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Allocution de Henri Guaino

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Henri Guaino, député UMP des Yvelines

11 novembre 2013 - Le Chesnay

C’était un 11 novembre.
C’étaient des enfants.
Ils avaient 14 ans, 16 ans, 20 ans.

Leurs pères étaient revenus de l’Enfer, hantés par le souvenir du sang et de la boue, des corps déchiquetés par la mitraille, de la peur qui prenait au ventre au moment de l’assaut.
De ces pères héroïques, ces enfants avaient appris le devoir, le cou¬rage et l’honneur.

De la bouche de ces vainqueurs meurtris dans leur corps et dans leur âme ils avaient entendu que tant de souffrances et tant de morts signaient la fin de toutes les guerres.
On leur avait dit que désormais la guerre était hors la loi.
Ils avaient cru à cette promesse de paix.
Mais les promesses de paix ne sont jamais dans les institutions ni dans les règles de droit. Elles sont dans les âmes, dans les cœurs et dans la raison.
Mais il y avait encore trop de rancœur et trop de haine dans les âmes et dans les cœurs.
Et la folie des hommes l’avait emporté sur la raison.

Après la « drôle de guerre », il y avait eu ce printemps meurtrier.

« Le démenti des fleurs au vent de la panique
Aux soldats qui passaient sur l’aile de la peur ».

Il y avait eu 100 000 morts.
Et les fils des vainqueurs étaient devenus les enfants d’un pays vaincu.

C’était un 11 novembre.
Tout s’était effondré.
C’étaient des enfants dont le malheur avait brisé tous les rêves.

C’était le jour où chaque année leurs pères, graves et silencieux, se regroupaient derrière leurs vieux drapeaux, accompagnés des fantômes qui ne quitteraient jamais ni leurs jours ni leurs nuits.

Ce fut ce jour-là parce que l’occupant avait interdit que l’on commémorât sa défaite passée. Or, toute jeunesse s’affirme en bravant l’interdit.
Ce fut ce jour-là parce que c’était le meilleur jour pour témoigner que la leçon de courage, de devoir et d’honneur qu’avaient donnée à leurs enfants des pères usés par tant de peines, d’épreuves et de douleurs n’avait été donnée en vain.

Ce fut un élan spontané du cœur, de l’âme et de la raison.
Nulle organisation ne l’avait préparé.
Les lycéens étaient les plus nombreux.
L’un d’entre eux avait commandé une gerbe pour la déposer sur la tombe du soldat inconnu. Le fleuriste lui avait fait une gerbe en forme d’immense croix de Lorraine.
Les jours précédents des tracts avaient circulé :
« Étudiant de France, le 11 novembre est resté pour toi un jour de fête nationale malgré l’ordre des autorités qui nous occupent et nous oppriment.
Cette année, ce doit être un jour de recueillement.
Tu n’assisteras à aucun cours.
Tu iras honorer le soldat inconnu à l’Arc de Triomphe.
Le 11 novembre 1918, fut le jour d’une grande victoire.
Le 11 novembre 1940 sera le signal d’une plus grande victoire encore si les étudiants solidaires manifestent pour que vive la France.
Recopie ces lignes et diffuse-les ».

Un lycéen qui trouvait que le texte n’était pas assez clair l’avait réécrit en citant le Général de Gaulle.

C’était le 11 novembre 1940, dans l’après-midi.

Un témoin, élève de seconde, raconte :
« J’ai su que quelque chose se préparait pour le 11 novembre sur les Champs-Elysées, mais à l’époque je ne savais même pas que c’était une manifestation, je n’en ai pas moins enfourché mon vélo… »
Sur les Champs-Elysées, il ne trouva presque que des jeunes et des très jeunes. Les plus âgés, les plus raisonnables n’étaient pas venus n’ayant aucune arme et craignant un piège.
Ce fut dira plus tard un participant, « une révolte sentimentale ».

C’était le 11 novembre 1940, dans l’après-midi.
Ils étaient plusieurs milliers.
La France était occupée.
Et dans la nuit du malheur qui s’était abattue sur elle,
Ces milliers d’enfants risquaient leur vie en bravant l’ennemi,
certains portaient deux cannes à pêche qui voulaient dire « deux gaules ». D’autres chantaient la Marseillaise et criaient « A bas les Nazis », « vive de Gaulle » devant la tombe du soldat anonyme qui avait pour eux le nom et le visage de chacun des millions de soldats tombés au champ d’honneur pour que la France vive, ceux de Métropole et ceux des colonies, et ceux qui étaient venus de toutes les nations al¬liées, mourir sur cette terre lointaine dont le nom pour eux voulait dire « liberté ».

Quand les soldats et les automitrailleuses allemandes ont fait leur apparition et commencé à tirer, la foule désarmée s’est dispersée. Un millier de jeunes ont été arrêtés par la police, avec quelques professeurs aussi qui seront révoqués.
123 lycéens et étudiants ont été incarcérés par les Allemands, mis au secret, battus pendant un mois, que leurs parents ont cru morts. Il y eu 15 blessés, dont 4 grièvement.

Ces premiers coups de feu devant l’Arc de Triomphe déclarera l’un d’entre eux « annonçaient que la France était vivante ».

C’était un 11 novembre, des enfants que l’on avait dépossédé de tous les rêves de leur jeunesse maintenaient l’honneur de la France et celui de leurs pères « comme un invincible songe ».

Combien de fois avaient-ils chanté avec leur père les paroles de la Marseillaise ? :
« Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n’y seront plus
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus ».

Toujours, dans les pires épreuves de l’histoire, il a jailli des profondeurs du peuple français la force de la résistance qui lui a permis de survivre en tant que nation et en tant que civilisation.

En accueillant les premières recrues de la France Libre à Londres, le Général de Gaulle leur a dit : « Je ne vous féliciterai pas, en venant vous n’avez fait que votre devoir ».

Leur devoir les Français l’ont toujours accompli. Ils ont toujours consenti aux sacrifices que la patrie exigeait d’eux.
Ils n’y ont jamais mis qu’une seule condition : que ceux qui les appelaient au devoir fissent eux-mêmes leurs devoirs et leur témoignassent du respect.

Longtemps les poilus de la Grande Guerre avaient fait leur devoir jusqu’à l’extrême limite de leurs forces.
Ils n’avaient jamais reculé.
Un jour pourtant ils s’étaient mutinés.
C’était de la faute des chefs qui n’avaient pas été à la hauteur.

Que devient en effet, l’autorité, si nécessaire dans l’épreuve, quand, selon la conclusion d’une commission d’enquête de l’époque : dans la préparation comme dans l’exécution d’un plan, le chef n’a pas été-je cite- « à la hauteur de la tâche écrasante qu’il avait assumée » ?
La guerre avait failli être perdue.

Il avait fallu changer le commandement qui avait envoyé pour rien tant d’hommes se faire massacrer. Il avait fallu redonner au soldat la confiance dans ses chefs qu’il avait perdue. Elle ne pouvait se regagner que par la compétence et le respect du soldat, la valeur accordée à sa vie, à sa dignité.

Et puis, pour le dernier sursaut, quand il avait fallu mobiliser jusqu’à la moindre ressource au moment du combat décisif, on était allé cher¬cher Clemenceau qui avait proclamé : « Au dehors je fais la guerre ! A l’intérieur je fais la guerre ! Partout je fais la guerre ! » Il y avait mis toute son intelligence, son énergie inépuisable, sa volonté inflexible. Il avait soutenu le combattant dans la tranchée, encouragé le courage, lutté contre la moindre faiblesse et tout le temps, vieillard infatigable, payé de sa personne, de sorte que mêmes ceux qui ne l’aimaient pas l’avaient appelé « le père la victoire ».

A l’orée des commémorations du centenaire de la première guerre mondiale, on reparle de l’Union Sacrée qui a permis de vaincre. Mais l’Union Sacrée, ce consentement de chacun à remplir les devoirs qu’il a envers tous, c’est à ceux qui assument le commandement d’abord d’en créer les conditions.

Notre cohésion nationale qui s’est forgée au prix de tant de sacrifices et dans tant de guerres, et qui s’est manifestée comme jamais au cours de notre histoire dans la boue sanglante des tranchées, aux Eparges, à Verdun, au Chemin des Dames, notre cohésion nationale est le trésor le plus précieux que nous ont légué les générations passées.

Il appartient certes à chacun d’entre nous de la préserver pour la trans¬mettre intacte à nos enfants, mais cette responsabilité incombe d’abord à ceux qui ont la charge de conduire les destinées de la Nation.

A nous et à eux de faire en sorte que pas un mort pour la France dans toutes les guerres ne soit tombé pour rien et que nos enfants regardent cette date du 11 novembre avec les mêmes sentiments qu’éprouvaient ce 11 novembre 1940 les enfants des poilus de la Grande Guerre.
Qu’ils comprennent encore le sens de ces mots : « Honneur et Patrie ».

Et qu’à côté de l’horreur qu’éprouve toute âme humaine devant le spectacle abominable de la guerre des tranchées, ils ressentent aussi la fierté d’être les descendants et les héritiers de ces soldats héroïques, la fierté d’être les enfants d’un grand pays, d’une grande nation qui s’appelle la France.

Vive la République

Vive la France

Source : Allocution Henri Guaino - 11 novembre 2013 - Le Chesnay

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