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Libye: Des armes pour les insurgés ?

Malgré le soutien des avions de la coalition, les insurgés libyens peinent à lutter efficacement contre l’armée régulière du colonel Kadhafi. La Grande-Bretagne, la France, et les États-Unis ont envisagé ces dernières heures la possibilité de fournir des armes aux insurgés.

Quelles armes, et comment ? Interview du Général PINATEL, spécialiste des questions de géopolitique et ancien patron du SIRPA.

Atlantico : Faut-il envoyer des armes aux insurgés ?

Général Jean-Bernard PINATEL : Il y a deux façons d’envoyer des armes aux insurgés. Une façon clandestine, qui est le rôle des services secrets et qui l’ont fait sans qu’on le sache à plusieurs occasions dans le passé et avec des équipements qui ne proviennent pas nécessairement de nos industries d’armement mais qui ont été récupérées ou achetées à d’autres nations pour brouiller les pistes.. Ces actions clandestines n’ont aucune existence politique et diplomatique mais elles existent et sont de toute façon limitées.

Ce qui se discute au groupe de contact, c’est une aide officielle, et qui supposerait donc l’envoi officiel de conseillers militaires pour former à leur utilisation les insurgés libyens. On est dans ce cas à la limite de la résolution de l’ONU 1973, c’est-à-dire suivant l’interprétation et les modalités on peut être dedans ou dehors.

Si les massacres de population continuent, armer les insurgés, peut être considéré, par certains membres de la coalition, comme une action destinée à protéger les populations civiles, et par d’autres, non.

Cela demandera un certain consensus au sein de la coalition.

Si on choisit l’option d’envoyer officiellement des armes, il ne serait pas politiquement acceptable par les pays arabes et même par la majorité des insurgés de voir des soldats occidentaux les former et les conseiller sur le sol libyen.

L’option ouverte, d’envoi d’armes, suppose un accord de la majorité des membres de la coalition, et des membres du conseil de sécurité. Mais dans tous les cas, il ne faut pas que les conseillers qui accompagneront les armes soient des européens.

Dans le passé lorsque nous avons vendu des armes dans les pays du Golfe c’étaient des conseillers militaires pakistanais qui avaient été utilisés comme formateurs.

Dans l’histoire de l’humanité, des insurgés, fermiers, ouvriers, étudiants ont affronté avec succès des armées régulières…

Tout dépend du terrain. Sur un terrain désertique, des gens peu armés face à des chars ne peuvent rien faire. Dans une ville, avec des lance-roquettes on peut tenir tête à une armée régulière. C’est très difficile pour des militaires d’active qui ont servi dans l’armée régulière d’obtenir une légitimité auprès des insurgés. Ils devront d’abord faire leurs preuves et les insurgés devront subir des revers pour comprendre la nécessité d’accepter de s’organiser et d’être commandés. Aujourd’hui encore l’enthousiasme l’emporte sur la raison. Cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas courageux !

En combien de temps devient-on un combattant ?

Quand vous êtes motivé, et au fur et à mesure des accrochages, l’usage des armes individuelles ou collectives, c’est 8 à 15 jours, car le combat vous apprend beaucoup de choses très vite. Le problème, c’est les officiers et l’encadrement. Le combattant de base après 2 ou 3 accrochages peut apprendre l’essentiel, en revanche des officiers et des sous – officiers ne se forment pas en deux jours, et puis il y a aussi ce problème de légitimité des ralliés.

Le problème des insurgés c’est de ne pas avoir d’organisation. Il faudra que les officiers et sous officiers ralliés acquièrent une légitimité et s’imposent au combat face à ces jeunes insurgés. Il faudra quelques aller-retour, quelques embuscades, probablement des morts et des revers pour que des chefs s’imposent. Cela prendra un peu de temps, cela ne se fera pas en trois jours.

Jean-Baptiste GIRAUD

Source : Libye comment fournir en armes les insurgés en Libye pour lutter contre Kadhafi


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