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L’instinct du signal faible

A 67 ans, Jean-Bernard PINATEL est depuis peu président de la FÉPIE, la Fédération des Professionnels de l’Intelligence Économique, qui indique désormais sous son sigle : Fédération Française de l’Intelligence Économique.

Une fonction à laquelle il n’est pas arrivé par hasard mais qui est bien plutôt la suite logique d’un parcours professionnel et d’une histoire personnelle complexe, faite de hautes responsabilités et de rebondissements.

TRAJECTOIRES

L'instinct du signal faible

Classé dans les premiers à sa sortie de Saint-Cyr en 1960, Jean-Bernard PINATEL devient chef de section au 1er régiment de chasseurs parachutistes. Une troupe d’élite qu’il retrouvera en 1980 quand il deviendra directeur du Bureau Emploi, Plan, Renseignement de la 11ème division parachutiste à Toulouse. Le risque, ça le connaît mais le risque calculé, mesuré et si possible anticipé. Car en bon adepte de Sun Tzu, Jean-Bernard PINATEL sait que le grand stratège est celui qui arrive à vaincre sans combattre. Très tôt, il se tourne ainsi vers la gestion de crise. En 1975, il participe à la création du Groupe Permanent d’Évaluations de Situations (GPES). Ce petit organisme, créé à la demande du Président de la République, avait pour mission d’évaluer les crises et de proposer au chef des Armées des options stratégiques.

A l’époque déjà, devant fournir tous les matins au chef de l’État une synthèse (4 à 5 crises en même temps), la petite équipe s’est retrouvée devant le problème de la gestion d’un trop plein d’informations ! Chaque jour arrivaient des tonnes de papiers (notes des services de renseignement, dépêches AFP, télex diplomatiques). En moyenne, c’étaient près de 100 documents par jour qui devaient être traités. La conscience de la nécessité d’outils est déjà fort présente… mais pas la technologie.

L’avenir est à ceux qui sont capables de penser simultanément les sphères militaires et civiles

En 1976, Jean-Bernard PINATEL publie deux ouvrages : « L’économie des forces » (Fondation des Études de Défense) et « La guerre civile mondiale » (Calmann-Lévy). La guerre est-elle simplement la continuation de la politique par d’autres moyens comme l’indiquait Clausewitz ? Dans un contexte de guerre froide, les concepts s’imbriquent et les frontières se brouillent. L’avenir est donc à ceux qui sont capables de penser simultanément les sphères militaires et civiles.

Ainsi, profitant du formidable management des ressources humaines dont est capable l’armée française (7 ans de formation continue sur 31 ans d’armée !), notre jeune officier passe de la physique nucléaire aux sciences politiques.

Un nouveau défi : le SIRPA

De 1982 à 1984, Jean-Bernard PINATEL est chef de corps du 42ème régiment d’infanterie à Offenburg dans les forces françaises stationnées en République Fédérale d’Allemagne. Après avoir été auditeur au Centre des études militaires et à l’IHEDN, il prend en 1985 la direction prestigieuse du SIRPA, le Service d’Information et des Relations Publiques des Armées. En pleine vague d’attentats dont on a parfois du mal à connaître la véritable origine, le Ministre de la Défense de l’époque lui demande de créer un observatoire de la désinformation.

Abonné à toutes les agences de presse possibles et nécessaires, l’observatoire recueille près de 6000 documents par jour ! La masse, toujours la masse ! Bien que disposant encore de moyens informatiques limités, l’équipe met au point un petit programme qui permet de traiter de gros volumes pour remonter à la source première de l’information.

Une vie après l’armée

En 1989, celui qui est devenu Général à 48 ans (le plus jeune de sa promo) va pourtant quitter l’armée ! Pour des raisons personnelles dramatiques, il doit désormais s’occuper seul de ses 3 enfants, ce que ne lui permet évidemment pas le métier des armes et ses nécessaires missions sur des théâtres d’opérations extérieurs.

Il entre alors chez Bull comme Directeur de la communication pour en devenir rapidement le Délégué général. Il assiste (enfin !) au boom de l’informatique et à l’arrivée de logiciels conviviaux.

En 1994, il crée la société Startem (initialement Communication Management Consulting) dont le produit phare est une revue de presse pour les PME de la Défense.

D’ailleurs, contrairement à de nombreux militaires qui ont recyclé leurs savoirs et savoir-faire dans le monde de l’entreprise, Jean-Bernard PINATEL estime que l’on n’est pas en guerre économique. Un terme qu’il exècre et contre lequel il s’est engagé intellectuellement, estimant qu’il est en général utilisé par des gens qui n’ont jamais fait la guerre et connaissent mal l’économie.

En 1992, alors que le Japon est montré du doigt tant aux États-Unis (« Japan bashing ») qu’en France, il publie « Les ombres japonaises » (Plon). Bull ayant un accord de partenariat avec NEC, le leader de l’informatique japonaise, Jean-Bernard PINATEL s’y rend souvent. Et comme il l’avait fait 15 ans plus tôt pour l’union soviétique, il va à l’encontre des idées reçues : « le Japon est un rouleau compresseur qui a des problèmes de carburation ».

Avec son instinct du signal faible et une véritable passion pour la prospective (il a travaillé avec Henri Laborit et Hugues Jouvenel de Futuribles), il propose une grille explicative des évènements et des scénarios pour préparer le futur. Un livre d’intelligence économique en somme !

Nicolas MOINET

Source : Portrait - Jean-Bernard PINATEL