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La loi de programmation militaire (2019-2025)

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Inscrit dans le marbre des choix stratégiques essentiels, planifie une remontée en puissance de nos forces mais ne balaye pas toutes les craintes sur l’avenir de notre Défense.

La LPM va être adoptée par le Parlement le 27 juin, à l’Assemblée nationale, et le 28 juin, au Sénat, à l’issue de la commission mixte paritaire (CMP), dont la première réunion a eu lieu mardi 19 juin.

Elle marque « une inversion de tendance historique », s’était réjoui le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Jean-Pierre Bosser lors de son audition à l’Assemblée nationale en février dernier. Et de préciser que la France est « désormais sur une trajectoire de remontée en puissance ». Cette LPM prévoit une croissance de 1,7 milliards par an jusqu’à 2022 puis de 3 milliards jusqu’en 2025 pour porter à cette date l’effort de défense à 2% du PIB.

Saluons à sa juste mesure cet effort que la nation, sous l’autorité du Président de la République, va s’engager à faire. Cela dit, il n’est pas interdit de se poser quelques questions sur les choix stratégiques effectués et donc sur l’emploi de ces sommes. Et en particulier, sur ce que cache cette accélération de l’effort à partir de 2022 ?

Cette augmentation est rendue indispensable par le renouvellement des composantes de notre dissuasion nucléaire dont les crédits annuellement alloués passeront de 3,9 milliards d’euros en 2017 à 6 milliards d’euros en 2025 et ce pour une durée initiale de 10 ans, soit 65% de plus par an par rapport aux sommes dépensées lors de précédente LPM (2014-2019).

La volonté d’augmenter de façon considérable le budget de la défense vient donc, en très grande partie, du choix politique de maintenir une dissuasion nucléaire crédible comme clé de voûte de la stratégie militaire de la France, ce qui constitue pour moi un impératif indiscutable. Il s’agit donc de préparer le renouvellement des vecteurs et des armes compte tenu de leur obsolescence naturelle (le Triomphant mis en service en 1997 aura 33 ans en 2030) et des progrès technologiques, notamment en matière de détection sous-marine, de défense anti-missiles, etc.

Néanmoins, il est nécessaire d’expliquer clairement aux Français pourquoi, dans le contexte stratégique actuel et prévisible à moyen terme, on a décidé de renouveler presque à l’identique [1] le format qui existait du temps où les divisions soviétiques étaient déployées à deux étapes du tour de France de nos frontières. En effet, cette décision nous conduit à consacrer la grande majorité de l’augmentation des crédits militaires prévus entre 2018 et 2030 au renouvellement des moyens de la dissuasion nucléaire, d’où plusieurs questions légitimes :

1) le maintien de la composante aérienne de la dissuasion est-il indispensable ?

2) De même le maintien en permanence d’un SNLE en patrouille est-il justifié ?

Si l’effort de 3 milliards supplémentaires par an est effectivement réalisé à partir de 2023, les décisions prises pour la dissuasion nucléaire n’entraineront aucune incidence négative sur la modernisation des équipements de nos forces classiques, sur la formation des personnels, le maintien en condition des matériels et la condition militaire. Mais comment ne pas entendre les craintes légitimes fondées sur l’expérience récente. En effet, passer d’un accroissement annuel de 1,7 à 3 milliards à partir de 2022 constitue un effort budgétaire considérable. Et le précédent de la révision de 2015, où François Hollande avait lui aussi repoussé l’effort en fin de période, peut donner à réfléchir. En effet on a vu ce qu’il en est advenu en 2018 de l’augmentation supplémentaire des 1 milliard d’euros prévus lors de la révision de 2015 : 850 millions de crédits d’équipement ont été supprimés….

Par ailleurs, sur le plan doctrinal, maintenir une composante aérienne à la dissuasion nucléaire n’affaiblit-il pas la dissuasion elle-même car cela ne prouve-il-pas que l’on n’est plus sûr à l’avenir de pouvoir assurer l’ « indétectabilité » des SNLE [2]? En outre, la composante aérienne est-elle une assurance suffisante en cas de défaillance de la composante sous-marine, notamment en termes de portée et de capacité de pénétration [3] ? Toutes ces questions ont été légitimement posées lors des débats en commission. Une seule chose est sure : elles expliquent le coût qui est programmé pour mener les recherches nécessaires au maintien de la crédibilité de notre dissuasion nucléaire. Mais personne, chez nous comme chez nos adversaires potentiels, n’est capable de leur apporter une réponse définitive. Ce sont ces incertitudes qui constituent pour le général Lucien Poirier l’essence même de la dissuasion. [4]

Au final, si la dissuasion nucléaire reste la clé de voute de notre défense, elle ne doit pas nous faire oublier que les menaces auxquelles nous aurons à faire face dans un avenir prévisible rendront plus que jamais nécessaire la disponibilité de forces classiques bien équipées, bien entrainées et composées de soldats motivés. Car la nation reconnaitra leurs sacrifices en se souciant particulièrement de la condition militaire.


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL
Auteur de « Histoire de l’Islam radical et de ceux qui s’en servent », Lavauzelle, Mai 2017

[1] A l’exception de la composante terrestre, les Hades, qui ont été démantelés en 1997.

[2] Le Point.

[3] Même si nos aviateurs viennent brillamment de démontrer qu’ils sont capables de frapper sans opposition à 6000km de leurs bases ce qui est suffisant pour Moscou, Téhéran ou New-York mais insuffisant pour Pékin.

[4] Dissuasion et Puissance moyenne », RDN, mars 1972, p.363.


Objectifs et originalité du programme spatial chinois

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S’assurer une autonomie stratégique complète dans le domaine spatial, percer sur le marché des lancements commerciaux et exploiter les ressources énergétiques et minières du système solaire constituent les trois objectifs principaux de l’effort spatial chinois.

La Chine a rattrapé presque tout son retard dans le domaine aérospatial en mettant l’accent, dans un premier temps, sur le secteur militaire ce qui lui permet désormais de disposer des moyens d’une force nucléaire globale et crédible, capable de dissuader toute agression contre ses intérêts vitaux.

Le livre blanc 2017-2022 fixe les objectifs à court terme de la Chine dans l’espace et jette les bases de à moyen et long terme de l’exploitation des ressources minières de la lune, de mars et du système solaire.

L’objectif à court terme, 2022, est de disposer d’une autonomie stratégique complète en matière de guidage, d’observation et de télécommunication.

Ainsi, ce Livre blanc prévoit un renforcement du système de positionnement et de navigation « Beidou », l’équivalent chinois du Galileo européen et du GPS américain, de façon à l’étendre au-delà de l’Asie et lui donner une capacité mondiale avec 35 satellites en orbite à l’horizon 2025. Il prévoit aussi le développement de l’autonomie chinoise dans les domaines de l’observation de la Terre, de la surveillance de l’espace, de son infrastructure spatiale et des débris orbitaux ainsi que de sa capacité à collecter et à traiter des données satellitaires. Elle souhaite, comme l’ESA, moins dépendre du Space Surveillance Sytem américain (Norad) et va accroitre ses capacités de surveillance avec la construction de nouvelles installations au sol.

A moyen terme, l’exploration des planètes et de l’ensemble des objets orbitaux par la Chine est envisagée dans un but économique. Sans l’afficher aussi clairement, le programme spatial chinois vise à découvrir et à exploiter de nouvelles ressources énergétiques et minières. C’est pourquoi, à la différence des occidentaux qui se sont fixés Mars comme objectif, la Chine concentre ses efforts pour découvrir et exploiter les ressources minières lunaires. En effet, la Lune abriterait un gaz rare sur Terre, l’hélium-3, qui est le carburant idéal pour la fusion nucléaire [1]. On retrouve aussi ici l’impératif stratégique chinois réduire sa dépendance énergétique.

La Chine a ainsi programmé cette exploration lunaire en trois phases :

La phase 1 a commencé en 2007 et a eu pour objectif d’envoyer une sonde orbitale autour de la lune [2], afin de cartographier et modéliser en trois dimensions certaines régions de la Lune pour y repérer la distribution de l’Hélium-3. Au total, 1,37 téraoctet de données ont été transférées à la Terre au cours de cette mission [3].

La Phase 2 a commencé le 13 décembre 2013 par le lancement, à bord du nouveau lanceur lourd « Longue Marche 5 », d’un rover afin de le poser sur la lune avec des outils de mesure [4] scientifique pour analyser le sol lunaire.

La Phase 3 est programmée pour 2019 et a pour but de ramener des échantillons sur terre. Cette mission baptisée Chang’e 5 comporte un atterrisseur capable de collecter jusqu’à 2 kg d’échantillons lunaires et un engin capable de redécoller du sol lunaire et de les ramener sur la Terre.

En 2020, comme les Américains avec Mars 2020 et les Européens avec ExoMars 2020, la Chine enverra un rover se poser sur Mars, première étape d’un programme qui se terminera par une mission de retour d’échantillons martiens dans le courant de la décennie 2030. Enfin, elle montre un intérêt pour les astéroïdes et Jupiter qui seront probablement deux destinations au programme du prochain Livre blanc.

On perçoit ici une des spécificités du programme chinois : son option, dans le but économique d’exploitation des ressources du système solaire, de concentrer ses efforts sur l’utilisation de robots plutôt que sur l’envoi d’hommes dans l’espace, même si elle en a démontré les capacités [5]. En effet, le lancement de futures missions habitées à destination de la Lune n’est envisagé que lorsqu’elle s’estimera capable de les effectuer sans aucun risque pour les astronautes et si la découverte et l’exploitation des ressources lunaires le rend indispensable.

Enfin, la Chine souhaite évidemment se faire une place sur le marché des lancements commerciaux tout en sécurisant son accès à l’espace, quelle que soit la charge utile à lancer et l’orbite visée. Pour ce faire, la Chine veut se doter de trois nouveaux lanceurs, dont le « Longue Marche 5 » déjà en cours de développement. Ce lanceur lourd sera capable de placer 25 tonnes de charge utile en orbite basse ou 14 tonnes en orbite de transfert géostationnaire. Il pourra donc lancer les modules de la future station spatiale chinoise dont un des premiers éléments précurseurs est déjà en orbite, station spatiale que la Chine a décidé d’ouvrir à tous ses partenaires [6]. Le « Longue Marche 6 », sera un système de transport spatial à déploiement rapide capable de lancer 1 tonne de charge utile en orbite héliosynchrone à une altitude de 700 km. Le « Longue Marche 7 » sera conçu pour lancer 5,5 tonnes sur une orbite héliosynchrone à une altitude de 700 km.


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL
Auteur de « Histoire de l’Islam radical et de ceux qui s’en servent », Lavauzelle, Mai 2017

[1] D’après certains scientifiques, il se trouve en quantité suffisante pour alimenter la Terre en énergie pendant des siècles… pour peu qu’on soit capable de l’extraire et de l’utiliser. Près de 100.000 tonnes seraient présentes sur la Lune à une profondeur moyenne de 5 à 6 mètres. La Lune : réserve d’énergie nucléaire.

[2] La sonde Chang’e 1 la été lancée le 24 octobre 2007, depuis le Centre spatial de Xichang.

[3] Programme chinois d’exploration lunaire.

[4] Le 13 décembre 2013, Chang’e 3 a déposé un astromobile (rover) baptisé Yutu (lapin de jade) au nord-ouest de Mare Imbrium. L’événement réunissait plusieurs premières dans le programme spatial chinois : atterrissage en douceur sur un autre corps céleste, premier robot mobile et mise en œuvre d’un générateur thermoélectrique à radioisotope. L’atterriseur et le rover emportaient plusieurs instruments notamment un télescope fonctionnant dans l’ultraviolet. La mission était prévue durer trois mois pour le rover, un an pour l’atterrisseur. Mais, un peu plus d’un mois après l’atterrissage, Yutu a cessé d’émettre pour des raisons ou non révélées par l’agence spatiale chinoise, après avoir parcouru une distance de 114 m.

[5] En 2003, elle est devenue la troisième nation au monde capable d’envoyer un homme dans l’espace.

[6] La Chine affiche sa volonté de coopérer avec d’autres pays. Depuis 2011, quelque 43 accords de coopération et partenariat ont été signés avec 29 pays, agences spatiales et organismes internationaux, dont la France et l’Agence spatiale européenne (ESA).


L’Irak après les élections législatives de Mai 2018. Un avenir démocratique incertain ?

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L’avenir démocratique de l’Irak apparait incertain car ce pays, qui a été profondément déstructuré par la guerre et l’occupation américaines, ne dispose pas d’institutions adaptées aux défis qu’il doit relever. La constitution démocratique imposée par Washington a eu surtout pour effet pervers de répandre la corruption dans tous les rouages politiques du pays et a instillé une désaffection profonde dans la population vis-à-vis de la classe politique, même après la victoire contre l’Etat islamique comme en témoigne la faible participation, la victoire de Moqtada Sadr et la défaite électorale de la liste « la victoire » conduite par le premier ministre.
Après la reprise de l’ensemble des villes contrôlées par Daech alors que la situation sécuritaire est loin d’être totalement sous contrôle, les élections législatives de mai 2018, le dépouillement et la proclamation des résultats se sont déroulés dans un pays meurtri par la guerre où règne un climat de tensions intercommunautaires au Kurdistan et dans les six provinces anciennement occupées par l’organisation terroriste et une profonde désaffection pour la classe politique accusée de corruption. Dans ce climat délétère seulement 44,5 % des électeurs admissibles ont voté, contre 60 % aux élections précédentes. Dans la capitale Bagdad, le taux de participation se montait à tout juste 30%.

Les enseignements des élections législatives irakiennes

Les résultats définitifs des élections ont déjoué les pronostics de la plupart des observateurs.
Ils confirment d’une part la victoire de Moqtada Sahr et de Hadi Al-Amera et la défaite de l’actuel premier ministre Haïder Al-Abadi que presque tous les observateurs donnaient largement gagnant, ainsi que le recul du parti de l’ancien premier ministre Al-Maliki, le maintien de la coalition nationale de Lyad Allawi et l’apparition sur la scène politique irakienne du mouvement Ammar Al—Hakim.
Au-delà des partis, ces élections font apparaître la défiance des irakiens, qui ont voté, envers les mouvements perçus comme trop inféodés à Téhéran ou à Washington. Elles reflètent aussi le refus des partis perçus comme trop « religieux ».
En conclusion, un désir de souveraineté nationale, de lutte contre la corruption et un état moins sous influence religieuse, ont été exprimés par ceux qui se sont déplacés aux urnes.

Parti Tête de liste Résultats définitifs nombre de députés Positionnement
Alliance Sa’aroom « En marche » Moqtada Sadr 54 Nationaliste, libéré de inféodation complète à la religion, comme en témoigne son alliance avec les communistes
Alliance Al-Fath « La Conquête » Hadi Al-Amera 47 Proche de l’Iran, liste dans laquelle figure les chefs des milices shiites pro Iran
Alliance Al-Nasr « La Victoire » Haïder Al-Anbadi 42 Liste dirigée par le Premier Ministre que les commentateurs donnaient largement en tête
Coalition de l’Etat de droit Nouri-Al-Maliki 26 Liste shiite conservatrice, proche de l’Iran
Parti Démocratique Kurde Massoud Barzani 25 Autonomie du Kurdistan
Coalition Alwatenia « Nationale » Iyad Allawi 21 Pour un Etat irakien laïque, respectueux des croyances de chacun
« Alhikma », National Trend, « Mouvement National de la sagesse » Ammar Al-Hakim 19 Parti national non religieux
Union Patriotique Kurde The deceased Jala Talabani 18 Autonomie du Kurdistan, proche de l’Iran
Divers petits partis eu quotas pour minorités 77
TOTAL 329

Les scénarios actuellement évoqués et discutés à Bagdad

1) Un gouvernement purement shiite comprenant « En Marche », « la Victoire », « la Conquête » et « l’Etat de droit » peu probable mais prôné par ses partisans sous le slogan « la maison shiite » du décédé Ahmed Al-Chalabi.

2) Un gouvernement national conduit par « En Marche » intégrant « La victoire », la « coalition nationale », le « parti démocratique Kurde » et les minorités mais excluant « la conquête » et « l’Etat de droit ». Ce gouvernement se tenant à égale distance de l’Iran et des Etats-Unis ne plait ni à Téhéran ni à Washington.

3) Un gouvernement de rassemblement plus proche de Téhéran que de Washington. Il exclurait « En Marche » et regrouperait les forces shiites proches ou loyales à l’Iran « la conquête », « la victoire », « l’Etat de droit », « la sagesse » avec les sunnites et les kurdes compatibles « la coalition nationale » et le « l’Union Patriotique Kurde ». Ce gouvernement, qui ne recevrait pas l’appui de Washington, témoignerait de l’influence de l’Iran sur la vie politique irakienne.

4) Un gouvernement sous la direction actuelle du premier ministre qui recevrait l’assentiment de Téhéran et de Washington mais qui ne serait pas accepté par la majorité des forces politiques comme sa défaite aux élections le montre.

Ces différentes hypothèses témoignent de la complexité de la situation politique irakienne. Le gouvernement qui sera formé (l’on s’accorde à penser que le gouvernement ne sera pas formé avant octobre) permettra de mesurer l’influence réelle de l’Iran, de l’Arabie Saoudite et des Etats-Unis sur la vie politique irakienne.

L’évolution de la situation sécuritaire peut influer dans un sens ou dans un autre sur la composition du gouvernement.

La situation sécuritaire reste très dégradée au Nord d’un parallèle passant par Bagdad, tout déplacement terrestre devant s’effectuer sous haute protection.

• Au Kurdistan

Tout le monde accuse tout le monde d’avoir truqué les élections, créant une spirale d’attaques et de ripostes qui risque de transformer la crise politique en crise sécuritaire.

Ainsi dans la cité de Sulaymānīyah, le mouvement du changement (Gorran), Alliance pour la démocratie et la Justice, Union islamique du Kurdistan et le groupe islamique accusent les deux grands partis UPK et PDK d’avoir manipulé les résultats durant le dépouillement.

On n’en resta pas au niveau des accusations : ainsi le PC du « mouvement pour le changement » attaqué à l’arme lourde a accusé l’UPK. De même des hommes armés non identifiés ont attaqué le PC de l’ « Alliance pour la démocratie et la justice » , dirigé par l’ancien premier ministre du gouvernement régional du Kurdistan Barham Salih.

• Gouvernorat de Kirkuk

Depuis la reprise de Kirkuk occupé par l’IE par les Pasdarans, de fortes tensions se manifestaient entre la communauté kurde et les communautés arabes et turkmènes. Elles se sont accrues avec le dépouillement car les urnes électorales ont été transportées pour raison de sécurité et ont été ouvertes à Bagdad, chaque camp accusant l’autre de manipulation des résultats.

• Gouvernorats de Diyala, Nineveh and Salah Al-Deen

Les villes de ces provinces ont un niveau de destruction des bâtiments très élevé, conséquence des combats menés contre Daech. La situation sécuritaire reste très dégradée du fait de la cohabitation de population de confessions sunnite et chiite et des accrochages entre les milices shiites et sunnites

• Gouvernorat de Bagdad

Du fait de la multiplicité des centres de pouvoir qui possèdent de l’argent, des armes et de l’indiscipline des groupes armés qui les soutiennent, la sécurité décline sous le fait des assassinats politiques, des vols à main armée et des IED qui font craindre des infiltrations de terroristes de l’Etat islamique.

• Autres gouvernorats

Alors que la situation sécuritaire s’améliore dans le gouvernorat d’Al-Anbar la crainte d’incursion de Daech reste élevée. Pour les autres provinces la situation sécuritaire reste pénalisée par un niveau de criminalité très élevé.


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL
Auteur de « Histoire de l’Islam radical et de ceux qui s’en servent », Lavauzelle, Mai 2017


Hypothèses et conséquences stratégiques des premières estimations concernant les élections législatives irakiennes

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Les premières estimations des élections législatives irakiennes, si elles sont confirmées lors de la publication des résultats définitifs annoncée pour dimanche ou lundi, sont un désaveu pour la plupart des commentateurs qui ont formulé des prévisions erronées sur ces résultats parce qu’ils ont mal pris en compte le poids respectif des facteurs qui déterminent le jeu politique irakien.

Les faits

Ces élections doivent permettre d’élire 329 députés à la proportionnelle et avec des quotas permettant aux minorités d’être représentées. Ce qui signifie qu’il faut qu’un parti ou une alliance dispose au moins de 165 députés pour pouvoir prétendre à désigner le premier ministre et à exercer le pouvoir.

Résultats provisoires [1]

Parti Tête de liste Estimation du nombre de députés Positionnement
Alliance « En marche » Moqtada Al Sadr 55 Nationaliste, libéral, comme en témoigne son alliance avec les communistes
Alliance la Victoire Haïder Al-Anbadi 51 Liste dirigée par le Premier Ministre que les commentateurs donnaient largement en tête
Alliance de la Conquête Hadi Al-Amera 50 Proche de l’Iran, liste dans laquelle figure les chefs des milices shiites pro Iran
Coalition de l’Etat de droit Nouri-Al-Maliki 25 Liste shiite conservatrice proche de l’Iran
Parti Démocratique Kurde Massoud Barzani 24 Autonomie du Kurdistan
Coalition Nationale Iyad Allawi 21 Pour un Etat irakien laïque, respectueux des croyances de chacun
Union Patriotique Kurde Kosrat Rasul Al 15 Autonomie du Kurdistan, proche de l’Iran
Divers petits partis eu quotas pour minorités Kosrat Rasul Al 88 Autonomie du Kurdistan, proche de l’Iran
TOTAL 329

Ces premiers résultats tendent à démontrer que les irakiens qui sont allés voter (participation d’environ 45%) se considèrent comme une nation arabe, plus laïque que religieuse et donc moins sous influence iranienne que ce que les observateurs occidentaux évaluaient. Ceux qui dans leurs commentaires ont comparé l’Irak au Liban, où l’influence iranienne domine la vie politique, se sont trompés. Bien que l’Iran soit intervenu via les milices shiites iraniennes pour barrer la route de Bagdad à Daech puis pour les aider à reconquérir le pays occupé en payant le prix du sang de 2000 martyrs [2], la méfiance d’une partie du peuple irakien envers les Perses semble plus forte que la solidarité religieuse où les liens tissés dans les combats contre l’Etat islamique.

La preuve en est : la liste qui a obtenu le plus de députés est celle de Moqtada al-Sadr qui ne faisait pas mystère avant le scrutin d’être prêt à s’allier avec tout le monde sauf avec « l’Alliance de la conquête » et le parti d’Al Maliki, jugés par lui trop proches de l’Iran. Ce positionnement confirme le nationalisme de ce leader shiite qu’il avait démontré en juin 2011 en organisant de grandes manifestations dans toutes les grandes villes du pays contre les américains quand ils occupaient l’Irak et dont il exigeait le départ complet. Bien que dignitaire shiite, son nationalisme arabe le pousse à se rapprocher de l’Arabie Saoudite dont il cautionne la politique du nouveau Roi qui essaie de s’éloigner des pratiques moyenâgeuses des wahhabites qui, rappelons-le, dès le premier Califat des Saoud sont allés détruire les tombeaux et les mausolées shiites à Bassora, Karbala et Nadjad [3].

Si on respectait la stricte logique électorale et le positionnement des partis il faudrait s’attendre à une alliance regroupant « En Marche », « l’Alliance la victoire » du premier Ministre Haider Al-Abadi (qui ne restera pas premier ministre si les résultats définitifs confirment la deuxième position de sa liste), « la Coalition Nationale » Iyad Allawi et « le parti démocratique turc (PDK) » de Barzani. Il restera à rallier au moins une vingtaine de députés en provenance des 88 députés des petits partis ou représentants de minorités, ce qui ne devrait pas poser de problème. Les difficultés commenceront lorsqu’il s’agira de nommer le Premier Ministre et les ministres de l’intérieur et de la Défense qui doivent être, selon la constitution, sunnite et kurde si le Premier ministre est shiite.

Mais on ne peut écarter d’emblée une autre hypothèse car Badgad bruisse des pressions de l’Iran pour isoler Moqtada al-Sadr, « vendu » aux saoudiens. Téhéran pousserait à une alliance des trois partis « Alliance la victoire », « Alliance la conquête », « Coalition de l’Etat de droit » et l’UPK. Dans ce cas le Premier Ministre actuel pourrait être reconduit, ce qui ne serait finalement pas pour déplaire aux anglo-saxons qui ont tissé des liens étroits avec lui.

Sur le plan régional et international

Les résultats de cette élection sont dans les urnes une défaite pour les religieux qui dirigent l’Iran car ils sont obligés de constater que, malgré leur intervention qui a sauvé Bagdad et les 2000 martyrs morts dans les combats contre l’Etat islamique, la partie de la population irakienne qui est allée voter et qui est la plus âgée se méfie toujours de son puissant voisin. Plusieurs irakiens m’ont dit : « ce qui comparent notre situation à celle du Liban [4] se trompent nous avons 5000 ans d’histoire derrière nous » ou encore « nous sommes une nation arabe, nous faisons partie du monde arabe et pour la majorité d’entre nous ne souhaitons pas vivre dans un Etat islamique ».

Mais ce qui est inscrit dans la logique des urnes n’est pas ce qui finalement pourrait s’imposer à Bagdad. Dans cette deuxième hypothèse, qui n’est pas la plus probable, l’Iran sauverait provisoirement ses acquis et disposerait encore d’une influence importante à Bagdad pour limiter autant que possible les prétentions américaines à s’implanter massivement et durablement en Irak.

Dans la première hypothèse ce serait une victoire pour l’Arabie Saoudite et son nouveau Roi Mohammed Ben Salmane avec lequel Moqtada al-Sadr a établi des liens personnels. Sa volonté de changer rapidement les pratiques moyenâgeuses, que ses prédécesseurs avaient maintenues dans son pays, séduit les irakiens même s’ils pensent qu’un risque d’attentat venant de l’intérieur du royaume pèse sur lui car il bouscule trop vite les fondements de la croyance et des pratiques wahhabites qui restent encrées chez de nombreux imams saoudiens. Ce serait également une victoire pour les Etats-Unis et pour Trump qui avait vertement reproché à Obama d’avoir dépensé, entre 2003 et 2011, 3000 milliards en Irak et d’en être reparti sans le pétrole. La menace de voir l’Irak, dont 60% de la population est shiite, rejoindre une alliance shiite s’éloignerait.

Cela dit, dans les deux hypothèses, les négociations pour maintenir des bases américaines en Irak ne seront pas une formalité mais la corruption, qui reste un mal endémique en Irak et dont les américains ont abondamment usé sous les mandats d’A-Maliki, devrait leur permettre d’obtenir la majorité des voix nécessaires au Parlement pour ratifier ce traité.

En conclusion et sous réserve d’une improbable surprise à l’annonce des résultats définitifs, l’éclatement de l’Irak qui avait envisagé été sous Obama en trois entités confessionnelles et ethniques n’est plus d’actualité. Dans l’hypothèse la plus logique, la nouvelle équipe au pouvoir devrait conduire l’Irak sur une voie dans laquelle la corruption ne serait plus la seule clé des affaires notamment parce que Moqtada al-Sadr est riche et que l’argent ne dirige pas sa vie.

De leur côté, les dirigeants iraniens devront assumer cet échec confessionnel et prendre en compte dans leur politique le fait que des bases américaines seront à nouveau implantées à proximité de leurs frontières ce qui devrait, à moins de fuite en avant, les amener à plus de retenue dans leur soutien au Hezbollah.

Néanmoins, dans la première hypothèse, il ne faudrait pas que Netanyahou en déduise que les amis des amis sont ses amis. Les irakiens restent très solidaires des palestiniens et ce qui s’est passé récemment à Gaza a été condamné unanimement par le peuple et une grand partie de la classe politique.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

Secrétaire Général de GEOPRAGMA

Auteur de :

[1] Le terme de « libéral » dont est affublé en Irak Moqtada al-Sadr signifie dans l’esprit des irakiens qu’il prend la liberté de s’allier avec les communistes alors qu’il est un dirigeant religieux qui condamne l’athéïsme.

[2] J’emploie ici le terme utilisé en Irak et en Iran car la guerre contre l’Etat Islamique était une « guerre sainte » qui faisait l’objet d’une Fatah du grand Ayatollah Ali Husseini al-Sistani.

[3] Lire Jean-Bernard Pinatel, « Histoire de l’Islam radical », éditions Lavauzelle, 2017, pages 26 à 29.

[4] Les shiites libanais essentiellement regroupés au Sud du Litani ont été depuis les années 70 sous la pression d’Israël qui considère que cette partie du Liban lui appartient ou tout au moins qu’il doit la contrôler pour protéger ses territoires du Nord des palestiniens de l’OLP de Yasser Arafat. C’est cette pression constante qui a justifié la mise en place de la FINUL. Après la guerre de 1982, initiée par Israël pour s’emparer du Sud du Litani et qui s’est traduit par une quasi-défaite de l’armée israélienne (670 morts autant que durant la guerre des six jours) a conduit à la création du Hezbollah qui est soutenu par l’Iran et dont la capacité opérationnelle a été démontrée et renforcée par la guerre en Syrie.


Pourquoi la France ne doit pas s’associer aux frappes en Syrie

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Voilà pourquoi la France ne doit pas frapper la Syrie. Macron en débutant dans les relations internationales est sur le point de tomber dans le piège que lui tendent les anglo-saxons pour l’empêcher d’acquérir le leadership européen qu’il revendique. Il avait réussi son début de mandat sur le plan international (la visite de Trump et de Poutine et son déplacement en Chine) et à se poser en leader du vieux monde. S’il tombe dans le piège syrien, son mandat ne servira pas la place de la France dans le monde.

Docteur en science politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, Caroline Galactéros est présidente du think tank Geopragma. Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a notamment publié Guerre, Technologie et société (éd. Nuvis, 2014)

La messe semble dite et une atmosphère de veillée d’armes plane sur Paris, tandis que le jeune prince d’Arabie Saoudite quitte la capitale et que notre président est en étroit dialogue avec son homologue américain. La France pourrait, en coordination avec Washington, frapper de manière imminente les forces du régime syrien en représailles d’une nouvelle attaque chimique imputée de manière «très probable» mais en amont de toute enquête, aux forces de l’abominable tyran Assad soutenu par les non moins affreux régimes russe et iranien.

Il faudrait agir vite, se montrer ferme, intraitable, juste! Il s’agirait là d’un «devoir moral»! On a bien entendu et lu. Le discours moralisateur sur la sauvegarde des civils innocents, pourtant inaudible après sept ans de guerre et de déstabilisation de la Syrie, est toujours le même. C’est là le comble du cynisme en relations internationales, que nous pratiquons pourtant sans états d’âme depuis des décennies. Pendant ce temps, la guerre silencieuse du Yémen continue. Ces civils-là n’existent pas, ne comptent pas.

Mais certaines images de guerre et de civils otages d’une sauvagerie généralisée irritent plus que d’autres nos consciences lasses d’Européens déshabitués de la violence et gonflés d’une prétention à connaître, dire et faire le Bien. Soit.

Mais agir contre qui? Qui faut-il punir? Le régime de «l’animal Assad», comme l’a appelé Trump? L’Iran? La Russie? Vraiment? Et si ce trio noir que l’on désigne exclusivement depuis des mois à la vindicte populaire internationale n’était qu’un leurre, proposé à notre indignation sélective pour ne pas réfléchir à nos propres incohérences?

Quel serait l’intérêt de la Russie de laisser perpétrer une telle attaque ?

Personne ne se demande pourquoi cette nouvelle attaque chimique arrive maintenant, au moment même où la Ghouta orientale repasse sous contrôle gouvernemental syrien et parachève sa reconquête territoriale, face à des groupuscules rebelles rivaux globalement en déroute et plus que jamais prêts à se vendre au plus offrant pour survivre et espérer compter? Personne ne s’autorise à douter un instant, quand le ministre russe des affaires étrangères rapporte que les observateurs du Croissant rouge syrien envoyés sur place n’ont rien vu ressemblant à une attaque? Serguei Lavrov ment-il carrément au Conseil de Sécurité des Nations unies ou bien faut-il penser que Moscou ne contrôle pas tout ce qui se fait au plan militaire sur le théâtre? Ou que des éléments de l’armée syrienne elle-même agiraient en électrons libres ou auraient été «retournés»? À qui profite le crime? C’est cette vieille question, mais toujours pertinente, qui paraît désormais indécente.

Quel serait pourtant l’intérêt de la Russie de laisser perpétrer une telle attaque, alors que, ne nous en déplaise, bien davantage que notre «Coalition internationale», elle cherche la paix, l’organise pragmatiquement, et est la seule depuis sept ans à engranger quelques résultats qui évidemment contreviennent à nos intérêts et à ceux de nos alliés régionaux?

On semble aussi avoir totalement oublié une donnée fondamentale du conflit: les malheureux civils de la Ghouta, comme ceux des ultimes portions du territoire syrien encore aux mains des «rebelles» djihadistes ou de Daech, sont des boucliers humains, peut-être même, en l’espèce, sacrifiés par ces mêmes apprentis démocrates suppôts d’al-Qaïda et consorts pour entraîner l’Occident dans une guerre ouverte avec Moscou et Téhéran.

Car si l’on quitte le microscope pour la longue-vue, il est permis de décrire à partir de cette dernière séquence syrienne un contexte stratégique global infiniment préoccupant pour l’Europe, et singulièrement pour la France, qui risque de prendre les avant-postes d’une guerre qui n’est pas la sienne, dont elle fera les frais et qui neutralisera durablement l’ambition présidentielle affirmée de prendre le leadership politique et moral de l’Union européenne. Nos amis allemands ou italiens sont d’ailleurs moins cynico-idéalistes, mais plus prosaïques que nous. Ils avancent prudemment, vont et viennent entre Beyrouth et Damas pour pousser leurs pions en cette phase douloureuse et recueilleront les fruits de notre marginalisation radicale quand la reconstruction syrienne arrivera.

La guerre en Syrie a été gagnée militairement par l’armée gouvernementale. Militairement, mais pas politiquement

La ficelle est si grosse et la pelote si bien déroulée depuis des mois qu’on ne la voit plus en effet. On punit la Russie. On la punit d’être la Russie, déjà, et d’avoir réussi son retour sur la scène mondiale. On la punit de vouloir la paix en Syrie et de chercher à la mettre en musique politiquement à Astana ou à Sotchi. On la punit d’avoir sauvé Damas et son régime diabolisé du dépècement qu’on leur promettait et qui s’est fracassé sur la résilience populaire et gouvernementale syrienne et a déjoué partiellement au moins la confessionnalisation des affrontements politiques et sociaux que l’Occident encourage, sans en comprendre le danger insigne pour ses propres sociétés, et notamment en Europe.

La guerre en Syrie a été gagnée militairement par l’armée gouvernementale. Militairement, mais pas politiquement. Cette victoire sur le terrain au prix d’une guerre brutale (comme toutes les guerres, même celles menées depuis les airs et qui n’ont de chirurgicales que le nom), nous est proprement insupportable car cela nous force à faire la paix, ce que nul ne veut mis à part… Moscou. Ah, Moscou! L’impudent Vladimir Poutine trop bien réélu qui nous nargue avec sa coupe du monde, où des millions de gens vont découvrir un visage de la Russie qui ne les terrifiera pas.

Et puis derrière Moscou, on vise évidemment Téhéran, dont Israël, en pleine idylle officielle avec le centre mondial du salafisme – l’Arabie saoudite – qui a toutefois opportunément décidé de faire peau neuve, ne peut tolérer l’émergence régionale, tant le niveau sociétal, culturel, technologique et commercial de ce pays lui fait de l’ombre bien au-delà de la seule crainte d’un (dés)équilibre stratégique modifié par sa nucléarisation ultime.

Bref, nous sommes en train de tomber dans un vaste piège qui se joue sur plusieurs fronts, et de nous ruer, en croyant ainsi exister, sur le premier os qu’on nous jette. De ce point de vue, l’affaire Skripal pourrait bien n’avoir été que le hors-d’œuvre de la séquence actuelle. Elle a posé le premier étage d’une repolarisation politique et sécuritaire de l’Europe autour de Londres, et surtout sous la bannière de l’OTAN. Car c’est là l’ultime manœuvre: remettre au garde-à-vous les Européens qui, depuis l’arrivée de Donald Trump et le Brexit, s’étaient pris à rêver d’une autonomie européenne en matière de politique et de défense… Péril suprême pour le leadership américain sur le Vieux Continent, heureusement contrebalancé par les rodomontades de quelques nouveaux européens qui refusent leur arasement identitaire et mettent à mal tout projet d’affranchissement sécuritaire collectif. Le Secrétaire américain à la défense, le général Mattis, a d’ailleurs été très clair: les Européens doivent en effet consacrer 2 % de leur PIB à la défense, mais pour acheter des armes américaines et demeurer dans l’orbite otanienne évidemment, l’Alliance constituant le cadre naturel et nécessaire de la défense de l’Europe. Fermez le ban!

Nous sommes en train de tomber dans un vaste piège qui se joue sur plusieurs fronts

Nous sommes donc en train d’être clairement repris en main par l’OTAN, mais on ne s’en rend pas compte car on nous vend la nécessité d’une solidarité sans failles, donc manichéenne, face à une «offensive russe» pour diviser l’Europe (comme si nous n’étions pas assez grands pour nous diviser nous-mêmes) et dominer le Levant. C’était probablement l’objet de l’affaire Skripal comme de la présente montée au front sur la Syrie. La volte-face aujourd’hui même d’Angela Merkel sur le projet Northstream-2 ne fait qu’amplifier cette polarisation. Moscou est poussé à se crisper donc à s’isoler par tous les moyens. Par les sanctions, par les vrais faux empoisonnements d’espions en plein Londres et jusqu’à cette décision allemande qui ne peut que durcir la position russe en Syrie et assurer la montée des tensions, le Kremlin n’ayant plus d’autre alternative que de jouer le tracé Qatari qui passe par la Syrie… Redoutable manœuvre anglo-américaine donc, à laquelle Paris et Berlin semblent ne voir que du feu.

Il faut donc s’y résoudre: l’Amérique d’Obama a vécu. Celle de Trump et de ceux – néoconservateurs de toutes obédiences – qui l’environnent très fermement désormais, a radicalement changé de posture. Certes le président américain annonce son souhait de quitter la Syrie, mais il avoue pouvoir changer d’avis si l’Arabie saoudite payait le coût de cette présence! On ne peut être plus clair et c’était aussi tout le sens de son premier voyage à Riyad au printemps dernier: réassurer l’allié du Quincy (dont le Pacte éponyme était rendu caduc par la nouvelle indépendance énergétique américaine) contre 400 milliards de dollars de contrats pour l’économie américaine. Et puis, tandis qu’il déclare au grand dam de ses généraux et pour tromper son monde qu’il veut partir, il se consolide une vaste zone d’influence américaine à l’est de l’Euphrate avec les FDS arabo-kurdes.

Washington, dans le vaste mouvement de repolarisation du monde, entend en tout état de cause demeurer le môle principal d’arrimage d’un Occident qui doute face à une Chine qui structure à son rythme et via un affrontement de basse intensité mais tous azimuts, un véritable «contre-monde». L’Amérique, fébrile, joue son va-tout pour renverser la vapeur d’un ordre international qu’elle ne contrôle plus mais qu’elle veut encore dominer coûte que coûte. Elle veut l’affrontement pour réinstaller sa préséance face à Moscou, Téhéran et Pékin, cible ultime de l’intimidation. C’est là pourtant un combat profondément à contresens de l’évolution du monde. Affligés du syndrome postmoderne de la vue basse et celui de l’hybris technologique, nous oublions que la vie est longue.

Au-delà, cette affaire, comme d’innombrables autres, met en évidence une évolution dangereuse: la substitution à la réalité non d’une image déformée, mais carrément d’une autre réalité et le retour de la tentation de la guerre préventive préemptive, qui évite d’enquêter. La question est vraiment très grave pour l’essence même de la politique internationale. Préfère-t-on l’image au réel, les fake news à l’analyse, le sensationnalisme à la rigueur?

Alors que voulons-nous? Ce sera bientôt clair: si nous voulons sauver la Syrie, il nous faut surtout ne pas nous joindre à une coalition qui agira hors de tout mandat de l’ONU et qui portera le poids d’une guerre dont le peuple syrien est la dernière roue du carrosse et sera la victime immédiate. La grande question est donc: mais que vient faire Paris dans cette galère? On se trompe comme souvent d’ennemi, d’allié, de posture, de tout en somme. Et si l’on essayait l’audace, le courage et la singularité? Notre siège au Conseil de Sécurité, que guigne l’Allemagne de plus en plus ouvertement, en serait relégitimé. Nous posons-nous seulement la question de notre intérêt national (qui ne se réduit pas à des contrats d’armement) et des raisons pour lesquelles on nous sert ainsi l’injonction d’un alignement sur le thème du Bien contre le Mal et de la guerre préventive?

Dans ce nouveau grand jeu, la France a encore l’opportunité inespérée de compter plus que son poids démographique ou même économique ne le lui permet

La France est désormais, en Syrie comme ailleurs, au pied du mur. Elle a l’occasion inespérée de faire valoir une approche prudente et rigoureuse, une voix pour la paix, une singularité. Nous avons déjà une influence au plus bas dans la région. Si nous voulons compter de nouveau, nous devons regarder la réalité dans les yeux et admettre que «nous avons eu tout faux» depuis 2011. Il n’est jamais trop tard et notre président peut encore choisir de compter véritablement au regard de l’Histoire et dans le cœur des peuples.

Une guerre contre l’Iran et la Russie n’est pas la nôtre. Elle ne correspond nullement aux intérêts stratégiques français, ni à ceux de l’Europe. Nous avons déjà si naïvement collé aux Britanniques qui veulent quitter l’Union, sans preuve et par principe, dans l’affaire Skripal. Pourquoi cette fuite en avant?

Dans ce nouveau grand jeu, la France a encore l’opportunité inespérée de compter plus que son poids démographique ou même économique ne le lui permet, en affirmant une singularité et une cohérence. Plus que jamais le réalisme, aux antipodes du cynisme, doit être le bouclier et la lance de notre nouvelle posture internationale. Il nous rapproche non d’une justice abstraite mais de l’équité et de la clairvoyance. La France n’a pas le droit et aucun intérêt à être malhonnête dans son interprétation des faits. Elle a tout à gagner à la lucidité et elle doit d’urgence montrer au monde comme aux peuples et pouvoirs du Moyen-Orient qu’on ne l’égare ni ne la soumet si facilement.

Par Caroline Galactéros

Source : LE FIGARO
Date de publication : 10 avril 2018


Affaire SKRIPAL et accusation britannique : LIBRE OPINION du général DELAWARDE

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En matière criminelle, tout enquêteur sérieux explore toutes les pistes possibles et ne se limite pas à une seule. La recherche du mobile du crime, surtout lorsque celui-ci est prémédité, conduit bien souvent à la découverte de l’assassin ou de son commanditaire.

L’affaire SKRIPAL, dont les répercussions politiques internationales sont très importantes, semble poser aux enquêteurs, aux politiques, aux médias et aux opinions publiques un certain nombre de questions auxquelles les réponses apportées jusqu’à présent ne sont pas totalement satisfaisantes.

1. Quels sont les faits et les premiers résultats divulgués par les enquêteurs et interprétés par les politiques et les médias à l’attention du grand public?
2. La Russie est-elle coupable ?
3. Si elle ne l’était pas, qui donc pourrait avoir un mobile puissant et les moyens de réaliser une telle action, probablement préméditée.

La réponse à ces trois questions en appelle évidemment d’autres sur l’analyse des réactions internationales et sur leurs conséquences possibles.

Les faits et les réactions politiques et médiatiques

Le 4 mars 2018 Sergueï Skripal, 66 ans, un ancien colonel des services de renseignement militaires russes, ainsi que sa fille, ont été retrouvés inconscients aux abords d’un centre commercial de Salisbury, au Royaume-Uni. Recruté comme agent double par les services britanniques en 1995 et condamné en Russie à 13 ans de prison pour trahison en 2004, M. Skripal a obtenu l’asile au Royaume-Uni en 2010 après un échange d’agents de renseignement entre la Russie et les États-Unis. Selon les enquêteurs britanniques, il s’agirait d’un empoisonnement au gaz Novitchok. L’utilisation du nom précis de ce produit mystérieux et supposé mortel semble pour le moins maladroit.

L’existence d’un tel produit a été rendu publique par le témoignage dans les années 1990 d’un seul dissident russe, Vil Mirzayanov (83 ans aujourd’hui), chimiste militaire. Ce dissident a publié aux USA un livre «State Secrets» en 2007 dans lequel il aurait donné quelques formules chimiques à l’appui de ses révélations. Si ce fait est avéré le Novitchok serait donc sorti, dès 2007 de l’exclusivité russe et aurait pu être fabriqué par n’importe qui. Les révélations de Mirzayanov n’ont jamais été confirmées par aucune source indépendante, ni par aucun autre dissident.

Mieux, l’Organisation onusienne pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OIAC) conclut dans un rapport de 2013 d’un comité scientifique comprenant des représentants US, UK, France, Russie et Allemagne qu’«elle n’a pas d’information suffisante pour se prononcer sur l’existence et les propriétés du « Novitchok ».

En 2016, le docteur Robin Black, chef du seul laboratoire de détection britannique d’arme chimique de Porton écrit dans une publication scientifique (Royal Society of Chemistry): « les indices de l’existence éventuelle d’un tel produit sont quasi-inexistants et sa composition reste inconnue. »(Robin Black. (2016) Development, Historical Use and Properties of Chemical Warfare Agents.)

Les enquêteurs britanniques ont donc réalisé l’exploit d’identifier un produit dont la composition est inconnue de leur propre laboratoire d’analyse spécialisée dans le domaine!

Avec le soutien instantané et quasi unanime des médias, les politiques britanniques n’ont pas tardé à désigner la Russie comme responsable de cette « attaque contre le Royaume Uni » et ont expulsé 23 diplomates russes. Ils ont toutefois rechigné à fournir un échantillon du produit identifié à l’OIAC (Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques), organisme onusien reconnu indépendant, et refusé bien sûr, de le fournir à la Russie, qui proposait son aide aux enquêteurs britanniques. Pourquoi donc ces cachotteries ?

En première impression, cette affaire ne paraît pas bien nette. L’hystérie politico-médiatique immédiate fait étrangement penser à l’ «orchestration» de l’affaire des armes de destruction massive de Saddam Hussein de 2003, mais pas que….. Une hystérie semblable avait régné pendant 6 semaines lors de l’affaire de Timisoara (Roumanie) en 1989, lors de l’affaire des couveuses dont les méchants soldats de Saddam arrachaient les nourrissons en 1990, lors de l’affaire des gaz de la Goutha en 2013. Toutes ces affaires ont été reconnues, à postériori, comme des mensonges destinés à fournir des prétextes (faux évidemment) pour s’ingérer militairement dans les affaires d’un état et en faire tomber le gouvernement.

La Russie est-elle coupable ?

Le président Poutine est tout sauf un imbécile. C’est du moins ce qu’en disent tous ceux, politiques ou journalistes occidentaux, qui l’ont rencontré.

Ce président est aujourd’hui fortement occupé par une série de défis ou de crises à résoudre de portée mondiale: la crise ukrainienne, la crise syrienne, la crise nord-coréenne, la crise de l’accord nucléaire iranien, l’élection présidentielle russe à laquelle Poutine s’est porté candidat, la coupe du monde de football organisée par son pays en Juin prochain…..etc….etc…

Est-il seulement envisageable que cet homme très occupé décide, à 16 jours de l’élection présidentielle russe et alors qu’il est déjà sous très forte pression occidentale sur l’affaire de la Goutha (Syrie), d’éliminer un ex-espion qu’il a lui-même libéré en 2010 et qui ne représente plus aucune menace pour la Russie depuis bien longtemps ? Surtout en connaissant à l’avance l’hystérie politico-médiatique occidentale qui s’exercerait à l’encontre de son pays….. et pourquoi choisir ce moment ?

Ma réponse est non : cette hypothèse n’a pas une once de crédibilité et décrédibilise même complètement ceux qui la privilégient et qui nous prennent pour des imbéciles. (Politiques et médias)

Est-il envisageable qu’un service officiel russe ait échappé au contrôle de Poutine pour régler le compte de cet ex-agent sans en référer à Poutine, à ce moment précis, juste avant la présidentielle russe et de manière aussi voyante ?

Ma réponse est non : Le chef de service aurait été suicidaire compte tenu des conséquences politico-médiatiques prévisibles …..
Est-il seulement envisageable que de « méchants hommes de main russes du FSB» aient laissé leur «proie» agoniser sur un banc, près d’un centre commercial en pleine ville de Salisbury au vu et au su des passants ?

Ma réponse est une nouvelle fois non : s’ils avaient voulu éliminer Skripal, les services spéciaux russes l’auraient fait proprement, au moment opportun et l’on n’aurait jamais retrouvé le corps. Alors que Skripal était libéré depuis 8 ans, ils n’auraient pas choisi de le faire à 16 jours de l’élection présidentielle russe de 2018.

La piste russe ne tient pas la route: pas de mobile, mauvais choix de date, très mauvaise exécution du «travail»… sous estimation trop flagrante de l’intelligence de Poutine.

En revanche, il n’est pas exclu que ce meurtre ait été commandité auprès d’une mafia quelconque comme il en existe beaucoup dans tous les pays européens. L’habileté suprême du commanditaire aurait alors été de choisir une mafia ukrainienne ou russe évidemment….. (Celles-ci sévissent dans tous les pays occidentaux).

Tentative de manipulation

Si la piste russe officielle est éliminée, et compte tenu de l’hystérie russophobe politico-médiatique qui a suivi, il faut en conclure que nous avons fait l’objet d’une tentative de manipulation visant à susciter une réaction de l’opinion publique russophobe, visant aussi à accroître le niveau de tension entre l’Union Européenne et la Russie et visant, peut être même, à préparer l’opinion à des sanctions plus sérieuses pouvant progressivement dégénérer vers un affrontement armé.

Quel commanditaire étatique pourrait, aujourd’hui, avoir des raisons d’en vouloir à la Russie et la capacité d’agir tant sur le terrain, que sur les sphères politiques et médiatiques britanniques pour obtenir les résultats que nous observons aujourd’hui ? Trois états au monde pourraient remplir ces conditions.

Le premier est incontestablement Israël :

Sur le théâtre syrien, la solide alliance qui lie actuellement la Russie à la Syrie de Bachar El Assad, à l’Iran et au Hezbollah est de plus en plus mal perçue en Israël. Il suffit de lire la presse israélienne pour s’en convaincre. C’est en raison de cette alliance dont la Russie est le maillon fort que le plan israélo-US de démembrement de la Syrie, prélude au remodelage du Moyen-Orient n’a pas encore pu aboutir après 7 ans de guerre.

Les multiples visites de Netanyahu à Poutine pour le convaincre de lâcher l’Iran et la Syrie n’ont jamais réussi à faire fléchir ce dernier. Il conviendrait donc d’agir et d’accroître la pression sur lui pour le contraindre à lâcher du lest.

Israël dispose, par le biais d’une diaspora riche et puissante et de nombreux sayanims, d’une influence considérable et d’une capacité d’action dans le monde entier mais plus particulièrement aux États-Unis, au Royaume Uni et en France, pays dans lesquels il contrôle les médias les plus influents, la politique étrangère et même, à un certain degré, les chefs d’état. Israël a facilité l’élection de certains chefs d’état par le biais de financement de campagnes électorales par la diaspora et/ou par l’appui des médias que celle-ci contrôle. Son service de renseignement, le Mossad, ne recule devant rien d’autant qu’il se sait aujourd’hui soutenu dans le pays où il opère, tant au niveau politique que médiatique.

Si l’on considère l’ampleur du contentieux qui oppose aujourd’hui la Russie à Israël, pays tourné vers l’action et disposant d’une grande capacité d’exécuter ou de commanditer tout type d’opération secrète sur tout territoire, on ne peut pas exclure une piste israélienne.

Les Etats Unis ont, eux aussi, d’excellentes raisons d’en vouloir à la Russie et les capacités d’agir

Il est clair que la Russie de Poutine porte de plus en plus ombrage à la domination US sans partage du monde, souhaitée par les néoconservateurs qui ont manifestement repris la main sur la politique étrangère US. Sur la plupart des points chauds du globe, la diplomatie russe très active et brillante de Lavrov met en difficulté, voire l’emporte sur la diplomatie US d’autant qu’elle est soutenue par des forces armées de plus en plus actives et efficaces. La réussite des blocs BRICS-OCS sous la houlette de la Chine et de la Russie devient si inquiétante que ces deux pays ont été placés en tête de liste des menaces dans la dernière « Stratégie de Défense US 2018 ».

Par ailleurs, l’alliance entre la Russie et l’Iran et les bonnes relations entre la Russie et la Turquie font perdre progressivement aux USA le contrôle du Moyen Orient, ce qui met en péril la défense du 51e état de l’union: Israël. Il n’est plus un secret pour personne que la politique étrangère US et la CIA sont aujourd’hui sous contrôle quasi exclusif de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) ou de ses affidés.

Les Etats-Unis veulent aussi, et peut être surtout, éviter, voire interdire, tout rapprochement entre son principal vassal, l’UE, et la Russie. Ils veulent, en particulier, interdire, avant qu’il ne soit trop tard, la réalisation du gazoduc north stream 2 qui faciliterait l’acheminement d’un gaz russe moins cher pour l’UE mais qui nuirait à leurs propres intérêts gaziers.

Bref, mettre un maximum de pression sur une Russie trop forte et, selon les néoconservateurs US, menaçante, est dans l’intérêt immédiat des États-Unis. Créer une crise majeure entre l’UE et la Russie est aussi d’un intérêt majeur pour les USA. Un «montage» anti-russe avec la complicité active du Royaume-Uni (politiques et médias) est un jeu d’enfant d’autant que ces deux larrons ont quelques précédents à leur actif….. (armes de destruction massives en Irak). S’ils étaient malins, ils auraient pu rajouter au scénario de l’enquête criminelle, quelques enregistrements de conversations téléphoniques, en langue russe, entre les assassins présumés. Leurs accusations anti-russes en auraient été renforcées…..

Les États-Unis peuvent donc incontestablement être mis sur la liste des suspects.

La « perfide » Albion, surnom fort bien porté par le Royaume-Uni, compte tenu du nombre de coups tordus qu’elle a pu monter dans l’histoire, ne manque pas, elle aussi, de mobiles pour avoir conçu et exécuté un tel montage sur son territoire.

Les services de Theresa May pourraient avoir agi comme poisson pilote des USA ou plus directement d’Israël. L’ambassade de l’état hébreu à Londres a, en effet, des connections et une influence extrêmement fortes sur la politique et les médias britanniques. Il faut rappeler que le Royaume Uni dispose de la 3e communauté la plus importante de la diaspora après les USA et la France. Allié fidèle des États-Unis, le Royaume-Uni n’a jamais su leur refuser un service.

Par ailleurs, Theresa May plutôt mal élue, sait fort bien qu’instiller la peur de la Russie est traditionnellement favorable aux conservateurs. Elle a aujourd’hui grand besoin d’un rassemblement de son opinion publique face à « un ennemi commun » fût-il imaginaire. Cette affaire Skripal vient à point nommé pour renforcer la cohésion nationale.

La piste « Royaume Uni » agissant pour son compte où pour le compte d’un état tiers n’est donc pas totalement à exclure.

Quelles conséquences faut-il attendre de cette farce politico-médiatique ?

Pour la Russie, il est probable que le score de Poutine à l’élection présidentielle soit meilleur qu’il ne l’aurait été sans cette affaire. Quand un pays se sent menacé, les électeurs se rassemblent autour d’un homme fort et expérimenté, et Poutine est incontestablement cet homme pour les Russes.

Bien sûr, de nouvelles sanctions seront peut être prononcées, creusant un peu plus le fossé qui nous sépare de la Russie, à la grande satisfaction des USA. La russophobie chronique d’une partie de notre « élite » politique néoconservatrice va pouvoir, avec l’aide des médias mainstream, se répandre un peu plus dans la partie non négligeable de l’opinion publique qui ne cherche pas à approfondir et que l’on gave, à longueur de journée, avec des reportages et informations bidons.

La Russie, déjà sous sanction, s’organisera toujours un peu plus, à l’écart de l’Union Européenne avec les pays, toujours plus nombreux, qui lui font confiance.
L’Union Européenne se tirera, une fois de plus, une balle dans le pied, en perdant tout ou partie de ses positions dans un pays aux grandes potentialités, à la plus grande satisfaction de nos amis américains qui continueront, sans vergogne, à nous imposer l’extraterritorialité de leur législation.

En conclusion, je me garderai bien de désigner le coupable que nul ne connaîtra jamais.

Je me contente très simplement de constater que la piste d’une Russie commanditaire d’une tentative de meurtre aussi mal exécutée et à un moment aussi mal choisi n’est pas crédible et qu’une bonne partie de l’opinion publique européenne le sait déjà.

Si le ridicule tuait, nous aurions perdu Madame May, monsieur Boris Johnson et surtout monsieur Williamson, le ministre UK de la défense qui, lui, malgré ou à cause de sa jeunesse, a toutes les qualités d’un «fou-furieux». Il reste à espérer que les autorités françaises ne les suivront pas trop longtemps et avec trop d’entrain sur la voie des « fake accusations ».

Je constate aussi que de bonnes raisons existent, pour certains Etats, d’avoir réalisé un tel montage, d’autant qu’ils n’en seraient pas à leur coup d’essai (USA, Royaume Uni)….

Quelques commentateurs de ce texte crieront bien sûr à la « théorie du complot », mais ayant vécu, de l’intérieur du « système », des mensonges d’état relayés par des médias bien subventionnés, je reste tout à fait serein face à ce genre d’attaques dont je connais parfaitement les auteurs.

A chacun, bien sûr, de se faire sa propre opinion sur l’affaire Skripal. La mienne est faite.

Général Dominique DELAWARDE


Vladimir Poutine avertit les Etats-Unis que la Russie possède les moyens de les empêcher de se doter d’une supériorité stratégique mondiale

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Une fois de plus nos médias commentant le discours du 1er mars de Vladimir Poutine devant le parlement russe soulignent la tonalité militariste de ses propos.
Je m’inscris en faux contre ces interprétations qui montrent surtout une ignorance totale des fondements de la stabilité stratégique mondiale qui ont permis d’éviter une guerre majeure depuis 70 ans entre puissances nucléaires.

En effet, s’il y a un aspect militariste, offensif et déstabilisant il faut le chercher dans la nouvelle doctrine de sécurité nationale américaine présentée par Trump mi-décembre 2017 à laquelle s’ajoute l’augmentation phénoménale du budget militaire des Etats-Unis annoncé pour 2018 (+100 milliards en 2018, deux fois le budget des armées françaises). En décidant, d’une part, de déployer un bouclier anti-missile en Europe et en Corée du Sud et d’autre part, en annonçant la miniaturisation de l’arme nucléaire en vue de son emploi tactique Trump a ouvert des brèches béantes dans la stabilité stratégique mondiale. Il a relancé la course aux armements alors que l’humanité aurait plutôt besoin d’utiliser ces sommes colossales pour lutter contre le changement climatique.

Bien plus, dans le même temps, il désignait la Russie et la Chine comme des ennemis potentiels parce qu’ils ne partagent pas les mêmes valeurs et qu’ils menacent l’économie américaine, ainsi que la Corée du Nord et l’Iran comme des pays voyous.

Pouvait-on espérer que la Chine et la Russie avec la culture particulière de leurs dirigeants resteraient sans réagir. Poutine, en pleine campagne présidentielle, vient de le faire de façon spectaculaire. Xi Jinping l’a fait de façon feutrée à l’occasion de ses vœux de nouvel an chinois mais tout aussi énergiquement.

Il est donc nécessaire de comprendre en quoi les Etats-Unis menacent la stabilité stratégique qui prévaut depuis 70 ans et en quoi les annonces du Président Poutine visent à la rétablir.

La stabilité stratégique menacée

La stabilité stratégique mondiale repose sur la certitude que tout pays nucléaire qui envisagerait de désarmer une autre puissance nucléaire par une frappe en premier sur ses forces nucléaires ne pourrait empêcher le pays agressé de conserver intactes suffisamment de forces nucléaires pour causer en retour à l’agresseur des dommages inacceptables à ses villes et à sa population.

Les Etats-Unis de Trump, en déployant un bouclier anti-missile sur leur territoire et sur celui de leurs alliés signifient clairement qu’ils veulent se doter des moyens, non pas de se protéger d’une agression nucléaire de première frappe mais d’être capables de se protéger d’une riposte de ces pays qu’ils auraient tenté de désarmer par une frappe en premier ainsi que d’une première frappe d’un pays nucléaire mineur comme la Corée du Nord et l’Iran. Par ailleurs, la doctrine de sécurité américaine change la finalité de l’arme nucléaire alors que depuis Hiroshima et Nagasaki elle était l’arme de l’ultime recours c’est-à-dire l’arme que l’on utiliserait que si nos intérêts vitaux étaient menacés par une agression nucléaire ou classique. Elle devient avec Trump une arme tactique. Certes durant la guerre froide les armes nucléaires tactiques existaient. Mais dans le camp occidental elles n’étaient que des armes d’ultime avertissement : elles visaient les forces classiques du Pacte de Varsovie pour signifier aux soviétiques que si l’URSS poursuivait une attaque éventuelles contre l’Alliance malgré cette frappe, son territoire serait l’objet d’une frappe stratégique. A la fin de la guerre froide ces armes nucléaires tactiques, ont été retirées d’Europe. En miniaturisant l’arme nucléaire dans le contexte mondial actuel, les Etats-Unis les remettent en service et signifient clairement qu’ils comptent les utiliser sur des théâtres où leurs intérêts vitaux ne sont pas en jeu, comme par exemple contre des forces de la Corée du Nord qui franchiraient la frontière pour envahir le Sud.

Les annonces de Poutine rétablissent la stabilité nucléaire

Que signifient les annonces de Poutine :

1) Que personne ne sera capable de désarmer nucléairement la Russie. Les mini-sous-marins, donc difficilement détectables, équipés de missiles de croisière à tête nucléaire visent ce premier objectif;

2) Que la Russie avec le missile de croisière Zircon, six fois supersonique, et d’une portée non précisée mais qui devrait être de l’ordre de 7000 km pour pouvoir atteindre les Etats-Unis à partir de bases du territoire russe ou des mers environnantes, conservera malgré le bouclier anti-missile une capacité de seconde frappe. Et que par ailleurs, Moscou serait capable également de riposter à une attaque nucléaire locale à base d’armes nucléaires tactiques miniaturisées américaines.

Il est donc totalement faux de présenter les déclarations de Vladimir Poutine comme une escalade ou un discours dont le fond est agressif, même si la forme peut le faire penser. Le Président Russe ne fait qu’essayer de rétablir la stabilité stratégique avec les Etats-Unis alors que les décisions américaines qui ont été peu commentées défavorablement par nos médias conduisaient à créer du déséquilibre stratégique au profit des Etats-Unis ce qui leur permettrait une fois encore d’intervenir militairement là où bon leur semble sans aucun mandat de l’ONU.


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

Auteur de :


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FIGAROVOX/ANALYSE – Le voyage en Chine du Président Emmanuel Macron s’effectue dans un contexte favorable et plein de promesses pour les relations entre les deux pays. Jean-Bernard Pinatel livre une analyse des enjeux qui attendent les dirigeants des deux pays.

En se rendant en Chine du 8 au 10 janvier, Emmanuel Macron va rencontrer le Président Xi Jinping qui commence un second mandat de cinq ans avec un gouvernement encore plus restreint. En effet, il dirigera désormais cet immense pays avec un Comité permanent resserré autour de sept fidèles collaborateurs. Macron sera face à un leader qui a exprimé en septembre 2013, au Kazakhstan, une vision stratégique claire et ambitieuse pour l’avenir de la Chine. Xi Jinping a eu l’habileté de ne pas s’appesantir sur les immenses défis que son pays doit relever dans les 20 ans à venir, ce qui aurait pu être démobilisateur. Il les a présentés positivement en les rassemblant dans un seul «projet-concept» qui fait référence à l’ancienne route mythique de la soie et qui est désormais appelé «Belt and Road Initiative» (BRI).

Face à son interlocuteur, le Président Emmanuel Macron dispose de cartes importantes pour donner un nouvel élan aux relations franco-chinoises dans un contexte de relations sino-américaines tendues sur le plan stratégique, économique et technologique.

Le contexte sino-américain

Lundi 18 décembre 2017, en dévoilant la nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine, Trump a classé la Chine dans la même catégorie que la Russie en qualifiant ces deux pays de «puissances révisionnistes» et de «concurrents hostiles» qui cherchent à «façonner un monde antithétique aux valeurs et intérêts américains». «La Chine et la Russie défient le pouvoir, l’influence et les intérêts américains, en essayant d’éroder sa sécurité et sa prospérité», indique le document.

Sur le plan économique, Trump a été élu sur le slogan «Make America Great Again» par la classe moyenne américaine qui voit son niveau de vie stagner et qui en attribue la cause à l’hémorragie de l’industrie américaine au profit de l’étranger, et principalement la Chine, le Canada ou le Mexique. Devenu le champion du patriotisme économique, il a forcé, dès son investiture, le Canada et le Mexique à renégocier l’accord Aléna. Le 1er juin 2017 à Washington il a annoncé que les États-Unis, deuxième pollueur de la planète, allaient sortir de l’accord sur le climat signé à Paris en décembre 2015 par la quasi-totalité des pays du monde. Le vendredi 10 novembre 2017, au forum annuel de l’APEC qui se tenait au Vietnam, Donald Trump a confirmé sa décision de retrait de l’accord de libre-échange transpacifique TPP pour privilégier le cadre bilatéral. De même le 1er décembre 2017 les États-Unis ont officiellement informé l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) qu’ils s’opposaient à l’octroi à la Chine du statut d’économie de marché, ce qui devrait leur permettre de maintenir des barrières douanières élevées sur certains produits chinois.

Sur le plan technologique, Trump a lancé le 14 août une enquête sur les conditions de transferts de technologie américaine et le respect de la propriété intellectuelle en Chine.

Cette pression tous azimuts sur la Chine irrite au plus haut point les dirigeants chinois qui n’ont pas manqué de vilipender devant moi cette politique internationale fondée sur le bilatéralisme et le donnant-donnant. Mais tout en dénonçant le risque de guerre commerciale, ils ont choisi de satisfaire l’ego de Trump en rentrant dans son jeu. Lors de sa première visite en Chine les 8 et 9 novembre derniers, Trump a signé pour 253,4 milliards de dollars d’accords commerciaux.

La Chine a des défis immenses à relever

Inégalités et qualité de vie

Ce pays, le plus peuplé du monde, a connu un développement économique sans précédent dans les 25 dernières années. Le PIB par habitant est passé d’environ 1 000 dollars en 1990 à 15 000 dollars en 2016, d’après la banque mondiale. Sur cette période, 700 millions de Chinois sont sortis de la pauvreté. Le pourcentage de Chinois vivant avec moins de 1,25 dollar par jour est passé de 85 % à 11 % entre 1980 et 2012.

Mais cette fabuleuse amélioration s’est accompagnée d’une pollution insupportable pour les habitants de grandes villes et d’une triple croissance des inégalités:

– entre les plus riches et les plus pauvres ;

– entre les provinces chinoises côtières de l’Est et celles de l’intérieur de l’Ouest ;

– entre les villes et les campagnes.

Les dirigeants chinois ont pris conscience que la persistance de ces nuisances et de ces fortes inégalités freinait la croissance et la rendait instable https://www.imf.org/external/pubs/ft/sdn/2014/sdn1402.pdf Dès son accession au pouvoir, XI Jinping s’est attaqué à réduire la pollution et ces trois inégalités.

La Chine, qui demeure encore le premier émetteur mondial de CO2, est devenue le leader en production d’électricité d’origine renouvelable avec 1 398 TWh en 2015, loin devant les États-Unis (568 TWh), le Brésil et le Canada. Le Président chinois a fixé l’objectif de produire d’ici 2020 au moins 15 % de l’ensemble de l’énergie à partir de sources renouvelables. La Chine essaie encore de réduire plus vite ses besoins en énergie fossile, bien que ceux-ci resteront croissants selon les experts jusque dans les années 2025-2030. Je reviens d’un voyage de 10 jours en Chine en novembre 2017 où j’ai rencontré les responsables impliqués dans les nouvelles routes de la soie à Pékin, Xi’an, Xiamen et Shanghaï. Lorsqu’on visite la Chine en 2017, son engagement à limiter le changement climatique et à maitriser les énergies saute aux yeux et sur ce point fondamental le Président Macron n’aura aucune peine à trouver un terrain d’entente et de coopération avec le Président chinois.

Face aux inégalités entre les riches et les pauvres, le président Xi Jinping s’est attaché à lutter contre la corruption des «mouches», les petits fonctionnaires, qui était perçue par la population comme la première cause d’inégalités. Il n’a cessé de renouveler sa volonté de «bâtir un Parti et un gouvernement propres». Pour le tout-puissant numéro 1 du PCC, il s’agit là d’une «question de vie et de mort pour le Parti et pour la nation».

La «Belt and Road Initiative» (BRI) vise à corriger les deux dernières inégalités en développant l’ouest de la Chine, en l’ouvrant vers l’Asie centrale et l’Europe et en fixant les paysans dans les campagnes.

Pour réussir ce triple défi et dans un contexte de concurrence hostile avec les États-Unis, la Chine doit maîtriser la vulnérabilité que constitue sa dépendance en énergie et en matières premières minérales et agricoles. La «Belt and Road Initiative» (BRI) vise aussi à diversifier ses sources d’importations et à les sécuriser.

La dépendance chinoise en énergie et en matières premières agricoles

La Chine importait en 2015 60% de ses besoins en pétrole, 30% de ceux en gaz naturel et 5,5% de ses besoins en charbon (dont elle est le premier importateur mondial) dont la décroissance est amorcée depuis cette date. 60% du pétrole importé vient encore du Moyen-Orient et d’Afrique.

Par ailleurs, la Chine dispose de moins de 10 % des terres agricoles de la planète alors qu’elle représente plus de 20% de sa population. La Chine est ainsi le premier importateur mondial de produits agricoles. Du fait de la modification de la consommation liée à l’amélioration du niveau de vie (protéines animales) ses besoins ne feront qu’augmenter, posant à la Chine un véritable problème de sécurité alimentaire.

Le soja et les huiles représentent plus de la moitié de ses achats (40 % des flux de soja mondiaux vont vers la Chine, ou 65 % si on se limite à la graine, car c’est le mode d’achat privilégié). Ses importations augmentent ainsi virtuellement d’environ 50 % la surface cultivée totale dont elle dispose. Tout en modernisant son agriculture pour atteindre l’autosuffisance en céréales, la Chine s’est donc engagée depuis une dizaine d’années dans une vaste politique de rachat et de location de terres arables à travers le monde, surtout aux Philippines, en Indonésie et au Laos et plus de 60 millions d’hectares sur le continent africain.

Pour sécuriser ces approvisionnements vitaux, la Chine même une politique de diversification de ses sources d’approvisionnement et des voies d’acheminement.

La principale route maritime par où transitent actuellement 80% des importations chinoises est vitale mais très vulnérable.

C’est pour cette raison que la Chine s’est attachée à construire un «collier de perles» et moins prosaïquement une ceinture de bases aéronavales. Ses ports pour ceux du Myanmar et du Pakistan sont directement reliés à la Chine et constituent les deux premières routes terrestres de la nouvelle route de la Soie.

Un autre tracé suit le chemin historique de l’ancienne route de la Soie. Cette route part de X’ian, que le Président Macron va visiter et où a été découverte en 1974 «l’Armée de terre cuite» qui protège le mausolée de l’empereur Qin. Elle traverse le Kirghizistan, les villes de Samarcande et de Boukhara en Ouzbékistan et de Merv au Turkménistan d’où une branche s’oriente vers la Turquie et l’Europe et l’autre vers l’Iran et le Moyen-Orient.

Enfin la dernière est dédiée au chemin de fer et à la route. Elle part aussi de Xi’an, traverse le nord du Xinjiang, le Kazakhstan, la Russie, la Pologne et relie le nord de l’Europe à la Chine. Ainsi, le 18 janvier 2016, après 18 jours et 12 000 km traversés et deux ruptures de charge, le premier train de marchandise parti de la ville de Yiwu dans la province du Zhejiang a fait son arrivée à Barking, dans la banlieue de Londres.

Ce gigantesque effort d’infrastructure n’a pas qu’un but stratégique, il est réalisé pour favoriser le développement de tout l’ouest de la Chine en l’ouvrant vers l’Asie centrale, le Moyen-Orient, la Russie et l’Europe. En effet, et les Chinois ne cessent de le rappeler, 1% du PIB investi dans l’infrastructure génère au moins 1,5% de croissance supplémentaire dans les pays et les régions traversés. Par ailleurs, alors que les États-Unis affichent leur volonté de ne passer des accords qu’en bilatéral, la Chine affiche une volonté de coopération multilatérale avec les États et les institutions financières régionales et internationales pour financer ce gigantesque chantier par un «pool» de banques dont le capital a été ouvert à tous les pays traversés.

L’enjeu technologique

Par ailleurs, le Président Macron qui veut relancer la recherche française et favoriser le développement des technologies d’avenir trouvera chez le Président Chinois une oreille attentive. Car la Chine a un besoin immense des technologies occidentales, d’autant plus que la source américaine risque de se tarir prochainement.

Enfin la Chine est confrontée comme la France à l’Islam radical. Le pays comporte entre 60 à 100 millions de musulmans sunnites (selon les données fournies par le Centre international de la population de l’Université d’État de San Diego pour le «U.S. News & World Report», la Chine possède 65,3 millions de musulmans. Le site internet de la BBC «religion et éthique» donne une fourchette de 20 à 100 millions (1,5 à 7,5 % du total) de musulmans en Chine). Ceux-ci se répartissent majoritairement dans les populations du Nord-Ouest (Hui) et occidentales (Ouïgours, Kazakhs, Tadjiks, Dounganes). Depuis 2013 la Chine a eu à déplorer des attentats terroristes de masse provenant essentiellement des populations ouïgours. Les services chinois pointent la Turquie, dont les services auraient facilité l’accès de djihadistes chinois en Syrie. Par ailleurs les trois routes terrestres de la soie qui traversent le Myanmar, le Pakistan et l’Ouzbékistan sont confrontées aussi à l’Islam radical.

Enfin en tant que membre du Conseil de sécurité de l’ONU, comme la France, la Chine est présente financièrement, économiquement et souvent militairement sur tous les théâtres du Moyen-Orient et africains qui intéressent directement notre sécurité et notre développement, notamment à Djibouti où selon Defense News, leur nouvelle base est capable d’héberger une brigade complète (7 à 10 000 hommes).

Le Président Macron va rencontrer un dirigeant très largement impliqué dans les défis posés à son peuple, dans un contexte géopolitique favorable à la France.

Les Présidents Macron et Xi Pinjing ont donc de nombreux points à évoquer qui concernent les deux pays: le défi climatique, les énergies propres et/ou renouvelables, les partenariats scientifiques, technologiques et commerciaux et aussi les dossiers sécuritaires qui nous concernent, notamment face à l’Islam radical au Moyen-Orient et en Afrique.

SOURCE : LE FIGARO


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

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Après 5 ans de guerre en Syrie : les gagnants et les perdants

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En ce début septembre 2017, même si Daech en tant qu’ « Etat » est sur le point d’être éradiqué en Syrie et en Irak, la guerre contre les islamistes est loin d’être terminée. Elle va prendre la forme d’une guérilla avec pour chef de file Al Qaïda qui vient en Syrie de prendre la tête d’une nouvelle organisation djihadiste.

En effet, en dehors d’un petit nombre de spécialistes, les grands médias ont un peu trop vite oublié d’analyser ce qui se passe dans la région d’Ibid où est née, en janvier 2017 après la chute d’Alep, Hayat Tahrir al-Cham (« Organisation de Libération du Levant »). Mutation du front Al-Nosra trop visiblement lié à Al Qaïda, elle regroupe (fusionne ?) plusieurs groupes islamiques : le Front Fatah al-Cham [1], le Harakat Nour al-Din al-Zenki [2], le Front Ansar Dine [3], le Liwa al-Haq et Jaych al-Sunna [4]. Quelques semaines plus tard, Ansar al-Cham rallie le groupe à son tour [5]. Les leaders de cette organisation savent que leur contrôle de la zone autour d’Ibid ne durera pas car les forces syriennes et russes se retourneront contre eux une fois Racca et les villes et villages stratégiques [6] de l’Est syrien totalement repris et sécurisés, d’autant plus que la protection totale et l’aide que leur offrait la Turquie qui avait abattu un SU24 russe dans cette zone n’existe plus depuis qu’Erdogan s’est rapproché des Russes.

De la défense d’un territoire, les djihadistes se préparent donc à revenir à la guérilla qui est dans l’ADN originel Afghan de cette organisation. Ayman Al-Zawahiri, l’émir d’Al-Qaïda, qui se cache toujours probablement dans les montagnes à la frontière pakistanaise, les a exhorté dans ce sens le 23 avril dernier : « Vous devez, vous notre peuple du pays de Damas (Al-Cham en arabe), vous préparer à une longue guerre contre les croisés et leurs alliés, les chiites et les alaouites. Ensuite il leur donne trois conseils : Le premier est « de revoir et corriger leurs erreurs. Un premier pas vers la victoire». Le deuxième est que «la stratégie du djihad en Syrie doit se baser sur une guerre de guérilla qui vise à tuer l’ennemi, à le saigner à mort et à ne pas trop s’attacher à la terre». Le troisième enfin est que «la cause d’Al-Cham est celle de la Oumma (la nation musulmane) dans son ensemble et non une cause pour les seuls Syriens ».

La Syrie comme l’Irak devront entamer leur reconstruction puis leur développement sous cette menace. D’autant plus que dans ces deux pays les nouvelles ambitions de la communauté Kurde et la frustration des sunnites rendront difficile le retour à une unité nationale, surtout en Irak si on ne révise pas la constitution dans un sens plus présidentiel.

Cette avancée vers fin de la guerre en Syrie et en Irak ne débouchera donc pas avant longtemps sur une situation sécuritaire normale. Mais elle va s’inscrire dans un contexte géopolitique profondément bouleversé par ces cinq ans de guerre. C’est donc le moment de faire un bilan géopolitique des gagnants et des perdants parmi les acteurs extérieurs de ce conflit. Les facteurs religieux, économiques et géopolitiques qui sous-tendent leurs positions rendent complexe tout décryptage et exposer en quelques lignes cet état des lieux est de facto critiquable surtout lorsque l’on prend le risque pédagogique de désigner les gagnants : l’Iran, la Russie et la Chine et perdants : Israël, la Turquie, l’Arabie Saoudite et les occidentaux.

Les gagnants

Trois acteurs l’Iran, la Syrie et le Hezbollah sortent gagnants de ces cinq ans de guerre malgré les sacrifices humains consentis. Ils ont considérablement renforcé leurs capacités militaires dans le domaine du renseignement, du combat en milieu urbain et surtout dans la coordination des opérations militaires entre leurs forces grâce à un centre de commandement unique et aussi avec le contingent aéroterrestre d’un acteur mondial : la Russie. Il ont bénéficié en plus, sur le plan international, du soutien politique de la Chine au Conseil de Sécurité pour qui l’Iran est un acteur capital dans la nouvelle route de la soie que les chinois ont lancée pour sécuriser leurs approvisionnements en énergie et dynamiser leur économie. En effet, l’une des branches de ce projet pharaonique comporte la construction, via le Pakistan, d’un oléoduc et d’un gazoduc jusqu’en Iran, seconde réserve de gaz naturel du Monde avec 16% des réserves prouvées.

La Russie s’est imposée sur le terrain militaire en sauvant Assad et en l’aidant à reconquérir la Syrie utile. Le corps expéditionnaire russe a largement contribué à empêcher les forces rebelles de s’emparer de Damas puis, après la prise d’Alep, à reprendre le contrôle presque total de l’autoroute M5 qui relie Damas à Alep avant d’être partie prenante d’une offensive vers l’Euphrate visant à dégager la garnison de Deir ez-Zor, assiégé par l’Etat islamique depuis 2013. Comme l’écrit « la voie de l’épée » [7] dans une étude remarquable « ces résultats ont été obtenus avec des ressources assez limitées, représentant par les forces engagées (4 à 5 000 hommes et 50 à 70 aéronefs comme force principale) et leur coût d’emploi (environ 3 millions d’euros par jour) environ le quart ou le cinquième de l’effort américain dans la région. Au regard des résultats obtenus, il est incontestable que les Russes ont une « productivité » opérationnelle (le rapport entre les moyens engagés et leurs effets stratégique) très supérieure à celle des Américains ou des Français ». Les capacités militaires et le courage des soldats russes [8] ont forcé le respect de tous les pays du Golfe et permettent désormais à Poutine de se positionner comme le protecteur de l’Iran et de la Syrie tout en ayant conforté sa présence et ses bases militaires en Syrie. De plus, la diplomatie Russe a fait merveille en détachant du camp occidental la Turquie, le Qatar et l’Egypte. Elle a réussi aussi à s’entendre avec Washington pour initier un processus de désescalade en Syrie et préparer des négociations de Paix dans lesquelles Assad figurera et d’où seront exclus tous les groupes proches des terroristes de l’Etat islamique et d’Al-Nosra.

Les perdants

Le premier des perdants est Israël. L’engagement d’Israêl dans la déstabilisation de la Syrie a longtemps été passé sous silence par les observateurs mais est devenu manifeste pour le monde entier lorsqu’en 2016 le ministre de la défense israélienne, le lieutenant-général (réserve.) Moshe Yaalon, a déclaré : « S’il me fallait choisir entre les Iraniens ou l’État Islamique en Syrie, je choisis l’État Islamique ». Cet engagement visait à couper la ligne logistique entre l’Iran et le Hezbollah, Assad ayant commis l’erreur de ne pas prendre en compte le légitime besoin de sécurité d’Israël et de s’en faire un ennemi. Cet engagement a été visible dans le monde entier lorsqu’en mars 2017 Israël a lancé plusieurs frappes contre les bases de l’armée syrienne alors même que Netanyahou, sentant le vent tourner, commençait à discuter avec Poutine. Cet échec est devenu manifeste en juillet et aout 2017 quand le Hezbollah, les Forces Armées Libanaises (FAL) et les Forces Armées Syriennes (FAA) ont chassé Daech et Al-Nosra des bases qu’ils occupaient dans l’Est du Liban en leur infligeant de lourdes pertes. Le libanais chiite Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, s’est alors félicité de « la Seconde Libération » du Liban ; la première, pour les chiites libanais, s’étant déroulée en 2000 lors du retrait des troupes israéliennes du Sud Liban. La reprise de la frontière stratégique entre le Liban et la Syrie a permis au Hezbollah de redéployer ses troupes vers d’autres zones de combat y compris sur la frontière avec Israël. Mais surtout, ce combat a abouti à un contrôle de la frontière libano-syrienne par les FAA. Il ne reste plus aux terroristes de Daech et d’Al-Nosra qu’une petite enclave dans le sud-ouest de la Syrie près des hauteurs du Golan occupées par les Israéliens. Israël, qui avait espéré couper le Hezbollah de sa base iranienne en installant à Damas un régime qui lui serait favorable, retrouve face à lui une organisation renforcée à laquelle le régime syrien doit beaucoup.

Par ailleurs, Israël, voit son allié du Nord, la Turquie d’Erdogan, rejoindre « de facto » la coalition dirigée par la Russie. En effet, Erdogan ne peut accepter la montée en puissance des forces Kurdes syriennes dont les liens avec le PKK turc est avéré et qui ont manifesté leur intention de réunir toute les enclaves Kurdes situées le long de la frontière turque faisant courir la perspective inenvisageable pour Erdogan d’un rattachement de fait au Kurdistan Turc. Or les américains, alliés de l’Arabie Saoudite et d’Israël, arment et soutiennent les Forces Démocratiques (FDS) Syriennes (à majorité Kurde) qui constituent le fer de lance de l’offensive pour libérer Raqqa permettant ainsi aux Etats-Unis d’être un acteur incontournable du règlement du dossier syrien. Par ailleurs Erdogan reproche à Israël de jouer un rôle important à Erbil au Kurdistan irakien où l’on rencontre nombre d’agents du Mossad et de conseillers militaires israéliens. En renouant avec les Russes, Erdogan rejoint l’Iran (6-9millions de Kurdes), l’Irak (5-7 millions) et la Syrie (2,8 millions) qui sont totalement opposées aux aspirations nationalistes Kurdes. En effet, pour Erdogan le nationalisme kurde constitue un risque plus grave (car les 15 Millions de Kurdes turcs représentent près de 20% de sa population) que le bénéfice qu’il comptait obtenir avec le départ d’Assad. Netanyahou a bien compris que Poutine est le maître du jeu en Syrie et qu’il est le seul acteur international à pouvoir exercer un rôle de modérateur vis-à-vis de l’Iran d’où sa nouvelle rencontre avec lui le 23 aout dernier à Sotchi.

Le second perdant est la Turquie. Cette guerre a reposé clairement le problème Kurde dans les capitales occidentales. Les images et l’héroïsme des combattantes kurdes non voilées de Kobané s’impose désormais dans les médias occidentaux en contre-point des compagnes entièrement voilées des djihadistes de l’Islam radical au moment même où Erdogan essaye, non sans mal, de mettre en place dans son pays un Etat islamique conformément à son engagement de Frères Musulman.

Par ailleurs, l’alliance dans laquelle Erdogan s’était rangé initialement avec l’Arabie Saoudite, le Qatar a volé en éclat depuis l’opposition frontale entre ces deux pays du Golfe. En effet, l’Arabie Saoudite, sous la pression de l’Egypte, a sommé le Qatar d’expulser les leaders des Frères Musulmans égyptiens qu’elle avait accueilli après la prise pouvoir par Sissi et de mettre en sourdine les critiques de la chaine d’Al Jazeera contre le Président égyptien. Attiré par leurs intérêts communs dans le gaz naturel (avec la Russie et l’Iran, ils possèdent environ 50% des réserves mondiales de gaz naturel), les dirigeants qataris ont compris que leur soutien aux Frères Musulmans et aux groupes rebelles qui se réclamaient d’eux présentait plus de risques que d’avantages pour leur émirat. Ils se sont rapprochés de la Russie une fois qu’il fut avéré que le régime syrien soutenu par les Russes allait se maintenir au pouvoir, ce qui faisait des Russes un partenaire plus fiable que l’Arabie et les américains.

De plus, Erdogan avait cru pouvoir se servir de l’offensive pour la libération de Mossoul pour envoyer les chars Turcs en Irak et revendiquer par cette présence le retour de Mossoul dans le giron Turc [9]. En effet, le 2 octobre 2016 il faisait voter par le parlement Turc une loi autorisant l’Armée turque à intervenir en Irak et en Syrie. Le 3 octobre, Erdogan dans une interview à Rotana TV, une chaîne de télévision basée à Dubaï, donnait son avis sur ce que devrait être la composition ethnique de la ville de Mossoul, une fois libérée de l’EI : « Seuls les Arabes sunnites, les Turkmènes et les Kurdes sunnites pourront y rester » [10] expatriant ainsi de facto les chiites et les 35 000 chrétiens qui y vivaient avant l’arrivée de l’EI [11]. Dans cette crise qu’il avait ouverte et qui avait entrainé une violente réaction de Bagdad, il ne fut pas soutenu par les Etats-Unis et ne put mettre son plan en exécution. De même après l’incident du SU24 russe, abattu par la chasse turque, les sanctions économiques que la Russie avait prises à l’égard de son pays ont fait comprendre à Erdogan qu’il avait plus à perdre en jouant la carte extrémiste d’Al-Nosra qu’en acceptant le maintien d’Assad au pouvoir en Turquie. Il est donc allé à Canossa par deux fois pour rencontrer Poutine à Saint Petersbourg (aout 2016) et à Moscou (mars 2017).

Le troisième perdant est l’Arabie Saoudite, promoteur de l’alliance sunnite, surnommée « l’OTAN arabe » et comprenant le Qatar, la Jordanie, les EAU et le Bahreïn. Ryad a vu les membres de cette coalition la quitter les uns après les autres, voire se rapprocher du camp adverse comme le Qatar. De leur côté, les Jordaniens acceptaient l’idée d’une désescalade régionale lancée par la Russie, la Turquie et l’Iran. Le 30 août, Aman [12] a rouvert sa frontière avec l’Irak à Trebil et envisage la réouverture prochaine du poste frontière de Nasib vers la Syrie . A l’heure où la Chine s’est engagée à investir plusieurs dizaines de milliards de dollars dans la reconstruction des infrastructures syriennes et la prospection gazière et pétrolière, les revenus commerciaux potentiels résultant de ces décisions se montent à 1 à 2 milliards de dollars par an pour le budget jordanien.

La France enfin
, victime d’une politique voulue par un Laurent Fabius inféodé aux israéliens et un Hollande à Obama, a perdu toute influence dans la région au profit des Russes et des chinois et n’a recueilli que des miettes de son alliance avec l’Arabie Saoudite (moins de 1% du bénéfice retiré par les USA) .

Enfin les États-Unis d’Obama et d’Hillary Clinton qui ont été incapables de définir une ligne stratégique claire et constante, ne sortent pas renforcés de ces cinq ans de guerre. Cependant, du fait de leur puissance militaire et économique ils demeurent un acteur indispensable d’un processus de désescalade et de construction d’un chemin vers la paix.


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

Auteur de :

[1] Al-Nosra rebaptisé en 2016.

[2] Salafistes il aurait récemment pris ses distances avec Hayat Tahrir al-Cham.

[3] Salafistes regroupant plusieurs bataillons de djihadistes dont l’appartenance idéologique évolue entre Al-Qaïda et les salafistes soutenus par l’Arabie Saoudite.

[4] Rebelles dont l’obédience religieuse n’est pas claire.

[5] Hayat Tahrir al-Cham est dirigé par Hachem al-Cheikh, dit Abou Jaber, ancien chef d’Ahrar al-Cham ayant fait défection en décembre 2016. Abou Mohammed al-Joulani, l’ancien chef du Front Fatah al-Cham, aurait été placé à la tête de la branche militaire du mouvement. Parmi les autres responsables figurent Sami al-Uraydi, ancien mufti du Front al-Nosra, proche d’Abou Mohammed al-Maqdisi, mais qui fait défection en février 2017 ; ou Abou Abdallah ash-Shami, ancien membre du Front al-Nosra et haut responsable religieux.

[6] C’est dans cette région que se trouvent les puits de pétrole.

[7] Tempête rouge-Enseignements opérationnels de deux ans d’engagement russe en Syrie

[8] L’histoire de cette officier des forces spéciales encerclé par Daech et qui a fait tirer sur sa position a été médiatisé par la Russie. Les derniers mots de l’officier des Forces Spéciales russes qui a attiré une frappe aérienne sur sa propre position pour détruire les attaquants de Daesh

[9] La Turquie a fait partie du camp des vaincus de la première guerre mondiale et dans le redécoupage du Moyen-Orient qui a suivi a bataillé ferme jusqu’en 1923 pour que le gouvernorat de Mossoul ne soit pas rattaché à l’Irak.

[10] Mossoul : Erdogan multiplie les critiques contre le gouvernement irakien

[11] De son côté le premier ministre turc, Binali Yildirim, intervenait comme s’il soupçonnait le gouvernement irakien de vouloir chasser la minorité turkmène de Mossoul et mettait en garde contre « les tentatives de modifier la structure démographique de Mossoul », ce qui conduirait à « allumer le feu d’une grande guerre civile, d’une guerre sectaire ».
Trump qui avait déclaré que sans les États-Unis l’Arabie Saoudite n’existerait pas a recueilli 380 milliards de dollars de contrats lors de sa visite à Ryad le 20Mai 2017.

[12] La frontière du Trebil en Irak à la Jordanie rouvrira le mercredi 30 août après la fermeture de la frontière pour 3 ans après la prise de contrôle de l’EI, le PM


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