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Analyse de la situation politique et militaire en Irak – Début Juin 2016

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La situation politique à Bagdad reste toujours aussi confuse. Trois acteurs jouent des jeux différents et divisent la communauté shiite. Le premier ministre Al Abadi, sans assise populaire, est incapable d’imposer au parlement un gouvernement de technocrate. Muktada Sadr capitalise sur la colère du peuple et est de venu l’homme fort de Bagdad. Al Maliki sabote l’autorité de son successeur et se proclame dans l’ombre comme seul rempart de la classe politicienne face à Muktasa Sadr.

Sur le plan militaire, si la situation évolue favorablement en Syrie, en Irak, la guerre contre Daesh piétine. L’offensive sur Mosul n’est pas d’actualité [1] car le commandement des forces irakiennes est d’une part confronté comme prévu à une grande résistance à Faluja et, d’autre part, est contraint de retirer des unités du front pour sécuriser Bagdad, cible d’une vague d’attentats sans précédent (202 morts et 440 blessés au mois de Mai) portant à 742 morts (674 en avril) le total des tués dans les 6 gouvernorats où Daesh développe ses actions.

Situation militaire et sécuritaire

En Syrie, la chute de Racca devrait être réalisée avant la fin de l’année. En effet, on assiste à une course de vitesse pour libérer la capitale de l’Etat islamique entre les forces syriennes appuyées par les Russes et les Forces démocratiques syriennes (SDF) soutenues par les frappes américaines. Les forces syriennes, après leur victoire sur Daesh à Zakiyah, voudront s’emparer dans un premier temps de l’aéroport militaire de Tabaga avant de poursuivre sur Al-Tabqah ( 5km plus au Nord) ville qui contrôle l’accès Sud au barrage Assad sur l’Euphrate et à Racca.De leur côté, les milices kurdes de l’YPG et les forces démocratiques syriennes (SDF) appuyées par les forces spéciales et l’aviation américaine, au grand dam des turcs, cherchent à s’emparer de la ville de Al-Thawrah pour atteindre le barrage du Lac Assad avant les forces syriennes ce qui permettrait de leur barrer l’accès à Racca.

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En Irak la reprise de Faluja pose à la coalition un problème humanitaire sans précédent. Les 90 000 habitants sunnites toujours présents dans cette ville, encerclée notamment par les milices shiites, craignent des représailles massives. Malgré le manque de vivres et de médicaments, résister est pour eux une question de vie ou de mort. Si le siège et la résistance se prolongent une catastrophe humanitaire sans précèdent risque d’entacher durablement l’image du combat de la coalition contre Daesh.

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Saisissant l’opportunité du retrait des forces irakiennes du front de Mosul, Daesh a lancé des attaques sur plusieurs points faisant reculer les Peshmergas kurdes qui encerclent Mosul au Nord et à l’Est.
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Situation politique

La situation politique n’a pas évolué. Trois acteurs jouent des jeux différents et divisent la communauté shiite.

La classe politique au pouvoir n’a pas arrêté ses querelles visant à empêcher le gouvernement d’Al Abadi de mettre en œuvre ses réformes et de combattre efficacement la corruption. Les députés du parlement irakien ont refusé, par trois fois, d’accorder leur confiance à un nouveau gouvernement irakien composé de ministres technocrates et indépendants des grands partis politiques. Les Américains malgré leurs doutes sur sa capacité à gérer la situation essaient de sauver Al Abadi qui n’a pas d’assise populaire, ayant vécu la majeure partie de sa vie à l’étranger.

De son coté, face à cette situation de blocage, la colère de Muktada Sadr et de ses partisans ne faiblit pas. Ses partisans ont forcé, à deux reprises, au cours du mois de Mai, l’entrée de la zone verte pour manifester leur colère vis-à-vis du gouvernement et du parlement irakiens et de la classe politique. Ils ont occupé le bâtiment du parlement irakien et le cabinet du premier ministre irakien, menaçant de revenir à la zone verte de façon encore plus violente si le gouvernement irakien ne combat pas réellement la corruption et n’applique pas les réformes politiques promises.

Le troisième acteur de ce blocage est Nourri Al-Maliki. Tapis dans l’ombre il exploite tout faux pas du premier ministre a Haider Al-Abadi et ne cesse répéter qu’il est incompétent et incapable de gouverner l’Irak malgré le soutien du grand chef religieux shiite de Najaf Ali Sistani. Il se présente comme le seul capable à juguler Muktada Sadr et de sauver la classe politique actuelle.

Cette situation politique risque de durer et il n’est pas impossible que si un général irakien se faisait remarquer dans le combat contre Daesh, beaucoup d’irakiens le poussent à prendre le pouvoir et que les américains si résignent.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Dans un rapport récent, la CIA estime que la libération de Mossoul prendra plus de temps que prévu et estime que l’offensive de libération de Mossoul ne pourra pas commencer avant la fin de l’année.


Analyse de la situation politique et militaire en Irak – Début Mai 2016

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Le mois d’avril a confirmé que les conditions politiques et militaires d’une victoire rapide sur Daech en Irak sont loin d’être réuniescomme le confirment les principaux responsables américains de la coalition et cela malgré les déclarations volontaristes mais irréalistes de Monsieur le Drian à Bagdad le 11 avril.

Sur le plan politique

Le mois d’avril a connu une escalade dans la pression queMuktadaSadr exerce sur les députés afin qu’ils acceptent le gouvernement de techniciens qu’il appelle de ses vœux pour mettre fin aux prévarications des membres du gouvernement et du Parlement. Après le rejet le 12 avril, par le parlement irakien de la liste du gouvernement de technocrates proposé par le premier ministre, 180 députés environ sous la conduite des sadristes se sont mis en grève et ont commencé un sit-in à l’intérieur de l’Assemblée. Puis lors d’une séance extraordinaire sous la présidence de l’un d’entre eux, Adnan Al-Janabi, ils ont démis Salim Al-Joubouri ,membre du parti des forces nationalesd’obédience sunnite, de sa fonction de Président du Parlement irakien et ont convoquéles députés à une nouvelle séance pour le 16 avril afin de désigner une nouveau président. Le président du parlement« révoqué », Salim Al-Joubouri, a déclaré anticonstitutionnelles les mesures prises par le groupe des députés contestataires. Le 20 avril, MuktadaSadr a « gelé » son groupe parlementaire jusqu’à ce que le parlement irakien se réunisse pour approuver le gouvernement de technocrates bloquant tout travail parlementaire. Le 27 avril, devant l’incapacité des députés de s’entendre,MuktadaSadr a donné le feu vert, à sespartisanspour forcer l’entrée de la zone verte et celle du parlement irakien. Les forces de l’ordre ont laissé faire se contentant de regarder ce qui se passe sans réagir. Les députés sous la pression des manifestants ont quitté le bâtiment et se sont réfugiés à l’HotelRasheed.

Sur le plan militaire

Rien de significatif ne s’est passé sur le terrain dans la guerre contre Daech. Des offensives limitées contre les positions de Daech au Sud de Kikukont été menéestandis que deviolentes contre-attaques de Daech ont été repoussées difficilement dans le gouvernorat d’Al Anbar autour de Hit et de Ramadi.

En revanche de graves accrochages ont eu lieu entre forces censées combattre ensemble Daech. Le 23 et 24 avril à Touzkhourmatou à 80 km au sud de Kirkuk et dans la localité de Sadia située à 100 km de la ville de Bakuba. Des Peshmergas kurdes et les milices turkmènes chiitesse sont affrontés. En effet dans ces régions coexistent difficilement sunnites arabes et kurdes et chiites kurdes et turkmènes. Ces affrontementsoù les deux parties ont utilisé des mortiers, des roquettes et de l’artillerie lourde montrent qu’il est illusoire d’envisager une participation active des Peshmergas à la reprise de Mosul.

Army Lt. Gen. Sean MacFarland Leads U.S. Fight Against ISIS

De leur côté, tous les responsables américains mettent l’accent sur la nécessité de régler la crise politique et les questions économiques qui divisent le pays, avant d’entreprendre une quelconque opération militaire contre Daesh, à Mossoul. Le général Sean Mcfarland, commandant en chef des opérations contre Daesh, a rencontré, ces derniers jours, le premier ministre irakien, son ministre de la défense et plusieurs chefs militaires irakiens.Le secrétaire d’Etat américain à la défense, Ashton Carter, qui se rendait pour la troisième fois en Irak depuis sa nomination au Pentagone, a déclaré le 16 avril, à Bagdad que Washington soutiendrait le gouvernement irakien dans sa guerre contre Daech, annonçant une augmentation du nombre des troupes américaines en Irak.

C’est donc avec un total scepticisme que les observateurs ont accueilli les déclarations de Monsieur LeDrian,Ministre de la Défense français, le 11 avril à Bagdad : « Raqa et Mossoul en 2016 doivent tomber (…) 2016 doit être l’année du début de la fin pour Daech ». Même si la reprise de Raqqa par les syriens appuyés par les Russes apparait possibleavant la fin de l’année, la prise de Mosul est totalement inenvisageable dans les conditions actuelles de la coalition.

Sur le plan sécuritaire

Le nombre de morts par attentats est de 607 victimes (contre 664 en mars ; 450 morts en février ; 397 en janvier). Les gouvernorats d’Al Anbar, Nineveh et de Bagdad concentrent 72% des morts par attentats.

A Bagdad, on compte en avril 107 morts contre 63 en mars et 69 en février.Les attentats terroristes ont pris la forme de kamikaze avec ceinture d’explosifs et de voitures piégées. Ils visent les marchés populaires et les lieux de culte chiites. Le 5, un kamikaze portant une ceinture d’explosifs s’est fait exploser dans un marché populaire situé au sud-est de Bagdad, tuant 4 civils et blessant 4 autres. Le 22, un autre kamikaze s’est fait exploser dans une mosquée chiite au quartier de Radhwanyia, au sud de Bagdad, tuant 8 personnes et en blessant 33 autres. Le 25, trois attentats coordonnés à la voiture piégée ont frappé Bagdad, faisant 25 morts et environ 55 blessés. Le 26 dans le quartier populaire de l’Est de la capitale, un kamikaze portant une ceinture d’explosifs s’est fait exploser, tuant et blessant 45 personnes Enfin, le 30 avril, un camion piégé a explosé dans la région de Nahrawan, à l’est de Bagdad, faisant 28 morts et 45 blessés.

Par ordre décroissant de tués c’est le gouvernorat d’Al Anbarqui enregistre les plus de morts en avril 174 contre 176 en mars ;Nineveh compte 156 morts contre 221 en mars ; Salahuldein 73morts contre 65 en mars ; Kirkuk 69 contre 44 en mars ; Diyala 28 contre 6.
Les 12 autres gouvernorats du Nord et du Sud sont relativement calmes. A Nasiriya un kamikaze s’est fait exploser, le 4 avril, dans un restaurant tuant 5 miliciens chiites, et blessant une vingtaine d’autres. Le même jour, une voiture piégée a explosé au centre de Bassora, tuant 5 policiers et blessant 4 autres.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL


Analyse de la situation politique et militaire en Irak - Avril 2016

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Le mois de mars a clarifié la situation politique et militaire en Syrie. Les forces syriennes appuyées par les Russes après avoir repris Alep ont repoussé Daech de Palmyre, rendant incontournable le leader syrien dans le processus de Paix. En revanche, la situation politique et militaire en Irak ne permet pas de percevoir une issue rapide au conflit contre Daech.

En effet, la situation politique en Irak se détériore. A la tension politique entre les Kurdes, Sunnites et les partis shiites majoritaires s’est ajoutée la dissension entre Shiites marquée par le sit-in autour de la zone verte de plusieurs centaines de milliers des partisans du chef religieux chiite Muktada Sadr pour protester contre la corruption et pour exiger du premier ministre des réformes politiques radicales.

Les interférences américaines sur la conduite des opérations militaires retardent le début de l’offensive contre Mossoul. En effet les américains sous la pression de leurs alliés du Golfe veulent écarter l’Iran et les milices shiites de la reprise de Mossoul. Par ailleurs les Peshmergas refusent de prendre part à la délivrance de cette ville sunnite. Sans les milices et les Kurdes, l’armée irakienne qui est encore en reconstruction, est à 80Km de Mossoul et doit d’abord conquérir les villes et les villages qui couvrent les abords Sud de Mossoul. Par ailleurs, le gouvernement irakien maintient beaucoup de forces pour protéger les abords Ouest de Bagdad car les combattants qui tiennent Faluja demeurent une menace aux portes de Bagdad comme l’a montré leur offensive des djihadistes du 28 février qui est arrivée jusqu’à Abu Graih dont qui jouxte l’aéroport international de Bagdad.

Situation politique

Le 18 mars, une foule rassemblant plusieurs centaines de milliers de manifestants indépendants et de partisans de Muktada Sadr a commencé une marche vers le portail de la zone verte qui se situe au quartier de Karadat Mariam, près du pont de Jamhouryia. Les forces de l’ordre qui avaient renforcé leur présence, placé des fils barbelés autour de la zone verte et bloqué tous les ponts y aboutissant avec des blocs en béton n’ont rien fait pour empêcher les manifestants d’atteindre leur but sans incident. Un tel sit-in en face de la zone verte sans que cela se transforme en bataille rangée est une première en Irak. Au cours de sa marche, la foule scandait des slogans contre la corruption et pour des réformes politiques radicales. A l’extérieur de la zone verte, les forces de l’ordre ont perdu tout contrôle de la situation. Les masses de manifestants n’ont cessé d’affluer par milliers. Puis, des tentes ont été dressées autour de la zone verte.
Malgré les interventions de l’Iran qui lui a envoyé, d’abord, le général Qassem Soleimani, commandant en chef de la Force Al-Qods, puis une lettre lui demandant de mettre fin à cette action antigouvernementale du guide de la révolution iranienne l’ayatollah Ali Khamenei portée par le chef religieux chiite irakien Amar Al Hakim, Muktada Sadr semble décidé à mener son combat contre la corruption jusqu’au bout.

Fin mars, le premier Ministre Al Abadi a proposé un nouveau gouvernement composé de 16 ministres indépendants et n’appartenant à aucun des partis politiques représentés au parlement irakien. Néanmoins le parlement a levé sa séance du 31 mars sans voter la confiance au nouveau gouvernement. Son président, Salim Al Joubouri, a déclaré que le parlement s’était donné un délai de dix jours pour débattre des profils des candidats, examiner leurs dossiers et prendre sa décision à leur égard.

Si le parlement irakien ne vote pas la confiance à cette liste, le risque est grand de voir des manifestations violentes se développer dans tout le pays. L’Irak pourrait entrer dans une nouvelle phase de la guerre civile dans les gouvernorats actuellement calmes. En effet, le 31 mars, Muktada Sadr a menacé de retirer sa confiance au gouvernement actuel d’Al Abadi et de cesser d’appeler ses partisans à des manifestations pacifiques. Avant de lever le sit-in autour de la zone verte, Il a demandé à ses partisans de continuer leurs manifestations hebdomadaires les vendredis au centre de Bagdad jusqu’à ce que le parlement vote la confiance au nouveau gouvernement.

Situation militaire

Aucune évolution notable n’est à signaler au mois de mars malgré les communiqués de la coalition dirigée par les américains qui essaient d’amplifier l’importance de chaque petite avancée sur le terrain pour essayer de faire jeu égal avec le retentissement médiatique mondial de la prise de Palmyre par l’armée syrienne. Seules des victoires à Falouja et à Mossoul seraient de nature à modifier le jugement des observateurs impartiaux sur le peu de progrès de la coalition en Irak.

Falluja

Falluja est aujourd’hui encerclé par l’armée irakienne à l’Ouest, les tribus sunnites ralliées au Nord et à l’Est par les milices shiites de l’Organisme de Mobilisation Populaire. Falluja est défendu par 1500 à 2000 djihadistes en majorité étrangers et décidés à mourir sur place. La ville est un gruyère de tunnels reliant les maisons, les quartiers entre eux, il se dit même à Bagdad que dans certains on peut circuler en voiture. Enfin la population qui reste à Falluja est totalement acquise aux djihadistes.

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Mossoul

Les américains n’ont pas réussi à convaincre Mustafa Sayed Kader, ministre des peshmergas, de les engager pour libérer Mossul qui n’est pas une ville Kurde. Les Pechmergas se contenteront vraisemblablement de tenir le front Nord et de conduire des opérations limitées sur des villages où existent des minorités kurdes ou non sunnite.

Comme le montre la carte ci-dessous, la prise de Mossoul n’est pas pour demain car les forces irakiennes sont encore à 80 km la capitale régionale et doivent d’abord conquérir plusieurs villes et franchir les obstacles naturels tenus par les djihadistes qui couvrent le Sud de la capitale du gouvernorat.
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Personne n’espère donc à Bagdad une libération de Mossoul en 2016 car même si les américains ont renforcé le soutien en formation et appui qu’ils apportent à l’Armée irakienne en engageant 3000 parachutistes de la 101ème division aéroportée, aucun observateur n’envisage la participation directe des forces américaines aux combats au sol.

Situation sécuritaire

La situation sécuritaire est liée d’une part aux attentats qui augmentent dans 2 gouvernorats faisant accroitre fortement le nombre des morts par attentats en Irak à 664 morts en mars contre 450 morts en février, 397 morts en janvier et 545 en décembre 2015 et, d’autre part, par aux actes de banditismes (attaques à main armée et enlèvements) qui continuent d’augmenter notamment à Bagdad.

Les attentats sont concentrés à 62% a dans les 2 gouvernorats de Nineveh 221 morts au lieu de 92 en février et d’Al Anbar 176 morts contre 98. Viennent ensuite Babel 67 morts contre aucun en février; Salahuldein 65 contre 78; Bagdad 63 contre 69; Kirkuk 44 contre 77; Diyala 6 contre 36.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL


Analyse de la situation politique et militaire en Irak - Mars 2016

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En Irak, le mois de février a été le théâtre de l’affrontement des influences extérieures américaines et iraniennes ; les premières cherchant à écarter les milices shiites de la future bataille de Mosul ; les secondes, s’appuyant sur les partis shiites irakiens, essayant de les imposer dans une région pourtant essentiellement sunnite et kurde.

Sur le plan des opérations militaires, il semble clair que le gouvernement irakien veuille régler le cas de Faluja et sécuriser définitivement le Nord de Bagdad avant de s’attaquer à Mosul. Et la puissante contre-offensive menée par Daech le 28 février en direction de la ville d’Abou Ghraib, dont les limites Est touchent pratiquement l’aéroport international de Bagdad, est de nature à les conforter dans cette résolution.

Cette décision de s’emparer d’abord de Faluja, puis de sécuriser le nord-ouest de Bagdad jusqu’à Samara, repousse clairement à 2017 la reprise de Mosul. Elle contraint la diplomatie américaine à essayer de s’entendre avec les Russes pour éviter au camp démocrate, en cette année pré-électorale, l’humiliation de voir Raqqa, capitale de l’Etat islamique, libérée par les forces syriennes appuyées par les Russes alors qu’en Irak la bataille décisive de Mosul n’est même pas amorcée.

Situation militaire

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Il semble que les irakiens veulent régler le cas de Faluja avant de s’attaquer à Mosul. En ce début du mois de mars Faluja est totalement encerclée mais la bataille pour chasser les djihadistes de la ville sera, à mon avis, extrêmement difficile. Daech est installé dans cette ville depuis longtemps et ses positions sont beaucoup plus fortifiées et piégées qu’à Ramadi.
Au sud de la ville de Faluja, les unités de l’armée et de la police irakiennes se trouvent à vue du pont de Faluja, situé à l’ouest de la ville mais le 26 février, elles ont dû repousser une contre-offensive lancée par Daech. Parallèlement, l’Etat-major irakien, cherche à couper les routes du Nord avec « l’organisation des milices populaires » qui a causé à Daech des pertes importantes en vies humaines et en matériels dans le district de Karma Nord-Est de Faluja.

Au nord de Faluja, dans la région d’Albou Abid, à 20 km au nord de Ramadi, selon un chef tribal de la région, toutes les routes d’approvisionnement de Daech ont été coupées par les hommes des tribus.

Le 28 février, Daech a lancé une vaste offensive sur Abou Ghreb, dans la région de Hasswa, à l’ouest de Bagdad, obligeant les populations locales à prendre la fuite. Les combattants de Daech ont, pendant ces combats, incendié le silo de Khan Dhari ainsi que plusieurs camions chargés de blé qui s’y trouvaient. L’aviation militaire irakienne a lancé plusieurs raids sur ces nouvelles positions de Daech pour les en déloger. C’était la première fois depuis 2014 que Daech arrive jusqu’à là. Des forces militaires irakiennes, notamment le régiment présidentiel, ont été déployées aux alentours de l’aéroport international de Bagdad, tout proche d’Abou Ghreb, pour parer à toute éventualité.

Sur le plan politique

Le 24 février, le premier ministre irakien Haider Al Abadi a évoqué la question des milices de l’Organisme de Mobilisation Populaire, en disant que ces forces doivent prendre part à la libération de la ville de Mosul. Cette déclaration a entrainé de fortes réactions dans les milieux politiques et populaires irakiens. L’utilisation des milices shiites pour libérer Mosul, ville à dominante sunnite et à forte minorité kurde, est perçue par les sunnites comme une volonté de les écarter de cette bataille et de remplacer l’occupation actuelle de la ville par les djihadistes de l’Etat Islamique par celle des milices pro-iraniennes. Haider Al Abadi a déclaré que la décision de libérer Mosul serait une décision purement irakienne. Les partis et les coalitions shiites ont, bien sûr, soutenu cette déclaration tandis que les partis sunnites ont critiqué ses propos, soulignant que la libération de la ville de Mossoul doit être faite par les habitants de ce gouvernorat sunnite en coopération avec l’armée irakienne et les peshmergas mais sans la participation des milices shiites.

Tout de suite après sa déclaration, le premier ministre a tenu à rencontrer, à plusieurs reprises, les chefs des milices shiites pour leur faire part de son soutien et démentir les rumeurs de pressions américaines et internationales. Pour les observateurs, cela constitue une volte-face d’Al Abadi par rapport aux accords passés avec les parties locales et internationales dans le cadre de la lutte contre Daech. Ces accords avaient prévu d’écarter les milices shiites des champs de bataille qui se trouvent dans les gouvernorats à majorité sunnite, à consolider le rôle de l’armée irakienne et des combattants des tribus sunnites dans les combats contre Daech. Cette déclaration d’Al-Abadi est semble-t-il destinée à conforter sa position intérieure vis à vis des partis shiites car elle a été faite juste après son annonce de remanier son gouvernement en l’ouvrant à des techniciens ce qui pourrait entrainer le départ de plusieurs ministres shiites. Ce faisant, il rejoint les rangs des pro-iraniens car écarter les milices shiites c’est écarter politiquement l’Iran de la scène irakienne. Pour l’Iran, les villes irakiennes à l’Est du Tigre sont ses portes vers la Syrie. C’est pourquoi Téhéran essaie d’imposer les milices shiites en tant que composante de la bataille de Mosul, afin d’éviter le scénario de la bataille de libération de Ramadi qui s’est déroulée sous surveillance et commandement américain direct et avec une participation sunnite armée et efficace.

Situation sécuritaire

A Bagdad, en général, les crimes organisés de vol à main armée en plein jour, en uniformes militaires ou policiers et à bord de voitures ressemblant à des véhicules officiels, de kidnapping et d’assassinats pour diverses raisons ont continué comme avant. Mais les attentats à l’explosif et à la voiture piégée ont baissé. Le plus violent attentat à l’explosif a eu lieu, le 25 février au soir, lorsque deux kamikazes portant des ceintures d’explosifs se sont fait exploser dans une mosquée shiite, située au quartier de Shula, faisant 12 morts et une trentaine de blessés.
Dans 12 des gouvernorats du Nord et du Sud, la situation sécuritaire est toujours calme et sous contrôle, et reste toujours tendue dans l’ensemble des 6 gouvernorats dans lesquels Daesh réalise des attentats puisque l’on déplore 450 morts contre 397 morts en janvier et 545 en décembre 2015.

Ainsi, dans le gouvernorat d’Al Anbar on déplore 98 morts contre 106 morts en janvier et 182 en décembre ; à Nineveh 92 morts contre 86 en janvier et 132en décembre ; à Salahuldein 78 morts contre 74 en janvier et 86 en décembre, à Kirkuk 77 morts contre 43 en janvier et 73 en décembre ; à Diyala 36 morts contre 32 en janvier et en décembre et à Bagdad 69 morts contre 56 en janvier et 60 en décembre.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL


Analyse de la situation politique et militaire en Irak - Janvier 2016

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Situation militaire

Le fait du mois est la décision de Washington d’accroitre son engagement militaire en Irak. Face au succès de l’intervention Russe en Syrie (les forces d’Assad sont sur le point de prendre Alep) et le déploiement de troupes turques au Kurdistan, Washington [1] a décidé à d’accroitre son effort terrestre en Irak par l’envoi d’éléments de la 101ème division aéroportée pour aider les forces irakiennes et les peshmergas à reprendre Mossoul et Raqqa. Des détachements précurseurs des 17 000 hommes de la 101ème division aéroportée sont en cours de déploiement sur la base aérienne d’Ain Al Assad [2]. Selon le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter, 500 soldats du quartier général de la 101e division aéroportée se joindront aux combats en Irak fin février. 1.300 soldats supplémentaires de la 2e brigade vont se déployer en Irak à la fin du printemps pour former et appuyer l’armée irakienne et les peshmergas kurdes. Cette décision a aussi pour but de couper l’herbe sous les pieds de la Turquie qui, sous prétexte de lutter contre Daesh, veut éviter la création d’un Etat Kurde et positionner des forces armées au Kurdistan syrien et irakien.

Ashton Carter [3] dans un discours aux soldats de la 101e Division aéroportée sur le point d’être déployée en Irak, a nommé les deux plus grandes zones urbaines contrôlées par l’EI, Mossoul dans le nord de l’Irak, troisième plus grande ville du pays, et Raqqa, la capitale de fait de l’EI, dans l’est de la Syrie, comme les principales cibles, pour la prochaine période, d’opérations coordonnées aériennes, terrestres et spéciales. Il a ainsi précisé la stratégie d’Obama dans la guerre contre Daesh dans les termes suivants: « Je sais que la 101e a pris Mossoul autrefois et vous pourriez le refaire ». « Nous pourrions déployer de nombreuses brigades sur le terrain et arriver en force, mais cela deviendrait probablement notre combat et seulement notre combat ». Un tel effort « américaniserait le conflit, permettant à l’EI d’appeler ceci une occupation étrangère ». « Plus problématique encore seraient les efforts pour tenir des villes comme Mossoul et Raqqa si elles étaient vaincues par une force d’invasion plutôt que par des alliés locaux de Washington, tels que les forces kurdes et les troupes gouvernementales irakiennes ». Au lieu de cela, a-t-il expliqué, « nous allons permettre à des forces locales motivées et une coalition internationale au plan de campagne clair, avec le leadership américain et toutes nos capacités impressionnantes de frappes aériennes, forces spéciales, outils informatiques, renseignement, équipement, mobilité et logistique; de formation, conseil et assistance de la part de ceux sur le terrain, dont vous, de réussir ».

Cet engagement accru américain suit le succès des forces irakiennes à Ramadi. Avant la libération de Ramadi, peu de monde aurait parié en Irak sur un succès de l’armée irakienne. Mais mieux équipées notamment de missiles antichar Kornet et 4AT, les forces irakiennes ont pu neutraliser à distance les voitures piégées conduites par des kamikazes au cours de ses attaques. Daesh ne peut obtenir des gains de terrain dans ses attaques qu’en lançant simultanément 60-70 voitures piégées à la fois pour comme c’était le cas, ce mois-ci, lors des batailles de Tharthar et de l’est d’Amiria Faluja.

Situation Politique

Malgré le succès de l’Armée Irakienne à Ramadi qui a amélioré l’image internationale de l’Irak, le Premier ministre Haider Al Abadi est toujours dans une situation politique délicate sur le plan intérieur tant vis à vis des Kurdes que des sunnites, communautés qui représentent chacune environ 20% de la population irakienne.

Avec le Kurdistan les rapports continuent de se détériorer pour trois raisons, politique, militaire et économique. Bien que les grands acteurs régionaux, Turquie et Iran, ne soient pas du tout favorables à l’émergence d’un Etat Kurde, les incessantes revendications kurdes d’autodétermination et d’indépendance ne sont pas de nature à détendre les rapports entre Erbil et Bagdad. D’autant plus que des centaines de conseillers et experts américains au Kurdistan ont établi directement des postes de commandement communs avec les Kurdes pour gérer ensemble les opérations et le renseignement contre Daesh. L’attitude des américains qui arment et appuient les Kurdes, et dont ils ont besoin pour reprendre Mossoul, fait craindre à Bagdad qu’il existe une certaine entente américano-kurde sur le statut ultérieur des territoires libérés par les Kurdes et notamment sur la ville de Mossoul. Enfin la chute des cours du pétrole sur le marché mondial a aggravé les difficultés économiques de la province du Kurdistan, notamment parce que Bagdad ne verse plus sa part de budget à la province kurde en représailles aux exportations de pétrole qu’Erbil effectue directement, le Kurdistan ayant augmenté de façon indépendante ses exportations pétrolières en 2015 à plus de 600 000 b/j.

Avec les sunnites ce sont les graves incidents qui ont eu lieu après l’explosion de voitures piégées conduites par des kamikazes à Bakuba, Mugdadyia et Jadidat Al-Shatt, faisant des dizaines de morts et de blessés shiites et provoquant la colère des milices shiites de la région. Des miliciens shiites ont immédiatement attaqué les habitants sunnites de la ville de Mugdadyia, massacrant les populations sunnites et incendiant 10 mosquées sunnites. Suite à ces exactions, L’Union des Forces sunnites qui est la principale formation représentative des sunnites, a décidé de boycotter les séances du parlement et les réunions du gouvernement irakien. 190 députés sur les 328 étant absents, le parlement irakien n’a pu poursuivre ses travaux. L’Union des Forces Sunnites a renouvelé sa demande d’application de la Charte d’Entente Politique en tant garantie de la réconciliation nationale et notamment ses exigences de dissolution des milices shiites, du retrait de toutes leurs armes lourdes, moyennes et légères et de réserver le port d’armes aux seuls agents de l’Etat et à l’armée irakienne auquel il faut ajouter l’aide au retour les expulsés et les déplacés de guerre chez eux et leur dédommagement.

Le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Irak a été tenu informé de ces exigences sunnites lors d’une réunion tenue avec l’Union des Forces Sunnites. A l’issue de cette réunion, le représentant du secrétaire général de l’ONU a publié un communiqué de presse appelant tout le monde à éviter les violences, les actes de vengeance et le discorde communautariste et à ne pas attaquer les lieux saints pour ne pas provoquer, de nouveau, une guerre communautariste.

De leur côté, les partis shiites accueillent sans enthousiasme le déploiement de forces de la 101ème division aéroportée américaine. L’Alliance Nationale, shiite, a déclaré qu’elle attendait une explication du premier ministre. La Coalition de l’Etat de droit de l’ex-premier ministre Nourri Al Maliki s’est, étonnée du mutisme gouvernemental à l’égard du déploiement de nouvelles troupes américaines en Irak et de la nature de cette nouvelle présence dans le pays. En revanche, le Conseil Islamique Suprême, a déclaré que ce renforcement entrait dans le cadre de l’accord stratégique signé entre l’Irak et les Etats-Unis.

Situation sécuritaire

Dans 12 des gouvernorats du Nord et du Sud, la situation sécuritaire est toujours calme et sous contrôle, et s’est légèrement amélioré dans l’ensemble des 6 gouvernorats dans lesquels Daesh réalise des attentats puisque l’on ne déplore que 397 morts en janvier contre 545 en décembre (-28%).

Ainsi dans le gouvernorat d’Al Anbar on déplore 106 morts contre 182 en décembre ; à Nineveh 86 contre132 ; à Salahuldein 74 contre 86, à Kirkuk 43 contre 73 ; à Diyala 32 stable et à Bagdad 56/contre 60.

En revanche à Bagdad on doit souligner aussi l’augmentation considérable des cas d’enlèvement. Environ une vingtaine de personnes sont enlevées chaque jour auxquels s’ajoutent des cambriolages, d’assassinats, de vols à main armée et de chantages. Dans la plupart des cas, les groupes des malfaiteurs portent des uniformes militaires. Il y a deux semaines, cinq policiers ont été enlevés au centre de Bagdad, à la rue Sadoune où se trouve l’ambassade française. Pendant la même période, trois soldats américains se trouvant dans un appartement situé au sud de Bagdad ont été, eux aussi, enlevés. Même un vice-ministre de la justice a été enlevé.

A noter qu’une partie de ces actes criminels ont un caractère sectaire. Ils visent les Kurdes habitant dans les quartiers de Bagdad à majorité shiite. Les Kurdes de Bagdad sont menacés de mort par des hommes cagoulés se présentant à leur domicile comme des membres des milices shiites connues. Ils leur demandent de quitter Bagdad. Le président irakien Fouad Massoum qui est lui-même kurde a accueilli plusieurs chefs de tribus kurdes résidant à Bagdad venus pour se plaindre de cette situation. Il s’est engagé à punir les coupables mais le gouvernement irakien semble dans l’incapacité totale d’y faire face.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Actuellement 200 membres des forces d’opérations spéciales qu’il avait envoyés en Irak en décembre 2015 sont sur le terrain et engagés dans des actions secrètes contre l’EI. Ceci n’inclut pas les 50 membres des opérations spéciales collaborant actuellement dans le nord-ouest de la Syrie avec des forces insurgées, en particulier le PYD kurde. Cette « Force expéditionnaire de ciblage spécialisée » va « commencer la chasse aux combattants et aux chefs de l’EI, les tuer ou les capturer où qu’ils soient, eux et d’autres cibles clés ».

[2] La base aérienne Al-Asad est une base aérienne irakienne, située à environ 180 kilomètres à l’ouest de Bagdad, dans la province d’Al-Anbar.

[3] World Socialist Web Site.


Analyse de la situation politique et militaire en Irak

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Mois de décembre 2015

Situation politique

La bonne nouvelle en ce début d’année est que contrairement à ce que souhaitent nombre de puissances régionales et notamment la Turquie et même une partie des leaders politiques américains, le dépeçage de l’IRAK et sa division en trois entités chiites, sunnites et Kurdes s’éloigne quelque peu.

Plusieurs faits tendent à le prouver :

1) La provocation turque. Lorsque des troupes turques sont intervenues, le 3 décembre 2015, au nord du pays, près de Mossoul, à Bachika, sans la permission ou la connaissance du gouvernement irakien et sous prétexte de combattre Daesh, le gouvernement irakien a réagi vivement appuyé par l’opinion publique. Le premier ministre irakien Haider Al Abadi a alors lancé un ultimatum sommant Ankara de retirer ses troupes sous deux jours sinon l’Irak aurait recours à toutes les options disponibles pour y parvenir. La force de l’air irakienne a été enjointe de se tenir prête pour défendre « la patrie et protéger sa souveraineté ».

2) Symétriquement, conscientes du danger que représente le poids croissant de l’aide iranienne et des forces pro-iraniennes en Irak, une certaine coordination entre le premier ministre Al Abadi, le grand chef religieux de Najaf Ali Sistani et des partis politiques chiites comme le Courant Sadriste et le Conseil Islamique Suprême semble exister afin de réduire l’influence des courants chiites pro iraniens, fidèles au guide de la révolution iranienne, Ali Khamenei.

3) C’est l’Armée irakienne qui a libéré la ville Ramadi, chef-lieu du gouvernorat d’Al Anbar tombée aux mains de Daesh le 17 Mai. A l’offensive finale, ont pris part, aux côtés de l’armée irakienne, des combattants tribaux sunnites entrainés par les américains (voir nos précédentes évaluations) pour libérer les quartiers de Tamim, JamÏa et Hamira au sud de la ville. La bataille pour le centre-ville a été lancée le 22 décembre à partir du Sud-Ouest. Les forces irakiennes ont traversé la rivière Warar sur des ponts lancés par le génie. Loffensive a ainsi bénéficié d’un effet de surprise car Daesh avait orienté sa défense face au Nord où étaient massées la majorité des troupes irakiennes. Pour la première fois, l’armée irakienne y a utilisé des hélicoptères Apache pour frapper l’ennemi. Des images vidéo ont montré des habitants de la ville accueillant les soldats irakiens par des slogans disant : Sunnites et Chiites, tous ensembles. Le nettoyage de la partie Est de la ville se poursuivait début janvier car quelques centaines de combattants de Daesh, dont une majorité de kamikazes étrangers, s’y trouvaient retranchés avec une grande partie des habitants dont ils se servaient comme boucliers humains.

4) Alors que sur le terrain, les forces Kurdes ont remporté deux victoires importantes à Sinjar en Irak et dans la région Hol en Syrie [1], Massoud Barzani s’accroche à son poste ce qui paralyse la vie politique du pays et gèle en quelque sorte les différends avec Bagdad.

Cette situation et le fait que les manifestations de rues n’ont dégagé aucun leader nouveau fournissent quelques délais supplémentaires au premier ministre Haider Al Abadi pour réaliser les réformes attendues par les irakiens. Mais cette accalmie reste très fragile car, avec la baisse du pétrole et l’effort de guerre, le clivage social entre riches et pauvres ne cesse de s’approfondir. Si le projet réformiste du premier ministre n’aboutit à rien, l’Irak peut-être dans un avenir proche aux prises avec des évolutions violentes et dramatiques initiées, cette fois, par les Chiites et non pas les Sunnites.

Situation sécuritaire

En décembre, la situation sécuritaire évaluée par le nombre de morts par attentat est restée stable par rapport à novembre 2015 qui avait connu une décroissance importante par rapport aux mois précédents. Le bilan s’établit à 545 morts par attentat, chiffre identique à celui de novembre. On note toutefois une nette amélioration à Bagdad et dans le gouvernorat de Diyala (12 morts).

A Bagdad, le nombre de morts par attentats a diminué de 40% et s’établit à 60 morts. En effet, il n’y a eu aucun attentat à la voiture piégée. C’est un succès à mettre au compte des services irakiens qui ont pu identifier et interdire toutes les routes par lesquelles passaient ces voitures pour venir jusqu’à Bagdad. En revanche en raison de la dégradation de la situation économique et de la montée en flèche du chômage, le nombre de vols à main armée et d’enlèvement a fortement augmenté. Ce sont surtout les médecins, les bureaux de change, les salaires des fonctionnaires et les joailleries qui sont visés.

Dans le gouvernorat d’Al Anbar on recense 182 morts par attentat ce qui le maintien en tête des régions les plus dangereuses et cette situation risque de perdurer. Selon les autorités locales, Ramadi est détruite à 80% à cause de bombardements et parce qu’avant son retrait du centre-ville, Daesh a dynamité la plupart des bâtiments gouvernementaux publics et beaucoup de maisons résidentielles. En outre, tous les ponts sont détruits. Il faudra, dans ce contexte économique dégradé, beaucoup de temps à la municipalité pour nettoyer la ville, la reconstruire et remettre en état ses infrastructures et ses services municipaux.

Le gouvernorat de Nineveh avec 132 morts dont le chef-lieu est Mossul reste une région où les affrontements ne peuvent que s’accroitre car l’emprise des forces irakiennes et des peshmergas se resserre autour de la ville.

La situation est stable à Salahuldein (86 morts) et à Kirkuk (73 morts).

Au sud du pays, la situation sécuritaire continue d’être relativement calme. Des mesures de sécurité très fermes ont été appliquées au cours des célébrations chiites qui ont eu lieu, à Najaf, les 11-12 décembre. Néanmoins à Bassora, comme à Bagdad, le taux de criminalité a augmenté en décembre. Il y a eu beaucoup de vols à main armée et d’enlèvements.

[1] Ce qui est probablement une raison de l’envoi de forces Turques en Irak.


Analyse de la situation politique et militaire en Irak, 1er décembre 2015

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Situation politique

Dans un contexte géopolitique profondément modifié par l’intervention Russe en Syrie, en novembre 2015, la situation politique en Irak a continué de se détériorer. Ces tensions accrues se sont manifestées tant à Bagdad qu’à Erbil ainsi que dans les relations entre le Kurdistan et la capitale.

A Bagdad, l’Alliance Nationale chiite, attisée en sous-main par Al Maliki et à laquelle appartient le premier ministre irakien Haider Al Abadi, ne cesse de mettre des bâtons dans les roues du gouvernement. Les députés de sa formation font assaut de critiques contre les réformes promises et lancées par le premier ministre pour répondre à la colère des manifestants qui s’élèvent contre la corruption régnant dans les rouages de l’État irakien [1]. Ces mesures, et notamment celles relatives à l’abrogation des privilèges et des prérogatives des parlementaires et des hauts fonctionnaires de l’État bénéficient d’un soutien populaire très large. Mais la lenteur de leur adoption, du fait du combat retardateur mené par les députés, font perdre à Al Abadi une partie de sa popularité auprès des couches les plus défavorisées de la population. De son côté, le Bloc National qui regroupe les partis sunnites participants au pouvoir en place, s’est lui aussi disloqué, donnant naissance à une formation politique fondée sur des bases strictement sectaires.

Au Kurdistan, le problème du troisième mandat du président sortant de la province autonome, Massoud Barzani, n’est pas encore résolu. Ce dernier s’accroche au pouvoir alors que son mandat est terminé depuis le 20 aout 2015, jour où devait avoir lieu l’élection présidentielle.

En outre, les différends entre Bagdad et Erbil se sont, eux aussi, gravement aggravés à la suite de la libération de Sinjar et les incidents qui ont eu lieu dans la ville de Touz Khourmatou.

En effet, dès la libération de Sinjar réussie, le président de la province du Kurdistan, Massoud Barzani, a déclaré dans une conférence de presse que Sinjar avait été libérée par le sang des combattants kurdes de Peshmergas et qu’elle faisait désormais partie du Kurdistan, affirmant qu’il œuvrerait pour en faire un chef-lieu d’un nouveau gouvernorat irakien, provoquant le mécontentement du gouvernement irakien qui a catégoriquement rejeté cette déclaration.

Quant à Touz Khourmatou, ville à dominante turkmène et chiite des affrontements armés entre les Peshmergas kurdes et les milices chiites de l’Organisme de Mobilisation Populaire.

Ces situations compliquent les rapports entre Bagdad et Erbil et font penser qu’en l’absence d’un homme fort et respecté à Bagdad on se dirige pas à pas vers une séparation de la province autonome kurde. Cette éventualité de séparation du Kurdistan de l’Irak a été publiquement évoquée par Barzani lors d’une récente rencontre avec l’ambassadrice norvégienne en Irak et en Jordanie.

Toutes ces évolutions sont en partie dû à la difficile situation économique du pays, fragilisée par la baisse du baril de pétrole et le coût croissant des dépenses militaires.

Situation militaire et sécuritaire

La situation militaire

Pour la première fois depuis plus de18 mois des succès militaires significatifs ont été remportés contre Daesh au Nord à Sinjar et au Sud à Ramadi.

Le 13 novembre, Sinjar, prise par Daesh depuis un an, a été libérée par les Peshmergas kurdes grâce à appui aérien de la coalition internationale. Les combattants de Daesh s’en sont retirés après des combats qui ont duré trois jours mais opposer la résistance farouche habituelle. Dans un communiqué de presse, le Conseil National Kurde a indiqué que cette opération « Sinjar Libre » visait et à couper les lignes d’approvisionnement de Daesh, la ville se trouvant sur l’axe reliant Mossoul à Raqqa. Des combattants yézidis et d’autres minorités ethniques de la région ont pris part aux combats.

La libération de Sinjar constitue la première défaite importante de Daesh depuis près de six mois.

Depuis septembre 2015, Ramadi constitue l’objectif des forces irakiennes aidées par des milices sunnites entrainées par les américains. L’offensive vise à encercler Ramadi par le Nord et l’Ouest comme la récente prise du pont de Palestine sur l’Euphrate tend à le démontrer. Fin novembre, les forces gouvernementales se sont emparées de l’Ouest de la ville et avançent vers l’Est en ratissant la zone maison par maison. Les forces de Daesh sont concentrées à l’Est de la ville afin de pouvoir se replier si nécessaire sur Falluja qui reste leur point d’appui le plus important de la région. La reconquête de Ramadi, ville de 300 000 habitants, n’est désormais plus qu’une question de temps et marquera certainement un tournant important dans la guerre contre Daesh.

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La situation sécuritaire

La situation sécuritaire ne s’améliore que très lentement malgré les mesures drastiques de sécurité prises par le gouvernement. On dénombre ainsi 547 morts par attentats en novembre contre 636 morts en septembre, 760 en aout et 703 en juin soit une diminution de près de 30%.

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[1] Certaines réformes d’Al-Abadi comme celle relative à l’abrogation des postes des vice-présidents de la république et du premier ministre, de quatre ministères et des 300 hauts postes font l’objet de critiques constitutionnelles. Al-Maliki à qui ces mesures ont coûté son poste de vice-président de la république et qui possède une base politique plus large que celle d’Al-Abadi au sein du parti chiite Dawa est l’un des plus grands dénigreur de cette mesure.


Analyse de la situation géopolitique, politique et militaire en Irak – Début Octobre 2015

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La fin du mois de septembre et ce début d’octobre est marqué par l’intervention militaire Russe en Syrie et les propositions de Vladimir Poutine de constituer un front uni contre Daesh. Pour ce faire, les Russes, selon des sources irakiennes, auraient commencé à déployer à Bagdad un état-major politique et militaire, car coalition ou pas, une coordination des opérations sur le terrain et dans l’espace aérien s’impose.
Alors que la situation politique en Irak reste confuse tant à Bagdad qu’à Erbil, les Etats-Unis continuent de se comporter en pays conquis et mettent en place en Irak, sans un aval formel du gouvernement et des partis irakiens, une stratégie opérationnelle identique à celle des Russes en Syrie qui elle s’appuie sur une demande formelle du gouvernement Assad.
Malgré tous les démentis, des troupes terrestres américaines venant de la Jordanie sont entrées, en septembre, dans les territoires irakiens d’Al Anbar par le poste frontière de Trébil pour former, entrainer les tribus sunnites et les équiper par un pont aérien sur l’aéroport militaire de Habbaniyya. La stratégie américaine est vraisemblablement, dans un premier temps, de concentrer leurs efforts sur le gouvernorat d’Al ANBAR pour deux raisons. Ils bénéficient de l’appui de certaines tribus sunnites avec lesquelles ils ont conservé d’étroits contacts depuis le « Surge » et ils veulent protéger leur allié saoudien qui possède 420 km de frontières avec ce gouvernorat. Il semble aussi que le premier objectif des Etats-Unis soit de libérer la ville de Ramadi, chef-lieu du gouvernorat (300 000 h mais dont 1/3 ont fui lorsque Daesh s’est emparé de la ville), plutôt que la ville de Faluja (200 000h), plus proche de Bagdad mais dont la population reste acquise à Daesh.
La situation sécuritaire est toujours très mauvaise dans 4 gouvernorats sur 18 : 4 gouvernorats totalisent 92% des attentats au mois de septembre : Nineveh (173 morts) ; Salah Dine (160) ; Al Anbar (155) et Bagdad (96). La situation est meilleure à Kikuk (44 morts) et à Diyala (8).

Situation politique

En septembre, les appels à diviser l’Irak en mini-Etats selon ses composantes communautaires ont continué de se faire entendre à l’extérieur comme à l’intérieur de l’Irak. Les partis politiques au pouvoir ont rejeté ces appels. Le Conseil Islamique Suprême, à l’unisson des partis au pouvoir, a condamné les déclarations du directeur de la Defense Intelligence Agency, le Général [1] Vincent Stewart, sur le démembrement de l’Irak, estimant « qu’elles visent le tissu national de la société irakienne et qu’elles approfondiront davantage les différends qui existent actuellement entre les différentes composantes ethniques et religieuses du pays ». De même la Coalition des Forces Irakiennes qui représente les Sunnites au parlement irakien a accusé la politique américaine d’être à l’origine des projets tendant à morceler la patrie arabe, considérant que l’évocation par de hauts responsables américains l’idée du démembrement de l’Irak et de la Syrie « n’est pas une simple hypothèse mais il s’agit plutôt d’un énième tentative pour l’imposer sous prétexte de la politique du fait accompli [2] ».

En septembre
, les manifestations qui avaient commencé dans les principales villes irakiennes en aout, ont durci le ton. Au lieu d’appeler à soutenir le premier ministre dans ses réformes, les manifestants lui demandent d’agir vite en mettant en chantier de véritables réformes ou de partir. Les irakiens sont aujourd’hui en majorité convaincus qu’Hayder Al Abadi sera incapable de mener de réelles réformes en raison du système politique des quotas communautaires et partisans qui répartit les postes clés de l’Etat, sans parler de la guerre contre Daesh et de son coût très élevé.

De son côté, le chef de la Coalition Nationale, Ayad Allawi, a appelé, dans un communiqué de presse, à changer le premier ministre et à désigner à sa place un homme capable de mener les réformes, un homme non autoritaire, rassembleur et respectueux de la concordance nationale, de la constitution et des lois en vigueur afin de sauver le pays en ne marginalisant aucune force politique.

Au Kurdistan, la fin prochaine du deuxième mandat présidentiel de Massoud Barzani, qui a déjà été prolongé de deux ans, entraine une situation de blocage entre le PDK et l’UPK. Les partisans de Massoud Barzani qui occupent des postes importants au Kurdistan et à Bagdad essaient de prolonger son mandat. Barzani a appelé à organiser des élections présidentielles directes afin de passer outre le Parlement du Kurdistan. Mais le parti Goran et les autres partis islamiques qui dominent le Parlement du Kurdistan ainsi que l’UPK [3] insistent pour régler l’affaire au Parlement du Kurdistan [4].

Ce qui est paradoxal dans cette situation c’est que les Etats-Unis l’Iran et la Turquie souhaitent le maintien de Barzani à la tête du Kurdistan afin de ne pas courir le risque d’une mise en cause de la stabilité qui y règne jusqu’à présent. Washington s’agite en coulisse pour trouver des solutions pour ses deux alliés en difficulté, Al Abadi et Barzani, afin qu’ils puissent poursuivre le combat contre Daesh.

Situation sécuritaire

Le fait marquant du mois de septembre est le renforcement des forces américaines stationnées en Irak et la mise en place d’une stratégie opérationnelle que Washington veut imposer au gouvernement irakien et à l’Iran. Cette stratégie militaire s’appuie sur les tribus sunnites, les Peshmergas kurdes et une partie des forces armées irakiennes. Ils sont, pour Washington, les clefs de la crise irakienne.

Selon ces sources, les troupes américaines essaient depuis presque un mois, de prendre en main le dossier sécuritaire d’Al Anbar, en gelant, d’abord, les opérations de l’armée irakienne, puis faisant pression pour retirer les milices chiites des environs de la ville de Ramadi, chef lieu d’Al Anbar, tout en les empêchant de s’approcher de la ville de Faluja. Parallèlement, dans les districts de Khalidyia et dans le camp de Habbaniyya, à 20 km à l’est de Ramadi, les troupes américaines équipent d’armes et de matériels les forces des tribus sunnites grâce à des avions cargos qui atterrissent tous les jours à l’aéroport militaire de Habbaniyya.

La mise en place unilatérale de cette stratégie génère des interrogations et des critiques à Bagdad. Un analyste irakien soutient que Washington utilise les hommes des tribus d’Al Anbar pour faire pression sur le gouvernement irakien pour écarter les milices chiites des opérations militaires de ratissage des territoires libérés des mains de Daesh à Al Anbar. Selon lui, les forces des Etats-Unis jouent un rôle négatif dans ce gouvernorat car elles ne participent pas directement aux combats. A cet égard, l’un des chefs des milices chiites, Karim Nourri, a déclaré que « les Etats-Unis ne sacrifieront même pas un seul soldat pour l’Irak et que leurs interventions dans les affaires intérieures de l’Irak visaient à le disloquer » ; ajoutant que « l’Organisme de Rassemblement Populaire n’a pas besoin de l’autorisation de quiconque pour poursuivre son combat contre Daesh ». De son côté, la commission Sécurité et Défense du parlement irakien a affirmé que Washington n’avait pas le droit de geler les opérations militaires de l’armée irakienne contre Daesh à Al Anbar, soulignant que les milices chiites de l’Organisme de Rassemblement Populaire continueront leurs opérations militaires contre Daesh à Al Anbar. La commission tiendra en octobre une réunion extraordinaire pour répondre à cette action unilatérale américaine. Pour sa part, la présidence du parlement irakien a exclu que les forces américaines arrêtent les opérations militaires de l’armée irakienne et des milices de l’organisation de rassemblement populaire à Al Anbar, affirmant que ces dernières continueront leurs opérations à Al Anbar. De son coté, le porte-parole de la milice chiite Bader, les forces du Rassemblement Populaire se trouveront là où se trouvera Daesh et rien ne les empêchera de l’être d’autant qu’elles sont soutenues par les grands chefs religieux chiites et par le peuple irakien, affirmant qu’il n’y a aucune raison pour qu’elles se retirent d’Al Anbar ou de tout autre gouvernorat irakien.

Dans le gouvernorat de Salah Dine, Daesh s’est à nouveau emparé de la localité de Béji après le retrait de l’armée irakienne et des milices chiites. Le gouvernement irakien a lancé, le 19 septembre, une nouvelle campagne militaire pour reprendre Béji en passant par la localité de Sinyia. Selon les informations de presse, les combattants des milices chiites seraient sur le point d’entrer dans les quartiers résidentiels des deux villes.

A Bagdad, la situation sécuritaire continue d’être détériorée. Le nombre des attentats à l’explosif et des enlèvements a augmenté, multipliant le mécontentement de la rue irakienne vis-à-vis du gouvernement irakien à cause de son incapacité à assurer la sécurité pour les citoyens irakiens. A signaler notamment deux attentats très meurtriers : le 17 septembre deux kamikazes se sont fait exploser au sein de la foule au centre de Bagdad, tuant plus de 30 personnes et blessant 120 autres. Le 20 septembre, une voiture piégée a explosé près d’un marché populaire situé au quartier d’Amni, au sud-est de Bagdad faisant des dizaines de morts et de blessés.

Au Nord et au sud du pays, il n’y avait aucun attentat à signaler en septembre.

Néanmoins, septembre avec 636 morts par attentats est moins sanglant qu’aout (760), et juin (703).

4 gouvernorats totalisent 92% des attentats au mois de septembre
: Nineveh (173 morts) ; Salah Dine (160) ; Al Anbar (155) et Bagdad (96). La situation est meilleure à Kikuk (44 morts) et à Diyala (8).

[1] Lieutenant General Vincent R. Stewart became the 20th Director of the Defense Intelligence Agency and the Commander, Joint Functional Component Command for Intelligence, Surveillance and Reconnaissance.

[2] Pour cette coalition, les Etats-Unis sont directement responsables de la détérioration de la situation dans les pays arabes, du déchirement de leurs entités, du pillage de leurs richesses naturelles et de la provocation des guerres civiles afin de dessiner une nouvelle carte pour le Moyen-Orient.

[3] Dans un communiqué de presse publié, le 10 septembre, par le bureau politique du PDK à l’occasion du 54e anniversaire de la révolution de 1961 de Mustapha Barzani a affirmé que s’il n’y avait les actuels différends politiques, le peuple du Kurdistan n’aurait jamais été aussi proche de son autodétermination et il aurait fait des pas importants vers la réalisation des aspirations du mouvement de libération du Kurdistan. Toutefois, il a annoncé qu’il était prêt à agir dans un esprit national irakien pour créer une concordance nationale et résoudre tous les problèmes politique et juridique de l’Irak et pour garder le bercail du Kurdistan unifié.

[4] Les difficultés de Massoud Barzani viennent du fait que le Kurdistan n’a pas sa propre constitution. C’est la constitution irakienne qui y est valable. Elle autorise à beaucoup de mécanismes de pouvoir kurdes qui étaient en cours avant 2005 d’être encore applicables. De ce fait les deux principaux partis politiques du Kurdistan, le PDK et l’UPK, se partagent le pouvoir et les postes importants à Erbil et Soulymanyia où se trouvent leurs fiefs respectifs.


Analyse de la situation géopolitique, politique et militaire en Irak - 10 Septembre 2015

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Au moment où les gouvernements occidentaux s’interrogent sur leur stratégie militaire, en aout, en Irak, les combats contre Daesh, qui compte dans ses rangs environ 30 000 combattants, ont continué dans les gouvernorats d’Al Anbar et de Salah Dine, causant de nombreux morts et blessés dans les rangs des deux parties. Les troupes pro-gouvernementales ont remporté quelques petites victoires dans les deux gouvernorats. Mais rien de décisif n’apparait possible avant longtemps. La bataille de libération de Mossoul et de Ramadi n’est certainement pas pour demain. Daesh grâce à la complicité d’Erdogan dispose avec 2 millions de dollars de revenus pétroliers par jour ce qui lui donne les moyens de durer contre l’armée irakienne et les milices shiites. Il est clair que l’on ne vaincra pas Daesh en Irak sans une réconciliation nationale entre Shiites et Sunnites. La victoire ne peut pas être que militaire. Elle doit être, d’abord, politique et morale.

Situation politique

C’est ce qu’ont voulu signifier au gouvernement les vastes manifestations pacifiques qui ont eu lieu à partir du 7 août dans la capitale irakienne et dans plusieurs grandes villes du centre et du sud du pays. Ce soulèvement [1] populaire est de nature laïque. Shiites, Sunnites, Kurdes, Chrétiens y participent ensemble. Ils exigent l’amélioration services municipaux et publics, notamment l’électricité [2], une lutte efficace contre la corruption financière et administrative, la mise en chantier de réelles réformes politiques dont la transformation du régime parlementaire actuel en régime présidentiel, la réduction du nombre des postes ministériels et parlementaires et la mise en jugement des responsables corrompus pour des actes commis depuis 2003. Lors de la prière de vendredi du 7 août, le porte-parole du grand chef religieux chiite, Ali Sistani, a exprimé le soutien de Sistani aux revendications des manifestants, demandant au premier ministre irakien, Haider Al Abadi, d’être courageux dans sa lutte contre la corruption [3] et approuvant les réformes politiques déjà annoncées par les gouvernement irakien.

Les victoires de Daesh à Mossoul, Al Anbar, Diyala et Salah Dine sont, selon les irakiens, essentiellement dues à la corruption financière qui gangrène l’institution militaire irakienne avec ses soldats (fantômes) et ses grades militaires vendus au plus offrant et à des personnes incompétentes.

Face à cette colère populaire le premier ministre Haider Al Abadi a pris plusieurs mesures. Il a interdit aux grands responsables irakiens de sortir du pays et a démis de leurs fonctions les trois vice-présidents de la république, Ayad Allawi, Nourri Al Maliki et Oussama Al Nejeifi, ainsi que les trois vices premiers-ministres. Il a aussi fusionné plusieurs ministères et en supprimé plusieurs autres pour alléger le fardeau administratif et réduire les dépenses publiques. Il a également réduit le nombre considérable des gardes du corps des responsables irakiens qui se comptent par milliers et a supprimé les privilèges financiers accordés aux trois présidences des trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Enfin il se murmure à Bagdad que le précédent premier irakien Nourri Al Maliki serait traduit devant la justice pour la prise de Mossoul par Daesh en juin 2014.

Situation militaire et sécuritaire

Situation militaire

En aout, la situation militaire a très peu évolué malgré des combats intenses contre Daesh qui ont généré des pertes importantes des 2 cotés mais dont les chiffres ne sont pas communiqués. En effet, dès que l’armée irakienne et les milices chiites réalisent une petite avancée à un endroit, Daesh contre-attaque ailleurs. Ainsi, lorsque les troupes irakiennes ont remporté quelques succès tactiques à Al Anbar, Daesh a lancé une attaque à Béji, au nord de Salahuldein. A Faluja, ville de moins de 200 000 habitants, malgré le pilonnage systématique par artillerie et les raids des appareils irakiens et de ceux de la coalition, les troupes pro gouvernementales n’ont pas pu entrer dans la ville. Les combattants de Daesh y sont retranchés, empêchant les populations civiles d’en sortir afin de les utiliser comme boucliers humains. Par ailleurs, Daesh a aussi lancé plusieurs attaques suicides contre les généraux commandant les forces irakiennes de façon à les desorganiser. Le 27 août, le commandant-adjoint des opérations militaires d’Al Anbar, le commandant de la 10e division et le commandant d’une brigade de l’armée irakienne ont été tués ensemble par une attaque suicide à Al Anbar.

Situation sécuritaire

Le niveau de morts par attentat demeure à un niveau très élevé en Irak où l’on enregistre, en aout, 760 morts contre 815 en juillet 2015.

Alors que dans 12 gouvernorats du Nord et du Sud la situation sécuritaire est sous contrôle et calme, elle reste toujours aussi précaire dans les 6 gouvernorats [4] dans lesquels Daesh dispose du soutien de populations sunnites notamment ceux qui possèdent une frontière avec la Syrie (Al Anbar et Nineveh).

Deux attentats très meurtriers ont contribué à tirer vers le haut le bilan sécuritaire de Bagdad et de Diayla. L’attentat le plus meurtrier a eu lieu, jeudi le 13 août, dans un marché bondé de fruits et légumes, situé à l’est de Bagdad, au quartier de Jameela. Il a fait 76 morts et plus de 200 blessés [5]. A Diyala, un attentat par voiture piégée a eu lieu le 10 août dans un marché populaire situé au village de Hoeder, à 8 km de la ville de Bakuba, faisant 50 morts et 60 blessés.

Par ordre décroissant on note la répartition suivante : Bagdad, 187 morts. AL Anbar, 181 morts. Nineveh, 177 morts. Salahuldein, 79 morts. Diyala, 70 morts. Kirkuk, 68 morts.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL, auteur de « Carnet de guerres et de crises 2011-2013 », Lavauzelle, Mai 2014 et de « Russie, alliance vitale », Choiseul, 2011.

[1] La Place Tahrir qui est actuellement le théâtre des manifestations à Bagdad avait déjà connu des manifestations identiques en 2011. Les Kurdes avaient déjà, eux aussi, manifesté en 2012 et en 2013. Ils ont aussi manifesté le 12 août, à Soulymanyia et à Erbil pour revendiquer l’amélioration des services publics mais aussi pour s’opposer, dans leur grande majorité, à un troisième mandat présidentiel du président sortant du Kurdistan, Massoud Barzani et pour exiger des réformes politiques dans la province autonome. Le 14 août, une grande manifestation a éclaté à Kirkuk pour revendiquer des réformes politiques et la mise à la porte de certains membres corrompus du conseil municipal du gouvernorat. Plus tard, des manifestations ont eu lieu aussi dans des localités du gouvernorat de Diyala comme Bakuba et Khalis, pour demander aussi des réformes politiques.

[2] Tout au long de toute cette période, le citoyen irakien n’a vu aucune amélioration dans le service de l’électricité. Plus de 60 milliards de dollars y ont été dépensés depuis 2003 sans amélioration notable. Même constat pour les réseaux de transport et d’eau potable. Quant au chômage, il est à un niveau catastrophique.

[3] La corruption financière et administrative est, en effet, endémique au nouvel Etat irakien mis en place par les Etats-Unis et jusqu’aux niveaux les plus élevés. L’Organisation Mondiale de la Transparence de l’ONU considère l’Irak comme l’un des pays du monde les plus corrompus (170ème rang sur 174) . Le mécanisme de corruption en Irak commence par le gouvernement et le parlement irakiens qui se sont accordés des privilèges et des salaires très élevés et ont votés des milliards de dollars pour des projets de reconstructions qui n’ont jamais vu le jour. De nombreuses commissions d’enquête ont été constituées mais jusqu’à présent, aucun responsable irakien n’a été inquiété.

[4] Al Anbar (chef lieu Ramadi), Nineveh (chef lieu Mossul), Bagdad, Salah al Din (chef lieu Samara), Kirkuk et Diyala (chef lieu Baqubah).

[5] Selon un rapport confidentiel, le gouvernement irakien savait qu’il y aurait un attentat dans ce marché mais il n’a rien fait pour l’empêcher. A cet égard, le 14 août, le président de la commission parlementaire Sécurité et Défense au parlement irakien a déclaré que cet attentat de Jameela ferait tomber des têtes.


Analyse de la situation géopolitique, politique et militaire en Irak - 15 juillet 2015

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Contexte géopolitique

Le fait du mois : Obama contraint de modifier sa stratégie au Moyen Orient
A la suite, à la mi-Mai, à la prise par Daech de capitale du gouvernorat d’Al Anbar, évacuée pratiquement sans combat par l’armée irakienne, force est de constater que, désormais, Daech menace directement Bagdad, que l’armée irakienne n’est pas en état de défendre la capitale et que les frappes aériennes de la coalition occidentale n’ont que peu d’effet sur les capacités offensives de Daech.

Face à cette situation le Président américain, avec pragmatisme semble avoir tiré la leçon de l’échec de sa stratégie pour combattre Daech.

Après 9 mois de frappes aériennes, il devenait clair que Daech avait non seulement la capacité de s’enraciner en Syrie et en Irak mais aussi de s’emparer de Bagdad et de menacer l’Arabie Saoudite. Et puisque Obama se refusait à renvoyer dans le bourbier du Moyen-Orient des troupes au sol, la seule option possible qui lui restait pour contenir la progression de Daech et à fortiori de le battre était de modifier sa position vis-à-vis des milices chiites et de leurs soutiens iraniens [1]. Cela s’est traduit concrètement sur le terrain par : 1) la mise en veilleuse des critiques américaines vis-à-vis des milices chiites et de leur soutien par les forces iraniennes; 2) la décision de fournir un appui appui aérien aux miliciens chiites, notamment celles de Bader, d’ Assab Ahl Al Hak, au hezbollah irakien et aux brigades de paix qui combattent Daesh à Al Anbar; 3) une cohabitation des forces soutenues par l’Iran et des soldats américains a été observée sur La base aérienne Al-Taqaddum (OACI : ORAT, Taqaddum signifiant progrès en arabe) située dans le gouvernorat d’Al Anbar, à environ 74 kilomètres à l’ouest de Bagdad [2]; 4) dans la deuxième quinzaine de juillet, le porte-parole officiel de l’Organisme de Mobilisation Populaire qui regroupe toutes les milices chiites en Irak, Ahmad Al Assadi [3], effectuera une visite aux États-Unis [4]. Enfin comment ne pas envisager que la nécessité de s’appuyer sur l’Iran pour combattre Daech ait facilité l’accord sur le nucléaire iranien, signé le 14 juillet à Vienne malgré l’opposition des républicains et d’Israël.

Une situation politique figée

Alors que le contexte international a connu une évolution marquante, la situation politique en Irak n’a guère évoluée durant le mois de juin et début juillet.

L’incapacité du premier ministre Hayder Al Abadi à faire adopter par les députés les projets de loi concernant la garde nationale, l’amnistie générale et la débaassification témoigne du fossé de méfiance qui s’est creusé entre les trois communautés chiites, kurdes et sunnites.

Concernant la garde nationale, la Commission Sécurité et Défense du parlement irakien a confirmé l’existence de ces divergences entre l’Alliance Nationale (chiite), l’Union des Forces (sunnite) et l’Alliance du Kurdistan. Elles sont relatives au rattachement de la garde nationale et à son niveau d’armement. l’Alliance Nationale (chiite) veut que la garde nationale soit rattachée au commandant en chef des forces armées irakiennes, c’est-à-dire au premier ministre (chiite) tandis que l’Alliance de Forces (sunnite) veut qu’elle soit rattachée et gérée par les gouvernorats ou par le ministère irakien de la défense qui est dirigé par un sunnite. De plus, l’Union des Forces (sunnite) ne veut pas que la garde intervienne dans d’autres gouvernorats tandis que l’Alliance Nationale (chiite) veut permettre ces interventions dans d’autres gouvernorats sous le commandement du commandant en chef des forces armées irakiennes. L’armement de la garde est également l’objet d’une opposition. Les parlementaires sunnites veulent qu’il soit lourd tandis que les Chiites veulent qu’il soit léger et moyen. Quant aux Kurdes, ils refusent la présence de la garde dans les zones litigieuses du Nord.

Concernant le projet de loi d’amnistie générale, les députés sunnites ont appelé le premier ministre Hayder Al Abadi, dans un communiqué publié le 22 juin, à retirer son texte, soulignant le non-respect par le gouvernement des accords politiques passés lors de sa formation. Selon eux, le projet de loi est vidé de son réel sens par le texte du gouvernement et ne fait qu’accentuer et consacrer les injustices vis-à-vis des milliers de sunnites qui ont été torturés pour leur extirper de faux aveux [5] et qui ont été jugés selon l’article de loi 4 sur le terrorisme.

Pour ce qui concerne le projet de loi de débaasification, l’Alliance Nationale (chiite) a appelé à respecter les engagements pris et les accords politiques conclus entre les forces politiques du pays mais a, en même temps, affirmé qu’elle s’abstiendrait à voter le projet de loi de débaasification, liant son vote au vote d’une loi interdisant et criminalisant le parti Baas. Ce que rejette l’Union de Forces (sunnite).

Enfin, la Commission d’Équilibre gouvernementale composée de 7 personnes représentatives des différentes communautés irakiennes, qui figurait dans l’accord sur lequel est fondé le gouvernement d’Al Abadi, a été formée et a commencé son travail pour choisir les noms des candidats aux postes de vice-ministre [6]. Là encore l’opposition et la méfiance entre les communautés freine ses travaux.

Situation militaire et sécuritaire

Une situation militaire sans changement

Les offensives de libération de Ramadi et des autres localités d’Al Anbar qui devaient être lancées en juin, ont été reportées sine die. Toutefois, le pilonnage des positions de Daech par l’aviation et par l’artillerie n’ont pas cessé à Garma, à 62 km à l’ouest de Bagdad et à l’est de Faluja. Bagdad ne parle que d’une grande offensive sur Faluja qui serait lancée après la fin du ramadan.

Une situation sécuritaire toujours aussi dégradée dans les 5 gouvernorats sunnites

Au Nord de l’Irak. Au Kurdistan, la situation sécuritaire était calme au mois de juin. Les Peshmergas ont mené des actions limitées dans certaines régions contrôlées par Daesh à Kirkuk et Salah Dine. A Diyala, la conséquence du Limogeage du maire sunnite de Diyala et la nomination à sa place d’un Chiite, membre de la milice Badr, ne s’est pas fait attendre : les attentats à la voiture piégée ont augmenté en juin par rapport aux mois précédents. Le mois de juillet s’annonce encore bien plus sanglant [7]. Au gouvernorat de Salah Dine, à Béji, les combats entre Daesh et les milices chiites font toujours rage.

A Bagdad, le nombre des attentats à la voiture piégée a beaucoup diminué pendant la deuxième moitié de juin [8].

Au Centre et au Sud de l’Irak, la situation était calme en juin. Aucun attentat n’y a été perpétré. C’est également le cas à Karbala et à Najaf où plusieurs voitures piégées venant d’Al Anbar ont été saisies.

Le nombre de morts par attentats en Irak au mois de juin reste très élevé et s’établit à 703. Ils se répartissent ainsi: Niveneh 104 attentats ont fait 229 morts ; Al Anbar 117 attentats ont fait 202 morts ; Salahuldein 80 attentats ont fait 120 morts; Bagdad 68 attentats ont fait 79 morts ; Kirkuk 35 attentats ont fait 49 morts ; Diyala 29 attentats ont fait 24 morts.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL, auteur de « Carnet de guerres et de crises 2011-2013 », Lavauzelle, Mai 2014 et de « Russie, alliance vitale », Choiseul, 2011.

[1] Un responsable irakien proche du premier ministre Hayder Al Abadi qui l’a accompagné récemment pendant la tenue de la conférence de Paris pour discuter de la stratégie internationale contre Daesh a déclaré que la coalition occidentale conduite par Washington avait commencé à changer son avis vis-à-vis de l’Organisme de Mobilisation Populaire des milices chiites.

[2] Le porte-parole du Pentagone, le colonel Steven Warn, a dit qu’il n’y avait aucune interaction entre les 450 soldats américains se trouvant dans cette base et les miliciens chiites qui y sont stationnés.

[3] Ahmad Al Assadi est, d’ailleurs, le chef de la milice chiite Kataib Jund Il Imam (Brigades des Soldats de l’Imam).

[4] Cette visite est,de facto, une reconnaissance par Washington qu’elles sont devenues la force militaire la plus efficace d’Irak.

[5] Pour sa part, la Commission Juridique du parlement irakien a souligné l’importance de la loi d’amnistie générale, surtout dans les circonstances actuelles du pays. C’est l’avis également de l’Alliance du Kurdistan qui a affirmé que cette loi était l’une des lois importantes du document de base du programme politique de la formation de l’actuel gouvernement irakien.

[6] Correspond aux directeurs généraux de l’administration française.

[7] On vient d’apprendre que vendredi 17 juillet, dans le gouvernorat de Diyala la communauté chiite irakienne a été la cible d’un terrible attentat-suicide par camion piégé, alors qu’elle s’apprêtait à célébrer la fin du Ramadan. Le bilan provisoire s’élève à 90 morts, 17 disparus et plus de 120 blessés.

[8] Le 17 juin, les forces de l’ordre de Karbala ont découvert au point de passage entre Al Anbar et Karbala 7 voitures piégées. Ce qui a incité le commandant en chef des forces armées irakiennes à le fermer. Cette fermeture est à l’origine de la diminution des attentats à Bagdad car la plupart des voitures piégées qui entraient à Bagdad passaient par ce point.


Analyse de la situation géopolitique, politique et militaire en Irak - 15 juin 2015

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Contexte géopolitique et politique de la situation en Irak

14 ans après l’intervention illégale des États-Unis en Irak à laquelle la France de Jacques Chirac avait refusé de participer et un an après la prise de Mossoul par l’Etat Islamique, la fin du principe de l’intangibilité des frontières issues de la décolonisation constitue le scénario le plus probable de l’avenir du Moyen-Orient.

En effet, 2015 marquera probablement la fin de l’objectif des États-Unis d’implanter par la force une démocratie en Irak dans laquelle les différentes communautés sont associées dans un pouvoir démocratiquement élu.
Face à la menace de l’extrémisme salafiste de Daech, soutenu par une majorité des tribus sunnites, ce sont les shiites extrémistes qui sont en passe de l’emporter. Comme dans toutes les autres minorités shiites du Moyen-Orient ils rêvent de créer ensemble un grand empire shiite dirigé par l’Iran et son Velayat-e faqih (Gouvernement du docte religieux).

En effet, il apparait clairement en ce début du mois de juin 2015 que les partis shiites irakiens au pouvoir ont abandonné l’objectif d’une réconciliation nationale et sont en majorité acquis à l’idée d’un gouvernement identitaire shiite sous l’influence directe de l’Iran [1]. Rien ne semble plus pouvoir faire détourner ces partis de cet objectif stratégique. Ils ont définitivement rangé dans les poubelles de l’histoire les principes et les règles de la démocratie, la constitution irakienne, le partenariat national, les accords politiques visant à respecter les spécificités ethniques et religieuses des irakiens.

En l’absence d’une intervention terrestre occidentale extrêmement improbable, la reconquête des gouvernorats sunnites, dans lesquels Daech a conforté son emprise avec la prise de Ramadi, capitale du gouvernorat d’Al-Anbar, ne pourra pas être le fait d’une armée nationale irakienne. Alors que les Etats-Unis s’efforcent de la reconstruire depuis 9 mois, après l’avoir stupidement dissoute en 2002, les forces irakiennes se sont débandées à Ramadi abandonnant à l’ennemi le matériel moderne qui venait de leur être livré.

Le califat, un an après sa proclamation par Abou Bakr al-Baghdadi, révèle un triple échec : l’échec de la stratégie politique et militaire américaine au Moyen-Orient ; l’échec des monarchies gériatriques du Golfe Persique qui ont contribué à l’émergence de Daech qu’ils espéraient utiliser pour renverser le régime d’Assad et le remplacer par un pouvoir sunnite ami ; l’échec de l’Europe et, au premier lieu de la France, qui ont cru à un printemps arabe et qui, diabolisant le régime d’Assad, sont co-responsables du départ de plusieurs milliers de jeunes européens en Syrie, générant, par un effet boomérang, une menace sur leur propre territoire.

Les seuls gagnant à l’heure actuelle sont les Kurdes. Vainqueurs en Irak dès lors qu’ils étaient correctement équipés les Peschmergas ont clairement démontré leur valeur militaire. Vainqueurs en Syrie où, malgré l’attentisme Turc, et avec l’aide des frappes américaines, ils ont repris Kobané. Vainqueurs en Turquie où, pour la première fois, ils rentrent en masse au Parlement et deviennent désormais une force politique sur laquelle Erdogan devra compter.

C’est aussi grâce aux Kurdes que l’on voit se dessiner une stratégie américaine alternative. En effet, le président de la province autonome du Kurdistan, Massoud Barzani, a déclaré, le 6 mai, devant le Conseil de l’Atlantique Nord et l’Institut Américain pour la Paix que le Kurdistan indépendant était imminent et que ce processus était irréversible, soulignant toutefois qu’il faut l’envisager de façon pacifique. Au cours de ce déplacement à Washington, Barzani a effectué des entretiens avec le président américain Barack Obama et avec le vice-président Joe Biden portant sur la campagne militaire contre Daesh et sur le soutien américain aux Kurdes irakiens. A noter qu’à plusieurs reprises, le vice-président américain Joe Biden a laissé entendre qu’il était partisan d’un projet divisant l’Irak en trois entités autonomes : shiite, sunnite et kurde, projet qui était inscrit en filagramme dans le projet de budget pour la Défense préparé par le Congrès américain [2].
Pour les États-Unis, cette stratégie dont Joé Biden est partisan, aurait l’avantage de les faire sortir de l’ambiguïté actuelle d’un soutien à la fois aux monarchies sunnites et à un Etat irakien qui semble chaque jour un peu plus tourner le dos à une politique de réconciliation nationale avec les sunnites.

Situation militaire et sécuritaire

Le 17 mai, les combattants de Daech ont pris Ramadi à la suite de combats très violents. Selon des témoins oculaires, les combattants de Daech ont attaqué le bâtiment de la mairie de Ramadi, où
étaient retranchés les soldats irakiens, avec plusieurs voitures blindées piégées qui ont explosé à l’entrée de la mairie, tuant et blessant des dizaines de soldats irakiens. Ensuite, tous les autres bâtiments publics de Ramadi sont tombés entre les mains des combattants de Daech qui ont capturé aussi plusieurs soldats irakiens. Face à cette offensive rapide, l’armée irakienne a évacué son QG de Ramadi qui se trouvait sur le bord de l’Euphrate, à un kilomètre du siège du gouvernement local.

Quelques heures avant l’offensive de Daech, les avions américains avaient lancé des raids sur ses positions situées dans la région de Jazzera, tout proche de Ramadi et d’où est partie l’offensive sur Ramadi, démontrant une fois de plus que, sans troupes au sol voulant se battre, l’appui feu aérien ne peut être décisif.
Après cette débâcle, les Irakiens et les Américains ont accusé l’armée irakienne de fuir le combat.

Le 23 mai, l’armée irakienne s’est retirée aussi du poste frontière de Walid qui était le dernier poste-frontière avec la Syrie restant sous le contrôle des forces irakiennes. Désormais, tous les poste-frontières avec la Syrie se trouvent sous le contrôle de Daech, à l’exception d’un seul qui est sous le contrôle des Peshmergas kurdes.

Avant la conquête de Ramadi par Daech, un veto gouvernemental et américain s’opposait à l’envoi des milices shiites à Al-Anbar. Devant l’urgence, cette interdiction est levée. Bien plus, selon la presse irakienne, des armes lourdes iraniennes et des combattants iraniens se trouvent d’ores et déjà sur le territoire d’Al Anbar pour participer aux combats contre Daesh aux côtés des milices irakiennes pro iraniennes avec le soutien américain en renseignements et appui feu.

A la suite de la prise de Ramadi par Daesh, les craintes d’une attaque de Daesh sur Bagdad se sont fortement accrues au sein de la population d’autant plus que la capitale a connu, le 28 mai, une série d’attentats à la voiture piégée frappant les hôtels de Babel et d’Ishtar, au centre de Bagdad, faisant 14 morts et plus de 40 blessés. Deux voitures piégées garées dans les parkings de ces deux hôtels ont explosé quasi simultanément. Une troisième voiture piégée a été désamorcée sur le parking de l’hôtel de Babel.
Pour rassurer la population le Premier Ministre a déployé des forces armées et des milices shiites supplémentaires ainsi que des chars et des armes lourdes à l’ouest de Bagdad.

A Diyala, la situation sécuritaire est très confuse. Le rythme d’assassinats et d’enlèvements s’est beaucoup accéléré ces derniers jours. Il y avait aussi plusieurs attentats avec des engins explosifs contre des maisons et des mosquées sunnites.
Ces sont toujours les 6 mêmes gouvernorats qui subissent ces attentats [3] alors que dans les 12 autres la sécurité est assurée.

Irak, 15 juin 2015

Cette situation sécuritaire n’altère que faiblement la production de pétrole située en majorité dans le Sud du Pays et dans le Kurdistan. Ainsi par les terminaux pétroliers du sud du pays, l’Irak a exporté, en moyenne, 2.55 millions b/j au cours des premiers 21 jours du mois de mai contre 2.63 millions b/j en avril précédent. Les exportations du nord, via le terminal turc de Jehan, et qui comprennent les bruts de Kirkuk et du Kurdistan ont atteint 500 000 b/j depuis le début de mai contre 450 000 b/j au mois d’avril. Au total, début mai, les exportations pétrolières irakiennes sont restées stables par rapport à avril : 3.05millions b/j contre 3.08 millions b/j. Les revenus pétroliers de l’Irak de mai sont estimés à environ 4 milliards de dollars.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL, auteur de « Carnet de guerres et de crises 2011-2013 », Lavauzelle, Mai 2014 et de « Russie, alliance vitale », Choiseul, 2011.

[1] Limogeage du maire sunnite de Diyala et la nomination à sa place d’un Shiite membre de la milice Badr. Pour les Sunnites, il s’agit d’une poursuite de la politique de nettoyage démographique anti sunnite que les autorités shiites cherchent à appliquer en accord avec les Kurdes dans ce gouvernorat à majorité sunnite. Les sunnites sont évincés des postes importants bien qu’ils aient 13 sièges au conseil municipal du gouvernorat qui est composé de 29 sièges. L’Alliance des Forces Irakiennes qui regroupe les députés sunnites au parlement irakien a affirmé, le 27mai, dans un communiqué de presse que ce qui se passe à Diyala était très grave et qu’il constitue une réelle menace pour le partenariat national et une violation des accords politiques passés entre les protagonistes du processus politique. De même, à la demande du premier ministre Hyder Al Abadi, le maire de Ninive a été aussi démis de ses fonctions, le 28 mai, par un vote du parlement irakien, dominé par les Shiites.

[2] Le projet de la loi de défense annuel États-Unis, qui a été publié le 27 Avril par le House Armed Services Committee, exhorte le gouvernement américain à reconnaître les kurdes et les sunnites irakiens comme états séparés et à leur fournir au moins 25 pour cent des 715-millions de dollars d’aide prévue pour le gouvernement irakien au titre de l’aide de la lutte contre le groupe terroriste ISIL. Il propose même d’élever ce chiffre à 60 pour cent de l’aide, soit environ 429 millions de USD. Le texte du projet précise que les Peshmergas kurdes, les forces de sécurité tribales sunnites avec une mission de sécurité nationale, et les sunnites Garde nationale irakienne devraient être considérés comme un pays », ajoutant que cela « permettrait à ces forces de sécurité de recevoir directement de l’aide des États-Unis » : PressTV

[3] Al-Anbar, Dyala, Kirkuk, Niveneh, Salah Ad Din.


Analyse de la situation géopolitique, politique et militaire en Irak – 14 Mai 2015

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Synthèse de la situation politique et sécuritaire de l’Irak

En avril 2015, le contexte géopolitique et sécuritaire de l’Irak a continué de se dégrader sous l’effet de plusieurs facteurs :

  • le Gouvernement du premier ministre Hayder Al Abadi est affaibli par son incapacité à mettre en œuvre la politique de réconciliation nationale du fait des initiatives sectaires de son prédécesseur;
  • aucune amélioration notable de la situation militaire n’a été réalisée durant ce mois alors que, parallèlement, la situation sécuritaire se dégrade à nouveau dans les 5 gouvernorats où Daech développe ses actions;
  • la porosité de la frontière avec la Turquie se confirme. Cette complicité de la Turquie permet à Daech de vendre son pétrole au marché noir en Turquie, de s’y ravitailler en armes et munitions tandis que l’aviation Turque continue ses incursions dans l’espace aérien syrien;
  • dans le gouvernorat d’Al Anbar, Daech accentue sa pression profitant de l’opposition des tribus sunnites et des États-Unis à l’intervention des milices Chiites. La solution pourrait venir d’Amman où une délégation irakienne négocie les conditions d’une aide directe de la Jordanie aux tribus sunnites de ce gouvernorat
  • le congrès américain, dominé par les conservateurs, a proposé dans le projet de loi sur la Défense de considérer les forces sunnites et Kurdes comme des Etats afin de pouvoir les aider directement [1]. Cette initiative malvenue a été perçue à Bagdad comme une volonté de démembrement de l’Irak [2]. Voté à la quasi-unanimité par la Commission des affaires étrangères de la chambre des représentants du Congrès, ce projet a entrainé une réaction immédiate du gouvernement irakien tandis que Muqtada Al Sahr [3] proférait des menaces contre les intérêts américains en Irak.

Situation politique

Le Gouvernement du premier ministre Hayder Al Abadi est affaibli d’une part par son incapacité à mettre en œuvre la politique de réconciliation nationale notamment du fait des initiatives sectaires de son prédécesseur. Des désaccords profonds persistent, en effet, sur des questions controversées et essentielles comme celle du rôle et de la place des milices chiites du Rassemblement Populaire [4] sur l’échiquier tant militaire que politique, celle de la loi de la garde nationale et celle de la surpression ou le maintien de la loi de débaasification.

Par ailleurs, le projet de loi de la chambre des représentants du Congrès américain prévoie d’attribuer aux Peschmergas et aux forces des tribus sunnites la qualité d’Etat pour pouvoir les aider directement sans passer par le gouvernement irakien dominé par les Chiites. La Commission des affaires étrangères de la chambre des représentants du congrès a déjà voté, presque à l’unanimité, ce projet. Pour relativiser les effets de cette initiative, l’ambassade américaine de Bagdad a tenu à déclarer que le projet n’était fondé sur aucune base juridique et qu’il ne reflétait pas la position officielle des États-Unis.

Néanmoins ce projet a provoqué un tollé dans les rangs des partis pro-gouvernementaux et des milices chiites. Le gouvernement l’a catégoriquement rejeté, le considérant comme une intervention inadmissible dans les affaires intérieures du pays. En revanche l’Alliance des Forces qui regroupe les formations parlementaires sunnites et les Kurdes se sont félicités de la possibilité de recevoir une aide directe en passant sous silence la reconnaissance d’Etat qui est nécessaire pour que cette aide directe soit légale. Bagdad n’a pas manqué de souligner que ce projet de loi américain prévoit aussi d’inviter les milices chiites du Rassemblement populaire à rejoindre les rangs de la garde nationale[5] dont la création n’est pas prête d’aboutir car elle nécessite le vote d’une loi au Parlement et que les partis shiites, majoritaires, n’en veulent pas.

Par ailleurs, l’ex premier ministre irakien Nouri Al Maliki s’oppose désormais ouvertement à son successeur affichant ainsi, aux yeux de tous, sa volonté de revenir au pouvoir. Pour ce faire, il cherche à se faire connaitre comme chef des milices du Rassemblement Populaire dont il a visité les positions à Samara et Tikrït. A cette occasion il leur a suggéré de confisquer les terres et les maisons qui y ont été prises par elles aux sunnites. De plus, le 27 avril, ses partisans ont manifesté devant la zone verte, où siège le gouvernement irakien, pour exiger qu’il soit nommé commandant du Rassemblement Populaire et que les combattants shiites puissent aller combattre Daech dans le gouvernorat d’Al Anbar.

Situation militaire et sécuritaire

Les opérations militaires

Aucune opération d’envergure des forces gouvernementales n’a été entreprise au cours du mois d’Avril. Au contraire Daech, après avoir perdu la bataille de Tikrït, a maintenu la pression dans le gouvernorat de Salah Dine où la situation sécuritaire n’est pas encore totalement sous contrôle des troupes progouvernementales ni dans la ville, elle-même, ni dans ses environs, notamment à la raffinerie stratégique de Béji entre Tikrit et Mossul. Daech a repris, le 26 avril, des parties importantes de cette raffinerie, incendiant des réservoirs pétroliers. Les troupes irakiennes ont lancé une contre-offensive et les combats continuaient toujours fin Avril.

Daech a aussi accentué sa pression dans le gouvernorat d’Al Anbar et dans les zones limitrophes du gouvernorat de Salah Dine. Les terroristes se sont emparés de l’écluse de Tharthar [6] à la suite d’une attaque déclenchée par une voiture piégée qui a fait des dizaines de morts et de blessés parmi les soldats irakiens. Les commandants de la 1ère division et de la 1ère brigade ont été tués au cours de cette attaque. Lors de ces opérations, des dizaines de soldats et de miliciens chiites ont été encerclés au bord du lac de Tharthar et massacrés par les combattants de Daech. Le commandement du Rassemblement Populaire des milices chiites a accusé le ministre de la défense irakien d’être responsable de ce massacre, appelant à une enquête et à sa démission. Les forces pro-gouvernementales ont été obligées de lancer une vaste opération militaire pour reprendre le contrôle de l’écluse et en chasser les combattants de Daech.

Au poste-frontière de Trébil, à la frontière avec la Jordanie, Daech a lancé une série de trois attaques suicidaires par voitures piégées. Dans un communiqué de presse, Daech a fait savoir que ces attaques ont été menées par trois kamikazes de nationalités belge, française et sénégalaise. Egalement à Karbala au Sud de Tikrit, et plus au Sud dans le gouvernorat d’Al Anbar plusieurs actions de Daech ont été signalées. Ainsi le 25 avril, la mairie d’Ain Tamer qui se trouve à l’ouest de Karbala et à 108 km au sud de Bagdad a annoncé que Daech avait coupé la route entre le district de Rahalié et l’est de Faluja en dynamitant un pont important dans cette région d’Al Anbar.

Situation sécuritaire

A Bagdad, la situation sécuritaire s’est à nouveau détériorée. Les attentats, les explosions, les assassinats, les enlèvements et des cadavres inconnus torturés et jetés au bord de la route ont réapparu. Le nombre des a fortement augmenté en avril. Mais le jour le plus sanglant est le 27 avril au cours duquel 8 voitures piégées ont explosé quasi simultanément dans la partie ouest de Bagdad, faisant de très nombreux morts et blessés.

Au Kurdistan, le 17 avril, une voiture piégée a explosé à Erbil, près du consulat américain, au quartier D’Aine Kawa, faisant trois morts et cinq blessés.

En Avril, dans les 6 gouvernorats dans lesquels Daech développe ses actions, on a compté 525 attentats contre 366 en mars soit une augmentation de + 43%. Dans les 12 autres gouvernorats la situation sécuritaire continue d’être maitrisée.

Avant que l’on connaisse le bilan complet des morts des attentats du 27 avril à Bagdad, ces attentats ont fait dans les six gouvernorats 772 morts contre 323 en mars soit + 239% d’augmentation. Le nombre des tués se répartit ainsi : Al Anbar 222 (77) ; Salahuldein : 225 (90) ; Niveneh : 163 (83) ; Kirkuk : 59 (54) ; Dyala : 7 (22) et Bagdad : 96 (48).

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL, auteur de « Carnet de guerres et de crises 2011-2013 », Lavauzelle, Mai 2014 et de « Russie, alliance vitale », Choiseul, 2011.

[1] Le projet de la loi de défense annuel États-Unis, qui a été publié le 27 Avril par le House Armed Services Committee, exhorte le gouvernement américain à reconnaître les kurdes et les sunnites irakiens comme états séparés et à leur fournir au moins 25 pour cent des 715-millions de dollars d’aide prévue pour le gouvernement irakien au titre de l’aide de la lutte contre le groupe terroriste ISIL. Il propose même d’élever ce chiffre à 60 pour cent de l’aide, soit environ 429 millions de USD. Le texte du projet précise que les Peshmergas kurdes, les forces de sécurité tribales sunnites avec une mission de sécurité nationale, et les sunnites Garde nationale irakienne devraient être considérés comme un pays », ajoutant que cela «permettrait à ces forces de sécurité de recevoir directement de l’aide des États-Unis »: PRESSTV.

[2] Cette opinion est partagée par Dean Henderson, American columnist and environmental activist, who firmly believes that the ISIL will destabilize Iraq, ending in a new country of Kurdistan where Exxon Mobil (an American multinational oil and gas corporation headquartered in Irving, Texas) awaits the privatization of oil there in the large Kirkuk oilfield: PRESSTV.

[3] Al-Sadr said on Wednesday that if the bill is passed, Iraq will no longer be a safe place for the US, and its interests will become the target of attacks by the Iraqis who will never accept the “division of their country.” »We are obliged to lift the freeze on our military wing … and begin hitting US interests in Iraq and outside it,” said Sadr, who once led the powerful Mahdi Army and still enjoys huge influence among the Shia population: PRESSTV.

[4] Les milices du Rassemblement Populaire ont été formées à la suite d’un appel lancé, le 13 juin 2014 à Karbala, par le porte-parole du grand chef religieux chiite Ali Sistani aux Chiites pour se porter volontaires et porter les armes afin de combattre Daech, considérant cette guerre comme une guerre sainte.

[5] Ce qu’a confirmé, l’ambassadeur américain en Irak, Stewart Jones, dans une déclaration de presse faite le 23 avril soulignant que c’était pour éviter qu’il y ait des pertes humaines amies lors des frappes aériennes occidentales contre Daech. Il a révélé que Washington remettra, l’été prochain, à Bagdad les appareils F16 promis et que le congrès américain avait consacré plus d’un milliard de dollars pour équiper en armes neuf brigades irakiennes. Concernant la bataille de libération de la ville de Mossoul, l’ambassadeur américain a affirmé que les Etats-Unis aideraient les forces armées irakiennes par des frappes aériennes et par des renseignements, précisant que la bataille sera lancée sur cinq axes de combat.

[6] L’importance de l’écluse de Tharthar est stratégique de cette écluse car elle contrôle le débit de l’eau du lac de Tharthar qui pourrait inonder de vastes territoires d’Al Anbar et de Bagdad si le barrage était rompu. Son lac artificiel est considéré comme l’un des plus grands du monde.


Analyse de la situation géopolitique, politique et militaire en Irak – 10 avril 2015

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Le contexte géopolitique

Evaluer la situation politique et militaire de l’Irak et le déroulement des opérations suppose une compréhension du rôle des acteurs régionaux et des puissances mondiales et nécessite de prendre en compte quelques faits et des retours d’expérience incontestables.

Evaluation de situation

Le contexte géopolitique régional ne permet pas d’envisager une victoire rapide des forces irakiennes soutenues par les frappes aériennes des États-Unis contre Daech.

Les États-Unis, naviguent au plus près sans ligne stratégique clairement identifiable car ils essayent de ménager les chèvres sunnites (La Turquie, qui aide en sous-main Daech, et l’Arabie Saoudite) et le choux shiite (l’Iran qui fut leur allié privilégié jusqu’à la chute du Shah dont ils convoitent le marché cf. l’accord préliminaire sur le nucléaire et qu’ils espèrent éloigner ainsi de la Russie et de la Chine). Leurs frappes aériennes ne peuvent qu’affaiblir ponctuellement Daech car Obama se refuse à engager des troupes au sol.

L’Arabie Saoudite est inquiète et menacée à sa frontière Nord par ceux-là même qu’elle a contribué à renforcer alors qu’elle doit faire face au Sud aux rebelles Huttis.

Le gouvernement irakien divisé et incapable de mettre en œuvre un programme de réconciliation nationale. Son armée n’est pas en état de combattre. Ce sont les milices shiites encadrées par l’Iran qui se battent mais aussi commettent des exactions contre les civils sunnites creusant le fossé avec la communauté sunnite. Les Kurdes ne s’engagent que dans les zones où ils sont majoritaires.

Ainsi, l’Iran apparaît aujourd’hui comme l’acteur majeur et incontournable au Moyen-Orient et son jeu reste ouvert. Seul acteur engagé au sol en Irak et en Syrie (avec le Hezbollah) contre Daech, il est probable que si un accord définitif sur le nucléaire est signé et si les sanctions économiques qui le frappent sont levées, Téhéran devra s’engager à mettre en veilleuse son soutien actuel au Hezbollah et aux Huttis du Yémen.

Les constats et faits à prendre en compte

L’armée irakienne est incapable de libérer seule les zones conquises par l’Etat Islamique. Depuis sa reformation par les Américains, la nouvelle armée irakienne, dont Al Maliki se méfiait, est gangrenée par la corruption, le népotisme, la formation insuffisante et l’absence de moral et de volonté de se battre. Ces sont les milices shiites, (dirigées, encadrées, formées et équipées par l’Iran et appuyées par des Iraniens et des libanais du Hezbollah avec le général Qasem Soleimani [1] à leurs têtes) qui ont sauvé Bagdad, repoussé Daech à l’Ouest du Tigre et qui représentent plus des 2/3 des forces engagées dans la reconquête de Tikrit. Enfin, ce sont les combats au sol qui sont décisifs. Les frappes de la coalition ont un effet d’attrition des forces de Daech et d’appui des troupes au sol mais cela se réalise au prix de dégâts collatéraux importants sur civils, les habitations et les infrastructures, engendrant la colère des populations sunnites locales.

La Turquie d’Erdogan, membre de l’OTAN, joue, pour le moins, un rôle ambigu dans ce conflit irako-syrien car elle laisse sa frontière ouverte et permet à Daech d’écouler son pétrole (1 à 2 millions de barils par jour sur son sol au marché noir) et de se réapprovisionner y compris en armes et munitions auprès d’une multitude de trafiquants qui ont corrompu tous les responsables locaux.

Le pouvoir gériatrique et monarchique saoudien [2] est inquiet et menacé. Il craint un renversement possible d’alliance américain qui semble se dessiner avec l’accord préliminaire de Genève sur le programme nucléaire iranien. Bien plus, le pouvoir n’a ni confiance dans son armée ni dans une partie de sa population (10% de shiites et 30% de travailleurs émigrés). La guerre civile syrienne que Ryad a contribué à développer par le soutien financier apporté aux révolutionnaires n’a pas abouti à la chute d’Assad mais a favorisé l’éclosion de Daech qui contrôle aujourd’hui la majoritées villes et les routes du gouvernorat d’Al Anbar, avec ces 420 km de frontière commune. A coup de pétrodollars, Ryad s’achète des alliés: l’Egypte et le Pakistan qui ont déjà déployés plus de 30 000 soldats à sa frontière Nord et cherche à les inciter à s’engager au sol contre les Huttis au Yemen [3].

Les États-Unis sont écartelés entre la volonté de briser Daech et leur désir de ne pas couper les ponts avec leur allié Turc qui aide en sous-main leur ennemi désigné. Le désir d’Obama de se rapprocher de l’Iran shiite (accord préliminaire sur le nucléaire), le principe de réalité qui leur commande d’accepter le soutien au sol des combattants iraniens en Irak tout en gérant le risque de ne pas aller jusqu’à la rupture avec leur allié sunnite saoudien déstabilisé à ses frontières et à l’intérieur (Daech au Nord, une minorité shiite remuante à l’intérieur située dans la région le plus riche en pétrole (région de Bahrein) et les rebelles shiites Huttis à leur frontière Sud).

La France veut combattre Daech tout persévérant dans son erreur stratégique de vouloir aussi combattre le régime d’Assad [4] sans tenir compte de la capacité de résistance du régime d’Assad, soutenu aujourd’hui par plus de 50% de la population syrienne.

Situation politique en Irak

En mars, C’est l’implication de l’Iran dans les opérations militaires contre Daech et le rôle joué par les milices chiites dans la conduite de ces opérations qui a été au centre de la vie politique en Irak.

Plusieurs déclarations mettent en cause le rôle des milices shiites dans la guerre contre Daech.

Sur un plan extérieur

Le 5 mars, dans une conférence de presse tenue conjointement avec le secrétaire d’Etat américain John Kerry, le ministre saoudien des affaires étrangères a estimé que l’Iran s’était emparé du contrôle de l’Irak et exprimé l’inquiétude de l’Arabie Saoudite concernant les interventions iraniennes au Yémen, en Syrie et en Irak. Pour les saoudiens, l’Iran cherche à renforcer ses positions dans toute la région, en Irak mais aussi en Syrie et au Yémen, pour disposer de cartes dans le cas où les négociations sur son dossier nucléaire échouent. Les pays du golfe craignent qu’un accord conclu sur le nucléaire iranien soit agrémenté d’ententes politiques entre les deux parties en leur défaveur, De son côté, le chef d’état-major des armées américaines, le général Martin Dempsey, a averti de la dislocation de la coalition internationale contre Daech si le gouvernement irakien ne règle pas la question communautariste dans le pays et ne mets pas un terme à l’influence iranienne en Irak.

Sur un plan intérieur

Cette déclaration a coïncidé avec un avertissement lancé par l’ancien premier ministre irakien Ayad Alaoui concernant l’accroissement de l’influence iranienne en Irak. Selon lui, c’est l’Iran qui conduit, à distance ou de près par milices chiites interposées comme Bader ou Assab Ahl Alhak, les opérations militaires contre Daech. De même, le chef du service de renseignement du Kurdistan, Masrour Barzani, a exprimé des réserves sur rôle joué par les milices chiites du Rassemblement Populaire dans les combats contre Daech. Il s’est inquiété de leur futur rôle, après la défaite de Daech et la fin des opérations militaires, et du fait que les succès remportés par ces milices n’ont pu avoir lieu sans le soutien financier, militaire et logistique de l’Iran.

De son côté, Human Rigths Watch a publié plusieurs témoignages de rescapés sunnites, évoquant les exactions et les actes de violence et de vengeance commis par les miliciens chiites. A la suite de la publication de ces rapports, Ali Sistani, grand chef religieux chiite, a publié une lettre dans laquelle il a dénoncé ces crimes des milices du Rassemblement Populaire.

Situation militaire et sécuritaire

Situation militaire

L’offensive sur Tikrit a clairement démontrée l’incapacité de l’Irak et de la coalition de porter dans un avenir proche un coup décisif à Daech et notamment de le chasser de Mossul, ville s’étendant sur 400 km2. En effet, un mois après le début de l’offensive, Tikrit ville de 20 km2 et faiblement défendue n’est toujours pas entièrement contrôlée.

Le 1er mars, environ 27 000 combattants progouvernementaux irakiens dont 18 000 miliciens chiites ont déclenché leur grande offensive sur Tikrīt, sans l’appui des frappes aériennes américaines. L’offensive a été qualifiée par les autorités irakiennes de conjointe parce que ses effectifs comprenaient outre l’armée irakienne, la police fédérale, les forces spéciales d’intervention rapide et toutes les milices chiites conduites par Abou Mahdi Almuhindis, considéré par les Etats-Unis en 2009 comme un terroriste international. Ces milices étaient encadrées par des Iraniens et des Libanais du Hezbollah avec le général Qasem Soleimani à leur tête. Face à eux ne se trouvaient qu’une poignée de combattants retranchés et protégés par des milliers de mines et de pièges sur les axes et dans les bâtiments. Suite aux allégations sur les exactions des milices shiites et sous la pression des Etats-Unis, les milices shiites se sont désengagées des combats qui ont été pris en compte par l’armée irakienne appuyée par les frappes de la coalition.

Ailleurs, dans les régions contrôlées par Daech, les actions militaires entreprises tiennent plus à des actions de guérilla qu’à des offensives classiques. Dans les régions de Bagdadi et de la ville de Ramadi, les forces progouvernementales qui ont réalisé quelques gains de terrain mais font l’objet de contre-attaques quasi quotidiennes de la part de Daech. Elles ont néanmoins libéré le district de Karma, à 50 km à l’ouest de Bagdad, tuant plusieurs chefs militaires de Daech.

A Bagdad, la situation sécuritaire s’est améliorée. 400 points de contrôle seront supprimés, selon le vice-président de la commission de sécurité de la municipalité de Bagdad. Il y a eu en mars beaucoup moins de morts par attentats que dans les mois précédents. Mais les assassinats et les enlèvements quotidiens se sont poursuivis.
Au sud du pays, le calme continue de régnier dans les 12 autres gouvernorats. A noter seulement, un attentat à Bassora à la voiture piégée qui a fait 3 morts et 5 blessés, un autre à Myssan où des hommes armés ont assassiné un civil chez lui et un troisième à Babel dans lequel une patrouille de miliciens a été attaquée par des inconnus qui ont pris la fuite après l’attaque, blessant deux miliciens.

Situation sécuritaire

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Les attentats ont causé 383 morts en mars 2015 contre 709 en février dans les régions dans lesquelles Daech est présent. Le nombre des attentats est resté aussi élevé mais ont été plus ciblés et moins meurtriers : Al Anbar 78 (93) ; Salahuldein : 90 (88) ; Niveneh : 83 (85) ; Kirkuk : 54 (21) ; Dyala : 13 (19) et Bagdad : 56 (51).

Dans les 12 autres gouvernorats du Nord et du Sud la situation sécuritaire continue à être sous contrôle.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL, auteur de « Carnet de guerres et de crises 2011-2013 », Lavauzelle, Mai 2014 et de « Russie, alliance vitale », Choiseul, 2011.

[1] Le major général Soleimani, 58 ans dirige depuis 1998 Al-Qods, force d’intervention extérieure (à l’image de nos forces spéciales) de l’Iran. Chef brillant tacticien et charismatique, sa force est destinée à soutenir les chiites au Moyen-Orient. C’est lui qui contribue à bâtir la branche armée du Hezbollah libanais. En 2012, il engage les forces armées d’Al-Qods dans le conflit syrien et en 2015 au Yémen.

[2] Le “royaume gériatrique”, car les 34 princes qui composent le conseil familial sont essentiellement des vieillards, dont certains sont malades. L’ancien prince héritier Abdul Aziz, qui a été ministre de la Défense pendant 25 années, est mort d’un cancer il y a quatre ans, alors qu’il n’était plus très jeune, et son successeur, le prince héritier Nayef, est mort il y a deux ans., Salmane Abdul Aziz Al Saud, un autre de leurs frères, qui vient de monter sur le trône, aura bientôt 80 ans est en mauvaise santé.

[3] Source Intelligence on line. Arrivé en urgence à Riyad le 3 avril, le chef d’état-major jordanien, le général Mashal Mohammad al-Zaben, a d’ores et déjà donné son accord à un déploiement de troupes au sol. L’armée égyptienne, rodée au terrain yéménite depuis son engagement dans la guérilla dans les années 60 – et qui est sous perfusion financière saoudienne depuis 2013 -, se tient aussi prête. Islamabad, de son côté, a accepté d’intervenir le 2 avril, et ce, quelques jours après une visite à Riyad du ministre pakistanais de la défense, Khawaja Mohammad Asif, et de la plupart des membres de l’état-major. Selon nos informations, les premières troupes pakistanaises déployées seront des forces spéciales, dont certaines se trouvent dans le pays depuis l’été dernier. Ce contingent pourrait rapidement s’élargir aux troupes régulières et atteindre in fine plusieurs milliers d’hommes.

[4] L’argument moral avancé pour expliquer cette position est d’autant moins recevable qu’il semble relever de critères émotionnels et de politique intérieure plus qu’objectifs et qu’elle est à géométrie variable.


Mars 2015 : La situation politique et militaire en Irak

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Situation politique

La chute des cours du pétrole et la guerre contre Daech assèche les caisses de l’Etat irakien et est à l’origine des tensions avec Erbil laissant à penser que l’Irak retombe dans les divisions de l’ère Maliki.

Renouveau de la tension avec les Kurdes

Le 2 décembre 2014, un accord de principe entre les parties Kurde et irakienne prévoyait de résoudre tous les différends concernant notamment les salaires des fonctionnaires dont ceux des Peshmergas et les exportations pétrolières. En respect de cet accord, le gouvernement de Bagdad avait transféré 500 millions de dollars à Erbil qui devait, en contrepartie, mettre à la disposition de Bagdad 150 000 b/j de pétrole. Quelques temps après, le chef du gouvernement du Kurdistan Nejervan Barazani déclarait, dans une conférence de presse, qu’Erbil avait conclu un accord avec Bagdad stipulant que le Kurdistan pourrait exporter 250 000 b/j et transférer 300 000 b/j supplémentaires au gouvernement de Bagdad par le biais de l’oléoduc turc de Jehan. En échange, le gouvernement de Bagdad devait verser à Erbil 1.2 trillions DI par mois (1 USD=1 188 DI). C’est cette somme que Bagdad ne semble pas pouvoir ou vouloir honorer et qui est à l’origine de la tension actuelle. En effet, le 16 février, le chef du gouvernement du Kurdistan, Nejervan Barazani, a déclaré que le gouvernement irakien était en faillite et n’envisageait plus de payer les salaires de ses fonctionnaires que tous les 40 jours au lieu de tous les 30. Il a aussi souligné qu’il était en droit d’arrêter les exportations pétrolières s’il ne recevait pas de Bagdad les paiements convenus. Cette déclaration a été soutenue au parlement par l’Alliance du Kurdistan qui a accusé le gouvernement irakien de ne pas respecter ses engagements relatifs au paiement des droits financiers du Kurdistan, affirmant que l’option de quitter le gouvernement irakien était sur la table si le gouvernement irakien persistait dans cette voie.

Le ton monte avec les sunnites

De même, avec les sunnites un regain de tension est observé et porte essentiellement sur la loi concernant la garde nationale, la débaassification ainsi que le contrôle des milices shiites. En effet, le 14 février, les groupes parlementaires sunnites ont suspendu leur participation aux travaux du parlement irakien à la suite d’une attaque lancée à Bagdad par un groupe de miliciens shiites contre un convoi officiel d’un député sunnite. Au cours de cette attaque, l’oncle et le cousin du député qui étaient en sa compagnie dans la voiture et tous ses gardes du corps ont été enlevés puis massacrés, après avoir été atrocement torturés. Les deux vice-premiers ministres et tous les ministres sunnites ont suspendu alors leur participation aux travaux du gouvernement irakien. Ils ont rendu le premier ministre ainsi que les deux ministres de la défense et de l’intérieur responsables de la détérioration de la situation sécuritaire et de l’absence de poursuite de leurs assassins. Certains analystes irakiens désignent comme responsable de cette attaque des forces [1] appartenant à l’ancien premier ministre Nouri Al Maliki qui essaie, sans cesse, de gêner l’action du gouvernement d’Al Abadi. De plus, ils analysent cet octroi de 60 millions comme une action d’Al Abadi pour essayer de gagner la faveur et le soutien des milices shiites et de les éloigner de l’influence de son rival, Al Maliki, qui était à l’origine de la création du Rassemblement Populaire quelques mois avant son départ du gouvernement.

A la fin de février, les députés sunnites ont conditionné la reprise de leur participation aux travaux du parlement et du gouvernement à la satisfaction de leurs revendications [2] ainsi qu’à une loi criminalisant toutes les milices.

Situation militaire et sécuritaire [3]

Les frappes de la coalition menée par les Etats-Unis causent des pertes humaines et matérielles à Daech. Mais les pertes en hommes sont largement compensées par l’afflux de volontaires qui semble avoir été dopé par les images des frappes aériennes américaines. Les pertes matérielles qu’il subit sont compensées grâce à un tout un trafic au travers de la frontière turque réalisé avec la complicité de la population et la corruption bienveillante des autorités locales et nationales. Paradoxalement les Etats-Unis, directement ou indirectement par l’OTAN, dont la Turquie est membre, s’abstiennent de faire ouvertement pression sur Erdogan pour mettre fin à la noria de camions citernes (200 à 400 par 24h) qui achemine en Turquie de 100 à 200 000 b/j à partir des sites syriens et irakiens et dont la vente constitue la principale source de financement pour Daech. Les acheteurs de ce pétrole terroriste se trouvent au sein même de la population turque qui, confrontée à un prix de l’essence relativement élevé (1,6 $/litre), n’hésite pas à s’approvisionner au marché noir où le litre d’essence est à moitié prix. Les ventes de pétrole Syrien et irakien permettent à Daech de disposer des ressources suffisantes pour renouveler le matériel détruit et acheter les munitions et pièces de rechange nécessaires par l’intermédiaire de trafiquants d’armes qui opèrent en toute impunité à la frontière turque.

Le fait saillant de ce début du mois de mars est la bataille de Tikrit

Les milices irakiennes et iraniennes dirigées par Jamal Mohammed Jafaar et le général iranien Qassem Soleimani, commandant en chef des Forces d’Al-Quds progressant sur un Axe Nord Sud à partir de la ville de Baiji sont entrées dans les faubourgs Nord de Tikrit et contrôlent désormais le quartier Qadisiyah soit environ un quart de la cité qui s’étend le long du Tigre sur plus de 15 km. Cependant la libération de Tikrit, ville d’environ 140 000 habitants. Mais cette victoire est symbolique pour les Irakiens car c’est la ville où est né le Sultan Saladin qui a régné au XIIème siècle sur tout le Moyen-Orient et l’Egypte. C’est aussi la capitale de la région sunnite, d’où était originaire Saddam Hussein qui y avait fait construire un palais présidentiel.

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Daech ne progresse plus

Une vaste offensive a été lancée les 11 et 12 février par Daesh sur la localité d’Al Bagdadi et sur la base aérienne d’Ain Al Assad qui se trouve à proximité. Plusieurs groupes des combattants de Daesh ont pénétré à l’intérieur d’Al Bagdadi, capturant 400 familles. Mais l’offensive a été repoussée par les forces de l’ordre de la localité et les familles ont été libérées. Tous les assaillants de Daesh ont été tués. Pour sa part, le département américain à la défense a affirmé que 25 combattants kamikazes de Daesh portant des uniformes de l’armée irakienne ont attaqué, le 13 février, la base d’Ain Al Assad. Selon le porte-parole du Pentagone, tous les assaillants ont été tués par les forces armées irakiennes.

Daesh a accentué sa politique de terreur vis-à-vis des populations sunnites des zones qu’il contrôle. Il a fait bruler publiquement des dizaines de civils sunnites dans la ville de Bagdadi, du gouvernorat d’Al Anbar. Daesh a aussi enlevé et massacré plusieurs hommes des tribus près de Tikrit. Ces atrocités révoltent nombre de sunnites. Il semble que Daesh est en train de perdre le terreau de sympathie qu’il possédait au sein des populations sunnites, grâce auquel il a pu conquérir en quelques jours de vastes territoires en Irak et s’engage dans une spirale de terreur pour essayer de maintenir son contrôle sur ces populations.

L’Iran en voie de supplanter l’influence militaire américaine en Irak

En effet, dans les combats au sol, le rôle des milices irakiennes et iraniennes a été décisif comme à Tikrit. Jamal Mohammed Jafaar qui dirige l’organisation du Rassemblement populaire [4] regroupant toutes les milices shiites connait depuis 20 ans le général iranien Qassem Soleimani, commandant en chef des Forces d’Al-Quds et se comporte comme son bras droit. Plusieurs centaines de conseillers militaires iraniens [5] encadrent les milices shiites irakiennes. Les Iraniens présents en Irak ont fourni aux milices et à l’armée irakienne des moyens de communications, des armes, des munitions, et même des drones. Les irakiens critiquent les Etats-Unis qui ont occupé de longues années l’Irak après avoir dissous l’armée de Saddam et, ne voulant pas s’opposer à Maliki qui se méfiait de l’Armée, n’ont rien fait pour la remettre sur pied. La milice des Bataillons de Kharassan est l’exemple même de l’importance de l’influence iranienne en Irak. Cette milice a été fondée en 2013 à l’appel du guide suprême iranien Ali Khamenei pour combattre Daesh, d’abord en Syrie puis en Irak. Le portrait de son commandant, le général iranien Hamid Takawi, tué à Samara, en Irak, en décembre 2014, est affiché solennellement à Bagdad. Il est considéré comme un grand héros shiite par les miliciens irakiens.

La situation sécuritaire dans le pays

Cette carte montre clairement que la situation sécuritaire n’a pas vraiment évoluée en février en Irak. Dans 12 gouvernorats sur 18, la sécurité est assurée. Les 6 autres connaissent du fait des attentats une situation sécuritaire dégradée. Néanmoins, dans 2 gouvernorats Kirkuk (32 tués) et Diyala (27 tués) on note une nette amélioration. La situation sécuritaire reste en revanche mauvaise dans les 4 derniers gouvernorats : Al Anbar (243 tués) ; Niveneh (143) ; Salahuldein (135) et Bagdad (127).

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A Bagdad, le couvre-feu nocturne imposé depuis une dizaine d’années a été enfin levé. Toutefois, les habitants de Bagdad n’osent pas encore se promener la nuit dans Bagdad. Confrontés à de violents et très meurtriers attentats, les irakiens se posent des questions sur la capacité des forces de l’ordre à maitriser le terrorisme et sur l’implication de certains partis politiques dans ces actes.

Ainsi, le 7 février, la capitale irakienne a été secoué par de violentes explosions dans trois de ses quartiers résidentiels. Ces attentats coordonnés, qui ont fait 36 morts et plus de 90 blessés, ont visé des restaurants populaires et un marché principal de vêtements de Bagdad, le marché d’Al Arabi, qui se trouve au centre de Bagdad.

Le 9 février, une nouvelle série de trois attentats coordonnés ont, cette fois, fait 20 morts et 46 blessés.

Le 14, une autre série de cinq attentats coordonnés ont fait 16 morts et une trentaine de blessés.

Enfin, les 24 et 25 février, une nouvelle vague d’attentats coordonnés ont tué 25 personnes et blessé plus de 50 autres.

Outre les attentats à l’explosif, Bagdad a connu en février beaucoup d’enlèvements et de tirs d’obus de mortier ou de roquettes sur des quartiers résidentiels, à majorité shiite ou sunnite faisant beaucoup de victimes. Selon des rapports des services concernés, environ 250 obus de mortier et roquettes ont été tirés jusqu’ici sur Bagdad dont 145 sur le quartier de Chola, au nord-ouest de Bagdad.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL, auteur de « Carnet de guerres et de crises 2011-2013 », Lavauzelle, Mai 2014 et de « Russie, alliance vitale », Choiseul, 2011.

[1] Le 25 février, le gouvernement irakien a décidé, d’octroyer 60 millions de dollars aux volontaires du Rassemblement Populaire des milices shiites. Les groupes parlementaires des partis sunnites ont considéré, dans un communiqué de presse, que l’octroi de ces 60 millions de dollars aux milices shiites comme une violation de l’accord politique conclu entre les différentes parties politiques participant au gouvernement et des engagements pris par Al Abadi avant de former son gouvernement, prévoyant d’en finir avec toutes les milices armées.

[2] Approbation des décisions au parlement et au gouvernement par consensus et non pas selon le principe de majorité, désarmement des milices, abolition des lois de débaasification, création d’une garde nationale et amnistie générale.

[3] Sans aucun doute, la guerre contre Daesh est devenue très compliquée et délicate à cause du rôle joué par ce Rassemblement Populaire. Le premier ministre ne peut pas neutraliser les milices shiites parce qu’il en a besoin dans sa guerre contre Daesh et les hommes politiques sunnites ne peuvent pas passer sous silence les exactions commises contre les populations sunnites dans les zones libérées de Daesh.

[4] L’organisation du Rassemblement Populaire a vu le jour le 13 juin 2014 à l’appel de l’ayatollah Ali Sistani.

[5] Grâce à une Fatwa du grand Ayatollah Ali Sistani contre Daesh après la prise de Mossoul en juin 2014.


Janvier 2015 : évaluation de la situation politique et militaire en Irak

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Situation politique

La scène politique Irakienne a été dominée par le débat sur la mise en œuvre de l’accord politique avec les sunnites qui a permis la mise sur pied d’un gouvernement d’union nationale, le vote du budget par le parlement et la lutte pour la Présidence de la coalition nationale irakienne.

Les points d’achoppements de l’accord avec les sunnites

Trois points sont l’objet de vifs débats entre les camps Sunnites, Kurdes et Shiites :

  • Abrogation de la loi de débasification
  • L’amnistie générale
  • La constitution de la Garde Nationale.

L’Union des Forces qui regroupe toutes les forces politiques sunnites représentées au parlement irakien a exigé du premier ministre irakien Al Abadi, l’accélération du rythme d’application de l’accord conclu entre les deux parties avant de former le gouvernement actuel, notamment en ce qui concerne la création de la garde nationale, l’amnistie générale et le règlement du dossier de débaasification.

Fouad Massoum

Fouad Massoum

Le président de la République irakienne, le Kurde Fouad Massoum, a indiqué de son côté dans une interview télévisée qu’il était pour l’abrogation de la loi de débaasification et pour remettre ses dossiers à la justice irakienne qui devra juger ceux qui avaient commis des actes et des crimes punissables.

Pour président du groupe parlementaire chiite, Sadikoune, l’accord pour former le gouvernement a prévu seulement de l’amender et non pas de l’abroger.

Les Kurdes, de leur côté, expriment des craintes de voir les habitants des régions sunnites armés car ils estiment que cela comporte des risques d’affrontement communautaire pour les zones litigieuses entre Bagdad et Erbil.

Le vote du budget

Le 12 janvier, le parlement irakien a achevé la deuxième lecture du projet du budget

Le 23 janvier, le représentant du chef religieux chiite Ali Al Sistani a appelé, dans son prêche de vendredi à Karbala, le gouvernement et le parlement irakiens à voter le plus vite possible le budget national de 2015 et selon les cours prévisionnels du pétrole les plus bas possibles.

Le 30 janvier, le parlement a voté un budget national, sur une base de 56 $/b, de 119.585 trillions DI (100 milliards de $) grâce au président du parlement qui est intervenu énergiquement auprès des chefs des groupes parlementaires pour résoudre tous les différends. La moyenne des exportations pétrolières irakiennes, y comprises celles du Kurdistan, serait actuellement de 3.3 millions b/j.

Lutte pour la Présidence de la Coalition Nationale irakienne

Le mois de janvier a également connu une lutte au sein de la Coalition Nationale Irakienne pour le poste de président de la coalition, vacant après la formation du nouveau gouvernement d’Al Abadi, et qui était occupé par l’actuel ministre des affaires étrangères, Ibrahim Al Jaafari. Le Conseil Islamique Suprême a proposé le nom de son chef Amar Al Hakim tandis que l’Etat de Droit de l’ancien premier ministre Nouri Al Maliki s’y est opposé farouchement, disant qu’Al Hakim ne peut être président de la coalition parce qu’il n’est pas membre du parlement irakien. Or la coalition nationale n’a pas de règlement intérieur et rien n’empêche Al Hakim de briguer ce poste. Toutefois, les partisans de Nouri Al Maliki s’acharnent pour garder ce poste parce qu’ils savent très bien que si quelqu’un du Conseil islamique suprême, du Courant Sadriste ou de l’aile d’Al Abadi au parti Dawa l’occupe, ils risquent de perdre ce qui leur reste encore de pouvoir et de ses privilèges et d’être jugés pour corruption, détournement de fonds et meurtres lors des deux mandats de leur chef Al Maliki.

Les opérations contre Daech et la situation sécuritaire

La guerre contre Daech

Bilan après six mois d’opérations

Le 7 janvier, le Pentagone a annoncé que, depuis le début des frappes aériennes, le 8 août 2014, puis en Syrie, depuis le 28 septembre, les appareils de l’alliance occidentale avaient lancé environ 5 000 bombes sur les positions de Daech, touchant plus de 3 000 cibles dont 58 chars.

De son côté, le porte-parole du secrétariat d’Etat américain à la défense, John Kirby, a affirmé, le 24 janvier, que Daech n’a perdu jusqu’à présent que 700 km² de ses territoires en Irak, c’est-à-dire, seulement 1% d’une superficie vaste de 55 000 km², occupés en 2014. Mais les zones libérées, notamment au nord de l’Irak, sont, selon lui, très importantes pour Daech. Pour le porte-parole du Pentagone, Daech, se trouve sur la défensive et a perdu des millions de dollars de ses revenus pétroliers et beaucoup de ses matériels de guerre qui seront difficiles à remplacer.

Le 25 janvier, les deux ministères irakiens de la défense et de l’intérieur ont publié un rapport commun sur les six derniers mois de combats contre Daech. Durant cette période, 4223 combattants du « Rassemblement des milices chiites irakiennes » ainsi que plus d’une soixantaine de « Gardiens de la révolution islamique Iranienne » dont cinq officiers supérieurs et trois combattants du « Hezbollah libanais » ont trouvé la mort dans les combats contre les moudjahidines de l’Etat Islamique. Parallèlement, le commandant du Rassemblement des milices chiites a estimé, dans une déclaration de presse, que Daech serait définitivement vaincu en Irak en quelques mois. Selon lui, la présence du chef des Gardiens de la révolution iranienne, Qassem Suleimani, sur les champs de bataille contre Daech a contribué à élever le moral des troupes des milices chiites. Selon lui le soutien de l’Iran à l’Irak dans la guerre contre Daech, est très supérieur à celui de l’alliance occidentale car ses combattants n’ont reçu d’armes et de munitions que de l’Iran.

La bataille pour isoler Mossoul

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Le 24 janvier, les Peshmergas ont lancé, à l’aube, une offensive sur les positions de Daech du district de Wana, situé à 25 km au nord-est de Mossoul, libérant plusieurs villages avec l’appui des appareils de l’alliance occidentale.

A Mossoul, selon des témoins locaux, les combattants de l’Etat Islamique sont moins nombreux qu’avant aux points de contrôle et on constate une augmentation du nombre de voitures qui transportent les morts et les blessés vers les hôpitaux de la ville. Les appareils occidentaux ont frappé ces derniers jours des positions de Daech au sein même de Mossoul. De sons d’explosions ont été entendus au nord-ouest de la ville. La DCA de Daesh a tiré sur les avions occidentaux.

Gouvernorat de Diyala

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Les forces armées irakiennes, soutenues par les milices chiites, ont totalement contrôlé, en janvier, le district de Mukdadyia qui était la dernière place forte de Daech dans le gouvernorat de Diyala (en rouge sur la carte ci-dessus). Selon les informations de presse, il y aurait eu, durant les combats de Mukdadyia, 50 morts parmi les forces armées et les milices chiites et 200 blessés. Daech y a perdu 15 hommes. Le vice-président sunnite de la république a lancé un appel au premier ministre et au président du parlement irakien pour faire stopper les exactions commises par les miliciens chiites qui accompagnaient les forces armées irakiennes à Diyala. Il a indiqué que ces miliciens ont dynamité des mosquées et des maisons dans les régions libérées, soulignant qu’il a reçu à ce propos beaucoup de plaintes de chefs de tribus et de dignitaires de la région.
Gouvernorat d’Al Anbar
Le 26, une opération conjointe comprenant l’armée et la police irakiennes, des combattants tribaux sunnites, des miliciens chiites, l’aviation irakienne et celle de l’alliance occidentale a permis la libération de la région d’Albou Ghanam qui se trouve à l’est de Ramadi. (voir la carte du point de situation de décembre).

Situation sécuritaire

En dehors des 4 gouvernorats où Daech est présent et de Bagdad, la situation est calme dans l’ensemble des 13 autres gouvernorats du Nord et du Sud du pays.

Du fait des opérations aériennes, Daech revient aux modes d’actions traditionnels des terroristes : des actions brutales avec peu d’effectifs et utilisant des voitures piégées et des kamikazes. On assiste donc à une augmentation des attentats dans les gouvernorats dans lesquels Daech déploie ses opérations. Ils ont causé 815 morts en janvier 2015 selon la répartition suivante : Niveneh, 254 ; Diyala, 138 ; Salahuldein, 122 ; Bagdad, 93, Kirkuk, 28.

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Focus sur Bagdad

En janvier, on note une moyenne de 2 attentats par jour faisant heureusement peu de victimes comparé aux grands attentats des mois précédents. Plusieurs gangs de ravisseurs ont été démantelés favorisant la baisse du nombre d’enlèvements. Toutefois, la situation s’est tendue à Bagdad lorsqu’un avion civil de la compagnie aérienne Fly Dubaï a été touché, le 27 janvier, par cinq balles alors qu’il atterrissait à l’aéroport international de Bagdad. Une petite fille, qui était à bord, a été légèrement blessée. Une enquête a été immédiatement ouverte et le ministre du transport s’est rendu sur place. Il a déclaré que les balles avaient été tirées de l’extérieur et non pas de l’intérieur de l’aéroport. Le lendemain, les forces de l’ordre ont lancé une vaste campagne de perquisition autour de l’aéroport, notamment à Abou Ghreb.

Dans sud du pays, la situation sécuritaire a été calme sauf à Bassora où on a observé une tension sectaire entre Sunnites et Chiites à la suite de l’assassinat, début janvier, de trois imams sunnites.


Evaluation de la situation politique et sécuritaire de l’Irak

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Al Maliki n’a pas renoncé au pouvoir et fait tout pour entraver la réussite de son successeur. La partie qui se joue entre l’ancien et le nouveau premier ministre sera décisive pour l’avenir du pays.

Dès la formation du nouveau gouvernement par Al Ebadi, Al Maliki a multiplié ses visites aux gouvernorats chiites du sud, faisant des déclarations politiques violentes et embarrassantes pour Al Ebadi concernant le budget national, les dépenses faites pour les volontaires des force paramilitaires du Regroupement Populaire et les accords pétroliers entre Bagdad et Erbil selon lesquels un demi-milliard de dollars ont été déboursés par Bagdad pour payer les salaires des fonctionnaires dans la province du Kurdistan.

De même, Al Maliki se serait servi de son influence sur l’appareil judiciaire irakien et notamment sur son président Madhat Al Mahmoud pour faire prononcer une peine de mort contre l’ancien député d’Al Anbar alors même qu’Al Ebadi avait contacté le pouvoir judiciaire, lui demandant d’ajourner la sentence parce qu’elle nuirait à ses efforts pour combattre Daesh, étant donné que les membres de la tribu du député Ahmed Al Alwani combattent à Al Anbar aux côtés de l’armée irakienne contre Daesh. Mais en vain, la peine de mort a été prononcée et a compliqué la situation au gouvernorat d’Al Anbar, notamment à Ramadi où des combats féroces se déroulent actuellement entre les membres de la tribu du député condamné à mort et Daesh. Suite à cette dernière action d’Al Maliki qui s’apparente à un crime de haute trahison dans un pays en guerre, Al Ebadi demandé à l’ambassadeur américain l’aide des Etats-Unis pour ouvrir et activer des dossiers inculpant Al Maliki de corruption et de malversation afin de pouvoir le poursuivre et l’emprisonner.

Cette guérilla contre le gouvernement d’Al Abadi ne l’a pas empêché de déployer une activité intérieure et internationale importante.

Al Abadi a lancé, le 12 novembre, une action visant à remplacer plusieurs dizaines de hauts gradés et de commandants des deux ministères de la défense et de l’intérieur. Ainsi, le vice-ministre Adnan Al Assadi qui était l’homme fort du Ministère de l’intérieur a été démis de ses fonctions, le 24 novembre.

Le gouvernement de Bagdad s’est mis d’accord avec celui d’Erbil pour régler toutes les questions en suspens entre les deux parties, notamment en ce qui concerne le pétrole. A cet égard, le ministre du pétrole irakien, Adil Abdul Mahdi, et le premier ministre du gouvernement local du Kurdistan, Nejervan Barazani se sont rencontrés pour trouver des solutions globales à toutes les questions en suspens. Dans un communiqué, les deux parties conviennent que le gouvernement de Bagdad vire 500 millions de dollars au gouvernement du Kurdistan et que le gouvernement du Kurdistan mette 150 000 b/j à la disposition du gouvernement de Bagdad. Il a aussi été indiqué qu’une délégation kurde sous la présidence du premier ministre du Kurdistan viendrait prochainement à Bagdad pour ratifier cet accord et trouver des solutions à long terme et en accord avec la constitution irakienne pour améliorer la gestion des richesses naturelles du pays.
Parallèlement El Abadi a entrepris une action diplomatique vis-à-vis des pays voisins. Le président de la république Fouad Massoum a visité, avec une délégation irakienne importante, l’Arabie Saoudite tandis qu’il se rendait lui-même à Téhéran et que le président du parlement irakien Salim Al Joubouri allait à Amman, en Jordanie. Par ailleurs, le premier ministre turc Ahmed Dawood Oglo est venu à Bagdad dans le cadre d’une visite officielle.

Enfin, le 25 novembre, le président de la république Fouad Massoum a rencontré, à Bagdad, le premier ministre Al Ebadi et le président du parlement irakien Salim Al Joubouri pour discuter des évolutions politiques et sécuritaires dans le pays ainsi que les mesures prises pour appliquer le programme gouvernemental et soumettre le budget national au vote du parlement irakien.

Situation sécuritaire

Avec l’appui des frappes aériennes de la coalition, la situation s’est consolidée et Daech a subi des revers et des pertes importantes sur les limites Est et Sud de son avancée en territoire Irakien comme le montre le croquis ci-dessous.

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La menace aérienne a contraint Daech à modifier ses modes d’action. On assiste ainsi à un retour à des tactiques de guérilla sur le pourtour de la zone qu’il occupe et à des actions terroristes dans les territoires limitrophes. Ainsi les 3 gouvernorats occupés en tout ou partie par Daech ont subi chacun une cinquantaine d’attaques terroristes qui ont causé de nombreux morts et blessés à Al Anbar (190 morts) , à Nineveh (180), Salah Ad Dein (115). Bagdad a connu de son côté une quarantaine d’attentats qui ont fait 130 morts. Deux autres gouvernorats où se déroulent des combats ont connu des attentats Dyala 36 (90 morts) et Kirkuk 36 (50 morts). Les douze autres gouvernorats du Nord et du Sud, la situation est calme et la sécurité est assurée.


Situation politique et sécuritaire en Irak : Octobre 2014

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Après la nomination du nouveau premier ministre Hayder Al Ebadi le 11 aout, la stabilisation de la situation militaire survenue au mois de septembre notamment grâce aux bombardements américains et à la mobilisation des milices chiites, la situation politique et sécuritaire de l’Irak connaît une inflexion positive même si elle reste limitée et si un long chemin reste à faire pour chasser Daech d’Irak. En effet, cette issue favorable dépend essentiellement des négociations en cours avec les sunnites qui ne font que commencer et dont les exigences légitimes pourront être difficilement acceptées par tous les partis chiites.

Situation politique

Conscient que la victoire dans la guerre contre Daech ne sera pas possible sans une union nationale et est donc de nature politique tout autant que militaire, le premier ministre irakien Hayder Al Ebadi s’est engagé dans une grande négociation avec les sunnites tant à Bagdad qu’avec ceux qui sont réfugiés en Jordanie qu’il est allé rencontrer en octobre à Aman. Il a, par ailleurs, nommé les Ministres de la Défense et de l’Intérieur, fonctions qu’Al Maliki n’avait jamais voulu pourvoir. Ces nominations démontrent sa volonté d’Union Nationale en nommant aux postes clés de Ministre de la Défense un responsable sunnite et aux finances un responsable Kurde [1].

Les nominations politiques

L’événement le plus important d’octobre est, sans aucun doute, la désignation, le 18 octobre, par le premier ministre des deux ministres de l’intérieur et de la défense, respectivement, Mohammed Al Ghadban, du bloc chiite Badr [2], et Khalid Al Oubedi [3], de la coalition sunnite Mitahidoune. Lors de la même séance parlementaire qui a officialisé cette désignation, le parlement irakien a aussi voté la désignation du vice premier ministre irakien Roz Nouri Shawis et du ministre des finances Hoshiar Zibari, tous deux de l’Alliance du Kurdistan.

Les négociations avec les Sunnites

Le premier ministre irakien Hayder Al Ebadi s’est rendu en Octobre à Aman où il a rencontré six grands chefs tribaux du gouvernorat d’Al Anbar. M. Al Ebadi a voulu ainsi élargir les négociations qu’il mène avec les chefs tribaux sunnites présents à Bagdad avec ceux exilés en Jordanie. Il cherche à faire participer les deux groupes au combat contre Daech. Tandis que le groupe de Bagdad affirme qu’il recevrait dans les prochains jours des armes d’une quantité illimitée du gouvernement irakien pour les distribuer à ses volontaires, des proches du groupe d’Amman indiquent, pour leur part, que ce groupe est sur le point de passer un accord avec le gouvernement irakien pour que ses 30 000 combattants sunnites soient mobilisés dans le combat contre Daech.

Par ailleurs, face aux menaces auxquelles les communautés sunnites d’Irak font face à la fois de la part de Daech mais aussi des milices chiites [4], plusieurs chefs religieux et tribaux sunnites et en particulier le grand chef religieux sunnite, Abdul Malik Al Saadi, résidant en Jordanie ont élaboré une initiative et l’ont remise au premier ministre irakien Hayder Al Ebadi lors de sa visite à Amman. Ces chefs religieux et tribaux ont souligné dans cette initiative, leurs doutes sur l’efficacité des frappes aériennes occidentales pour éradiquer Daech, précisant que si ces frappes ne sont pas accompagnées des solutions politiques qu’ils préconisent, elles ne permettraient pas de vaincre Daech et accentueraient encore davantage les violences communautaires en Irak. Ces revendications sont classées en 14 points et comportent notamment l’arrêt des bombardements et des pilonnages aveugles des villes sunnites, le retrait de l’armée irakiennes des régions sunnites, l’amnistie générale, l’abrogation de la loi de « débassification », la réintégration des officiers de l’ancienne armée irakienne et la dissolution des milices chiites comme sunnites.

Situation sécuritaire

La situation sécuritaire en Irak est très différente suivant les gouvernorats.

On ne signale aucun incident sécuritaire important dans 10 gouvernorats sur 18. Au Nord dans les trois gouvernorats kurdes et au Sud du Pays dans les 7 gouvernorats chiites (An Najaf, Al Diwaniyah, Wasit, Maysan, Dhi Qar, al Muthanna et Al Basrah.

Les 8 autres gouvernorats sont dans une situation sécuritaire plus ou moins grave suivant la présence et l’influence de Daech et les affrontements interconfessionnels :

  • Bagdad et les trois gouvernorats contrôlés par Daech ont connu de nombreux attentats : 50 à Bagdad (200 morts environ), 79 à Al Anbar (200 morts environ), 61 à Salahadine (120 morts environ), 51 à Nineveh (90 morts);

  • dans les 3 autres, la situation est moins critique : 36 attentats à Diyala (40 morts), 19 à Babel (70 morts), 5 à Karbala (18 morts).

Les principales opérations militaires d’octobre 2014

Les forces de sécurité irakiennes aidées par les Pechmergas et l’appui aérien de la coalition visent dans un premier temps à repousser et contenir Daech à l’Ouest du Tigre. A cet effet, elles ont mené plusieurs opérations visant à reprendre le contrôle des ponts au Nord de Bagdad et au Nord-ouest de Mosul.
Afin de parfaire ce contrôle, Tikrit devrait être leur prochain objectif. De son côté Daech, en s’emparant de la ville de Hit, s’assure le contrôle l’axe Al Qa’im (ville frontière avec la Syrie), Falluja qui borde le Sud de la zone qu’il occupe.

irak

Les forces de Daech ont pu s’emparer de plusieurs zones et localités à la suite du retrait des troupes gouvernementales. Le 2 octobre, après deux jours de combats faisant de nombreuses victimes, la ville de Hit est tombée entre les mains de Daech. Ce qui a causé un exode des populations civiles. Cette progression de Daech a été rendu possible grâce à l’aide de 3000 combattants venus en renfort de Syrie. Selon l’un des chefs de la tribu d’Albu Nimer, Daech a exécuté 50 membres de cette tribu et assiège actuellement, au nord de Ramadi, 200 autres dont des femmes et des enfants.

Les forces irakiennes ont mené trois opérations majeures.

Au nord du gouvernorat de Babel, soutenues par des milices chiites ont pu libérer le district stratégique de Jurf Al Sakhar qui se trouve à mi-chemin entre Bagdad, Karbala, Babel et Al Anbar. Mais cette victoire a été très coûteuse en vies humaines. La localité est presque vidée de ses 80 000 habitants. A la suite de quatre mois de combats et de pilonnages systématiques de l’aviation et de l’artillerie, environ 10 000 miliciens chiites pro-gouvernementaux sont entrés dans la ville où ne résidaient plus qu’environ 400 familles en majorité sunnite. On a rapporté que des actes de vengeance ont été perpétrés contre les membres de ces familles par les miliciens chiites.

Au gouvernorat de Salah Dine, selon une source de l’armée irakienne, les troupes irakiennes soutenues par des milices chiites se sont emparées, après plusieurs mois de combats violents avec les hommes de Daech, des deux quartiers de Tamim et de Naft de la ville de Béji qui se trouve à 40 km au nord de Tikrit et à 170 km au nord de Bagdad.
Pour sa part, le président Fouad Massoum a déclaré lors d’une réunion tenue avec une délégation de la mairie de Mossoul que les préparatifs de la libération de Mossoul étaient en cours.

Au nord du pays, les forces irakiennes ont progressé à l’intérieur de la localité de Zemar. Selon une source, la police locale de Zemar a repris son travail habituel. A cette opération qui a duré trois jours sous une couverture aérienne des appareils irakiens ont pris part des Pechmergas, des milices chiites et des membres des tribus locales.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Avec les Kurdes les différends portent surtout sur des questions économiques (budget, pétrole).

[2] Pro iranien.

[3] Originaire de Mosul et en charge de cette base aérienne où étaient stationnés les Mirages achetés à la France par Saddam Hussein.

[4] Utiles pour la lutte contre Daech, les milices chiites se livrent à des exactions contre les populations sunnites qu’ils sont sensés libérés. Leur contrôle par le pouvoir et ultérieurement leur désarmement une fois Daech refoulé hors d’Irak constitueront le facteur essentiel de la normalisation de la situation politique en Irak.


Demain, l’Irak libéré de l’EI ?

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Contrairement à ce que pensent tous les observateurs, le destin de l’Irak ne dépend pas de la coalition internationale initiée par Obama qui ne fera qu’appuyer un sursaut intérieur que l’Etat islamique (IE) a provoqué en Irak et au Moyen-Orient.

En effet, les succès spectaculaires des djihadistes n’ont été possibles que parce que trois gouvernorats à dominante sunnite [1] étaient déjà depuis plus d’un an en rébellion ouverte contre le pouvoir shiite sectaire d’Al Maliki. Peu d’observateurs ou d’« experts » ont pris en compte ce que j’écrivais dès juin 2013 [2] et qui explique le succès éclair de l’EI: « Après plusieurs mois de manifestations et de désobéissance civile des minorités sunnites dans les gouvernorats de l’Est et du Nord de l’Irak contre la politique du gouvernement Maliki, la répression sanglante par les forces de l’ordre, le 23 avril dernier, des manifestations de la place de Hawija a constitué le facteur générateur de crise qui a fait basculer les régions sunnites d’un état de protestation à celui de révolte armée. Début mai, de petites révoltes menées par des tribus sunnites ont éclaté un peu partout dans les zones sunnites irakiennes. Des localités situées dans les gouvernorats de Salah Dine, Diyala et Mossoul ont été attaquées et sont tombées seulement en quelques heures entre leurs mains. Les tribus d’Al Anbar ont annoncé la formation d’une armée tribale pour défendre le gouvernorat à la fois contre des groupes armés et l’armée irakienne. Les événements de Hawija ont mis en lumière plusieurs facteurs qui sous-tendent la situation sécuritaire actuelle en Irak : la fragilité des forces de l’ordre locales dans les zones de combats (elles n’ont résisté que quelques heures dans certaines localités); l’émergence au grand jour de l’Organisation des Hommes de Nakshbandyia qui est une émanation armée du parti Baas interdit. Elle s’est opposée aux forces de l’ordre dans les zones de Slimane Baig, Kara Taba et Mossoul; beaucoup des villes qui sont tombées entre les mains des membres des tribus sunnites se trouvent sur la bande frontalière avec le Kurdistan. Ce qui peut faire penser que les Kurdes jouent un certain rôle dans l’instabilité de ces zones ou bien ne sont pas mécontents de montrer à Maliki que sans leur aide il sera incapable de maintenir l’ordre dans le Nord ».

Le sursaut irakien

La situation politique

Son parti étant arrivé en tête aux élections législatives d’Avril 2014, le premier Ministre Al Maliki souhaitait briguer un 3ème mandat. Mais les deux autres formations shiites dont il avait besoin pour avoir la majorité à l’Assemblée voulaient bien former une coalition avec son parti à condition qu’il n’en prenne pas la tête, refusant de cautionner plus longtemps sa politique sectaire. La situation était ainsi bloquée et plongeait davantage l’Irak dans une crise de régime. Et c’est paradoxalement l’offensive de l’Etat islamique qui a permis le sursaut irakien. Il a été d’abord était rendu possible par le refus du chef spirituel shiite, l’ayatollah chiite Ali Sistani, d’approuver ce troisième mandat. Al Maliki a tout essayé pour le convaincre mais en vain. L’Ayatollah Sistani a refusé de rencontrer une délégation qu’il avait envoyée pour obtenir sa bénédiction pour le troisième mandat. Ses milices l’ont ensuite abandonné en se servant du prétexte qu’elles ne voulaient pas désobéir au grand chef religieux de Najaf.

Lâché aussi par Obama qui a bien compris que sans son départ et la création d’un gouvernement d’union nationale, il n’y aurait pas de victoire possible contre l’EI. Nouri Al Maliki, a finalement renoncé au pouvoir le 14 aout, après avoir essayé de s’y accrocher pendant 5 jours. En effet, le nouveau président de la république, Fouad Massoum, avait désigné dès le 9 aout, Hayder Al Ebadi [3] pour former le nouveau gouvernement irakien.

Dès sa nomination comme premier ministre, Al Ebadi a fait savoir qu’il élaborerait un programme gouvernemental prenant en compte toutes les propositions faites par les autres formations politiques, susceptibles d’aider à résoudre les crises politique, sécuritaire et économique du pays. Il a aussi indiqué qu’il choisirait des ministres compétents et technocrates.
En réponse à ces intentions, les principaux blocs politiques Sunnites et Kurdes, qui étaient exclus jusqu’à présent du pouvoir, ont publié chacun un programme de respectivement 17 [4] et 19 points. Les décisions, que le nouveau gouvernement irakien prendra par rapport à ces revendications, conditionneront le ralliement des tribus sunnites dont la rébellion a été en partie financée par le Qatar et l’Arabie Saoudite. Parallèlement, craignant pour leur propre sécurité depuis que leurs anciens affidés djihadistes se sont affranchis de leur tutelle, ces monarchies du golfe se sont engagés désormais à faire pression pour amener les tributs sunnites à se rallier au nouveau gouvernement irakien. Or, sans leur soutien les djihadistes ne pourront se maintenir que marginalement en Irak.

L’évolution de la situation sécuritaire

Dès la désignation de Hayder Al Ebadi pour former le nouveau gouvernement irakien, la situation sécuritaire s’est sensiblement améliorée, notamment à Bagdad et dans les gouvernorats rebelles sunnites comme le montre l’évolution du nombre d’attentats au cours du mois d’aout.

Armes à feu Engins explosifs Attaques suicidaires Total des attentats
S1 124 89 24 237
S2 88 67 4 159
S3 56 43 8 107
S4 14 22 16 52

L’intervention de forces étrangères dans la bataille contre l’Etat Islamique a permis de modifier le rapport de forces au Nord et à l’Est. Les avions américains et les forces kurdes du PKK turc, du PYD syrien et du PJAK iranien ont pris part aux combats aux côtés des Peshmergas irakiens, au nord de Ninive. Le 18 août, les forces de Peshmergas, grâce à un appui aérien américain et à un soutien des forces armées irakiennes, ont pu stopper la progression des Jihadistes de l’Etat Islamique, les obligeant même battre en retraite. Quelques jours plus tard, le barrage de Mossoul a été libéré ainsi que plusieurs localités et villages chrétiens comme Tel Skuf, Sharifia et Batinia.
Il est important de comprendre que l’Etat Islamique compense sa faiblesse numérique (probablement pas plus de 10 000 djihadistes introduits en Irak contre 180 000 Peshmergas et plusieurs centaines de milliers de forces de sécurité irakiennes) par une grande mobilité (ce qui leur permet de renverser localement en leur faveur le rapport de forces), un aguerrissement supérieur à leurs adversaires et l’utilisation de moyens d’actions non conventionnels dans leurs offensives comme des attaques de kamikazes et de camions piégés. Ainsi dans le gouvernorat de Diyala, le 10 août, lorsque les Jihadistes de l’EI ont attaqué Jalawla, ils ont utilisé 3 voitures piégées et une vingtaine de kamikazes portant des uniformes de Peshmergas et des ceintures d’explosifs qui se sont infiltrés dans les positions des Peshmergas avant de se faire exploser, les obligeant à reculer vers Khanaqin. Simultanément, un kamikaze conduisant un camion-citerne d’hydrocarbures s’est fait exploser contre un point de contrôle des peshmergas situé sur un pont reliant Jalawla à Khanaqin pour empêcher l’arrivée des renforts.

Aujourd’hui, les combats continuent toujours dans plusieurs régions d’Al Anbar, Diyala, Salah Dine, du nord de Bagdad et de Babel. Face à la menace aérienne, les Jihadistes se retranchent dans des villes au milieu des civils où l’appui aérien ne peut être que limité. Ils contrôlent toujours fermement une zone à l’Ouest et a Nord de l’Irak et mènent des incursions dans le reste des gouvernorats sunnites comme l’indique la carte ci-dessous :
situation

En conclusion

L’existence de l’Etat irakien n’est plus menacée. L’EI sera incapable de s’implanter durablement en Irak et son élimination ne demandera pas plus de 6 mois à 1an en fonction du ralliement des tribus sunnites, lui-même conditionné par les décisions d’apaisement qui seront prises par le nouveau gouvernement irakien. Le problème le plus délicat à régler à moyen terme pour le nouveau pouvoir irakien sera la négociation avec le Kurdistan sur certains acquis territoriaux et économiques réalisés à l’occasion de la guerre avec IE (notamment Kirkuk et son bassin pétrolier, vente direct du pétrole « Kurde » à la Turquie.)

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL, auteur de Carnet de guerres et de crises 2011-2013, Lavauzelle, Mai 2014.

[1] Al-Anbar, Dyala, Salu Uddin

[2] La guerre civile confessionnelle gagne l’Irak, 9 juin 2013

[3] Ingénieur électricien de formation, il a vécu une vingtaine d’années en exil, en Grande-Bretagne. II occupait la fonction de vice-président du parlement irakien, et était considéré comme modéré et homme qui recherche des solutions consensuelles bien qu’il appartienne au même parti chiite Dawa de Nouri Al Maliki.

[4] « Réaliser un équilibre communautaire dans toutes les institutions de l’État. Assurer l’indépendance de la justice et l’épargner de toute influence politique. Faire preuve d’une bonne volonté en libérant les prisonniers et en décrétant le plus rapidement possible la loi d’amnistie générale. Restituer les avoirs et les biens fonciers confisqués illégalement à l’Organisme de Mainmorte sunnite et à certains citoyens. Appliquer le deuxième amendement de la loi 21, relatif à l’élargissement des pouvoirs et compétences des maires et des conseils municipaux. Lancer des projets stratégiques de transport aux gouvernorats d’Al Anbar, Mossoul, Salah Dine et Diyala, surtout les projets de chemins de fer et d’aéroports. Dissoudre les commandements des opérations des gouvernorats et charger la police locale et les gardes-frontière de la mission de gestion du dossier sécuritaire. Légiférer la loi de service militaire obligatoire. Prendre part à la prise de décision sécuritaire et militaire de manière à exprimer la diversité de la société irakienne. Poursuivre toutes les forces de terrorisme et les milices, quel que soient leurs origines ou dénominations. Interdire l’utilisation des mots et des surnoms à connotation sectaire ou ethnique dans toutes les institutions de l’Etat, notamment dans les écoles et les universités. Elaborer un plan de reconstruction pour les gouvernorats délaissés et touchés par les opérations militaires. Arrêter les opérations militaires et le bombardement par avion des gouvernorats de Ninive, Al Anbar, Salah Dine, Diyala, Kirkuk et les environs de Bagdad. Rapatrier les déplacés chez eux. Garantir la liberté d’expression comme c’est stipulé dans la constitution. Abroger la loi d’Inquisition et Justice parce qu’elle n’est plus nécessaire et accorder le poste de vice président de la république aux Forces Nationales. Faire preuve de bonne volonté en libérant les dirigeants de l’ancienne armée irakienne.


Situation Militaire en Irak : 24 et 25 juin 2014

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La Province d’Al ANBAR est presque entièrement contrôlée par les insurgés sunnites et ISIL. Néanmoins certains points d’importance stratégique et économique en limite de zone sont fernement tenus par les forces de sécurité irakiennes qui ont repoussé les assauts de l’ISIL.

Les combattants d’ ISIL ont notamment essayé de s’emparer du contrôle du barrage d’Hadhidta sur l’Euphrate mais il ont été repoussés par les forces de sécurité irakiennes. Les environs de Bagdad sont fortement protégés et une ceinture de sécurité a été établie au Sud de la province d’Al Anbar pour empêcher tout débordement par le Sud.

Bagdad est calme et sous haute surveillance des forces de sécurité. L’aéroport est congestionné par le nombre de passagers voulant quitter le pays.

Les derniers dix jours montrent que conformément à leur stratégie les insurgés et ISIL contrôlent la province d’Al ANBAR excepté certains points à haute valeur stratégique et économique. Ils contrôlent notamment toute la frontière syrienne et ses points de passage routiers sur presque toute sa longueur ce qui leur permet de recevoir par voie terrestre des approvisionnements de la Turquie et de l’Arabie saoudite via la Syrie.

irak-24-25-juin-2014-2

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL


L’évolution de la situation militaire en Irak les 20 et 21 juin

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La situation militaire a peu évoluée ces dernières 48 heures à l’exception de la prise de contrôle par ISIL:

  • du poste frontière AL Qa’im avec la Syrie
  • de 5 villages dans le district de Al Moqdad

Les forces de sécurité irakiennes contrôlent toujours la raffinerie de Baiji.

Les faits à suivre : y aura-t-il une suite aux combats qui ont opposé ISIL et le JRTN au Sud-Ouest de Mossul ? Comment les divergences qui s’expriment entre sunnites de Mossul sur le soutien à apporter à ISIL vont-elles évoluer à la lumière de ces combats ?

irak-21-juin-2014

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL


Evolution de la situation militaire en Irak : bilan des 18 et 19 juin 2014

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Durant ces dernières quarante-huit heures tant à l’Ouest et au Sud du Kurdistan les Peshmergas ont conforté leurs positions, tandis qu’à l’Ouest et au Nord de Bagdad les forces de sécurité irakiennes ont repris l’offensive enregistrant des premiers succès. Les djihadistes s’efforcent de couper toute continuité géographique entre les forces de sécurité irakienne et les Peshmergas.
irak-21-06-2014

Gouvernorat de Kirkuk

Des violents combats ont eu lieu en différents endroits de la périphérie de Kirkuk après plusieurs salves de roquettes « Katioucha » tirées par les Peshmergas contre les insurgés dans la région de Mulla Abdulla 10 km à l’Ouest de Kirkuk ; Ces combats n’ont permis aucun progrès des insurgés vers la ville contrôlée entièrement par les Peshmergas appuyées par des miliciens turkmènes.

Néanmoins les djihadistes essaient de contourner Kirkuk par le Sud afin de contrôler la route Bagdad Kirkuk où 7 Peshmergas ont été tués par l’explosion d’un IED.

Gouvernorat de Salah Uddin

Les combats autour de la raffinerie de Baiji se sont poursuivis. Les attaques des djihadistes d’ISIL ont été repoussées. Au cours de ces combats le chef Djihadiste saoudien nommé Abu Yamama al-Dosari a été tué. Les 200 employés qui restaient encore dans la raffinerie ont pu être évacués.

Des violents combats ont opposé les forces de sécurités irakiennes et les insurgés à Al Alam au 5 km Nord de Tikrit.

Les Peschmergas, sous la pression des insurgés et des djihadistes se sont retirés du district de Tuz Khurma qui est un important carrefour à 50Km au Sud de Kirkuk.

Gouvernorat de Diyala

Le gouverneur de Diyala a échappé à un attentat alors qu’il visitait à Baqubah la prison où 40 prisonniers appartenant à Al-Qaida ont été exécutés il y a quatre jours.

Des combats ont opposés les Peshmergas et les insurgés dans le district de Jalawla. La ville de Qarah Tappah est contrôlée par les Peshmergas.

Les forces de sécurités irakiennes contrôlent 6 villes dans le Sud du gouvernorat, les peshmergas le Nord et les djihadistes et insurgés 9 villes dans le centre

Gouvernorat d’Al Anbar

Les forces de sécurité irakiennes ont repris l’offensive dans ce gouvernorat.

Les combats se poursuivent dans le district d’Al Qaem à proximité de la frontière Syrienne qui contrôle la route directe Alep Bagdad. Les Forces de sécurité irakienne ont repris les contrôle de la ville de Nahr as Saqlawiyah qui couvre l’axe principal (N1) Bagdad Bassora et du village Abu Taiban au Sud de la ville de Ramadi. Par ailleurs, elles ont repoussé une attaque contre le poste de police de Haditha au Nord-Ouest de Ramadi.

Bagdad

Bagdat totalement quadrillé par les forces de l’ordre Est calme seuls deux attentats ont été signalés qui ont blessé 5 civils.

Gouvernorat de Karbala

Une grande manifestation organisée par le gouverneur de la Province s’est tenue hier au cours de laquelle 5000 volontaires réservistes de l’Armée ont été mobilisés pour sécuriser la province.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL


Situation militaire en Irak, le 17 juin 2014

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Voici la situation militaire en Irak, hier 17 juin telle que j’ai pu la reconstituer avec l’aide de plusieurs messages de mes amis irakiens. On voit que les djihadistes n’ont pas pu déboucher hors des zones à dominante sunnite. Les Peshmergas ont avancé et contrôlent toutes les zones à dominante de peuplement Kurde. Bagdad est calme. Le rétablissement de la situation dans ces zones prendra du temps et passe par la négociation avec les tribus sunnites. Sinon la ligne de front actuelle marque le tracé de la partition de l’Irak où son évolution en trois États fédérés.

irak-juin-2014

Gouvernorat de Kirkuk

La ville et une grande partie du gouvernorat est sous le contrôle des Peshmergas. Néanmoins le District de Daqooq et la ville d’Al Hawija sont sous le contrôle des djihadistes.

Gouvernorat de Salu Uddin et ville de Tikrit

Les villes de TIkrit, Albu, Seniya, Eoainat, Sulaiman, Bek et les faubourgs d’Awja sont contrôlés par les djihadistes et les insurgés sunnites. Les combats se déroulent autour de Samara et de la raffinerie de Baiji dont la production a été stoppée et le personnel évacué.

Gouvernorat de Diyala

La population est mélangée d’Arabes et de Kurdes majoritairement sunnites. Au Nord les Peshmergas ont occupé les zones à majorité Kurdes : Jalawla, Khanaqin and KaraTaba. Les Faubourgs de Al Uthaim et Saadiya sontcontrôlés par les insurgés sunnites. Baquba, le chef-lieu de la province est l’objet d’attaques d’insurgés sunnites.

Gouvernorat d’Al Anbar

Faludja et pratiquement tout le gouvernorat est contrôlé par les insurgés sunnites notamment la ville frontière de Trebil, Kubaisa, Ana, Rawa, Rutba, Heet et Haditha sont contrôlées par les insurgés sunnites et les djihadistes. Néanmoins les forces de sécurité irakiennes contrôlent toujours le district d’Al Khalidiya.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL


La situation en Irak et perspectives

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Écoutez également l’interview accordée par Jean-Bernard PINATEL à FRANCE CULTURE, lors du journal du 12 Juin 2014, à 22h :

Irak : les jihadistes s’approchent de Bagdad, Barack Obama n’exclut aucune option

Les faits

Mossoul, la deuxième ville d’Irak, bordée de champs pétroliers, est tombée, mardi 10 juin, aux mains de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Mercredi matin, cinq cent mille civils fuyaient la ville, selon l’Organisation internationale pour les migrations.

Après le gouvernorat Al-Anbar avec la ville de Falloujah (200 000 habitants 15ème ville d’Irak), mythique pour les Marines américains qui est aux mains des djihadistes qui ont trouvé appui ou neutralité auprès des tribus sunnites écœurées par le sectarisme du Premier Ministre Maliki, voici Mossoul (2 000 000 habitants-3ème ville d’Irak) qui est aux mains des Djihadistes. Ils contrôlent désormais une zone à cheval sur le Nord Est de la SYRIE et le Nord Ouest de l’Irak.
groupes

Analyse de la situation

Cette offensive Djihadistes tombe au plus mauvais moment pour le Premier Ministre sortant Al Maliki. Certes sa liste “coalition pour l’État de droit” est arrive en tête aux dernières élections législatives de fin Avril 2014 mais avec 92 députés il a besoin de nouer des alliances pour atteindre la majorité de 165 sièges. Or les deux autres grands partis shiites, la coalition libérale de Moktar Al Sahr (34 députés) et la Coalition des citoyens de Ammar Al Hakimi (27 députés) ont déclaré être prêts à s’allier avec la coalition de l’État de droit pour gouverner à condition que ce parti désigne un autre chef de file que Maliki. Est-ce l’urgence de la situation militaire nouvelle va infléchir leur position et voter l’État d’urgence et les pleins pouvoirs que réclame Maliki.

A-t-il d’autres solutions alternatives ? Une alliance avec les Kurdes qui ont 62 députés [1] n’est réalisable qu’à deux conditions : qu’il cède sur le statut de Mossoul et de Kirkuk et des champs pétroliers qui les entourent. Les Kurdes en revendiquent le contrôle. Et, de plus, qu’il autorise le Kurdistan à attribuer des concessions et à exporter directement son pétrole via la Turquie sans autorisation préalable de Bagdad. A ce prix politique que Maliki a toujours refusé de payer jusqu’à présent, les peshmergas qui disposent d’une force de plus de 150 000 hommes bien entrainée et équipée sont en mesure de chasser les islamiques des positions qu’ils viennent de conquérir. Ce n’est malheureusement pas le cas de l’Armée irakienne qui a été dissoute par les américains et a été reconstituée à partir de 2009 en incorporant notamment des milices sans tradition ni valeur militaire. De plus Maliki s’est toujours méfiée de l’Armée et elle est donc mal équipée et mal entrainée.

Perspectives

Les djihadistes contrôlent aujourd’hui en Irak toutes les zones à forte implantation sunnite qui sont situées essentiellement à l’Ouest de l’Irak, créant un continuum avec le Nord Syrien où ils règnent aussi par la terreur. Mais aujourd’hui Ils ont atteint le point ultime de leur conquête. Et ils ne pourront pas conserver ces zones bien longtemps soit du fait de l’alliance de Maliki avec les Kurdes qui serait une solution irakienne et dont la mise en œuvre peut être rapide soit à moyen terme du fait de l’intervention des Turcs et des iraniens qui ne peuvent accepter de voir se constituer à leurs frontières un nouvel sanctuaire djihadiste. Notons que si l’Arabie Saoudite et le Qatar, les États-Unis voire la France de François Hollande ne les avaient pas aidés à fonds perdus en Syrie en croyant pouvoir es utiliser pour atteindre leurs objectifs stratégiques on n’en serait pas là. Mais les terroristes se sont émancipés de la tutelle de leurs sponsors grâce à des trafics de tout ordre dont la contrebande du pétrole extrait des champs pétroliers de Syrie qu’ils contrôlent. Au final ce sont toujours les populations civiles qui sont les victimes des erreurs de jugement de leurs dirigeants au Moyen-Orient aujourd’hui et demain en Europe.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

Auteur de Carnet de guerres et de crises 2011-2013, Lavauzelle, Mai 2014

[1] Les autres formations sont la coalition Sunnite avec 55 députés qui restera plus que jamais dans l’opposition et les listes laïques (26 députes) et divers (11 députés) qui ne peuvent être qu’une force d’appoint.


La guerre civile confessionnelle gagne l’Irak

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Débordant de Syrie, la guerre civile confessionnelle gagne l’Irak tandis que l’activisme verbal de la diplomatie française n’a pour seul effet que de mettre en danger nos ressortissants travaillant ou voyageant dans le Sahel et au Moyen-Orient.

La situation en Syrie, où règne depuis deux ans une guerre civile confessionnelle dans un pays autre fois laïc où toutes les religions vivaient en paix, influe sur la situation sécuritaire en Irak. En effet, en mai 2013, la violence y a franchi un niveau que l’on n’avait plus connu depuis 2006 mais aujourd’hui elle ne s’exerce plus contre l’occupation américaine mais oppose les Chiites et les Sunnites.

Après plusieurs mois de manifestations et de désobéissance civile des minorités sunnites dans les gouvernorats de l’Est et du Nord de l’Irak contre la politique du gouvernement Maliki, la répression sanglante par les forces de l’ordre, le 23 avril dernier, des manifestations de la place de Hawija [1] a constitué le facteur générateur de crise qui a fait basculer les régions sunnites d’un état de protestation à celui de révolte armée.

Début mai, de petites révoltes menées par des tribus sunnites ont éclaté un peu partout dans les zones sunnites irakiennes. Des localités situées dans les gouvernorats de Salah Dine, Diyala et Mossoul ont été attaquées et sont tombées seulement en quelques heures entre leurs mains. Les tribus d’Al Anbar ont annoncé la formation d’une armée tribale pour défendre le gouvernorat à la fois des groupes armés et de l’armée irakienne.

Par contrecoup, Bagdad, où cohabitent Sunnites et Chiites, a connu une vague d’attentats, sans précèdent depuis 2006. En mai, 684 attentats ont été recensés, réalisés à l’engin explosif, à la bombe magnétique, à la voiture piégée ou par ceintures d’explosifs. Ils ont fait, selon nos sources, 341 morts et 636 blessés [2]. Comme d’habitude, les militaires, les membres des forces de l’ordre et de Sahwa [3], les parlementaires, les hommes politiques et les fonctionnaires publics étaient ciblés par ces attentats. Mais ils ont aussi visé des rassemblements ordinaires de simples citoyens irakiens dans des gares routières, des marchés de fruits et légumes ou des restaurants.

Les événements de Hawija ont mis en lumière plusieurs facteurs qui sous-tendent la situation sécuritaire actuelle en Irak :

  • la fragilité des forces de l’ordre locales dans les zones de combats. Elles n’ont résisté que quelques heures dans certaines localités;
  • l’émergence au grand jour de l’Organisation des Hommes de Nakshbandyia qui est une émanation armée du parti Baas interdit. Elle s’est opposée aux forces de l’ordre dans les zones de Slimane Baig, Kara Taba et Mossoul;
  • les groupes armés, proches d’Al-Qaida, ont exploité l’incident de Hawija pour essayer de faire basculer l’Irak dans la guerre civile confessionnelle à l’image de la Syrie. La preuve en est les multiples attentats et attaques qui ont visé les mosquées sunnites et chiites à Bagdad et à Diyala;
  • beaucoup des villes qui sont tombées entre les mains des membres des tribus sunnites se trouvent sur la bande frontalière avec le Kurdistan. Ce qui peut faire penser que les Kurdes jouent un certain rôle dans l’instabilité dans ces zones ou bien ne sont pas mécontents de montrer à Maliki que sans leur aide il sera incapable de maintenir l’ordre dans le Nord. Pour la première fois, cette situation sécuritaire a contraint le Premier Ministre à négocier sur le fond avec les Kurdes. L’accord signé entre Maliki et le Kurdistan, s’il est appliqué, apportera satisfaction à la majorité des revendications kurdes [4].

Devant ce qui se passe en Libye, en Syrie et aujourd’hui en Irak, on mesure tous les risques que fait courir aux citoyens français dans ces régions notre diplomatie qui soutient pour des raisons idéologiques tout fauteur de trouble dès lors qu’il se déclare révolutionnaire en sous-estimant la dimension confessionnelle qui sous-tend tous ces conflits à plus ou moins long terme.

En Lybie [5], où faute d’un pouvoir fort et organisé, les djihadistes de tous bords disposent d’un sanctuaire pour déstabiliser tout le Sahel. En Syrie où les laïcs et les musulmans modérés en résistance contre le pouvoir à Damas sont progressivement supplantés par des islamistes radicaux, mieux organisés, plus entrainés et plus fanatiques. Le 9 avril dernier, en Syrie, les masques sont enfin tombés. Abou Bakr Al-Baghdadi, chef de la branche irakienne d’Al-Qaida, a annoncé dans un message audio la fusion de son groupe avec le Jabhat Al-Nosra (Front du soutien), principale organisation djihadiste armée en Syrie [6]. Le nouvel ensemble s’appelle Al-Qaida en Irak et au Levant. Cette annonce intervient juste après l’appel lancé par le successeur de Ben Laden, Ayman Al-Zawahiri à l’instauration d’un régime islamique en Syrie, après la chute du régime de Bachar Al-Assad.

Au lieu de défendre comme les Allemands nos intérêts stratégiques et économiques dans l’Iran et l’Irak Chiite qui seront les puissances régionales de demain, notre diplomatie, à l’écoute de nos révolutionnaires en chaise longue, joue aujourd’hui les harkis des intérêts sunnites les plus radicaux, frères musulmans sponsorisés par le Qatar, salafistes par l’Arabie Saoudite et met en danger nos citoyens dans le Monde et demain en France.

Car en multipliant les déclarations de soutient à ces révolutionnaires qui sont aujourd’hui débordés par les groupes islamistes radicaux, François Hollande et Laurent Fabius ne satisfont aucun des camps du conflit syrien où la dimension confessionnelle, qui déchire le monde musulman depuis des siècles, devient chaque jour un facteur de plus en plus déterminant. Les uns nous reprochent de ne pas assez les aider, les autres de soutenir les terroristes. Et, au final, nous exposons tous nos expatriés et nos voyageurs à la vindicte des groupes armés radicaux qui sévissent au Sahel et au Moyen-Orient et, de plus, nous perdons des opportunités économiques immenses en Irak et en Iran.

Il est grand temps que nous arrêtions de nous conduire en donneurs de leçons au Monde entier alors que notre pays sombre un peu plus chaque jour dans la récession économique par la faute d’une classe politique de gauche qui n’a toujours pas compris que la puissance économique est plus que jamais la condition nécessaire de toute politique d’influence.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Elle a causé plus de 50 morts et d’une centaine de blessés dans la population civile de cette petite ville au Sud-Ouest de Kirkuk. A la suite de cette malheureuse affaire, Maliki a remplacé plusieurs hauts responsables des forces de l’ordre.

[2] 68% des victimes de ce mois de mai sanglant se sont produites dans la seconde moitié du mois lors de 4 journées et nuits d’attentats coordonnés à la voiture piégées et à l’engin explosif : le jeudi 16 mai, une dizaine de voitures piégées frappe Bagdad dans la soirée faisant 137 victimes; le vendredi 17 mai, 4 attentats à l’engin explosif font 42 morts et 95 blessés; le dimanche 26 mai, huit voitures piégées et des engins explosifs font 60 morts et plus de 150 blessés à Bagdad; le jeudi 30 mai, neuf voitures piégées et plusieurs engins explosifs ont causé 185 morts et blessés.

[3] Milice armée.

[4]

  • A. Élaborer une loi spéciale de dédommagement des victimes des attaques par armes chimiques d’Anfal et des fosses communes. Le gouvernement central doit consacrer à cet égard une somme adéquate pour venir en aide aux réfugiés et aux déplacés présents actuellement au Kurdistan.

  • B. Former un Haut Comité Sécuritaire pour améliorer la coopération en matière de sécurité entre les deux parties. Former une Commission d’enquête mixte pour enquêter sur la gestion de la sécurité dans les zones litigieuses, faite par les commandements des opérations, notamment par celui de Dijla.

  • C. Œuvrer en commun pour rédiger une loi de tracé de frontières administratives des gouvernorats telle qu’elle a été présentée par la présidence de la république au parlement irakien et une autre loi abrogeant les décisions du Conseil de Commandement de la Révolution de l’ancien régime telle qu’elle a été présentée par le conseil des ministres irakien.

  • D. Former une commission d’enquête mixte pour enquêter sur les problèmes de loi, de douanes, de voyage, de postes-frontières, etc. qui existent entre les deux gouvernements.

  • E. Demander au parlement irakien de bien réexaminer la loi du budget national de 2013 et de ses annexes.

  • F. Former une Commission technique mixte pour conclure un accord sur la loi Pétrole et Gaz et sur celle de partage de revenus.

  • [5] Où notre diplomatie soutient des dirigeants provisoires sans pouvoir et ignore ceux qui comptent car ils ont avec eux la force des armes.

    [6] Le Front Al-Nostra a été fondé par des combattant d’Al-Qaida qui avaient combattu l’occupation américaine en Irak entre 2003 et 2009 et qui étaient venus soutenir la « révolution syrienne ».


Où va l’Irak ?

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Alors que les observateurs ont les yeux braqués sur la Syrie, chez son grand voisin, l’Irak, se déroule une lutte sanglante pour le pouvoir qui fait mensuellement, mais de façon moins médiatique, au moins autant de morts et de blessés.

En effet, le retrait total des troupes américaines d’Irak qui s’est achevé en décembre 2011 a créé un vide politique et sécuritaire que le Premier ministre Al Maliki accentue par une politique autocratique et communautariste visant à concentrer tout le pouvoir entre ses mains et à en écarter définitivement les Sunnites. Cette politique est menée avec continuité depuis 2009 où Maliki avait réussi à interdire à plus de 500 candidats sunnites de se présenter aux élections législatives, sous prétexte de leur passé bassiste.

Les élections du 7 mars 2010 où la liste irakienne (Irakia) était arrivée de justesse en tête des élections législatives avec 91 députés contre 89 à son parti de « l’Etat de droit » l’ont conduit à radicaliser cette politique. Pour garder le pouvoir, il a du faire alliance avec «l’Alliance nationale irakienne» (ANI), arrivée troisième aux élections et qui regroupe les principaux partis chiites, dont le courant sadriste et le Conseil suprême islamique en Irak (CSII). Il est désormais prisonnier de son aile extrémiste soutenue par l’Iran et notamment de Moktada Sadr, revenu d’Iran après un exil auto imposé de quatre ans. [1] Cette influence iranienne s’est manifestée le samedi 21 mai 2011 quand des dizaines de milliers de partisans de Moktada Sadr ont ainsi défilé dans les rues de Bagdad, menaçant « d’intensifier la résistance armée » et de « réactiver l’Armée du Mahdi », si les troupes américaines restaient en Irak après le 31 décembre 2011.

Cette ligne s’est à nouveau concrétisée en janvier 2012 par la grave crise politique qu’il a initié en signant un mandat d’arrêt contre le vice-président sunnite de la république, Tarek Al Hachimi, qui est l’un des dirigeants de la « liste Irakienne », et, également, en demandant au parlement de voter une motion de censure contre le vice-Premier ministre, sunnite, Saleh Al Mutlag qui est aussi un dirigeant important de cette même Liste Irakienne [2]. Du coup, la « liste Irakienne » qui ne dispose plus aujourd’hui au parlement que de 83 députés [3] et au gouvernement de 9 ministres a déclaré qu’elle boycotterait les travaux du parlement.

La crise politique actuelle souligne l’importance actuelle des kurdes dans le processus politique en Irak. Le vice-président Tarek Al Hachimi a trouvé un refuge, au Kurdistan, qui a décidé de le soutenir et refusé de l’extrader vers Bagdad. Cela a poussé l’un des dirigeants du « bloc de l’Etat de droit » d’Al Maliki de déclarer que le président de la république kurde, Jalal Al Talabani, soutenait le terrorisme. Cette déclaration a entrainé le retrait des députés kurdes du parlement qui ont refusé d’y revenir tant que ce dirigeant n’aura pas présenté des excuses [5].

Dans le même temps Al Maliki a essayé de se débarrasser du chef d’état-major de l’armée irakienne, Babekir Zebarî, qui est d’origine kurde, dans une tentative visant à faire pression sur les dirigeants kurdes et les pousser à changer d’avis et de positions vis-à-vis de sa formation politique. Notons que les deux ministères de la Défense et de l’Intérieur, qui étaient promis à un sunnite et à un kurde, ne sont toujours pas pourvus depuis un an.

Cette ligne visant à éliminer les Sunnites du pouvoir en Irak s’est à nouveau manifestée sur le dossier ouvert par le gouvernorat de Salah ad-Din qui réclame son autonomie par rapport au gouvernement central. Confronté à cette revendication, le premier ministre Nouri Al Maliki a récemment fait une déclaration sur les zones litigieuses et sur la nécessité de refonder un nouveau fédéralisme. Refusant tout référendum visant à créer une province autonome, le plan d’Al Maliki prévoit un transfert de souveraineté de certaines zones turkmènes de Salah ad-Din à Kirkuk et des zones chiites à Bagdad. Si ce projet voyait le jour, les objectifs de certains dirigeants kurdes relatifs à la constitution d’une province autonome kurde et d’un mini-Irak allant de Bassora à Samara seraient réalisés. La part des Sunnites serait très réduite par rapport à leur nombre et à leur présence géographique dans des régions comme Mosul et Kirkuk. Ce scénario serait suicidaire pour l’Irak car rien ne permet de penser que les Sunnites se laisseront rayer de la carte politique sans une farouche résistance qui d’ors et déjà remet en cause les efforts de normalisation sécuritaire enregistré en 2010-2011.

Ces provocations répétées d’Al Maliki contre la minorité sunnite se traduisent chaque fois par des flambées d’attentats visant les chiites dans les zones où les Sunnites sont implantés, ce qui entraine une augmentation du nombre d’attentats, très inégalement répartis dans le pays, avec des zones très exposées et d’autres plus calmes.

D’une manière générale on peut dire qu’aujourd’hui le Kurdistan et la Région de Bassora, Meysan sont calmes et que la sécurité y est assurée. En revanche, en janvier 2012, les 255 attentats qui ont fait plus de 300 morts [5] se sont concentrés très majoritairement à Bagdad, suivi par Diyala, Mossoul, Al Anbar et Salal ad-Din où les violences avaient explosé durant les deux derniers mois de 2011 après que le gouvernorat de Salah ad-Din ait déclaré ses velléités d’autonomie.

Il y a fort à parier que seul un pouvoir militaire sera capable de maintenir l’unité du de l’Irak et de gouverner sans parti pris communautariste. Les printemps démocratiques arabes rêvés et soutenus par les occidentaux se heurtent à la réalité des cultures, des religions et des traditions. Une fois de plus, on constate, en Irak comme précédemment au Liban et aujourd’hui en Egypte, que la stabilité et la sécurité d’un pays exigent une culture et des valeurs communes ce que les partisans du communautarisme en France ou ailleurs ne veulent pas entendre. Mais les faits sont têtus.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Iran avec lequel il effectue des va et vient constants et où il poursuit ses études théologiques.

[2] Nouri Al Maliki a accusé Al Hachimi d’être impliqué dans des actes perpétrés par des escadrons de la mort visant des hommes politiques irakiens pendant la période 2006-2008. Dans une escalade inhabituelle, la télévision publique irakienne a montré des aveux de l’un des gardes du corps d’Al Hachimi, seulement 48 heures après l’arrestation de ce garde.

[3] Un député Bachar Hamid al-Agaydi à été tué dans un attentat à Mossoul et 8 autres soumis à des menaces ont fait dissidence.

[4] Il promet périodiquement la tenue d’une conférence nationale de réconciliation mais n’en fixe ni la date ni le lieu. Ce n’est pas faute pour la liste Iraqya de donner des gages de bonne volonté puisque fin janvier 2012, Mme Damaloudji, porte parole du groupe a annoncé la décision du groupe Iraqiya de retourner au Parlement pour contribuer au succès de la conférence nationale proposée par le président irakien Jalal Talabani», a expliqué sa porte-parole . Plusieurs hauts responsables politiques irakiens avaient plaidé ces dernières semaines pour un geste d’Iraqiya en ce sens, a-t-elle rappelé. «Les députés vont participer au vote du budget et d’une loi d’amnistie» pour des personnes en détention provisoire, « pour tenter de régler la question de AL Hachémi et d’empêcher le limogeage du vice-président Saleh Moutlak ».

[5] Plus de 400 morts en décembre 2011.


La France paye à Bagdad
son activisme dans le dossier iranien

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Jean-Bernard PINATEL - Président de LP Conseil et de Tiger Corporate Security – Fondée en 2009 avec deux associés, un Français, d’origine irakienne, et un Irakien, résidant à Bagdad, cette société réalise des études de sûreté générale, d’intelligence économique et mène des missions de protection et d’intermédiation.

Un convoi de l’ambassade de France à Bagdad a été visé, lundi matin, le 20 juin 2011, à 08h17, par un attentat terroriste à la voiture piégée dans le quartier d’El Masbah, au sud de Bagdad, non loin de la résidence de l’ambassadeur de France à Bagdad, faisant sept blessés irakiens dont quatre gardes irakiens de l’ambassade. Les trois autres sont des passants qui se trouvaient là par hasard. Aucun membre du personnel diplomatique français ni du personnel français de sécurité n’a été touché, d’après le porte-parole de l’ambassade. L’attentat a eu lieu sur le trajet habituel emprunté par les convois de l’ambassade entre la résidence de l’ambassadeur et les bâtiments de l’ambassade. C’est le second attentat de ce genre dont l’ambassade est victime en trois semaines. Le premier attentat a eu lieu également sur le même trajet.

Le mode d’action choisi et le quartier de Bagdad où il s’est déroulé fait penser que la main de l’Iran est derrière cet attentat.

Quels messages sont-ils ainsi lancés par les iraniens vers les responsables politiques français ? Deux dossiers irritent fortement les iraniens.

La France a toujours suivi voire précédé inutilement la position américaine de diabolisation de l’Iran sur le dossier nucléaire alors que tout laisse à penser qu’il s’agit, une fois de plus, d’une désinformation du lobby militaro-industriel américain [1].

Bien plus, la veille de l’attentat, elle a accueilli le 19 juin à Villepinte, le rassemblement européen de plusieurs dizaines de milliers d’exilés et opposants iraniens. Cette manifestation aurait notamment réuni autour de Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne, plusieurs personnalités américaines très en pointe sur la dénonciation du régime iranien comme Rudy Giuliani, ancien maire de New York et candidat à la présidence des États-Unis (2008),Tom Ridge, premier secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis (2003-2005) ou Bob Filner, membre du congrès et Président du Comité de la Chambre sur les affaires des anciens combattants depuis 2007. Tous les orateurs ont dénoncé avec vigueur la répression menée par le régime iranien notamment contre la principale organisation d’opposition irakienne, celle des Moudjahiddines du Peuple.

Autant il est légitime de fustiger le régime autoritaire du Président Mahmoud Ahmadinejad, autant il est contreproductif de suivre les États-Unis dans la dénonciation d’une menace inexistante. Par ailleurs, il serait utile que des leaders politiques français expriment leur souhait d’un retrait total des forces américaines d’Irak, selon le calendrier prévu (décembre 2011). Une évolution de la position française sur le dossier nucléaire iranien et une affirmation du souhait de voir l’Irak retrouver en décembre sa pleine souveraineté seraient de nature à tarir une source inutile de risques contre nos ressortissants en Irak.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

[1] Lire mon précédent article du 10 juin 2011 : « L’arme nucléaire de l’Iran : une autre désinformation américaine qui se dégonfle ».


L’Iran accroit sa pression pour obtenir un retrait total des forces américaines d’Irak

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Le 27 février 2009, dans un discours sur la base de Marines de Camp Lejeune, en Caroline du Nord (Sud-Est), Barack Obama avait annoncé que les derniers soldats américains quitteraient l’Irak avant la fin décembre 2011. Aujourd’hui, il reste en Irak un peu moins de 50 000 militaires américains, répartis dans une dizaine de bases.

A Bagdad, les ministres de l’Intérieur et de la Défense du gouvernement Maliki ne sont toujours pas nommés, l’Intérieur devant revenir à un chiite et la Défense à un sunnite.

Mais le premier ministre, Nouri Al Maliki, a refusé jusqu’à présent les candidats pressentis souhaitant la nomination de responsables sans envergure à ces postes essentiels pour la sécurité, afin de conserver tout le pouvoir entre ses mains. Un ancien officier sunnite qui était considéré comme favori pour occuper le poste de ministre de la Défense a fait l’objet d’un attentat par stick-bombe sous sa voiture et est gravement blessé.

C’est dans ce contexte que surviennent des déclarations contradictoires de responsables américains sur le respect du calendrier annoncé de retrait total des forces américaines.

L’Iran de son côté refuse de voir perdurer des bases américaines à ses frontières et accentue la pression, via les milices de Moktada Sadr, pour que le calendrier annoncé soit respecté.

Ainsi le mois dernier, Moktada Sadr a menacé « d’intensifier la résistance armée » et de « réactiver l’Armée du Mahdi » si les troupes américaines restaient en Irak après le 31 décembre prochain. Des dizaines de milliers de ses partisans ont ainsi défilé le 21 mai dans les rues de Bagdad, menaçant de reprendre la lutte armée si les forces américaines ne quittent pas le pays, comme prévu. A Bassora, c’est plus de 5.000 personnes qui ont lancé le même avertissement aux États-Unis.

Sur le terrain, l’Iran, par l’intermédiaire de milices à sa solde, accentue la pression contre les bases américaines.

Cinq roquettes Katiouchas ont été tirées à l’aube du 6 juin contre l’immense base américaine de Camp Victory, à l’Ouest de Bagdad, tuant 5 soldats américains.

Au Sud, l’aérodrome de Bassora, où est située une autre base américaine, a été visé en mai par trois attaques de missiles Katiouchas tandis que les convois américains ont subi deux attaques à l’engin explosif. Trois militaires américains auraient été blessés au cours de ces attaques.

Alors que la sécurité continue à s’améliorer globalement en Irak depuis 2009, le non-respect du calendrier annoncé risquerait de replonger le pays dans la guerre civile.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL