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MALI

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Au Nord Mali, les forces françaises sont confrontées à des groupes islamistes dans un contexte politique où la France et le Président Ibrahim Boubacar Keïta sont soumis à la surenchère verbale des tenants d’une solution de force au Nord Mali.

Les accrochages qui ont lieu au Mali doivent être replacés dans leur contexte géopolitique et stratégique. Aucun responsable militaire français n’a jamais imaginé que l’action militaire française mettrait fin à la violence qui sévit au Nord Mali. En effet, les théoriciens militaires ont toujours distingué 4 phases dans une insurrection :

Phase 1 : la subversion avec des actions individuelles ou de petits groupes;

Phase 2 : la constitution de bandes armées (katibas) capables de mener des actions contre les forces armées ou des objectifs choisis et de les tenir quelques temps;

Phase 3 : la constitution d’un sanctuaire inviolable dans le pays où la rébellion installe son administration, ses camps d’entrainement, sa logistique;

Phase 4 : Le soulèvement général et la prise de la capitale.

La France est intervenue au moment de l’enclenchement de la 4ème phase par AQMI et le MUJAO. L’action militaire française a permis de renvoyer la rébellion islamique au niveau de la phase 1. Mais elle n’a pas éradiquée les causes de la rébellion qui sont de nature culturelle, religieuse et politique.

En effet, au Sahel, l’opposition a existé de tous temps entre les peuples nomades du Nord qui sont des guerriers et les populations sédentaires du Sud qui n’ont pas ces valeurs militaires dans leur culture. A cela s’est greffée l’islamisation des peuples du Nord avec les dérives extrémistes contemporaines propres à cette religion. La colonisation française a créé, par l’école, des élites intellectuelles dans les populations noires du Sud mais elle a eu peu de prise sur les peuples nomades qui sont restés, à de rares exceptions [1], repliés sur leur culture traditionnelle. A la décolonisation, le pouvoir politique et administratif est revenu naturellement aux lettrés alors que la force militaire, sur leur terrain, était toujours aux mains des nomades qui n’ont jamais accepté d’être administrés dans leurs régions par d’autres que par eux-mêmes. Toutes les crises au Tchad dans lesquelles la France a été impliquée depuis 1969 ont été fondées sur les mêmes causes. La stabilité du Tchad n’existe que depuis qu’un chef militaire issu du Nord, Idriss Deby, a pris le pouvoir à N’Djamena.

Tant que Bamako n’aura pas accepté que, dans le cadre de l’unité du Mali, les régions quasi désertiques allant de la frontière algérienne jusqu’au fleuve Niger disposent d’une autonomie administrative du même type que celle que Madrid a fini par consentir au peuple Basque, les islamistes disposeront d’un terreau favorable et le Nord Mali ne connaitra pas la Paix.

En effet, l’élection présidentielle n’a pas fait taire les surenchères politiques concernant la mise au pas du Nord [2]. Cela fait penser que cette solution de bon sens aura bien du mal à s’imposer et que le niveau de violence que l’on observe actuellement au Nord se maintiendra quelle que soit la montée en puissance de l’armée malienne.

La présence militaire française réduite permettra de maintenir entre les stades 1 et 2 la rébellion du Nord Mali attisée par les brigades islamiques revendiquant leur appartenance à la mouvance d’Al-Qaïda et de protéger le développement des sites miniers qui fourniront au gouvernement les moyens de financer sa sécurité et un certain développement économique.

Mais il ne faut pas espérer obtenir plus que cela tant qu’une solution politique ne sera pas trouvée avec les leaders du Nord.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Je pense à mon ami Mano Dayak, issu d’une tribu des ifoghas, disparu tragiquement dans un accident d’avion en décembre 1995. Mano m’avait raconté comment il a avait été obligé de suivre, à 10 ans, les cours de l’école française nomade qui lui avait fait, petit à petit, prendre gout aux études.

[2] Gao : des manifestants réclament le départ du gouverneur, des directeurs de la gendarmerie, police, santé et le DG de l’hôpital et mettent en garde la France.


La France a-t-elle accompli sa mission au Mali ?

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François Hollande a déclaré vendredi dernier que la France retirerait ses troupes au Mali « en fonction de la situation du pays », restant évasif sur les échéances, le temps que les troupes africaines de la Mission internationale de soutien au Mali prennent le relais.

Atlantico : François Hollande a déclaré ce vendredi, que le retrait des troupes françaises au Mali se fera en fonction de la situation du pays, où le terrorisme ne doit pas revenir. Trois mois après le début de l’intervention au Mali (11 janvier dernier), peut-on considérer que la France a accompli sa mission ? (sur le plan de la lutte contre le terrorisme, sur le plan de la reconstruction du pays…)

Jean-Bernard Pinatel : Quel était la mission de la France ? Il n’y a jamais eu autre mission de la France que celle très évolutive que le chef de l’État s’est donnée à lui-même et à nos forces armées. En effet, il n’y a jamais eu aucune mission donnée explicitement à la France au Mali par la communauté internationale. La résolution de l’ONU 2085 autorise le déploiement pour un an d’une mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (Misma). La seule référence implicite à la France est qu’il est admis que l’Union européenne participe à ce processus. Plus anecdotiques mais inadaptées à la situation étaient les conditions à remplir par la Misma « avant le lancement de l’offensive dans le nord du pays ». A partir du moment où on se définit soi-même et de façon évolutive sa mission comment ne pourrait-elle pas être remplie ?

Rappelons les faits. La résolution 2085, prise le 20 décembre 2012, alors que depuis six mois la situation semblait figée au Nord Mali s’est trouvée complètement dépassée par la réalité du terrain. En effet, le 10 janvier, après des combats qui ont duré près de 24 heures et qui ont fait de nombreuses victimes dans les rangs de l’armée malienne, les rebelles se sont emparés de la localité de Kona située à 60km au Nord de la ville de Mopti, 3e ville du pays, qui, avec 120 000 habitants, est quatre fois plus peuplée que Gao, la capitale du Nord Mali. Par sa présence à Kona, la rébellion menaçait ainsi directement Mopti et son aéroport international et indirectement Bamako qui ne se trouvait plus qu’à 600km de route et où vivent plus de 5000 français. Cette action des rebelles a marqué un tournant dans la crise malienne. Pour la première fois la rébellion engageait une action de conquête au sud de l’Azawad, le territoire revendiqué par le MNLA et Ansar Dine.

Le 11 janvier lors de ses vœux au corps diplomatique le chef de l’État déclarait. « Nous sommes face à une agression caractérisée. La France répondra à la demande des autorités maliennes. Elle sera prête à arrêter l’offensive des terroristes si elle venait à se poursuivre Elle le fera strictement dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité. »

Quinze jours plus tard, Gao le 24 et Tombouctou le 27 sont libérés sans que dans aucune déclaration le chef de l’État n’ait souligné ce passage d’une mission défensive à cette mission offensive. Bien plus, le 2 février à Tombouctou le chef de l’État déclarait : « le combat n’est pas terminé, nous serons aux cotés des Maliens plus au nord. »

Le 21 mars au dîner du CRIF le président de la République déclarait que la souveraineté serait rétablie sur « la quasi-totalité » du territoire malien dans « quelques jours ». « Notre intervention a permis d’obtenir en deux mois des résultats importants : l’offensive des groupes terroristes a été arrêtée (et) les villes reconquises », a-t-il souligné.

On peut donc clairement affirmer que ce sont les succès de nos forces sur le terrain, qui ont fait évoluer au jour le jour la vision du chef de l’Etat sur les objectifs militaires de l’intervention française d’autant plus que l’opinion publique y était favorable et que l’Union européenne et les États-Unis soutenaient l’engagement de la France au Sahel.

Les capacités des troupes de la Misma ainsi que celles de l’armée malienne, sont mises en doute pour prendre la suite de l’armée française. Qu’en est- il ? Quel sera le travail des militaires qui vont rester sur place ?

Les frappes aériennes et le ratissage conduits par les forces françaises et tchadiennes dans le massif des Ifoghas ont détruit la logistique et ont amenuisé considérablement le potentiel militaire des groupes terroristes, en particulier celui d’Ansar Dine, qui avait fait de ce massif sa base stratégique au Mali. Cela n’a pas, pour autant, éradiqué le potentiel militaire d’AQMI et du Mujao au Sahel. Même affaibli, AQMI dispose d’autres bases comme probablement dans le massif de l’Aïr à l’ouest d’Arlit qui est encore plus impénétrable que les Ifoghas et qui est la route traditionnelle vers le Nord Tchad et le Sud Libye.

Sachant que la France laissera au Mali une force d’intervention substantielle, environ 1000 hommes, il est probable qu’AQMI voudra nous porter des coups ailleurs et je pense au Niger, à Arlit dont dépend une grande partie de notre approvisionnement en uranium. Quant au Mujao, il dispose encore de forces en Mauritanie, près de la frontière malienne, d’où sont originaires ses chefs, région à partir de laquelle il peut conduire des actions «  »coup de poing » contre les villes de la boucle du Niger et en particulier les aérodromes qui sont cruciaux durant la saison des pluies (mars à octobre).

Les forces françaises auront donc une mission de forces d’intervention en appui des forces de la MISMA dont le rôle pour leur grande majorité sera davantage d’occuper le terrain, de défendre les villes que de mener des opérations offensives pour détruire les cellules terroristes encore présentes dans le pays.

De façon hypothétique, quels seraient les éléments qui forceraient la France à prolonger son intervention au Mali ?

La stabilisation à moyen terme du Mali ne peut venir que de la capacité des nouvelles autorités politiques maliennes qui sortiront des urnes à maintenir les militaires hors du champ politique et à mener avec succès une négociation avec les Touaregs et les Arabes du Nord Mali.

C’est le rôle dans l’ombre que devra jouer notre nouvel ambassadeur Gilles Huberson, rôle particulièrement délicat pour ne pas être accusé de néocolonialisme mais crucial si la France ne veut pas être conduite à maintenir en permanence des forces dans ce pays.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

Autres sources : ATLANTICO


Aqmi revendique l’exécution d’un otage français : pourquoi cela n’impactera pas les opérations en cours au Mali

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Aqmi affirme avoir exécuté le géopolitologue Philippe Verdon, capturé au Sahel en novembre 2011. Que cette information soit confirmée ou non, elle pose la question du sort des otages français retenus par les djihadistes alors que l’intervention au Nord-Mali se poursuit.

Atlantico : Aqmi a annoncé dans la nuit via un communiqué qu’un des otages français avait été tué récemment en représailles de l’intervention au Mali. L’exécution, si elle est avérée, peut-elle impacter la suite des opérations en cours ?

Jean-Bernard Pinatel : Il ne faut pas commencer à brasser du vent à partir d’une information qui n’est pas vérifiée.

Sur un plan plus général, la présence d’otages ne peut impacter en rien la stratégie opérationnelle de l’Armée française et la conduite des opérations. Je note d’ailleurs que malgré un ratissage systématique du massif des Ifoghas, aucune présence d’otage n’a été signalée.

Pourquoi ? Parce que les otages sont un bien trop précieux pour tous les laisser dans la zone de combat. Ils ont été probablement évacués, en tout ou partie, vers le Nord Niger. En effet, à partir du moment où les Algériens ont bouclé la frontière Nord, le massif de l’Aïr à l’Ouest d’Arlit peut être une bonne zone refuge. Il est encore plus impénétrable que les Ifoghas et culmine avec le mont Bagzane à plus de 2000 mètres d’altitude et c’est la route traditionnelle des chameliers vers le Nord Tchad ou le Sud Libye et à terme l’Egypte et le Moyen-Orient.

A terme, cette exécution représenterait-elle plutôt un mauvais calcul pour les djihadistes ?

Il ne faut pas voir AQMI composé uniquement de « jusqueboutistes ». Certes il y a nombre de fanatiques religieux dans ses rangs mais aussi des spécialistes des enlèvements et des négociations pour les libérer comme Mokhtar Belmokhtar, des trafiquants. Plus AQMI est affaibli, plus les « jusqueboutistes » sont obligés de tenir compte des intérêts et des opinions des autres.

En 1977 la France intervient en Mauritanie contre le Polisario qui détient 8 otages français enlevés à la mine de fer de Zouerate en Mai et en Octobre 1977. En moins de trois mois les Jaguars de l’armée de l’Air française guidés par les Breguet Atlantic de la Marine causent des pertes énormes aux colonnes du Polisario qui s’attaquaient au chemin de fer transportant le minerai de Zouerate à Nouadhibou. Le Président Boumediene [1], qui voit sa stratégie saharienne mise à mal par l’intervention française, les fait conduire de Tindouf où ils sont détenus à Alger et les libère à Noël 1977.

Un scénario de ce type peut-il se reproduire ?

Rien n’est impossible dans ce Sahel où les influences les plus diverses s’entrecroisent. Il suffirait qu’un des sponsors d’AQMI décide de jouer le même rôle de libérateur…

Peut-on dire que cette annonce révèle une certaine fébrilité d’AQMI au Sahel ?

Rien ne dit aujourd’hui que cette information soit vraie. Et même si un otage venait à décéder rien ne dit que c’est parce qu’il a été exécuté.

Source : ATLANTICO

[1] Il fut le deuxième président de la République algérienne démocratique et populaire du 19 juin 1965 au 27 décembre 1978.


Mali : que peut-on montrer de la guerre ?

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De la pénurie d’images du Mali à la mise en garde d’Envoyé spécial par le CSA : que peut-on montrer de la guerre ?

Propos recueillis par Ann-Laure Bourgeois

Le patron de l’information de France Télévisions, Thierry Thuillier, a protesté contre la mise en garde du CSA à la suite de la diffusion, le 7 février, du magazine Envoyé spécial consacré aux exactions commises au Mali et s’est demandé « qui décide de ce qu’on peut montrer d’une guerre ».

Atlantico : Au Mali, certains journalistes se plaignent de voir leur accès restreint à certains endroits, comme sur les bases aériennes. Selon Laurent Gervereau interrogé par Le Monde, « cette mise à distance des médias existe depuis la guerre du Golfe pour des raisons de propagande ». A quoi peut servir de montrer les images du front ? Existe-t-il une réelle nécessité de les diffuser ?

Jean-Marie Charon : Prétendre que le contrôle de l’information et tout particulièrement des images par les armées serait un phénomène récent est faire preuve d’une sérieuse cécité historique. Depuis que la presse existe les militaires redoutent la transparence, et tout particulièrement les français qui ont en mémoire la défaite de Sedan durant la guerre de 70, où l’armée prussienne aurait été aidée par les informations fournies par la presse française. Cette même armée française sera la dernière à accepter la présence de journalistes dans les tranchées lors de la 1ère guerre mondiale en 1917 !

Plus récemment, l’armée américaine reste convaincue d’avoir perdu la guerre du Vietnam à cause des médias, singulièrement de la télévision. Elle refusera la présence de tout journaliste lors de l’intervention à la Grenade, tout comme les britanniques cantonneront les journalistes sur un bateau à distance lors de la guerre des Malouines. En fait, la guerre du Golfe, puis celle d’Irak marqueront un infléchissement visant à accepter la présence des journalistes, mais « embedded », embarqués. Sinon, il faut se souvenir du tir sur l’hôtel Palestine, à Bagdad, où se trouvait précisément les journalistes de médias ayant refusé ce mode de traitement des combats.

Pourquoi cette frilosité des armées, y compris dans les pays démocratiques, à l’égard d’une transparence dans le traitement des combats ? Les arguments restent toujours les mêmes. Au premier rang de ceux-ci figure l’obligation de protéger ses propres troupes en ne révélant rien qui puisse aider l’adversaire.

En second lieu, il s’agit également de maintenir le moral de l’opinion dans le pays, y compris parmi les proches, les familles des combattants, qui seraient traumatisés par les images de soldats tués, mutilés, etc. En troisième lieu il y aussi la ressource de pouvoir y compris intoxiquer l’adversaire, comme en 1991 où des images d’entrainement au débarquement étaient sensées tromper Saddam Hussein alors que l’offensive effective allait être terrestre et aucunement maritime. Il ne faut pas non plus sous-estimer la bonne vieille propagande visant à motiver l’opinion, doper le moral de l’arrière disait-on jadis.

Alain Marsaud : La guerre est une réalité colportée par l’ensemble des médias radio, télé et autres. Nos compatriotes ont connaissance de l’engagement de nos forces armées en tel ou tel points des territoires. On peut imaginer à revenir à la situation de la 1ère guerre mondiale où les Etats-majors mentaient y compris au Gouvernement, l’autorité militaire s’appropriant le droit de transformer la vérité à l’égard des citoyens permettant ainsi toute manipulation. On assistait donc, en temps de guerre, à un transfert de pouvoir de l’autorité politique au profit de l’autorité militaire. La question qui se pose donc : « doit-on tout dire pour échapper au mensonge » ?

A un moment où les jeux vidéo sont d’une extrême cruauté donnant à nos enfants la capacité d’être eux-mêmes acteurs des pires excès, certains prétendent vouloir nous priver du droit à l’image. Notre société devrait être responsable de tout le déroulement des événements du monde en matière économique, sociale, politique mais devrait s’imposer un bandeau lorsqu’il s’agit d’acte de guerre.

Cela est peut-être et même vraisemblablement un recul de la démocratie. Par le vote et le suffrage universel, le peuple s’engage sur les moyens de fonctionnement des institutions militaires d’une part, mais aussi de leur engagement. Allons jusqu’au bout, il doit savoir que les budgets, et notamment de la défense, entraînent violence, horreur, meurtre planifié… C’est vrai que cela est difficile après, de vendre des images balnéaires du « club méditerranée » dans ces régions.

Jean-Bernard Pinatel : Oui, montrer les images de la guerre est une nécessité absolue car en démocratie, il n’est de légitimité que reconnue par l’opinion publique. Lorsque je dirigeais de 1985 à 1989 le SIRPA et aujourd’hui DICOD, j’ai toujours défendu que nous ne pourrions gagner « la guerre sur le terrain » que si nous gagnions aussi la « guerre des images ». Car, dans la guerre asymétrique à laquelle nous sommes confrontés, nos adversaires sont des spécialistes de la manipulation de l’opinion. Cette politique a été soutenue par 4 ministres successifs Charles Hernu, Paul Quilès, André Giraud et Jean-Pierre Chevènement parfois même contre la hiérarchie militaire.

Qui doit en décider ? Sur quel(s) élément(s) doivent se baser le choix de montrer des images, ou non ?

Jean-Marie Charon : Journalistes, militaires et pouvoirs politiques ne sauraient avoir la même approche de la question de ce qui peut être montré et il y aura toujours débat et tension sur le sujet. Le principe en démocratie serait que cette décision revienne en dernier ressort aux hiérarchies rédactionnelles, à qui il revient de peser ce qui est supportable du point de vue de l’éthique, de la sensibilité du public et de ce qui doit malgré tout être dit ou montré pour ne pas laisser s’imposer une représentation faussée de la réalité, y compris avec des considérations propagandistes de la part des autorités.

Alain Marsaud : A l’exemple de ce que l’on a vu en Algérie, à la suite de la prise d’otages où les images montrées en boucle par nos médias consistées à regarder des alignements de chars d’assauts couverts de bâches. J’aurais préféré que CNN soit sur les lieux, quitte à interviewer quelques djihadistes en mal d’exhibitions. Il appartient aux médias de se débrouiller pour être en pointe sans solliciter les autorisations, mais cela a donné parfois l’occasion à ceux-ci de transformer la vérité dans le but d’orienter l’opinion publique. Je préfère les images de CNN ou de BBC NEWS à celles des autorités Moyen-orientales ou Maghrébines.

Jean-Bernard Pinatel : Il faut permettre à des journalistes d’accompagner nos forces à la seule condition qu’ils ne mettent pas en danger nos soldats par leurs reportages et donc qu’ils respectent certains embargos. Par exemple pour l’Armée de l’Air, ils ne doivent pas rendre compte du décollage de nos avions pour une mission de bombardement jusqu’à ce que ces derniers soient rentrés sain et sauf à leur base. Il ne faut pas non plus montrer l’ensemble de notre dispositif à un endroit précis ou ne pas faire des zooms sur les antennes de nos moyens de détection électroniques, etc.

C’est pour cela qu’il faut des journalistes accrédités Défense, c’est-à-dire des journalistes spécialisés ayant acquis une formation de base sur les questions militaires, pour qu’ils soient en mesure de réaliser eux-mêmes cette autolimitation nécessaire à la sécurité de nos forces. C’est la seule contrainte que doivent accepter les rédacteurs-en-chef : avoir dans leur rédaction suffisamment de journalistes accrédités s’ils veulent être autorisés à couvrir les opérations militaires. »

Le nouveau visage de la guerre, qui s’exerce à travers des prises d’otages, les opérations par les services de renseignement,… oblige-t-il à restreindre la diffusion de certaines informations, comme on aurait pu le faire pour l’otage Denis Allex, dont le corps exhibé à la télévision s’est révélé ne pas être le sien ?

Jean-Marie Charon : Le terrorisme s’est toujours nourri de son accès aux médias. Il n’a pas d’efficacité militaire dans l’absolu, ses capacités offensives étant toujours limitées sur le plan militaire. L’impact des actes terroristes est totalement proportionnel à la capacité à impressionner l’opinion. D’où la tentation des autorités à contrôler, voire empêcher de montrer. Ce qui devient un leurre face à la circulation des images sur les réseaux.

Alain Marsaud : La mort en direct, cela existe et doit peut-être être montré pour responsabiliser ceux qui le décident. Il n’est pas nécessaire pour autant de montrer les visages et de faire partager la souffrance.

Jean-Bernard Pinatel : La prise d’otage n’a rien avoir avec la guerre. En guerre on fait des prisonniers et c’est régit par la convention de Genève.

Le règne de l’Internet dans le monde des médias change-t-il la donne ? Pousse-t-il les pouvoirs publics à davantage de vigilance ?

Jean-Marie Charon : Internet modifie complètement la donne en matière d’information de guerre ou de situation de crise aigües, comme l’ont montré les révolutions arabes ou encore la guerre civile syrienne. Il est vain désormais de prétendre cacher les morts, les destructions, les actions de violence, puisque celles-ci circulent sur les réseaux sociaux, soit parce que l’un des protagonistes au conflit le souhaite, soit parce qu’un simple témoin entend faire savoir l’horreur d’une situation. C’est toute la relation des armées face aux médias qui se repense au travers de cet état de fait inusité.

Alain Marsaud : La photographie par Smartphone permet à chacun de se transformer en titulaire du prix Pulitzer. Il n’existe plus de sanctuaire à l’abri d’une transmission, il faut s’y faire, quoi qu’il en soit on n’y peut rien même si tel ou tel pouvoir peut en rêver. Même chez la Syrie d’Assad, les photos sont volées et transmises, peut-être seront-elles un jour en provenance des salles de tortures.

Jean-Bernard Pinatel : Oui car toute information ou message est capté immédiatement et mondialement y compris par l’adversaire. Les militaires ont l’habitude de tourner 7 fois leur langue dans la bouche avant de parler. C’est aux hommes politiques de faire preuve de vigilance et de ne pas faire des déclarations contraires aux buts politiques, stratégiques ou militaires qu’ils poursuivent. Ainsi lorsque le 9 octobre 2012 à l’ONU, François Hollande déclare que le soutien de la France au Mali sera « logistique », « politique » et « matériel », il envoie le message implicite aux rebelles et aux djihadistes: vous pouvez attaquer le Sud Mali, vous ne risquez pas une intervention militaire de la France.

Entre la méthode algérienne qui consiste à ne laisser filtrer aucune information, et la transparence totale, où faut-il placer le curseur ?

Jean-Marie Charon : Il n’y a pas dans l’absolu de principe simple quant à la transparence ou au filtrage des images. Une chose est certaine la « méthode algérienne », et de beaucoup d’autres pays de par le monde, ne saurait convenir à la démocratie.

Alain Marsaud : C’est un problème de souveraineté, certains pays ont choisis l’opacité la plus totale d’autres l’ouverture à l’extrême. En général, les premières appartiennent à la catégorie des dictatures, les secondes sont parfois des démocraties imprudentes, cela relève du choix des gouvernements d’une part mais aussi de la capacité des voleurs d’images d’autre part. Voilà où est le curseur.

Source : Atlantico


Opération Serval : les forces françaises et tchadiennes s’emparent de Tessalit

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Dans la nuit du 07 au 08 février 2013, une opération aéroterrestre a été menée dans la zone de Tessalit, au nord du Mali

Des éléments français des forces spéciales ont été parachutés sur l’aéroport de Tessalit afin de sécuriser la piste. Un poser d’assaut est venu renforcer les premiers éléments qui se sont infiltrés en vue de sécuriser l’aéroport. Les renforts d’une cinquantaine de soldats du 1er RCP, initialement basés sur Kidal, ont été acheminés par l’escadron de transport des forces spéciales afin de renforcer ce dispositif et de permettre aux forces spéciales de lancer des patrouilles en vue de s’assurer du contrôle de la ville.

Parallèlement, le SGTIA blindé du 1er RIMA, a réalisé un raid blindé de plus de 500 kilomètres à partir de Gao afin de rejoindre dans la matinée du 08 les éléments français dans la zone de Tessalit. De leurs côtés, les éléments des forces armées tchadiennes sont partis de Kidal dans la journée du 07 février afin de rallier ce dispositif. Sur la vidéo on remarquera deux canons Caesar déployés sur zone.

Cette opération, menée en toute discrétion a été exécutée avec l’appui d’hélicoptères et d’appareils de l’armée de l’air qui ont réalisé pour cette seule nuit plus d’une trentaine de sorties dont une douzaine dédiée aux frappes afin de sécuriser la zone.

Source : EMA

Droits : Ministère de la Défense


Le coût de la guerre au Mali

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Analyse citée en référence par : www.20minutes.fr

D’abord une remarque : il est préférable de parler de « surcoût ». En effet, même en dehors de tout engagement, les forces armées existent, les militaires sont payés, s’entrainent, les matériels sont entretenus.

Néanmoins, une opération extérieure entraine des surcouts. Dans la guerre au Mali, les militaires qui n’étaient pas pré-positionnés en Afrique coûteront plus cher (soldes Opex). Mais les dépenses les plus importantes sont liées au coût de transport des hommes et des matériels et des munitions aériennes. Il a fallu d’urgence louer des avions de transport. De plus, les munitions aériennes coutent très cher. L’armée de l’air utilise des bombes américaines GU12 guidées par laser qui valent à l’unité environ 10 000 dollars; le missile AASM de Sagem, dont la précision est métrique, coûte environ 350 000€. Il est utilisé quand on doit tirer à proximité de civils, notamment en ville, pour limiter les risques collatéraux.

Le surcout fourni par le ministre de la Défense est de 2,7 millions d’euros par jour, en moyenne. On peut donc penser que SERVAL a entraîné un surcoût après un mois d’opérations de 80 millions d’euros. Il faut toutefois souligner que ce montant ne comprend pas l’usure supplémentaire induite sur les matériels qui devra être prise en compte dans la révision de la programmation militaire. Cela devrait se traduire logiquement par l’accélération du remplacement de certains matériels et donc des dépenses d’équipement supplémentaires.

Ce coût est-il supportable dans le cadre du budget actuel ?

Le budget 2013 a prévu une provision de 630 millions d’euros pour les opérations extérieures. Une partie de ce budget est déjà hypothéquée par les forces qui sont encore déployées en Afghanistan. Il est clair que si notre intervention au Mali se prolongeait au-delà de mars avec le même volume de force, cette enveloppe demanderait à être abondée lors du collectif budgétaire d’octobre ou accélérer encore plus le retrait de nos troupes du théâtre afghan.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

Autres sources : Économie Matin


Mali – retrait du contingent français : Est-ce réaliste ?

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Laurent Fabius a annoncé que le retrait des forces françaises débuterait en Mars. Est-ce réaliste ? N’y-a t-il pas des risques d’exactions et de vengeance sur les populations touaregs si les Français se retirent ?

Quelle est la situation actuelle ?

Toutes les grandes villes du Nord ont été libérées par une offensive éclair de l’armée française, accompagnée par quelques dizaines de soldats maliens. Il convient de souligner d’abord la réactivité et la virtuosité avec laquelle l’armée française a été capable, en trois semaines dans un premier temps, de stopper l’offensive des terroristes vers le Sud à hauteur de Konna, puis d’acheminer sur le terrain 3 500 hommes et, enfin, de lancer une offensive sur plus de 1 000 km qui a permis de chasser les terroristes et les forces rebelles de toutes les grandes villes du Nord-Mali.

Il faut également rappeler que, même si la presse a été privée d’image, cette offensive aura probablement couté aux forces adverses des pertes de plusieurs centaines d’hommes, un imposant matériel et la destruction de centres logistiques importants.

Cette intervention en première ligne des forces françaises, dont je n’avais cessé de dire qu’elle était indispensable, a permis l’accélération de la mobilisation des forces de la CEDEAO et surtout la décision du Tchad d’envoyer 2 200 soldats aguerris au Mali. Ce contingent africain permettra de sécuriser les grandes villes du Mali et la reconstruction de l’armée malienne qui bénéficiera d’une aide en instructeurs, en matériels et en argent de la Communauté européenne [1].

Que reste-t-il à faire ?

Il faut maintenant aller chercher les terroristes de l’AQMI, du MUJAO et des islamistes de l’Ansar Eddine, dispersés, par petites unités, dans un territoire plus grand que la France, mais qui seront obligés de stationner autour des points d’eau, ce qui limite le champ des possibles. Ce travail n’est clairement pas celui des forces classiques blindées qui ont été le fer de lance de la reconquête du Nord-Mali. C’est un travail de renseignement et « de coups de main » mené par des forces spéciales et des parachutistes transportés par hélicoptères ou largués ou posés par avion de transport d’assaut (Transall ou Hercules).

En conclusion

Rien ne s’oppose militairement au retrait d’une partie importante des forces françaises début mars et avant la saison des pluies qui rendra les pistes encore plus impraticables.

La situation humanitaire au Nord n’est pas fameuse et il est nécessaire de donner les moyens aux ONG qui étaient déjà présentes au Mali comme «Médecins du Monde» et «Action contre la faim» de se déployer massivement sur le terrain. Si des exactions sont commises, elles seront aux premières loges pour les découvrir et alerter les autorités et les médias.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Quelque 450 européens, dont 200 instructeurs, seront déployés au Mali pour aider l’armée malienne. L’Espagne, la Pologne, l’Allemagne et la Belgique ont, d’ores et déjà, fait savoir qu’elles prendraient part à la mission.


Mali : Qu’en est-il après 3 semaines pour l’opération française ?

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Réponse du général Jean-Bernard PINATEL

FRANCE CULTURE - 29 Janvier 2013

Journal de 7h : Renaud Candelier

France Culture
PODCAST

Prise de Tombouctou : un piège politique pour la France ?

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Deux jours après le raid éclair sur Gao, les armées française et malienne sont entrées lundi dans la cité mythique de Tombouctou, sous les cris de joie des habitants, après des mois d’occupation par des islamistes armés.

Atlantico : Les militaires de l’opération « Serval » sont entrés ce lundi dans la célèbre ville de Tombouctou. Après cette victoire rapide, la France a-t-elle prévu des solutions politiques à court et long terme pour la région ? La rapidité de la victoire ne nous mène-t-elle pas vers une impasse politique ?

Jean-Bernard Pinatel : La France n’a pas à prévoir de solution politique. En revanche les autorités françaises devraient à mon avis exercer une très forte pression sur le gouvernement transitoire de Bamako pour qu’une négociation politique s’ouvre avec les représentants des Touaregs afin de déterminer un statut d’autonomie de la région de Kidal, du même ordre que celui que le gouvernement espagnol a octroyé au Pays Basque. Les autorités maliennes savent que si nous nous retirons elles se retrouveront dans la situation de 2012, ce qui donne à la France un pouvoir d’influence considérable.

André Bourgeot : Serval désigne un petit félin aux grandes oreilles dont la particularité consiste à uriner trente fois par jour pour marquer son territoire. Est-ce à dire que l’intervention militaire française est appelée à durer le temps du retour à l »intégrité totale du territoire malien qui s’étend jusqu’à l’extrême nord dans la région de Taoudenni? C’est du moins ce qu’avait déclaré le président Hollande soulignant que le troupes françaises ne quitteraient pas le Mali avant la reconquête totale du Septentrion. Il s’agit bien d’une reconquête militaire qui ne résoud pas les problèmes politiques que traversent le Mali. Par ailleurs, sauf à retomber dans les errements de la FranceAfrique il n’appartient pas à l’ancienne puissance coloniale de s’immiscer dans les affaires intérieures d’un pays ami. Il est prématuré de parler de « rapidité de la victoire ». Il s’agit de la reconquête des villes de Tombouctou et Gao , ô combien symboliquement significatif, mais ce n’est pas pour autant que les espaces générés par ce villes sont aujourd’hui sécurisés.

Mahamadou Camara : Ce n’est pas à la France de prévoir des solutions politiques pour les Africains. C’est aux Maliens, une fois le territoire libéré grâce à la France de reprendre leur destin en main. Cela passe par des élections libres et transparentes, qui figurent sur la feuille de route du Gouvernement, que le Parlement doit adopter cette semaine. Ces élections devraient se tenir au plus tard le 31 juillet 2013, sur la base d’un fichier biométrique. Par conséquent, la rapidité de la victoire nous permet d’organiser les élections au plus tôt.

Qui peut aujourd’hui représenter l’autorité malienne ? Peut-on réussir à faire émerger un pouvoir politique ?

Jean Bernard Pinatel : Pour moi, il faut appuyer le gouvernement transitoire malien ; lui conseiller et l’aider à arrêter le capitaine Sanogo qui à partir du camp de Kati, où il est retranché, essaye par tous les moyens de peser sur le pouvoir transitoire malien. Puis il faut les aider à organiser rapidement des élections.

André Bourgeot : Le capitaine Amadou Aya Sanago (qui a été la figure de proue dans le coup d’état du 21 mars dernier, NDLR) brille par son mutisme : est-il au front ou à Kati, près de l’état -major ? La question reste aujourd’hui en suspens pour beaucoup de monde. Les informations quant à sa localisation divergent. Le Premier ministre Django Cissokho est, pour l’heure, un grand commis de l’Etat qui, à l’inverse de son prédécesseur, Modibo Diarra, n’a pas encore d’ambitions politiques déclarées. En conséquence, théoriquement l’autorité malienne devrait être entre les mains du président par interim de la République, le Professeur Dioncounda Traoré. En a-t-il les capacités ? Rien ne permet de mentionner que l’on assiste à l’émergence d’un pouvoir politique qui serait susceptible de proposer des éléments politiques et économique pour une sortie de crise honorable.

Mahamadou Camara : Le pouvoir en place n’est pas légitime : le Président a été imposé par la CEDEAO, et la junte s’est imposée par les armes. Il nous faut donc faire émerger un pouvoir politique légitime, à travers des élections. C’est le nouveau président élu qui représentera cette autorité, et il devra s’atteler à d’énormes chantiers : refondation de l’Etat, reconstruction de l’armée, réconciliation nationale… Devant l’ampleur des défis, nous avons besoin d’une personnalité d’expérience, qui a de l’autorité, qui est crédible à l’intérieur comme auprès de la communauté internationale, et enfin qui n’a pas été mêlé de près à la gestion catastrophique de l’ère ATT. Compte tenu de ces éléments, l’ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Keita apparaît comme l’un des favoris.

Les Touaregs sont victimes des exactions de l’armée malienne. Comment rétablir l’unité nationale malienne ?

Jean Bernard Pinatel : L’unité malienne ne peut être rétablie que dans le cadre d’une autonomie politique accordée à la région des Ifoghas dans le cadre de la République malienne.

André Bourgeot : Des exactions inacceptables, ont été commises sur des Touareg et des Arabes par des éléments de l’armée malienne cherchant à se venger des massacres d’Haguelhok où une centaine de militaires ont été égorgés, ou éventrés ou tués d’une balle dans la tête par des Touareg du MNLA alliès aux djihadistes d’Aqmi et d’Ansar Eddince. Il importe d’éviter des généralisations hâtives en globalisant : ce ne sont pas LES Touaregs qui sont victimes d’exactions mais DES touaregs, ce qui n’est pas la même chose : il n’y a pas de processus génocidaire en œuvre. Les auteurs des ces exactions intolérables doivent néanmoins répondre de leurs actes devant la justice militaire dont l’honneur s’en trouve bafoué.

Mahamadou Camara : Ce sera la principale tâche du nouveau pouvoir élu. Il lui faudra rapidement organiser des Assises Nationales qui réuniront toutes les communautés du pays, sans exclusive. L’objectif est double. 1- faire le bilan de la gestion passée, et notamment des différents plans de développement du Nord Mali, des différents accords, pour en tirer des enseignements pour l’avenir. Nous devons comprendre pourquoi nous avons échoué. 2- Redéfinir un nouveau pacte national pour que les armes se taisent à jamais. Il s’agit avant tout de mettre en place les conditions d’un développement économique, mais pas seulement au Nord, et d’appliquer les lois de décentralisation qui existent, pour permettre à chaque communauté de prendre une partie de son destin en main, à travers les collectivités territoriales. Pour ce qui est des exactions, le gouvernement doit communiquer sans cesse et être ferme sur le respect des droits humains.

La reconquête de l’ensemble du reste du territoire s’annonce-t-elle aussi facile ?

Jean Bernard Pinatel : Conquérir le désert ne signifie rien. On peut le contrôler en tenant les points d’eau. En l’absence d’une solution politique, les forces maliennes composées d’hommes du Sud ne pourront se maintenir au Nord sans un appui permanent de la France. C’est le piège qu’il faut éviter.

André Bourgeot : La reconquête des villes de Tombouctou et de Gao est désormais acquise mais celle de Kidal, ville clé du nord-est, devrait poser un problème de nouvelle nature aux armées françaises. Cette ville est occupée par le MNLA (Mouvement National de Libération de L’Azawad, mouvance touareg indépendante des salafistes) qui a proposé ses services à l’armée française tout en refusant catégoriquement la présence des militaires maliens et de la Cédéao dans le Nord du Mali qu’il considère comme leur territoire. La France est ici face à un dilemme : laissera-t-elle Kidal aux mains du MNLA ? Si oui au nom de quoi ? Que feront les autorités politiques et militaires maliennes en réaction ? Doit-on pour autant leur confier la ville ? Un piège net semble ici se mettre en place et le MNLA, en déclin, risque hélas de vouloir manifester sa volonté de nuisance.

Mahamadou Camara : Après Gao et Tombouctou, je pense que le plus dur reste à faire : la région de Kidal. En effet, c’est la-bas que se sont réfugiés les islamistes en débandade. Cette région est difficile d’accès, montagneuse, et ceux qui y sont connaissent bien le terrain.

Sommes-nous condamnés à occuper ce territoire pendant des années à l’instar de l’Afghanistan ? Existe-t-il un risque d’enlisement?

Jean Bernard Pinatel : Aider les maliens à tenir Gao, Tombouctou, Mopti qui possèdent des aérodromes et qui contrôlent les axes menant à Bamako ne demande que peu de moyens. Ce qu’il faut éviter à tout prix c’est de se lancer dans une chasse aux islamistes dans le désert maliens sans s’être acquis l’appui politique et militaire des Touaregs.

André Bourgeot : Un risque d’enlisement existe car les groupes armés djihadistes vont se replier ou se réfugier dans la partie la plus désertique du septentrion malien et la guerre d’aujourd’hui se transformera en gueriila dans des espaces où montagnes, grottes et cordons dunaires sont légions. Cette transformation exige le recours à des moyens militaires adaptés, alors , quid de l’utilisation des drones ?…

Mahamadou Camara : La France doit se retirer progressivement dès lors que l’armée malienne et les forces de la CEDEAO (MISMA) et du Tchad se seront déployées pour sécuriser le territoire reconquis. Elle ne devrait conserver qu’une présence résiduelle, notamment pour l’appui logistique et la formation. Cela n’a rien à voir avec l’Afghanistan où le terrain et les conditions politiques étaient plus complexes.

Propos recueillis par Théophile Sourdille et Jean-Benoît Raynaud

Source originale : Atlantico


Les Français libèrent Tombouctou

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Interview avec Jean-Bernard PINATEL

FRANCE CULTURE - 28 Janvier 2013 - 18h00

« Nous sommes en train de gagner la bataille au Mali » - voilà l’analyse de François Hollande - le chef de l’État très optimiste donc après la prise de Tombouctou qui rappelle que ce « nous » inclut les Maliens et les Africains soutenus par les Français.

Nous irons dans Tombouctou libérée, avec Etienne Monin qui est sur place, et entendrons l’analyse du général Pinatel - interrogé par Nabila Amel sur la suite des opérations.

France Culture
PODCAST

Les forces maliennes et françaises auraient pris le contrôle de l’aéroport de GAO

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La prise de contrôle de l’aéroport international de Gao par les forces maliennes et françaises, si elle se confirme, serait un succès décisif pour plusieurs raisons :

Cela signifie d’abord que les islamiques, qui ont dynamité dans la nuit de jeudi à vendredi le un petit pont au Sud de Tassiga, près de la frontière nigérienne, sur la route menant à Gao pour interdire le passage entre le Niger et le Mali des 2 500 soldats tchadiens et nigériens de la force africaine en cours de déploiement au Niger, n’ont pas eu le temps de faire la même chose avec le pont stratégique de Wabaria ( voir photo) qui commande l’accès à Gao en venant de Konna par la RN15, piste en latérite.

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Ensuite cela va permettre de pousser rapidement et sans risque vers le Nord des renforts en hommes et matériels ainsi que la logistique nécessaire notamment pendant la saison des pluies où les routes en latérite deviennent presque impraticables.

De plus, l’aéroport qui est situé à 1 km au Sud-Est des premières maisons de Gao est une base de départ excellente pour la reconquête de cette ville.

Enfin, cela laisse à penser qu’une autre colonne essaie de se frayer un chemin au travers des bras du Niger, franchissables à gué à la saison sèche sur l’axe Konna, Niafouké, Goudam pour atteindre Tombouctou par la rive Nord du Niger. Ce qui devrait là aussi, si cet axe est actuellement praticable, permettre de s’emparer de l’aéroport de Tombouctou, situé au Sud-Ouest de la ville.

Si cette manœuvre réussit cela permettrait d’envisager la prise des deux plus importantes villes du Nord-Mali avant la saison des pluies.

Cela confirmerait aussi que les djihadistes n’envisagent pas de résister frontalement à nos forces dans un affrontement classique et que le ralliement d’une partie des Touaregs, en contrepartie de concessions politiques, va venir très vite à l’ordre du jour à Bamako car c’est un appui essentiel pour poursuivre vers le Nord et notamment vers Kigal.

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Général (2S) Jean-Bernard PINATEL


La guerre au Mali n’est pas la guerre d’Indochine

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La déclaration d’un officier français reproduite dans le Journal du Dimanche [1] a pu paraîitre, pour certains, alarmiste quant à la dureté des combats qui attendent nos forces. Elle mérite donc d’être replacée dans son contexte. Certes, ne pas sous-estimer son adversaire est une condition essentielle du succès sur le terrain. Mais toute évaluation de niveau tactique doit être replacée dans son contexte stratégique.

D’abord quelques mots sur l’ennemi. Certes, il est bien armé et commandé par des chefs aguerris et fanatiques au moins pour AQMI et le MUJAO. C’est moins le cas pour Ansar Dine. Tous les combattants ne sont pas aussi fanatisés et entraînés que leurs chefs. Au moins la moitié des effectifs de ces groupes sont là pour la solde qu’ils reçoivent et ont été récemment recrutés et entraînés.
Leur vulnérabilité provient surtout de l’absence de moyens aériens, de moyens de renseignement sophistiqués et de la difficulté accrue qu’ils auront sur la durée à se ravitailler en carburant et munitions, si l’Algérie ferme ses frontières comme elle l’a promis.

De plus, à la différence de l’Indochine, nos forces vont évoluer dans un milieu (terrain et population) qui leur est dans sa grande majorité favorable et sur lequel elles ont acquis une grande expérience depuis 50 ans (1969 première intervention au Tchad).

La zone des opérations à venir se déploiera probablement sur une surface d’environ 3 millions de km² (près de 4 fois la superficie de la France). C’est la zone que devra couvrir notre renseignement, les rebelles et djhiadistes se moquant des frontières. Elle s’étend du Nord au Sud, sur environ 1500 km, depuis le 20ème parallèle au Sud de Tamanrasset à une région du Sahel qui englobe l’Est mauritanien, le Nord-Mali et le Nord-Niger. D’Ouest en Est, elle possède 2000 km de large depuis de la région frontalière mauritanienne de Nema - d’Adel Bagrou [2] - Bassiknou jusqu’à la région d’Arlit [3] - Agadès - Nakoro [4] au Niger, et comprend la boucle du Niger où se situent les villes de Gao et Tombouctou.

Cette zone d’opérations est, pour les trois quart, désertique et relativement plate. Les principaux reliefs de la zone sont situés à l’Est du Mali, dans le district de Kidal (10 000 habitants), lieu d’origine des Touaregs de la tribu des Ifoghas et qui culmine à 890m. Ce massif cristallin, extension du Sahara central, est longé à l’Ouest par la vallée du Tilemsi, axe Sud-Nord permettant d’atteindre la frontière algérienne et qui traverse les bourgades de d’Aguelhok (8 000 habitants) et de Tessalit (5 000 habitants).

Cette zone a été conquise, début 2012, par les rebelles du MNLA et est désormais contrôlée par les islamistes d’Ansar Dine qui est en partie un « spin off » du MNLA. C’est probablement dans cette région que nos forces peuvent rencontrer une hostilité de la population locale si, au préalable, aucune négociation politique avec les dirigeants maliens n’a abouti à un statut particulier pour cette région [5].

Au Nord du fleuve Niger on débouche rapidement sur un ensemble de plaines ensablées avec des altitudes comprises entre 250 et 350m. Elles sont traversées par une seconde piste Nord-Sud, itinéraire traditionnel des caravanes de sel. Elle permet, à partir de Tombouctou, de rejoindre la frontière algérienne en passant par le point d’eau d’Arouane (260km Nord de Toumbouctou) et par l’ancien bagne de Taoudenni (750 km Nord de Tombouctou) où les Touaregs exploitent depuis toujours le sel gemme, puis elle passe par Téghasa aux confins Nord-Ouest du Mali pour rejoindre Tindouf en Algérie.

D’Est en Ouest, en dehors du fleuve Niger, il n’existait traditionnellement au Nord-Mali qu’une seule piste qui reliait Tamanrasset (Algérie) à Tessalit - Taoudenni, via le poste frontière algérien de Tinzaouaten.

Les spécificités de la guerre en zone sahélienne

Le contrôle des villes et bourgades, qui n’existent que parce qu’il y a des points d’eau, est l’enjeu déterminant de la guerre en zone semi-désertique et désertique.

En zone sahélienne et désertique, il est très difficile lorsqu’on se déplace de déjouer le repérage aérien qui est facilité par l’absence de végétation et de nuages (en saison sèche).
L’intervention française de 1977-1978 contre le Polisario le démontre clairement. Ce mouvement sahraoui, créé et soutenu par Alger, voulait asphyxier la Mauritanie, en s’attaquant au chemin de fer minéralier reliant Zouerate à Nouadhibou, pour supprimer sa seule ressource exportable : le fer de Zouerate. Le dispositif, qui permit de sécuriser l’acheminement du fer, comprenait des « Breguets Atlantics » de la Marine pour le repérage des colonnes du Polisario [6] et des « Jaguars » de l’Armée de l’Air, basés au Sénégal et ravitaillés en vol, pour les détruire [7].

Je voudrais aussi rappeler l’expérience acquise au Tchad où le dispositif Epervier est stationné depuis 1986. C’est grâce à ces forces pré positionnées que la France a pu donner si rapidement un coup d’arrêt aux colonnes djhiadistes qui voulaient foncer vers Bamako. L’opération Epervier avait été déclenchée début février 1986, après le franchissement du 16e parallèle, par les forces armées libyennes venues soutenir Goukouni Oueddei qui avait été renversé, fin 1981, par Hissène Habré avec le soutien de la France. Elle succédait à l’opération Manta qui, en 1983-1984, avait été déclenchée pour les mêmes raisons.

En conclusion, cette guerre doit d’abord être une guerre du renseignement aérien et terrestre mettant en œuvre drones, hélicoptères et avions de la marine et de l’armée de l’air et forces spéciales.

Si nous arrivons à mobiliser les moyens de renseignement nécessaires, la progression vers le Nord de nos forces terrestres accompagnant celles du Mali et de la CEDEAO s’effectuera sans surprise et nous pourrons intercepter et détruire les attaques des petites colonnes rebelles qui chercheront à s’y opposer et protéger nos arrières par des actions combinées aéroterrestres.

A cette condition, nos pertes devraient être inférieures à celles que nous avons connues en Afghanistan (en moyenne deux tués par mois) et sans commune mesure avec celles subies en Indochine (285 tués par mois, rien que pour nos soldats métropolitains) [8].

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] « Les soldats français, comme les maliens qui l’ont déjà combattu, n’ignorent pas la valeur de l’adversaire. « Sans doute que, depuis la guerre d’Indochine, l’armée française n’a pas affronté un tel ennemi. Ils ont du matériel de dernière génération, du RPG, peut-être du sol-air, des tanks qu’ils ont récupérés de l’armée malienne. Avant d’attaquer, ils font de la planification, du renseignement. Ils sont très bons. » Et de préciser que les islamistes ont repris à leur compte la stratégie que les caravaniers utilisaient en leur temps pour attaquer les postes français dans le désert. « Ils ont juste remplacé les chameaux par des pick-up. »

[2] Où un gendarme mauritanien a été enlevé fin décembre 2011.

[3] Où cinq Français salariés d’Areva et de Satom, un Togolais et un Malgache ont été enlevés le jeudi 16 septembre par AQMI.

[4] 300 km Sud d’Agadès où, dans la nuit du 14 au 15 octobre 2012, 6 travailleurs humanitaires africains travaillant pour une ONG nigérienne ont été enlevés.

[5] Cette région est, depuis mars 2012, la huitième région administrative du Mali. Elle s’étend sur 260 000 km². Elle recouvre principalement le massif de l’Adrar des Ifoghas.

[6] Le radar des « Atlantics », optimisé pour repérer les périscopes de sous-marins, a fait merveille sur la mer de sable mauritanien.

[7] C’est aussi cette pression exercée contre le Polisario, créé par Alger pour contester l’annexion d’une partie du Sahara occidental par le Maroc, qui permit la libération des otages de Zouérate. Boumediene accepta de les remettre aux autorités françaises, espérant par ce geste éviter la destruction complète du potentiel du Polisario. C’est cette expérience qui fait espérer que les groupes terroristes n’exécuteront pas leurs otages en cas d’intervention militaire car c’est leur meilleure carte dans une ultime négociation.

[8] 80 929 tués dont 20 524 métropolitains, 15 657 africains, 32 255 autochtones. Les 20 524 métropolitains se décomposent ainsi : 2 447 officiers, 6 323 sous-officiers et 1 1730 hommes du rang.


Mali, certitudes, risques et objectifs politiques et militaires de la France

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Les certitudes

Grâce à nos bases et aux forces armées pré positionnées en Afrique, la France était la seule puissance capable de porter sans délai un coup d’arrêt  à l’offensive des rebelles et des terroristes vers Bamako.

Les armées françaises ont une grande expérience politique et militaire des combats au Sahel du fait de notre engagement continuel au Tchad de 1969 à nos jours.

Que peux-t-on  tirer comme enseignement de cette expérience ?

  • Jamais les gouvernements noirs du Sud n’ont pu établir durablement leur contrôle sur les territoires et les populations qui vivent dans les zones désertiques. En conséquence, nous pourrons reprendre Tombouctou, Gao, mais nous ne pourrons jamais contrôler les déserts au nord du Niger jusqu’à la frontière algérienne sauf si nous favorisons l’installation à Bamako d’un gouvernement dirigé par un leader du Nord, ce qui est le cas au Tchad ou si le gouvernement malien se résigne à négocier avec les leaders Touaregs une large autonomie de Azewad.

  • Il n’y aura jamais une armée malienne capable d’assurer la sécurité de son territoire tant que les militaires putschistes ne seront retournés pas dans leurs unités ou n’auront été mis en prison et qu’un pouvoir politique élu démocratiquement ne sera pas installé à Bamako.

  • Les gouvernements de la CEDEAO n’ont ni mes moyens ni la volonté d’aider de manière décisive le Mali et l’armée malienne.

  • Le risque d’exactions et de massacres contre les populations Touaregs par les forces armées et de sécurités maliennes lors d’une offensive vers le Nord ne doit pas être sous-estimé.

    Les objectifs politiques et militaires qui en découlent pour le gouvernement français

  • Se limiter dans un premier temps à assurer la sécurité du Sud malien en s’opposant à toute attaque des forces rebelles au-delà d’une ligne Mopti - Sandare. Cet objectif doit permettre d’assurer la protection de nos ressortissants et de fournir les délais nécessaires à la mise en place d’un pouvoir politique légitimement élu à Bamako et à rebâtir une armée malienne capable de prendre à sa charge le combat terrestre.
  • Ne viser sur le plan militaire que l’affaiblissement des forces terroristes et en aucun cas afficher l’objectif de leur destruction, ce qui est irréalisable. La rébellion Touareg est endémique et ne pourra être réduite que par la négociation politique. Faire porter l’effort militaire sur les forces d’AQMI et le MUJAO tout en poursuivant les contacts et les négociations avec Ansar Diné avec lequel il ne faut pas fermer la porte de la réconciliation nationale.
  • N’appuyer la reconquête des villes importantes du Nord Tombouctou, Gao et Kidal que lorsque ces deux dernières conditions politiques et militaires seront remplies en affichant clairement que cet objectif doit être lié étroitement avec l’installation dans ces villes de responsables politiques issus du milieu Touaregs restés fidèles ou neutre depuis septembre 2012.
  • Mettre en place au niveau de chaque compagnie malienne une équipe de conseillers qui aura une mission officielle de conseil et officieuse de veiller à ce que les forces maliennes n’exercent aucune représailles contre la population de ces villes.
  • L’objectif de destruction des forces d’AQMI et de Mujao ne sera pas réalisable sans un engagement militaire des pays voisins du Mali et en particulier de l’Algérie et sans la mise en place d’une coalition comportant des forces des principaux pays européens et l’aide des États-Unis.

La stratégie à mettre en place doit donc être globale et combiner étroitement les manœuvres diplomatique, politique et militaire qui seule peut permettre d’éradiquer l’instabilité sahélienne dont il ne faut pas sous-estimer la force des racines et la capacité de nuisance.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL


L’engagement inattendu en première ligne des forces françaises au Mali

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Après six mois durant lesquels la situation semblait figée au Nord-Mali avec des négociations engagées sous les auspices de l’Algérie avec le MNLA et Ansar Dine, la situation militaire au Mali a connu, vendredi 11 janvier, un rebondissement surprenant.

En effet, jeudi 10 janvier, après des combats qui ont duré près de 24 heures et qui ont fait de nombreuses victimes dans les rangs de l’armée malienne, les rebelles se sont emparés de la localité de Konna, située à 60 km au Nord de la ville de Mopti, 3ème ville du pays qui, avec 120 000 habitants, est 4 fois plus peuplée que Gao, la capitale du Nord-Mali.

Cette action des rebelles marque un tournant dans la crise malienne.

Pour la première fois, la rébellion a mené une action de conquête au Sud de l’Azawad, le territoire revendiqué par le MNLA et Ansar Dine.

Par sa présence à Konna, la rébellion menace ainsi directement Mopti et son aéroport international et indirectement Bamako qui ne se trouve plus qu’à 600 km et où vivent plus de 5000 français.

Les rebelles ont visiblement été encouragés à agir par plusieurs facteurs :

  • les nombreuses déclarations des responsables politiques français qui n’ ont cessé de répéter à l’envie que la France ne ferait qu’instruire et apporter un soutien logistique à l’armée malienne et aux forces de la CEDEAO et n’interviendrait pas directement dans les combats;
  • les atermoiements de la CEDEAO qui n’envisageait pas d’être prête à appuyer une contre-offensive avant le troisième trimestre 2013;
  • la situation de zizanie politique régnant à Bamako où les forces politiques sont incapables de réaliser une union nationale;
  • l’échec des négociations menées entre Ansar Dine et les autorités de transition de Bamako.

Les rebelles ont pu ainsi penser qu’ils disposaient d’un créneau favorable pour pousser leur avantage vers le Sud pour se mettre soit dans une position de force pour reprendre la négociation, soit pour s’emparer du pouvoir à Bamako, comme l’on fait en leur temps les peuples du Nord du Tchad conduit par Hissen Habré [1], Goukouni Oueddei [2] ou Idriss Deby [3].

L’intervention aérienne de la France, guidée certainement du sol par des détachements des forces spéciales, est facilitée par le terrain : les rebelles ne peuvent, en effet, utiliser pour progresser avec leurs Toyotas vers Mopti qu’un étroit couloir entre le fleuve Niger et ses bras et le plateau Diogon. On peut donc penser que, dès les premières frappes, les rebelles ont stoppé leur progression vers le Sud et se sont camouflés dans la localité de Konna où il semble, à cette heure, que l’armée malienne ait repris pied, sans pour autant la contrôler totalement.

Parallèlement, la France a envoyé un groupement de parachutistes de la 11ème brigade pour sécuriser l’aéroport international de Mopti, situé à 8 km à l’ouest de la ville, contre la localité de Sévaré, situé sur la RN6; axe Nord-Sud conduisant à Bamako. Le contrôle de cet aéroport est stratégique pour le Mali car il permet d’y stationner les avions et hélicoptères nécessaires à l’appui renseignement et feu des troupes au sol.

Le Président de la République va désormais devoir faire le choix entre deux options militaires:

  • une mission d’interdiction défensive dans laquelle nos avions n’interviendront que si les rebelles franchissent une ligne matérialisée sur le terrain, par exemple par Konna; longtemps au Tchad ce fut le parallèle de Moussoro;
  • une mission de destruction dans la profondeur pour affaiblir le potentiel rebelle, comme ce fut le cas en Libye ou lors de l’intervention en Mauritanie contre les colonnes du Polisario en 1977 : tout véhicule armé circulant dans une zone de chasse définie avec précision étant alors susceptible d’être détruit.

Sur le plan diplomatique, la France doit désormais jouer serré. Un appui direct aux forces maliennes doit avoir pour contrepartie un arrêt de la zizanie politique à Bamako car sans unité politique, les militaires maliens feront de la politique au lieu de s’entrainer pour reconquérir le Nord de leur pays et la France sera entrainée dans une intervention sans fin et couteuse même si elle ne présente pas de gros risques pour nos soldats.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Gorane ou Toubou et du clan Anakaza.

[2] Bidéyat (sous groupe Gorane).

[3] Zaghawa, proche des Toubous-Gorane.


Mali : le Conseil de sécurité adopte une feuille de route proche de la position algérienne [1]

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« Jugeant que la situation qui règne au Mali constitue une menace pour la paix et la sécurité internationales » Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté jeudi, à l’unanimité de ses 15 membres, une résolution (2085) [2] « autorisant pour une période initiale d’un an » le déploiement de la Mission internationale de soutien au Mali, sous conduite africaine (MISMA), « afin de rétablir la souveraineté malienne sur l’ensemble du territoire ».

Cette phrase est saluée comme une victoire par les autorités de transition maliennes qui semblent ne pas vouloir entendre que, pour la première fois, la résolution 2085 distingue explicitement les rebelles touaregs maliens du MNLA et de Ansar Eddine des groupes terroristes de l’AQMI et du MUJAO dans la phrase suivante : « le Conseil de sécurité exige que les groupes rebelles maliens rompent tout lien avec des organisations terroristes, en particulier avec Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et les groupes qui lui sont affiliés. »

La stratégie onusienne exprimée par la lettre du secrétaire Général est proche de la position algérienne qui avait été clairement définie [3] en novembre par le ministre algérien de l’Intérieur et des collectivités locales, Monsieur Daho Ould Kablia. Les dirigeants français semblent avoir compris que le dispositif militaire [4] envisagé n’avait aucune chance de reconquérir le Nord-Mali sans un ralliement et l’appui des mouvements touaregs maliens (MNLA et Ansar Dine ou Eddine) et cela d’autant plus que les états du Sahel qui disposent de forces composées de combattants du désert, le Tchad et la Mauritanie ne semblaient pas prêts à s’engager dans cette aventure.

Le voyage de François Hollande à Alger aura permis d’entériner une évolution de la position française que l’on voyait se dessiner ces derniers mois.

Le contenu de la lettre du secrétaire général

Elle s’articule ainsi autour de deux points fondamentaux : le processus politique et le dispositif de sécurité (formation des forces maliennes, déploiement de la MISMA sous conduite africaine, appui international, droits de l’homme, financement). Ainsi, le projet de résolution qui l’accompagne : « engage instamment les autorités maliennes à achever d’établir en tenant un dialogue politique large et ouvert un plan de route pour la transition, et à rétablir pleinement l’ordre constitutionnel et l’unité nationale, notamment en tenant dans des conditions pacifiques des élections présidentielles et législatives crédibles et sans exclusive » et « demande instamment aux autorités de transition maliennes de mettre en place rapidement un cadre de référence crédible pour les négociations avec toutes les parties se trouvant dans le nord du pays qui ont rompu tout lien avec une organisation terroriste, tout particulièrement avec AQMI et avec les groupes y affiliés, dont le MUJAO, et qui acceptent sans conditions l’unité et l’intégrité territoriale de l’État malien, dans le but de répondre aux préoccupations de longue date des populations du nord du pays ».

Sur le plan militaire

Le texte du Conseil de sécurité laisse transparaître ses doutes sur la capacité de la CEDEAO et du Mali à réaliser un dispositif militaire efficace : « l’Union africaine devra faire rapport au Conseil tous les deux mois sur le déploiement et les activités de la MISMA, y compris avant le lancement de l’offensive dans le nord du pays. Le Conseil souligne que « la planification militaire devra continuer d’être affinée avant le lancement des offensives ». Il prie le Secrétaire général de continuer d’apporter son concours à l’établissement des plans et aux préparatifs du déploiement de la MISMA; il le prie également de « confirmer à l’avance que l’offensive prévue est à sa satisfaction ».
Celui du secrétaire général est encore plus explicite car il fixe des points précis qui devront être traités dans les rapports bimestriels [5].

Les perspectives

Reste à faire le plus difficile : faire admettre aux autorités de transition maliennes que l’appui international à la reconquête de l’intégrité territoriale du Mali dépend de leur volonté et de leur capacité à trouver un accord politique avec les touaregs maliens, accord qui passera probablement par l’acceptation d’une large autonomie de l’Azewad dans le cadre de la République malienne.

L’année 2013 sera donc décisive pour l’avenir du Mali.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Cette résolution est la suite donnée par le Conseil de sécurité à la lettre datée du 13 décembre 2012, adressée au Président du Conseil de sécurité par le Secrétaire général (S/2012/926) comportant un Texte du projet de résolution S/2012/946 et annexée à la résolution.

[2] La France à l’ONU.

[3] « Vouloir reconstituer l’unité du territoire malien par la force est une aventure qui ne pourra jamais réussir. Ce n’est pas en envoyant 3.000 ou 5.000 hommes de l’Afrique de l’Ouest pour engager une confrontation avec les habitants de ces régions du Nord du Mali de natures différentes que l’on pourra les ramener à la raison et rentrer dans les rangs pour l’unité de ce pays ». Selon le ministre, la solution est la voie pacifique : « il faut amener les gens du Nord malien notamment les touareg du MNLA et d’Ansar Eddine à négocier librement avec les autorités centrales du Mali pour aboutir à une solution qui permettra la réunification de ce pays. »

[4] Dispositif militaire analysé le 12 novembre 2012 dans un article titré : « La reconquête du Nord Mali, un échec prévisible ».

[5] « i) Progrès accompli dans le déroulement du processus politique au Mali, en particulier dans l’élaboration de la feuille de route pour le rétablissement de l’ordre constitutionnel et dans les négociations entre les autorités maliennes et l’ensemble des parties dans le nord du Mali qui ont rompu tout lien avec les organisations terroristes;

ii) formation effective des unités militaires et de police, tant celles de la MISMA que celles des Forces de défense et de sécurité maliennes, sur les obligations que leur imposent le droit international humanitaire, des droits de l’homme et des réfugiés;

iii) l’état de préparation opérationnelle de la MISMA, y compris le niveau de ses effectifs, sa direction et l’équipement de ses unités, leur adaptation opérationnelle au climat et au terrain d’opérations, la capacité de réaliser des opérations armées conjointes avec un soutien logistique et un appui-feu aérien et terrestre;

iv) l’efficacité de la chaîne de commandement de la MISMA, notamment en ce qui concerne ses rapports avec les Forces de défense et de sécurité maliennes, et se déclare à nouveau disposé à surveiller ces paramètres de près avant le lancement d’offensives dans le nord du Mali ».


La reconquête du Nord-Mali,
un échec prévisible ?

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Article cité en référence sur EL PAÍS

Dans un article co-signé du Figaro, Laurent Fabius et Guido Westerwelle, le chef de la diplomatie allemande, préparent l’opinion à la nécessité de « relever le défi malien face au terrorisme et au fanatisme » [1].

On ne peut que souscrire à cet objectif. Mais la reconquête du Nord-Mali dans la configuration annoncée – c’est-à-dire l’armée malienne en tête, appuyée par les forces de la CEDEAO, elles-mêmes bénéficiant du soutien de la France – est une construction politique qui satisfait les susceptibilités des acteurs africains de la crise mais qui ne peut avoir l’efficacité opérationnelle nécessaire. Cette campagne militaire est donc vouée à l’échec si elle s’effectue selon ce dispositif.

Pourquoi ?

Historiquement, comme les guerres du Tchad l’ont amplement démontré, jamais les armées sudistes n’ont réussi à battre les combattants du désert sur leur terrain. Par ailleurs, la déroute de l’Armée malienne au printemps 2012 a révélé que son encadrement ne possédait pas le minimum de valeurs militaires requises pour gagner une bataille : les officiers maliens, à de rares exceptions près, se sont comportés d’une manière particulièrement lâche, abandonnant leurs hommes face à l’ennemi. Or, on ne transforme pas une l’armée battue et mal encadrée en une armée victorieuse simplement en la formant et en l’équipant. C’est un travail de longue haleine qui suppose la sélection et la formation d’un nouvel encadrement.

L’Armée malienne, supposée être l’acteur principal de la reconquête après s’être réorganisée, rééquipée et avoir été entraînée par les instructeurs français venus de Dakar, ne sera donc pas capable de reprendre les villes de la boucle du Niger aux forces terroristes et rebelles Touaregs qui les occupent, sauf si les unités de la CEDEAO prennent le combat à leur compte, appuyées par des frappes aériennes précises.

Celles-ci devront être, en effet, très sélectives c’est-à-dire guidées depuis le sol pour éviter des dommages collatéraux chez les civils. Rappelons que GAO et Tombouctou sont des villes de 50 000 habitants environ. Ce qui conduit de fait à mettre en première ligne des équipes de guidage avancé françaises et une intervention de type libyen dont les Algériens ne veulent pas. La France, en effet, ne peut accepter de voir ses avions guidés par des équipes africaines qui n’ont pas le même souci de protection des civils et prendre ainsi le risque de se rendre complice d’un carnage au sein de la population civile.

Comme l’estiment, à juste titre, les autorités algériennes qui ne veulent pas cautionner une intervention au sol des forces françaises ou américaines dans ce qu’elles considèrent comme leur zone d’influence, seul l’aboutissement d’une négociation avec le MNLA et Ansar Dine [2] concernant un statut particulier de l’Azawad au sein de la République malienne peut conduire à un rétablissement de la sécurité au Mali.

Le Président français et sa diplomatie doivent donc très rapidement de mettre fin aux illusions dont se bercent actuellement les autorités provisoires du Mali et la population de Bamako qui créditent la France et les États-Unis de la volonté de réitérer au Sahel la campagne libyenne. Il faut leur faire comprendre que seule une négociation politique avec les Touaregs du MNLA et d’Ansar Dine peut préserver l’unité du Mali.

En effet, il ne faut pas se tromper d’objectif et d’ennemi. Comme le déclarent Laurent Fabius et Guido Westerwelle dans Le Figaro, nous devons intervenir au Sahel pour éviter la pérennisation d’un sanctuaire terroriste qui menace la stabilité des Etats du Sahel voire, à terme, notre territoire.

Les ennemis ce ne sont donc pas les Touaregs du MNLA et d’Ansar Dine dont les valeurs les rendent peu perméables à un islam radical, mais les deux organisations islamiques radicales et mafieuses de l’AQMI et du MUJAO.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] « Face au terrorisme et au fanatisme, l’Europe doit relever le défi malien », Le Figaro, 09 Novembre 2012.

[2] Lire mon analyse : La Crise au Mali : la manœuvre diplomatique


La crise au Mali : la manœuvre diplomatique

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La stratégie diplomatique qui accompagne toute action militaire vise à créer ou maintenir un contexte politique favorable aux opérations militaires et à préparer la sortie de la crise. Une analyse des forces et faiblesses des groupes terroristes qui y opèrent et des positions des acteurs étatiques régionaux qui ont des intérêts à défendre au Sahel est nécessaire pour définir une stratégie diplomatique de sortie de crise.

Contexte général

Quatre groupes se partagent et s’affrontent parfois pour le contrôle du Nord-Mali. Deux groupes ont leurs racines hors du Mali : l’AQMI d’origine algérienne et le MUJAO d’origine mauritanienne (et marocaine ?). Ces deux premiers groupes déploient leurs actions sur la totalité de la zone sahélienne. Les deux autres sont d’origine touareg et malienne. Il s’agit de l’Ansar Dine (ou Eddine) islamique et le MNLA laïque qui a été le vecteur initial de la rébellion Azawad.

L’AQMI et le MUJAO s’appuient sur l’Ansar Dine, originaire du Mali, pour tisser des liens d’allégeance à leur cause avec la population locale. Ils bénéficient aussi de la situation de précarité économique qui y règne pour enrôler dans leurs rangs les jeunes de cette région.

L’analyse de la biographie des chefs de ces mouvements est essentielle pour comprendre les options qui s’ouvrent à la stratégie diplomatique.

Mali

Rebelles touaregs au Mali au 5 avril 2012

Analyse des groupes terroristes et rebelle [1]

Le groupe terroriste le plus radical est l’AQMI, Al Qaïda au Maghreb islamique. Avant janvier 2007, il était connu sous le nom de Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC). Son affiliation au réseau Al-Qaida aurait obtenu l’approbation d’Oussama Ben Laden. C’est lui qui détient les otages français.

L’AQMI est d’origine algérienne. Pour beaucoup de ses cadres, comme pour son émir et fondateur Abdelmalek Droukdel [2], le Mali n’est qu’une étape dans le contrôle du Sahel et dans la conversion de ses habitants à un islam radical. Pragmatique, Abdelmalek Droukdel, considère que c’est une erreur de vouloir imposer toutes les règles de l’islam d’un seul coup à la population, comme essaie de le faire Oumar Ould Hamaha d’Ansar Dine à Tombouctou. Dans un message diffusé en Mai 2012 sur le site internet « Sahara Media », il conseille à ses « frères » : « d’apporter la sécurité aux populations des villes contrôlées, notamment Tombouctou, Gao et Kidal et de leur fournir les services essentiels que sont la santé, la nourriture, l’eau, l’électricité, le gaz et le carburant ». A l’égard de la rébellion touareg du MNLA, il préconise d’éviter « les provocations » et invite AQMI à coopérer pour établir des « règles communes » et rejeter les conflits. Concernant le Mouvement islamiste Ansar Dine (le mot « ansâr », d’origine arabe, désigne les compagnons du prophète de l’islam), prépondérant dans la région, il conseille à ses militants de le laisser appliquer le projet d’imposition de la charia dans la région de l’Azawad, le nord du Mali, et de s’occuper de leurs propres activités de jihad (guerre sainte) global sur la terre du Maghreb islamique.

Nabil Makhloufi [3], qui dirigeait ce mouvement au Mali, a trouvé la mort dans un accident de voiture dans la région de Gao, au Mali, le 9 septembre 2012. Yahya Abou El-Hammam, qui l’aurait remplacé, est probablement plus un délégué à la coordination qu’un chef. Il a été choisi par Abdelmalek Droukdel, vraisemblablement parce qu’il avait servi sous les ordres de tous les chefs de katibas historiques. En effet, né en 1978 à Reghaïa, près d’Alger, Yahya Abou El-Hammam n’a que 34 ans. Il a fait ses premières armes dans sa région natale, participant à plusieurs attaques contre les forces de sécurité algériennes. Puis, au tournant des années 2000, il devient le bras droit de Mokhtar Ben Mokhtar, 40 ans, vétéran algérien de la guerre en Afghanistan [4]. Ces dernières années, Yahya était l’adjoint d’Abou Zeid [5] (47 ans), l’homme qui avait enlevé sept otages, dont cinq Français, au Niger, en septembre 2010.

Mujao Mouvement pour l’unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest, créé en mars 2011, à l’occasion du « Printemps arabe », est issu, en partie, d’une scission de l’AQMI. Son chef, Abou Gaâgaâ, est d’origine mauritanienne [6]. Un autre Mauritanien, Hamada Ould Mohamed Kheirou [7], apparaît dans un message vidéo. Il serait l’idéologue du mouvement. Le chef militaire serait Ahmed Tilemsit [8], qui, comme son nom l’indique, est un Arabe du Tilemsi, c’est-à-dire de la région de la boucle du Niger, proche de la Mauritanie. Il compterait près de 2000 combattants fortement équipés en armes et matériels. Il s’est attaqué principalement aux intérêts algériens [9] ce qui amène certains responsables à Alger à y voir la main de Rabat. Le Mujao est présent à Gao, la plus grande ville du nord du Mali.

Le MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad) est un mouvement rebelle, authentiquement touareg et laïc, qui prend ses racines au Mali dans l’Adrar des Ifoghas (Région de Kigal). Aujourd’hui, il est très affaibli par la défection d’une partie de ses chefs qui ont créé, début 2012, le groupe malien islamique : l’Ansar Dine. Dans leurs communiqués, les responsables du MNLA traitent l’AQMI et l’Ansar Dine de mouvements narco-terroristes.

Le chef d’Ansar Dine est Mohamed Ag Najem. Il y est probablement né à la fin des années 50. Son père, de la tribu Kel Adagh, a été tué par l’armée malienne lors de la rébellion touareg de 1963, à une époque où il était un jeune enfant. À 20 ans, il a été recruté comme volontaire dans l’armée de Kadhafi. Il a servi en Libye et au Tchad avant de retourner au Mali pour prendre part, dans les années 1990, à la rébellion touareg dirigée par Iyad Ag Ghaly. Rejetant l’accord de paix signé entre le gouvernement malien et les rebelles touaregs, il retourne en Lybie et devient colonel de l’armée libyenne et commande une unité libyenne dans l’oasis de Sabha. A la fin de 2011, il revient au Mali et fédère plusieurs clans touaregs et des déserteurs de l’armée libyenne au sein du MNLA. Après avoir battu l’Armée malienne et conquis l’Azawad, le MLNA n’a pas pu résister à l’infiltration des groupes islamistes de l’Ansar Dine et d’AQMI dans les villes de Gao et Tombouctou et, après de durs combats, il en a été chassé. Il ne tiendrait plus désormais que de petites localités comme Ménaka, Anderamboukane au Sud de l’Adrar des Ifoghas et contrôle probablement encore la route en provenance de Niamey au Niger où le colonel Ag Gamou, un chef touareg resté fidèle à l’armée malienne, et ses hommes se sont réfugiés.

La création par la fraction islamique du MNLA d’Ansar Dine « défenseurs de la foi » complique la situation au Nord-Mali. Fondé par Iyad Ag Ghaly [10], début 2012, ce mouvement islamique malien disposerait de l’appui de l’émir du Qatar. Iyad Ag Ghaly était l’un des dirigeants les plus éminents de la rébellion touareg dans les années 1990. Âgé de 54 ans, c’est un Irayakan, de la grande famille des Ifoghas, originaire de la région de Kidal. C’est la tribu dont est également issu le chef du MNLA et qui fournit l’essentiel de ses troupes. Ces deux chefs se connaissent depuis toujours. Iyad Ag Ghaly a réussi à fédérer autour de lui des musulmans du Nord-Mali aux personnalités et parcours très différents [11] et qui lui assurent le soutien d’une part importante des chefs de clans touaregs.

Quel doit être le rôle de la diplomatie et de la France ?

La France doit dans cette affaire jouer discrètement et ne s’impliquer dans le règlement de cette crise qu’à la demande des pays de la CEDEAO et avec l’accord formel de l’Algérie qui est la puissance régionale dominante. L’Algérie estime depuis l’indépendance que le Sahara lui appartient et elle possède 1370 km de frontières avec le Mali. De plus, elle est en mesure de contrôler la piste Est-Ouest qui relie Tamanrasset (Algérie) à Tessalit-Taoudenni, via le poste frontière algérien de Tinzaouaten, et permet aux groupes terroristes de se déplacer de la Libye à la Mauritanie.

Paris doit poser des conditions strictes à son soutien

En effet, si l’on accepte d’aider sans condition les dirigeants de Bamako à reprendre le contrôle du Nord de leur territoire on fera le jeu de l’AQMI, car le problème touareg restera endémique comme l’a été au Tchad celui des Toubous et des Zaghawas, jusqu’à ces guerriers du Nord s’emparent définitivement du pouvoir à Ndjamena.

Si, au contraire, la France et les pays qui soutiennent le Mali réussissent à convaincre les autorités maliennes d’accepter une large autonomie de l’Azawad, comme a su le faire Madrid avec le Pays Basque pour mettre fin au terrorisme de l’ETA, le MNLA, voire tout ou une partie des dirigeants de l’Ansar Dine, pourraient accepter d’aider, ou même de prendre à leur charge la reconquête du Nord et ce faisant on affaiblirait AQMI et le MUJAO. Le rapprochement entre le MNLA, l’Ansar Dine et Bamako, est d’ailleurs le scénario privilégié par Alger. Abdelkader Messahel, ministre algérien chargé des Affaires maghrébines et africaines, l’aurait dit, en juillet, aux deux émissaires français qu’il a invités à Alger pour une réunion de travail.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Toutes ces biographies proviennent d’articles des sites : Jeune Afrique ; MauriMedia ; L’Essor ; Sahel Intelligence.

[2] Abdelmalek Droukdel, alias Abou Moussab Abdelwadoud (son nom de guerre), est un Algérien âgé de 42 ans. Natif de Meftah (région de Blida). Il a grandi dans une famille modeste et fortement marquée par la religion. Les premières opérations des groupes islamistes, à la fin des années 1980, fascinent le jeune homme. Baccalauréat en poche, il noue d’abord des contacts avec des combattants du Front islamique du salut (FIS). C’est l’un d’eux qui lui recommande d’entamer des études de chimie. Il obtient sa licence en 1994. Un an plus tôt, il avait rejoint les rangs de la lutte armée, au sein du Groupe islamique armé (GIA). Sa formation universitaire fait de lui un artificier. Il gravit les échelons et se fait remarquer, notamment par Hassan Hattab, qu’il suivra lorsque ce dernier créera le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Lorsque le « Printemps arabe » survient, Droukdel comprend très vite l’intérêt de ce désordre régional pour la rhétorique salafiste. Il ordonne l’infiltration de groupes en Tunisie, qui interviendront quelques semaines plus tard en Libye. Dans le même temps, il s’efforce d’asseoir son autorité au Sahel. En novembre 2011, il remplace son émissaire permanent, Yahia Djouadi (chef de la zone 9, Sud-Algérie et Sahel), par Nabil Makhloufi (mort dans un accident de voiture, le 8 septembre), jugé plus efficace pour contrôler Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar, les principaux chefs des katibas au Mali.

[3] Son passé de « dur des durs » dans l’armée algérienne et, surtout, sa grande expérience d’artificier avec le GIA (Groupe islamique armé) dans les années 90, puis avec le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat), l’ont tout naturellement propulsé à la tête des groupes d’AQMI dans le désert. Sa prise en main des jihadistes actifs dans la zone saharienne depuis le début de l’année, a eu un rôle déterminant dans l’offensive d’AQMI et des autres groupes jihadistes dans le nord du Mali. L’émir Abdelmalek Droukdel l’avait félicité pour avoir réussi là où ni Abdelhamid Abou Zeïd, ni l’autre chef militaire Mokhtar Ben Mokhtar n’ont pu marquer de point décisif : réconcilier les divers groupes armés qui se réclamaient d’Al Qaïda au Maghreb islamique. Ce véritable tour de force a permis à Nabil Makhloufi de désamorcer les interminables querelles entre katibas sur les questions de leadership. Il a surtout mis fin aux heurts qui se produisaient sur le partage des butins tirés du commerce fructueux des otages occidentaux.

[4] Il quitte son Algérie natale en 1990, à 18 ans, pour se rendre en Arabie saoudite où il accomplit le petit pèlerinage et décide d’aller mener le jihad en Afghanistan contre les soviétiques où il perd un œil. Il rejoint les fondamentalistes du Hezb-e-Islami dirigés par Gulbuddin Hekmatyar. De retour chez lui, fin 1992, il met sur pied une katiba estampillée Groupe islamique armé (GIA), qui rayonne dans le Sahara, au-delà des frontières algériennes. En 1998, il intègre le GSPC. C’est au cours de ces années qu’il gagne son surnom de Mister Marlboro, en référence aux trafics qu’il a mis en place. En mars 2012, il est en Libye pour acheter des armes. Il connaît les chefs du mouvement Ansar Dine et de Mujao qu’il a rencontré à Tombouctou en Avril et Mai 2012. Il connaît aussi Iyad Ag Ghali et Hamada Ould Mohamed Kheirou qui est un ancien compagnon d’armes au sein d’AQMI.

[5] L’Algérien Abou Zeid est le chef de l’une des deux principales katibas d’AQMI au Mali. Décrit comme un sanguinaire, froid et fanatique. Il a d’abord été, dans les années 1980, un contrebandier qui a effectué plusieurs séjours en prison. Le véritable nom d’Abou Zeid est, selon le journal « Jeune Afrique », Mohamed Ghedir, né à Debded, un poste-frontière avec la Libye.

[6] D’après les Algériens, il aurait été libéré par le Mali suite à la demande de la France qui a obtenu en échange le retour de son espion Pierre Camatte et serait contrôlé par les Services secrets marocains.

[7] Âgé de 42 ans, le Mauritanien Hamada Ould Mohamed Kheirou est un des fondateurs du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). Plusieurs fois incarcéré puis évadé de la prison de Nouakchott en 2005 pour avoir perpétré des actes de violence dans une mosquée qui, selon lui, ne s’inscrivait pas suffisamment dans un islam « véritable ». La seconde, c’est en 2009, à Bamako. Arrêté pour avoir aidé à ravitailler la katiba de Mokhtar Ben Mokhtar dans le Nord-Mali et pour s’être spécialisé dans la fabrication d’explosif. Il est relâché en 2010, sans doute dans le cadre des négociations autour de la libération de l’otage français Pierre Camatte.

[8] Quels pourparlers pour la reconquête du nord du Mali ? - RFI

[9] En novembre 2011, enlèvement de trois humanitaires européens à Tindouf. 4 mars 2012, attentat de 2 kamikazes à Tamanrasset, avec une Toyota bourrée d’explosif contre la brigade de gendarmerie algérienne. Bilan : 23 Algériens blessés, dont 17 gendarmes. 5 avril 2012, enlèvement de sept diplomates algériens, dont le consul Boualem Sias, le 5 avril dernier, à Gao. 29 juin, attaque contre le Commandement régional de la Gendarmerie nationale d’Ouargla.

[10] C’est en Libye, pourtant, qu’il a fait ses armes au début des années 1980 : il a une petite vingtaine d’années quand il choisit de rejoindre la Légion islamique du colonel Kaddafi.

[11] Alghabass Ag Intalah qui est le fils d’Intalah Ag Attaher, ancien chef traditionnel des Ifoghas de la région de Kidal. Il a brièvement participé à la rébellion des années 1990, mais il a surtout un parcours politique : maire puis député de Kidal, poste qu’il occupait à l’Assemblée Nationale jusqu’à sa défection en février 2012. Il serait l’artisan du soutien du Qatar à Ansar Dine. Récemment, il faisait partie de la délégation d’Ansar Dine qui a été reçue par le médiateur Blaise Compaore.

Ahmada Ag Bibi. Au début des années 1990 déjà, ils se côtoyaient au sein du Mouvement populaire de l’Azawad (MPA). Député à l’Assemblée Nationale malienne, Ag Bibi est un grand militant de la cause touarègue. Quand le Nord se soulève de nouveau, en janvier 2012, il rejoint le MNLA, puis Ansar Eddine, tant par réalisme que par amitié envers « Iyad ». Il est peu attaché à la laïcité, mais croit, comme Alghabass Ag Intallah, le diplomate d’Ansar Dine, dans la négociation, « aux solutions pacifiques », et pourrait de ce fait être l’homme du dialogue. « Seule l’Algérie peut jouer un rôle déterminant de médiateur entre les parties au conflit », estime-t-il.

Cheikh AG AWISSA. Les deux hommes ont suivi leur formation militaire en Libye et ont combattu ensemble au Liban, dans les années 1980. L’homme est un combattant aguerri et a fait ses preuves dans la rébellion de 1990. Par ailleurs, certains le considèrent comme le « bras gauche » d’Iyad. C’est lui l’homme qui parlait sur la première vidéo postée par Ansar Dine en mars 2012. Récemment, c’était lui le chef de la délégation qui a été reçue à Ouagadougou.

Oumar Ould Hamaha, extrémiste islamique convaincu est originaire de Tombouctou dont il a dirigé la conquête. Il a vécu a Kidal où il était commerçant, jusqu’à ce qu’il se convertisse à un Islam radical dans les années 2000. Il est connu à Kidal pour ses prêches. Il fut, pendant une dizaine d’années, l’homme de confiance et le bras droit de Mokhtar ben Mokhtar avant de rejoindre Ansar Dine. Il connait bien AQMI et les autres mouvements tels que le MUJAO.

Deïty AG SIDAMOU est aussi député à l’Assemblée Nationale. Il est réputé être l’un des plus grands trafiquants de drogue de la région. C’est un Touareg Idnane du Nord-Est de Gao. Il a quitté le MNLA avec Iyad Ag Ghaly. Il serait en Algérie où il assure le ravitaillement (en carburants et autres) du mouvement, par le biais de son important réseau de trafiquants.