui qui s’est écrasé contre le Pentagone) des agents des services secrets saoudiens étaient impliqués. Cela autorise donc les victimes à demander des réparations financières à l’Arabie Saoudite. Et aux États-Unis quand la machine judiciaire est lancée et qu’il y a à la clé, pour les citoyens et pour les avocats qui les défendent, beaucoup d’argent à gagner, il n’y a pas d’exemple où un véto présidentiel puisse aboutir à un arrêt des poursuites judiciaires et des demandes de réparation.

La relation des États-Unis avec l’Arabie Saoudite était déjà tendue après l’accord nucléaire avec l’Iran mais les saoudiens ont trop besoin de la protection américaine pour rompre leurs relations. Un seul pays pourrait remplacer les États-Unis comme protecteur c’est la Chine. Mais je ne suis pas sûr qu’elle ait aujourd’hui la volonté qu’effectuer cette relève.

5. Et enfin la stratégie française face au la terrorisme et l’effet d’issue de terrorisme sur les candidats d’élection présidentielle ?

Pour moi, il y a clairement une volonté de se battre et de neutraliser les terroristes mais la France n’a pas encore compris que ce n’était pas suffisant et que c’est aussi contre la da’wa wahhabite qu’il faut se mobiliser. Je pense qu’une partie des candidats de droite à l’élection présidentielle ont compris cet enjeu.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

Source : www.shorouknews.com


Analyse de la situation politique et militaire en Irak mi-septembre 2016

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Synthèse générale

Malgré des succès très nets contre Daech remportés en juillet et en aout par les forces irakiennes appuyées par les frappes de la coalition, la situation politique à Bagdad continue de se complexifier à cause de la lutte d’influence que se livrent les Etats-Unis et l’Iran, notamment au sein du Parlement irakien dont la seule vocation semble être de paralyser l’exécutif sur fond d’attaques réciproques de corruption.
Cette situation politique ne peut que peser sur le calendrier de l’offensive finale contre Mossoul, d’autant plus qu’un certain nombre de défenses intermédiaires sont encore à franchir avant de parvenir dans les faubourgs de la grande ville du Nord.

Situation politico-militaire

Le combat contre Daech

En août, la reprise de contrôle des villes du gouvernorat d’Al Anbar s’est poursuivie. La ville de Khalidyia, 30 000 habitants située au bord de l’Euphrate à 80 km à l’ouest de Bagdad, a été reprise à Daech à la suite de combats acharnés. 800 hommes de Daech dont des étrangers ont été tués dans cette bataille, selon le commandement des forces irakiennes. Les forces irakiennes ont encore à s’emparer de trois villes le long de l’Euphrate pour libérer totalement la province d’Al Anbar: Rawa (20 000 h) où le mufti de Daech, Rawa Abu Hajar, aurait été tué par une frappe aérienne, Anah (30 000h) et Al-Qaïm, ville frontière avec la Syrie.

Par ailleurs, les combats préliminaires à la reprise de Mosul se sont poursuivis durant l’été.

Le 9 juillet, les troupes irakiennes ont pu reprendre la base aérienne d’Al-Qayyarah, au sud de Mossoul, dont l’aérodrome servira de base logistique dans l’offensive sur Mossoul.

Le 23 août, prise de la ville de Qayyarah (80 000 habitants).

Au Sud de cette ville, Daech tient toujours dans le district de Sharkat les villes d’Al Sirqat sur le Tigre et de Hawija (30 000h) qui sont des villes sunnites, entrées en résistance contre le gouvernement de Bagdad et l’occupant américain presque depuis le début de l’offensive américaine. Les forces irakiennes et les Pechmergas les encerclent et leur conquête n’est plus qu’une question de jours.

Par ailleurs, il semble qu’un accord politique ait été trouvé entre Bagdad et Erbil pour libérer Mossoul. Un commandement commun pour l’offensive va être mis sur pied. Mais l’accord prévoit qu’il n’y aura aucun changement sur les frontières actuelles du Kurdistan après la prise de la ville, ce qui laisse penser que les Pechmergas se contenteront d’assurer l’encerclement de la ville au Nord et à l’Est mais ne feront pas tuer leurs meilleurs combattants pour reprendre du terrain qu’ils auront à abandonner ultérieurement, d’autant plus que la menace Turque est présente à leur frontière Ouest et Nord.

L’armée irakienne compte aujourd’hui environ 50 000 hommes. 25 000 d’entre eux devraient participer aux combats de libération de la ville. Les Américains ont en Irak environ 5 000 hommes qui remplissent des fonctions de renseignement, de coordination aérienne, d’instruction et de conseil opérationnel plus quelques détachements de forces spéciales. En face, Daech dispose d’environ 10 000 combattants, retranchés dans Mossoul. La prise de Mossoul n’est donc pas envisageable par la seule armée irakienne à moins d’un effondrement complet de l’Etat islamique.
irak-18-09-2016

L’imbroglio politique

Deux autres questions épineuses restent à régler. La participation des milices chiites à la reprise de Mossoul et le remplacement éventuel du Ministre sunnite de la Défense Khalid Al Obaidi qui a démissionné mi-aout à la suite de la motion de censure votée contre lui par le parlement irakien. En effet, ce dernier, lors de son audition devant le parlement irakien, a accusé de corruption plusieurs parlementaires. Dès le lendemain les députés ont voté une motion de censure contre lui par 142 voix contre 102 forçant Khalid Al Obaidi, sunnite originaire de Mossoul, à démissionner.
Cette crise politique survient au plus mauvais moment alors que les préparatifs pour la reprise de Mossoul sont en cours. Selon le dirigeant chiite Moifak Al-Rubaï, les américains avaient expressément demandé aux présidents des groupes parlementaires de ne pas démettre le Ministre de la Défense de ses fonctions. Le vote de cette motion de censure démontre que, dans le jeu d’influence que se livrent à Bagdad les Etats-Unis et l’Iran, c’est ce dernier pays qui tient la corde.

De plus, derrière ce jeu politique se cache le problème du commandement de l’armée irakienne et de la place des milices chiites et notamment celles de l’Iran. L’Iran ne veut pas que l’armée irakienne soit trop forte pour des raisons historiques (guerre Iran-Irak 1980-1988) et souhaite qu’elle soit placée sous le commandement unique de l’Etat-Major des Forces de Mobilisation Populaire qui regroupe les milices chiites irakiennes, à l’instar du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique en Iran. Dans cette affaire les Etats-Unis n’ont pas une position claire. Certes ils veulent une armée irakienne efficace mais ils ne veulent pas d’une armée irakienne trop forte et trop bien équipée pour ne pas rompre les rapports de force politique et militaire dans la région.

Situation sécuritaire

En juillet, Bagdad a connu l’attentat le plus meurtrier et le plus sanglant de son histoire. Le 3 juillet, dans la nuit du samedi au dimanche, un camion frigorifique (comme à Nice) mais ici bourré d’explosifs incendiaires a explosé dans un marché tuant plus de 300 personnes, notamment enfants et femmes, et occasionnant beaucoup de blessés graves. En juillet, le total des morts par attentat se focalise presque entièrement dans 5 gouvernorats sur 18 et s’élève à 865 tués dont 385 à Bagdad.

En aout après des mesures très énergiques prises à Bagdad, le nombre des victimes par attentats a été divisé par deux, s’établissant à 510 dont 90 à Bagdad ; Nineveh 170 ; Al Anbar 140 ; Salahuldein 100 et Diayal 10. Bagdad qui représentait en juillet 45% du nombre des morts n’en représentait plus que moins de 20% en aout.

Néanmoins, la dégradation de la situation économique et la guerre contre Daech font que les crimes et délits sont en forte hausse dans Bagdad et créent un sentiment d’insécurité généralisé. Il ne se passe pas un jour sans que plusieurs meurtres, attaques à main armée et enlèvements pour obtenir des rançons soient effectuées. La police et l’armée, focalisées dans la lutte contre les attentats, semblent totalement impuissantes à enrayer la montée du crime organisé.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL


Entre attentats ciblés et conflits inter-étatiques, quelles sont les véritables menaces qui pèsent sur nos sociétés aujourd’hui ?

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Atlantico : Suite aux différents attentats survenus au cours de ces derniers mois, l’attention des Etats visés semble s’être éloignée d’autres situations, notamment en Mer de Chine. Pourtant, quelle est la menace la plus sérieuse, entre des attentats comme celui de Nice, ou de Dallas, et un conflit en Mer de Chine ?

Jean-Bernard PINATEL : On ne peut pas répondre simplement à votre question pour plusieurs raisons. Premièrement parce qu’ une menace se caractérise par plusieurs critères : sa nature, sa gravité et sa probabilité d’occurrence. Sa nature peut être climatique, militaire, idéologique. Sa gravité : met-elle ou pas en cause nos intérêts vitaux en tant que nation voire de citoyen du monde ? Sa probabilité d’occurrence : est-elle actuelle, à moyen-terme ou à long terme ? On ne peut donc mettre en parallèle ou comparer l’attentat de Nice et celui de Dallas. Celui de Nice est lié étroitement à la prédication wahhabite que l’on a laissé s’installer et proliférer en France et dont encore beaucoup d’hommes politiques et d’intellectuels sous-estiment encore aujourd’hui l’importance du risque qu’elle engendre. L’attentat de Dallas est l’expression de la lutte raciale qui dans les Etats du Sud des Etats-Unis n’a jamais été complétement éradiquée.

Deuxièmement la hiérarchie des menaces dépend du point de vue auquel on se place. Pour l’Etat américain, les deux menaces sont importantes. Le problème racial combiné avec le débat sur l’immigration que Trump a souhaité placer au cœur de sa campagne est une menace pour la démocratie américaine. La question de la mer de Chine confirme la montée en puissance de la Chine et sa volonté de contester les règles du droit maritime établies par les puissances européennes. Sur le fond de ce dossier, les tensions de la Chine avec ses voisins sont récurrentes et proviennent du fait que la Chine a une vision extensive de sa zone d’exclusivité économique (ZEE) fondée sur des facteurs historiques qui ne sont pas pondérés de la même façon par jurisprudence internationale actuelle, d’inspiration occidentale et que la Chine conteste. Le premier différend concerne les îles Senkaku/Diaoyu. [1] Il met aux prises les deux premières puissances régionales Chine et Japon ainsi que Taïpé. Il a une importance stratégique pour la Chine car les SNLE chinois passent au Nord ou au Sud de cet archipel pour gagner les eaux profondes du Pacifique. Sur le plan du droit maritime international la position chinoise est défendable. Ce qui n’est pas le cas pour le second différend territorial en mer de Chine méridionale. Il concerne, en effet, différents archipels et îles de la mer de Chine méridionale, revendiqués en totalité ou en partie par la Chine, Taïwan, le Viêt-Nam, les Philippines, la Malaisie et Brunei. Il s’agit des îles Spratleys, des îles Paracels, des îles Pratas, du récif de Scarborough et du banc Macclesfield. C’est le différend concernant l’archipel Spratly qui recèle le plus de risques de crises graves entre la Chine et ses voisins, du fait de l’intérêt en termes économique et stratégique pour la Chine mais aussi de son éloignement géographique du territoire chinois (environ 1000km) alors qu’il est 5 à 10 fois plus proche des Philippines, de l’Indonésie, du Brunei et du Vietnam, ce qui rend ses revendications plus difficilement acceptables pour ses voisins.

Le risque dans cette affaire est que ces différends régionaux ne se règlent pas par la négociation et débouchent, comme dans le passé, sur des affrontements armés. Le risque d’escalade en crise mondiale est lié à la volonté des Etats-Unis de s’impliquer sur ce théâtre à la demande ou pas d’un des Etats riverains. Cependant la probabilité pour qu’une crise mondiale débouche sur une guerre mondiale est quasi nul du fait du risque nucléaire.

Peut-on vraiment hiérarchiser les risques à l’encontre du monde que l’on connait aujourd’hui ? Quels sont les critères à prendre en compte (localement et mondialement) pour réaliser un « classement » objectif des priorités ?

On ne peut pas hiérarchiser les risques à l’encontre du monde car il n’existe aucune menace perçue avec les mêmes niveaux de gravité et de probabilité d’occurrence par tous les grands acteurs internationaux que sont les Etats y compris malheureusement sur la question de la gravité, de l’urgence et des moyens à affecter pour limiter le changement climatique mondial.

Ainsi, du point de vue de l’establishment américain et des lobbies qui contrôlent le pouvoir politique à Washington, la première menace est le risque de perdre la primauté mondiale qu’ils exercent sans partage depuis l’effondrement de l’URSS. Pour cela ils développent une stratégie permanente visant à attiser les tensions en Europe, au Moyen-Orient et en Asie ce qui leur permet de justifier auprès des citoyens américains le maintien d’un budget militaire de 597 milliards de $ en 2015, qui est supérieur au total de ceux des autres grands acteurs mondiaux [2]. Grâce à ce budget militaire, ils disposent d’une puissance sans égale. Ils en retirent des bénéfices extraordinaires comme celui de pouvoir fabriquer de fausses menaces [3], de déclencher sans véritable opposition de la communauté internationale une intervention militaire comme ce fut le cas en 2003 en Irak. De tenter de réinstaller une guerre froide en Europe en pratiquant la désinformation directement ou via l’OTAN sur la menace Russe. Cette crise et les actions de désinformation qui visent à empêcher tout rapprochement entre l’Europe et la Russie qui menacerait leur suprématie mondiale ont été dénoncées par plusieurs hauts responsables militaires [4] et diplomatiques [5] européens. Bien plus les Etats-Unis s’arrogent le droit d’espionner les dirigeants du monde entier y compris leurs meilleurs alliés comme ce fut le cas pour Angela Merkel ; de déstabiliser des régimes qui s’opposent à leurs objectifs stratégiques et économiques comme en Syrie ou en Amérique latine ; de tuer partout dans le monde grâce à leurs drones toute personne qu’ils décident de qualifier de terroriste. Ce qui nous menace c’est que par absence de vision, désinformation ou corruption les dirigeants européens s’alignent peu ou prou sur les positions américaines. Ils empêchent ainsi à l’avènement d’un monde réellement multipolaire qui est le seul type d’organisation mondiale avec le respect de quelques grands principes [6] qui peut conduire à un monde plus stable.

Ce chaos mondial masque, de mon point de vue, la menace la plus grave pour la France et l’Europe qui découle de la volonté des théologiens wahhabites d’installer dans nos pays des Etats islamiques guidés la charia [7]. Depuis le milieu du XVIIIème siècle ils poursuivent le but de convertir par la prédication et le djihad, le milliard et demi de musulmans à leur vision de l’islam mais aussi tous ceux qu’ils considèrent comme des polythéistes (les catholiques qui adorent Dieu mais aussi la sainte vierge par exemple) et des apostats (les laïques). Le wahhabisme auquel son inspirateur Ibn Abd al-Wahhab, un théologien ,qui est né dans un oasis proche de Riyadh, a donné son nom est une doctrine religieuse qui prône le retour aux débuts de l’islam dans l’application rigoureuse des faits et gestes du prophète sans accepter de les relativiser par les acquis de la civilisation. Face à la corruption des élites, comme la réforme en son temps, cette doctrine exerce une attraction puissante sur les masses musulmanes confrontées à l’enrichissement et à la corruption financière et religieuse des potentats locaux. Mais Ibn Abd al-Wahhab a vite compris qu’il ne pourrait atteindre son objectif religieux par la seule prédication, il a donc fait alliance avec un émir Muhammad Ibn Saoud qui était habité par un désir de puissance et de conquêtes et dont les descendants dirigent l’Arabie Saoudite. Pour moi c’est la principale menace à laquelle nous avons à faire face du fait de sa nature (qui peut se comparer à une guerre psychologique), de sa gravité (elle menace l’essence même des valeurs de nos sociétés) et de son occurrence (les ressources du pétrole donnent à l’Arabie Saoudite depuis le milieu des années 70 les moyens de financer ce prosélytisme). Cette vision radicale de l’Islam et son prosélytisme s’attaquent directement aux valeurs qui fondent nos états démocratiques (la séparation de l’église et de l’Etat, l’égalité homme femme, les droits de l’homme et notamment des enfants ; etc). Si nous ne voulons pas en comprendre l’origine, sa nature, son but ultime (le califat mondial), ses modes d’action nous risquons insensiblement, pas à pas, de limiter puis d’abandonner les valeurs sur lesquelles nos civilisations se sont construites. L’affaire du burkini est à ce titre exemplaire car les wahhabites veulent par ce type de provocation savamment dosée nous faire accepter leur vision de la femme.

A ce jour, quelles sont les situations les plus préoccupantes ? Terrorisme, Mer de Chine, Sahel, tensions dans les grands lacs…quels sont les « situations » qui devraient attirer l’attention de nos dirigeants ?

Pour moi ce n’est ni le terrorisme ni les situations de crises dans certaines régions du monde qui sont vraiment préoccupantes car on saura toujours maintenir le risque que représente le terrorisme à un niveau acceptable sans pour autant bouleverser notre façon de vivre. Ce qui a été fait en matière de sécurité pour l’Euro, les fêtes de Bayonne ou le feu d’artifice du 15 aout à Biarritz montre que c’est possible de prévenir ce risque sans rien changer à notre mode de vie en acceptant seulement quelques contraintes. Pour les situations de crise entre Etats, le risque nucléaire les maintiendra toujours à un niveau régional ou local et de plus nous avons acquis une grande expérience dans leur gestion.

Ce qui est nouveau et dangereux pour moi c’est le risque de soumission à un ordre religieux rétrograde qu’il ne faut pas confondre avec tous les autres courants de l’Islam mais qui est issu de l’un d’entre eux le hanbalisme. C’est donc aux musulmans d’agir mais ils ne le feront que si de notre côté nous arrêtons de soutenir la vision impérialiste de l’establishment des Etats-Unis et ses interventions permanentes dans les affaires du monde. Cette vision des intérêts des Etats-Unis qu’incarne Hilary n’est pas celle du peuple américain tant dans le camp démocrate que dans celui des républicains comme le montre y compris dans leurs excès les débats actuels de la primaire américaine.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

Source : ATLANTICO.

[1] Le conflit en mer de Chine est une crise qui implique les Etats riverains de cette mer au sujet de 2 groupes d’iles et de récifs coraliens. La première crise concerne îles Senkaku/Diaoyu sont constituées de cinq îles inhabitées, dont la plus grande fait seulement 3,5 km2 et les autres quelques dizaines d’hectares. Ce groupe d’îles inhabitées est situé à 200 km au nord-est de Taïwan qui les réclame également ; à 400 km au Sud-Est des côtes chinoises et à 400 km au Sud-Ouest de l’île d’Okinawa (située elle-même à 600 km au Sud-Ouest du Japon.

[2] Chine (145) + Russie (67) + Grande-Bretagne (56) + Inde (48) + France (47) + Japon (41) + RFA(37) données de l’ IISS de Londres qui publie chaque année Military Balance.

[3] Le budget des 16 agences de renseignement américain est égal au total du budget de la Défense de la Fédération de Russie.

[4] Lors de son audition devant l’Assemblée nationale le 31 mars 2015, le directeur du renseignement militaire (DRM), Christophe Gomart, a relaté comment, au plus fort de la crise en Ukraine en 2014, les Etats-Unis ont, au travers de transferts de renseignement au sein de l’OTAN, tenté de faire croire aux Européens que les Russes allaient envahir l’Ukraine de manière imminente. Le 16 avril 2015, le général Skrzypczak, Conseiller au ministère polonais de la défense, s’est entretenu avec le magazine polonais Gazetta Prawna et a déclaré ne plus soutenir Kiev à cause d’une loi ukrainienne glorifiant les milices nazies qui massacrèrent 80 000 Polonais en Volhynie et en Galicie pendant la seconde guerre mondiale.

[5] Le Figaro

[6] Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ; la non intervention dans les affaires intérieurs d’un Etat, etc.

[7] La charî’a constitue le corpus de normes et de règles doctrinales, sociales, culturelles et relationnelles de l’Islam révélées par Mahomet, «dernier Prophète de Dieu».


On a raté la marche !

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René Neyret, ancien ingénieur de la DCAe, avait écrit cet article en octobre 2012 pour la revue de la DGA. Le saut effectué sans parachute par l’américain Luke Aikins a ravivé les souvenirs de ces moments partagés ensemble en 1987 pour ramener en France le record du monde d’altitude de saut en chute libre et il vient de me l’envoyer.

Je publie cet article pour apporter un éclairage sur la décision de ne pas aller jusqu’au bout de ce programme. C’est Jacques Chevallier, le Directeur Général de l’Armement de l’époque, qui avait toujours été contre ce défi mais qui avait dû se soumettre à la volonté d’Alain Giraud et qui a œuvré pour l’arrêter à la dernière marche. Il a profité de l’alternance de Mai 1988 pour proposer à Jean-Pierre Chevènement de le stopper car il le jugeait à tort, depuis le début, ce défi dangereux pour l’image de la DGA en cas de mort du parachutiste. L’argument financier ne tenait pas en Mai 1988 car 95% du coût du programme avait été réalisé.

Ce manque de courage collectif pour assumer les risques du progrès et des défis qui y sont attachés est pour moi la principale cause de la stagnation économique et le chômage que connait la France aujourd’hui.

Le parachutiste autrichien, Félix Baumgartner vient de battre le record du monde de saut en altitude.

Il s’est élancé d’un ballon gonflé à l’hélium d’une altitude de 39 000 mètres. D’après son équipe Red Bull, il a également franchi le mur du son, Il devient ainsi le premier homme à dépasser les 1300 km/h en chute libre.

En apprenant cette nouvelle sur France Inter, ce dimanche matin, 14 octobre 2012, je ressens un immense sentiment d’injustice de frustration et même de colère.

Mon téléphone sonne en permanence. Quelques bons amis m’appellent, certains fidèles, pour me soutenir : « Ç’aurait dû être vous, quel dommage ! », d’autres plus badins : « Tu t’es fait avoir par l’autrichien ! »

Ce record est celui que la France aurait dû battre en 1988. L’histoire débute en septembre 1987, Grande Halle de la Villette à Paris – Nuit des Réussites. Une rencontre improbable entre Alain Prieur, ouvrier-boulanger de 38 ans, reconverti en cascadeur et le ministre de la défense André Giraud.

Alain venait de présenter une vidéo de son saut sans parachute au Burkina Faso. Le film ayant plu au ministre et l’ayant impressionné, ce dernier lui promet de l’aider si un de ses projets concerne son ministère.

L’aventure démarre, quelques jours plus tard, dans le bureau du chef de cabinet du ministre où Alain Prieur présente son projet de record du monde de saut en altitude. Son but : faire mieux que le record de l’époque détenu par le capitaine américain, Joseph Kittinger avec un saut de 31 333 mètres et une chute libre de 25 816 mètres. Alain veut ajouter une marche supplémentaire à celle inscrite sur la nacelle américaine : « This is the highest step in the world ! » Une marche française de 38 000 mètres. L’opération aura pour nom de code S38.

Pour cela il faut un ballon stratosphérique gonflé à l’hélium – 500 000 m3, la taille d’un terrain de football. Le CNES dispose de ce type de ballons pour les mesures météorologiques. Une nacelle, l’Air Liquide est un bon spécialiste des nacelles étanches. Une combinaison et un casque pressurisés, ceux utilisés par les pilotes de Mirages et fabriqués par Zodiac-Aérazur devraient convenir. Cette société fournira également les parachutes nécessaires au chuteur et à la nacelle qui doit être récupérée. Il sera enfin indispensable se procurer un système d’alimentation en oxygène et de climatisation, spécialités de la société Intertechnique.

L’équipe de projet est dirigée par la DGA – j’eus l’honneur d’être choisi pour animer le groupe – et comprend des personnels ingénieurs, techniciens et ouvriers du CEV, du CNES, de l’Air Liquide, d’Aérazur, et d’Intertechnique.

La maîtrise d’œuvre est confiée au général Jean-Bernard Pinatel chef du SIRPA, j’en assure la maitrise d’ouvrage pour le compte de la DGA. Le CEV teste, valide les matériels et assure l’ensemble des examens médicaux.

André Giraud continue de soutenir fermement ce projet et adresse des courriers aux présidents des sociétés leur demandant leur soutien – qu’ils accordent naturellement –, ainsi qu’au chef d’Etat-major des Armées. Le projet progresse rapidement, chez les industriels mais également au CEV, où des essais en vol sont effectués depuis, des hélicoptères.

Alain découvre un monde qui est lui totalement inconnu. Jusque-là son métier de cascadeur consistait essentiellement en des sauts à moto au-dessus d’obstacles les plus farfelus : 25 voitures, 16 autobus, un chalet d’altitude, un avion en vol… Une douzaine de séjours à l’hôpital et presque autant de comas.

Il avait à cette époque, effectué une dizaine de sauts sans parachute. Cette cascade extrêmement risquée – elle a provoqué sa mort quelques années plus tard – consistait en la transmission d’un parachute entre deux chuteurs, l’un en possédant deux, l’autre, Alain Prieur, n’en possédant pas.

La collaboration entre l’institution et cet homme simple et plein d’allant donne des résultats étonnants. Grâce à son charisme, Alain est rapidement devenu la mascotte du projet. Les personnels acceptent – et même proposent – de travailler le dimanche, pour que le projet avance plus vite.

L’équipe d’une quarantaine de personnes, dont une dizaine d’ingénieurs du CEV, travaille dans l’enthousiasme. Ce projet est unique, car il est à la fois étroitement lié aux métiers et compétences des participants et complètement en dehors du champ habituel d’application. Notamment par la présence des médias : nombreux journaux nationaux, participation de TF1 qui devait retransmettre le saut en direct dans le journal de la mi-journée.

Tout cela débouche, le 26 septembre 1989, sur le saut d’un mannequin entièrement équipé de capteurs de vitesse, accélération, température, vibrations et aussi de caméras fixées sur le casque et sur la nacelle. Le lancement se déroule au centre du CNES d’Air-sur l’Adour.

Le lancement, au petit matin, dans une légère brume, du ballon stratosphérique est un moment magique. Je me souviens encore avec émotion des applaudissements de l’équipe réunie à cette occasion.
La montée à 38 000 mètres dure plus de deux heures, l’ouverture de la porte et le largage du mannequin se fait par télécommande. À 16 000 mètres d’altitude les radars de Mont-de-Marsan indiquent une vitesse de 160 mètres par seconde au moment précis où nous entendons le double bang du passage du mur du son. Les quatre minutes de chute libre et l’ouverture automatique du parachute à 1 500 mètres d’altitude précèdent une arrivée au sol en douceur retransmise en direct par la caméra fixée sur le casque du mannequin. Cette même caméra qui montrera des images saisissantes de la courbure de la terre et de ces 35 000 mètres de chute libre.

Les dépouillements des résultats des enregistreurs montrent sans équivoque qu’un homme aurait parfaitement pu exécuter ce saut sans aucun dommage, y compris le passage du mur du son.
Malgré cela le 13 février 1989, le ministère de la défense prend la décision de se retirer du projet. La situation de rigueur budgétaire le conduit à consacrer son budget à sa mission essentielle. La note du nouveau ministre Jean-Pierre Chevènement, indiquant qu’il ne voit que des avantages à ce que le projet puisse se poursuivre si les autres partenaires souhaitent le prendre en charge, sera sans effet.

Ainsi s’est terminée cette aventure proposée par un modeste et charismatique boulanger-pâtissier-cascadeur et soutenue par un ministre qui souhaitait redorer l’image de l’institution.

En relisant aujourd’hui le dernier roman d’Alain Prieur, « Cascadeur », j’ai envie de lui rendre hommage en citant sa préface empruntée à Georges Clémenceau: « Une vie est une œuvre d’art, il n’y a pas de plus beau poème que de vivre pleinement, échouer même est enviable pour avoir tenté. »

René Neyret


Contre l’islamisme, s’allier à la Russie et faire disparaître l’OTAN

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FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Après le coup d’Etat manqué en Turquie, Erdogan se rapproche de Poutine tandis que Moscou et Washington semblent avoir trouvé un équilibre en Syrie. Pour le général Pinatel, les Etats européens devraient tenir compte de cette nouvelle donne.

FIGAROVOX - Recep Erdogan devrait rencontrer Vladimir Poutine en août dans la capitale russe. La Turquie est historiquement la base avancée du Sud de l’Alliance atlantique. Dans quelle mesure la nouvelle alliance entre Moscou et Ankara pourrait perturber l’OTAN ?

Général (2S) PINATEL - L’OTAN est une organisation issue de la Guerre froide entre l’URSS et l’Occident démocratique. Son maintien et son extension aux anciens pays de la CEI procède de la volonté des Etats-Unis de conserver ouvert le fossé entre l’Europe et la Russie. En effet si l’Europe et la Russie étaient alliées, elles leur contesteraient la primauté mondiale qu’ils ont acquise en 1990 à l’effondrement de l’URSS et qu’ils veulent conserver à tout prix. Mais la menace islamique a changé la donne. Cette menace, présente en Russie depuis les années 1990, s’est étendue à l’Europe en juin 2014 avec la proclamation du Califat par l’irakien Al Bagghadi puis récemment en Turquie quand Erdogan a dû fermer sa frontière à Daech après les attentats commis en France et les pressions que les américains ont du faire sur Ankara pour ne pas perdre le soutien de l’opinion européenne.

Dans ce contexte d’actes terroristes meurtriers, la déstabilisation du régime syrien et son remplacement par un régime plus favorable aux intérêts américains, européens, saoudiens et qataris passe au second plan face à l’urgence de maîtriser ce nouveau Califat qui menace la stabilité du Moyen-Orient et favorise la montée en puissance des partis nationalistes anti-atlantistes en Europe. Par ailleurs, l’intervention massive et victorieuse de la Russie en septembre 2015 pour soutenir son allié syrien contraste avec les hésitations ou le double jeu des Etats-Unis qui essaient de ménager tout le monde. Ils se condamnent ainsi à une faible efficacité opérationnelle qui, finalement, inquiète leurs alliés traditionnels et les poussent à ménager la Russie. Enfin les liens et les enjeux économiques entre la Russie et la Turquie sont très importants malgré une opposition géopolitique historique.

Plus que le rapprochement entre Moscou et Ankara, ce qui fragilise cette organisation, ce sont ces récents événements. Ils font la démonstration éclatante aux yeux des Français et des Européens que l’OTAN ne sert à rien face à la menace islamique. En revanche, la guerre efficace que même la Russie contre l’Etat islamique fait penser à de plus en plus de français et d’hommes politiques que la Russie est notre meilleur allié. Et cette évidence, acquise dans la douleur de nos 234 morts et de nos 671 blessés depuis 2012, devrait non seulement perturber l’Otan mais conduire à sa disparition ou à son européanisation complète car son maintien en l’état ne sert que des intérêts qui ne sont pas ceux de la France.

Que se passe-t-il aujourd’hui en Syrie ? Russes et Américains semblent se rapprocher ou à tout le moins se coordonner davantage, notamment sur la question du Front Al-Nosra, très présent près d’Alep. Un nouvel équilibre dans la région est-il en train de se constituer ?

Dès leur intervention en septembre 2015 sur le théâtre syrien, les Russes ont proposé aux Américains de coordonner leurs frappes contre Daech et Al Nostra. Mais les Américains ont refusé car au niveau politique, Obama voulait maintenir la fiction qu’il existait encore un potentiel de forces modérées sur le territoire syrien qui n’avaient pas été absorbées ou qui ne s’étaient pas alliées à Al-Nostra et qui ainsi pourraient prétendre, un jour, à être partie prenante à la table de négociation. C’est clairement une fiction contestée non seulement par la Russie, mais par d’autres voix y compris aux Etats-Unis. Ces experts affirment que les unités qui existent encore en Syrie servent d’interface avec Al Nostra à qui elles revendent les armes qu’elles reçoivent via la CIA. C’est le bombardement d’une de ces bases en Syrie par la Russie, qui a eu l’habileté de prévenir les américains à l’avance pour qu’ils puissent retirer en urgence les agents de la CIA présents, qui a permis ce rapprochement opérationnel. Il est clair qu’un nouvel équilibre est en voie de se constituer au Moyen-Orient. La Russie qui y a été historiquement présente est de retour en force. La Chine, et c’est une nouveauté, y pointe plus que son nez et la France qui y avait une position privilégiée de médiation, l’a perdue par suivisme des Etats-Unis.

Quelle pourrait être la place de l’Europe dans les relations avec ces deux grands pays que sont la Russie et la Turquie? Peut-on imaginer un nouvel équilibre sécuritaire aux marches de l’Europe ?

C’est vrai, nos portes orientales sont verrouillées par la Russie et la Turquie.

Avec la Russie nos intérêts économiques et stratégiques sont totalement complémentaires. La France a une longue histoire d’amitié avec la Russie que symbolise à Paris le pont Alexandre III et plus récemment l’épopée de l’escadrille Normandie Niemen que le Général de Gaulle avait tenu à envoyer en Russie pour matérialiser notre alliance contre le nazisme. Je rappelle aussi que c’est parce que l’armée allemande était épuisée par trois ans de guerre contre la Russie et la mort de 13 millions de soldats russes et de 5 millions d’allemands que le débarquement de juin 1944 a pu avoir lieu. Ce rappel ne veut en aucun cas minimiser le rôle des Etats-Unis et le sacrifice des 185 924 soldats américains morts sur le sol européen. Mais la volonté des Etats-Unis de restaurer un climat de Guerre froide en Europe qui se développe notamment au travers de l’OTAN ne sert que leurs intérêts et ceux des dirigeants européens qui sont soit des corrompus soit des incapables.

Avec la Turquie, c’est l’Allemagne qui a des relations historiques comparables aux nôtres avec la Russie. La Turquie et l’Allemagne étaient des alliés au cours des deux guerres mondiales car les allemands espéraient avec leur aide couper la route du pétrole aux alliés. Les Turcs de leur côté espéraient ainsi récupérer le contrôle du Moyen-Orient et notamment celui de l’Irak et de la Syrie.

Ce rappel historique met en évidence l’importance du couple franco-allemand pour définir une politique européenne commune face à ces deux puissances et éviter de revenir à des jeux du passé comme a semblé le faire récemment Angela Merkel avec l’affaire des réfugiés en négociant directement avec Erdogan sans se concerter avec ses partenaires européens.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

Source : LE FIGARO

Auteur : Alexis FEERTCHAK


Réponses aux questions du Figaro

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Nous nous trompons sur la nature de la guerre qui nous est faite et la réponse que nous devons apporter doit être globale et commencer par une réévaluation de notre politique extérieure ainsi qu’un retour à l’application effective des valeurs qui fondent nos sociétés démocratiques, dévoyées par les pratiques actuelles de nos élites dirigeantes.

1) Que vous inspire la concomitance entre le défilé militaire le matin et l’attentat du soir ? Illustration de la guerre asymétrique ? Est-on préparé à cela ?

On n’est pas dans une guerre asymétrique on est dans une guerre de nature et d’inspiration religieuse : le wahhabisme qui mène une guerre civile mondiale pour l’unicité (tawhid) et contre les apostats du monde entier (les Occidentaux) et les musulmans polythéistes comme les chiites et les sunnites shirk (opposés à l’unicité, c’est à dire qui se réfèrent au prophète Mohamed au même titre qu’à Allah). Cette guerre, pour faire reconnaître que la révélation d’Allah, s’impose à tous et à toutes les autres lois se fonde sur la doctrine wahhabite. Nos responsables politiques sont des laïques et de ce fait sous-estiment totalement la dimension religieuse de cette da’wa (prosélytisme) wahhabite.
Ce n’est pas uniquement avec des forces armées que l’on vaincra le Califat d’Al-Baghadi. C’est en s’attaquant à la prédication wahhabite qu’on laisse s’exprimer dans une centaine de mosquées en France et qui réussit à convertir à ce courant réformiste et radical de l’Islam des musulmans sunnites, courant qui place le djihad comme un devoir premier.
On n’est évidemment pas prêts à cela. Car comment expliquer autrement l’erreur stratégique d’Obama et de François Hollande qui se sont lancés dans une déstabilisation du régime laïc d’Assad en Syrie, qui n’est certes pas le meilleur des chefs d’États mais qui luttait, comme le faisaient Saddam Hussein et Kadhafi en leur temps, contre ce fondamentalisme islamique et le terrorisme qu’il inspirait. Croire qu’au Moyen-Orient, où se joue depuis trois siècles une lutte religieuse sans merci entre les différents courants de l’Islam, que l’on pourrait remplacer les dictatures par des démocraties est une méconnaissance totale ou une arrogance immense. On a vu ce qui s’est passé en Égypte où, heureusement, l’armée a mis fin à l’aventure des frères musulmans qui ont le même objectif final que les djihadistes mais qui espèrent imposer l’État islamique en jouant le jeu démocratique.

2) Nombreuses sont les critiques de l’opération Sentinelle. Qu’en pensez-vous ? Cette mission appartient-elle vraiment aux compétences de l’Armée ? Concrètement, celle-ci est-elle efficace et ne soumet-elle pas les forces armées à une pression pour laquelle elle n’est pas préparée ? Que pensez-vous de l’extension de la réserve opérationnelle des Armées mener ces missions ?

L’opération sentinelle est une opération de sécurité subjective qui sert à rassurer les Français mais ne peut avoir, sauf coup de chance, d’efficacité objective car les terroristes ont le choix du lieu et du moment de l’attaque. Je fais confiance au chef d’État-major des Armées pour ne pas obérer la capacité d’action opérationnelle de nos forces en fixant un plafond non franchissable de la mise à la disposition de nos forces pour l’opération sentinelle. Les armées sont des forces de troisième catégorie et il est tout à fait légal de les utiliser en renfort des forces de police afin qu’elles puissent mieux assurer leur mission de maintien de l’ordre.

3) Les policiers présents ont tiré au pistolet sur le camion. Des armes lourdes comme des fusils d’assaut auraient-elles pu changer la donne ?

Non. Dans le cas de Nice on a négligé de couper les accès à la Promenade des Anglais par des défenses passives qui auraient pu être réalisées en barrant les rues d’accès par des autobus, des camions ou des véhicules de police. C’est ce qui est fait dans les pays où le terrorisme islamique sévit comme en Irak où l’accès aux objectifs sensibles est barré par des check points qui barrent les routes d’accès par des chicanes équipées de plots en béton.

4) Le « recul » de l’EI en Syrie et en Irak amènera-t-il Daesh à se transformer dans son mode de fonctionnement pour devenir comme Al-Qaïda, une organisation plus clandestine ? Si oui, comment répondre à cette menace future ?

La fin du califat par la prise de Mossul se fera au mieux en 2017 mais la prédication wahhabite ne s’arrêtera pas pour autant et trouvera toujours dans nos sociétés occidentales, où la perte de valeurs et de repères est immense, des jeunes pour se convertir et vouloir mourir en martyr. Le problème de nos sociétés occidentales est d’avoir oublié d’où elles venaient et croire que la laïcité et la démocratie étaient de nature à éradiquer l’extrémisme religieux. Mais cela ne serait possible que si nos sociétés et nos dirigeants étaient vertueux. Quand le coiffeur de François Hollande est payé deux à trois fois plus que les soldats et les policiers chargés de nous protéger comment voulez-vous que la jeunesse adhère à ce type de société ou, en outre, la spéculation financière est une source d’enrichissement plus rapide que la création de valeurs pour la société dans son ensemble ?

5) La société civile, bercée dans l’illusion d’une fin de l’histoire, est-elle préparée psychologiquement à ce retour de la guerre sur son propre sol ?

Non et c’est logique. Après l’effondrement de l’URSS nous avons confondu société de libertés et libéralisme et nous avons cru que s’ouvrait pour l’humanité une ère de paix à condition d’installer partout dans le monde des démocraties au besoin par la force des armes ou la corruption, comme les Américains l’ont fait dans les pays de l’Est. Mais la démocratie est une conquête des peuples que l’on ne peut imposer de l’extérieur et c’est cette méconnaissance du temps long de l’histoire et l’arrogance affichée par certaines soi-disant élites comme BHL qui nous a conduit à ces malheurs où des innocents ont payé le prix hier soir à Nice.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL


Analyse de la situation politique et militaire en Irak mi-juillet 2016

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Synthèse générale

La prise de Faluja le 26 juin à laquelle l’ensemble des forces irakiennes y compris les milices chiites [1] ont participé est une première victoire significative dans la guerre contre Daech en Irak. Elle aurait couté environ 2000 morts aux forces irakiennes et 500 morts aux djihadistes. La victoire de Faluja envoie un message fort à la communauté sunnite irakienne qui, marginalisée par la politique sectaire d’Al Maliki, avait accueilli avec ferveur les djihadistes de Daech. Elle vient d’apprendre à ses dépens que la communauté internationale et les puissances régionales ne permettront pas le maintien durable d’un califat au cœur du Moyen-Orient, ce qui peut avoir un fort impact sur leur soutien à Daech dans la région de Mosul.

Cette victoire qui se dessinait début juin a permis au premier ministre irakien de prendre une première décision qu’attendaient les manifestants et les partisans de Moktar al Sahr. Al Abadi a limogé plusieurs hauts responsables politiques, économiques, médiatiques et sécuritaires [2] accusés de corruption et de gaspillage de fonds publics et notamment le chef du service de renseignement irakien, Zuhair Al Gharbawi, qui n’a pas réussi à prévenir les attentats sanglants qui ont endeuillé Bagdad au printemps et qui après une accalmie en Juin se sont encore accentués début juillet.

La prochaine étape est désormais la libération de Mosul mais tout le monde s’accorde à dire qu’elle demandera des efforts d’une autre dimension, la troisième ville d’Irak étant 20 fois plus étendue que Faluja et défendue par 20 fois plus de djihadistes.

Les américains qui avaient officiellement lié leur appui à l’absence des milices chiites dans les troupes d’assaut sur Faluja devront une fois encore avaler leur chapeau ou/et pratiquer leur double jeu vis à vis de leurs alliés sunnites et en premier lieu de l’Arabie Saoudite : s’opposant officiellement et publiquement à la participation des milices chiites à la libération des villes sunnites et en l’acceptant tactiquement. En effet, sur le terrain il semble qu’il y ait eu un accord militaire tacite notamment avec l’Iran car les combattants des milices chiites irakiennes et iraniennes sont plus nombreux, mieux armés et plus aguerris que les combattants tribaux sunnites.

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Le premier Ministre Al Abadi sort renforcé par la victoire de Faluja et par sa décision de limoger de hauts responsables notoirement impliqués dans des affaires de corruption et de détournement de fonds.

De leur coté, les responsables de la communauté sunnites savent désormais qu’il n’y a pas d’autres issues que celle de s’entendre politiquement avec les chiites.

De même, la perspective d’un Kurdistan indépendant s’est éloignée du fait du refus des deux partis kurdes UPK et Changement d’accepter le coup de force du Président Barzani qui veut se maintenir au pouvoir en obtenant un troisième mandat présidentiel, ce qui est contraire aux lois en vigueur dans la province autonome. Le 25 juin, une délégation de Soulymanyia s’est rendue à Bagdad dans une tentative pour réduire l’influence de Massoud Barzani à Bagdad et de créer un cadre officiel des rapports de Soulymanyia avec les autorités irakiennes. La délégation était composé de la femme de l’ancien président irakien Jalal Talabani et de plusieurs chefs de son parti, UPK, et du parti de Changement. La délégation a déclaré au gouvernement irakien que désormais les deux partis kurdes, UPK et Changement, entreraient dans toute négociation avec Bagdad de façon indépendante par rapport au Parti Démocratique du Kurdistan, PDK, de Massoud Barzani. Cette prise d’autonomie de la région de Soulymanyia, proche de l’Iran, n’est pas pour déplaire à Téhéran qui soutiendrait l’instauration d’une nouvelle province autonome kurde à Soulymanyia. Quoiqu’il en soit cette division des Kurdes est une raison de plus pour que les Peshmergas ne s’engagent pas dans la reprise de Mosul.

Situation sécuritaire

La reprise de Faluja a fait diminuer la pression militaire contre Bagdad mais n’a tari qu’une des sources d’où partent les attentats dans la capitale irakienne. Les attentats à Bagdad continueront sans aucun doute parce que Falluja n’était pas la seule base de départ des djihadistes et des kamikazes. Ils sont présents au sein même de Bagdad et viennent du Nord de la province de Diyala.
Au mois de juin le nombre d’attentats reste élevé en Irak même s’ils ont diminué provisoirement à Bagdad pour bondir spectaculairement en juillet comme le montrera le décompte de fin juillet.
On dénombre en effet 550 morts par attentats en juin contre 742 en Mai. Les deux tiers d’entre eux se sont produits dans les deux gouvernorats d’Al Anbar (178) et de Nineveh (156). Le reste des tués par attentat se répartit ainsi : Salahuldein 76 ; Kirkuk 74, Bagdad 40, Diayala 16, Kerbala 10.

[1] Les milices chiites ont effectivement participé à la reprise de Faluja. Les 2000 combattants qu’elles avaient déployés ne se sont pas contentés de soutenir les forces armées irakiennes et d’encercler la ville. Ils ont été les premiers à entrer dans la ville.

[2] Ces révocations ont concerné aussi la directrice générale de la Banque Irakienne du Commerce, Hamdyia Al-Jaf, les directeurs généraux des banques publiques agricole, industrielle et foncière ainsi que ceux des deux banques Rafidain et Rashid, accusés de corruption et de détournements ainsi que le président du réseau irakien d’information, Jabar Al Shabout, accusé de corruption et d’incompétence.


Analyse de la situation politique et militaire en Irak – Début Juin 2016

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La situation politique à Bagdad reste toujours aussi confuse. Trois acteurs jouent des jeux différents et divisent la communauté shiite. Le premier ministre Al Abadi, sans assise populaire, est incapable d’imposer au parlement un gouvernement de technocrate. Muktada Sadr capitalise sur la colère du peuple et est de venu l’homme fort de Bagdad. Al Maliki sabote l’autorité de son successeur et se proclame dans l’ombre comme seul rempart de la classe politicienne face à Muktasa Sadr.

Sur le plan militaire, si la situation évolue favorablement en Syrie, en Irak, la guerre contre Daesh piétine. L’offensive sur Mosul n’est pas d’actualité [1] car le commandement des forces irakiennes est d’une part confronté comme prévu à une grande résistance à Faluja et, d’autre part, est contraint de retirer des unités du front pour sécuriser Bagdad, cible d’une vague d’attentats sans précédent (202 morts et 440 blessés au mois de Mai) portant à 742 morts (674 en avril) le total des tués dans les 6 gouvernorats où Daesh développe ses actions.

Situation militaire et sécuritaire

En Syrie, la chute de Racca devrait être réalisée avant la fin de l’année. En effet, on assiste à une course de vitesse pour libérer la capitale de l’Etat islamique entre les forces syriennes appuyées par les Russes et les Forces démocratiques syriennes (SDF) soutenues par les frappes américaines. Les forces syriennes, après leur victoire sur Daesh à Zakiyah, voudront s’emparer dans un premier temps de l’aéroport militaire de Tabaga avant de poursuivre sur Al-Tabqah ( 5km plus au Nord) ville qui contrôle l’accès Sud au barrage Assad sur l’Euphrate et à Racca.De leur côté, les milices kurdes de l’YPG et les forces démocratiques syriennes (SDF) appuyées par les forces spéciales et l’aviation américaine, au grand dam des turcs, cherchent à s’emparer de la ville de Al-Thawrah pour atteindre le barrage du Lac Assad avant les forces syriennes ce qui permettrait de leur barrer l’accès à Racca.

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En Irak la reprise de Faluja pose à la coalition un problème humanitaire sans précédent. Les 90 000 habitants sunnites toujours présents dans cette ville, encerclée notamment par les milices shiites, craignent des représailles massives. Malgré le manque de vivres et de médicaments, résister est pour eux une question de vie ou de mort. Si le siège et la résistance se prolongent une catastrophe humanitaire sans précèdent risque d’entacher durablement l’image du combat de la coalition contre Daesh.

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Saisissant l’opportunité du retrait des forces irakiennes du front de Mosul, Daesh a lancé des attaques sur plusieurs points faisant reculer les Peshmergas kurdes qui encerclent Mosul au Nord et à l’Est.
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Situation politique

La situation politique n’a pas évolué. Trois acteurs jouent des jeux différents et divisent la communauté shiite.

La classe politique au pouvoir n’a pas arrêté ses querelles visant à empêcher le gouvernement d’Al Abadi de mettre en œuvre ses réformes et de combattre efficacement la corruption. Les députés du parlement irakien ont refusé, par trois fois, d’accorder leur confiance à un nouveau gouvernement irakien composé de ministres technocrates et indépendants des grands partis politiques. Les Américains malgré leurs doutes sur sa capacité à gérer la situation essaient de sauver Al Abadi qui n’a pas d’assise populaire, ayant vécu la majeure partie de sa vie à l’étranger.

De son coté, face à cette situation de blocage, la colère de Muktada Sadr et de ses partisans ne faiblit pas. Ses partisans ont forcé, à deux reprises, au cours du mois de Mai, l’entrée de la zone verte pour manifester leur colère vis-à-vis du gouvernement et du parlement irakiens et de la classe politique. Ils ont occupé le bâtiment du parlement irakien et le cabinet du premier ministre irakien, menaçant de revenir à la zone verte de façon encore plus violente si le gouvernement irakien ne combat pas réellement la corruption et n’applique pas les réformes politiques promises.

Le troisième acteur de ce blocage est Nourri Al-Maliki. Tapis dans l’ombre il exploite tout faux pas du premier ministre a Haider Al-Abadi et ne cesse répéter qu’il est incompétent et incapable de gouverner l’Irak malgré le soutien du grand chef religieux shiite de Najaf Ali Sistani. Il se présente comme le seul capable à juguler Muktada Sadr et de sauver la classe politique actuelle.

Cette situation politique risque de durer et il n’est pas impossible que si un général irakien se faisait remarquer dans le combat contre Daesh, beaucoup d’irakiens le poussent à prendre le pouvoir et que les américains si résignent.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Dans un rapport récent, la CIA estime que la libération de Mossoul prendra plus de temps que prévu et estime que l’offensive de libération de Mossoul ne pourra pas commencer avant la fin de l’année.


Le militaire et la parole publique

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Je publie sur mon blog cette analyse que j’ai reçue via mon réseau. Elle qui a été écrite par un colonel dont je ne publie pas le nom parce que je n’ai pas réussi encore à le joindre pour obtenir son autorisation.

L’air du temps est à la morosité à un an d’une élection que l’ensemble du pays considère comme une échéance déterminante. L’insatisfaction est partout, les récriminations se multiplient pour contester un système social considéré comme inefficace et injuste par la fraction la plus activiste de la population. Les institutions républicaines sont décriées, jugées incapables de relayer les clameurs grandissantes et de prendre en compte les besoins les plus élémentaires de tout un chacun, quand ce n’est pas ceux des indigents qui frappent à notre porte et que notre morale oblige à secourir. Les débordements sociaux conduisent à des spectacles de guerre civile devenus insupportables. Cependant, l’agression de l’Islam obscurantiste risque de frapper de nouveau notre territoire, tandis que les périls se multiplient sur la scène internationale. L’armée et la police sont aux abois. L’Etat endetté plus que de raison semble impotent pour faire face à ce marasme. Le pays en devient ainsi l’un des plus pessimistes de la planète.

Il ne nous appartient pas de donner les recettes pour faire face. Les programmes électoraux proposés pour apporter paix et harmonie se multiplient et ainsi redonner espoir aux Français. Des événements récents consacrent cependant l’interdiction faite à la société militaire de participer à ce grave débat. Celle-ci est en effet soumise dans notre pays à un devoir de réserve qu’elle respecte scrupuleusement et peine ainsi à se faire entendre lorsque certains de ses membres jugent nécessaire de le faire. Ces épisodes amènent à considérer que cette obligation place plus que jamais les militaires en situation de sous-citoyenneté. Les affaires se multiplient et mettent en cause le sommet de la hiérarchie, plus particulièrement des officiers généraux en première ou deuxième section dont le rôle non accessoire est de défendre les personnels placés sous leurs ordres ainsi que le devenir de l’institution militaire, celle-ci ne disposant pas, ou encore si peu, d’une représentativité corporatiste pour s’exprimer.

Ce constat touche au fonctionnement élémentaire de l’Etat. L’institution militaire participe en effet, avec la diplomatie, la justice ainsi que la police, aux pouvoirs régaliens de l’Etat. Ces pouvoirs sont ceux de la souveraineté. Ils définissent l’Etat originel, ceux pour lesquels il a été créé, c’est-à-dire pour pourvoir à un besoin élémentaire devenu son premier devoir : la sécurité de chacun. Les armées assurent la défense du pays, leur existence conditionne celle du pays, sa toute première sécurité. Les incidents sus évoqués amènent donc à se poser la question : pourquoi cette aliénation sur un sujet si grave, ce cantonnement du militaire ? Une tradition lointaine qui prétend être fondatrice de la démocratie soumet le pouvoir militaire au pouvoir civil. « Cedant arma togae », « Que les armes le cèdent à la toge » est ainsi la parole de Cicéron communément et fort savamment rapportée. Le gouvernement militaire, représenté par les armes, doit faire place au gouvernement civil, représenté par la toge. Qu’en est-il vraiment ? Replaçons cette parole dans son contexte : Celle-ci intervient dans celui d’une guerre civile romaine qui mettra fin à la direction collégiale de la république. Cicéron finira lui-même assassiné dans cette période sombre de l’histoire de Rome. La guerre civile, vécue par l’auteur, guerre qui est toujours la pire de toutes, inspire assurément cette parole. L’histoire de France est également marquée par la guerre civile et un nombre conséquent de coups d’Etat militaires. Le pouvoir en place a été bousculé pour un projet ayant souvent conduit à la catastrophe historique et à l’abaissement du pays. Plus récemment, c’est la conséquence des événements douloureux de la décolonisation, en Algérie plus particulièrement avec le putsch d’avril 1961, qui a placé l’armée sous surveillance et contribué à durcir le droit d’expression des militaires et leur devoir de réserve. Acteur potentiel de la sédition, le pouvoir militaire est considéré comme liberticide, générant l’impéritie et de grands déboires nationaux. C’est la menace de guerre civile, la crainte de l’instauration par la force d’un pouvoir non démocratique qui place le militaire dans l’état de sujétion que nous lui connaissons. Ainsi de récentes prises de parole ou comportement d’officiers généraux à propos de décisions gouvernementales ont immédiatement conduit à des commentaires de presse évoquant un prochain coup d’état militaire, en jetant même quelques noms en pâture à la vindicte publique. Les agents de l’Etat sont tout également soumis au devoir de réserve mais c’est sans les armées, devenues « la grande muette » que ce devoir s’avère être le plus rigoureux. Pour autant, nombre de fonctionnaires civils sous couvert de leur représentation syndicale transgressent allègrement et impunément leur devoir de réserve.

Le militaire s’y est dignement résigné, par éthique, la détention des armes de la nation et « la mort comme hypothèse de travail [1] » lui réservant en retour la meilleure considération au sein du corps social comme l’indiquent les récents sondages. Néanmoins, si le militaire se ressent comme un citoyen exemplaire, il se considère également comme diminué par un statut aliénant, limitant son droit d’expression, droit pourtant garanti à tout un chacun par la constitution. Cette situation conduit à l’éloigner du monde politique et de toute possibilité d’accès à la représentation nationale, de toute participation à la décision en vue du bien commun. S’étant vu accorder le droit de vote en même temps que les femmes de notre pays, il est statutairement le seul agent de l’Etat obligé de quitter son corps s’il veut se présenter au suffrage populaire.

Cette relégation source d’incommunication répond-t-elle à une nécessité avérée ? Si l’on reprend l’exemple antique, on doit remarquer que la parole de Cicéron a été peu mise en pratique. Les consuls romains, figures de proue du gouvernement de la république romaine, étaient élus par le Sénat et disposaient de prérogatives à la fois civiles et militaires. Les armées romaines étaient ainsi commandées par des consuls dont la formation militaire était parfois très superficielle. Le « Cursus honorum » d’un citoyen de haut rang comportait immanquablement un passage sous les armes pour assurer une campagne militaire ou un commandement sur les frontières de l’empire. Rome doit assurément sa longévité à une conjugaison performante entre registre militaire et civil. La France « faite à coup d’épée », selon Charles de Gaulle [2], ceci grâce aux « rois de guerre » [3], n’a pas échappé à cette règle. On évoque par ailleurs Carl Von Clausewitz et son adage bien connu : « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Mais plutôt qu’une rupture, ce constat marque l’interaction entre ces deux registres. La subordination du militaire à la politique suppose que ce dernier soit bien au fait de l’art de la guerre. L’usage de la force est une option offerte pour traiter le problème de l’Autre, ce dernier disposant éventuellement de la même possibilité. Les conséquences doivent donc en être soigneusement évaluées. Nul mieux que le militaire peut y contribuer. Notre histoire récente illustre les déboires découlant du non-respect de cette réalité lorsque la politique générale conduite par le pays ne correspondait pas à ses options au plan militaire. Or, il faut bien reconnaître que le cursus actuel de nos politiques les éloigne de ce registre. La disparition du service militaire a diminué la part de la population imprégnée de la spécificité de ce métier bien particulier, voué à la préparation et la conduite de la guerre. La technicité croissante des armements complique l’imbroglio opératif. Jamais le « brouillard de la guerre » [4], dans un contexte où se multiplient les acteurs potentiels, où les agressions possibles couvrent un large éventail, de la subversion terroriste à la dissuasion nucléaire, de la cyberguerre à la guerre dans l’espace, ne semble avoir été aussi impénétrable. Pour un politique, il faut donc acquérir une spécialisation nécessitant un investissement conséquent pour saisir cette spécificité et embrasser ce large et bien inquiétant registre. Peu nombreux sont les élus qui y sacrifient, plus nombreux sont les stratèges de salon qui pontifient sur les écrans, encore plus sont ceux qui pratiquent la politique de l’autruche en affectant un pacifisme de bon aloi, en niant ou minorant toute probabilité de conflit, en refusant de se reconnaître tout ennemi dans un monde que chacun souhaite voir pacifié. Comme chacun le sait, les souhaits correspondent rarement à la réalité.

La césure n’est donc ni inéluctable, ni souhaitable pour le bon fonctionnement de l’Etat. L’exercice de la démocratie ne peut qu’y être adapté.

Il est nécessaire que le militaire prenne pleinement part à la vie de la cité, qu’il puisse porter jugement sur les grandes décisions qui marquent l’existence du pays, qu’il puisse plus aisément parvenir « à la toge », quand bien même beaucoup se satisfassent de l’en tenir éloigné en prétextant d’une inaptitude consubstantielle à son état. Cette sous-citoyenneté doit cesser.

Il est normal de s’inquiéter de voir la défense du pays s’étioler depuis des décennies face aux menaces d’un monde en grand bouleversement. Il est normal de dénoncer un Etat perdant toute autorité face à la transgression, à la délinquance et à l’insurrection en maintenant son système judiciaire en état d’anémie. Il n’est pas normal de voir une jeunesse promise au chômage parce que son système éducatif ne valorise pas l’effort et la pourvoit d’un savoir inadapté sanctionné par des diplômes corrompus. Il est navrant de voir le triste spectacle offert par la jungle de Calais, de constater l’incapacité à réguler une immigration délibérément mal contrôlée afin de satisfaire aux critères d’une charité très mal ordonnée. Il est plus qu’inquiétant de voir le divertissement précéder le bien commun, de voir ses pourvoyeurs et autres faquins accaparer la paroleen plaçant la dérision au-dessus de la raison, en éloignant ainsi le citoyen de la réalité et des devoirs de la chose publique. L’ultime alarme surgit au constat des choix malheureux et assurément démagogiques d’une république qui détruit lentement mais sûrement l’Etat par une gestion des deniers publics orientée vers la satisfaction des insatiables, des imposteurs et des vociférants.

Sur ces rubriques, les citoyens de toute condition doivent s’exprimer. Les militaires ne peuvent en être écartés.

Col (er) desTdM

[1] Du titre d’un ouvrage récent du colonel Michel Goya « Sous le feu, la mort comme hypothèse de travail », Taillandier».

[2] In « la France et son armée ».

[3] Titre accordé au roi de France. cf. Joël Cornette, Le Roi de guerre. Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle, Petite bibliothèque Payot.

[4] Formule de Carl von Clausewitz, « De la guerre ».


François Hollande au Sommet du Nigeria sur la sécurité de l’Afrique : chef des armées ou chef désarmé dans la lutte contre Boko Haram ?

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Ce samedi 14 avril, François Hollande est à Abuja pour un sommet sur la sécurité régionale largement consacré à la lutte contre Boko Haram. Il est le seul chef d’Etat occidental à assister à cette rencontre. Le signe que la France, en dépit d’une armée et d’un budget de la défense sous pression, est en première ligne pour assurer la sécurité du continent africain.

Atlantico : François Hollande est actuellement au Nigeria pour un sommet sur la sécurité. Quels sont les acteurs en présence et quel est l’enjeu de cette rencontre ?

Antoine Glaser : François Hollande est le seul chef d’Etat d’un pays occidental à être présent à ce sommet. Dans la mesure où le Nigeria est une ancienne colonie britannique, on s’attendait davantage à voir David Cameron que François Hollande.

Cela renforce l’idée que les partenaires occidentaux de la France, et en particulier européens, laissent cette dernière jouer le rôle de gendarme de l’Afrique contre les mouvements radicaux djihadistes, de la même façon que la France était le gendarme de l’Afrique contre les soviétiques à l’époque de la Guerre froide.

Certains pays européens comme la Grande-Bretagne sont représentés au niveau ministériel. Sont également présents les chefs d’Etat africains (Tchad, Cameroun, Niger), engagés dans une coalition pour lutter contre Boko Haram (et soutenue par l’Union Africaine) sur le pourtour du bassin du lac Tchad.

L’enjeu de ce sommet est la lutte contre Boko Haram. En effet, jusqu’à présent, cette lutte concernait surtout le nord du Nigeria. Or maintenant, Boko Haram veut contrôler tout le bassin du lac Tchad pour se sanctuariser.

Par ailleurs, au Nigeria comme en Centrafrique (où s’est rendu François Hollande hier), la France a très peu d’intérêts économiques. En effet, le marché nigérian est plutôt dans les mains des Anglo-saxons. Au travers du renforcement de sa présence militaire, la France compte vendre au Nigeria des véhicules blindés légers, des drones, des engins explosifs, des équipements pour lutter contre les engins explosifs et équiper les Alphajets de l’armée nigériane etc. Si dans les pays du Sahel où la France est engagée militairement, les retombées économiques à court terme sont quasi nulles, la puissance du Nigeria (même si le Nigeria, important producteur de pétrole, souffre de la chute du prix du baril) laisse entrevoir de belles retombées économiques pour l’Hexagone.

Jean-Bernard Pinatel : La plupart des discussions tourneront autour de Boko Haram, où en est la lutte contre le groupe terroriste ? Dans quelle mesure la France y est-elle associée ?

Antoine Glaser : Deux aspects seront au cœur des discussions de ce sommet de sécurité régionale : la lutte contre Boko Haram et la lutte contre la piraterie maritime dans le Golfe de Guinée.

Au Nigeria, l’arrivée au pouvoir du général Muhammadu Buhari qui est un musulman du nord a relancé la lutte contre Boko Haram -qui semblait avoir été abandonnée par son prédécesseur, Goodluck Jonathan, qui s’occupait principalement du Nigeria « utile » du sud avec le pétrole-.

Muhammadu Buhari a une vraie volonté de lutter contre Boko Haram. Mais le combat contre Boko Haram est aujourd’hui beaucoup plus difficile à mener car le groupe radical djihadiste est dorénavant engagé dans un mode de lutte asymétrique. En effet, Boko Haram s’attaque bien moins à l’armée nigériane qu’auparavant et privilégie les attentats ciblés très meurtriers.

La France a son état-major de l’opération Barkhane à Ndjamena au Tchad. Du fait de la position géographique de cette ville, elle est donc en contrôle de l’ensemble du bassin du lac Tchad. Elle est par ailleurs très active, en particulier en ce qui concerne le renseignement.

Jean-Bernard Pinatel : La France n’est historiquement pas présente dans ce pays de culture anglo-saxonne. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne oui. Les Etats-Unis ont aussi déployé 300 soldats au Cameroun dans le cadre d’opérations de renseignement et de surveillance, notamment avec des drones. Washington envisage aussi de vendre au Nigeria des avions spécialement destinés à la lutte anti-terroriste. Ces deux pays ont d’ailleurs aussi été conviés au sommet régional d’Abuja sur la sécurité mais Obama, en fin de mandat, et Cameron, en pleine campagne pour éviter le Brexit, ne seront pas présents.

Depuis juillet 2009 une rébellion salafiste menée par deux groupes djihadistes, Boko Haram et Ansaru, sévit au Nord-Est du Nigéria. Elle a pour objectif d’établir un califat et d’instaurer la charia dans l’ensemble du pays. Cette rébellion est dirigée par Abubakar Shekau qui après la mort du fondateur de Boko Haram, Mohamed Yusuf, a radicalisé la lutte en utilisant les massacres de population et les attentats comme modes d’action contre le pouvoir central. La rébellion et sa répression par les forces de sécurité ont fait 17.000 morts et 2,6 millions de déplacés depuis 2009. Selon l’Index mondial du terrorisme, un rapport publié par l’Institute for Economics and Peace basé à New York, Boko Haram « est devenu l’organisation terroriste la plus meurtrière au monde ».

En 2014 Boko Haram a étendu ses actions au Cameroun, Tchad et Niger ce qui a conduit la France à initier un partenariat militaire en décembre 2014 qui s’est traduit par l’échange croissant de renseignements militaires. La présence du chef de l’Etat français est d’autant plus importante que la mise sur pied de la force internationale mixte d’environ 8.000 hommes décidée en 2015 par le Nigéria, le Cameroun, le Tchad, le Niger et le Bénin pour pacifier les régions que Boko Haram tente de contrôler se met sur pied lentement et manque cruellement de logistique, de moyens de communication et de transport. «Plusieurs engagements ont été pris par les bailleurs de fonds internationaux et les partenaires stratégiques en vue d’un soutien à la force, mais on n’a rien vu de concret sur le terrain», déplore le général nigérian Lamidi Adeosun, chef de la force régionale.

Quel bilan peut-on faire des opérations militaires françaises en Afrique depuis 2013 : Serval, Sangaris, Barkhane… La France a-t-elle vraiment les moyens d' »assurer » la sécurité du continent africain ?

Antoine Glaser : Sur le plan militaire, la France est au bout de ce qu’elle peut faire. Le chef d’Etat-major de l’armée française, Pierre de Villiers, disait qu’ils étaient « au taquet ». La France ne peut pas faire plus, ni sur le plan des équipements ni sur le plan financier.

La France essaie d’ailleurs par tous les moyens de faire financer l’opération Barkhane par l’Europe (ce qui est loin d’être acquis). Néanmoins, la présence militaire de la France en Afrique, ainsi que son statut de puissance nucléaire- justifient son statut de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU : c’est ce qui lui permet de tenir son rang à l’international.

Jean-Bernard Pinatel : Le président actuel du Nigeria, Muhammadu Buhari, est un ancien général. Il a été élu le 28 mars 2015 face au président sortant Goodluck Jonathan. Il a déclaré jeudi dernier à la BBC que son pays avait « techniquement » gagné la guerre contre Boko Haram. « Boko Haram s’est remis à utiliser des engins explosifs artisanaux », a expliqué le président Buhari, « mais les attaques conventionnelles contre des centres de communication et la population… ils ne sont plus capables d’en mener efficacement ».

Effectivement et contrairement à son prédécesseur, le président Buhari a réussi à reprendre le contrôle des principales villes du Nord Est du Nigéria où Boko Haram développe ses actions. La diminution du nombre de raids meurtriers dans les villes et les villages est effective. Mais en réponse, les jihadistes ont multiplié les attentats-suicides dont certains sont commis par des jeunes, parfois des filles et fillettes.

La France fournit au Nigeria des images satellitaires ainsi que des images prises par ses avions Rafale qui survolent la zone du lac Tchad où agit Boko Haram. Selon l’entourage du ministre français de la Défense, 2000 dossiers images auraient déjà été remis aux autorités d’Abuja. Des Nigérians sont aussi formés à l’interprétation d’imagerie par le renseignement militaire français. Le document opérationnel signé par les armées française et nigériane détaille plusieurs actions à mener d’ici à la fin 2016. Elles portent notamment sur la lutte contre les engins explosifs artisanaux, le sauvetage au combat et aux exercices militaires transfrontaliers et maritimes conjoints avec les pays voisins du Nigeria.

Dans un contexte de gel du budget de la défense française et alors que l’Allemagne investit désormais plus que la France dans son armée, de quels moyens véritables la France dispose-t-elle pour lutter contre Boko Haram ?

Jean-Bernard Pinatel : La France doit éviter à tout prix que Boko Haram étende durablement ses actions au Tchad, au Cameroun et au Niger et réalise ainsi sa « jonction » avec les groupes djihadistes AQMI et Mujao qui cherchent à contrôler toute la bande désertique qui s’étend du Sud de la Libye et de l’Algérie jusqu’à la Mauritanie. C’est par une meilleure coordination du renseignement que la France peut apporter son aide ainsi que par la formation et la livraison d’armements. Cela impliquera donc l’engagement d’effectifs supplémentaires en faible nombre.

Alors que la France est en perte de vitesse au Moyen-Orient, ses engagements militaires en Afrique lui permettent d’y apparaître comme une puissance influente. Pour autant, est-ce vraiment le cas ?

Antoine Glaser : De Paris à Bamako, l’expression « guerre contre le terrorisme, tous ensemble » est employée. Or, d’une part, la France est seule et d’autre part, la guerre contre le terrorisme n’est pas une politique.

La militarisation de la politique africaine n’a qu’un temps et masque tous les autres problèmes sociaux, économiques. C’est une politique qui fonctionne à court terme mais qui est largement insuffisante si elle n’est pas accompagnée d’une réengagement politique et d’une aide financière au développement.

En outre, alors que la France met tous les moyens sur la sécurité et sur ses capacités militaires, tous ses partenaires traditionnels mais aussi les puissances émergentes (Chine, Turquie, Maroc -qui entre d’ailleurs de plus en plus en concurrence avec la France-) font du business. La France perd des parts de marché absolument incroyables y compris dans un pays comme la Côte d’Ivoire -qui est pourtant le « fief gaulois » de la France en Afrique- : Pierre Gattaz qui était en Côte d’Ivoire il y a 15 jours a souligné qu’en une dizaine d’années, la part de marché de la France en Côte d’Ivoire est passée de 28% à 11%. Cette situation est d’autant plus paradoxale qu’un pays comme la Grande-Bretagne a atteint l’objectif de l’aide au développement des pays occidentaux de 0,7% du PNB, alors que la France est toujours à 0,35%.

Finalement, cette politique militaire française hypertrophiée, si elle peut à court terme profiter à l’influence de la France et de François Hollande au niveau international, sert en réalité de cache-misère à une présence française globalement en déshérence sur ce continent.

Jean-Bernard Pinatel : La France dispose d’un siège permanent au conseil de sécurité et, par la même, est capable de s’opposer à des résolutions de l’Assemblée Générale qui ne seraient pas conformes à ses intérêts. Mais son influence dans cette assemblée est aussi liée à sa capacité d’entrainer dans son sillage d’autres Etats et notamment ceux de l’ensemble francophone. Cette capacité d’influence dépend donc directement de l’appui militaire qu’elle est capable d’apporter à ces Etats dont l’intégrité est menacée par le terrorisme islamique. Il devrait être clair pour nos responsables politiques que c’est en priorité en Afrique que la France doit être capable de projeter des forces car elle est la seule puissance à y disposer encore de plusieurs bases permanentes et à y maintenir des relations de confiance et de savoir-faire qui lui permettent de coopérer efficacement avec les armées locales. En tout état de cause, c’est sur ce théâtre africain que la France a vocation à être le fer de lance d’une éventuelle coalition.

Propos recueillis par Emilia Capitaine


Analyse de la situation politique et militaire en Irak – Début Mai 2016

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Le mois d’avril a confirmé que les conditions politiques et militaires d’une victoire rapide sur Daech en Irak sont loin d’être réuniescomme le confirment les principaux responsables américains de la coalition et cela malgré les déclarations volontaristes mais irréalistes de Monsieur le Drian à Bagdad le 11 avril.

Sur le plan politique

Le mois d’avril a connu une escalade dans la pression queMuktadaSadr exerce sur les députés afin qu’ils acceptent le gouvernement de techniciens qu’il appelle de ses vœux pour mettre fin aux prévarications des membres du gouvernement et du Parlement. Après le rejet le 12 avril, par le parlement irakien de la liste du gouvernement de technocrates proposé par le premier ministre, 180 députés environ sous la conduite des sadristes se sont mis en grève et ont commencé un sit-in à l’intérieur de l’Assemblée. Puis lors d’une séance extraordinaire sous la présidence de l’un d’entre eux, Adnan Al-Janabi, ils ont démis Salim Al-Joubouri ,membre du parti des forces nationalesd’obédience sunnite, de sa fonction de Président du Parlement irakien et ont convoquéles députés à une nouvelle séance pour le 16 avril afin de désigner une nouveau président. Le président du parlement« révoqué », Salim Al-Joubouri, a déclaré anticonstitutionnelles les mesures prises par le groupe des députés contestataires. Le 20 avril, MuktadaSadr a « gelé » son groupe parlementaire jusqu’à ce que le parlement irakien se réunisse pour approuver le gouvernement de technocrates bloquant tout travail parlementaire. Le 27 avril, devant l’incapacité des députés de s’entendre,MuktadaSadr a donné le feu vert, à sespartisanspour forcer l’entrée de la zone verte et celle du parlement irakien. Les forces de l’ordre ont laissé faire se contentant de regarder ce qui se passe sans réagir. Les députés sous la pression des manifestants ont quitté le bâtiment et se sont réfugiés à l’HotelRasheed.

Sur le plan militaire

Rien de significatif ne s’est passé sur le terrain dans la guerre contre Daech. Des offensives limitées contre les positions de Daech au Sud de Kikukont été menéestandis que deviolentes contre-attaques de Daech ont été repoussées difficilement dans le gouvernorat d’Al Anbar autour de Hit et de Ramadi.

En revanche de graves accrochages ont eu lieu entre forces censées combattre ensemble Daech. Le 23 et 24 avril à Touzkhourmatou à 80 km au sud de Kirkuk et dans la localité de Sadia située à 100 km de la ville de Bakuba. Des Peshmergas kurdes et les milices turkmènes chiitesse sont affrontés. En effet dans ces régions coexistent difficilement sunnites arabes et kurdes et chiites kurdes et turkmènes. Ces affrontementsoù les deux parties ont utilisé des mortiers, des roquettes et de l’artillerie lourde montrent qu’il est illusoire d’envisager une participation active des Peshmergas à la reprise de Mosul.

Army Lt. Gen. Sean MacFarland Leads U.S. Fight Against ISIS

De leur côté, tous les responsables américains mettent l’accent sur la nécessité de régler la crise politique et les questions économiques qui divisent le pays, avant d’entreprendre une quelconque opération militaire contre Daesh, à Mossoul. Le général Sean Mcfarland, commandant en chef des opérations contre Daesh, a rencontré, ces derniers jours, le premier ministre irakien, son ministre de la défense et plusieurs chefs militaires irakiens.Le secrétaire d’Etat américain à la défense, Ashton Carter, qui se rendait pour la troisième fois en Irak depuis sa nomination au Pentagone, a déclaré le 16 avril, à Bagdad que Washington soutiendrait le gouvernement irakien dans sa guerre contre Daech, annonçant une augmentation du nombre des troupes américaines en Irak.

C’est donc avec un total scepticisme que les observateurs ont accueilli les déclarations de Monsieur LeDrian,Ministre de la Défense français, le 11 avril à Bagdad : « Raqa et Mossoul en 2016 doivent tomber (…) 2016 doit être l’année du début de la fin pour Daech ». Même si la reprise de Raqqa par les syriens appuyés par les Russes apparait possibleavant la fin de l’année, la prise de Mosul est totalement inenvisageable dans les conditions actuelles de la coalition.

Sur le plan sécuritaire

Le nombre de morts par attentats est de 607 victimes (contre 664 en mars ; 450 morts en février ; 397 en janvier). Les gouvernorats d’Al Anbar, Nineveh et de Bagdad concentrent 72% des morts par attentats.

A Bagdad, on compte en avril 107 morts contre 63 en mars et 69 en février.Les attentats terroristes ont pris la forme de kamikaze avec ceinture d’explosifs et de voitures piégées. Ils visent les marchés populaires et les lieux de culte chiites. Le 5, un kamikaze portant une ceinture d’explosifs s’est fait exploser dans un marché populaire situé au sud-est de Bagdad, tuant 4 civils et blessant 4 autres. Le 22, un autre kamikaze s’est fait exploser dans une mosquée chiite au quartier de Radhwanyia, au sud de Bagdad, tuant 8 personnes et en blessant 33 autres. Le 25, trois attentats coordonnés à la voiture piégée ont frappé Bagdad, faisant 25 morts et environ 55 blessés. Le 26 dans le quartier populaire de l’Est de la capitale, un kamikaze portant une ceinture d’explosifs s’est fait exploser, tuant et blessant 45 personnes Enfin, le 30 avril, un camion piégé a explosé dans la région de Nahrawan, à l’est de Bagdad, faisant 28 morts et 45 blessés.

Par ordre décroissant de tués c’est le gouvernorat d’Al Anbarqui enregistre les plus de morts en avril 174 contre 176 en mars ;Nineveh compte 156 morts contre 221 en mars ; Salahuldein 73morts contre 65 en mars ; Kirkuk 69 contre 44 en mars ; Diyala 28 contre 6.
Les 12 autres gouvernorats du Nord et du Sud sont relativement calmes. A Nasiriya un kamikaze s’est fait exploser, le 4 avril, dans un restaurant tuant 5 miliciens chiites, et blessant une vingtaine d’autres. Le même jour, une voiture piégée a explosé au centre de Bassora, tuant 5 policiers et blessant 4 autres.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL


Une initiative de politique étrangère électoraliste

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L’initiative française d’une conférence internationale à Paris en Mai pour relancer la solution des deux États d’Israël et de Palestine n’a aucune chance d’aboutir au moindre résultat. François Hollande le sait mais donne ainsi à toute la gauche un gage de plus en espérant la rassembler pour 2017. Cette opération électoraliste va mobiliser des forces de police déjà exténuées par la lutte contre l’Etat islamique ainsi que par le refus d’interdire les « nuits debout » et va couter inutilement de l’argent au contribuable français.

Ce coup électoral a été lancé le29 janvier 2016 par une déclaration de Laurent Fabius : « Nous constatons malheureusement que la colonisation continue. Nous ne devons pas laisser se déliter la solution des deux États. C’est notre responsabilité de membre permanent du Conseil de Sécurité et de puissance de paix. La France engagera donc dans les semaines qui viennent des démarches afin de préparer une conférence internationale rassemblant autour des parties leurs principaux partenaires – Américains, Européens, Arabes, notamment « . Si cette « ultime tentative de solution négociée se heurte à un blocage (…), nous devrons prendre nos responsabilités en reconnaissant l’État palestinien ». Repris en compte par Jean-Marc Ayrault, cette initiative vient d’être rejetée par Israël [1] et par là-même échoue avant même d’avoir commencée.

Les raisons de cet échec annoncé sont multiples et sont liées au contexte de l’élection présidentielle aux Etats-Unis, à l’accord, signé le 23 avril 2014,de réconciliation entre leFatah, parti de Mahmoud Abbas, et le Hamasau pouvoir à Gaza, mouvement islamiste considéré comme terroriste par les Etats-Unis et l’Union Européenne. Il fournit à Israël une juste raison de ne pas reprendre les relations bilatérales.Enfin,la guerre au Moyen-Orient contre l’Etat islamique détourne l’attention de la population mondiale, des médias et des hommes politiques de ce conflit,permettant à Israël d’accélérer la colonisation de la Palestine.

L’élection présidentielle américaine

Le dernier essai d’Obama pour faire avancer le règlement du conflit israélo américain,qui date d’avril 2014, a été la mission de John Kerry qui s’est traduite par un échec cuisant [2]. Alors que la campagne présidentielle pour sa succession bat son plein aux Etats-Unis, Obama ne peut pas exercer une pression sur Israël qui serait un cadeau électoral pour Donald Trump et qui pénaliserait Hilary tant le lobby israëlo-américain pèse de tout son poids dans cette élection.

L’accord entre le Fatah et le Hamas fournit un argument de poids à Israël pour ne plus négocier

L’annonce, mercredi 23 avril 2015, d’un accord de réconciliation entre les frères ennemis palestiniens, le Fatah, parti de Mahmoud Abbas, et le Hamas au pouvoir à Gaza,considéré comme terroriste par les Etats-Unis et l’Union Européenne met « de facto » un terme au « processus de paix ».En effet, si le Fatah et l’Autorité palestinienne privilégient une coexistence pacifique avec Israël, le Hamas prône la lutte armée et persiste à vouloir établir un Etat palestinien « de la mer au fleuve » (de la Méditerranée au Jourdain), ce qui revient peu ou prou à nier l’existence d’Israël.

La guerre contre Daech détourne l’attention des chancelleries de ce qui se passe en Palestine

Le nombre de constructions d’unités de logements dans les implantations en Cisjordanie a triplé en 2014 par rapport à 2012, passant de 1.133 à 2.534 en 2013 et 3.100 en 2014, selon des statistiques officielles israéliennesalors qu’à l’intérieur d’Israël, sur la même période, la hausse n’a pas dépassé… 4 % [3]. Cette colonisation rampante empêche « de facto » la solution à deux Etats, sur les lignes de 1967, qui était la formule de règlement du conflit la plus réaliste.

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Alors pourquoi François Hollande a-t-il voulu prendre cette initiative vouée à l’échec ? C’est clairement une initiative de politique intérieure visant deux buts :

  • rassembler la gauche à un peu plus d’un an de l’élection présidentielle. Il suffit pour s’en rendre compte d’analyser quels sont les parlementaires qui ont voté le texte de la « petite loi » n°439 adopté par l’assemblée nationale le 2 décembre 2014. Dans son article 5 [4] elle « Invite le Gouvernement français à reconnaître l’État de Palestine en vue d’obtenir un règlement définitif du conflit ». Ce texte a été adopté par 339 voix sur 490 suffrages exprimés. 323 voix sur 339 soit 95% des votes favorables provenaient de la majorité présidentielle [5].
  • Obtenir les voix des musulmans de France dont le soutien aux palestiniens est total.

Ainsi dans le domaine diplomatique comme dans celui de l’économie, les moyens de l’Etat et l’argent des français sont, une fois deplus, mis au service de la réélection de François Hollande.


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] http://abonnes.lemonde.fr/proche-orient/article/2016/04/28/israel-rejette-l-idee-francaise-d-une-conference-internationale_4910641_3218.html
[2] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/04/08/israel-palestine-les-quatre-erreurs-de-john-kerry_4397391_3218.html#BSxvsG5PtDFLf60f.99
[3] Bureau des statistiques israéliennes
[4] Constatant la volonté des peuples israélien et palestinien de vivre en paix et en sécurité ;Constatant l’échec des tentatives de relance du processus de paix engagées depuis 1991 entre Israéliens et Palestiniens par la communauté internationale ;Constatant les menaces pesant sur la solution des deux États, et notamment la poursuite illégale de la colonisation dans les territoires palestiniens qui mine la viabilité même d’un État palestinien, malgré les capacités institutionnelles dont s’est dotée l’Autorité palestinienne et la reconnaissance que lui a accordée l’Assemblée générale des Nations Unies ;Constatant la montée des tensions à Jérusalem et en Cisjordanie, qui menace d’engendrer un nouveau cycle de violence néfaste pour l’ensemble des populations de la région ;1. Souligne que le statu quo est intenable et dangereux car il nourrit les frustrations et la défiance croissante entre les deux parties ;2. Souligne l’impératif d’une reprise rapide des négociations entre les parties selon des paramètres clairs et un calendrier déterminé ;3. Affirme l’urgente nécessité d’aboutir à un règlement définitif du conflit permettant l’établissement d’un État démocratique et souverain de Palestine en paix et en sécurité aux côtés d’Israël, sur la base des lignes de 1967, avec Jérusalem pour capitale de ces deux États, et fondé sur une reconnaissance mutuelle ;4. Affirme que la solution des deux États, promue avec constance par la France et l’Union européenne, suppose la reconnaissance de l’État de Palestine aux côtés de celui d’Israël ;5. Invite le Gouvernement français à reconnaître l’État de Palestine en vue d’obtenir un règlement définitif du conflit
[5] Groupe socialiste, républicain et citoyen 279/288 ; groupe écologiste 18/18 ; groupe de la gauche démocrate et républicaine (communistes) :15/15 ; groupe radical, républicain, démocrate et progressiste : 11/17:


La perte d’influence de la France au Moyen-Orient

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Depuis samedi 16 avril et jusqu’au 19 avril, François Hollande est en visite au Moyen-Orient et se rendra au Liban, en Egypte et en Jordanie. Quel sont les enjeux de ce voyage ?

Le Président de la République se rend au Liban puis au Caire pour terminer son voyage en Jordanie. Nous sommes malheureusement dans une gesticulation présidentielle qui va probablement encore couter de l’argent aux contribuables français.

Au Liban, François Hollande veut marquer son soutien à l’Armée libanaise alors que le fameux contrat « Donas » qui prévoyait de fournir pour 3 milliards de dollars d’armement français au Liban, grâce un financement saoudien, a été annulé par Riyad. Il va aussi visiter un camp de réfugiés syriens pour rencontrer une famille syrienne qui sera accueillie en France.
Je rappelle que la France va en accueillir 1000 alors qu’au Liban ils sont environ 2 millions de Syriens soit environ un tiers de sa population. Que peut-il faire sinon encore ouvrir les vannes de l’argent public pour que cette visite ne soit pas un fiasco ?

Car enfin, de par sa politique syrienne de déstabilisation du régime d’Assad, il est en partie la cause de ces millions de réfugiés. En 2010, dans 26 pays européens couverts par Eurostat [1], seulement 955 réfugiés syriens avaient été accueillis pour des raisons autres qu’économiques, alors qu’en 2014 ils étaient 24 961 soit 30 fois plus. C’est donc la politique irresponsable de déstabilisation du régime syrien initialement financée par l’Arabie Saoudite et le Qatar et dans laquelle François Hollande a toujours eu une position en flèche qui est la cause du problème de réfugiés syriens et non, comme on essaie de nous le faire croire, le régime syrien. Tous ceux comme moi qui allaient en Syrie avant les événements voyaient un pays en plein développement où les habitants vivaient en paix, pratiquaient la religion de leur choix et voyaient leur pouvoir d’achat augmenter.

En Egypte, pays avec lequel depuis Bonaparte la France entretient une relation culturelle privilégiée est en prise avec le terrorisme islamique sur sol et dans le pays libyen voisin. Ce voyage permettra certainement un échange d’informations intéressant notamment sur Daech en Libye qui se heurte à une forte résistance des puissantes milices locales [2]. Le chef de l’Etat est accompagné de nombreux chefs d’entreprise et ce sera l’occasion habituelle pour le chef de l’Etat d’essayer de s’approprier le mérite de négociations menées par les industriels et aussi de remercier l’Egypte d’avoir accepté d’acheter, avec l’argent que la France lui a prêté, les Mistrals qu’il a refusé de vendre à la Russie, pliant sous la pression d’Obama.

En Jordanie, le Président y va pour s’habiller en chef des Armées, seule composante de son image qui résiste encore un peu à la critique des français. Il visitera la base aérienne Prince-Hassan, d’où décollent les avions français pour bombarder le groupe Etat islamique en Irak et en Syrie.

La guerre en Syrie mobilisera certainement une grande partie des discussions. Dès le début de la crise en Syrie, la France a pris une position extrêmement ferme à l’égard du régime de Bachar el-Assad et a commis certaines erreurs d’appréciation, considérant notamment que le régime syrien n’avait que quelques semaines ou quelques mois devant lui. Depuis, la position de François Hollande n’a pas évolué. Comment expliquer selon vous, cette intransigeance du président de la République alors même que, quatre ans après le début du conflit, le rapport de force n’est plus le même et le régime d’Assad s’est renforcé ?

François Hollande est d’une autosatisfaction extravagante et est totalement coupé des réalités de terrain comme l’on noté la plus part des observateurs lors de sa dernière apparition sur France 2 où il a déclaré « la France va mieux » et où il n’a fait aucune autocritique sur sa politique économique.

Il se comporte de la même façon sur la Syrie où il s’est trompé à de multiples occasions. La première fois en voulant voir dans les évènements en Syrie un « printemps arabe » alors que nos services l’abreuvaient de mises en garde sur l’action en sous-main de l’Arabie Saoudite et du Qatar. En fait c’est plus probablement une concurrence politicienne qui est la raison principale de son erreur stratégique d’analyse sur la nature de la crise. Comme Sarkozy avait réussi à éliminer Kadhafi il ne voulait pas être de reste et il lui fallait éliminer Assad, un autre dictateur.

Il s’est ensuite trompé sur la capacité de résistance du régime Syrien qui était soutenu par au moins 50% de sa population et qui possédait une armée solide. Il n’a pas non plus compris que la Syrie était un enjeu géopolitique autrement plus important que la Libye pour l’Iran et la Russie.

Jusqu’au 7 janvier 2015 date de l’attentat contre Charlie Hebdo, il s’est trompé encore, comme Obama et les saoudiens, sur la capacité des occidentaux à contrôler la rébellion devenue Califat en juin 2014 où il est apparu que Daech avait des objectifs qui ne se limitaient pas au Moyen-Orient.

Même après les attentats de Paris de novembre 2015, il n’a toujours pas compris que pour battre Daech il faut s’appuyer sur des structures étatiques solides en Syrie et en Irak et que seuls des combats au sol, menés par les armées des pouvoirs locaux appuyés par nous, permettront de reconquérir les villes et les villages occupés par l’Etat Islamique.

La France peut-elle encore faire entendre sa voix sur le dossier syrien ou est-elle définitivement hors-jeu ? Pourquoi ?
La réponse est dans votre question. La France est hors-jeu et c’est désormais la Russie qui est au centre du jeu. La preuve : après les attentats de Bruxelles où croyez-vous que s’est rendu le secrétaire d’État américain John Kerry le 24 mars 2016? A Moscou, rencontrer Vladimir Poutine. Même Angela Merkel a discuté directement avec Erdogan du dossier des réfugiés sans y associer François Hollande. Pourquoi ? Parce que lorsqu’on s’est autant trompé on n’est plus crédible et on perd toute légitimité à l’intérieur et à l’extérieur.

Plus largement, qu’en est-il de la perte d’influence diplomatique de la France au Moyen-Orient ? Quelle est la part de responsabilité de François Hollande dans cette évolution ?

La France avait traditionnellement une position de médiateur au Moyen-Orient que François Hollande a totalement abandonnée en devenant un allié privilégié de l’Arabie Saoudite wahhabite. Quand on n’est pas fort militairement dans un conflit [3] et que l’on a choisi un camp on n’a aucune carte en main pour peser diplomatiquement. En politique étrangère François Hollande aura là aussi affaibli la France et mis en danger la sécurité des français.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Dernières statistiques disponibles sur la base de données Eurostat.

[2] Lire mon analyse : Les conditions politiques d’une intervention militaire directe en Libye ne sont pas réunies.

[3] La majorité de nos moyens sont à juste titre consommés dans le Sahel et le reste de nos effectifs terrestres utilisés dans l’opération sentinelle.


Erdogan réouvre le conflit du Haut Karabagh pour mettre en difficulté Poutine qui a mis en échec sa politique syrienne

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Dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 avril 2016, l’Azerbaïdjan a lancé une offensive pour envahir la République Arménienne du Karabagh. Trois jours après cette décision prise par les présidents turcs et azerbaïdjanais MM. Erdogan et Aliev et une centaine de morts l’offensive a échoué et un cessez le feu est entré en vigueur. Cet évènement rappelle que le haut Karabagh est un conflit latent entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie dans lequel la main de la Turquie, coupable du génocide arménien, est toujours présente. Ce conflit gêne la Russie attachée à maintenir des bonnes relations avec ces deux pays et avec l’Iran chiite. Une fois de plus l’histoire permet d’éclairer la crise actuelle.

Retour sur l’histoire

Au début de 20ème siècle l’Empire ottoman a perdu l’essentiel de ses possessions européennes dans les Balkans. Il compte environ 35 millions d’habitants, dont 2 millions d’Arméniens chrétiens. Ces Arméniens vivent pour l’essentiel au pied du Caucase, et en Cilicie, au sud de la Turquie actuelle. En 1909, le mouvement des Jeunes-Turcs prend le pouvoir. Ils se fixent pour objectif de rassembler les populations de langue turque et de créer une nation turque racialement homogène [1].
Le début de la première guerre mondiale, dans laquelle l’empire Russe est allié à la France et à la Grande-Bretagne, amène naturellement les jeunes-Turcs à faire pression sur le Sultan pour rallier la coalition opposée avec l’espoir de reconquérir la Crimée et le Caucase dont ils ont été chassés au XIXème siècle par les victoires russes. Mais l’armée ottomane subit une terrible défaite à la bataille de Sarikamis [2]. Les jeunes-Turcs prennent prétexte de l’engagement des arméniens [3] aux cotés des russes pour mettre en œuvre leur projet de Turquie racialement homogène. Ce projet est mis en œuvre avec méthode. 1,2 million d’arméniens sont assassinés soit les deux tiers de la population arménienne de l’époque dans ce qui est aujourd’hui considéré comme le premier génocide de l’histoire, jamais reconnu par la Turquie.

En 1923 l’oblast autonome du Haut-Karabagh composé à 94% d’arméniens est rattaché administrativement par Staline à République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan [4] créant ainsi le différend qui est la cause de crises entre l’Arménie chrétienne et l’Azerbaïdjan chiite. On retrouve ici la même problématique qu’en Crimée, conquise sur l’empire Ottoman en 1783 par les armées de Catherine II et qui a fait l’objet d’un rattachement arbitraire à l’Ukraine en 1954 [5] par Nikita Khrouchtchev.
Gorbatchev démissionne de son poste de Secrétaire général le 26 décembre 1991 et l’Union soviétique est dissoute le 31 décembre 1991. Dès cette date, les obstacles qui empêchaient l’Arménie et l’Azerbaïdjan de se lancer dans une guerre disparaissent [6]. La guerre [7] qui se déroule de 1992 à mai 1994 cause au moins 30 000 morts dans chaque camp et entraine le déplacement d’un million de réfugiés [8]. Depuis 1995, l’OSCE offre, sans succès, sa médiation aux gouvernements d’Arménie et d’Azerbaïdjan pour rechercher une solution du différend acceptable par les deux parties. En vain, les gouvernements arméniens ne veulent rien céder des acquis de la guerre qui a permis au haut Karabagh de disposer d’une frontière commune avec l’Arménie notamment par le corridor de Latchin (voir carte ci-dessous).

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Le jeu perdant d’Erdogan

Mis en échec par l’intervention russe en Syrie, Erdogan qui considère les Kurdes comme une menace plus importante que Daech est de plus en plus critiqué en Europe pour son double jeu. De plus Il n’a pas réussi à entrainer l’OTAN dans une confrontation avec la Russie en abattant le Sukkoi 24 russe. La réactivation de la crise du Haut Karabagh [9] lui permet de créer une diversion et de mettre dans l’embarras Poutine. En effet, la Russie qui soutient l’Arménie chrétienne entretient également de très bonnes relations avec l’Azerbaïdjan chiite, pays riverain de la mer Caspienne comme la Russie et l’Iran. Or ces pays se sont entendus en septembre 2014 pour assurer la sécurité de leur mer intérieure et se partager les ressources qu’elle possède [10].
Le président Recep Tayyip Erdogan a assuré que la Turquie serait aux côtés de l’Azerbaïdjan « jusqu’au bout ». Et de prier « pour le triomphe » des Azerbaïdjanais, qui sont « nos frères », a dit le président turc. Il a également critiqué le groupe de Minsk de l’OSCE, dirigé par la France, la Russie et les Etats-Unis et chargé de la résolution de ce conflit
Malheureusement pour lui l’Armée du Karabagh n’a pas eu besoin du soutien de la Russie pour stopper l’agression. Elle dispose en effet d’un terrain qui lui est favorable, les forces d’Azerbaïdjan étant obligées d’attaquer du bas vers le haut (le Haut Karabagh est une zone de moyenne montagne entre 500 et 900 d’altitude). Par ailleurs l’armée du Haut Karabagh est possède un très bon niveau opérationnel qui a récemment été démontré en Syrie où elles sont intervenues pour repousser les islamistes de la ville arménienne de Kessab, située en Syrie contre la frontière Turque au Nord de Lataquié.

L’église de Kassab

Face à cette agression la diaspora arménienne [11] s’est immédiatement mobilisée et les grandes puissances où elle est très influente notamment aux Etats-Unis, en Russie et en France sont intervenues pour faire pression sur l’Azerbaïdjan. Mais ce cessez le feu est loin d’ouvrir la voie à un règlement définitif de ce conflit.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Ils organisent le massacre de 20 000 à 30 000 Arméniens à Adana, dès leur prise de pouvoir.

[2] Le 6 janvier 2015, la bataille de Sarıkamış au Sud de Kars et à proximité des frontières de l’Arménie actuelle est un désastre. Seul 10 % de l’armée parvint à se replier. Enver Pacha abandonna le commandement des opérations et accusa les Arméniens de la région d’être aux côtés des Russes après son retour à Constantinople.

[3] En décembre 1914, Nicolas II de Russie visita le théâtre du Caucase. Le chef de l’Église arménienne et le président du bureau national arménien, Alexandre Khatissian, rencontrèrent l’empereur à Tbilissi :« De tous les pays, les Arméniens se pressent pour rejoindre les rangs de la glorieuse armée russe, prêts à donner leur sang pour la victoire de l’armée russe… Que le drapeau russe flotte librement sur les Dardanelles et le Bosphore, que les Arméniens sous le joug turc puissent recevoir la liberté, que le peuple arménien de Turquie qui a souffert pour la foi du Christ reçoive la résurrection pour une nouvelle vie. Source : Wikipedia.

[4] Staline, alors commissaire du Peuple pour les nationalités, est chargé d’appliquer le découpage ethnique décidé par le comité central avec des républiques et des régions autonomes. Il décide le rattachement du Karabagh à la République socialiste soviétique d’Arménie. Mais, les protestations du dirigeant du parti communiste d’Azerbaïdjan, Nariman Narimanov et surtout un soulèvement anti-soviétique à Erevan en 1921 le font changer sa décision et à attribuer le Karabagh à la République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan en 1921.

[5] A la fin de la seconde guerre mondiale les Tatars de Crimée furent tous déportés pour avoir aidé les Allemands. Le 19 février 1954, Nikita Khrouchtchev, dont l’Ukraine était la patrie d’adoption, rattacha l’oblast de Crimée à la République socialiste soviétique d’Ukraine (RSSU) à l’occasion du 300e anniversaire de la réunification de la Russie et de l’Ukraine.

[6] Un mois auparavant, le 21 novembre, le parlement azerbaïdjanais avait annulé le statut d’oblast autonome du Karabagh et renommé sa capitale Khankendi. En réaction, le 10 décembre avait eu lieu un référendum au Karabagh, sur initiative de parlementaires. Les Arméniens votent massivement en faveur de l’indépendance. Le 6 janvier 1992, la région déclare son indépendance de l’Azerbaïdjan.

[7] La plupart des sources citent le nombre à 25-35 000 tués dans chaque camp. Le département d’Etat américain a évalué ce nombre à environ 30 000. Le nombre de victimes est du même ordre que celui causé par d’autres conflits ethniques, comme la guerre civile en Géorgie.

[8] Environ 400 000 Arméniens ont fui l’Azerbaïdjan vers l’Arménie ou la Russie, et quelque 30 000 autres ont quitté le Karabagh. Parmi ces derniers, beaucoup sont rentrés au Karabagh à la fin de la guerre. Environ 800 000 Azéris ont été déplacés par les combats, y compris ceux d’Arménie et du Karabagh. D’autres groupes ethniques de l’enclave ont été forcés de se réfugier dans des camps construits par l’Azerbaïdjan et par l’Iran. Source : Wikipédia.

[9] Erdogan s’en va-t-en guerre ou l’histoire d’une raclée mémorable au Karabagh

[10] Ce 4ème sommet de la Caspienne a rassemblé la Russie, l’Iran, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et le Turkménistan. Ces pays ont trouvé un accord sur les questions de « sécurité et de stabilité dans la région » et s’engagent à « garantir la sécurité et la stabilité dans la région de la Caspienne », à « garantir l’équilibre des armements des États riverains en mer Caspienne » et à « organiser la défense selon le principe de la suffisance raisonnable en respectant les intérêts de toutes les parties et sans porter préjudice à la sécurité des autres parties ». Le texte précise également : « Les parties mèneront leurs activités en mer Caspienne selon les principes suivants : navigation en mer Caspienne autorisée uniquement pour les navires battant pavillon d’un pays riverain, droit de libre passage vers d’autres mers et l’Océan mondial conformément aux normes et principes du droit international et des ententes intervenues entre les parties compte tenu des intérêts légitimes des pays de transit. » Un consensus a été trouvé sur une autre question importante.

[11] Sur une population arménienne mondiale estimée à 11 millions de personnes, seul moins d’un tiers (3,3 millions) vivent en Arménie et 130 000 dans le Haut-Karabagh.


Analyse de la situation politique et militaire en Irak - Avril 2016

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Le mois de mars a clarifié la situation politique et militaire en Syrie. Les forces syriennes appuyées par les Russes après avoir repris Alep ont repoussé Daech de Palmyre, rendant incontournable le leader syrien dans le processus de Paix. En revanche, la situation politique et militaire en Irak ne permet pas de percevoir une issue rapide au conflit contre Daech.

En effet, la situation politique en Irak se détériore. A la tension politique entre les Kurdes, Sunnites et les partis shiites majoritaires s’est ajoutée la dissension entre Shiites marquée par le sit-in autour de la zone verte de plusieurs centaines de milliers des partisans du chef religieux chiite Muktada Sadr pour protester contre la corruption et pour exiger du premier ministre des réformes politiques radicales.

Les interférences américaines sur la conduite des opérations militaires retardent le début de l’offensive contre Mossoul. En effet les américains sous la pression de leurs alliés du Golfe veulent écarter l’Iran et les milices shiites de la reprise de Mossoul. Par ailleurs les Peshmergas refusent de prendre part à la délivrance de cette ville sunnite. Sans les milices et les Kurdes, l’armée irakienne qui est encore en reconstruction, est à 80Km de Mossoul et doit d’abord conquérir les villes et les villages qui couvrent les abords Sud de Mossoul. Par ailleurs, le gouvernement irakien maintient beaucoup de forces pour protéger les abords Ouest de Bagdad car les combattants qui tiennent Faluja demeurent une menace aux portes de Bagdad comme l’a montré leur offensive des djihadistes du 28 février qui est arrivée jusqu’à Abu Graih dont qui jouxte l’aéroport international de Bagdad.

Situation politique

Le 18 mars, une foule rassemblant plusieurs centaines de milliers de manifestants indépendants et de partisans de Muktada Sadr a commencé une marche vers le portail de la zone verte qui se situe au quartier de Karadat Mariam, près du pont de Jamhouryia. Les forces de l’ordre qui avaient renforcé leur présence, placé des fils barbelés autour de la zone verte et bloqué tous les ponts y aboutissant avec des blocs en béton n’ont rien fait pour empêcher les manifestants d’atteindre leur but sans incident. Un tel sit-in en face de la zone verte sans que cela se transforme en bataille rangée est une première en Irak. Au cours de sa marche, la foule scandait des slogans contre la corruption et pour des réformes politiques radicales. A l’extérieur de la zone verte, les forces de l’ordre ont perdu tout contrôle de la situation. Les masses de manifestants n’ont cessé d’affluer par milliers. Puis, des tentes ont été dressées autour de la zone verte.
Malgré les interventions de l’Iran qui lui a envoyé, d’abord, le général Qassem Soleimani, commandant en chef de la Force Al-Qods, puis une lettre lui demandant de mettre fin à cette action antigouvernementale du guide de la révolution iranienne l’ayatollah Ali Khamenei portée par le chef religieux chiite irakien Amar Al Hakim, Muktada Sadr semble décidé à mener son combat contre la corruption jusqu’au bout.

Fin mars, le premier Ministre Al Abadi a proposé un nouveau gouvernement composé de 16 ministres indépendants et n’appartenant à aucun des partis politiques représentés au parlement irakien. Néanmoins le parlement a levé sa séance du 31 mars sans voter la confiance au nouveau gouvernement. Son président, Salim Al Joubouri, a déclaré que le parlement s’était donné un délai de dix jours pour débattre des profils des candidats, examiner leurs dossiers et prendre sa décision à leur égard.

Si le parlement irakien ne vote pas la confiance à cette liste, le risque est grand de voir des manifestations violentes se développer dans tout le pays. L’Irak pourrait entrer dans une nouvelle phase de la guerre civile dans les gouvernorats actuellement calmes. En effet, le 31 mars, Muktada Sadr a menacé de retirer sa confiance au gouvernement actuel d’Al Abadi et de cesser d’appeler ses partisans à des manifestations pacifiques. Avant de lever le sit-in autour de la zone verte, Il a demandé à ses partisans de continuer leurs manifestations hebdomadaires les vendredis au centre de Bagdad jusqu’à ce que le parlement vote la confiance au nouveau gouvernement.

Situation militaire

Aucune évolution notable n’est à signaler au mois de mars malgré les communiqués de la coalition dirigée par les américains qui essaient d’amplifier l’importance de chaque petite avancée sur le terrain pour essayer de faire jeu égal avec le retentissement médiatique mondial de la prise de Palmyre par l’armée syrienne. Seules des victoires à Falouja et à Mossoul seraient de nature à modifier le jugement des observateurs impartiaux sur le peu de progrès de la coalition en Irak.

Falluja

Falluja est aujourd’hui encerclé par l’armée irakienne à l’Ouest, les tribus sunnites ralliées au Nord et à l’Est par les milices shiites de l’Organisme de Mobilisation Populaire. Falluja est défendu par 1500 à 2000 djihadistes en majorité étrangers et décidés à mourir sur place. La ville est un gruyère de tunnels reliant les maisons, les quartiers entre eux, il se dit même à Bagdad que dans certains on peut circuler en voiture. Enfin la population qui reste à Falluja est totalement acquise aux djihadistes.

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Mossoul

Les américains n’ont pas réussi à convaincre Mustafa Sayed Kader, ministre des peshmergas, de les engager pour libérer Mossul qui n’est pas une ville Kurde. Les Pechmergas se contenteront vraisemblablement de tenir le front Nord et de conduire des opérations limitées sur des villages où existent des minorités kurdes ou non sunnite.

Comme le montre la carte ci-dessous, la prise de Mossoul n’est pas pour demain car les forces irakiennes sont encore à 80 km la capitale régionale et doivent d’abord conquérir plusieurs villes et franchir les obstacles naturels tenus par les djihadistes qui couvrent le Sud de la capitale du gouvernorat.
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Personne n’espère donc à Bagdad une libération de Mossoul en 2016 car même si les américains ont renforcé le soutien en formation et appui qu’ils apportent à l’Armée irakienne en engageant 3000 parachutistes de la 101ème division aéroportée, aucun observateur n’envisage la participation directe des forces américaines aux combats au sol.

Situation sécuritaire

La situation sécuritaire est liée d’une part aux attentats qui augmentent dans 2 gouvernorats faisant accroitre fortement le nombre des morts par attentats en Irak à 664 morts en mars contre 450 morts en février, 397 morts en janvier et 545 en décembre 2015 et, d’autre part, par aux actes de banditismes (attaques à main armée et enlèvements) qui continuent d’augmenter notamment à Bagdad.

Les attentats sont concentrés à 62% a dans les 2 gouvernorats de Nineveh 221 morts au lieu de 92 en février et d’Al Anbar 176 morts contre 98. Viennent ensuite Babel 67 morts contre aucun en février; Salahuldein 65 contre 78; Bagdad 63 contre 69; Kirkuk 44 contre 77; Diyala 6 contre 36.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL


Guerre ou paix ? Russie – États-Unis se serrent la main devant les caméras tout en se montrant les dents sur le terrain

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Bien que la Guerre froide soit révolue, les Etats-Unis et la Russie continuent à entretenir des relations empreintes d’une grande méfiance. Dernier motif d’escalade des tensions en date : la volonté américaine de redéployer de façon permanente une brigade blindée de l’OTAN en Europe de l’Est.

Atlantico : Le secrétaire d’Etat américain John Kerry et le Président russe, Vladimir Poutine se sont rencontrés la semaine dernière et ont évoqué les situations de la Syrie et de l’Ukraine. Cette rencontre semblait témoigner d’un rapprochement entre les Etats-Unis et la Russie dont les relations se sont tendues ces derniers mois, sur les dossiers syrien et ukrainien notamment. Mais dans le même temps, Washington a annoncé vouloir redéployer de façon permanente une brigade blindée en Europe de l’Est.

Les signaux envoyés et décisions prises récemment s’inscrivent dans des dynamiques contradictoires. Pourquoi, selon vous, depuis la fin de la Guerre froide, la relation russo-américaine n’a-t-elle pas réussi à se délester du poids de la méfiance ?

Jean-Bernard Pinatel : La politique américaine peut sembler inconstante et dangereuse, et votre question reflète parfaitement l’impression qu’elle projette pour des observateurs étrangers.

Les États-Unis sont une démocratie dominée par des lobbies dont le pouvoir s’exerce via le Congrès américain. Ils conduisent tout président américain à des compromis dans la politique étrangère qu’il souhaite mener pour promouvoir les intérêts de la nation américaine. Ces lobbies génèrent 3 constantes immuables depuis 1991, dont le poids varie en fonction des circonstances et de la personnalité des dirigeants.

L’intérêt transcendant tous les autres, qui s’impose à tout président américain depuis 1991, est de conduire une politique étrangère visant à maintenir la primauté mondiale que les États-Unis ont acquise avec l’effondrement de l’URSS. Mais cet objectif doit être atteint en préservant les intérêts des lobbies qui dominent la démocratie américaine et dont le pouvoir s’exerce au Congrès. Trois lobbies exercent une influence déterminante sur la politique étrangère américaine. Le plus fort et dangereux est le lobby militaro-industriel, dénoncé le 17 janvier 1961 à la fin de ses deux mandats de président par le général Eisenhower dans une adresse solennelle à la nation américaine [1]. Le second, par son influence, est le lobby de Wall Street dont l’objectif est de faire tomber toutes les barrières commerciales et les frontières pour permettre aux capitaux et aux entreprises américaines de se développer mondialement. Enfin le lobby israélo-américain qui fait pression pour un soutien inconditionnel à Israël en toutes occasions, même les moins défendables, et qui influence la politique américaine au Moyen-Orient.

Mais la première constante dans la politique étrangère américaine, compatible avec les objectifs du lobby-militaro-industriel et des autres lobbies est d’empêcher la création de l’Eurasie, c’est-à-dire une alliance ou une coopération stratégique entre l’Europe et la Russie qui leur contesterait leur primauté mondiale. L’ancien conseiller national à la sécurité des États-Unis, Zbigniew Brzezinski, publia en 1997 sous le titre Le grand échiquier un livre où il soutenait la thèse selon laquelle « Pour l’Amérique, l’enjeu géopolitique principal est l’Eurasie ». Il explicitait ainsi sa pensée [2] : « Si l’Ukraine tombait, écrivait-il, cela réduirait fortement les options géopolitiques de la Russie. Sans l’Ukraine et ses 52 millions de frères et sœurs slaves, toute tentative de Moscou de reconstruire l’empire eurasien menace d’entraîner la Russie dans de longs conflits avec des non-slaves aux motivations nationales et religieuses. »

Toute la tension avec la Russie procède de cette analyse. Les États-Unis et l’OTAN jouent de la méfiance légitime des pays de l’Est européen avec la Russie. Ce qu’il y a de regrettable, c’est qu’Angela Merkel et François Hollande se sont mis à genoux devant les exigences américaines. Alors que les faits font conclure à tout analyste indépendant que ce sont les agissements américains qui sont les responsables du coup d’État de la place de Maïdan du 20 février 2014. C’est ce coup d’État qui a conduit à la démission du président pro-russe Viktor Ianoukovitch, entrainant la riposte de Poutine en Crimée et le climat de Guerre froide exploité par Washington pour déployer une brigade blindée en Europe de l’Est.

Malgré la volonté affichée par Obama au début de son mandat, le président américain n’a pas pu appuyer sur le bouton « reset » de la relation avec la Russie. Pourquoi ? A quels niveaux faudrait-il agir pour que la relation États-Unis/Russie se reconstruise sur des bases saines ?

Parce ce que la Russie, dans l’opinion américaine, est pour l’instant le seul adversaire crédible pour satisfaire les objectifs du lobby militaro-industriel qui est de maintenir un budget militaire mondial supérieur au total de celui de tous les autres grands acteurs du système international. Quelques chiffres permettent de concrétiser cette domination [3] : le budget américain de la Défense était de 640 milliards de dollars en 2013, supérieur au total des 9 autres budgets des pays suivants, dont ceux de la Chine (188 milliards de dolars), de la Russie (88 milliards de dollars) et de la France (61 milliards dollars – parité euros dollars de 2013).

Quant au budget des 16 agences de renseignement américain, il est équivalent au total du budget militaire de la Russie, soit 76 milliards de dollars [4] en 1973.

Néanmoins cette relation pourrait évoluer rapidement car la Chine apparait aux experts américains comme une menace de plus en plus crédible pour les intérêts économiques et stratégiques américains [5]. Ils surveillent notamment tout rapprochement stratégique entre la Russie et la Chine qu’ils ne peuvent accepter. C’est la seule option qui peut faire changer fondamentalement la position des États-Unis vis-à-vis de la Russie.

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Le graphique ci-dessus montre que la relation commerciale entre les États-Unis et la Chine devient de plus en plus déséquilibrée, ce que souligne le rapport au Congrès de la Commission chargée de suivre les rapports économiques et de sécurité des États-Unis avec la Chine.

En matière de sécurité, le même rapport conclut que les relations sino-américaines continuent de se détériorer.

Si la Guerre froide est révolue, certains officiels et experts se référent toujours aux schémas de l’époque bipolaire. Dans quels cercles sont-ils les plus présents et influents (à la fois aux États-Unis et en Russie) ? Est-ce une question d’âge ? Le renouvellement des élites et l’arrivée de nouvelles générations peuvent-ils laisser entrevoir une évolution des mentalités ?

Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une question d’âge. Il s’agit tout simplement d’intérêts au sens que le Premier ministre de la reine Victoria, Benjamin Disraeli (1804-1881) donnait à ce concept. Il considérait que les États n’ont ni amis, ni ennemis mais des « intérêts permanents ».

Tout le problème aujourd’hui dans nos démocraties est de savoir qui détermine réellement ces intérêts permanents : la nation souveraine au travers du suffrage universel ou les lobbies ?

Propos recueillis par Emilia Capitaine

[1] Nous devons veiller à empêcher le complexe militaro-industriel d’acquérir une influence injustifiée dans les structures gouvernementales, qu’il l’ait ou non consciemment cherchée. Nous nous trouvons devant un risque réel, qui se maintiendra à l’avenir : qu’une concentration désastreuse de pouvoir en des mains dangereuses aille en s’affermissant. Nous devons veiller à ne jamais laisser le poids de cette association de pouvoirs mettre en danger nos libertés ou nos procédures démocratiques. Nous ne devons jamais rien considérer comme acquis. Seul un peuple informé et vigilant réussira à obtenir que l’immense machine industrielle et militaire qu’est notre secteur de la défense nationale s’ajuste sans grincement à nos méthodes et à nos objectifs pacifiques, pour que la sécurité et la liberté puissent prospérer ensemble.

[2] Traduit de Zbigniew Brzezinski, Die einzige Weltmacht – Amerikas Strategie der Vorherrschaft, Fischer Taschenbuch Verlag, pp.15/16.

[3] Le budget de Défense américain représentait en 2013, 640 milliards de dollars autant que le Budget réuni des 9 pays suivants : Chine (188), Russie (88), Arabie Saoudite (67), France (61), Grande-Bretagne ()58, Allemagne (49), Japon (49), Inde (48), Corée du Sud (33). Source SIPRI.

[4] En savoir plus : Le Monde : « Le « budget noir » américain rendu public ».

[5] 2015 REPORT TO CONGRESS OF THE U.S-CHINA ECONOMIC AND SECURITY REVIEW COMMISSION, novembre 2015 : « government’s efforts to address tensions in the U.S.- China relationship through bilateral dialogue continue to yield limited results. The latest Strategic and Economic Dialogue concluded with some progress on environmental and financial issues, but reached an impasse in addressing fundamental strategic and economic issues such as cybersecurity, anticorruption cooperation, and investment barriers to foreign firms in many industries ».


Analyse de la situation politique et militaire en Irak - Mars 2016

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En Irak, le mois de février a été le théâtre de l’affrontement des influences extérieures américaines et iraniennes ; les premières cherchant à écarter les milices shiites de la future bataille de Mosul ; les secondes, s’appuyant sur les partis shiites irakiens, essayant de les imposer dans une région pourtant essentiellement sunnite et kurde.

Sur le plan des opérations militaires, il semble clair que le gouvernement irakien veuille régler le cas de Faluja et sécuriser définitivement le Nord de Bagdad avant de s’attaquer à Mosul. Et la puissante contre-offensive menée par Daech le 28 février en direction de la ville d’Abou Ghraib, dont les limites Est touchent pratiquement l’aéroport international de Bagdad, est de nature à les conforter dans cette résolution.

Cette décision de s’emparer d’abord de Faluja, puis de sécuriser le nord-ouest de Bagdad jusqu’à Samara, repousse clairement à 2017 la reprise de Mosul. Elle contraint la diplomatie américaine à essayer de s’entendre avec les Russes pour éviter au camp démocrate, en cette année pré-électorale, l’humiliation de voir Raqqa, capitale de l’Etat islamique, libérée par les forces syriennes appuyées par les Russes alors qu’en Irak la bataille décisive de Mosul n’est même pas amorcée.

Situation militaire

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Il semble que les irakiens veulent régler le cas de Faluja avant de s’attaquer à Mosul. En ce début du mois de mars Faluja est totalement encerclée mais la bataille pour chasser les djihadistes de la ville sera, à mon avis, extrêmement difficile. Daech est installé dans cette ville depuis longtemps et ses positions sont beaucoup plus fortifiées et piégées qu’à Ramadi.
Au sud de la ville de Faluja, les unités de l’armée et de la police irakiennes se trouvent à vue du pont de Faluja, situé à l’ouest de la ville mais le 26 février, elles ont dû repousser une contre-offensive lancée par Daech. Parallèlement, l’Etat-major irakien, cherche à couper les routes du Nord avec « l’organisation des milices populaires » qui a causé à Daech des pertes importantes en vies humaines et en matériels dans le district de Karma Nord-Est de Faluja.

Au nord de Faluja, dans la région d’Albou Abid, à 20 km au nord de Ramadi, selon un chef tribal de la région, toutes les routes d’approvisionnement de Daech ont été coupées par les hommes des tribus.

Le 28 février, Daech a lancé une vaste offensive sur Abou Ghreb, dans la région de Hasswa, à l’ouest de Bagdad, obligeant les populations locales à prendre la fuite. Les combattants de Daech ont, pendant ces combats, incendié le silo de Khan Dhari ainsi que plusieurs camions chargés de blé qui s’y trouvaient. L’aviation militaire irakienne a lancé plusieurs raids sur ces nouvelles positions de Daech pour les en déloger. C’était la première fois depuis 2014 que Daech arrive jusqu’à là. Des forces militaires irakiennes, notamment le régiment présidentiel, ont été déployées aux alentours de l’aéroport international de Bagdad, tout proche d’Abou Ghreb, pour parer à toute éventualité.

Sur le plan politique

Le 24 février, le premier ministre irakien Haider Al Abadi a évoqué la question des milices de l’Organisme de Mobilisation Populaire, en disant que ces forces doivent prendre part à la libération de la ville de Mosul. Cette déclaration a entrainé de fortes réactions dans les milieux politiques et populaires irakiens. L’utilisation des milices shiites pour libérer Mosul, ville à dominante sunnite et à forte minorité kurde, est perçue par les sunnites comme une volonté de les écarter de cette bataille et de remplacer l’occupation actuelle de la ville par les djihadistes de l’Etat Islamique par celle des milices pro-iraniennes. Haider Al Abadi a déclaré que la décision de libérer Mosul serait une décision purement irakienne. Les partis et les coalitions shiites ont, bien sûr, soutenu cette déclaration tandis que les partis sunnites ont critiqué ses propos, soulignant que la libération de la ville de Mossoul doit être faite par les habitants de ce gouvernorat sunnite en coopération avec l’armée irakienne et les peshmergas mais sans la participation des milices shiites.

Tout de suite après sa déclaration, le premier ministre a tenu à rencontrer, à plusieurs reprises, les chefs des milices shiites pour leur faire part de son soutien et démentir les rumeurs de pressions américaines et internationales. Pour les observateurs, cela constitue une volte-face d’Al Abadi par rapport aux accords passés avec les parties locales et internationales dans le cadre de la lutte contre Daech. Ces accords avaient prévu d’écarter les milices shiites des champs de bataille qui se trouvent dans les gouvernorats à majorité sunnite, à consolider le rôle de l’armée irakienne et des combattants des tribus sunnites dans les combats contre Daech. Cette déclaration d’Al-Abadi est semble-t-il destinée à conforter sa position intérieure vis à vis des partis shiites car elle a été faite juste après son annonce de remanier son gouvernement en l’ouvrant à des techniciens ce qui pourrait entrainer le départ de plusieurs ministres shiites. Ce faisant, il rejoint les rangs des pro-iraniens car écarter les milices shiites c’est écarter politiquement l’Iran de la scène irakienne. Pour l’Iran, les villes irakiennes à l’Est du Tigre sont ses portes vers la Syrie. C’est pourquoi Téhéran essaie d’imposer les milices shiites en tant que composante de la bataille de Mosul, afin d’éviter le scénario de la bataille de libération de Ramadi qui s’est déroulée sous surveillance et commandement américain direct et avec une participation sunnite armée et efficace.

Situation sécuritaire

A Bagdad, en général, les crimes organisés de vol à main armée en plein jour, en uniformes militaires ou policiers et à bord de voitures ressemblant à des véhicules officiels, de kidnapping et d’assassinats pour diverses raisons ont continué comme avant. Mais les attentats à l’explosif et à la voiture piégée ont baissé. Le plus violent attentat à l’explosif a eu lieu, le 25 février au soir, lorsque deux kamikazes portant des ceintures d’explosifs se sont fait exploser dans une mosquée shiite, située au quartier de Shula, faisant 12 morts et une trentaine de blessés.
Dans 12 des gouvernorats du Nord et du Sud, la situation sécuritaire est toujours calme et sous contrôle, et reste toujours tendue dans l’ensemble des 6 gouvernorats dans lesquels Daesh réalise des attentats puisque l’on déplore 450 morts contre 397 morts en janvier et 545 en décembre 2015.

Ainsi, dans le gouvernorat d’Al Anbar on déplore 98 morts contre 106 morts en janvier et 182 en décembre ; à Nineveh 92 morts contre 86 en janvier et 132en décembre ; à Salahuldein 78 morts contre 74 en janvier et 86 en décembre, à Kirkuk 77 morts contre 43 en janvier et 73 en décembre ; à Diyala 36 morts contre 32 en janvier et en décembre et à Bagdad 69 morts contre 56 en janvier et 60 en décembre.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL


5 mars 1946, discours de Fulton et début de la Guerre froide : 70 ans après, où en est le trio infernal Russie, Etats-Unis, Europe ?

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Les Etats-Unis et l’Europe ont gagné la Guerre froide mais ont perdu la paix. Aucune véritable normalisation des relations n’a eu lieu entre le camp occidental et la Russie depuis la fin de la Guerre froide. En conséquence, les grilles de lecture et idéologies de l’époque bipolaire continuent à s’appliquer un quart de siècle après l’effondrement de l’empire soviétique.

En dépit d’une coopération sur certains dossiers stratégiques et dans la sphère économique, les relations entre la Russie et le monde occidental sont encore aujourd’hui empreintes d’une grande méfiance. Pourquoi selon vous ne parvient-on pas à sortir complètement des grilles de lecture de la Guerre froide?

Florent Parmentier : il est certain que la Guerre dans le Donbass a ravivé un certain nombre de stéréotypes négatifs à l’égard de la Russie (et de l’Union soviétique). La personnalité de Vladimir Poutine cristallise ainsi nombre d’opposants en Europe et aux Etats-Unis, qui voient en lui l’incarnation même du despote oriental, froid, calculateur et brutal.

La grille de lecture de la Guerre froide a du succès parce qu’elle est facile d’emploi : elle met en avant un grand récit sur l’inévitabilité de la victoire des démocraties, identifie un camp du bien et un camp du mal, et s’appuie sur des stéréotypes établis.

On peut observer aux Etats-Unis combien taper sur la Russie peut être efficace : en l’absence d’un lobby pro-russe influent aux Etats-Unis, ou d’interdépendance économique forte, il est plus simple de s’attaquer sur le plan rhétorique à la Russie qu’à la Chine. L’alliance de partisans des droits de l’Homme, de porte-paroles des pays d’Europe Centrale et Orientale et de faucons au Sénat et au Congrès ne contribue pas à normaliser les relations.

Jean-Bernard Pinatel : Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin s’écroulait et annonçait, avec la chute du régime soviétique, la fin du condominium soviéto-américain sur le monde. A partir de cette date et jusqu’à aujourd’hui, le système international est dominé par une seule superpuissance, les Etats-Unis, qui mènent une stratégie globale pour conserver sans partage cette primauté en utilisant tous les moyens de la puissance à leur disposition et en premier lieu la puissance militaire et le renseignement. Quelques chiffres permettent de concrétiser cette domination [1] : le budget américain de la Défense était de 640 milliards de dollars en 2013, supérieur au total des 9 autres budgets suivants dont ceux de la Chine 188 milliards, de la Russie 88 milliards et la France 61 milliards (parité euros dollars de 2013). Quant au budget des 16 agences de renseignement américain, il est équivalent au total du budget militaire de la Russie soit 75,6 milliards de dollars [2] en 1973.

Que l’Europe se rapproche de la Russie comme la France et l’Allemagne l’ont fait après un siècle d’affrontement et trois guerres est totalement contraire aux intérêts les plus stratégiques des Etats-Unis. Les stratèges américains depuis la chute du mur en 1989 n’ont qu’une seule crainte : la création d’un grand ensemble l’Eurasie comprenant l’Europe et la Russie qui leur contesterait le leadership mondial. L’ancien conseiller national à la sécurité des Etats-Unis, Zbigniew Brzezinski, publia en 1997 sous le titre « Le grand échiquier » un livre où il soutenait la thèse que« Pour l’Amérique l’enjeu géopolitique principal est l’Eurasie ». Il explicitait ainsi sa pensée [3] : « Si l’Ukraine tombait, écrivait-il, cela réduirait fortement les options géopolitiques de la Russie. Sans l’Ukraine et ses 52 millions de frères et sœurs slaves, toute tentative de Moscou de reconstruire l’empire eurasien menace d’entraîner la Russie dans de longs conflits avec des non slaves aux motivations nationales et religieuses.»

Le dossier ukrainien est le plus emblématique et le plus actuel de cette volonté de réinstaller un climat de guerre froide en Europe. Entre 2002 et 2009, grâce aux câbles diplomatiques américains, que Wikileaks a dévoilé, nous savons que les Etats-Unis ont dépensé des dizaines de millions de dollars afin d’aider l’opposition ukrainienne à accéder au pouvoir [4]. Ils témoignent aussi de l’effort constant et de la volonté continue des Etats-Unis d’étendre leur sphère d’influence sur l’Europe de l’Est et notamment en Ukraine via l’OTAN. Les Etats-Unis n’ont pas cessé un seul instant de proposer à l’Ukraine de rejoindre l’OTAN , alors que Kiev est la capitale historique de la Russie [5] et la Géorgie, conquise par les Tsars sur l’empire Ottoman est la patrie de Staline qui reste celui qui a gagné la grande guerre patriotique contre le nazisme. L’Europe a heureusement refusé cette proposition lors du sommet de l’OTAN d’avril 2008 à Bucarest.

Mais ces manœuvres appuyées par des désinformations souvent grossières ont fini par irriter en 2014 et 2015 plusieurs généraux européens et un ambassadeur français qui ont exprimé publiquement leurs doutes sur les informations publiées par les américains, l’OTAN et les autorités ukrainiennes. Le Général français Christophe Gomart, directeur du renseignement militaire [6], le général Polonais Skrzypczak, conseiller du ministre de la Défense [7], le Général Allemand Harald Kujat [8] ancien chairman du comité militaire de l’OTAN et l’ancien ambassadeur de France à Moscou Jean de Glinasty [9] ont dénoncé en 2014 et 2015 les désinformations des Etats-Unis via l’OTAN et celles du gouvernement ukrainien sur la réalité de ce qui se passe sur le terrain.

Mais si l’Ukraine est le coin que l’administration américaine enfonce avec persévérance entre l’Europe et la Russie, de nombreux autres modes d’action ont été mis en œuvre par les Etats-Unis et son bras armé, l’OTAN depuis 1991 pour réinstaller un climat de guerre froide en Europe :

  • ils s’appuient sur la peur légitime qu’inspire la Russie aux pays de l’Est de l’Europe, antagonisme qui ne date pas de ce siècle mais que la France et l’Allemagne ont surmonté en deux générations ;
  • ils ont envoyé en Géorgie, sous la présidence de Saakachvili, des conseillers militaires et des forces spéciales aux portes de la Russie pour l’aider à mater les tendances autonomistes de plusieurs de ses provinces ;
  • ils installent des bases militaires, déploient des systèmes d’armes et effectuent des manœuvres dans tous les anciens pays de la CEI sous couvert de lutte contre le terrorisme ;
  • ils dénoncent sans relâche l’absence la liberté de la presse et les atteintes aux droits de l’homme en Russie, pays qui a renoncé à la peine de mort en 1998 mais s’abstiennent de toute critique contre la monarchie moyenâgeuse de l’Arabie Saoudite qui décapite plusieurs centaines de leurs sujets chaque année ou contre la Turquie d’Erdogan, membre de l’OTAN, qui aide DAECH et qui tue et emprisonne ses journalistes et ses avocats et mène une véritable guerre contre la minorité Kurde de son peuple.

Last but not least, grâce à Wikileaks, il est devenu de notoriété publique que les Etats-Unis s’arrogent le droit d’espionner les dirigeants de leurs meilleurs alliés comme François Hollande et Angela Merkel. Comment ne pas penser que la connaissance des conversations les plus intimes de ces dirigeants ne donne pas au dirigeants américains un pouvoir de pression efficace sur eux ?

Aujourd’hui, tant en Allemagne qu’en France de nombreux dirigeants politiques prennent de plus en plus conscience que nous ne partageons pas toujours les mêmes intérêts stratégiques que les Etats-Unis sur des dossiers qui intéressent directement notre sécurité. Ils sont convaincus que si l’Europe n’envisage pas de manière autonome la résolution des conflits qui menace sa sécurité elle en subira les terribles conséquences alors que les Etats-Unis, plus éloignés, en titreront bénéfice.

En quoi cette persistance de l’idéologie et ce manque de pragmatisme vis-à-vis de la Russie empêchent la formation d’un système de sécurité global efficace ?

Florent Parmentier : Le manque de pragmatisme a conduit les Etats-Unis et l’Europe à gagner la Guerre froide, mais à perdre la paix. La Russie post-soviétique ne se considérait pas comme un pays vaincu, parce que c’est son propre peuple qui a agi pour sortir de la Guerre froide.

Dans ce contexte, il est évident que les Européens en particulier ont à gagner à des rapports apaisés avec la Russie, en raison de la proximité géographique et de l’interdépendance économique, même si cela ne veut pas dire le faire à vil prix, ou au détriment d’un pays comme l’Ukraine. Sur les questions gazières, de l’exportation des valeurs démocratiques ou de la gestion du Printemps arabe, inclure la Russie aurait pour effet de stabiliser le système international, qui sera changé par la montée des BRICS, le renforcement de l’Organisation de la Coopération de Shanghaï et les grandes évolutions technologiques et démographiques.

Si les Etats-Unis étaient l’hyperpuissance incontestée et incontestable de la fin de la Guerre froide au début des années 2000, ils sont désormais entrés dans un déclin relatif du fait du phénomène de rattrapage et de montée en puissance de certains pays émergents dont fait partie la Russie. Les Etats-Unis n’ont plus ni la volonté, ni la capacité, ni la légitimité d’impulser de façon unilatérale les contours de l’ordre mondial. En quoi la reconfiguration des rapports de force et la multiplication des pôles de puissance vont-elles influencer les relations entre le monde occidental et la Russie ? Cette nouvelle donne est-elle l’occasion de se défaire du poids de l’idéologie ?

Florent Parmentier : En politique internationale, les représentations perdurent souvent au-delà des effets qui les ont engendrées. Notre vision de la Russie évoluera sans doute moins vite que la réalité.

Le paradoxe essentiel de cette situation est sans doute le suivant : les stratèges russes parlent depuis les années 1990 avec envie de l’idée de multipolarité, rageant de constater l’unilatéralisme américain. Dans leur perspective, la Russie fait bien entendu partie de ces pôles qui pèseront à l’avenir, principalement autour de l’espace post-soviétique, d’où la construction de l’Union économique eurasiatique que Vladimir Poutine a mise en place en 2015. Cette volonté de puissance russe d’inspiration néo-eurasiste née des années 1990-2000 devait nécessairement engendrer un conflit de représentations avec les Etats-Unis et le mouvement néo-conservateur, ainsi que Benoît Pélopidas, Didier Chaudet et moi-même l’avions annoncé dans l’ouvrage L’empire au miroir. Stratégies de puissance aux Etats-Unis et en Russie (Droz, 2007). La guerre du Donbass est l’exemple même de la dialectique du ressentiment que nous avions décrite.

Cependant, le postulat russe peut être questionné ; la question de la Russie en tant que puissance peut se poser à l’avenir, dans la mesure où la guerre du Donbass a fait de Moscou un repoussoir pour Kiev. D’autres pays post-soviétiques se détournent aujourd’hui de la Russie, inquiets des initiatives possibles du Président russe. La Russie pourrait très bien n’être à l’avenir qu’un partenaire junior de la Chine, si elle ne parvient pas à renouer des contacts avec les Européens, voire les Américains. A moyen terme donc, on peut imaginer que la montée en puissance de la Chine aidera probablement au rapprochement entre Européens, Américains et Russes, qui dépendra également d’autres facteurs.

Propos recueillis par Emilia Capitaine

Source : ATLANTICO

[1] Le budget de Défense américain représentait en 2013 640 milliards de dollars, autant que le Budget réuni des 9 pays suivants : Chine 188, Russie 88, Arabie Saoudite 67, France 61, Grande-Bretagne 58, Allemagne 49, Japon 49, Inde 48, Corée du Sud 33. Source SIPRI.

[2] En savoir plus : Espionnage : le « budget noir » américain rendu public

[3] Traduit de : Zbigniew Brzezinski: « Die einzige Weltmacht – Amerikas Strategie der Vorherrschaft », Fischer Taschenbuch Verlag, pp.15/16.

[4] Le National Endowment for Democracy (NED) (en français, Fondation nationale pour la démocratie) est une fondation privée à but non lucratif des États-Unis dont l’objectif déclaré est le renforcement et le progrès des institutions démocratiques à travers le monde [1]. La plus grande part de ses fonds provient du département d’État des États-Unis, avec approbation du Congrès. L’ancien directeur de la CIA, William Colby, déclarait en 1982, dans le Washington Post, à propos du programme de la NED : « Il n’est pas nécessaire de faire appel à des méthodes clandestines. Nombre des programmes qui […] étaient menés en sous-main, peuvent désormais l’être au grand jour, et par voie de conséquence, sans controverse ». William I. Robinson, Promoting Polyarchy: Globalization, US Intervention, and Hegemony [archive], Cambridge university Press, 1996, 466 p., pp. 87-88.

[5] La Rus’ de Kiev est un État qui a existé sur le territoire de l’actuelle Ukraine et de la partie de la Russie occidentale. La Rus’ de Kiev constitua également la base de départ de ce qui deviendra d’abord le grand-duché de Moscovie et ensuite la Russie.

[6] Devant la commission des AE et de la défense de l’Assemblée Nationale mars 2015,le général Gomart déclare « L’OTAN avait annoncé que les Russes allaient envahir l’Ukraine alors que, selon les renseignements de la DRM, rien ne venait étayer cette hypothèse – nous avions en effet constaté que les Russes n’avaient pas déployé de commandement ni de moyens logistiques, notamment d’hôpitaux de campagne, permettant d’envisager une invasion militaire et les unités de deuxième échelon n’avaient effectué aucun mouvement. La suite a montré que nous avions raison car, si des soldats russes ont effectivement été vus en Ukraine, il s’agissait plus d’une manœuvre destinée à faire pression sur le président ukrainien Porochenko que d’une tentative d’invasion ».

[7] theorisk.wordpress.com.

[8] Former NATO general doubts the Russian invasion of Ukraine (video).

[9] Un ex-diplomate français suggère que Washington pourrait être à l’origine de la crise ukrainienne.


La bombe humaine : Turquie, Syrie, Russie, Europe… comment les migrants sont devenus la nouvelle arme non conventionnelle utilisée par (presque) tous

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Mardi 1er mars, le général américain commandant les forces de l’Otan en Europe accusait la Russie et la Syrie d’utiliser les mouvements migratoires comme une arme pour déstabiliser l’Europe. Cette instrumentalisation stratégique du phénomène migratoire est partagée par la plupart des acteurs impliqués dans le conflit syro-irakien, Etat islamique compris.

Atlantico : Mardi 1er mars, le général Philip Breedlove, le chef des forces de l’Otan en Europe, a accusé la Russie et la Syrie d’utiliser les mouvements migratoires comme une arme pour déstabiliser l’Europe. Au-delà de la teneur des propos de ce général américain et de leur bien-fondé ou non, dans quelle mesure le phénomène migratoire peut-il être utilisé comme une arme géopolitique à l’heure actuelle ?

Jean-Bernard Pinatel : Avant de vous répondre sur le fond de votre question, je me dois de qualifier les propos de ce général de l’OTAN de grossière propagande. L’OTAN ne défend pas l’Europe, elle défend les intérêts américains en Europe.

Les Etats-Unis qui dirigent cette organisation ont un objectif stratégique qu’ils poursuivent sans relâche depuis 1991: éviter que l’Europe et la Russie se rapprochent et que leur alliance stratégique les prive de la primauté mondiale qu’ils ont acquise suite à l’effondrement de l’URSS. Quant à l’OTAN son rôle est de mettre en œuvre cette stratégie en réinstallant un climat de Guerre froide en Europe. Sur le fond, sa déclaration est totalement contredite par les faits. Les réfugiés Syriens étaient depuis longtemps stationnés dans des camps en Turquie et cela bien avant l’intervention russe en Syrie qui a commencé en août 2015.

Caroline Galacteros : Le SACEUR emploie sciemment une rhétorique guerrière qui correspond à la posture de l’OTAN de plus en plus belliqueuse…et belligène. Les Etats-Unis et l’Alliance (sans oublier son membre du flanc sud, la Turquie), mis en difficulté en Syrie par l’implication russe qui commence à rencontrer des succès opérationnels importants, essaient désormais d’accréditer par divers moyens l’idée d’une convergence objective d’intérêt et d’action entre Moscou et l’Etat islamique. Cela permet opportunément de faire oublier que celui-ci a été mollement combattu depuis 2014 et que ses avatars « rebelles » sont même soutenus directement ou indirectement par Washington ou ses proxys saoudien, qatari et turc.

Cette posture croissante de l’Alliance, ajoutée à sa réactivation actuelle de la guerre civile en Ukraine et à ses gesticulations et activités militaires grandissantes sur son flanc ouest (Pays baltes, Pologne, etc…) pour se préparer à défendre ses membres contre de prétendues velléités russes d’agression sont assez inquiétantes. Elles laissent penser que l’on est encore loin d’une coopération sérieuse russo-américaine pour en finir avec Daech et ses cousins de « la rebellitude » insurgée.

Ce contexte doit être rappelé car il surdétermine les positions des acteurs. Dans ce jeu, les migrations de populations qui fuient la guerre ou la misère ont un effet déstabilisateur évident sur une Europe politiquement divisée et sécuritairement désarmée face aux mouvements de populations massifs qu’elle n’a jamais su ni voulu anticiper.

La crise migratoire est bien le dernier clou, spectaculairement douloureux et humiliant, enfoncé dans le cercueil des utopies européennes. Utopie d’une unification politique inéluctable et « naturelle », utopie d’un arasement prétendument souhaitable des frontières, utopie d’une fusion idéelle des identités et des cultures dans un creuset communautaire dont on a nié par ailleurs la racine chrétienne originelle pour accueillir généreusement et bien naïvement une radicalité identitaire politico-religieuse exogène. La disqualification des Etats, de l’autorité, des souverainetés tenues pour rétrogrades dès les années 90, ont abouti à la consolidation des communautarismes et à la montée de crispations populistes devant ce déni du réel dogmatique, technocratique et massif.

On peut donc parler d’une « arme » au sens où, de facto, cet afflux massif mais coordonné de migrants met à mal une UE incertaine d’elle-même, perdue entre ses valeurs affichées et ses intérêts les plus évidents, et la plonge dans une crise révèlant l’indécision et la désunion structurelles de ses gouvernants et pour certain, leur déficit de représentativité.

L’Europe est donc face à ses inconséquences. Il lui semble impossible de refouler les hordes de migrants, impossible aussi de les accueillir sans dommages politiques et sociaux considérables pour des cohésions nationales déjà très abimées.

En fait, cet afflux soudain de migrants, amplifié par la guerre, instrumentalisé par des réseaux de passeurs et des mouvements salafistes extrémistes -qui veulent pousser l’Europe vers l’éclatement -et certains de ses membres à s’opposer au basculement de leurs territoires vers un communautarisme ingérable pavant la route d’un islam politique conquérant-, ne sont en fait que l’écume tragique d’une vague de fond ancienne qui a déjà sensiblement transformé le visage des pays européens.

Les forces centrifuges sont donc là. Il faut d’ailleurs remarquer que, bien plus que les membres fondateurs, ce sont les nouveaux Etats membres d’Europe de l’est et balkanique qui prennent conscience de ce délitement culturel et social et se souviennent qu’ils ont en commun avec la Russie une vision plus lucide et pragmatique de ce type de phénomène.

Difficile de reprocher à Vladimir Poutine de se réjouir secrètement de ce renversement de situation ni de voir ses anciens satellites qui l’ont tant méprisé et craint, lui trouver désormais quelques vertus. Il prend indirectement sa revanche sur un élargissement qui a amputé la Russie de sa couronne protectrice d’Etats. Ses méthodes radicales et brutales pour réduire la rébellion et l’Etat islamique, pour « terroriser les terroristes » et les débusquer, ne visent évidemment pas les populations civiles en cherchant à les faire fuir vers l’Europe comme veut le faire accroire le SACEUR. Elles visent les djihadistes qui utilisent sans vergogne les civils comme « boucliers humains » leur permettant de se dissimuler au cœur des villes ou quartiers qu’ils contrôlent.

Alain Coldefy : Le phénomène migratoire est à l’évidence « exploitable » politiquement en rappelant – même si le résultat est le même – que ce ne sont pas des forces militaires qui expulsent directement des populations comme on l’a vu dans le passé mais des populations qui fuient la guerre, les assassinats, les viols, etc.

Cependant ce n’est pas une arme au sens où une arme est un outil que l’on fabrique dans un but de donner la mort pour atteindre un objectif militaire dans le cadre d’une stratégie générale dont les buts sont évidemment politiques. Le phénomène migratoire dans sa partie « réfugiés politiques », à bien distinguer des migrants économiques, est un « effet collatéral tragique » des crises et des guerres. Certes il peut être utilisé comme un moyen de pression dans les rapports entre Etats mais il ne peut à lui seul décider du sort d’un combat ou d’une guerre. Ce n’est donc pas une arme. On l’a bien vu en Libye, lorsque Kadhafi avait proféré des menaces en ces termes : « je suis le seul à être capable d’arrêter le flot de migrants venant du Sahel ». Cela n’a pas empêché la coalition de le supprimer.

Il faut replacer les déclarations du SACEUR dans un contexte politique national (Sénat américain) et face à une situation en Europe où les Etats-Unis souhaitent renforcer leur présence. Ce redéploiement américain prend différentes formes. Tout d’abord il s’opère par un déploiement de forces navales permanentes de l’OTAN en mer Egée pour « surveiller » (cette force est sous commandement allemand en ce moment). Par ailleurs il se fait sous la forme d’un déploiement de forces américaines « tournantes » en Pologne et plus généralement en Europe ajouté à une augmentation conséquente des budgets.

Ces déclarations ont pour but de rassurer les Etats baltes, la Pologne et de positionner la politique américaine au sujet de l’Ukraine en présentant l’action russe sous un angle dangereux, ce qui n’est pas faux.

Comment est utilisée « l’arme migratoire », par chacune des parties, dans le contexte actuel des conflits qui déchirent le Moyen-Orient ?

Caroline Galacteros : Qui tient cette arme en main ? Personne en particulier, chacun un peu, et sans doute le Président Erdogan plus que tous les autres. Daech aussi, évidemment fait son miel de cette tragédie humaine. En février 2015, son « Calife » nous avait déjà directement menacés d’une invasion de plus de 500 000 migrants au cas où l’Italie interviendrait militairement en Libye. En France, le général Gomart, patron de la DRM, parlait lui en septembre dernier, de « 800 000 à un million de migrants prêts à partir de l’autre rive de la Méditerranée ».

Moscou de son côté ne peut qu’y voir une confirmation supplémentaire de la justesse de son raisonnement. A force de ne pas combattre les terroristes syriens, irakiens et libyens comme un tout et comme une menace globale pour l’Occident, le résultat est cet exode incontrôlable dont les Européens font les frais. Cela les convaincra-t-il de se montrer enfin réalistes et de renoncer à renverser le régime d’Assad ? Rien n’est moins sûr.

Angela Merkel a pris une décision purement politicienne d’une légèreté ahurissante, sans consultation de ses partenaires, comme si elle dirigeait seule l’Union européenne et pour des bénéfices d’image aléatoires. Nous en supportons tous les conséquences dramatiques. L’Allemagne est à genoux devant la Turquie, lui promettant (en notre nom) 3 milliards supplémentaires dans le cadre de la crise migratoire (venant s’ajouter aux 4,9 milliards d’euros déjà payés sur la période 2007-2013 et 1,25 de 2002 -2006 au titre du processus -suspendu-de pré-adhésion dont la Turquie n’a rempli … qu’un petit tiers des obligations d’après la Cour des Comptes européennes !). Cela afin qu’elle consente à contenir les masses de migrants sur son territoire. La Turquie qui soutient, arme, et laisse transiter les combattants djihadistes notamment de Daech, tient là l’arme d’un chantage inqualifiable et cherche à rouvrir les négociations sur son adhésion à l’UE ! Et nous nous soumettons.

Alain Coldefy : L’arme migratoire est à mon sens utilisée « à la petite semaine » par les protagonistes. Il n’y a pas de plan concerté ou pré établi, mais une récupération des migrants. Elle est utilisée de façon différente en fonction des acteurs concernés.

Tout d’abord l’Etat islamique profite de ce phénomène pour affirmer que l’Europe va être submergée, ce qui annoncerait sa victoire finale.

De son côté, la Turquie sait qu’elle reste un pion géostratégique important pour l’OTAN et monnaye ses positions, alternant le chaud et le froid, y compris avec les Etats-Unis. Cela ne doit pas éluder le fait que la montée de l’islamisme d’Erdogan est une réalité.

En ce qui concerne la Russie, elle profite du chaos pour reprendre ses positions stratégiques anciennes dans la zone, en particulier sur les façades maritimes et joue habilement face à la coalition otanienne.

L’Europe, elle, semble totalement absente et ses principaux pays (Allemagne, Royaume-Uni et France) n’ont pas réussi à avoir une politique concertée, précisément à cause de la politique à l’égard des migrants menée unilatéralement par Angela Merkel, ainsi qu’en raison de divergences franco-britanniques sur Assad

Enfin, les Etats-Unis entrent en léthargie stratégique alors que s’achève le mandat non renouvelable du Président.

Derrière la crise migratoire, ce sont des drames humains qui se jouent. N’est-ce pas surprenant de voir que même des pays démocratiques utilisent ce phénomène comme une arme politique dans les négociations internationales ?

Caroline Galacteros : La Grèce, prise d’assaut par les migrants, exsangue économiquement et incapable de faire face, a menacé un temps lors du Conseil européen sur le Brexit de refuser de signer l’accord conclu avec le Royaume-Uni si l’Union européenne ne la soutenait pas sur la question des réfugiés. C’est symptomatique. Le soutien qu’Athènes a reçu d’Angela Merkel n’est pas de la gentillesse. La crise migratoire risque de déstabiliser le gouvernement d’Alexis Tsipras, qui ne pourrait pas réaliser les « réformes structurelles » exigées par la Troïka européenne.

Un risque trop grand pour l’Allemagne dont les banques, ainsi que d’autres banques européennes, craignent un Grexit et un défaut de la Grèce sur sa dette souveraine.

De nouvelles péripéties à Athènes pourraient donner le signal d’un « sauve qui peut général » des petits Etats écœurés par l’impuissance des structures communes de Bruxelles. Le président polonais du Conseil européen Donald Tusk vient quant à lui de dire son refus des migrants économiques.

La France… est mal en point. Son appréhension du « sujet migrants » est impactée par sa crainte d’une reprise des attentats. Elle n’ose aller au choc, pétrifiée à l’idée qu’une démonstration d’autorité sérieuse puisse précipiter un soulèvement de nos banlieues travaillées en profondeur et depuis longtemps par un communautarisme musulman de combat. Elle n’en peut mais…

Alain Coldefy
: Chacun joue son jeu à partir du moment où les égoïsmes de naguère n’ont pas permis de définir une position commune. On ne se préoccupe pas des migrants qui vont aller ailleurs. Jusqu’au moment où cela explose.

Cependant, on ne peut mettre la Grèce sur le même plan, car elle n’a pas de frontière limitrophe ‘ »Schengen » et qu’elle essaie (peut-être) de répondre aux attentes de l’UE en matière budgétaire.

Si la migration peut être utilisée comme une arme, quels sont les moyens de défense mis en place par les pays menacés pour s’en prémunir ?

Caroline Galacteros
: Que faire ? Angela Merkel a un « plan A » : Trouver un accord avec la Turquie

Peu importe les sondages calamiteux et les critiques chaque jour plus virulentes de son allié bavarois : Angela Merkel persiste et signe. Il n’y a, à ses yeux, qu’une solution à la crise des réfugiés : passer un accord avec la Turquie et sécuriser les frontières extérieures de l’Union européenne. Tout le reste est vain. Et elle y croit. Il y a eu, selon elle, des avancées lors du sommet du 18 février – aucun pays n’a contesté ce double objectif – et elle est confiante dans le sommet Europe-Turquie du 7 mars. Alors que toute l’Allemagne attend le moment où elle va enfin reconnaître son isolement et adopter une autre politique, Angela Merkel très combative, a affirmé l’inverse. Elle n’a pas de « plan B », a-t-elle dit explicitement. Non seulement elle n’a « pas le temps de penser à une alternative », mais surtout elle « se concentre pleinement » sur ce qu’elle pense « être rationnel ». Trouver une solution européenne est « mon fichu devoir » a-t-elle précisé. Commentant la décision de la Macédoine de fermer sa frontière avec la Grèce après un « mini-congrès de Vienne » organisé la semaine dernière entre l’Autriche, la Hongrie et plusieurs Etats de la région, Angela Merkel a affirmé : « C’est exactement ce qui me fait peur. Quand quelqu’un ferme sa frontière, l’autre doit souffrir. Ce n’est pas mon Europe. » Une formule qui rappelle le célèbre : « Si l’on doit s’excuser pour avoir présenté un visage agréable à des gens dans la détresse, ce n’est plus mon pays. »

La chancelière allemande joue une partie serrée : après avoir encouragé l’appel d’air migratoire en Europe, elle réalise soudainement l’ampleur de la vague qu’elle a suscitée et l’opposition grandissante des pays d’Europe centrale et orientale. Quand l’Autriche annonce des quotas journaliers de migrants, prend ses distances de Berlin pour se rapprocher des pays du groupe de Visegrád, c’est le signe d’un isolement nouveau de l’Allemagne, inédit en Europe depuis longtemps.

La chancelière allemande, qui risque de se trouver en difficulté lors des prochaines élections régionales, espère beaucoup d’un accord entre l’Union européenne et la Turquie, ébauché hier et peut-être scellé dans quelques jours. Accepter un grand nombre de réfugiés syriens et irakiens répartis dans toute l’Europe, mais négocier avec Ankara pour que les déboutés du droit d’asile et les migrants économiques soient renvoyés de l’autre côté du Bosphore. Trop beau pour être crédible…Déjà, l’on apprend que les 3 milliards promis à Recep Erdogan ne suffisent pas … Le président ottoman fait monter les enchères demande également la levée de l’obligation de visas pour ses ressortissants qui se rendent en Europe, ainsi que des avancées symboliques vers l’adhésion de son pays à l’UE.

Angela Merkel prend un risque majeur, car comment faire négocier l’Union européenne et son autorité politique légendaire avec un pays qui, depuis le début du conflit syrien, apparaît de plus en plus comme un allié objectif du front al-Nosra voire de l’Etat islamique ? L’Allemagne triomphante risque de se rendre compte qu’il est plus facile de faire plier la Grèce d’Alexis Tsipras que la Turquie de Recep Erdogan …

Le Plan B existe pourtant : Les pays de Visegrád (Pologne, Hongrie, république Tchèque, Slovaquie) veulent revoir les frontières de l’UE et imposer l’idée d’une nouvelle frontière européenne où les migrants seraient réellement arrêtés avant d’entrer dans l’UE.

Les dirigeants de Visegrád appellent également à des « solutions communes » pour tarir « les sources à l’origine des pressions migratoires actuelles », et notamment la fin du conflit syrien. Ils soulignent également que le flot de migrants devrait augmenter dès le retour des beaux jours.

Le scepticisme des pays d’Europe centrale et orientale peut se comprendre. Régler la question migratoire en sécurisant seulement la frontière extérieure de l’Union européenne avec la Turquie risque d’échouer lamentablement et de donner à Recep Erdogan un effet de levier considérable dans les négociations.

Les pays du groupe de Visegrád disent haut et fort ce qui apparaît déjà au grand jour dans tous les pays européens : l’espace Schengen est en état de mort clinique et les frontières nationales réapparaissent partout. Les Allemands ont d’ailleurs été parmi les premiers à rétablir des contrôles, dès septembre 2015 ! Au-delà du refus des quotas imposés par une structure non élue démocratiquement comme la Commission européenne, les dirigeants d’Europe centrale et orientale rappellent ainsi la nécessité du rétablissement de la souveraineté nationale en cas de crise majeure, ce dont les Occidentaux semblent beaucoup moins conscients.

Bohuslav Sobotka, Premier ministre tchèque, a présenté les propositions du groupe au Président du Conseil européen, Donald Tusk, en visite à Prague, le 16 février. La République tchèque occupe actuellement la présidence tournante du groupe de Visegrád. Le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov, et le président macédonien, Gjorge Ivanov, ont également participé à cette réunion. Le groupe de Visegrád estime en effet que les frontières grecques avec la Bulgarie et la Macédoine devraient devenir la nouvelle frontière de l’UE, parce que la Grèce ne parvient pas à limiter le nombre d’arrivées sur ses îles. Athènes a récemment dénoncé la Hongrie, qui fait pression sur la Grèce pour qu’elle cesse de secourir les migrants en mer Egée, ce qui constituerait une violation du droit international. Le Premier ministre slovaque, a déclaré être pessimiste, à la fois en ce qui concerne la capacité de la Grèce de faire face à la crise et le potentiel du plan d’action UE-Turquie. « C’est pourquoi nous avons discuté d’un plan B pour sécuriser les frontières bulgare et macédonienne », a-t-il assuré.

Lorsque Bohuslav Sobotka a présenté les propositions du groupe au Président du Conseil européen, Donald Tusk, en visite à Prague, le 16 février, le Premier ministre tchèque a aussi évoqué la nécessité de trouver des « solutions communes » pour tarir les « sources à l’origine des pressions migratoires actuelles », autrement dit … la fin du conflit syrien.

A ou B : Tout cela n’aura en effet qu’un impact minime, voire aucun sur les flux migratoires tant que les puissances européennes ne se seront pas décidées à faire la paix en Syrie, donc à restaurer la souveraineté du régime syrien sur son territoire. Cela implique de contraindre Iraniens et Saoudiens à changer de ton entre eux et à en rabattre. Cet apaisement minimal impératif entre Ryad et Téhéran ne peut advenir qu’avec le soutien de Washington et des assurances données à Moscou (notamment en faisant cesser les provocations turques). Il deviendrait alors envisageable de réduire l’IS à la portion congrue et d’assécher la dynamique des innombrables groupes de rebelles quasiment tous plus ou moins liés à al Qaida ou ses « faux nez » via le Front al Nosrah qui noyaute presque toutes les coalitions qui émergent. L’Europe n’a aucune chance d’y parvenir seule, surtout en se plaçant en position de dépendance par rapport à la Turquie qui continue de bombarder les Kurdes syriens et d’acheminer des armes aux salafistes, ce qui risque fort d’enterrer définitivement le fragile cessez-le-feu et d’empêcher l’établissement de toute trêve durable. Il devient urgent de faire une croix définitive sur notre iillusion démocratique qui ne convainc d’ailleurs plus personne et voue les pourparlers à l’échec, de « rebelles modérés » souhaitant la paix pour la Syrie… alors que leur feuille de route depuis 5 ans a été de la dépecer méthodiquement. Ce n’est que l’inattendue résistance militaire du régime bientôt appuyée de manière opportuniste par Moscou et Téhéran qui a fait capoter ce plan lumineux … Un plan qui a plongé la Syrie et les Syriens dans des ténèbres sanglantes.

Alain Coldefy : Personne n’a véritablement mis en place de politique et donc de moyens. Il est quasiment impossible de faire par exemple comme les Canadiens qui vont sur place sélectionner les candidats et les transfère ensuite au Canada en avion en fonction de leurs besoins. Le flux est ainsi régulé et de qualité.

Pour mettre en place des moyens, il faudrait être d’accord sur le fait que c’est une « menace » alors que Merkel a déclaré pendant des semaines que c’était une aubaine… et que longtemps les pays de l’Europe du Nord n’ont pas voulu le reconnaître. Les « no border » ont constamment promu l’idée que même Schengen ne devait pas avoir de frontières extérieures et la plupart des pays, dont la France, n’ont pas osé réagir. Il n’y a donc aucun moyen de défense « individuel », je veux dire au niveau d’un seul pays. Eventuellement à deux ou trois : la France, la Suisse, qui est dans Schengen, et l’Allemagne par exemple.

Propos recueillis par A-H.d.G.

Source : ATLANTICO


Les conditions politiques d’une intervention militaire directe en Libye ne sont pas réunies

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La Libye n’est pas la Syrie ou l’Irak. La greffe de Daesh en Libye a rencontré l’opposition de certaines des grandes milices qui se partagent le contrôle du pays depuis 2012. Toute action militaire directe occidentale mobiliserait contre elle toutes ces milices comme l’a montré l’initiative du général Haftar, soutenue par la CIA, qui a fédéré contre elle les diverses milices islamiques qui s’affrontaient jusque-là et qui a précipité en 2014 le pays dans une seconde guerre civile. Le projet d’accord concernant la mise sur pied d’un gouvernement d’Union Nationale négocié par le représentant spécial du secrétaire général des Nations-Unis pour la Libye, Bernardino Léon, n’a pas été approuvé par le parlement de Toubrouk. Washington, Paris et Londres craignent que cet échec donne à l’Etat Islamique le temps nécessaire pour se renforcer et ont décidé d’intervenir de manière indirecte pour en contrôler l’expansion en appuyant les milices qui s’y opposent. A l’orée de 2016, aucun scénario de sortie de crise ne s’impose d’autant plus que la Turquie joue comme en Syrie un rôle perturbateur et que les pays frontaliers, l’Egypte, la Tunisie et l’Algérie, en proie avec leurs propres problèmes, craignent que toute initiative occidentale conduise à faire empirer la situation. Dans ce contexte l’Italie, qui a conservé de forts liens en Libye avec les Maires des principales villes [1], apparait comme le pays occidental le plus capable d’élaborer et de conduire une stratégie de stabilisation.

Mardi 2 février 2016 à Rome, 23 pays se sont réunis pour évaluer les plans de la coalition internationale visant à contrer l’organisation terroriste l’Etat islamique (Daech) en Irak et en Syrie et discuter des moyens d’arrêter l’avancée de l’organisation en Libye.

Il est donc légitime d’analyser la situation politique et militaire en Libye et de s’interroger sur les objectifs et l’urgence d’une intervention militaire directe et d’évaluer si les conditions politiques sont réunies pour qu’elle aboutisse à une amélioration de la situation actuelle.

Historique depuis 2012 avant l’arrivée de l’EI en Libye

Le 6 juillet 2012 est élu à Tripoli le Congrès National Général (CNG). Rapidement après l’élection une opposition se dessine entre trois factions du congrès et qui se radicalise progressivement. Le premier courant, autoproclamé « libéral » ou « nationaliste » et qualifié de « laïque » par les occidentaux est composé d’hommes d’affaires, de cadres de l’ancien régime proches du mouvement « réformiste » amorcé par M. Saïf Al-Islam [2] à partir de 2005 et d’officiers ayant fait défection aux premiers temps de l’insurrection. La seconde faction, qualifiée «d’islamiste » par ses opposants et la presse étrangère, représente un courant politique appelant à l’établissement d’une Constitution dont la source d’inspiration serait la Charia. Il s’agit d’opposants de longue date, de représentants de Misrata [3] et d’autres villes de la côte tripolitaine comme Zaouia et Zouara. Une troisième faction, moins forte militairement est celle des frères musulmans qui contrôle la milice de la salle d’opérations des rebelles de Libye et le conseil militaire de Tripoli. Ces trois factions du CNG et le gouvernement de transition sont sous la pression de formations paramilitaires antagonistes qui occupent des sites stratégiques à Tripoli [4].

Cette ligne de fracture entre les représentants de la Libye se superpose à des divisions plus anciennes qui opposent d’une part les grandes tribus de la Cyrénaïque à celles de la région de Tripoli, et d’autre part les populations d’origine bédouine du Sud aux populations de tradition citadine et marchande de la cote.

Mais d’autres rivalités locales compliquent encore l’analyse de la situation libyenne. Au Sud il existe une concurrence et une rivalité entre Toubous et clans Touaregs. De même les chefs de village amazighes du djebel Nefoussa, refusent de prendre parti pour l’une ou l’autre des deux factions rivales de Tripoli. Pourtant ils ne peuvent empêcher de nombreux jeunes de rejoindre la force nationale mobile, puissante milice à dominante amazighe qui soutient la faction dite « islamiste » parce qu’ils sont opposés historiquement à leur voisins arabes de la ville de Zintan.
Ces oppositions conduisent à des confrontations au sein même des villes. A Benghazi par exemple, 40 % de la population est originaire des villes marchandes de Tripolitaine (Misrata, Zaouia, Tripoli). Les 60 % restants se considèrent d’origine bédouine et appartiennent principalement aux tribus historiques de Cyrénaïque. Les habitants, s’identifiant à la tradition bédouine, ont rejoint le courant « nationaliste » par rivalité avec les populations originaires de Misrata, majoritairement favorables au camp « islamiste ».

L’initiative du général Haftar, soutenue par la CIA, a précipité la Libye dans une « seconde guerre civile ».

Ces rivalités, souvent violentes, n’attendaient qu’un catalyseur pour basculer dans une guerre civile. Une fois de plus ce sont les Etats-Unis et la CIA qui vont jeter de l’huile sur la braise libyenne en favorisant le retour en Libye d’un ancien général M. Khalifa Hafta. Cet ancien officier de Kadhafi avait fait défection en 1983 pour s’installer aux Etats-Unis. En mars 2011, âgé de 73 ans, il est revient en Libye, et met sur pied une coalition baptisée « Dignité » (Al-Karama), avec pour objectif affiché d’« éradiquer les islamistes ». Il fédère ainsi, avec l’argent et l’appui de la CIA, le bataillon de forces spéciales de la ville, l’armée de l’air, majoritairement composés de cadres de l’ancien régime ayant fait défection en 2011 et des brigades recrutées dans les grandes tribus saadiennes et des katibas liées aux autonomistes de Cyrénaïque. Le 16 mai 2014 il lance une offensive à Benghazi contre les milices se réclamant de divers courants islamistes. En Tripolitaine, les milices de Zintan rallient l’opération « Dignité » et donnent l’assaut au CNG le 18 mai, mettant à mal le processus politique amorcé deux ans auparavant.

Cette attaque et l’action en sous-main des services turcs ont pour effet immédiat d’unir les milices islamiques dont certaines étaient jusqu’alors rivales. Réagissant à cette attaque, un camp anti-Haftar se structure autour de la faction « islamiste » majoritaire au sein du CNG s’appuyant sur une coalition baptisée « Aube de la Libye » et comprenant principalement les grandes brigades « révolutionnaires » de Benghazi, Tripoli, Zaouia, Ghariane et Zouara.

Au niveau local, les communautés prennent position en fonction de leurs intérêts et de leurs rivalités anciennes. C’est ainsi que la tribu des Machachiya, rivale traditionnelle des Zintan, opte pour Aube de la Libye. D’autres tribus de Tripolitaine qui avaient longtemps constitué des bastions kadhafistes en 2011 (Warshafana, Nawil, Siaan) rejoignent le général Haftar pour des raisons là aussi essentiellement locales. Dans le Sud, une partie des Toubous ayant pris position pour le général Haftar, certains groupes Touaregs rejoignent le camp islamique. A l’exception des grands bastions kadhafistes, les villes de Syrte et de Bani Walid qui refusent de prendre parti, la division fait tache d’huile à l’ensemble du pays.

L’arrivée de l’Etat Islamique en Libye [5]

Les djihadistes de l’EI ne sont pas les premiers à se réclamer d’un islam radical. Le Groupe islamique combattant en Libye (GIGL, Al-Jama’a al-Islamiyyah al-Muqatilah bi-Libya), luttait contre le régime du colonel Kadhafi. Ses dirigeants avaient été formés par la CIA en Afghanistan et jouaient le rôle d’«agent de renseignement » pour le compte de la CIA et du MI6, le service de renseignement britannique. Après la chute de l’URSS, ce groupe islamique s’est émancipé de ses créateurs et a établi des relations de plus en plus étroites avec Al Qaïda dans les années 2000.

La chute de Kadhafi a entrainé la création d’Ansar al-Charia entre août et septembre 2011, fondé par Mohammed al-Zahawi, qui était emprisonné à Tripoli. Plusieurs centaines de Libyens se sont entraînés au sein du groupe avant de partir combattre en Syrie. Il a également accueilli des djihadistes de l’Ansar al-Charia tunisien qui ont fui la Tunisie. Ces groupes islamiques se sont régionalisés lors de l’intervention occidentale en Ansar al-Charia Derna et Ansar al-Charia Benghazi. Ces groupes coordonnent plus ou moins leurs actions. Ils ont participé à l’entrainement d’AQMI et lui ont fourni un soutien logistique. Ils ont noué des liens avec Al-Mourabitoun et Ansar al-Shari’a-Tunisie. Entre 2011 et 2014, Ansar al-Charia Benghazi a perpétré un grand nombre d’attaques terroristes et d’assassinats [6].

L’arrivée d’un nouvel acteur va compliquer encore plus la situation. Le 4 avril 2014 se crée le mouvement MCCI (Majilis Choura Chabab al-Islam : conseil consultatif de la jeunesse islamique) par des djihadistes libyens de retour de Syrie. Ce groupe annonce son allégeance à l’État islamique le 31 octobre 2014. Abou Bakr al-Baghdadi l’accepte dans un communiqué du 13 novembre. Le MCCI prend progressivement le contrôle d’une partie de la ville de Derna. La zone de Derna devient alors le premier territoire contrôlé par l’État islamique hors d’Irak et de Syrie.
En février 2015, une partie de la population de Syrte, ville fidèle jusqu’au bout à Kadhafi voit dans l’EI une occasion de prendre sa revanche et fait bon accueil à 400 djihadistes. Ils s‘opposent pendant 2 mois au bataillon 166 que Fajr Libya avait chargé de défendre Syrte. Ils s’emparent fin Mai 2015 de la base aérienne de Ghardabiya au Sud de la ville et prennent progressivement le contrôle d’une grande partie de la ville. A partir de cette date l’expansion de l’État islamique se poursuit en tâche d’huile autour de Syrte.
En fait à l’orée de 2016 le territoire libyen semble être sous le contrôle de 4 organisations qui peuvent s’allier localement pour combattre les autres en fonction de leurs intérêts. Ainsi en juillet 2014, la milice de Misrata s’est alliée avec des combattants islamistes pour tenter de chasser les miliciens de Zintan qui contrôlent l’aéroport de Tripoli.

La situation actuelle des forces en présence

La milice de Misrata

Elle comprend environ 20.000 hommes ce qui en fait la force la plus importante du pays. Les « Misrati » ont pour ambition de contrôler la vaste région centrale autour de Misrata, grande ville portuaire. « Cette zone charnière entre Tripolitaine et Cyrénaïque englobe les terminaux et champs de pétrole du ‘croissant pétrolier’ du golfe de Syrte, actuellement occupés par les fédéralistes de Cyrénaïque » depuis le 27 août 2013, explique Patrick Haimzadeh, ancien diplomate français à Tripoli et auteur de « Au cœur de la Libye de Kadhafi ». Les frères musulmans avec l’aide des services secrets d’Erdogan essaient de l’infiltrer pour la contrôler. De leur côté les services italiens ont conservé des liens étroits avec Misrata et les frères musulmans comme le prouve l’intervention humanitaire que viennent de réaliser les forces spéciales italiennes [7]. Le 11 janvier, ils posent un C-130 à Misrata avec des médecins et des infirmiers pour évacuer 15 Libyens, grièvement blessés, lors du récent attentat du 7 janvier contre le Centre de formation de la police de la côte libyenne. Ces blessés ont ainsi été pris en charge et rapatriés sur l’hôpital militaire de Celio en Italie. C’est la première fois depuis les évènements de 2011, qu’une force occidentale se pose sur le sol libyen.

La milice de Zintan

C’est la seconde milice la plus importante en Tripolitaine. Elle a joué un rôle important pour la libération de Tripoli, lors des batailles dans le Djebel Nefoussa. Elle contrôle une partie des montagnes de l’ouest, des frontières avec l’Algérie et la Tunisie et la Hamada Al-Hamra, vaste étendue désertique qui s’étend jusqu’au grand Sud. Elle tient sous sa coupe le pétrole de la Tripolitaine et détient le fils de Mouammar Kadhafi, Seif al-Islam qu’elle refuse de livrer à la justice nationale et internationale.

Les milices du général Khalifa Haftar

Il a su attirer et obtenir l’appui de la milice de Zintan. Le général a regroupé sous sa bannière des éléments de l’armée régulière libyenne, dont les forces de l’armée de l’air. Leur PC se trouve à Al-Abyar (à l’est de Benghazi). Un grand nombre de conseils municipaux de l’Est – dont celui de Benghazi – se sont ralliés à sa cause, tout comme la Chambre des représentants de Tobrouk. Cette milice est clairement soutenue par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et par la France. Khalifa Haftar mène actuellement une offensive à Benghazi pour en chasser définitivement les islamistes. Cette offensive est perçue par le négociateur de l’ONU comme mettant en cause le projet de formation d’une armée « nationale » liée au « gouvernement d’union nationale » de Fayez Sarraj et adoubée par l’ONU [8].

Les milices islamiques et Daesh[9]

Un grand nombre de Libyens avaient déjà combattu avec Daesh en Iraq et Syrie [10]. Ces combattants sont rentrés récemment en Libye tout en conservant des relations étroites avec leurs contacts en Iraq et en Syrie. Ils se sont initialement établis à Derna et se sont nommés « Wilaya Barqa » sous le commandement d’Abou al-Mughirah Al-Qahtani, décrit comme le « chef délégué pour la Wilaya libyenne ». L’apport de combattants de Tunisie et d’Algérie et de transfuges d’autres groupes islamistes libyens est à l’origine de son expansion relativement rapide. Daesh s’est organisé en 3 Wilayas [11] et compterait 2 000 à 3 000 djihadistes.

En effet, depuis que l’Etat Islamique s’est implanté en Libye, Ansar al-Charia Derna et Ansar al-Charia Benghazi ont été affaiblis par la perte de combattants qui ont rallié les rangs de l’EI ou ont été tués lors d’affrontements avec lui. Une des factions Ansar al-Charia Derna a publiquement prêté allégeance à l’EI et été absorbée par lui. A contrario, une autre faction d’Ansar al-Charia Derna a rejoint une coalition anti Daesh sous la bannière de la « Choura des moudjahidin de Derna ». De même, Ansar al-Charia Benghazi a été affaiblie par la mort de son fondateur et chef, Mohamed Zahawi [12], tué à la fin de 2014 lors d’un affrontement avec les troupes gouvernementales.

La Willaya de Daesh à Syrte a été formée par d’anciens membres d’Ansar al-Charia et par des membres venant de Derna. La willaya de Daesh à Syrte est dirigée par Abou Abdellah Al Ouerfalli. Le commandement opérationnel revient à un Tunisien connu sous le nom de guerre d’Abou Mohamed Sefaxi. Son adjoint est Ali Mohamed El Qarqai (alias Abou Tourab Attounsi). Cette cellule compte un grand nombre de combattants terroristes étrangers de Tunisie, du Soudan et de la région sahélo-saharienne [13].

Néanmoins Daesh est perçu par les autres organisations islamistes comme extérieur à la Libye. Ainsi les combattants de Daesh ont été chassés de Derna non pas par le général Haftar mais par une coalition de milices islamiques locales qui se sont unies dans le « Conseil de la Choura des moujahidines de Derna » dont Ansar al-Charia, la branche libyenne d’Al-Qaeda. De même, Daesh qui s’est implanté à Syrte en février 2015 à l’issue de combats contre les forces du Bouclier de la Libye, se heurte toujours à une résistance d’habitants armés et des affrontements sporadiques mais violents se poursuivent dans Syrte.

Daesh n’est donc pas actuellement dans une position comparable à celle qu’il occupe en Syrie et en Irak ni sur le plan de la force militaire ni sur celui des ressources économiques. Comme le montre son échec récent, il n’a pas actuellement les moyens de s’emparer de champs pétrolifères et d’infrastructures pétrolières en Libye [14], de les conserver et de les exploiter. Même s’il s’emparait de terminaux, il ne pourrait exporter le brut ni par mer à cause du blocus maritime occidental ni par terre car les distances entre les terminaux pétroliers (région de Raz Lanouf) et les frontières terrestres du pays avec l’Egypte et la Tunisie sont très grandes (600 km) alors qu’en Syrie et en Iraq le territoire contrôlé par Daesh jouxte les pays voisins. De plus, il ne pourrait pas bénéficier de complicités de la part des autorités égyptiennes et tunisiennes comme celles dont il dispose dans la Turquie d’Erdogan.

Les scénarios de sortie de crise

Le scénario ONU

L’ONU a essayé de mettre sur pied un accord politique entre les factions qui s’opposent en Libye (hors Daesh) en vue de former un gouvernement d’union nationale qui serait dirigé par Fayez Sarraj. Un projet d’accord avait été signé le 17 décembre 2015 à Skhirat (Maroc) entre divers représentants auto-proclamé des assemblées. Selon certaines sources ce document aurait été approuvé par 80 des 188 membres du Parlement de Tobrouk et environ 50 des 136 députés du CGN. L’accord prévoyait la mise en place d’un gouvernement d’union nationale et d’un conseil présidentiel, au début d’une période de transition de deux ans qui devait s’achever par des élections législatives. Mais cet accord a été rejeté, lundi 25 janvier 2016 par l’Assemblée de Tobrouk.

Le scénario militaire

Les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne ne veulent pas courir le risque d’attendre la mise en place d’un accord politique supervisé par l’ONU et se sont engagés dans des actions clandestines destinées à identifier, localiser et frapper les chefs de l’EI en Libye afin de ralentir son développement. Ainsi l’irakien Abou Nadil a été tué par un bombardement de l’US Air Force sur un renseignement français (le Monde 24/02/2016 la guerre secrète de la France en Libye). Par ailleurs des forces spéciales de ces trois pays formeraient et appuieraient les forces du général Haftar afin de l’aider à réduire les factions islamistes dans l’Est du pays et pour les forces spéciales françaises [15] probablement à l’Ouest de Tripoli dans le Djebel Nefoussa où elles étaient intervenues en 2011. De leur côté, les italiens conservent des liens avec la milice de Misrata et les frères musulmans à Tripoli et à Misrata.

Conclusion

Cette analyse a souligné la complexité de la situation libyenne et démontre sans équivoque qu’une action occidentale directe ajouterait la guerre à la guerre.

C’est donc un mode d’action indirect qu’il faut préférencier en appuyant les milices anti-Daesh, tout en dosant cet appui en fonction de leur distance avec l’islam salafiste. Une attention particulière doit être portée aux frères musulmans qui déploient leurs réseaux en Libye et en Tunisie et qui ne doivent pas être renforcés. C’est notamment le cas avec la milice de Misrata sur laquelle Erdogan a jeté son dévolu et dont il arme et finance les frères musulmans qui sont fortement implantés dans cette ville. A l’orée de 2016, aucun scénario de sortie de crise ne s’impose d’autant plus que la Turquie joue comme en Syrie un rôle perturbateur et que les pays frontaliers l’Egypte, la Tunisie et l’Algérie en proie avec leurs propres problèmes craignent que toute initiative occidentale conduisent à faire empirer la situation. Dans ce contexte l’Italie qui a conservé de forts liens en Libye avec les Maires des principales villes [16] et les frères musulmans apparait comme le pays occidental le plus capable d’élaborer et de conduire une stratégie de stabilisation qui demandera du temps et de la finesse pour finir par s’imposer.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Comme l’a montré la récente opération humanitaire conduite par les forces Rome à Misrata : http://www.bruxelles2.eu.

[2] Deuxième fils de Kadhafi.

[3] Les autorités grecques ont annoncé mercredi 9 septembre 2015 avoir arraisonné et saisi mardi le cargo Haddad 1, battant pavillon bolivien et transportant des armes en provenance de Turquie à destination de la Libye. Ces armes étaient destinées pour les Frères musulmans qui luttent contre le gouvernement libyen de Tobrouk, reconnu par la communauté internationale. D’après Athènes, ce navire a quitté le port turc d’Iskenderun et se dirigeait vers le port de Misrata en Libye.

[4] Comme l’aéroport, les carrefours du centre-ville ainsi que les abords des bâtiments officiels et des grands hôtels.

[5] www.un.org

[6] Une partie des djihadistes de l’attaque du site gazier de Tiguentourine (In Amenas, Algérie) par Al-Mourabitoun et Al Mouakaoune Biddam en janvier 2013, ont été formés durant l’été 2012 dans des camps d’Ansar al-Charia Benghazi, comme les deux groupes ont pris part à l’attaque du consulat des États-Unis à Benghazi, le 11 septembre 2012. Ansar al-Charia Benghazi et Ansar al-Charia Derna gèrent également des camps d’entraînement terroristes pour combattants terroristes étrangers opérant en République arabe syrienne, en Iraq ou au Mali.

[7] www.bruxelles2.eu

[8] Source intelligence on-line : Martin Kobler. S’exprimant à huis clos devant le Comité politique et de sécurité de l’Union européenne, le 23 février, dans le bâtiment Justus Lipsius (siège du Conseil européen), celui-ci a vivement critiqué l’offensive.

[9] L’importance de la Libye pour l’Etat Islamique (Daesh) ressort aussi de la nomination par Abou Bakr al-Baghdadi et de 8 de ses proches collaborateurs à la tête de Daesh en Libye, notamment Wissam Al Zubaidi (alias Abou Nabil Al Anbari), Turki Moubarak Al Binali (alias Abou Sufian) et Abou Habib al-Jazrawi. En septembre 2014, la déclaration d’allégeance à Daesh s’est déroulée en présence d’émissaires d’Al-Bahgdadi. Abu al-Bara al-Azdi, un yéménite, et Al-Jazrawi, un saoudien, se sont rendus à Derna pour l’occasion. Al-Baghdadi a en outre envoyé en Libye, en 2015, le prédicateur bahreïnien Turki Al-Binali, membre du conseil religieux de Daesh.

[10] Environ 800 qui avaient formé la Brigade Al-Battar.

[11] Tripolitaine (avec Tripoli et Syrte), la Wilaya Barqa (Cyrénaïque, avec Derna et Benghazi) et la Wilaya du Fezzan (sud).

[12] Aiman Muhammed rabi al-Zawahiri a fait l’éloge funèbre de Zahawi dans un enregistrement audio intitulé « Le printemps islamique », ce qui montre que Zahawi était considéré comme faisant partie du vaste réseau mondial de groupes affiliés à Al-Qaida.

[13] Leur poste de commandement se trouve au Centre de conférences Ouagadougou à Syrte qui a été le bastion de la résistance des partisans de Kadhafi en 2011.

[14] Elle a été constituée pour faire face aux forces du général controversé Khalifa Élu au Congrès général national en juillet 2012, il siège au sein de cette assemblée pendant deux ans.

[15] Source Wikipédia : Avant d’être élu le 25 juin 2014 à la Chambre des représentants dont il est membre depuis le 4 août de la même année3.Le 17 décembre 2015, un accord est conclu sous l’égide de l’ONU entre les deux autorités rivales libyennes, siégeant respectivement à Tobrouk et à Tripoli, dans le but de mettre fin à la guerre civile4. Sarraj est alors désigné pour prendre la tête du gouvernement d’union nationale dont la composition doit être validée par un vote des deux parlements antagonistes. Le 9 janvier 2016, il est victime d’une tentative d’assassinat sur la route entre Zliten et Misrata. Le 19 janvier, il forme son gouvernement, auquel la Chambre des représentants refuse d’accorder sa confiance le 25 janvier, entraînant par conséquent la démission de Sarraj et de l’ensemble de ses ministres. Le lendemain, il annonce cependant la formation d’un nouveau gouvernement dans les dix jours. Le 2 février 2016, il rencontre le général Khalifa Haftar.Le 9 février 2016, il demande une semaine de plus pour former le gouvernement. Le 14 février 2016, un nouveau gouvernement est proposé. Le 23 février 2016, la séance censée approuver la composition du nouveau gouvernement, est reportée d’une semaine, faute de quorum suffisant.

[16] www.lepoint.fr


Analyse de la situation politique et militaire en Irak - Janvier 2016

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Situation militaire

Le fait du mois est la décision de Washington d’accroitre son engagement militaire en Irak. Face au succès de l’intervention Russe en Syrie (les forces d’Assad sont sur le point de prendre Alep) et le déploiement de troupes turques au Kurdistan, Washington [1] a décidé à d’accroitre son effort terrestre en Irak par l’envoi d’éléments de la 101ème division aéroportée pour aider les forces irakiennes et les peshmergas à reprendre Mossoul et Raqqa. Des détachements précurseurs des 17 000 hommes de la 101ème division aéroportée sont en cours de déploiement sur la base aérienne d’Ain Al Assad [2]. Selon le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter, 500 soldats du quartier général de la 101e division aéroportée se joindront aux combats en Irak fin février. 1.300 soldats supplémentaires de la 2e brigade vont se déployer en Irak à la fin du printemps pour former et appuyer l’armée irakienne et les peshmergas kurdes. Cette décision a aussi pour but de couper l’herbe sous les pieds de la Turquie qui, sous prétexte de lutter contre Daesh, veut éviter la création d’un Etat Kurde et positionner des forces armées au Kurdistan syrien et irakien.

Ashton Carter [3] dans un discours aux soldats de la 101e Division aéroportée sur le point d’être déployée en Irak, a nommé les deux plus grandes zones urbaines contrôlées par l’EI, Mossoul dans le nord de l’Irak, troisième plus grande ville du pays, et Raqqa, la capitale de fait de l’EI, dans l’est de la Syrie, comme les principales cibles, pour la prochaine période, d’opérations coordonnées aériennes, terrestres et spéciales. Il a ainsi précisé la stratégie d’Obama dans la guerre contre Daesh dans les termes suivants: « Je sais que la 101e a pris Mossoul autrefois et vous pourriez le refaire ». « Nous pourrions déployer de nombreuses brigades sur le terrain et arriver en force, mais cela deviendrait probablement notre combat et seulement notre combat ». Un tel effort « américaniserait le conflit, permettant à l’EI d’appeler ceci une occupation étrangère ». « Plus problématique encore seraient les efforts pour tenir des villes comme Mossoul et Raqqa si elles étaient vaincues par une force d’invasion plutôt que par des alliés locaux de Washington, tels que les forces kurdes et les troupes gouvernementales irakiennes ». Au lieu de cela, a-t-il expliqué, « nous allons permettre à des forces locales motivées et une coalition internationale au plan de campagne clair, avec le leadership américain et toutes nos capacités impressionnantes de frappes aériennes, forces spéciales, outils informatiques, renseignement, équipement, mobilité et logistique; de formation, conseil et assistance de la part de ceux sur le terrain, dont vous, de réussir ».

Cet engagement accru américain suit le succès des forces irakiennes à Ramadi. Avant la libération de Ramadi, peu de monde aurait parié en Irak sur un succès de l’armée irakienne. Mais mieux équipées notamment de missiles antichar Kornet et 4AT, les forces irakiennes ont pu neutraliser à distance les voitures piégées conduites par des kamikazes au cours de ses attaques. Daesh ne peut obtenir des gains de terrain dans ses attaques qu’en lançant simultanément 60-70 voitures piégées à la fois pour comme c’était le cas, ce mois-ci, lors des batailles de Tharthar et de l’est d’Amiria Faluja.

Situation Politique

Malgré le succès de l’Armée Irakienne à Ramadi qui a amélioré l’image internationale de l’Irak, le Premier ministre Haider Al Abadi est toujours dans une situation politique délicate sur le plan intérieur tant vis à vis des Kurdes que des sunnites, communautés qui représentent chacune environ 20% de la population irakienne.

Avec le Kurdistan les rapports continuent de se détériorer pour trois raisons, politique, militaire et économique. Bien que les grands acteurs régionaux, Turquie et Iran, ne soient pas du tout favorables à l’émergence d’un Etat Kurde, les incessantes revendications kurdes d’autodétermination et d’indépendance ne sont pas de nature à détendre les rapports entre Erbil et Bagdad. D’autant plus que des centaines de conseillers et experts américains au Kurdistan ont établi directement des postes de commandement communs avec les Kurdes pour gérer ensemble les opérations et le renseignement contre Daesh. L’attitude des américains qui arment et appuient les Kurdes, et dont ils ont besoin pour reprendre Mossoul, fait craindre à Bagdad qu’il existe une certaine entente américano-kurde sur le statut ultérieur des territoires libérés par les Kurdes et notamment sur la ville de Mossoul. Enfin la chute des cours du pétrole sur le marché mondial a aggravé les difficultés économiques de la province du Kurdistan, notamment parce que Bagdad ne verse plus sa part de budget à la province kurde en représailles aux exportations de pétrole qu’Erbil effectue directement, le Kurdistan ayant augmenté de façon indépendante ses exportations pétrolières en 2015 à plus de 600 000 b/j.

Avec les sunnites ce sont les graves incidents qui ont eu lieu après l’explosion de voitures piégées conduites par des kamikazes à Bakuba, Mugdadyia et Jadidat Al-Shatt, faisant des dizaines de morts et de blessés shiites et provoquant la colère des milices shiites de la région. Des miliciens shiites ont immédiatement attaqué les habitants sunnites de la ville de Mugdadyia, massacrant les populations sunnites et incendiant 10 mosquées sunnites. Suite à ces exactions, L’Union des Forces sunnites qui est la principale formation représentative des sunnites, a décidé de boycotter les séances du parlement et les réunions du gouvernement irakien. 190 députés sur les 328 étant absents, le parlement irakien n’a pu poursuivre ses travaux. L’Union des Forces Sunnites a renouvelé sa demande d’application de la Charte d’Entente Politique en tant garantie de la réconciliation nationale et notamment ses exigences de dissolution des milices shiites, du retrait de toutes leurs armes lourdes, moyennes et légères et de réserver le port d’armes aux seuls agents de l’Etat et à l’armée irakienne auquel il faut ajouter l’aide au retour les expulsés et les déplacés de guerre chez eux et leur dédommagement.

Le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Irak a été tenu informé de ces exigences sunnites lors d’une réunion tenue avec l’Union des Forces Sunnites. A l’issue de cette réunion, le représentant du secrétaire général de l’ONU a publié un communiqué de presse appelant tout le monde à éviter les violences, les actes de vengeance et le discorde communautariste et à ne pas attaquer les lieux saints pour ne pas provoquer, de nouveau, une guerre communautariste.

De leur côté, les partis shiites accueillent sans enthousiasme le déploiement de forces de la 101ème division aéroportée américaine. L’Alliance Nationale, shiite, a déclaré qu’elle attendait une explication du premier ministre. La Coalition de l’Etat de droit de l’ex-premier ministre Nourri Al Maliki s’est, étonnée du mutisme gouvernemental à l’égard du déploiement de nouvelles troupes américaines en Irak et de la nature de cette nouvelle présence dans le pays. En revanche, le Conseil Islamique Suprême, a déclaré que ce renforcement entrait dans le cadre de l’accord stratégique signé entre l’Irak et les Etats-Unis.

Situation sécuritaire

Dans 12 des gouvernorats du Nord et du Sud, la situation sécuritaire est toujours calme et sous contrôle, et s’est légèrement amélioré dans l’ensemble des 6 gouvernorats dans lesquels Daesh réalise des attentats puisque l’on ne déplore que 397 morts en janvier contre 545 en décembre (-28%).

Ainsi dans le gouvernorat d’Al Anbar on déplore 106 morts contre 182 en décembre ; à Nineveh 86 contre132 ; à Salahuldein 74 contre 86, à Kirkuk 43 contre 73 ; à Diyala 32 stable et à Bagdad 56/contre 60.

En revanche à Bagdad on doit souligner aussi l’augmentation considérable des cas d’enlèvement. Environ une vingtaine de personnes sont enlevées chaque jour auxquels s’ajoutent des cambriolages, d’assassinats, de vols à main armée et de chantages. Dans la plupart des cas, les groupes des malfaiteurs portent des uniformes militaires. Il y a deux semaines, cinq policiers ont été enlevés au centre de Bagdad, à la rue Sadoune où se trouve l’ambassade française. Pendant la même période, trois soldats américains se trouvant dans un appartement situé au sud de Bagdad ont été, eux aussi, enlevés. Même un vice-ministre de la justice a été enlevé.

A noter qu’une partie de ces actes criminels ont un caractère sectaire. Ils visent les Kurdes habitant dans les quartiers de Bagdad à majorité shiite. Les Kurdes de Bagdad sont menacés de mort par des hommes cagoulés se présentant à leur domicile comme des membres des milices shiites connues. Ils leur demandent de quitter Bagdad. Le président irakien Fouad Massoum qui est lui-même kurde a accueilli plusieurs chefs de tribus kurdes résidant à Bagdad venus pour se plaindre de cette situation. Il s’est engagé à punir les coupables mais le gouvernement irakien semble dans l’incapacité totale d’y faire face.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Actuellement 200 membres des forces d’opérations spéciales qu’il avait envoyés en Irak en décembre 2015 sont sur le terrain et engagés dans des actions secrètes contre l’EI. Ceci n’inclut pas les 50 membres des opérations spéciales collaborant actuellement dans le nord-ouest de la Syrie avec des forces insurgées, en particulier le PYD kurde. Cette « Force expéditionnaire de ciblage spécialisée » va « commencer la chasse aux combattants et aux chefs de l’EI, les tuer ou les capturer où qu’ils soient, eux et d’autres cibles clés ».

[2] La base aérienne Al-Asad est une base aérienne irakienne, située à environ 180 kilomètres à l’ouest de Bagdad, dans la province d’Al-Anbar.

[3] World Socialist Web Site.


La Chine va-t-elle s’impliquer militairement au Moyen-Orient ?

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Article publié par « Le Figaro », le 01 février 2016.

La guerre contre l’EI en Syrie et en Irak implique désormais, outre les puissances régionales, l’ensemble des grandes puissances membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU à l’exception de la Chine. Aussi est-il légitime de se poser la question : la Chine restera-t-elle la grande absente du chaudron irako-syrien ?

Le voyage du président chinois Xi Jinping, du 19 au 23 janvier 2016, en Arabie saoudite, en Égypte et en Iran démontre clairement l’influence géopolitique croissante de Pékin au Moyen-Orient. Il est donc légitime de se demander si la Chine va aussi s’impliquer militairement dans la lutte contre les terroristes de l’Etat Islamique ? La déclaration du Président Xi Jinping, annonçant que son pays entendait faire payer aux «criminels» de Daesh l’«atroce assassinat» d’un ressortissant chinois, en Syrie [1], détenu depuis septembre dernier peut le faire penser d’autant plus que cet assassinat coïncide avec la mort de trois cadres chinois dans l’attaque de l’hôtel Radisson de Bamako le 20/11. Le gouvernement chinois peut-il se contenter de déclarations et ne rien faire pour protéger ses ressortissants à l’extérieur du pays ?

La ligne politique chinoise au Moyen-Orient

Dans un document publié à Pékin en janvier 2016, la Chine a réaffirmé sa détermination à développer ses relations avec les pays arabes sur la base des cinq principes : « le respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, non-agression mutuelle, non-ingérence mutuelle dans les affaires intérieures, égalité et avantages réciproques et coexistence pacifique. Elle soutient le processus de paix au Moyen-Orient, la création d’un État palestinien indépendant et pleinement souverain sur la base des frontières de 1967 et ayant Jérusalem-Est comme capitale ainsi que les efforts déployés par la Ligue arabe et ses États membres à cette fin. Elle s’en tient au règlement politique des crises régionales et appuie la création d’une zone exempte d’armes nucléaires et d’autres armes de destruction massive au Moyen-Orient. Elle soutient les efforts actifs des pays arabes visant à renforcer l’unité, à contrer la propagation des idées extrémistes et à combattre le terrorisme ».

Conformément à cette ligne politique, la Chine s’est maintenue jusqu’à présent à l’écart de la lutte contre l’Etat islamique. Cette attitude était dictée par le désir de ne pas déplaire à l’Arabie Saoudite et au Qatar, deux de ses principaux fournisseurs de pétrole, ennemis farouches du régime de Bachar el-Assad et qui soutiennent les groupes islamistes, mais aussi pour ne pas fournir d’arguments à tous les prédicateurs salafistes qui veulent embrigader dans le terrorisme la population Ouighour du Xinjiang.

Néanmoins, la position chinoise reste très éloignée de la solution « démocratique à tous prix », que semble défendre hypocritement les Etats-Unis et l’Europe en Syrie quand on connaît le soutien indéfectible qu’ils apportent à des régimes corrompus ou moyenâgeux comme celui en place en Arabie Saoudite.

La position chinoise insiste sur la nécessité d’un compromis, plutôt que la révolution et ses conséquences directes, le désordre et le chaos généralisé.
La Chine a donc conservé naturellement ses relations diplomatiques avec Damas et y maintient un ambassadeur. Pékin soutient diplomatiquement le gouvernement d’Assad [2]. La Chine n’a jusqu’à présent acheminé en Syrie, de manière ouverte, qu’une aide humanitaire au profit du croissant rouge syrien et a promis une aide importante pour la reconstruction du pays.

Fait nouveau, en mai 2015, sur le plan militaire, la Chine a affiché sa coopération navale en Méditerranée orientale avec la Russie à l’occasion de manœuvres navales communes.

Aussi, il apparait légitime de se demander si on ne va pas assister à un changement de cette politique traditionnelle face à la menace que constitue l’Etat islamique, à l’implication plus ou moins directe et ouverte des Etats du Moyen-Orient notamment celle de la Turquie et aux conséquences que cela peut engendrer pour la sécurité dans le Xinjiang.

En effet, la Chine apprécie toujours une situation selon trois points de vue : le droit international et la légitimité, ses intérêts internationaux et sa stratégie globale, et les conséquences sur le plan intérieur c’est-à-dire pour le Moyen-Orient les activités des djihadistes Ouighours de la province extrême orientale du Xinjiang.

Le risque salafiste au Xinjiang

Pékin prend en effet très au sérieux le risque de contamination des Ouighours [3] du Xinjiang [4] par le salafisme djihadiste, même si cette population musulmane n’est pas acquise à priori aux djihadistes. En effet, elle est de tradition soufie et, de ce fait, considérée par les salafistes comme déviante [5] car revendiquant une relation directe avec Dieu et faisant du prophète un simple instrument de la révélation.
Néanmoins, les musulmans chinois sont passés de près de 11 millions en 1951 à plus de 20 millions aujourd’hui. [6] D’autres estimations avancent le chiffre de 40 à 60 millions, avec plus de 30.000 imams et presque 24.000 mosquées répartis principalement dans les provinces musulmanes.
A partir de la fin des années 80, les séparatistes musulmans de la province autonome du Xinjiang sous l’influence d’Al Qaida, ont de plus en plus contesté l’autorité centrale de Beijing. Néanmoins ce conflit est resté peu médiatisé en occident par rapport à la lutte des Tibétains contre le gouvernement central chinois.

Les Ouighours représentent, en effet, l’ethnie la plus nombreuse du Xinjiang soit 46% de la population (13 millions) malgré une « hanisation » galopante depuis l’arrivée au pouvoir de Mao. Il existe par ailleurs une diaspora ouïgoure très active regroupée dans le Congrès mondial des Ouïghours dont le siège est à Munich, l’Allemagne ayant accueilli de nombreux réfugiés politiques ouïghours. Cette organisation est présidée par Rebiya Kadeer, militante des droits de l’homme, libérée des prisons chinoises qui vit aux Etats-Unis où existe une association américaine des Ouïghours: le Uyghur Human Rights Project, forme classique des ONG soutenues par la CIA et le département d’Etat américain [7].

Pékin considère que ces structures sont des organisations terroristes et dénonce des liens avec le Mouvement islamique du Turkestan oriental, classée comme organisation terroriste [8], qui cherche à établir un État islamique Ouighour dans le Xinjiang.

L’implication de la Turquie dans le soutien aux djihadistes Ouighours

L’ethnie ouighour fait partie d’un vaste ensemble turcique et bénéficie ainsi de relais dans les pays voisins où existent des minorités turcophones et en premier lieu dans la Turquie d’Erdogan. Alors qu’il lutte contre le sentiment national Kurde, et nie le génocide arménien, Recep Tayep Erdogan appuie le développement du panturquisme. Ainsi en juillet 2009, depuis le G8 d’Aquila (Italie), il a dénoncé une « forme de génocide» au Xinjiang. La diplomatie turque s’est ensuite employée à modérer ses propos. Mais les services secrets turcs sont à la manœuvre pour aider le Mouvement Islamique de l’Est du Turkestan à acheminer les combattants Ouighours en Syrie.

Seymour Hersh rapporte dans Military to Military [9] les inquiétudes de l’ambassadeur de Syrie en Chine Imad Moustapha [10] : « Erdogan a transporté des Ouighours vers la Syrie par des moyens de transport spéciaux tandis que son gouvernement s’agitait en faveur de leur combat en Chine. Les terroristes musulmans ouighours et birmans qui s’échappent par la Thaïlande se procurent d’une manière ou d’une autre des passeports turcs puis sont acheminés vers la Turquie d’où ils transitent vers la Syrie. »
L’ambassadeur a ajouté qu’il existe une « ratline » [11] qui achemine les Ouighours – les estimations vont de quelques centaines à quelques milliers – depuis la Chine via le Kazakhstan pour un éventuel transit par la Turquie. « Le fait qu’ils aient été aidés par les services secrets turcs pour se rendre en Syrie depuis la Chine en passant par la Turquie a été à la source de tensions énormes entre services secrets chinois et turcs. La Chine est inquiète du soutien de la Turquie envers les combattants Ouighours en Syrie, qui pourrait très bien s’étendre au Xinjkiang. Nous fournissons déjà des informations concernant ces terroristes et les routes qu’ils empruntent pour rejoindre la Syrie aux services secrets chinois. »
Le journal IHS-Jane’s Defence Weekly a estimé en octobre 2015 qu’au moins 5000 futurs combattants Ouighours étaient arrivés en Turquie depuis 2013, dont peut-être 2000 avaient fait mouvement vers la Syrie. Moustapha a déclaré qu’il détenait des informations selon lesquelles « au moins 860 combattants Ouighours se trouveraient en Syrie. »

Les indices d’une implication militaire accrue de la Chine au Moyen-Orient

La presse officielle chinoise louait le 12 mai 2015 la relation de plus en plus étroite entre Pékin et Moscou, tandis que les deux puissances lançaient conjointement des manœuvres navales inédites en Méditerranée [12]. Ces exercices rassemblent neuf navires de guerre russes et chinois pour une durée prévue de 11 jours, a rapporté le quotidien Global Times.

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La Méditerranée est une partie du monde où les deux pays n’avaient jamais procédé à des exercices militaires communs, ont précisé les médias à Pékin. « Cela montre clairement que les deux pays vont œuvrer ensemble au maintien de la paix et de l’ordre international de l’après-guerre», a commenté l’agence de presse Chine Nouvelle, qui voit dans ce rapprochement la garantie d’une «contribution à un monde meilleur ».

Par ailleurs, en novembre 2015, Pékin a conclu un accord de dix ans avec Djibouti, pour permettre à la Chine d’y construire une plateforme qui abritera des infrastructures logistiques militaires. «Il s’agira de leur premier emplacement militaire en Afrique». Cette base sera tournée d’une part vers l’Océan Indien pour sécuriser la route maritime d’acheminement du pétrole du Golfe Persique et vers l’Afrique. C’est la première base chinoise située aussi à l’Ouest. Elle pourrait constituer un relais et un point d’appui précieux si Pékin décidait d’engager des troupes ou de fournir des équipements militaires à la Syrie.

Pour l’instant, l’action ouverte de la Chine se borne à un soutien diplomatique de l’Etat syrien, à une aide humanitaire et à une promesse de 30 milliards après la guerre pour aider à la reconstruction du pays. Le 2 novembre 2015 l’ambassadeur de Chine à Damas, Wang Qi Jian, recevant une délégation syrienne une délégation de religieux et de tribus, a réitéré le soutien de son pays « au règlement politique de la crise en Syrie pour préserver la souveraineté du pays et l’unité de ses territoires ».

On peut donc affirmer sans crainte que la Chine ne restera pas à l’écart d’un règlement politique de la crise syrienne. De plus, si la guerre contre Daesh s’éternise, il est certain que les menaces pour la sécurité de ses ressortissants au Xinjiang ou de ses expatriés augmentera et qu’il sera de plus en plus difficile au gouvernement chinois de se borner à des déclarations comme en 2015 sans rien faire pour venger les victimes chinoises des terroristes.

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Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Fan Jinghui a été enlevé le 10 septembre ; exécution Annoncée le 19/11/2015 par Daesh.

[2] Elle a joint son véto en 2014 à une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu présentée par la France qui devait renvoyer le « dossier syrien » devant la Cour pénale internationale (CPI pour ses violations monumentales des droits de l’homme et du droit humanitaire international.

[3] Les Ouïghours font partie d’un vaste ensemble de groupes ethniques et culturels turco-mongole dont les Kirghizes, les Ouzbeks et les Kazakhs que l’on trouve aussi au Xinjiang qui composent la majorité des populations de l’Asie Centrale. Les peuples turcs regroupent 22 groupes ethniques couvrant le Caucase (Azerbaïdjan, Crimée, Daguestan, la Moldavie), l’Iran, l’Asie centrale (d’Ouest en Est : le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Kirghizstan, le Kazakhstan, Karakalpakie), la Mongolie, la Chine (le Xinjian), la Russie (la Sibérie, la Iakoutie) Tous des groupes parlent des langues turciques apparentées, de la famille ouralo-altaïque, qui sont des langues agglutinantes.

[4] Cette province chinoise vaste comme 3 fois la France est frontalière de 8 Etats– la Mongolie, la Russie, le Kazakhstan, le Kyrgyzstan, le Tajikistan, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde.

[5] Ces peuples turciques pratiquent un Islam sunnite hanafite (interprétation la plus ouverte des 4 tendances du sunnisme qui laisse une forte marge de manœuvre dans l’interprétation de la charia). Aux quatre écoles juridiques, s’ajoutent quatre écoles théologiques qui sont relativement en état de conflit. Les tribus turques d’Asie Centrale adhérent au maturidisme, une école relativement marginale. De plus, l’Islam des Ouïghours a été fortement influencé par le soufisme, qui est la voie mystique et ésotérique de l’Islam. Par la pratique de l’ascèse et de la méditation, le soufi atteint un état mystique où il fusionne avec Dieu, lui procurant une connaissance intuitive de Dieu au-dessus du Prophète, simple instrument de la révélation.

[6] Statistiques officielles du Gouvernement chinois.

[7] Depuis le début des années 2000, des dizaines d’organisations avec un programme démocratique ont vu le jour, principalement en Amérique du Nord et en Europe à Munich qui est la ville d’Europe qui possède la plus grande population ouïghoure et qui accueille le plus d’organisations. Aujourd’hui, par l’intermédiaire de la National Endowment for Democracy, le Département d’État des États-Unis finance la plupart des organisations indépendantistes ouïghoures militant pour un État démocratique.

[8] Le Mouvement islamique du Turkestan oriental est placé sur la liste officielle des groupes terroristes de la République populaire de Chine, des États-Unis et du Kazakhstan. En 2002, les Nations unies ont classé le mouvement comme étant proche d’Al-Qaida.

[9] Military to Military

[10] Imad Moustapha, actuel ambassadeur de Syrie en Chine, était le doyen de la faculté des sciences de l’Université de Damas, et un proche collaborateur d’Assad, lorsqu’il fut nommé en 2004 ambassadeur de Syrie à Washington, poste qu’il occupa pendant 7 ans.

[11] Route secrète.

[12] Manœuvres navales inédites en Méditerranée pour Pékin et Moscou et Des navires de guerre chinois et russes arrivent en Méditerranée pour des exercices conjoints (RT)


Analyse de la situation politique et militaire en Irak

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Mois de décembre 2015

Situation politique

La bonne nouvelle en ce début d’année est que contrairement à ce que souhaitent nombre de puissances régionales et notamment la Turquie et même une partie des leaders politiques américains, le dépeçage de l’IRAK et sa division en trois entités chiites, sunnites et Kurdes s’éloigne quelque peu.

Plusieurs faits tendent à le prouver :

1) La provocation turque. Lorsque des troupes turques sont intervenues, le 3 décembre 2015, au nord du pays, près de Mossoul, à Bachika, sans la permission ou la connaissance du gouvernement irakien et sous prétexte de combattre Daesh, le gouvernement irakien a réagi vivement appuyé par l’opinion publique. Le premier ministre irakien Haider Al Abadi a alors lancé un ultimatum sommant Ankara de retirer ses troupes sous deux jours sinon l’Irak aurait recours à toutes les options disponibles pour y parvenir. La force de l’air irakienne a été enjointe de se tenir prête pour défendre « la patrie et protéger sa souveraineté ».

2) Symétriquement, conscientes du danger que représente le poids croissant de l’aide iranienne et des forces pro-iraniennes en Irak, une certaine coordination entre le premier ministre Al Abadi, le grand chef religieux de Najaf Ali Sistani et des partis politiques chiites comme le Courant Sadriste et le Conseil Islamique Suprême semble exister afin de réduire l’influence des courants chiites pro iraniens, fidèles au guide de la révolution iranienne, Ali Khamenei.

3) C’est l’Armée irakienne qui a libéré la ville Ramadi, chef-lieu du gouvernorat d’Al Anbar tombée aux mains de Daesh le 17 Mai. A l’offensive finale, ont pris part, aux côtés de l’armée irakienne, des combattants tribaux sunnites entrainés par les américains (voir nos précédentes évaluations) pour libérer les quartiers de Tamim, JamÏa et Hamira au sud de la ville. La bataille pour le centre-ville a été lancée le 22 décembre à partir du Sud-Ouest. Les forces irakiennes ont traversé la rivière Warar sur des ponts lancés par le génie. Loffensive a ainsi bénéficié d’un effet de surprise car Daesh avait orienté sa défense face au Nord où étaient massées la majorité des troupes irakiennes. Pour la première fois, l’armée irakienne y a utilisé des hélicoptères Apache pour frapper l’ennemi. Des images vidéo ont montré des habitants de la ville accueillant les soldats irakiens par des slogans disant : Sunnites et Chiites, tous ensembles. Le nettoyage de la partie Est de la ville se poursuivait début janvier car quelques centaines de combattants de Daesh, dont une majorité de kamikazes étrangers, s’y trouvaient retranchés avec une grande partie des habitants dont ils se servaient comme boucliers humains.

4) Alors que sur le terrain, les forces Kurdes ont remporté deux victoires importantes à Sinjar en Irak et dans la région Hol en Syrie [1], Massoud Barzani s’accroche à son poste ce qui paralyse la vie politique du pays et gèle en quelque sorte les différends avec Bagdad.

Cette situation et le fait que les manifestations de rues n’ont dégagé aucun leader nouveau fournissent quelques délais supplémentaires au premier ministre Haider Al Abadi pour réaliser les réformes attendues par les irakiens. Mais cette accalmie reste très fragile car, avec la baisse du pétrole et l’effort de guerre, le clivage social entre riches et pauvres ne cesse de s’approfondir. Si le projet réformiste du premier ministre n’aboutit à rien, l’Irak peut-être dans un avenir proche aux prises avec des évolutions violentes et dramatiques initiées, cette fois, par les Chiites et non pas les Sunnites.

Situation sécuritaire

En décembre, la situation sécuritaire évaluée par le nombre de morts par attentat est restée stable par rapport à novembre 2015 qui avait connu une décroissance importante par rapport aux mois précédents. Le bilan s’établit à 545 morts par attentat, chiffre identique à celui de novembre. On note toutefois une nette amélioration à Bagdad et dans le gouvernorat de Diyala (12 morts).

A Bagdad, le nombre de morts par attentats a diminué de 40% et s’établit à 60 morts. En effet, il n’y a eu aucun attentat à la voiture piégée. C’est un succès à mettre au compte des services irakiens qui ont pu identifier et interdire toutes les routes par lesquelles passaient ces voitures pour venir jusqu’à Bagdad. En revanche en raison de la dégradation de la situation économique et de la montée en flèche du chômage, le nombre de vols à main armée et d’enlèvement a fortement augmenté. Ce sont surtout les médecins, les bureaux de change, les salaires des fonctionnaires et les joailleries qui sont visés.

Dans le gouvernorat d’Al Anbar on recense 182 morts par attentat ce qui le maintien en tête des régions les plus dangereuses et cette situation risque de perdurer. Selon les autorités locales, Ramadi est détruite à 80% à cause de bombardements et parce qu’avant son retrait du centre-ville, Daesh a dynamité la plupart des bâtiments gouvernementaux publics et beaucoup de maisons résidentielles. En outre, tous les ponts sont détruits. Il faudra, dans ce contexte économique dégradé, beaucoup de temps à la municipalité pour nettoyer la ville, la reconstruire et remettre en état ses infrastructures et ses services municipaux.

Le gouvernorat de Nineveh avec 132 morts dont le chef-lieu est Mossul reste une région où les affrontements ne peuvent que s’accroitre car l’emprise des forces irakiennes et des peshmergas se resserre autour de la ville.

La situation est stable à Salahuldein (86 morts) et à Kirkuk (73 morts).

Au sud du pays, la situation sécuritaire continue d’être relativement calme. Des mesures de sécurité très fermes ont été appliquées au cours des célébrations chiites qui ont eu lieu, à Najaf, les 11-12 décembre. Néanmoins à Bassora, comme à Bagdad, le taux de criminalité a augmenté en décembre. Il y a eu beaucoup de vols à main armée et d’enlèvements.

[1] Ce qui est probablement une raison de l’envoi de forces Turques en Irak.


Une «attaque à la voiture piégée» en France : «un scénario à craindre», selon Jean-Bernard Pinatel

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2016 : une année catastrophe en matière d’attentat terroriste ? Le Général Jean-Bernard Pinatel, expert des questions géopolitiques, contacté par RT France, évoque la menace que font peser en Europe des djihadistes de plus en plus organisés.

RT France : Un responsable du contre-terrorisme français cité par l’AFP et qui a voulu garder l’anonymat a indiqué qu’un «11 septembre européen» était très probable. Il a déclaré que les attentats risquaient de se multiplier en 2016, qu’en pensez-vous ?

Jean-Bernard Pinatel : Que l’on ait des attentats en 2016, c’est évident. Que l’on ait une vague d’attentats et 3 000 morts comme lors du 11 septembre, c’est un autre problème. En effet, dans cette «guerre civile mondiale» les terroristes ont l’avantage de pouvoir choisir le mode d’action, le lieu et la date et on ne peut pas tout défendre tout le temps.

RT France : Quand certaines sources au sein du contre-terrorisme disent que tous les éléments sont réunis pour une multiplication des attentats, notamment le trafic de faux-papier, les djihadistes qui sont de plus en plus décidés ?

Jean-Bernard Pinatel : C’est évident que l’on va en avoir d’autres. Cela je l’ai dit, je l’ai écrit, c’est évident. Maintenant quelle pourra être leur ampleur ? Je n’en sais absolument rien. Faire ce type de prospective, cela ne sert pas à grand chose. Je n’ai aucune informations qui me permettent d’en mesurer l’ampleur.

« Qu’on ait un jour en France des voitures piégées ? Je pense que oui. »

RT France : Bien sur, mais est-ce que l’on peut dire simplement que les terroristes sont de plus en plus organisés ?

Jean-Bernard Pinatel : Si on reprend ce qu’il se passe notamment en Irak, c’est une évidence. Selon certaines informations durant l’offensive des troupes irakiennes pour reprendre Ramadi à Daesh, les djihadistes qui avaient pris le contrôle de la ville ont résisté en lançant de l’ordre de 200 voitures piégés sur l’armée irakienne. Alors qu’on ait un jour en Europe des voitures piégées, je pense que c’est possible car c’est le mode d’action principal aujourd’hui en Irak avec les kamikases équipés d’une ceinture d’explosifs.

La France n’a pas encore connu d’attaque à la voiture piégée. Une voiture bourrée d’explosif qui se jette contre un bâtiment public ou se fait exploser dans un parking souterrain c’est un scénario que l’on peut craindre car il est largement utilisé au Moyen-Orient. Ils savent donc le faire.

RT France : La fabrication de faux-papier serait désormais maîtrisée notamment par l’Etat islamique, est-ce un facteur déterminant dans l’arrivée des djihadistes en Europe ? Quel regard portez-vous sur ce phénomène ?

Jean-Bernard Pinatel : Pas seulement par l’Etat islamique. On sait que la Turquie, et notamment les services spéciaux turcs ont établi des faux-papiers, pour transporte en Syrie des djihadistes Ouighours venant du Xinjiang.

RT France : Vous dites que les turcs ont favorisé ce phénomène, dans quel but?

Jean-Bernard Pinatel : Erdogan a toujours soutenu la mouvance turkmène, que cela soit dans le Xinjiang chinois, au Turkménistan, etc. Il a même qualifié de «génocide» le sort que réservaient les chinois aux Ouighours du Xinjiang.

RT France : Vous dites que les Turkmènes sont en quelque sorte la cheville ouvrière du djihadisme en Syrie et en Irak et de l’organisation de l’Etat islamique notamment ?

Jean-Bernard Pinatel : La Syrie est chaudron où l’on trouve des djihadistes venant de partout et notamment de la mouvance turkmène venant de toute l’Asie centrale. Certaines sources disent qu’il y en a 5000 en Turquie dont 500 à 2000 seraient passés en Syrie.

« Il faut permettre à nos services de travailler et d’anticiper, sans nécessairement passer par des juges. »

RT France : Au sujet des services secrets français, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a récemment vanté le travail effectué par ses services alors que deux attentats majeurs ont été perpétrés sur le territoire français, est-ce qu’on peut dire qu’il y a eu des failles ?

Jean-Bernard Pinatel : Il y aura toujours des ratés. La sécurité a 100% n’existe pas. mais nos forces de sécurité font un travail admirable et l’état d’urgence leur facilite effectivement la tâche puisqu’ils peuvent réagir très rapidement dès qu’ils ont une information. Mais aucun service y compris les services russes qui avaient tout les moyens avec eux ne peuvent faire du 100 % en matière de terrorisme.

RT France : Le discours sur les éventuels failles des services de renseignement, pour vous, ne tient pas ?

Jean-Bernard Pinatel
: Il y a toujours des failles dans un dispositif mais, ce qu’il faut analyser, c’est le bilan entre ce qui est fait et qui n’est jamais dit parce que le principe des services c’est que quand il y a des succès de ne pas en parler. On ne parle donc que des ratés. Le bilan, ce sont les gens qui sont aux affaires qui peuvent le faire réellement mais il y a toujours des failles. Vous ne pouvez pas faire du 100 %, on n’est pas dans un monde parfait. Il y a toujours des gens qui arrivent à passer entre les mailles du filet depuis que les services de renseignement existent.

RT France : Vous êtes donc également un partisan de l’état d’urgence ?

Jean-Bernard Pinatel : Tant que l’affaire irakienne et syrienne perdureront, il faut permettre à nos services de travailler et d’anticiper, sans nécessairement passer par des juges à moins que l’on augmente énormément le nombre de juges anti-terroristes et que l’on puisse réagir dans l’heure. Le problème souvent en matière de terrorisme est le délai de réaction entre le moment où l’on a l’information et le moment où l’on peut agir. Regardez ce qu’il s’est passé en Belgique : au moment où ils ont eu l’information, ils n’ont pu intervenir que le lendemain matin. Et ils ont laissé échapper un des auteurs des attentats de Paris. Si on veut pouvoir exploiter les informations très rapidement, il ne faut pas passer par un système judiciaire complexe avec des procédures surchargées. Il faut pouvoir agir rapidement et heureusement l’état d’urgence le permet. Mais ce n’est pas parce qu’il y a l’état d’urgence qu’on peut faire du 100 %.

RT France : Êtes-vous favorable à sa prolongation ?

Jean-Bernard Pinatel : Je suis pour permettre aux services secrets français d’agir sans délai dès qu’ils ont une information, que cela s’appelle l’état d’urgence ou un autre état à définir. On sait très bien que dans ces affaires là, tout délai entre l’information et l’action favorise la partie adverse.

Source : RT en français


Military to Military

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Je publie ci-dessous la traduction d’un article du London Review of Books en anglais dans le volume 38 du 1er janvier 2016 dans lequel le journaliste d’investigation Seymour Hersh dévoile les critiques de l’Etat-Major américain concernant la stratégie d’Obama en Syrie. Il comporte notamment cette confidence qui témoigne de l’irresponsabilité totale de la stratégie du ni ni d’Obama et de Hollande :« que ce qui avait débuté comme une opération secrète pour armer et soutenir les rebelles modérés luttant contre Assad, avait été approuvé par la Turquie, et s’était transformé en un programme technique, militaire et logistique à cheval sur la frontière pour toutes les forces d’opposition, y compris Jabhat al-Nusra et l’État Islamique. Les soi-disant rebelles modérés s’étaient évaporés, et l’Armée syrienne libre n’était qu’un mirage stationné sur une base aérienne en Turquie. Le constat était peu réjouissant: il n’y avait aucune opposition modérée viable face à Assad, et les USA armaient des extrémistes.

Seymour M. Hersh on US intelligence sharing in the Syrian war

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Seymour M. Hersh écrit notamment pour The New Yorker et le New York Times. Il est à l’origine de nombreuses révélations comme le scandale de torture de Abu Ghraib ou encore le Massacre de Mỹ Lai au Viêt Nam pour lequel il obtient un Prix Pulitzer. Il est considéré par le monde universitaire comme un des meilleurs journalistes des États-Unis (source : Wikipedia).

L’insistance de Barack Obama à répéterqu’Assad devait partir – et à affirmer qu’il y a des groupes de rebelles modérés en Syrie capables de le renverser – a provoqué ces dernières années des dissensions et même une opposition ouverte parmi les plus hauts fonctionnaires de l’État-Major Interarmes du Pentagone. Leurs critiques se sont concentrées sur ce qu’ils considèrent comme une obsession de l’administration sur le principal allié d’Assad, Vladimir Poutine. Selon eux, Obama serait prisonnier d’une vision de la Russie et de la Chine digne de la guerre froide, et n’a pas ajusté son discours sur la Syrie, qui tiendrait compte du fait que tous deux partagent l’inquiétude de Washington, de voir le terrorisme se propager dans et au-delà de la Syrie. Comme Washington, ils pensent que l’islamisme doit être stoppé.

La résistance de l’armée remonte à l’été 2013, lorsqu’un bulletin d’évaluation classé secret défense, rassemblé par la DIA (Agence du renseignement de la défense : la DRM en France)et les chefs d’États major interarmes, alors dirigés par le Général Martin Dempsey, prévoyait que la chute d’Assad allait mener au chaos et sans doute à la conquête de la Syrie par des extrémistes djihadistes, à l’image de ce qui était en train de se passer en Libye. Un ex conseiller de l’État-Major interarmes me raconta que le document était une synthèse de sources diverses, élaborant un scenario à partir de signaux, de renseignements satellitaires et humains, et il voyait d’un mauvais œil l’entêtement de l’administration Obama à continuer de financer et d’armer les soi-disant groupes de rebelles modérés. À cette époque, la CIA complotait depuis plus d’un an avec ses alliés du Royaume Uni, d’Arabie Saoudite et du Qatar pour expédier des armes et des marchandises – dans le but de renverser Assad – à partir de la Libye, via la Turquie, jusqu’en Syrie.

Le nouveau Rapport estimatif pointait la Turquie comme obstacle majeur à la politique d’Obama en Syrie. Le document montrait, selon ce conseiller, «que ce qui avait débuté comme une opération secrète pour armer et soutenir les rebelles modérés luttant contre Assad, avait été approuvé par la Turquie, et s’était transformé en un programme technique, militaire et logistique à cheval sur la frontière pour toutes les forces d’opposition, y compris Jabhat al-Nusra et l’État Islamique. Les soi-disant rebelles modérés s’étaient évaporés, et l’Armée syrienne libre n’était qu’un mirage stationné sur une base aérienne en Turquie. Le constat était peu réjouissant : il n’y avait aucune opposition modérée viable face à Assad, et les USA armaient des extrémistes».

Le Lieutenant General Michael Flynn, directeur de la DIA entre 2012 et 2014, confirma que son agence avait envoyé un flux constant de mises en garde secrètes à l’Exécutif, quant aux conséquences catastrophiques d’un renversement d’Assad. Les jihadistes, précisait-il, contrôlaient toute l’opposition. La Turquie n’en faisait pas assez pour stopper l’infiltration de combattants étrangers et d’armes le long de sa frontière. Lynn m’avait confié « Si le public américain avait accès au flux de renseignements que nous avons transmis quotidiennement, au niveau le plus sensible, il exploserait de rage.». « Nous avons compris la stratégie à long terme de l’État Islamique (EI), et ses plans de campagne, et nous avons aussi discuté le fait que la Turquie regardait ailleurs lorsqu’il s’agissait d’aborder l’expansion de l’EI en Syrie. ». Le rapport de la DIA fut repoussé avec force par l’administration Obama. « J’ai eu l’impression qu’ils ne voulaient tout simplement pas entendre la vérité. » L’ex-conseiller ajouta « Notre politique visant à armer l’opposition à Assad était un échec, et avait même un impact négatif. »

Les commandants interarmes étaient convaincus qu’Assad ne devait pas être remplacé par des fondamentalistes. La politique de l’Administration était contradictoire. Ils voulaient le départ d’Assad mais l’opposition était dominée par des extrémistes. Alors qui allait bien pouvoir le remplacer ? « Dire qu’Assad doit partir c’est bien beau, mais si vous suivez l’idée jusqu’au bout, eh bien vous ne trouvez personne de meilleur. C’est la question du personne n’est meilleur qu’Assadque le Joint Chiefs of Staff (JCS : État-Major Interarmes) soulevait face à la politique d’Obama. Les Commandants du JCS sentaient qu’affronter directement la politique d’Obama n’aurait « aucune chance de succès ». C’est ainsi qu’à l’automne 2013 ils décidèrent de prendre des mesures contre les extrémistes sans passer par les canaux politiques, en fournissant des renseignements militaires aux autres nations, dans l’espoir bien compris qu’ils seraient transmis à l’armée syrienne et exploités contre l’ennemi commun, Jabhat al-Nosra et l’EI.

L’Allemagne, Israël et la Russie étaient en contact avec l’armée syrienne, et capables d’exercer une certaine influence sur les décisions d’Assad – C’est par leur intermédiaire que les renseignements américains seraient partagés. Chacun avait ses raisons de coopérer avec Assad : l’Allemagne redoutait ce qui pourrait se passer au sein de sa population de 6 millions de musulmans si l’EI s’étendait ; Israël se sentait concerné par la sécurité de ses frontières ; la Russie était alliée de longue date avec la Syrie, et s’inquiétait de la menace qui pesait sur son unique base en Méditerranée, à Tartous. « Nous n’avions pas la ferme intention de dévier de la ligne politique officielle d’Obama, mais partager nos évaluations de la situation au travers de relations d’armée à armée pouvait s’avérer plus productif. Il était clair qu’Assad avait besoin de renseignements tactiques plus précis et de conseils opérationnels. Les commandants en avaient déduit que si ces besoins étaient satisfaits, le combat contre le terrorisme en serait in fine renforcé. Obama n’était pas au courant, mais Obama ne sait pas toujours ce que fait l’État-Major dans chaque circonstance, et il en va ainsi de tous les Présidents.»

Lorsque le flux de renseignements débuta, l’Allemagne, Israël et la Russie commencèrent à transmettre les informations sur les déplacements et intentions des groupes de djihadistes radicaux à l’armée syrienne ; en échange, la Syrie a fourni des renseignements sur ses propres moyens et intentions. Il n’y avait pas de contact direct entre les USA et les forces armées syriennes ; en lieu et place, selon ce conseiller, « nous leur avons fourni du renseignement, y compris des analyses à plus long terme sur l’avenir de la Syrie, rassemblées par des contractants ou l’une de nos écoles militaires – et ces pays pouvaient en faire ce qu’ils voulaient, y compris les partager avec Assad. Nous disions aux Allemands et aux autres : « tenez, voilà des informations particulièrement intéressantes, et nos intérêts se rejoignent. » Fin de la conversation. L’État-Major pouvait conclure que quelque chose de bénéfique en sortirait – mais c’était une action d’armée à armée, et non un quelconque complot sinistre des Commandants pour contourner Obama et soutenir Assad. C’était beaucoup plus subtil. Si Assad se maintient au pouvoir, ce ne sera pas parce que nous l’y avons maintenu, mais parce qu’il aura été suffisamment malin pour exploiter les renseignements et les conseils tactiques avisés que nous avons fournis aux autres.»

L’histoire publique des relations entre les USA et la Syrie au cours des dernières décennies est celle d’une inimitié. Assad condamna les attaques du 11/9, mais s’opposa à la guerre d’Irak. George Bush a, de façon répétée, lié la Syrie aux 3 membres de « l’axe du mal » – Irak, Iran et Corée du Nord – tout au long de sa présidence. Les messages du département d’État rendus publics par Wikileaks montrent que l’administration Bush tenta de déstabiliser la Syrie et que ces efforts se sont poursuivis au cours des années Obama. En décembre 2006, William Roebuck, alors en poste à l’ambassade américaine à Damas, rendit un rapport qui analysait les failles du gouvernement Assad, et proposait une liste des méthodes « susceptibles d’augmenter la probabilité » d’opportunités de déstabilisation. Il recommandait que Washington travaille avec l’Arabie Saoudite et l’Egypte pour développer les tensions sectaires et se concentre sur la médiatisation « des efforts syriens contre les groupes extrémistes – les dissidents kurdes et les factions radicales sunnites – de façon à suggérer une situation de faiblesse, des signes d’instabilité, et un effet boomerang hors de contrôle » ; ainsi, il apparaitrait nécessaire d’encourager l’isolement de la Syrie, au travers du soutien américain au « Front de Salut National en Syrie », dirigé par Abdul Halim Khaddam, un ex vice-président syrien dont le gouvernement, en exil à Riyad, était soutenu par les Saoudiens et les Frères Musulmans.

Un autre message transmis en 2006 montrait que l’ambassade avait dépensé 5 millions de dollars en financement de dissidents qui présentaient des candidats indépendants pour l’Assemblée Populaire ; les virements furent maintenus même lorsqu’il fut évident que les services secrets syriens étaient désormais au courant de ce qui se passait. Un message transmis en 2010 mettait en garde sur le financement d’un réseau télévisé aux mains de l’opposition syrienne à Londres, que le Gouvernement syrien interpréterait comme « un acte hostile mené sous couverture contre le régime ».

Mais il y a aussi une histoire parallèle de la coopération secrète entre la Syrie et les États-Unis au cours de la même période. Les deux pays ont collaboré contre Al Qaïda, leur ennemi commun. Un consultant de longue date au sein du Commandement conjoint des Opérations spéciales (Joint Special Operations Command), déclara qu’ « à la suite du 11/9, Bachar fut extrêmement utile pour nous pendant des années, tandis qu’en retour, selon moi, nous fûmes très discourtois, et particulièrement maladroits dans l’usage que nous fîmes de l’or qu’il mettait entre nos mains. Cette coopération silencieuse se poursuivit entre certains éléments, même après que [l’administration Bush] ait décidé de le diaboliser. » En 2002, Assad autorisa les services secrets syriens à divulguer les dossiers internes sur les activités des Frères Musulmans en Syrie et en Allemagne. Plus tard cette année-là, les services secrets syriens déjouèrent une attaque d’Al Quaïda contre le quartier général de la Vème Flotte de l’US NAVY à Bahrein, et Assad donna son accord pour fournir à la CIA le nom d’un informateur vital d’Al Qaïda. En violation de cet accord, la CIA contacta directement cet informateur ; il rejeta l’approche, et rompit les relations avec ses interlocuteurs syriens. Toujours secrètement, Assad remis aussi aux mains des américains des membres de la famille de Saddam Hussein qui avaient trouvé refuge en Syrie, et – comme les alliés des USA la Jordanie, l’Egypte, la Thailande et ailleurs – fit torturer des suspects de terrorisme pour le compte de la CIA dans une prison damascène.

C’est cette histoire de coopération qui rendait plausible l’idée que Damas coopérerait en 2013 au nouveau protocole d’échange d’informations indirect avec les USA. Les Commandants interarmes firent savoir qu’en retour les USA souhaitaient 4 approbations : Assad devait retenir le Hesbollah d’attaquer Israël ; il devait reprendre les négociations avec Israël pour signer un accord sur le plateau du Golan ; il devait accepter la venue de conseillers militaires russes et d’autres pays ; et il devait s’engager à organiser de nouvelles élections ouvertes après la guerre qui intègrent un large éventail de sensibilités politiques. Le conseiller du JCS ajouta « Nous avions un feedback positif des Israéliens, qui étaient d’accord pour soutenir le projet, mais ils voulaient savoir quelle serait la réaction de l’Iran et de la Syrie ». « Les Syriens nous ont dit qu’Assad ne prendrait pas sa décision de façon unilatérale – il avait besoin du soutien de sa propre armée et de ses alliés alaouites. Le souci d’Assad était qu’Israël dise oui puis ne tienne pas ses promesses ». Un haut conseiller du Kremlin aux affaires du Moyen Orient m’a raconté que fin 2012, après avoir subit une série de revers sur le champ de bataille et des désertions au sein de l’armée, Assad s’était rapproché d’Israël via un contact à Moscou, et qu’il avait proposé de rouvrir les discussions sur le Plateau du Golan. Les Israéliens avaient rejeté l’offre. Mon interlocuteur me confia « Ils déclarèrent “Assad est un homme fini” » ; « Il est proche de la fin ». Il m’expliqua que les Turcs avaient tenu à Moscou le même discours. Cependant, à la mi-2013, les Syriens purent croire que le pire était derrière eux, et ils voulaient avoir l’assurance que les propositions d’aide des Américains et d’autres étaient sérieuses.

Au début des pourparlers, selon ce conseiller, les commandants interarmes essayèrent de déterminer les besoins d’Assad en signe de bonnes intentions. Sa réponse fut transmise par l’intermédiaire d’un ami d’Assad : « Apportez-lui la tête du Prince Bandar. » les membres de l’État-Major ne donnèrent pas suite. Bandar Ben Sultan avait servi les services secrets et la sécurité intérieure de l’Arabie Saoudite durant des décennies, et il avait passé plus de 20 années en tant qu’ambassadeur à Washington. Ces dernières années, il était connu pour vouloir la destitution d’Assad à tout prix. Alors qu’on le disait en mauvaise santé, il démissionna l’année dernière en tant que directeur du Conseil de sécurité saoudien, mais l’Arabie Saoudite continue d’être le principal pourvoyeur de fonds à l’opposition syrienne, dont le montant est estimé à 700 millions de dollars par le Renseignement américain. En juillet 2013, les chefs d’État-Major interarmes découvrirent un moyen plus direct de démontrer le sérieux de leur proposition d’aide à Assad. A cette époque, le flux secret d’armes en provenance de Libye pour l’opposition syrienne via la Turquie, était en place depuis plus d’un an (il débuta peu de temps après la mort de Kadhafi le 20 octobre 2011). L’opération était en grande partie organisée depuis une annexe secrète de la CIA à Benghazi, avec l’aval du Département d’Etat. Le 11 septembre 2012, l’ambassadeur US en Libye Christopher Stevens fut tué durant une manifestation anti-américaine qui dégénéra en incendie du Consulat des USA à Benghazi; des journalistes du Washington Post trouvèrent des copies de l’agenda de l’ambassadeur au milieu des ruines du bâtiment. Elles montraient que le 10 septembre, Stevens avait rencontré le chef des opérations de l’annexe de la CIA. Le jour suivant, peu avant de mourir, il avait rencontré un représentant de la Compagnie d’affrètement «Al-Marfa Shipping and Maritime Services», une société basée à Tripoli qui, selon ce conseiller, était connue de l’État-Major pour s’occuper de l’expédition d’armement.

À la fin de l’été 2013, le rapport de la DIA avait été largement diffusé, mais bien que de nombreux agents de la communauté du Renseignement aient été au courant de la domination de l’opposition syrienne par les extrémistes, l’armement fourni par la CIA continua d’affluer, ce qui constituait un problème permanent pour l’armée d’Assad. Les stocks et dépôts de Kadhafi étaient la source d’un marché international de l’armement, bien que les prix aient été élevés. Le conseiller de l’État-Major interarmes déclara qu’ « Il n’y avait aucun moyen de stopper les expéditions d’armes qui avaient été approuvées par le Président. La solution passait par mettre la main au portefeuille. La CIA fut approchée par un représentant de l’État-Major qui suggéra que les arsenaux turques renfermaient des armes bien meilleur marché qui pouvaient se retrouver dans les mains des rebelles syriens en quelques jours, sans transfert maritime. » Mais la CIA ne fut pas la seule à en bénéficier. « Nous avons travaillé avec les Turcs en qui nous avions confiance et qui n’étaient pas loyaux avec Erdogan, et nous les avons sollicités pour expédier toutes les armes obsolètes de leurs arsenaux aux djihadistes en Syrie, y compris des carabines M1 qui n’avaient pas servi depuis la guerre de Corée, et des tonnes d’armes soviétiques. C’était un message qu’Assad pouvait interpréter comme “Nous avons la capacité d’endiguer la politique de notre Président en remontant sur ses traces.“ »

Le flux de renseignements en provenance des services US vers l’armée syrienne, et la détérioration de la qualité des armes fournies aux rebelles, marquèrent un tournant. L’armée syrienne avait subi de lourdes pertes au printemps 2013 lors de ses combats contre Jabhat al-Nosra (1) et d’autres groupes extrémistes, alors qu’elle ne parvenait pas à tenir la capitale provinciale Raqqa. Des raids sporadiques de l’armée syrienne et de l’aviation continuèrent pendant des mois sans grand succès, jusqu’à ce qu’elle décide de se retirer de Raqqa et d’autres zones difficiles à défendre ou peu peuplées au nord et à l’ouest, pour se concentrer sur la consolidation de la défense du bastion gouvernemental à Damas, et des zones densément peuplées reliant la capitale à Lattakié au nord-est. Mais alors que l’armée regagnait en force avec le soutien de l’État-Major, l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie augmentèrent leurs financements et armement de Jabhat al-Nosra et de l’EI, qui à la fin de 2013 avaient gagné un territoire énorme de part et d’autre de la frontière irako-syrienne. Les quelques rebelles non fondamentalistes qui restaient se retrouvèrent engagés dans des combats âpres – le plus souvent perdus – qui ciblaient les extrémistes. En janvier 2014, l’EI pris à la suite d’al-Nosra le contrôle de Raqqa et des zones tribales tout autour, et fit de la ville son quartier général. Assad contrôlait encore [un territoire occupé par] 80% de la population syrienne, mais il avait perdu des étendues considérables.

Les efforts de la CIA pour entrainer les forces rebelles modérées échouaient aussi lamentablement. Le conseiller expliqua : « Le camp d’entrainement était en Jordanie et sous le contrôle d’un groupe tribal syrien ». Certains de ceux qui avaient signés étaient suspectés d’appartenir à l’armée syrienne, à l’uniforme près. Cela était déjà arrivé, dans les pires moments de la guerre en Irak, lorsque des centaines de miliciens chiites se présentèrent à l’accueil des camps d’entrainement américains le temps d’enfiler de nouveaux uniformes, d’obtenir de nouvelles armes et de suivre quelques jours d’entrainement avant de disparaitre dans le désert. Un programme d’entrainement séparé, conçu par le Pentagone en Turquie, ne donna pas plus de résultats. Le Pentagone reconnu en septembre que seules 4 ou 5 de ses recrues combattaient toujours l’EI ; quelques jours plus tard, 70 d’entre eux « firent défection » pour rejoindre Jabhat al-Nosra juste après avoir franchi la frontière syrienne.

En janvier 2014, désespéré par le manque de progrès, John Brennan, directeur de la CIA, convoqua les chefs des services secrets américains et sunnites de l’ensemble du Moyen Orient à une réunion secrète à Washington, dans le but de persuader l’Arabie Saoudite de cesser son soutien aux combattants extrémistes en Syrie. «Les Saoudiens nous déclarèrent qu’ils seraient heureux de nous écouter, et donc tout le monde s’assit autour d’une table à Washington pour écouter Brennan leur expliquer qu’ils devaient désormais prendre le même bateau que les modérés. Le message était que si tout le monde dans la région, cessait de soutenir al-Nosra et l’EI, leurs munitions et leur armement se tariraient, et les modérés l’emporteraient. » Le message de Brennan fut ignoré des Saoudiens, qui retournèrent chez eux pour relancer de plus belle leurs efforts en faveur des extrémistes et nous demander d’accroitre notre soutien technique. Et nous avons finalement accepté, et tout cela s’est terminé par le renforcement des extrémistes.»

Mais les Saoudiens étaient loin d’être le seul problème : le renseignement américain avait accumulé des interceptions et des informations de source humaine qui démontraient que le gouvernement Erdogan soutenait Jabhat al-Nosra depuis des années, et faisait de même à présent avec l’EI. « Nous pouvons gérer les Saoudiens » me disait le conseiller « Nous pouvons gérer les frères Musulmans. Vous pouvez argumenter que l’équilibre global du Moyen-Orient repose sur une forme de destruction certaine mutuellement partagée entre Israël et le reste du Moyen Orient, et que la Turquie peut déstabiliser cet équilibre – ce qui est le rêve d’Erdogan. Nous lui avons dit que nous voulions qu’il ferme le robinet des djihadistes étrangers qui se déversent en Turquie. Mais il rêve de grandeur – celle de restaurer l’Empire Ottoman – et il n’a pas réalisé jusqu’où pourrait le mener la réussite de ce projet. »

L’une des constantes dans les affaires américaines depuis la chute de l’URSS a été d’entretenir des relations d’armée à armée avec la Russie. Après 1991, les USA ont dépensés des milliards de dollars pour aider la Russie à sécuriser son arsenal nucléaire, y compris lors d’une opération ultra secrète qui consistait à déplacer de l’uranium enrichi à des fins militaires depuis des dépôts non sécurisés au Kazakhstan. Ces programmes conjoints pour superviser la mise en sécurité de matériaux à usage militaire se sont poursuivis au cours des 20 années suivantes. Pendant la guerre menée par les États-Unis en Afghanistan, la Russie autorisa son survol par des transporteurs et des ravitailleurs américains, ainsi que le transit terrestre pour le flux d’armes, de munitions, d’eau et de nourriture dont la machine de guerre américain avait quotidiennement besoin. L’armée russe fournit des renseignements sur les déplacements d’Oussama Ben Laden, et aida les États-Unis à négocier le droit d’utiliser une base aérienne au Kirghizstan L’État-Major Interarmes a toujours été en contact avec ses homologues syriens, et les liens entre les deux armées sont opérationnels jusqu’au plus haut niveau. En août, quelques semaines avant sa retraite de chef de l’État-Major Interarmes, Dempsey fit une visite d’adieu au quartier général des forces de défense irlandaises à Dublin, et raconta à son auditoire qu’ils avaient mis un point d’honneur, lorsqu’il était en fonction, à garder le contact avec le chef de l’État-Major russe, le Général Valery Gerasimov. « En fait, je lui ai suggéré que nous ne terminions pas notre carrière comme nous l’avions commencée », a-t-il dit – celle d’un commandant de char en Allemagne de l’Ouest, et l’autre à l’Est.

Lorsqu’il s’agit de se confronter à l’EI, la Russie et les USA ont bien des choses à partager mutuellement. Beaucoup au sein de l’EI, de son commandement à la troupe, ont combattu pendant plus de 10 ans contre la Russie lors des 2 guerres de Tchétchénie à partir de 1994, et le gouvernement de Poutine est totalement investi dans le combat contre le terrorisme islamique. « La Russie connait les cadres de l’EI » m’a fait remarquer le conseiller, « et elle a accès à ses techniques opérationnelles, avec beaucoup d’informations à partager. » En échange, « Nous avons d’excellent formateurs qui ont des années d’expérience dans la formation de combattants étrangers, une expérience que la Russie n’a pas ». Le conseiller n’a toutefois pas évoqué ce dont les services secrets américains sont également capables : la capacité à obtenir des informations sur des cibles, souvent en les achetant pour de fortes sommes à des sources au sein même des milices rebelles.

Un ex-conseiller de la Maison Blanche pour les affaires étrangères m’a raconté qu’ « avant le 11-Septembre, Poutine avait l’habitude de nous dire : “nous vivons le même cauchemar dans des endroits différents“. Il voulait parler de ses problèmes avec le Califat tchétchène, et de nos premiers affrontements avec al-Qaïda. Ces jours derniers, après l’attentat contre l’A320 METROJET au-dessus du Sinaï et les massacres de Paris et ailleurs [Beyrouth], il est difficile de ne pas conclure que nous avons bien les mêmes cauchemars provenant des mêmes endroits. »

Pourtant, l’Administration Obama continue de condamner la Russie pour son soutien à Assad. Un haut diplomate retraité qui fut en poste à l’Ambassade de Moscou m’a exprimé de la sympathie pour le dilemme devant lequel se trouve Obama, en tant que chef de la coalition occidentale opposée à l’agression russe en Ukraine : « l’Ukraine est une question sérieuse, et Obama l’a abordée de façon ferme avec les sanctions. Mais notre politique vis-à-vis de la Russie est trop souvent erratique. En revanche, en Syrie, il ne s’agit pas de nous, il s’agit d’être sûr que Bachar ne perde pas. En réalité, Poutine ne veut surtout pas voir le chaos syrien se répandre en Jordanie ou au Liban, comme cela s’est passé en Irak, et il ne veut pas voir la Syrie tomber aux mains de l’EI. L’intervention la plus contreproductive qu’Obama a faite, et cela a causé beaucoup de torts à nos efforts pour en finir avec ce conflit, a été de dire : « Assad doit partir en préalable à toute négociation. » Il a aussi fait écho à un point de vue adopté par certains au Pentagone, lorsqu’il a fait allusion à un facteur sous-jacent dans la décision russe de lancer des frappes aériennes en soutien à l’armée syrienne à partir du 30 septembre : le souhait de Poutine, d’éviter à Assad de subir le même sort que celui de Kadhafi. On lui avait rapporté que Poutine avait visionné 3 fois la vidéo de la mort atroce de Kadhafi, une vidéo qui le montre sodomisé avec une baïonnette. Le Conseiller du JCS m’a lui aussi parlé d’un Rapport des services secrets US qui concluait que Poutine s’était ému du sort de Kadhafi : « Poutine s’en est voulu d’avoir laissé tomber Kadhafi, et de ne pas avoir joué un rôle clé en coulisses » lorsque la Coalition occidentale a fait pression à l’ONU pour être autorisée à entreprendre des frappes aériennes qui allaient détruire le Régime. « Poutine a pensé qu’à moins de s’engager, Bachar allait connaitre le même sort –mutilé- et qu’il allait assister à la destruction de ses alliés en Syrie. »

Dans un discours le 22 novembre 2015, Obama a déclaré que « les cibles principales des frappes russes, ce sont l’opposition modérée ». C’est une ligne dont l’administration – ainsi que la plupart des médias grand public américains – n’a que rarement dévié. Les Russes insistent sur le fait qu’ils ciblent tous les groupes rebelles susceptibles de menacer la stabilité de la Syrie – y compris l’EI. Le Conseiller du Kremlin aux affaires étrangères m’a expliqué lors de notre entretien que la première passe de frappes russes visait à renforcer la sécurité autour d’une base aérienne russe à Lattakié, bastion alaouite. Le but stratégique, m’a-t-il expliqué, était d’établir un couloir libéré des djihadistes entre Damas et Lattakié ainsi que la base navale russe de Tartous, puis d’infléchir graduellement les bombardements vers le Sud et l’Est, en se concentrant davantage sur les territoires tenus par l’EI. Les Russes ont frappé l’EI dans et autour de Raqqa dès début octobre selon plusieurs comptes rendus ; en novembre, il y a eu d’autres frappes sur des positions de l’EI près de la ville historique de Palmyre, et dans la province d’Idlib, un bastion objet de féroces combats à la frontière turque.

Les incursions russes dans l’espace aérien turc ont débuté peu après le déclenchement des bombardements par Poutine, et l’armée de l’air russe a déployé des systèmes de brouillage électroniques qui interférent avec la couverture radar turque. Le message envoyé à l’armée de l’air turque, selon le conseiller du JCS, était « Nous allons faire voler nos avions là où nous voulons, quand nous le voulons, et brouiller vos radars. Alors pas d’embrouilles. Poutine faisait savoir aux Turcs à quoi ils devaient s’attendre. » L’agression russe fit place à des plaintes turques et des démentis russes, en même temps que l’armée de l’air turque intensifiait ses patrouilles à la frontière. Il n’y a eu aucun incident significatif jusqu’au 24 novembre, lorsque 2 F16 turcs, agissant apparemment selon des règles d’engagement plus musclées, descendirent un chasseur bombardier Su24M russe qui avait franchi la frontière pendant à peine 17 secondes. Dans les jours qui suivirent le crash du chasseur, Obama exprima son soutien à Erdogan, et après s’être entretenus en privé le 1er décembre, il déclara à la presse que son administration restait « particulièrement soucieuse de la sécurité et de la souveraineté de la Turquie. » Il déclara aussi que tant que la Russie demeurerait alliée avec Assad, « beaucoup de ressources russes allaient encore être dirigées contre des groupes d’opposition… que nous soutenons… donc je ne pense pas que nous devions nous bercer d’illusions, et que d’une façon ou d’une autre la Russie allait soudain concentrer ses frappes contre l’EI. Ce n’est pas ce qui se passe. Cela ne s’est jamais passé. Cela ne se passera pas de sitôt. »

Le conseiller au Kremlin pour les affaires du Moyen-Orient, tout comme le conseiller du JCS et de la DIA, évacue d’un revers de main la question des « modérés » qui ont le soutien d’Obama ; il ne voit en eux que des groupes d’extrémistes islamistes qui combattent aux côtés de Jabhat al-Nosra et de l’EI (« Pas la peine de jouer sur les mots et séparer les terroristes entre modérés et non modérés », a rappelé Poutine dans son discours du 22 octobre) (2). Les généraux américains les considèrent comme des miliciens épuisés qui ont été forcés de s’entendre avec Jabhat al-Nosra ou l’EI afin de survivre.

À la fin 2014, Jürgen Todenhöfer, un journaliste allemand qui fut autorisé à passer 10 jours dans les territoires tenus par l’EI en Irak et en Syrie, a raconté sur CNN qu’à la direction de l’EI : « Ils rigolent tous un bon coup à propos de l’Armée Syrienne Libre (ASL). Ils ne les prennent pas au sérieux. Ils disent : “Les meilleurs vendeurs d’armes que nous ayons sont l’ASL. S’ils touchent une arme de bonne qualité, ils nous la revendent illico.” Non, ils ne les prenaient pas au sérieux. C’est Assad qu’ils prennent au sérieux. Ils prennent au sérieux les bombes, bien sûr. Mais ils n’ont peur de rien, et l’ASL ne joue aucun rôle. »

La campagne de bombardement de Poutine a déclenché une série d’articles antirusses dans la presse américaine. Le 25 octobre, le New York Times a rapporté, citant l’administration Obama, que des sous-marins et des navires espions russes opéraient de manière agressive à proximité des câbles sous-marins qui assurent le transfert de la majorité du trafic internet mondial – bien que, selon l’article qu’il fallait lire jusqu’au bout, le journaliste reconnaissait qu’il n’y avait « aucune preuve à cette heure » d’une tentative russe d’interférer avec ce trafic. Dix jours plus tôt, le Times publiait un résumé des intrusions de la Russie dans ses anciennes républiques soviétiques satellites, et décrivait le bombardement de la Syrie comme l’incarnation, « dans une certaine mesure, d’un retour aux ambitions militaires de la période soviétique ». Le reportage ne mentionnait pas que c’est à l’invitation de l’administration d’Assad que la Russie intervenait, ni que les États-Unis bombardaient eux-mêmes en territoire syrien depuis septembre de l’année précédente, sans l’accord de la Syrie. Un éditorial du mois d’octobre, dans le même journal, signé de Michael Mac Faul, ambassadeur américain en Russie de 2012 à 2014, déclarait que la campagne aérienne russe visait « tout le monde à l’exception de l’EI ». Les histoires anti-russes ne se calmèrent pas après le désastre de l’A320 METROJET abattu, revendiqué par l’EI. Très peu au sein du Gouvernement américain et des médias, se demandèrent pourquoi l’EI viserait un avion de ligne russe transportant 224 passagers et son équipage, si l’armée de l’air russe n’attaquait que les rebelles syriens « modérés ».

Et pendant ce temps, les sanctions économiques sont toujours en vigueur, pour ce qu’un grand nombre d’Américains considère être les crimes de guerre de Poutine en Ukraine, tout comme le sont les sanctions du Trésor américain contre la Syrie et contre ces américains qui font des affaires avec la Syrie. Le New York Times, dans un reportage de fin novembre sur les sanctions, a remis au goût du jour une insinuation ancienne et sans fondements, qui affirme que les actions du Trésor « mettent en relief un argument que l’Administration n’a cessé d’avancer à propos de M. Assad alors que le Trésor cherche à faire pression sur la Russie pour qu’elle cesse son soutien : que bien qu’il professe être en guerre contre les terroristes islamistes, il entretient une relation symbiotique avec l’EI qui lui a permis de prospérer alors qu’il se cramponne au pouvoir. »

Les quatre piliers fondamentaux de la politique d’Obama en Syrie restent intacts à cette heure : l’insistance sur le fait qu’Assad doit partir ; qu’aucune coalition avec la Russie n’est possible contre l’EI; que la Turquie est un allié fiable dans la guerre contre le terrorisme ; et qu’il y a vraiment des forces d’opposition modérées significatives que les États-Unis doivent soutenir.
Les attaques de Paris le 13 novembre ont fait 130 morts mais n’ont pas changé la ligne de conduite officielle de la Maison Blanche, bien que de nombreux leaders européens, y compris François Hollande, aient soutenu l’idée d’une plus grande coopération avec la Russie, et se soient mis d’accord pour mieux coordonner leurs actions avec son armée de l’air ; il y a eu aussi des discussions sur les modalités du retrait d’Assad : elles pourraient être plus flexibles. Le 24 novembre, Hollande s’est envolé pour Washington afin d’y discuter de la façon dont la France et les USA pouvaient collaborer plus étroitement dans leur combat contre l’EI. Lors d’une conférence de presse conjointe à la Maison Blanche, Obama a déclaré qu’Hollande et lui-même s’étaient mis d’accord sur le fait que les frappes russes contre l’opposition modérée ne faisaient que renforcer le régime d’Assad, dont la brutalité était à l’origine de la montée de l’EI. Hollande n’est pas allé aussi loin, mais il a déclaré que le processus diplomatique issu à Vienne conduirait « au départ d’Assad… un gouvernement d’unité est nécessaire. » La conférence de presse négligea l’impasse entre les deux hommes concernant Erdogan. Obama défendit le droit de la Turquie à défendre ses frontières, tandis qu’Hollande déclara que c’était « une question d’urgence » pour la Turquie de prendre des mesures contre les terroristes. Le conseiller du JCS m’a dit que l’un des principaux buts de Hollande lors de son voyage à Washington était de persuader Obama de rejoindre l’UE dans une déclaration de guerre commune contre l’EI. Obama a répondu non. Les Européens ne se sont pas regroupés au sein de l’OTAN, dont la Turquie fait partie, pour une telle déclaration. « C’est la Turquie le problème », m’a confié le conseiller du JCS.

Assad, naturellement, n’accepte pas qu’un groupe de dirigeants étrangers veulent décider de son avenir. Imad Moustapha, actuel ambassadeur de Syrie en Chine, était le doyen de la faculté des sciences de l’Université de Damas, et un proche collaborateur d’Assad, lorsqu’il fut nommé en 2004 ambassadeur de Syrie à Washington, poste qu’il occupa pendant 7 ans. Mustapha est connu pour être resté proche d’Assad, et il est digne de confiance pour refléter ses pensées. Il m’a raconté que pour Assad, renoncer au pouvoir signifierait capituler au profit des « groupes terroristes armés », et que des Ministres dans un gouvernement d’Unité nationale – tel que celui proposé par les Européens- seraient considérés [par le peuple syrien], comme les otages des puissances étrangères qui les auraient nommés. Ces forces pourraient rappeler au nouveau Président « qu’il est facilement remplaçable, comme son prédécesseur… Assad a une dette envers son peuple : il ne peut quitter son poste parce que les ennemis historiques de la Syrie exigent son départ. »

Moustapha a aussi impliqué la Chine, un allié d’Assad, qui a promis plus de 30 milliards de dollars pour la reconstruction de la Syrie après la guerre. La Chine aussi s’inquiète de l’EI. Il m’a expliqué que « La Chine apprécie la situation selon trois points de vue » : le droit international et la légitimité, le positionnement global de sa stratégie, et les activités des djihadistes Ouighours de la province extrême orientale du Xinjiang. Le Xinjiang est frontalier avec 8 nations – la Mongolie, la Russie, le Kazakhstan, le Kyrgyzstan, le Tajikistan, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde – et, selon le point de vue chinois, ils servent de porte d’entrée au terrorisme en provenance du monde entier et au sein même du pays. De nombreux combattants Ouighours actuellement en Syrie sont connus pour être des membres du Mouvement Islamique de l’Est du Turkestan – une organisation séparatiste souvent violente qui cherche à établir un État islamique Ouighour dans le Xinjiang. « Le fait qu’ils aient été aidés par les services secrets turcs pour se rendre en Syrie depuis la Chine en passant par la Turquie a été à la source de tensions énormes entre services secrets chinois et turcs» selon Moustapha. « La Chine est inquiète du soutien de la Turquie envers les combattants Ouighours en Syrie, qui pourrait très bien s’étendre au Xinjkiang. Nous fournissons déjà des informations concernant ces terroristes et les routes qu’ils empruntent pour rejoindre la Syrie aux services secrets chinois. »

Les inquiétudes de Moustapha ont été répercutées par un analyste des questions de politique étrangère à Washington, qui a suivi de près le transit des djihadistes à travers la Turquie vers la Syrie. L’analyste, dont les points de vue sont recherchés de nombreux hauts fonctionnaires du Gouvernement, m’a confié qu’ « Erdogan a transporté des Ouighours vers la Syrie par des moyens de transport spéciaux tandis que son gouvernement s’agitait en faveur de leur combat en Chine. Les terroristes musulmans ouighours et birmans qui s’échappent par la Thailande se procurent d’une manière ou d’une autre des passeports turcs puis sont acheminés vers la Turquie d’où ils transitent vers la Syrie. » Il a ajouté qu’il existait ce qui ressemble à une autre « ratline » [NdT : route secrète] qui acheminait des Ouighours – les estimations vont de quelques centaines à quelques milliers – depuis la Chine via le Kazakhstan pour un éventuel transit par la Turquie vers le territoire de l’EI en Syrie. Il m’a confié que « Le renseignement américain n’est pas bien informé sur ces activités parce que les infiltrés qui ne sont pas satisfaits de la politique [américaine], ne communiquent pas là-dessus avec eux. » Il a ajouté qu’ « il n’était pas certain que les officiels responsables de la politique syrienne au Département d’État et à la Maison Blanche obtenaient ces informations. » Le journal IHS-Jane’s Defence Weekly a estimé en octobre qu’au moins 5000 futurs combattants Ouighours étaient arrivés en Turquie depuis 2013, dont peut-être 2000 avaient fait mouvement vers la Syrie. Moustapha a déclaré qu’il détenait des informations selon lesquelles « au moins 860 combattants Ouighours se trouveraient en Syrie. »

Les inquiétudes croissantes de la Chine sur la question des Ouighours et ses liens avec la Syrie et l’EI sont un sujet d’étude constant de Christina Lin, une universitaire qui s’est intéressée aux questions chinoises il y a 10 ans alors qu’elle était en poste au Pentagone sous la direction de Donald Rumsfeld. « J’ai grandi à Taïwan, et je suis venue au Pentagone comme experte de la Chine. J’avais l’habitude de diaboliser les Chinois en les traitant d’idéologues, et ils sont loin d’être parfaits. Mais au fil des années, alors que je les vois s’ouvrir et évoluer, j’ai commencé à changer de perspective. Je vois désormais la Chine comme un partenaire potentiel pour différents enjeux globaux, particulièrement au Moyen-Orient. Il y a beaucoup d’endroit – la Syrie en est un – où les États-Unis et la Chine doivent coopérer en matière de sécurité régionale et de contre-terrorisme. Il y a quelques semaines, la Chine et l’Inde, deux ennemis issus de la guerre froide qui se haïssent plus que la Chine et les États-Unis eux-mêmes, ont mené une série d’exercices conjoints de contre-terrorisme. Et aujourd’hui la Chine et la Russie souhaitent tous les deux coopérer en matière de terrorisme avec les États-Unis. » La Chine voit les choses de la façon suivante selon Lin : les militants Ouighours qui se sont rendus en Syrie sont entrainés par l’EI aux techniques de survie qui leur permettront de retourner en Chine lors de voyages secrets, afin de perpétrer des actes terroristes là-bàs. Lin a écrit dans un article paru en septembre « Si Assad échoue, les combattants djihadistes de la Tchétchènie russe, du Xinjiang chinois, et du Cachemire indien tourneront leurs yeux vers leurs fronts respectifs pour continuer le djihad, soutenus par une nouvelle base opérationnelle en Syrie, bien financée et au cœur du Moyen Orient. »

Le général Dempsey et ses collègues du JCS ont gardé leur désapprobation en dehors des circuits bureaucratiques, et ont survécu à leur poste. Ce ne fut pas le cas du Général Michael Flynn. Patrick Lang, un colonel de l’US ARMY à la retraite qui a servi presque 10 ans en tant qu’officier en chef du Renseignement civil au Moyen Orient pour le compte de la DIA « Flynn a subit les foudres de la Maison Blanche en insistant sur la nécessité de dire la vérité sur la Syrie. Il a pensé que la vérité était la meilleure chose et ils l’ont débarqué. Il ne voulait pas se taire. Flynn m’a dit que ses problèmes allaient bien au-delà de la Syrie. Je secouais le cocotier à la DIA – et pas seulement en déplaçant les transats sur le pont du Titanic. Je prônais une réforme radicale. Je sentais que le commandement civil ne voulait pas en entendre parler. J’en ai souffert, mais je m’en suis accommodé. » Dans un entretien récent accordé au Spiegel, Flynn a été direct à propos de l’arrivée de la Russie dans le conflit syrien : « Nous devons travailler de façon constructive avec la Russie. Que nous le voulions ou non, la Russie a pris la décision d’être présente et d’intervenir militairement. Ils sont bien là, et cela a complètement changé la donne. Et vous ne pouvez pas dire que la Russie est mal intentionnée ; qu’ils doivent retourner chez eux ; cela ne se passera pas comme ça. Atterrissez ! »

Très peu au Congrès US partagent cette opinion. L’une des personnalités qui fait exception se nomme Tulsi Gabbard, une démocrate de Hawaï, membre du « House Armed Services Comittee » (le Comité parlementaire des services armés) qui a effectué deux campagnes au Moyen-Orient en tant que major de la Garde Nationale. Dans un entretien sur CNN en octobre, elle a dit : « Les USA et la CIA devraient stopper cette guerre illégale et contre-productive qui vise à renverser le gouvernement syrien, et ils devraient rester concentrés sur le combat contre […] les groupes rebelles extrémistes. ». Mais est-ce que cela ne vous préoccupe pas que le régime d’Assad ait été brutal, tuant au moins 200 000 et peut-être 300 000 membres de son propre peuple ? lui demanda le journaliste.

Elle a répondu « Les choses qu’on raconte sur Assad en ce moment sont les mêmes que ce qui a été dit de Kadhafi, les mêmes que ce qu’on a dit de Saddam Hussein, et viennent des mêmes personnes qui défendaient l’idée de […] renverser ces régimes […] si cela arrive en Syrie […] nous finirons dans une situation de souffrances bien plus grandes, de persécutions des minorités religieuses et chrétiennes bien plus atroces en Syrie, et notre ennemi en sortira largement renforcé. »

Donc ce que vous dites, c’est que l’implication militaire dans les airs de l’armée russe et au sol de l’armée iranienne – qu’en fait ils nous font une faveur ? reprend le journaliste.

« Ils travaillent à défaire notre ennemi commun », a-t-elle répondu.

Plus tard, Gabbard m’a confié que beaucoup de ses collègues au Congrès, tant Républicains que Démocrates, l’ont remerciée en privé de s’être exprimée publiquement. « Beaucoup de gens dans la population, et même au Congrès, ont besoin d’avoir des explications claires. Mais c’est difficile lorsqu’il y a autant de mensonges sur ce qui se passe. La vérité n’a pas éclaté. » C’est très inhabituel pour un politicien de mettre ainsi en cause la politique étrangère de son propre parti, enregistrée en direct. Pour quelqu’un « de l’intérieur », qui a accès aux renseignements les plus secrets, parler ouvertement et de façon critique peut interrompre brutalement votre carrière. Toute information dissidente peut se transmettre au travers d’une relation de confiance entre un journaliste et ceux qui le vivent de l’intérieur, mais cela se fait presqu’obligatoirement « sans signature ». Cependant, oui, la dissidence existe. Le Commandant du Joint Special Operations Command (commandement des forces spéciales) [1] n’a pas pu cacher sa satisfaction lorsque je lui ai demandé son point de vue sur notre politique en Syrie. « La solution en Syrie est devant notre nez. Notre menace principale est l’EI, et nous tous – les États-Unis, la Russie et la Chine – devons travailler ensemble. Bachar restera dans ses fonctions et, une fois le pays stabilisé, il y aura des élections. Il n’y a pas d’autre option. »

Le fonctionnement du système indirect de communication avec Assad s’est interrompu avec la retraite de Dempsey en septembre dernier. Son remplaçant à la tête de l’Etat Major interarmes, le Général Joseph Dunford, a prêté serment devant la Commission sénatoriale des forces armées en juillet dernier, deux mois avant de prendre ses fonctions. « Si vous voulez parler d’une nation qui pourrait constituer une menace existentielle pour les États-Unis, je désignerais la Russie. Si vous observez son comportement, il est rien moins qu’alarmant. » En octobre, en tant que chef du JCS, Dunford a condamné les efforts russes pour bombarder [les djihadistes]. Il a déclaré à cette même commission que la Russie « ne combat pas l’EI », que l’Amérique doit « travailler avec ses partenaires turcs pour sécuriser la frontière nord de la Syrie » et que « nous devons faire tout ce que nous pouvons pour aider les forces d’opposition syriennes viables. – c’est-à-dire les « modérés » – à combattre les extrémistes. ». Obama dispose maintenant un Pentagone beaucoup plus conciliant. Il n’y aura plus de contestation indirecte de la part du commandement militaire, contre sa politique de dédain d’Assad et de soutien à Erdogan. Dempsey et ses associés sont déconcertés par l’entêtement d’Obama à défendre Erdogan, compte tenu du lourd dossier que la communauté américaine du Renseignement a accumulé contre lui – et des preuves qu’Obama, en privé, en accepte les conclusions. « Nous savons ce que vous faites avec les radicaux en Syrie », a déclaré le Président au chef du Renseignement d’Erdogan lors d’une réunion tendue à la Maison Blanche.

Le JCS et la DIA ont constamment alerté Washington de la menace que constituent les djihadistes en Syrie, et de leur soutien par la Turquie. Le message n’a jamais été entendu. Pourquoi ?

Seymour Hersh

[1] Army Lt. Gen. Raymond A. Thomas III took the helm of the Fort Bragg-based Joint Special Operations Command, officials announced.Thomas replaced Lt. Gen. Joseph L. Votel, who had served as JSOC commander since May 2011


Général Pinatel : il devient clair que c’est la Turquie qui a organisé l’envoi de migrants

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« On sait qu’Erdogan laisse sa frontière ouverte au pétrole de Daech et qu’en Turquie Daech se réapprovisionne en armes et en munitions », affirme un expert militaire français.

Le président russe Vladimir Poutine attache beaucoup d’importance à la crise survenue dans les relations entre Moscou et Ankara suite au crash d’un avion militaire russe abattu par un chasseur turc, mais il ne veut pas aggraver les tensions, estime le général Jean-Bernard Pinatel, Président de LP Conseil.

​"Je pense qu’il [Vladimir Poutine, ndlr] fera tout de son côté pour ne pas laisser passer cette affaire qui est très grave. Mais en même temps, il a été très mesuré et il ne veut pas escalader dans cette affaire​", a déclaré le général Pinatel dans une interview à l’agence Sputnik.

Interrogé sur les affirmations du président russe selon lesquelles le président turc Recep Tayyip Erdogan était impliqué dans le trafic de pétrole avec Daech, l’interlocuteur de l’agence a répondu: « Là, il n’y a rien de nouveau. Je l’ai écrit plusieurs fois ».

« On sait très bien qu’Erdogan laisse sa frontière ouverte au pétrole de Daech, qu’en Turquie Daech se réapprovisionne en armes et en munitions, que les blessés de Daech sont soignés dans ce pays. Même la fille d’Erdogan, jusqu’à une période récente, dirigeait un hôpital où étaient soignés les blessés de Daech », a affirmé M. Pinatel

Selon lui, le fait que ces preuves ont été dévoilées par un chef d’Etat a beaucoup plus d’importance que s’il s’agissait de révélations faites par un simple expert.

D’après le général, les Etats-Unis sont les premiers à pouvoir faire pression sur Erdogan. Or, la position des Américains est « totalement ambiguë ».

« Maintenant, il devient clair au niveau des opinions occidentales que c’est la Turquie qui a organisé l’envoi de tous ces migrants dans lequel les terroristes étaient dissimulés et que ça a été entièrement pensé par Erdogan probablement en liaison avec Daech », a indiqué l’interlocuteur de l’agence.

Il est persuadé que « ce n’est pas aujourd’hui, ni demain, ni après-demain que la Turquie rentrera dans l’Union européenne ».

Interrogé sur le rôle de la France dans la lutte contre l’Etat islamique, le général Pinatel a déclaré: « La France fait ce qu’elle peut, car la France est déjà engagée au Sahel, en Afrique où elle supporte pratiquement seule la guerre menée en vue de stabiliser la situation au Mali, au Niger et au Tchad ».

Pour la France, l’opération contre Daech est plutôt une « action symbolique », a conclu le général.

Source : sputniknews.com


Coalition contre l’EI en Syrie : « Les Anglais ne peuvent pas accepter de se retrouver en troisième ligne »

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Trois cent quatre-vingt-dix-sept voix pour, 223 voix contre. Au terme de dix heures d’un débat tendu, le Parlement britannique a donné son feu vert la nuit dernière à une intervention en Syrie. Quelques heures plus tard, les premiers raids aériens étaient menés contre les positions de l’organisation Etat islamique (EI). La Grande-Bretagne rejoint ainsi la coalition contre l’EI. Pourquoi cette intervention ? En quoi va t-elle consister ? Les réponses avec le général Jean-Bernard Pinatel.

Source : Le Monde.fr

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Analyse de la situation politique et militaire en Irak, 1er décembre 2015

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Situation politique

Dans un contexte géopolitique profondément modifié par l’intervention Russe en Syrie, en novembre 2015, la situation politique en Irak a continué de se détériorer. Ces tensions accrues se sont manifestées tant à Bagdad qu’à Erbil ainsi que dans les relations entre le Kurdistan et la capitale.

A Bagdad, l’Alliance Nationale chiite, attisée en sous-main par Al Maliki et à laquelle appartient le premier ministre irakien Haider Al Abadi, ne cesse de mettre des bâtons dans les roues du gouvernement. Les députés de sa formation font assaut de critiques contre les réformes promises et lancées par le premier ministre pour répondre à la colère des manifestants qui s’élèvent contre la corruption régnant dans les rouages de l’État irakien [1]. Ces mesures, et notamment celles relatives à l’abrogation des privilèges et des prérogatives des parlementaires et des hauts fonctionnaires de l’État bénéficient d’un soutien populaire très large. Mais la lenteur de leur adoption, du fait du combat retardateur mené par les députés, font perdre à Al Abadi une partie de sa popularité auprès des couches les plus défavorisées de la population. De son côté, le Bloc National qui regroupe les partis sunnites participants au pouvoir en place, s’est lui aussi disloqué, donnant naissance à une formation politique fondée sur des bases strictement sectaires.

Au Kurdistan, le problème du troisième mandat du président sortant de la province autonome, Massoud Barzani, n’est pas encore résolu. Ce dernier s’accroche au pouvoir alors que son mandat est terminé depuis le 20 aout 2015, jour où devait avoir lieu l’élection présidentielle.

En outre, les différends entre Bagdad et Erbil se sont, eux aussi, gravement aggravés à la suite de la libération de Sinjar et les incidents qui ont eu lieu dans la ville de Touz Khourmatou.

En effet, dès la libération de Sinjar réussie, le président de la province du Kurdistan, Massoud Barzani, a déclaré dans une conférence de presse que Sinjar avait été libérée par le sang des combattants kurdes de Peshmergas et qu’elle faisait désormais partie du Kurdistan, affirmant qu’il œuvrerait pour en faire un chef-lieu d’un nouveau gouvernorat irakien, provoquant le mécontentement du gouvernement irakien qui a catégoriquement rejeté cette déclaration.

Quant à Touz Khourmatou, ville à dominante turkmène et chiite des affrontements armés entre les Peshmergas kurdes et les milices chiites de l’Organisme de Mobilisation Populaire.

Ces situations compliquent les rapports entre Bagdad et Erbil et font penser qu’en l’absence d’un homme fort et respecté à Bagdad on se dirige pas à pas vers une séparation de la province autonome kurde. Cette éventualité de séparation du Kurdistan de l’Irak a été publiquement évoquée par Barzani lors d’une récente rencontre avec l’ambassadrice norvégienne en Irak et en Jordanie.

Toutes ces évolutions sont en partie dû à la difficile situation économique du pays, fragilisée par la baisse du baril de pétrole et le coût croissant des dépenses militaires.

Situation militaire et sécuritaire

La situation militaire

Pour la première fois depuis plus de18 mois des succès militaires significatifs ont été remportés contre Daesh au Nord à Sinjar et au Sud à Ramadi.

Le 13 novembre, Sinjar, prise par Daesh depuis un an, a été libérée par les Peshmergas kurdes grâce à appui aérien de la coalition internationale. Les combattants de Daesh s’en sont retirés après des combats qui ont duré trois jours mais opposer la résistance farouche habituelle. Dans un communiqué de presse, le Conseil National Kurde a indiqué que cette opération « Sinjar Libre » visait et à couper les lignes d’approvisionnement de Daesh, la ville se trouvant sur l’axe reliant Mossoul à Raqqa. Des combattants yézidis et d’autres minorités ethniques de la région ont pris part aux combats.

La libération de Sinjar constitue la première défaite importante de Daesh depuis près de six mois.

Depuis septembre 2015, Ramadi constitue l’objectif des forces irakiennes aidées par des milices sunnites entrainées par les américains. L’offensive vise à encercler Ramadi par le Nord et l’Ouest comme la récente prise du pont de Palestine sur l’Euphrate tend à le démontrer. Fin novembre, les forces gouvernementales se sont emparées de l’Ouest de la ville et avançent vers l’Est en ratissant la zone maison par maison. Les forces de Daesh sont concentrées à l’Est de la ville afin de pouvoir se replier si nécessaire sur Falluja qui reste leur point d’appui le plus important de la région. La reconquête de Ramadi, ville de 300 000 habitants, n’est désormais plus qu’une question de temps et marquera certainement un tournant important dans la guerre contre Daesh.

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La situation sécuritaire

La situation sécuritaire ne s’améliore que très lentement malgré les mesures drastiques de sécurité prises par le gouvernement. On dénombre ainsi 547 morts par attentats en novembre contre 636 morts en septembre, 760 en aout et 703 en juin soit une diminution de près de 30%.

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[1] Certaines réformes d’Al-Abadi comme celle relative à l’abrogation des postes des vice-présidents de la république et du premier ministre, de quatre ministères et des 300 hauts postes font l’objet de critiques constitutionnelles. Al-Maliki à qui ces mesures ont coûté son poste de vice-président de la république et qui possède une base politique plus large que celle d’Al-Abadi au sein du parti chiite Dawa est l’un des plus grands dénigreur de cette mesure.


Les bombardements français en Syrie obtiennent-ils des résultats autres que symboliques ?

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Depuis les attentats de Paris la semaine passée, la France a mené des frappes intensives en Syrie sur les sites contrôlés par l’Etat islamique. Des bombardements qui posent plusieurs interrogations, notamment celle de leur efficacité réelle.

Atlantico : La France a intensifié ses frappes contre le groupe Etat islamique en Syrie, dans son fief de Raqqa. 33 djihadistes auraient été tués ces derniers jours. L’objectif était de toucher des sites opérationnels des combattants de Daesh. Comment jugez-vous ces frappes ? Ont-elles été efficaces ? Cette démonstration de force ne restera-t-elle pas toujours plus symbolique qu’efficace ?

Jean-Bernard Pinatel : Pour évaluer l’efficacité militaire des frappes françaises après le 13/11, il faut se pencher sur l’efficacité de celles de la coalition qui ont débutées le 8 août 2014 en Irak et le 23 septembre 2014 en Syrie.

Le 12 novembre 2015, les Etats-Unis et les membres de la coalition [1] avaient effectué 57301 sorties [2] et 8125 frappes qui ont endommagé ou détruit 5321 objectifs en Irak et 2804 en Syrie.

A noter que 67% des frappes en Irak et 95% en Syrie ont été réalisées par les appareils de l’US Air force. Selon le CENTOM [3] ces frappes ont atteint essentiellement des infrastructures ou des positions qualifiées de combat sans qu’on puisse en évaluer l’impact. Seulement 3% d’entre elles ont détruit ou endommagé des matériels de combat dont 129 chars et 356 véhicules à roues.

Or que constate-t-on sur le terrain en septembre 2015 ? Daesh est contenu au Nord de l’Irak par les Peshmergas Kurdes et à l’Est sur le cours du Tigre par les milices shiites irakiennes et iraniennes. Mais au Sud, l’Etat islamique s’est emparé en Mai 2015 de Ramadi, ville irakienne de 300 000 habitants, chef-lieu du gouvernorat d’Al Anbar et en Syrie de la ville historique de Palmyre. A l’Ouest Al Nostra (Al Qaïda), qui a absorbé depuis 2014 en presque totalité les rebelles dits « modérés », soutenus par la France, progresse vers Lataquié et sur l’axe Alep Damas faisant craindre à la Russie la chute de Damas et le tsunami symbolique qui en résulterait dans le monde musulman [4].

La conclusion s’impose d’elle-même, les frappes aériennes qui ne sont pas utilisées directement en appui de troupes au sol ayant envie de se battre et guidées par elles sont peu efficaces [5]

Le 27 septembre 2015, la France a mené ses premières frappes en Syrie, deux semaines avant le 13/11 car elle avait été avertie que Daesh préparait une attaque majeure contre notre sol. Après le 13/11 ses frappes sur Raqqa sont de la même nature que les frappes de la coalition mais elles ont une valeur symbolique et il fallait les faire.

Les frappes russes ont-elles été plus efficaces ? Pourquoi ?

Les frappes russes sont plus efficaces car elles sont menées pour la grande majorité pour préparer et accompagner une offensive terrestre des forces syriennes. De plus, les actions des avions d’attaque au sol sont complétées par un appui des hélicoptères de combat, les redoutables MI-24 au plus près des combattants.

Les membres de l’Etat islamique sont-ils mieux préparés à ces frappes ? Comment réussissent-ils à les appréhender ?

Les frappes aériennes ont toujours un effet très important au début des interventions car les adversaires ne se sont pas encore adaptés à cette menace. 15 mois après le début des frappes américaines, Daesh se cache au milieu de la population, enterre profondément ses dépôts d’armes et de carburant, ne se déplace plus en convoi sur leurs célèbres Toyotas, drapeau noir au vent mais dans des camions civils bâchés et isolés, et fait stationner ses combattants en petits groupes dans les habitations privées.

Comment la stratégie française pourrait-elle évoluer pour gagner en efficacité ?

Si la France veut contribuer de façon significative à détruire Daesh sans envoyer des troupes au sol, elle n’a que deux options. Soit elle se coordonne directement avec les troupes syriennes ce qui suppose rouvrir notre ambassade à Damas et envoyer des officiers de liaison auprès de l’Etat-Major syrien. Soit elle agit sous contrôle opérationnel des russes qui ont déployé en première ligne des forces spéciales pour guider leurs frappes.

Si nous ne voulons pas dépenser inutilement notre argent sans effet tactique et si nous ne voulons pas aller encore plus loin dans notre chemin de Damas comme le fit Saint Jean, c’est probablement cette deuxième solution que la France choisira, la Russie par la voix de Vladimir Poutine lui ayant déjà proposé cette coopération.

Source : ATLANTICO

[1] Autres membres de la coalition.
En Irak Australie, Belgique, Canada, Danemark ? France ? Jordanie, Pays-Bas et Grande-Bretagne.
En Syrie : Australie, Barhein, Canada, France, Jordanie, Arabie Saoudite, Turquie et Etats Arabes Unis.

[2] 1 sortie = 1 appareil en vol opérationnel.

[3] US CENTREL COMMAND.

[4] Notamment dans les 8 républiques islamiques autonomes et en Russie où vivent 25 millions de musulmans.

[5] Selon le New York Times, qui cite des sources « proches du dossier », une enquête a été ouverte par l’inspecteur général du Pentagone pour vérifier les allégations de cet analyste du renseignement, qui a en outre affirmé que ses accusations étaient fondées sur des preuves. Qui plus est, le journal rapporte que, d’après des responsables ayant eu accès à des évaluations classifiés et récentes de la DIA, l’EI aurait été finalement « peu affaibli » par la campagne aérienne commencée il y a un an, avec des effectifs restés stables.


Les attentats de Paris contraignent Obama à réviser sa stratégie au Moyen-Orient

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Selon le général Jean-Bernard Pinatel, il aura fallu les attentats du 13 novembre pour que les États-Unis arrêtent leur double jeu avec Daech, ouvrant la porte à François Hollande pour fédérer une grande coalition contre l’État islamique.

Le point central de la stratégie américaine visant à maintenir la suprématie mondiale qu’ils ont acquise en 1990 avec l’effondrement de l’URSS est d’empêcher la seule alliance qui peut la leur contester: l’alliance de l’Europe avec la Russie. A cette fin, ils n’ont pas cessé de provoquer la Russie en essayant d’étendre l’OTAN jusqu’à ses frontières, en cherchant même à y incorporer la Géorgie, patrie de Staline et l’Ukraine dont Kiev est la capitale historique des débuts de l’empire Russe. Tant en Géorgie qu’en Ukraine, ils ont provoqué la Russie, via Mikhail Saakachvili, agent de la CIA, devenu chef d’Etat, des Fondations et des soutiens financiers aux partis anti-Russe, dans le but d’installer une guerre froide en Europe. Ils ont presque réussi après la réaction Russe en Crimée et la rébellion du Donbass, entrainant les Européens dans des sanctions économiques contraires à leurs intérêts et réinstallant les prémices d’une guerre froide en Europe.

Mais au Moyen-Orient, porte orientale de l’Europe, les États-Unis de Bush et d’Obama ont commis plusieurs erreurs stratégiques qui risquent de mettre à mal leur objectif principal: empêcher la création de l’«Eurasie».

Ils ont totalement sous-estimé la menace de l’islamisme salafiste que Bush a exacerbé avec la guerre puis l’occupation de l’Irak entre 2003 et 2011 et par leur soutien à Al Maliki, un Premier ministre corrompu et sectaire qu’ils ont installé à la tête de l’Irak en 2006 et soutenu jusqu’en 2014.

Quand l’Etat islamique a été proclamé, les États-Unis ont à nouveau sous-estimé sa nuisance et ont mis en place, à leur habitude, une politique de « containment » à base de frappes aériennes périphériques qui s’est avérée inefficace parce qu’ils n’ont pas voulu prendre les conditions politiques de sa réussite.

Quand l’Etat islamique a été proclamé, les Etats-Unis ont à nouveau sous-estimé sa nuisance et ont mis en place, à leur habitude, une politique de « containment » à base de frappes aériennes périphériques qui s’est avérée inefficace parce qu’ils n’ont pas voulu prendre les conditions politiques de sa réussite. En effet, ils n’ont pas voulu prendre le risque de se fâcher avec leurs alliés régionaux: la Turquie d’Erdogan, membre de l’OTAN, et l’Arabie saoudite qui tous deux soutiennent Daech. Ainsi l’Etat islamique, durant les années 2014 et 2015, a pu continuer en toute impunité à exporter son pétrole en Turquie, s’y réapprovisionner en armes et munitions et y soigner ses blessés ainsi qu’ à recevoir de l’argent via l’Arabie saoudite qui est devenue la première lessiveuse de l’argent sale mondial grâce à l’opacité de ses banques.

Durant l’été 2015, alors que les armées d’Assad reculaient sur tous les fronts, seul Vladimir Poutine a perçu les risques d’une chute prochaine de Damas et les conséquences qui en résulteraient dans la population musulmane de la Fédération de Russie et a décidé d’intervenir massivement début septembre, permettant à l’armée syrienne de reprendre l’offensive.

En un week-end, les attentats de Paris, ont fait prendre conscience aux dirigeants français que continuer à suivre la politique américaine au Moyen-Orient allait conduire à mettre Paris et la France à feu et à sang.

En un week-end, les attentats de Paris, ont fait prendre conscience aux dirigeants français que continuer à suivre la politique américaine au Moyen-Orient allait conduire à mettre Paris et la France à feu et à sang. Un week-end à suffit à François Hollande pour abandonner la stratégie du « ni Assad ni Daech » dont il était le plus ardent promoteur et pour tendre la main à Poutine auquel il avait refusé, il y 6 mois à peine, de livrer les Mistral. Le dirigeant russe, très habilement, a fait comme si aucun nuage n’avait jamais existé entre la France et la Russie et a donné l’ordre à ses forces et à ses services de renseignement d’engager une coopération immédiate et sans réserve avec les Français.

Obama se trouve donc pour la première fois confronté au risque majeur de voir la France et les Français prendre conscience que, face à la menace du terrorisme salafiste, la Russie est leur meilleur allié.

Il se trouve donc devant une option stratégique cruciale:

1) Continuer à ménager l’Arabie saoudite et la Turquie tout en intensifiant ses frappes contre les ressources pétrolières de Daesh en espérant qu’il n’y aura pas d’autres attentats sanglants en France et en Europe durant les 2 ou 3 ans nécessaires pour éradiquer l’EI ;

2) Tordre le bras à Erdogan et à l’Arabie saoudite pour que le premier ferme sa frontière et que le second arrête le robinet financier, au risque se fâcher avec deux alliés déjà très en retrait après le rapprochement d’Obama avec l’Iran. Dans ce cas les efforts coordonnés de la coalition peuvent aboutir à la rapide déroute de l’État islamique.

Dans le premier cas, il risque de mettre en danger le cœur de sa stratégie mondiale: empêcher la création de l’Eurasie. Dans le second, il ne met en danger que sa stratégie régionale, sans conséquence sur son approvisionnement énergétique, les États-Unis approchant de l’autosuffisance avec le pétrole et le gaz de schiste.

François Hollande possède donc toutes les cartes en main pour exiger d’Obama qu’il choisisse de créer les conditions politiques à un succès rapide contre Daech pour ne pas mettre en cause la stratégie mondiale que les États-Unis conduisent depuis 1990.

Source : LE FIGARO


Retour de Syrie par Colonel Jacques Hogard

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J’ai souhaité publier sur mon blog le témoignage du Colonel Hogard que je connais bien. C’est un officier et un chef d’entreprise que j’estime. Aucun média n’a accepté de publier son témoignage probablement à cause de sa critique de la « laïcité républicaine » qu’il estime avoir échouée. Je ne partage pas totalement cette analyse, même si je pense que beaucoup de nos responsables politiques ne veulent pas comprendre que sa légitimité pour la majorité des citoyens français implique d’une part de ne pas renier les racines chrétiennes et l’histoire de la France et d’autre part, qu’il soit appliqué rigoureusement dans l’espace public, sans compromissions guidées par des arrières pensées électoralistes.
J’ai moi-même fait l’objet de refus polis de journaux, comme le Monde et de certains médias audiovisuels qui se comportent en « cireurs de pompes » du pouvoir en place, pour suivre cet exemple sur mon blog.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

Paris, le 16 novembre 2015

J’étais à Damas vendredi soir avec une importante délégation française composée notamment de cinq députés courageux et de quelques représentants non moins courageux de la « société civile », tous concernés par la situation de la Syrie aux avant-postes de la guerre contre « l’état islamique », quand est tombée la cascade de nouvelles tragiques nous parvenant de Paris où « Daech » venait de déclencher une suite d’attentats terroristes sans précédent contre la France et le peuple français.

Cette attaque terroriste, nous savions tous qu’elle aurait lieu mais nous n’en connaissions bien sûr ni l’heure ni le lieu, ni la forme ni l’ampleur qu’elle prendrait.

Le lendemain matin, la délégation française qui était arrivée en Syrie le mercredi précédent afin de s’informer sur le terrain de la situation, notamment celle des minorités chrétiennes, a été reçue dans un climat de grande franchise par le Président Bachar El Assad en personne.

Avec gravité et simplicité, celui-ci nous a présenté ses condoléances à l’intention des familles éprouvées et du peuple français ; il nous a dit aussi que nul n’était mieux placé que lui pour comprendre le drame que constituaient ces attaques faisant tant de victimes innocentes, tant la Syrie est en effet elle-même confrontée depuis cinq ans à des tragédies quotidiennes de cette nature.

Ce voyage en Syrie nous aura permis de rencontrer la quasi-totalité des autorités religieuses, du grand Mufti de Syrie au représentant du Patriarche syriaque-orthodoxe en passant par le Cheikh Hekmat Al Hajri, chef spirituel des Druzes de Syrie, mais aussi des autorités politiques du pays, du président du Conseil du Peuple syrien (l’équivalent de notre Assemblée nationale) au Président de la République arabe syrienne, en passant par un ou deux ministres ainsi que de nombreux députés, appartenant à toutes les confessions.

Il nous aura aussi permis de rencontrer de nombreux représentants de la société civile (dont de nombreux chrétiens), le président et les membres de la Chambre de commerce syrienne, des dirigeants de sociétés, des médecins et chirurgiens, le directeur des musées de Syrie…etc.

Enfin, nous aurons effectué trois visites très particulières :

– Celle du village martyr de Maaloula, à 60 kilomètres au nord-est de Damas, où les habitants chrétiens ont été attaqués, violentés, chassés par les hordes sauvages du groupe islamiste Al Nosra qui en ont pris le contrôle de longs mois durant, de septembre 2013 à avril 2014, tuant, assassinant, pillant, brûlant, enlevant même des religieuses mais aussi des jeunes chrétiens (Trois d’entre eux, s’ils sont toujours en vie, sont toujours aujourd’hui entre leurs mains). Ce que j’ai vu à Maaloula, les graves dommages causés aux très anciens monastères de Saint Serge – Saint Bacchus et de Sainte Thècle, les icônes volées ou bien dégradées par haine du christianisme, les souffrances infligées aux habitants par ces nouveaux barbares …m’a rappelé étrangement ce que j’ai moi-même vu au Kosovo et Métochie en 1999 où l’UCK persécutait les moines et moniales orthodoxes et brûlaient leurs monastères et leurs églises, tuait, enlevait, torturait les civils serbes, cherchant obstinément à faire du passé table rase. Réaliser, comme nous l’ont rappelé les chrétiens rencontrés sur place, que ce fameux groupe islamiste Al-Nosra n’est autre que celui que le gouvernement français a choisi de soutenir en lui fournissant armes et munitions a de quoi susciter quelques interrogations très fortes !
Comment avons-nous pu, nous la France, nous fourvoyer de cette sorte ? Au nom de quelle cause, au nom de quel principe avons-nous pu ainsi aider ces barbares, ces terroristes qui s’en prennent aux populations innocentes, de préférence d’ailleurs quand elles sont chrétiennes ?
Il faudra bien que des réponses claires soient données un jour.
Pour la vérité de l’Histoire et l’Honneur de la France.

Puis, nous avons visité l’hôpital militaire de Tichrine à Damas. Le plus grand hôpital militaire du pays. Nous y avons vu de nombreux blessés, rescapés des rudes combats que mène l’armée syrienne contre les bandes islamistes, qu’elles se revendiquent d’Al-Nosra ou de Daech, peu importe d’ailleurs, car comment en effet faire la différence « entre bonnet vert et vert bonnet » ?
Nous y avons vu ces jeunes conscrits syriens dont certains sont dans leur cinquième année de service, marqués dans leur chair, devenus infirmes pour certains, mais tous frappés dans leurs âmes et dans leurs esprits par les horreurs auxquelles ils ont été confrontés.

Nous y avons vu aussi le bien triste résultat de l’embargo pratiqué sur les médicaments et autres matériels médicaux indispensables au diagnostic et traitement des blessés de guerre…
Enfin nous nous sommes rendus à l’hôpital français de Damas, l’hôpital Saint Louis, dirigé par une jeune religieuse libanaise à la Foi rayonnante, sœur Lamia, et servi par une équipe exceptionnelle de médecins, de religieuses, d’infirmières et de personnel de soutien.

Cet hôpital est situé à quelques centaines de mètres du réduit islamiste du quartier de Jobar. Il en reçoit régulièrement son quota d’obus. Mais surtout, dans une ambiance de tension extrême, d’où la conscience du danger n’est jamais absente, il fait un travail extraordinaire, avec de quasi bénévoles, dans un état de grand dénuement en médicaments et produits de première nécessité…Il sauve, traite, soigne, en particulier des enfants, de toutes confessions. Mais il faut reconnaître que les enfants chrétiens sont particulièrement nombreux parmi eux. Il faut dire qu’Al-Nosra les vise tout particulièrement, comme ce jeudi dernier 12 novembre où une attaque à la bombe est déclenchée contre un bus scolaire transportant des écoliers quittant leur école. Bilan : 27 enfants morts ou blessés, estropiés à vie, ayant qui perdu deux jambes, qui perdu un œil, du fait des attaques terroristes de ces barbares… mais qui donc cela intéresse-t-il ailleurs qu’en Syrie ?

En remettant en perspective cette visite de quelques jours en Syrie, confrontés à la réalité de sa situation mais aussi de la nôtre aujourd’hui en France, il ressort clairement quelques enseignements élémentaires :

– d’abord que notre politique étrangère, anti-syrienne et antirusse, totalement inféodée aux Etats-Unis et à l’Union Européenne son fidèle vassal, est totalement à revoir. C’est dans le nord de la Syrie et de l’Irak que se situe aujourd’hui « l’empire du Mal ». C’est donc là que nous devons frapper : à la source. Mais jusqu’à présent notre obstination à vouloir frapper Daech (d’ailleurs assez timidement lorsqu’on compte le nombre d’interventions sur un an de notre aviation de chasse : moins de 260, pas même une par jour !) tout en soutenant activement Al-Nosra afin de faire chuter à tout prix le régime syrien, a surtout souligné notre grande incohérence!

– Les Russes depuis le début de leur intervention récente, parce qu’ils sont déterminés et qu’ils y mettent les moyens (40 sorties/ jour en moyenne), mais aussi parce que leur aviation agit en coordination avec les troupes au sol, celles de l’armée syrienne et celles de ses alliés iraniens et du Hezbollah, ont une efficacité de très loin supérieure.

Les faits sont là :

– En un an d’intervention alliée en Syrie et en Irak, Daech a continué à progresser et à s’étendre inexorablement.
– Seule l’intervention russe, en trente jours, a enfin fait reculer pour la première fois les barbares.

Il serait donc temps d’en tirer les leçons et de se décider à rejoindre les Russes et d’apporter sans états d’âme un soutien franc et entier à l’Etat syrien dans sa lutte contre le cancer islamiste. Certes cela nécessitera un certain courage : celui de modifier sensiblement nos alliances en commençant par mettre de la distance entre les monarchies pétrolières du Golfe, Qatar et Arabie Saoudite, fermes soutiens des terroristes et nous. Et en osant dénoncer le double jeu de la Turquie d’Erdogan auquel Daech doit tant.

Il serait temps de constituer une seule et même coalition sincère et unie contre l’islamisme, cette forme moderne des grandes invasions barbares. Ensuite, et tous nos interlocuteurs nous l’ont demandé instamment. Il s’agit de mettre un terme, par tous les moyens, aux flux migratoires, qui en submergeant l’Europe, vident la Syrie et l’Irak. Pour cela, il faut bien évidemment éradiquer Daech, afin de ramener la paix et la concorde dans les régions que le califat a dévastées ces dernières années. Mais il faut aussi simultanément fermer nos frontières, refuser le principe même des immigrés clandestins et cesser de vouloir à tout prix en faire des « réfugiés politiques ». Cela nous a été demandé avec insistance par ces responsables conscients des grands troubles que ne manqueront pas de créer le laxisme et les atermoiements actuels .

Enfin, il faut parallèlement mettre un terme à l’islamisation de la France. Et ce n’est pas la soi-disant « laïcité républicaine » qui sera à même de le faire. Celle-ci a en effet d’ores et déjà échoué. Elle a en effet montré combien elle n’est pas neutre mais systématiquement déséquilibrée, en faveur bien entendu de l’islam, sans doute au nom d’une certaine volonté d’accueil, généreuse mais follement utopique et dangereuse. Il n’y a pas de laïcité qui fonctionne sans référence claire à une identité. Or celle de la France est chrétienne, n’en déplaise à certains hiérarques au pouvoir. La France doit donc retrouver et assumer sans complexe son identité et sa culture chrétienne, son héritage judéo-chrétien, ses racines gréco-romaines. La défense de notre civilisation est à ce prix. Elle doit être réaffirmée pour être mieux défendue. La nature a horreur du vide ; du vide spirituel et culturel comme du reste.

Ce sont nos interlocuteurs syriens, les chefs religieux en particulier, qui nous ont recommandé le retour à notre identité comme meilleure garantie face à la décomposition de l’Etat, de la Nation et de la Patrie. Alors halte au prosélytisme islamiste financé par nos pseudo « alliés » saoudiens, qataris ou turcs, halte aux minarets et aux écoles coraniques. Halte à la colonisation de notre pays. Accueillons en nombre raisonnable avec humanité ceux qui souhaitent s’intégrer sans faux semblant et arrière-pensées. Mais raccompagnons sans faiblesse dans leurs pays d’origine ceux qui ne veulent ni ne peuvent s’intégrer. C’est parmi eux que se trouve l’avant-garde du terrorisme islamiste dans notre pays, qui sera bientôt rejointe si nous n’y mettons bon ordre, par les djihadistes infiltrés parmi les flots d’immigrés.
En Syrie comme en France, le combat est même : il s’agit du combat sans merci que livrent les nouveaux barbares au monde civilisé pour le détruire et imposer leur loi infâme. La Syrie de Bachar El Assad n’est certainement pas parfaite. Mais la France de François Hollande l’est-elle seulement ?

L’ennemi est commun, il est un et un seul. Son nom peut changer mais il s’agit du fondamentalisme wahhabite, que j’ai déjà personnellement vu à l’œuvre sur le sol européen au Kosovo il y a quinze ans et qui continue d’y prospérer sous l’œil bienveillant des Etats-Unis et de l’Union Européenne.

Il est temps d’ouvrir les yeux, de prendre conscience des graves dangers qui menacent les générations à venir. Celles de nos enfants et de nos petits-enfants. Un sursaut est encore possible.

Comme l’a écrit récemment Philippe de Villiers, « il n’y a plus ni précaution à prendre ni personne à ménager. Il faut que les Français sachent ».

Je souhaite que le sacrifice de tous ces morts et blessés innocents, de Beyrouth, de Damas ou de Paris, ne soit pas vain. Je souhaite qu’il permette une prise de conscience amenant nos dirigeants à un sursaut salutaire, pour la défense de notre civilisation, de nos libertés, sans laquelle la vie ne vaut rien.


L’URGENCE D’UNE POLITIQUE DE SÉCURITÉ COHÉRENTE

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Les attentats dont la France a été victime vendredi 13 novembre 2015 à Paris constituent la preuve tragique de l’incohérence de notre politique de sécurité nationale. En effet la sécurité est le résultat d’une action systémique qui doit mettre en cohérence 4 composantes que sont la politique étrangère, la politique de Défense nationale, la sécurité intérieure et la politique pénale. Je n’ai cessé de dénoncer depuis 2012 les mauvais choix effectués par François Hollande dans les deux premières. D’autres experts, de leur côté, ont souligné les incohérences des 2 dernières. La situation commande à tous nos responsables politiques de mettre rapidement en cohérence ces 4 composantes pour assurer la sécurité des Français. C’est ce que cette analyse veut démontrer.

Les erreurs et les incohérences de notre politique étrangère

La France depuis 2012 a eu en effet une politique étrangère et militaire en Europe de l’Est et au Moyen-Orient de suivisme des États-Unis alors même que nous n’avions ni les mêmes intérêts dans ces régions qui constituent nos « portes orientales » ni les même moyens pour les défendre.

Pour les États-Unis l’objectif stratégique est de maintenir autant que faire se peut la primauté mondiale qu’ils ont acquise en 1990 grâce à la chute de l’URSS. Pour nous, ces régions qui sont proches de notre territoire concernent directement notre sécurité et notre développement. A son arrivée au pouvoir, François Hollande n’a pas perçu cette différence fondamentale d’intérêts et a engagé la France dans une politique de suivisme de celle des États-Unis.

Rappelons le contexte de la crise en Irak et en Syrie qui, en 2012, n’en était encore qu’à ses prémices. En 2012 lorsque la révolution syrienne a commencé, les Etats-Unis avaient deux alliés de longue date : l’Arabie Saoudite et la Turquie, membre de l’OTAN. En Irak, dont ils avaient évacué toutes leurs forces fin 2011, ils avaient mis en place un premier ministre, Al Maliki, qu’ils contrôlaient de moins en moins et qui menait une politique sectaire en s’appuyant uniquement sur la communauté shiite alors que la constitution élaborée par les américains prévoyait une participation au pouvoir des Kurdes et des sunnites. Tous les ingrédients du drame que nous connaissons aujourd’hui étaient en place. Profitant de ce que l’Occident percevait les rebellions en Syrie comme un printemps arabe, le Roi wahhabite d’Arabie Saoudite, et le frère musulman Erdogan ont, dès l’origine des troubles, financé et armé les rebelles espérant liquider rapidement le pouvoir laïque et alaouite syrien tant pour des raisons politiques que confessionnelles.

L’erreur stratégique que j’ai dénoncée dès 2012 a été, pour la France, de ne pas percevoir trois aspects essentiels de cette crise :

  • 1) la capacité de résistance du régime syrien. En effet, toutes les minorités religieuses, qui vivaient en paix sous la dictature d’Assad, dont les chrétiens d’Orient, et qui représentaient 35% de la population, ont perçu dès le début le caractère confessionnel de cette rébellion et ont compris qu’il s’agissait pour eux résister ou de mourir.

  • 2) l’Iran shiite d’une part, qui historiquement s’oppose à l’Arabie Saoudite et soutient le Hezbollah libanais via la Syrie et d’autre part la Russie, qui possédant depuis les année 50 une base maritime à Tartous, n’auraient jamais laisser tomber le régime syrien.
  • 3) A partir de juin 2014 alors que l’Etat islamique se dévoilait au grand jour en s’emparant de la ville de Mossul, les américains et nous avons cru qu’une intervention aérienne suffirait à le contenir alors même que sans troupes au sol on ne peut gagner une guerre. Et en Syrie les seules forces qui se battaient contre Daesh étaient les forces de l’État syrien et c’est en cela que la stratégie du ni ni de François Hollande constituait une nouvelle erreur.

Tous les experts français de cette région avaient perçu les risques que faisait courir à la France de l’erreur d’évaluation de ces composantes [1]. Alors que nous aurions dû conserver la position de médiatrice et la neutralité qui sont une tradition de la diplomatie française (cf la position de Jacques Chirac sur la guerre d’Irak), nous avons participé modestement aux frappes aériennes américaines en Irak puis plus récemment en Syrie [2], nous désignant aux yeux de Daesh comme une cible beaucoup plus atteignable que les Etats-Unis et cela d’autant plus d’autant que nous avons laissé s’implanter en France le radicalisme des salafistes et des frères musulmans dont les imans distillent la haine dans près d’une centaine de Mosquées.

La réduction de notre effort de Défense ne nous permet pas d’intervenir simultanément en Afrique, au Moyen-Orient et de participer à la sécurité des Français

Depuis plus de 25 ans nous diminuons à la fois notre effort de défense les effectifs de nos forces armées, de la gendarmerie et de la police en croyant que plus de technologie nous permet d’entretenir moins d’hommes. Mais comme le rappelait le Colonel Michel Goya [3] : « Dans un pays qui produit pour plus de 2 000 milliards d’euros de richesse chaque année, moins de 50 sont prélevés pour assurer la défense de la France et des Français, pour environ 850 consacrés aux autres actions publiques et sociales. Pire, cet effort diminue régulièrement depuis vingt-cinq ans. Si, en termes de pourcentage du PIB, la France mondialisée faisait le même effort que la France de 1990, c’est entre 80 et 90 milliards qui seraient consacrés à la sécurité et à la défense ».

Oui, nous avons encore la capacité d’intervenir dans le Sahel et en Afrique où n’existent pas encore des forces d’islamistes radicaux aussi bien organisées qu’au Moyen-Orient et nous le faisons avec efficacité dans le cadre de l’opération Barkane.

Mais s’être engagé au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis sans avoir pris la mesure des risques que cette action nous faisait courir sur le plan de la sécurité intérieure est pour moi la plus lourde faute de François Hollande. C’est ce que j’écrivais fin 2013 en conclusion de mon livre: « Je soutiens que cette politique d’alignement sur les Etats-Unis à laquelle le Général de Gaulle s’était toujours opposée, dessert fondamentalement les intérêts de la France et des Français. Elle ne peut qu’accroitre le chaos mondial, pénaliser notre développement économique et mettre en danger la sécurité des Français. Malgré le travail admirable de nos services anti-terroristes nous allons devoir faire face dans les années à venir à des attentats sur notre sol qui seront liés directement à la politique partisane et irresponsable menée par notre gouvernement au Moyen-Orient et en Asie centrale. Elle ne sert que des intérêts particuliers ou étrangers qui ne sont pas ceux de la France ». [4]

Mettre en cohérence la sécurité intérieure et la politique pénale

La sécurité ce n’est pas la protection rapprochée et il ne faut pas confondre sécurité objective et la sécurité subjective destinée à rassurer la population et dont l’opération sentinelle en est le meilleur exemple.

Je viens de traiter plus haut les incohérences entre ces 2 premières composantes.

Pour les deux dernières qui ne sont pas de mon domaine d’expertise je rappellerai que récemment les policiers ont manifesté arguant que plus d’un million d’heures supplémentaires n’étaient pas payées et qu’ils étaient épuisés : « Ce sont des milliers et des milliers d’heures par fonctionnaire qui se sont accumulées, avec des cadences souvent infernales, des récupérations souvent impossibles. Tout ça jusqu’à épuisement du fonctionnaire », indique France Info. Pour arriver à ce chiffre ahurissant, les policiers d’élite dénoncent des cadences infernales, des nuits sans dormir, des semaines sans repos.» [5].

De même, aux yeux de ceux qui luttent au quotidien contre le crime, notre politique pénale apparait totalement inadaptée alors même que le lien entre la petite criminalité et le terrorisme est souligné par tous les experts. Ainsi, un des terroristes des attentats du 12 novembre 2015 à Paris avait été condamné 8 fois pour des petits délits et n’était jamais allé en prison. Bien plus on met au placard ce qui disent la vérité à la représentation nationale. Le 18 décembre dernier, le général Soubelet [6], numéro trois de la gendarmerie, lors de son audition devant la commission parlementaire de lutte contre l’insécurité, a créé un choc en déclarant que la politique pénale était « en décalage» avec les infractions constatées. Il avait poursuivi son raisonnement en expliquant que « le nombre d’incarcérations avait diminué de 33%, alors que, dans le même temps, il y a eu une hausse de 14% de personnes inquiétées par les services de la gendarmerie. Des propos choc, qui ne sont manifestement pas passés » [7].

jbp-15-11

C’est donc a une remise en cause profonde de la cohérence des aspects régaliens de sa politique que François Hollande doit d’urgence s’atteler. La sécurité des Français le lui commande.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Moi-même, j’écrivais le 16 aout 2012 une analyse intitulée : « Syrie, une guerre confessionnelle ». Puis, en Mai 2013, un autre article intitulé : « Ce danger que fait courir la diplomatie française en refusant de reconnaitre, contrairement aux américains, la vraie nature de ce conflit », et publiés dans « Carnet de guerre et de crises », Lavauzelle, pages 100 et 103.

[2] Nos interventions représentent moins de 10% des actions aériennes.

[3] Pourquoi limiter les coupes dans le budget de la Défense ne suffira pas à l’armée pour faire face à la guerre en cours.

[4] Op.cit. page 2014.

[5] 1,3 million d’heures supplémentaires non payées pour les policiers d’élite ?

[6] Général SOUBELET mis au placard après avoir critiqué la politique de Taubira ! - Vidéo.

[7] Après avoir critiqué la politique de Taubira, le numéro 3 de la gendarmerie mis au placard.


Premier bilan militaire et géopolitique de l’intervention russe en Syrie

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L’intervention de la Russie en Syrie est l’expression d’une stratégie cohérente qui s’appuie sur des composantes historiques, culturelles, religieuses et civilisationnelles. Elle a été rendue acceptable aux yeux de l’opinion internationale par l’émotion suscitée par la barbarie des exécutions perpétrées par Daesh et la destruction du patrimoine historique de Palmyre. Elle vient à point nommé pour pallier l’inefficacité de la stratégie américaine qui n’a pas réussi à stopper la progression de Daech en Irak et en Syrie malgré 15 mois de frappes aériennes.

Vladimir Poutine a compris ce que François Hollande a été incapable de percevoir : si Damas devenait capitale islamique aux mains de l’Armée de la conquête (Al Nosra et consorts) ou de l’Etat Islamique, ou des deux, « l’islamisme aurait prouvé sa force. Et alors, que rien ne pourrait arrêter la vague d’enthousiasme populaire mondiale qui s’ensuivra et aucune armée ne sera lancée à l’assaut de cette ville de deux millions d’habitants. Le monde basculera comme il a basculé symboliquement à la chute du Mur de Berlin » [1].

1. Premier bilan militaire

En un mois et demi les forces syriennes appuyées par les frappes russes ont repris presque complétement le contrôle de l’axe stratégique Damas Hama Alep et dégagé l’aéroport international situé à l’Est d’Alep. Cette offensive a été menée essentiellement contre les forces d’Al Nostra (Al Qaida) qui contrôlaient la région entre Alep et Lataquié après avoir pratiquement éliminé les rebelles dit modérés depuis 2014.

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Cette efficacité tient à plusieurs facteurs :

  • 1) l’armée d’Assad qui cédait du terrain a été remobilisée et renforcée par des détachements du Hezbollah et des forces spéciales iraniennes et rééquipée de matériel moderne russe;
  • 2) les Russes ont déployé toute une panoplie de moyens aériens, terrestres et navals à l’efficacité complémentaire [2]. Situés à proximité immédiate du théâtre d’opération, les appareils russes peuvent effectuer plusieurs sorties par jour;
  • 3) Les Russes auraient également mis en place en Syrie tout un dispositif de contre-mesures électronique et de brouillage qui rend aveugle et les djihadistes et les forces américaines [3].

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2. Facteurs géopolitiques sous-jacents à l’intervention Russe

Rappel historique

La Russie au début du XXème jouxte l’empire Ottoman, la Perse et l’Afghanistan (carte ci-dessous).

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L’influence Russe en Perse est reconnue par la signature de la convention anglo-russe du 31 août 1907. Elle divise l’Iran en 2 zones d’influence: les provinces du Nord deviennent une zone d’influence russe, celles du Sud une zone d’influence britannique, la région de Téhéran étant déclarée « neutre ».

Vladimir Poutine dès son accession au pouvoir a renforcé les liens avec l’Iran [4], ce qui s’est traduit en 2015 par une reprise de la coopération en matière de systèmes de Défense. Avec les autres pays riverains un accord de septembre 2014 [5] met fin à plusieurs différends sur le partage des ressources.

Au Moyen-Orient, durant la guerre froide, L’Union soviétique a soutenu les mouvements de libération. Cette coopération avec des partis politiques non-marxistes s’est concrétisée par l’appui au parti nassérien : l’Egypte de Nasser devient l’un des principaux alliés de Moscou jusqu’au revirement de Sadate en 1972. Avec la Syrie les relations ont été ouvertes à la même époque (1955) et se sont traduites par un échange d’ambassadeurs et la signature d’accords commerciaux. L’URSS est devenue un véritable allié de la Syrie qu’après l’attentat de Munich (1972). C’est à cette époque que Damas a concédé à l’URSS la base maritime de Tartous.

Aspects culturels, religieux et « civilisationnel »

Depuis le XIXème siècle, il existe dans les élites russes un courant de pensée orientaliste dont la concrétisation théorique la plus influente est l’eurasisme. Le premier mouvement eurasiste avait été fondé dans les années 1920 par des intellectuels russes de l’émigration [6]. Pour ces intellectuels l’identité russe est née d’une fusion originale entre les éléments slave et turco-musulman. La Russie constitue un « troisième continent » situé entre l’Occident dénoncé comme matérialiste et décadent et l’Asie.

Après la chute de l’URSS et durant le chaos des années 90, Alexandre Guelievitch Douguine reprend ces idées et les intègre dans la théorie géopolitique de Mackinder qui oppose dans la lutte pour la suprématie mondiale « l’île mondiale » (l’Amérique) et « terre mondiale » (l’Eurasie). La civilisation anglo-saxonne, protestante, individualiste et dirigée par le profit et la finance, serait irréductiblement opposée à la civilisation continentale, russe-eurasienne, orthodoxe et musulmane et plus solidaire et dans laquelle les secteurs stratégiques seraient détenus par l’Etat. Le but déclaré du mouvement néo-eurasiste est de constituer un grand bloc continental eurasien pour lutter à armes égales contre la puissance maritime « atlantiste » qui entraîne le monde vers le chaos.

Ce courant de pensée intègre les musulmans dans une vision civilisationnelle commune et, à la différence de l’Occident, ne confond pas islam et islamisme.

La lutte contre le salafisme en Syrie est ainsi pour les Russes une guerre civilisationnelle alors que les salafistes sont pour les américains qu’un ennemi de plus qu’il faut contenir plutôt que détruire [7], mis presqu’au même rang que la Russie, dans le cadre de leur stratégie de domination mondiale.

3. Vers une sortie de crise en Syrie : les atouts de la diplomatie Russe au Moyen-Orient

La Russie, après une éclipse de 25 ans qui a suivi la chute de l’URSS, revient ainsi au centre du jeu diplomatique au Moyen-Orient et tient dans ses mains les clés d’un règlement négocié alors que la France, par la politique à courte vue de F Hollande [8] et de L. Fabius, s’en est exclu durablement.

La Russie est le seul pays qui peut parler à tous les pays musulmans quels que soient leur obédience, sunnite ou chiite.

Elle dispose d’une élite et de cadres diplomates et militaires parlant l’arabe dont Evgueni Primakov, décédé 25 juin 2015 à Moscou était le représentant le plus éminent. Celui que l’on dénommait le « Laurence russe », avant sa carrière politique qui a débuté avec la fin de l’URSS, avait acquis une connaissance approfondie du Moyen-Orient [9] grâce à 35 ans de présence et d’études comme journaliste sur place puis comme universitaire.

Vladimir Poutine, grâce à ces diplomates, a réussi la performance, en octobre 2003, d’être le premier chef d’un État à majorité non musulmane à prendre la parole au sommet de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), qui regroupe cinquante-sept États musulmans. Faisant valoir que les 8 républiques autonomes [10] portent le nom de peuples musulmans, il a obtenu pour la Russie le statut de membre observateur de cette organisation internationale, appuyé dans cette demande par l’Arabie Saoudite, dépositaire des lieux saints et par l’Iran chiite.
La Russie a donc les mains libres en Syrie car la campagne des primaires pour les élections présidentielles de 2016 bat son plein aux Etats-Unis et se focalise comme d’habitude sur les questions de politique de sécurité intérieure, d’économie et de social.

Obama, poussé par le camp démocrate, fera tout pour finir son mandat avec un succès contre Daesh sans toutefois prendre le risque qu’un seul soldat américain soit fait prisonnier par l’EI. Il est donc obligé de laisser faire Poutine en espérant au final partager avec lui les marrons que le leader russe aura retiré du feu islamiste.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Général Jean-Claude Allard : Quatre remarques sur la stratégie française contre l’État Islamique

[2] A ce jour, différentes sources ouvertes font état : 1) d’un groupement naval avec deux croiseurs intervenant depuis la Méditerranée et une flottille de quatre navires opérant depuis la Caspienne qui ont frappé avec des missiles de croisière des cibles à Rakka, Idlib et Alep. 2) d’une trentaine d’avions de combats guidés au sol par des forces spéciales russes qui ont réalisé au 11/11 plus de 2000 frappes. 3) De 5 000 militaires, essentiellement issus de la 810ème brigade d’infanterie de marine de la Mer Noire, qui assurent la sécurité des infrastructures militaires russes à Tartous et Lattaquié, apportent un soutien logistique aux troupes du gouvernement central, tandis qu’un bataillon de chars (3 compagnies de 10 chars) et une vingtaine d’hélicoptères MI24 appuyent au plus près les forces syriennes.

[3] Les moyens de guerre électronique terrestres, navals et aériens que la Russie a déployés permettent de surveiller l’intégralité du spectre électromagnétique pour localiser les émetteurs de l’ennemi et les brouiller. La guerre électronique s’étend aujourd’hui au brouillage des communications, des radars et des surveillances électro-optiques. Les équipements modernes générateurs de contre-mesures, y compris dans le spectre visible, infrarouge ou laser, utilisent des moyens de surveillance électro-optiques aériens et spatiaux (IMINT) pour contrecarrer les Russes dans l’anéantissement de l’EI. Pour protéger le dispositif contre les moyens de recherche de l’OTAN, les Russes ont déployé en Syrie, plusieurs Krasukha-4. Les avions russe Su-24, Su-25, Su-34 sont équipés de conteneur de brouillage SAP-518/ SPS-171, et les hélicoptères Mi-8AMTSh avec des Richag-AV. A cela s’ajoute le navire Priazovye (de classe Vishnya), appartenant à la flotte russe de la mer Noire, qui a été déployé en mer Méditerranée, près de la côte syrienne. Ce navire est spécialisé dans le brouillage et la collecte des informations de type SIGINT et COMINT (interception de tous les réseaux de communications). Source : L’arme ultrasecrète qui permet à Poutine d’assoir sa suprématie dans la guerre radio électronique en Syrie ?

[4] En avril 2015, le président russe Vladimir Poutine a signé un décret permettant de reprendre les livraisons de systèmes missiles antiaériens S-300 en République islamique.

[5] Ce quatrième sommet de la Caspienne a rassemblé la Russie, l’Iran, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et le Turkménistan. Ces pays ont trouvé un accord sur les questions de « « sécurité et de stabilité dans la région ».

[6] Tournant vers l’Orient, Petr Savitski, 1921

[7] Il n’est pas impossible qu’un Daesh affaibli serve mieux les intérêts stratégiques américains qu’un Daesh détruit complétement.

[8] Il s’est ridiculisé auprès de Poutine avec l’affaire des Mistrals. Les Russes méprisent les lâches et les vassaux. Il a été incapable de comprendre que sans troupes au sol, les frappes aériennes ne permettraient pas de vaincre Daesh. Il n’a pas pris la mesure du risque que si l’EI s’emparait de Damas, l’évènement soulèverait les foules arabes et ferait basculer des millions de musulmans dans le Djihad. Il n’a rien compris à la nature de la crise syrienne et aux risques en retour que sa politique faisait courir aux Français.

[9] 1956 à 1970, il a été journaliste pour la radio soviétique et correspondant au Moyen-Orient pour la Pravda. De 1970 à 1977, il est directeur adjoint de l’Institut d’économie et de relations internationales de l’Académie des sciences. Parlant couramment l’arabe, il est directeur de l’Institut d’études orientales de l’Académie des sciences de 1977 à 1985. Durant cette période, il a dirigé la rédaction de nombreuses thèses universitaires, dont celle de Mahmoud Abbas (Président de l’Autorité palestinienne depuis 2005). De 1985 à 1989, il retourne à l’Institut d’économie et de relations internationales en tant que directeur.

[10] Outre la Tchétchénie, ce sont l’Ingouchie, le Daghestan, les Adyghés, la Kabardino-Balkarie, la Karatchaevo-Tcherkessie, le Bachkortostan et le Tatarstan. Les plus importantes et les plus peuplées sont le Tatarstan et le Bachkortostan. Plus de la moitié des Tatars vivent à l’extérieur du Tatarstan ; à elle seule, la région de Moscou compterait un peu plus de musulmans que le Bachkortostan.


L’intervention française en Syrie

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Exemple de l’utilisation systématique de nos forces armées à des fins politiques

La décision de François Hollande de déclencher des frappes contre les camps d’entrainement de djihadistes en Syrie est une démonstration de l’utilisation politique de nos forces armées sans légalité internationale, sans stratégie et sans but militaire. Elle contribue à affaiblir la capacité opérationnelle de nos forces et au final la sécurité de nos concitoyens.

DROIT INTERNATIONAL

Cette intervention se place totalement en dehors du droit international. A la différence de l’intervention Russe elle n’a pas été sollicitée par le gouvernement Syrien. François Hollande qui conteste la légitimité du Président Assad aurait dû demander le vote d’une résolution du Conseil de Sécurité d’autant plus que la France, membre permanent du Conseil de Sécurité devrait être soucieux de la légalité internationale. Cela faisait des mois que cette option stratégique était sur la table et François Hollande aurait dû anticiper et donner un cadre légal à cette intervention.

EFFICACITÉ MILITAIRE OU COMMUNICATION POLITIQUE ?

Il semble donc évident que plusieurs enjeux de politique extérieure et intérieure ont motivé cette décision contestable au regard du droit international.

Enjeu international

La position extrémiste de François Hollande concernant la Syrie et Bachar el Assad a entrainé son isolement sur la scène internationale. Après plus d’un an de frappes en Irak qui ont causé des dégâts collatéraux aux populations et aux infrastructures mais ont peu affaibli Daesh, les américains ont compris que sans troupes au sol, il n’y aurait pas de victoire contre Daesh. Or en Syrie les seules forces à se battre au sol contre Daesh sont les forces syriennes aidées de l’Iran. François Hollande a été incapable de percevoir que si Damas devenait capitale islamique aux mains de l’Armée de la conquête (Al Nosra et consorts) ou de l’Etat Islamique, ou des deux, « l’islamisme aurait prouvé sa force. Et alors, que rien ne pourrait arrêter la vague d’enthousiasme populaire mondiale qui s’ensuivra et aucune armée ne sera lancée à l’assaut de cette ville de deux millions d’habitants. Le monde basculera comme il a basculé symboliquement à la chute du Mur de Berlin » [1].

La décision de frapper les camps de djihadistes français qui s’entrainent en Syrie doit être perçue comme une tentative désespérée de François Hollande de se réintroduire à la table de négociation sans pour autant avouer qu’il s’est trompé depuis le début sur le dossier syrien.

C’est pourquoi cette décision a donné lieu a une communication gouvernementale inhabituelle [2] car elle a été entièrement pilotée dans ses moindres détails depuis l’Elysée: les frappes ont été annoncées deux semaines à l’avance par le chef de l’Etat lui-même. Le 27 septembre à 7h56, un communiqué de la présidence a annoncé les premières frappes [3], au moment même où François Hollande arrivait à New-York pour participer à l’Assemblée générale des Nations unies, au cours de laquelle les principaux dirigeants de la planète - dont Vladimir Poutine et Barack Obama - allaient aborder la question syrienne.

Enjeu intérieur

L’émotion suscitée par le flot des migrants et les informations de nos services sur les risques d’infiltration qui y sont liés ainsi que sur la préparation d’un grand attentat commis par des équipes de djihadistes étrangers est la seconde motivation de cette décision. Le choix de l’objectif - les camps d’entrainement des djihadistes européens - permettra à François Hollande de déclarer, avec sa compassion habituelle aux français victimes du terrorisme : « moi Président j’ai essayé d’anticiper cette menace ».

Le Général Jean-Claude Allard, chercheur à l’IRIS ne pense pas autrement lorsqu’il écrit: « L’intention manifeste était de montrer aux Français que l’État s’activait pour leur sécurité, sans se demander d’ailleurs qui allait croire que deux sorties de Rafale pouvaient garantir définitivement leur sécurité. Il y a donc ici une action militaire destinée à porter un discours de politique interne, alors qu’il devrait y avoir un discours solide et cohérent de politique étrangère soutenu par une action militaire. Une inversion des rôles qui tourne finalement à la confusion » [4].

LES RISQUES LIES A CETTE UTILISATION POLITIQUE DE NOS FORCES ARMÉES

La France, du fait de la politique de Défense menée depuis plus d’une décennie, n’a plus les moyens militaires adaptés à la politique étrangère de François Hollande fondée sur la défense de nos intérêts en Afrique et sur le suivisme des États-Unis en Europe et au Moyen-Orient.

La multiplication des missions sous le quinquennat de François Hollande dont le but unique est de palier en France une politique de sécurité intérieure déficiente et d’appuyer en Europe et au Moyen-Orient une politique étrangère de suivisme des États-Unis conduit à la baisse du moral de nos soldats, à la diminution de l’entrainement de nos forces et à la chute du potentiel de nos Forces Armées. Par voie de conséquence cette politique fragilise la sécurité des Français.

Ainsi pas un seul expert ne pense que l’opération « sentinelle » qui mobilise 7000 hommes à faire du gardiennage apporte une réelle contribution à la sécurité objective (objectif militaire) de nos concitoyens, même si elle contribue à la sécurité subjective (objectif politique : rassurer).

Les interventions aériennes en Irak et en Syrie aident les États-Unis à donner le change d’une coalition et soutiennent la politique d’exportations d’armement dans le golfe mais ne contribuent que très marginalement à l’affaiblissement de Daesh. En revanche, elles diminuent directement la sécurité de nos concitoyens en nous faisant désigner par l’Etat Islamique comme leur objectif prioritaire en Europe.

Que dire du déploiement de nos forces en Pologne à la demande de l’OTAN face à la menace Russe en Ukraine, menace aussi inexistante que les armes de destruction massives en Irak, prétexte à l’intervention américaine de 2003.

Cette utilisation intensive de nos forces sur le théâtre sahélien (chaleur + sable), au Moyen-Orient et en Europe combinée à l’ancienneté moyenne très élevée de nos matériels et à des dépenses insuffisantes dans le renouvellement des équipements et dans leur maintien en condition opérationnelle (MCO) conduit à taux de disponibilité moyen des armements de nos armées semblable à ceux de pays en voie de développement.

Ce constat provient d’une étude menée par le député UMP de Haute-Marne, François Cornut-Gentille, qui a cherché à évaluer le coût du vieillissement des équipements militaires et, à ce titre, a demandé au ministère de la Défense qu’on lui fournisse le coût du maintien en condition opérationnelle (MCO), le taux de disponibilité et l’âge moyen des véhicules et équipements de l’armée française.

Le député avait posé ces questions le 7 janvier 2014. Le ministère y a répondu au goutte à goutte jusqu’à l’été 2014. Les chiffres sont accablants : le taux de disponibilité moyen des armements de l’armée de terre est de 50% [5]. Pour l’armée de l’air il est de l’ordre de 40% [6] pour les avions et de 20% pour les hélicoptères.

Malheureusement, la plupart de nos chefs militaires, nommés aux plus hautes fonctions par le pouvoir politique sont choisis pour leur échine souple et font au mieux avec ce qu’on leur donne.

Mais comme le rappelait le Colonel Michel Goya [7] : « Dans un pays qui produit pour plus de 2 000 milliards d’euros de richesse chaque année, moins de 50 sont prélevés pour assurer la défense de la France et des Français, pour environ 850 consacrés aux autres actions publiques et sociales. Pire, cet effort diminue régulièrement depuis vingt-cinq ans. Si, en termes de pourcentage du PIB, la France mondialisée faisait le même effort que la France de 1990, c’est entre 80 et 90 milliards qui seraient consacrés à la sécurité et à la défense ».

A défaut de pouvoir augmenter massivement l’effort de défense du pays, face à l’accroissement des menaces il est essentiel que nos responsables politiques mettent en cohérence les intérêts stratégiques de long terme de la France, la sécurité objective des français et les moyens consacrés à nos forces armées.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Général Jean-Claude Allard : Quatre remarques sur la stratégie française contre l’État Islamique

[2] Le 7 septembre, lors de sa conférence de presse, François Hollande avait indiqué que des vols de reconnaissance auraient désormais lieu au-dessus de la Syrie, en vue de trouver des objectifs, puis de les frapper.

[3] Il a fallu plus de dix heures pour que l’état-major des armées puisse s’exprimer sur le sujet par un communiqué mis en ligne vers 18h30…

[4] Jean-Claude Allad op.cit.

[5] Armée de terre : Le taux de disponibilité des véhicules blindés légers (VBL/VB2L vieux en moyenne de 15 ans) est nettement supérieur à celui des petits véhicules protégés (PVP, vieux de 4 ans) : 65 % contre 46,3 % (56 contre 50 en 2012). Les seconds ne sont pourtant vieux que de quatre ans contre quinze aux VBL. L’armée de terre ne compte plus que 254 chars Leclerc, âgés de neuf ans, pour un taux de disponibilité de 58,1 % en 2013. Les 3052 VAB et les 254 AMX 10 RCR, âgés de 30 ans en moyenne ont une disponibilité de 43,9 et 43,1. Le VBCI, âgé de 4 ans en moyenne à 77,5 % de disponibilité. Pour la logistique, les 1203 camions TRM10000 ont 22 ans de moyenne d’âge avec un taux de disponibilité de 40,43 %. Pour le génie de l’armée de terre, les 14 VBHP vieux de quatre ans, ont eu en 2013 un taux de disponibilité moyen de 11,3 %. Source : http://defense.blogs.lavoixdunord.fr/

[6] Les 83 Rafales (45,6 % de dispo). Les 33 Transall C-160 36 ans de moyenne d’âge ont une dispo de 43,2 %.Les 137 Gazelle moyenne d’âge 27 ans ont une disponibilité de 58 % (54,9 M€ d’entretien). Les 19 EC725 Caracal venant d’entrer en service ont 35 % de disponibilité. Les 40 Tigres cinq ans de moyenne d’âge ont une disponibilité de 22 % de dispo pour 98,5 M€ de MCO.

[7] Pourquoi limiter les coupes dans le budget de la Défense ne suffira pas à l’armée pour faire face à la guerre en cours


Genève, Octobre 2015: Mon intervention au « Forum des gestionnaires de patrimoines »

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Je voudrais avant d’essayer de répondre aux deux questions qui m’ont été posées, vous dire quelques mots supplémentaires sur le parcours que j’ai accompli avant de m’intéresser à la géopolitique.

Après plusieurs années sur le terrain dans les parachutistes, j’ai été envoyé par l’Armée faire une maitrise de physique nucléaire et je me suis ensuite occupé de la sécurité radiologique des essais nucléaires. N’étant vraiment occupé que de juin à septembre, j’en ai profité pour faire un doctorat de sciences politiques à Paris 1 Sorbonne. Mes états de service m’ont fait admettre sur titres à l’école de guerre en 1973. Durant l’école de guerre que j’ai écrit mon premier livre qui soutenait la thèse que la dissuasion nucléaire interdisait toute guerre-Est-Ouest et qu’au contraire nous serions dans le futur, pour de multiples raisons, confrontés à des guerres Nord Sud qui prendraient la forme du terrorisme, d’où le titre de mon livre « la guerre civile mondiale ». Ce livre m’a fait remarquer par l’entourage du Président de la République de l’époque Monsieur Giscard D’Estaing et j’ai été chargé en 1976 avec trois autres personnes de créer le Groupe permanent d’évaluation des situations, GPES, qui a reçu comme mission d’évaluer le renseignement français concernant les crises dans lesquelles nos forces étaient engagées et de présenter des options stratégiques au Président de la République.

Depuis lors, je me passionne pour la géopolitique et j’ai écrit depuis lors trois autres livres dont le dernier « Carnet de crises et de guerres » est paru en Mai 2014. Il reprend tous mes écrits et interviews publiés sur mon blog.

La Russie représente-t-elle une menace pour la stabilité mondiale ?

Le fait que l’on m’ait posé cette question est très significatif car cela reflète la vision que les leaders d’opinion et les médias influencés par les États-Unis ont réussi à nous imposer et que le Général de Gaulle décrivait ainsi en 1962 : « Le grand problème, maintenant que l’affaire d’Algérie est réglée, c’est l’impérialisme américain. Le problème est en nous, parmi nos couches dirigeantes, parmi celles des pays voisins. Il est dans les têtes. » [1]

Une observation objective des faits démontre que depuis la chute du mur de Berlin, c’est la politique extérieure américaine et la vision que le complexe militaro-industriel a des intérêts des États-Unis qui menace la stabilité de l’Europe et du Moyen-Orient.

Pour défendre cette thèse si contraire au point de vue dominant, il est essentiel de rappeler l’intervention américaine dans les trois conflits qui ont eu lieu depuis 1990 en Europe et au Moyen-Orient et qui ont contribué à générer et à développer les menaces islamiques actuelles.

Ces rappels historiques permettent de relativiser le rôle de la Russie. Dans cette perspective, le rattachement de la Crimée à la Russie apparait comme une riposte d’une Russie directement visée par les agissements américains qui cherchent à élargir l’OTAN jusqu’à ses frontières, contrairement aux engagements du secrétaire d’Etat américain James Baker envers le Président Mikhaïl Gorbatchev en février 1990 [2].

Pour mémoire la Russie avait enlevé la Crimée à l’empire Ottoman en 1848 (date du rattachement de la Corse à la France, Corse qui appartenait à la principauté de Gènes).
Parcourons rapidement ensemble les 70 dernières années qui ont vu le système international évoluer d’un duopole soviéto-américain à une primauté sans partage des États-Unis depuis 1990.

Le 6 août 1945, il y a exactement soixante-dix ans, les États-Unis utilisaient pour la première fois l’arme nucléaire contre les populations civiles d’Hiroshima, accélérant la victoire contre le Japon dont ils avaient été les principaux artisans.

A l’Ouest ce sont les soviétiques et les anglais qui supportèrent l’essentiel du poids de la guerre contre l’Allemagne même si les commémorations du débarquement veulent en projeter une image différente. Les français furent associés aux deux capitulations du Japon et de l’Allemagne grâce à l’habileté politique du Général de Gaulle qui avait su se faire deux alliés de Churchill et de Staline et cela malgré l’opposition de Roosevelt qui avait tout fait pour écarter la France qu’il souhaitait placer sous administration américaine [3].

Je voudrais vous rappeler que le Général de Gaulle n’a jamais voulu commémorer le 6 juin.

44 ans plus tard, le 9 novembre 1989, le mur de Berlin s’écroulait et annonçait, avec la chute du régime soviétique, la fin du condominium soviéto-américain sur le monde.
A partir de cette date et jusqu’à aujourd’hui, le système international est dominé par une seule superpuissance, les Etats-Unis, qui mènent une stratégie globale pour conserver sans partage cette primauté en utilisant tous les moyens de la puissance à leur disposition et en premier lieu la puissance militaire et le renseignement.

Quelques chiffres permettent de concrétiser cette domination [4] : le budget américain de la Défense était de 640 milliards de dollars en 2013, supérieur au total des 9 autres budgets des pays suivants dont ceux de la Chine 188 milliards, de la Russie 88 milliards et la France 61 milliards (parité euros dollars de 2013). Quant au budget des 16 agences de renseignement américain, il est équivalent au total du budget militaire de la Russie soit 76 milliards de dollars [5] en 1973.

Quels ont été les actions des États-Unis qui ont porté atteinte à la stabilité mondiale depuis la chute de l’empire soviétique ?

La première concerne directement la menace djihadiste actuelle en Europe. Elle a pour origine le candidat Bill Clinton et son entourage qui croyaient possible de construire une société pluriethnique en Bosnie-Herzégovine s’il s’établissait un rapport de forces équilibré entre les différentes communautés ethniques et religieuses. Al Gore, lors de leur campagne électorale de 1992, s’était engagé à lever l’embargo décrété par l’ONU, pour les armes à destination de la Bosnie-Herzégovine. Une fois au pouvoir, entre 1993-1994, les hommes du Président Clinton ont organisé au profit des bosniaques, et à l’insu des forces l’ONU déployées sur place, des livraisons d’armes en provenance de l’Arabie Saoudite, de l’Iran et du Soudan par l’entremise d’une ONG bosniaque, la TWRA [6], puis directement par la CIA lorsqu’ils eurent remplacé son directeur, Robert James Woolsey, qui n’y était pas favorable.

L’OTAN par laquelle transitaient les rapports des observateurs de l’ONU, a désinformé l’opinion européenne sur la réalité de ce conflit en faisant pression sur les chefs des casques bleus dont le Général Français Bertrand de Lapresle pour qu’ils réécrivent leurs rapports qui rendaient compte de l’action illicite des services américains.

Cette désinformation organisée par Washington a permis d’engager l’OTAN dans la guerre contre la Serbie, sans aucun mandat de l’ONU [8] et avec l’appui des populations européennes. Ce conflit a permis l’éclosion d’un djihadisme bosniaque qui a ensuite essaimé en Europe, en Tchétchénie et au Moyen-Orient (ainsi les pilotes de l’avion du 9/11 qui s’est écrasé sur le Pentagone étaient d’origine bosniaque et 4 membres des 6 membres du « gang de Roubaix » qui étaient liés au réseau islamique Kamel avaient combattu en Bosnie).

La deuxième atteinte à la stabilité mondiale a pour origine la décision de Bush d’envahir l’Irak en 2003 en trompant ses alliés sur la présence d’armes de destruction massives . Bush et son entourage ont menti publiquement à 532 occasions séparées ont recensé 2 journalistes américains. Entre mars 2003, et l’été 2006, cette guerre injustifiée a coûté la vie à environ 600 000 civils irakiens et 1,6 millions sont devenus des réfugiés4. C’est en Irak que l’Etat islamique (Daesh) est apparu, c’est structuré en bénéficiant de l’apport de cadres sunnites des services de renseignement et de la garde républicaine de Saddam Hussein. Et a forgé ses modes d’action en luttant contre l’occupation américaine.

La troisième atteinte à la stabilité mondiale est toujours en cours aujourd’hui avec la crise Ukrainienne. En effet, les stratèges américains depuis la chute du mur en 1989 n’ont qu’une seule crainte : la création d’un grand ensemble européen incluant la Russie qui leur contesterait le leadership mondial. L’ancien conseiller national à la sécurité des Etats-Unis, Zbigniew Brzezinski, publia en 1997 sous le titre « Le grand échiquier » un livre où il soutenait la thèse que« Pour l’Amérique l’enjeu géopolitique principal est l’Eurasie ». Il explicitait ainsi sa pensée [9] : «Si l’Ukraine tombait, écrivait-il, cela réduirait fortement les options géopolitiques de la Russie. Sans l’Ukraine et ses 52 millions de frères et sœurs slaves, toute tentative de Moscou de reconstruire l’empire eurasien menace d’entraîner la Russie dans de longs conflits avec des non slaves aux motivations nationales et religieuses.»

Entre 2002 et 2009, grâce aux cables diplomatiques américains que Wikileaks a dévoilé, nous savons aujourd’hui que les États-Unis ont ainsi dépensé des millions de dollars afin d’aider l’opposition ukrainienne à accéder au pouvoir [10]. Ils témoignent aussi de l’effort constant et de la volonté continue des États-Unis d’étendre leur sphère d’influence sur l’Europe de l’Est et notamment en Ukraine via l’OTAN.

Mais ces désinformations souvent grossières ont fini par irriter en 2014 et 2015 plusieurs généraux européens et un ambassadeur français qui ont exprimé publiquement leurs doutes sur les informations publiées par les américains, l’OTAN et les autorités ukrainiennes.

Le Général français Christophe Gomart, directeur du renseignement militaire [11], le général Polonais Skrzypczak, conseiller du ministre de la Défense [12], le Général Allemand Harald Kujat [13] ancien chairman du comité militaire de l’OTAN et l’ancien ambassadeur de France à Moscou Jean de Glinasty [14] ont dénoncé en 2014 et 2015 les désinformations des Etats-Unis via l’OTAN et celles du gouvernement ukrainien sur la réalité de ce qui se passe sur le terrain.

Last but not least, grâce à Wikileaks, il est devenu de notoriété publique que les Etats-Unis s’arrogent le droit d’espionner les dirigeants de leurs meilleurs alliés comme François Hollande et Angela Merkel. Comment ne pas penser que la connaissance des conversations les plus intimes de ces dirigeants ne donne pas au dirigeants américains un pouvoir de pression efficace sur eux ?

Aujourd’hui, tant en Allemagne qu’en France de nombreux dirigeants politiques prennent de plus en plus conscience que nous ne partageons pas toujours les mêmes intérêts que les Etats-Unis sur des dossiers qui intéressent directement notre sécurité. Ils sont convaincus que si l’Europe n’envisage pas de manière autonome la résolution des conflits qui menace sa sécurité elle en subira les terribles conséquences alors que les Etats-Unis, plus éloignés, en titreront bénéfice.

Quel avenir pour les relations entre l’Europe et la Russie ?

Avec la Russie, outre un intérêt économique commun, l’Europe a à résoudre la même difficile équation que la Russie : éviter que les 40 millions de musulmans (15 millions en Europe ; 25 millions en Russie) qui vivent en paix sur les sols européens et russes ne deviennent les victimes de la radicalisation islamique.

Ce risque est aujourd’hui totalement d’actualité avec l’enracinement de l’Etat Islamique rn Syrie et en Irak et cela nous amène à la deuxième question à laquelle je vais essayer de répondre.

Qu’est-ce qui permet l’enracinement de Daech au Moyen-Orient ? Comment vaincre cette organisation terroriste ?

Répondre à cette question c’est mettre en lumière les facteurs déterminants de la stratégie victorieuse de Daech face à l’indétermination stratégique occidentale écartelée entre des objectifs inconciliables.

En effet, le califat, un an après sa proclamation par Abou Bakr al-Baghdadi, révèle un quadruple échec.

En premier lieu l’échec de la stratégie politique et militaire américaine en Irak.

Politique d’abord, avec le choix d’un premier Ministre, Al Maliki, qu’ils ont mis en place en 2006 et ont soutenu jusqu’en 2014, le laissant exercer un pouvoir sans partage et fondé exclusivement sur la communauté chiite. Ils ont ainsi fermé les yeux lorsqu’il a bafoué la constitution de son pays, pourtant inspiré par eux, en n’attribuant pas les ministères importants (intérieur et défense) qui devaient être dévolus constitutionnellement aux Sunnites et aux Kurdes. Militaire ensuite. En effet, depuis sa reformation par les américains, la nouvelle armée irakienne, dont Al Maliki se méfiait, était mal équipée, gangrenée par la corruption, le népotisme, la formation insuffisante, l’absence de moral et la volonté de se battre.

Militaire ensuite, ce n’est pas l’aviation américaine mais les milices shiites, (dirigées, encadrées, formées et équipées par l’Iran et appuyées par des Iraniens et des libanais du Hezbollah avec le général iranien Soleimani [15] à leurs têtes) qui ont sauvé Bagdad, repoussé Daech à l’Ouest du Tigre et qui ont représenté plus des 2/3 des forces engagées dans la reconquête de Tikrit.

Enfin, si les frappes de la coalition ont un certain effet d’attrition sur les forces de Daech, sans forces terrestres en état de se battre, cet effet reste limité et est obtenu au prix de dégâts collatéraux importants sur civils, les habitations et les infrastructures, engendrant la colère des populations sunnites locales.

Echec également des monarchies gériatriques du Golfe Persique qui ont contribué à l’émergence de Daesh dans le but de renverser le régime bassiste et alaouite d’Assad et de le remplacer par un pouvoir sunnite ami. Aujourd’hui Daesh, en contrôlant le gouvernorat d’Al Anbar et les 420 km de frontière commune avec l’Arabie Saoudite, menace ce royaume qui se méfie de son armée, de sa minorité chiite (d’où la condamnation à la décapitation et à la crucifixion du jeune Mnir, un shiite à qui il est seulement reproché d’avoir manifesté contre le régime à 17 ans), méfiance aussi de la moitié de sa population qui est étrangère et enfin Royaume qui est en guerre sur ses frontières Sud avec les rebelles Hutis, d’obédience shiite.

Echec de la Turquie qui considère les kurdes dont 15 millions sont citoyens turcs comme sa première menace et qui laisse sa frontière ouverte à Daesh, offrant une base arrière aux djihadistes pour vendre leur pétrole, se ravitailler en armes et munitions et soigner leurs combattants [16]. Erdogan a espéré ainsi renverser Assad et restaurer l’influence séculaire de la Turquie sur la Syrie.

Echec de l’Europe et, au premier lieu Francois Hollande, qui a cru à un printemps arabe alors que je soutenais dans mes écrits des 2012 qu’il s’agissait en Syrie des prémices d’une guerre civile confessionnelle initiée et financée par l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie. Et la guerre civile comme l’a très bien dit Corneille « est le règne du crime » des 2 cotés.Is’est trompé sur la capacité de durer du régime d’Assad et en le diabolisant il est pour moi co-responsable du départ de plusieurs milliers de jeunes djihadistes français en Syrie et du flux de migrants actuel, générant, par effet boomerang, une menace terroriste sur notre territoire qui va faire que s’accroitre . Il a encore persisté dans son erreur il y a 2 jours à l’ONU, isolant la France et fournissant une preuve de plus de sa morale à géométrie variable, défenseur ardent des droits de l’homme en Syrie et pratiquement silencieux quand il s’agit de ses amis saoudiens.

Les seuls gagnant à l’heure actuelle sont les Kurdes, l’Iran et la Russie.

Vainqueurs en Irak dès lors qu’ils étaient correctement équipés, les Peshmergas ont clairement démontré leur valeur militaire. Vainqueurs en Syrie où, malgré l’attentisme Turc, et avec l’aide des frappes américaines, ils ont repris Kobané. Vainqueurs en Turquie où, pour la première fois, ils rentrent en masse au Parlement et deviennent désormais une force politique avec laquelle Erdogan devra compter même s’il essaie par des élections anticipées et en relançant la guerre contre le PKK, de diaboliser les Kurdes et obtenir ainsi la majorité qu’il souhaite pour instaurer en Turquie un régime présidentiel.

L’Iran ensuite. C’est l’engagement des milices iraniennes sur le sol irakien qui ont sauvé Bagdad. Confrontés à la déroute de l’armée irakienne à Ramadi, capitale du gouvernorat d’Al Anbar, les américains, pragmatiques, ont compris que sans l’appui terrestre iranien ils n’arriveraient pas à vaincre Daesh.

Alors qu’il se refuse toujours à engager des troupes au sol, l’accord préliminaire sur le nucléaire iranien témoigne d’une modification de la stratégie d’Obama confronté au risque de perdre son investissement irakien [17] et de voir son allié saoudien directement menacé.

La Russie, enfin. C’est le pays qui connait le Moyen-Orient et la radicalisation islamique bien mieux que les Etats-Unis et les Européens grâce, notamment à toute génération de responsables formés par Evgueni Primakov, le Laurence Russe.

La Russie, riverain de la Caspienne est l’allié naturel de l’Iran shiite et donc du régime alaouite syrien. Sa seule base navale en méditerranée est à Tartous.

La Russie n’a jamais cru à un printemps arabe et savait comme moi que le régime Assad était solide car pour les minorités religieuses 35% de la population syrienne qui vivaient en Paix, l’arrivée au pouvoir des salafistes financés par l’Arabie Saoudite, le Qatar et aidés par la Turquie c’était l’exil ou la mort. Poutine a compris qu’un an après l’échec de la stratégie du ni ni occidental (ni Daesh ni Assad) et d’une intervention strictement aérienne c’est l’heure de la Russie.

Nous sommes donc face à 2 options stratégiques

Soit la Russie se borne à une action défensive d’aide à l’armée syrienne c’est-à-dire interdire la progression de Daesh au Sud d’une ligne Tartous Homs Palmyre et obtient une coordination des efforts de toutes les parties prenantes au moins au niveau opérationnel. Alors battre Daech est possible et demandera encore du temps car tant que les conditions politiques d’une victoire ne sont pas remplies, les frappes aériennes sont relativement inefficaces contre un ennemi totalement imbriqué dans la population.

Quelles sont donc les conditions politiques nécessaires à la mise en œuvre d’une stratégie gagnante contre Daech sont :

1) exiger de la Turquie, membre de l’OTAN, qu’elle ferme sa frontière à Daech et cesse ses frappes contre les Kurdes.
2) stopper les actions de déstabilisation du régime d’Assad jusqu’à l’éradication du califat et notamment arrêter le soutien occidental aux résidus d’Al Nostra et de l’Armée Syrienne libre.
3) faire pression auprès du gouvernement irakien pour une mise en œuvre effective du programme de réconciliation nationale [18].
4) mettre en place auprès des Peschmergas et des milices iraniennes et irakiennes des contrôleurs aériens avancés pour optimiser l’efficacité des frappes aériennes durant les offensives.
5) ne pas trop compter sur une reconstruction rapide de l’armée irakienne tant que ne seront pas votées les deux lois d’amnistie générale et de fin de la débassification.

Autre option : Poutine estime que les conditions politiques sont réunies pour lui permettre d’adopter une attitude offensive et engage des troupes au sol. Alors tout peut aller plus vite.

Affaire à suivre et essentielle pour notre sécurité car éradiquer Daesh au Moyen-Orient permettrait d’éviter l’amplification du terrorisme chez nous.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL, auteur de « Carnet de guerres et de crises 2011-2013 », Lavauzelle, Mai 2014 et de « Russie, alliance vitale », Choiseul, 2011.

[1] Tiré du tome 2 de l’ouvrage C’était de Gaulle, d’Alain Peyrefitte, paru en 1997 chez Fayard (Editions de Fallois), page 17.

[2] Cette promesse se situe au cours de l’échange qui a lieu au Kremlin le 9 février 1990 entre le secrétaire d’Etat américain, James Baker, et le dirigeant soviétique, Mikhaïl Gorbatchev. Après une large discussion sur le futur statut d’une Allemagne unifiée, Gorbatchev promet de «réfléchir à tout ça» en ajoutant: «Il est entendu, c’est clair que l’élargissement de la zone de l’OTAN est inacceptable.» Et Baker de conclure: «Nous sommes d’accord avec cela.»

[3] De Gaulle n’a jamais célébré le débarquement du 6 juin. Pourquoi? Il déclarait à Peyrefitte en 1964: « La France a été traitée comme un paillasson! Churchill m’a convoqué d’Alger à Londres, le 4 juin, il m’a fait venir dans un train où il avait établi son quartier général, comme un châtelain sonne son maître d’hôtel. Et il m’a annoncé le débarquement, sans qu’aucune unité française n’ait été prévue pour y participer. Nous nous sommes affrontés rudement. Je lui ai reproché de se mettre aux ordres de Roosevelt, au lieu de lui imposer une volonté européenne ».

[4] Le budget de Défense américain représentait en 2013 640 milliards de dollars autant que le Budget réuni des 9 pays suivants : Chine 188, Russie 88, Arabie Saoudite 67, France 61, Grande-Bretagne 58, Allemagne 49, Japon 49, Inde 48, Corée du Sud 33. Source SIPRI.

[5] En savoir plus sur « Le Monde ».

[6] Son directeur, Irfan Ljevakovic, est un ancien dirigeant de la Third World Relief Agency (TWRA), une structure «humanitaire» créée en 1987 par un Soudanais, Fatih al-Hassanain. Outre Irfan Ljevakovic, on trouve parmi les dirigeants de TWRA plusieurs compagnons de longue date de l’ancien Président Izetbegovic, comme Hasan Cengic. L’homme était durant la guerre mufti de Zagreb, un carrefour essentiel pour l’approvisionnement de la Bosnie en armes et en combattants. Après la guerre, il fut d’ailleurs durant quelques mois, ministre de l’Armement.

[7] Lire à ce sujet « Comment le Djihad est arrivé en Europe », Jürgen Elsässer, Xenia, 2006, pages 105 à 110.

[8] Sur le point précis de la possession d’armes de destruction massives par l’Irak, en au moins 532 occasions séparées (discours, briefings, interviews, conférence de presse), Bush et trois de ses proches collaborateurs Colin Powell, secrétaire d’Etat, Paul Wolfowitz, secrétaire d’Etat à la Défense et les responsables presse de la Maison Blanche Ari Fleischer et Scott McClellan ont affirmé que « l’Irak en possédait ou était en train d’essayer de les produire ou de les obtenir en liaison ou non avec Al Qaeda » False Pretenses, by Charles Lewis and Mark Reading-Smith, January 23, 2008, Center for public Integrity et du Fund for independence in journalism. http://projects.publicintegrity.org/WarCard/.

[9] Traduit de : Zbigniew Brzezinski: « Die einzige Weltmacht – Amerikas Strategie der Vorherrschaft », Fischer Taschenbuch Verlag, pp.15/16

[10] Le National Endowment for Democracy (NED) (en français, Fondation nationale pour la démocratie) est une fondation privée à but non lucratif des États-Unis dont l’objectif déclaré est le renforcement et le progrès des institutions démocratiques à travers le monde[1]. La plus grande part de ses fonds provient du département d’État des États-Unis, avec approbation du Congrès. L’ancien directeur de la CIA, William Colby, déclarait en 1982, dans le Washington Post, à propos du programme de la NED : « Il n’est pas nécessaire de faire appel à des méthodes clandestines. Nombre des programmes qui […] étaient menés en sous-main, peuvent désormais l’être au grand jour, et par voie de conséquence, sans controverse ». William I. Robinson, Promoting Polyarchy: Globalization, US Intervention, and Hegemony [archive], Cambridge university Press, 1996, 466 p., pp. 87-88.

[11] Devant la commission des AE et de la défense de l’Assemblée Nationale mars 2015,le général Gomart déclare « L’OTAN avait annoncé que les Russes allaient envahir l’Ukraine alors que, selon les renseignements de la DRM, rien ne venait étayer cette hypothèse – nous avions en effet constaté que les Russes n’avaient pas déployé de commandement ni de moyens logistiques, notamment d’hôpitaux de campagne, permettant d’envisager une invasion militaire et les unités de deuxième échelon n’avaient effectué aucun mouvement. La suite a montré que nous avions raison car, si des soldats russes ont effectivement été vus en Ukraine, il s’agissait plus d’une manœuvre destinée à faire pression sur le président ukrainien Porochenko que d’une tentative d’invasion ».

[12] Theorisk.

[13] Fort Russ.

[14] « Le Figaro ».

[15] Le major général Soleimani, 58 ans dirige depuis 1998 Al-Qods, force d’intervention extérieure (à l’image de nos forces spéciales) de l’Iran. Chef brillant tacticien et charismatique, sa force est destinée à soutenir les chiites au Moyen-Orient. C’est lui qui contribue à bâtir la branche armée du Hezbollah libanais. En 2012, il engage les forces armées d’Al-Qods dans le conflit syrien et en 2015 au Yémen.

[16] Alahed.

[17] « Globalement les américains ont dépensé davantage à ce jour en Irak depuis mars 20 que pour l’ensemble du deuxième conflit mondial » Général Vincent Desportes, La guerre probable, Economica, octobre 2009 page 12.

[18] Lire : Irak.


Analyse de la situation géopolitique, politique et militaire en Irak – Début Octobre 2015

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La fin du mois de septembre et ce début d’octobre est marqué par l’intervention militaire Russe en Syrie et les propositions de Vladimir Poutine de constituer un front uni contre Daesh. Pour ce faire, les Russes, selon des sources irakiennes, auraient commencé à déployer à Bagdad un état-major politique et militaire, car coalition ou pas, une coordination des opérations sur le terrain et dans l’espace aérien s’impose.
Alors que la situation politique en Irak reste confuse tant à Bagdad qu’à Erbil, les Etats-Unis continuent de se comporter en pays conquis et mettent en place en Irak, sans un aval formel du gouvernement et des partis irakiens, une stratégie opérationnelle identique à celle des Russes en Syrie qui elle s’appuie sur une demande formelle du gouvernement Assad.
Malgré tous les démentis, des troupes terrestres américaines venant de la Jordanie sont entrées, en septembre, dans les territoires irakiens d’Al Anbar par le poste frontière de Trébil pour former, entrainer les tribus sunnites et les équiper par un pont aérien sur l’aéroport militaire de Habbaniyya. La stratégie américaine est vraisemblablement, dans un premier temps, de concentrer leurs efforts sur le gouvernorat d’Al ANBAR pour deux raisons. Ils bénéficient de l’appui de certaines tribus sunnites avec lesquelles ils ont conservé d’étroits contacts depuis le « Surge » et ils veulent protéger leur allié saoudien qui possède 420 km de frontières avec ce gouvernorat. Il semble aussi que le premier objectif des Etats-Unis soit de libérer la ville de Ramadi, chef-lieu du gouvernorat (300 000 h mais dont 1/3 ont fui lorsque Daesh s’est emparé de la ville), plutôt que la ville de Faluja (200 000h), plus proche de Bagdad mais dont la population reste acquise à Daesh.
La situation sécuritaire est toujours très mauvaise dans 4 gouvernorats sur 18 : 4 gouvernorats totalisent 92% des attentats au mois de septembre : Nineveh (173 morts) ; Salah Dine (160) ; Al Anbar (155) et Bagdad (96). La situation est meilleure à Kikuk (44 morts) et à Diyala (8).

Situation politique

En septembre, les appels à diviser l’Irak en mini-Etats selon ses composantes communautaires ont continué de se faire entendre à l’extérieur comme à l’intérieur de l’Irak. Les partis politiques au pouvoir ont rejeté ces appels. Le Conseil Islamique Suprême, à l’unisson des partis au pouvoir, a condamné les déclarations du directeur de la Defense Intelligence Agency, le Général [1] Vincent Stewart, sur le démembrement de l’Irak, estimant « qu’elles visent le tissu national de la société irakienne et qu’elles approfondiront davantage les différends qui existent actuellement entre les différentes composantes ethniques et religieuses du pays ». De même la Coalition des Forces Irakiennes qui représente les Sunnites au parlement irakien a accusé la politique américaine d’être à l’origine des projets tendant à morceler la patrie arabe, considérant que l’évocation par de hauts responsables américains l’idée du démembrement de l’Irak et de la Syrie « n’est pas une simple hypothèse mais il s’agit plutôt d’un énième tentative pour l’imposer sous prétexte de la politique du fait accompli [2] ».

En septembre
, les manifestations qui avaient commencé dans les principales villes irakiennes en aout, ont durci le ton. Au lieu d’appeler à soutenir le premier ministre dans ses réformes, les manifestants lui demandent d’agir vite en mettant en chantier de véritables réformes ou de partir. Les irakiens sont aujourd’hui en majorité convaincus qu’Hayder Al Abadi sera incapable de mener de réelles réformes en raison du système politique des quotas communautaires et partisans qui répartit les postes clés de l’Etat, sans parler de la guerre contre Daesh et de son coût très élevé.

De son côté, le chef de la Coalition Nationale, Ayad Allawi, a appelé, dans un communiqué de presse, à changer le premier ministre et à désigner à sa place un homme capable de mener les réformes, un homme non autoritaire, rassembleur et respectueux de la concordance nationale, de la constitution et des lois en vigueur afin de sauver le pays en ne marginalisant aucune force politique.

Au Kurdistan, la fin prochaine du deuxième mandat présidentiel de Massoud Barzani, qui a déjà été prolongé de deux ans, entraine une situation de blocage entre le PDK et l’UPK. Les partisans de Massoud Barzani qui occupent des postes importants au Kurdistan et à Bagdad essaient de prolonger son mandat. Barzani a appelé à organiser des élections présidentielles directes afin de passer outre le Parlement du Kurdistan. Mais le parti Goran et les autres partis islamiques qui dominent le Parlement du Kurdistan ainsi que l’UPK [3] insistent pour régler l’affaire au Parlement du Kurdistan [4].

Ce qui est paradoxal dans cette situation c’est que les Etats-Unis l’Iran et la Turquie souhaitent le maintien de Barzani à la tête du Kurdistan afin de ne pas courir le risque d’une mise en cause de la stabilité qui y règne jusqu’à présent. Washington s’agite en coulisse pour trouver des solutions pour ses deux alliés en difficulté, Al Abadi et Barzani, afin qu’ils puissent poursuivre le combat contre Daesh.

Situation sécuritaire

Le fait marquant du mois de septembre est le renforcement des forces américaines stationnées en Irak et la mise en place d’une stratégie opérationnelle que Washington veut imposer au gouvernement irakien et à l’Iran. Cette stratégie militaire s’appuie sur les tribus sunnites, les Peshmergas kurdes et une partie des forces armées irakiennes. Ils sont, pour Washington, les clefs de la crise irakienne.

Selon ces sources, les troupes américaines essaient depuis presque un mois, de prendre en main le dossier sécuritaire d’Al Anbar, en gelant, d’abord, les opérations de l’armée irakienne, puis faisant pression pour retirer les milices chiites des environs de la ville de Ramadi, chef lieu d’Al Anbar, tout en les empêchant de s’approcher de la ville de Faluja. Parallèlement, dans les districts de Khalidyia et dans le camp de Habbaniyya, à 20 km à l’est de Ramadi, les troupes américaines équipent d’armes et de matériels les forces des tribus sunnites grâce à des avions cargos qui atterrissent tous les jours à l’aéroport militaire de Habbaniyya.

La mise en place unilatérale de cette stratégie génère des interrogations et des critiques à Bagdad. Un analyste irakien soutient que Washington utilise les hommes des tribus d’Al Anbar pour faire pression sur le gouvernement irakien pour écarter les milices chiites des opérations militaires de ratissage des territoires libérés des mains de Daesh à Al Anbar. Selon lui, les forces des Etats-Unis jouent un rôle négatif dans ce gouvernorat car elles ne participent pas directement aux combats. A cet égard, l’un des chefs des milices chiites, Karim Nourri, a déclaré que « les Etats-Unis ne sacrifieront même pas un seul soldat pour l’Irak et que leurs interventions dans les affaires intérieures de l’Irak visaient à le disloquer » ; ajoutant que « l’Organisme de Rassemblement Populaire n’a pas besoin de l’autorisation de quiconque pour poursuivre son combat contre Daesh ». De son côté, la commission Sécurité et Défense du parlement irakien a affirmé que Washington n’avait pas le droit de geler les opérations militaires de l’armée irakienne contre Daesh à Al Anbar, soulignant que les milices chiites de l’Organisme de Rassemblement Populaire continueront leurs opérations militaires contre Daesh à Al Anbar. La commission tiendra en octobre une réunion extraordinaire pour répondre à cette action unilatérale américaine. Pour sa part, la présidence du parlement irakien a exclu que les forces américaines arrêtent les opérations militaires de l’armée irakienne et des milices de l’organisation de rassemblement populaire à Al Anbar, affirmant que ces dernières continueront leurs opérations à Al Anbar. De son coté, le porte-parole de la milice chiite Bader, les forces du Rassemblement Populaire se trouveront là où se trouvera Daesh et rien ne les empêchera de l’être d’autant qu’elles sont soutenues par les grands chefs religieux chiites et par le peuple irakien, affirmant qu’il n’y a aucune raison pour qu’elles se retirent d’Al Anbar ou de tout autre gouvernorat irakien.

Dans le gouvernorat de Salah Dine, Daesh s’est à nouveau emparé de la localité de Béji après le retrait de l’armée irakienne et des milices chiites. Le gouvernement irakien a lancé, le 19 septembre, une nouvelle campagne militaire pour reprendre Béji en passant par la localité de Sinyia. Selon les informations de presse, les combattants des milices chiites seraient sur le point d’entrer dans les quartiers résidentiels des deux villes.

A Bagdad, la situation sécuritaire continue d’être détériorée. Le nombre des attentats à l’explosif et des enlèvements a augmenté, multipliant le mécontentement de la rue irakienne vis-à-vis du gouvernement irakien à cause de son incapacité à assurer la sécurité pour les citoyens irakiens. A signaler notamment deux attentats très meurtriers : le 17 septembre deux kamikazes se sont fait exploser au sein de la foule au centre de Bagdad, tuant plus de 30 personnes et blessant 120 autres. Le 20 septembre, une voiture piégée a explosé près d’un marché populaire situé au quartier d’Amni, au sud-est de Bagdad faisant des dizaines de morts et de blessés.

Au Nord et au sud du pays, il n’y avait aucun attentat à signaler en septembre.

Néanmoins, septembre avec 636 morts par attentats est moins sanglant qu’aout (760), et juin (703).

4 gouvernorats totalisent 92% des attentats au mois de septembre
: Nineveh (173 morts) ; Salah Dine (160) ; Al Anbar (155) et Bagdad (96). La situation est meilleure à Kikuk (44 morts) et à Diyala (8).

[1] Lieutenant General Vincent R. Stewart became the 20th Director of the Defense Intelligence Agency and the Commander, Joint Functional Component Command for Intelligence, Surveillance and Reconnaissance.

[2] Pour cette coalition, les Etats-Unis sont directement responsables de la détérioration de la situation dans les pays arabes, du déchirement de leurs entités, du pillage de leurs richesses naturelles et de la provocation des guerres civiles afin de dessiner une nouvelle carte pour le Moyen-Orient.

[3] Dans un communiqué de presse publié, le 10 septembre, par le bureau politique du PDK à l’occasion du 54e anniversaire de la révolution de 1961 de Mustapha Barzani a affirmé que s’il n’y avait les actuels différends politiques, le peuple du Kurdistan n’aurait jamais été aussi proche de son autodétermination et il aurait fait des pas importants vers la réalisation des aspirations du mouvement de libération du Kurdistan. Toutefois, il a annoncé qu’il était prêt à agir dans un esprit national irakien pour créer une concordance nationale et résoudre tous les problèmes politique et juridique de l’Irak et pour garder le bercail du Kurdistan unifié.

[4] Les difficultés de Massoud Barzani viennent du fait que le Kurdistan n’a pas sa propre constitution. C’est la constitution irakienne qui y est valable. Elle autorise à beaucoup de mécanismes de pouvoir kurdes qui étaient en cours avant 2005 d’être encore applicables. De ce fait les deux principaux partis politiques du Kurdistan, le PDK et l’UPK, se partagent le pouvoir et les postes importants à Erbil et Soulymanyia où se trouvent leurs fiefs respectifs.


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