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Analyse de la situation géopolitique, politique et militaire en Irak - 15 juillet 2015

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Contexte géopolitique

Le fait du mois : Obama contraint de modifier sa stratégie au Moyen Orient
A la suite, à la mi-Mai, à la prise par Daech de capitale du gouvernorat d’Al Anbar, évacuée pratiquement sans combat par l’armée irakienne, force est de constater que, désormais, Daech menace directement Bagdad, que l’armée irakienne n’est pas en état de défendre la capitale et que les frappes aériennes de la coalition occidentale n’ont que peu d’effet sur les capacités offensives de Daech.

Face à cette situation le Président américain, avec pragmatisme semble avoir tiré la leçon de l’échec de sa stratégie pour combattre Daech.

Après 9 mois de frappes aériennes, il devenait clair que Daech avait non seulement la capacité de s’enraciner en Syrie et en Irak mais aussi de s’emparer de Bagdad et de menacer l’Arabie Saoudite. Et puisque Obama se refusait à renvoyer dans le bourbier du Moyen-Orient des troupes au sol, la seule option possible qui lui restait pour contenir la progression de Daech et à fortiori de le battre était de modifier sa position vis-à-vis des milices chiites et de leurs soutiens iraniens [1]. Cela s’est traduit concrètement sur le terrain par : 1) la mise en veilleuse des critiques américaines vis-à-vis des milices chiites et de leur soutien par les forces iraniennes; 2) la décision de fournir un appui appui aérien aux miliciens chiites, notamment celles de Bader, d’ Assab Ahl Al Hak, au hezbollah irakien et aux brigades de paix qui combattent Daesh à Al Anbar; 3) une cohabitation des forces soutenues par l’Iran et des soldats américains a été observée sur La base aérienne Al-Taqaddum (OACI : ORAT, Taqaddum signifiant progrès en arabe) située dans le gouvernorat d’Al Anbar, à environ 74 kilomètres à l’ouest de Bagdad [2]; 4) dans la deuxième quinzaine de juillet, le porte-parole officiel de l’Organisme de Mobilisation Populaire qui regroupe toutes les milices chiites en Irak, Ahmad Al Assadi [3], effectuera une visite aux États-Unis [4]. Enfin comment ne pas envisager que la nécessité de s’appuyer sur l’Iran pour combattre Daech ait facilité l’accord sur le nucléaire iranien, signé le 14 juillet à Vienne malgré l’opposition des républicains et d’Israël.

Une situation politique figée

Alors que le contexte international a connu une évolution marquante, la situation politique en Irak n’a guère évoluée durant le mois de juin et début juillet.

L’incapacité du premier ministre Hayder Al Abadi à faire adopter par les députés les projets de loi concernant la garde nationale, l’amnistie générale et la débaassification témoigne du fossé de méfiance qui s’est creusé entre les trois communautés chiites, kurdes et sunnites.

Concernant la garde nationale, la Commission Sécurité et Défense du parlement irakien a confirmé l’existence de ces divergences entre l’Alliance Nationale (chiite), l’Union des Forces (sunnite) et l’Alliance du Kurdistan. Elles sont relatives au rattachement de la garde nationale et à son niveau d’armement. l’Alliance Nationale (chiite) veut que la garde nationale soit rattachée au commandant en chef des forces armées irakiennes, c’est-à-dire au premier ministre (chiite) tandis que l’Alliance de Forces (sunnite) veut qu’elle soit rattachée et gérée par les gouvernorats ou par le ministère irakien de la défense qui est dirigé par un sunnite. De plus, l’Union des Forces (sunnite) ne veut pas que la garde intervienne dans d’autres gouvernorats tandis que l’Alliance Nationale (chiite) veut permettre ces interventions dans d’autres gouvernorats sous le commandement du commandant en chef des forces armées irakiennes. L’armement de la garde est également l’objet d’une opposition. Les parlementaires sunnites veulent qu’il soit lourd tandis que les Chiites veulent qu’il soit léger et moyen. Quant aux Kurdes, ils refusent la présence de la garde dans les zones litigieuses du Nord.

Concernant le projet de loi d’amnistie générale, les députés sunnites ont appelé le premier ministre Hayder Al Abadi, dans un communiqué publié le 22 juin, à retirer son texte, soulignant le non-respect par le gouvernement des accords politiques passés lors de sa formation. Selon eux, le projet de loi est vidé de son réel sens par le texte du gouvernement et ne fait qu’accentuer et consacrer les injustices vis-à-vis des milliers de sunnites qui ont été torturés pour leur extirper de faux aveux [5] et qui ont été jugés selon l’article de loi 4 sur le terrorisme.

Pour ce qui concerne le projet de loi de débaasification, l’Alliance Nationale (chiite) a appelé à respecter les engagements pris et les accords politiques conclus entre les forces politiques du pays mais a, en même temps, affirmé qu’elle s’abstiendrait à voter le projet de loi de débaasification, liant son vote au vote d’une loi interdisant et criminalisant le parti Baas. Ce que rejette l’Union de Forces (sunnite).

Enfin, la Commission d’Équilibre gouvernementale composée de 7 personnes représentatives des différentes communautés irakiennes, qui figurait dans l’accord sur lequel est fondé le gouvernement d’Al Abadi, a été formée et a commencé son travail pour choisir les noms des candidats aux postes de vice-ministre [6]. Là encore l’opposition et la méfiance entre les communautés freine ses travaux.

Situation militaire et sécuritaire

Une situation militaire sans changement

Les offensives de libération de Ramadi et des autres localités d’Al Anbar qui devaient être lancées en juin, ont été reportées sine die. Toutefois, le pilonnage des positions de Daech par l’aviation et par l’artillerie n’ont pas cessé à Garma, à 62 km à l’ouest de Bagdad et à l’est de Faluja. Bagdad ne parle que d’une grande offensive sur Faluja qui serait lancée après la fin du ramadan.

Une situation sécuritaire toujours aussi dégradée dans les 5 gouvernorats sunnites

Au Nord de l’Irak. Au Kurdistan, la situation sécuritaire était calme au mois de juin. Les Peshmergas ont mené des actions limitées dans certaines régions contrôlées par Daesh à Kirkuk et Salah Dine. A Diyala, la conséquence du Limogeage du maire sunnite de Diyala et la nomination à sa place d’un Chiite, membre de la milice Badr, ne s’est pas fait attendre : les attentats à la voiture piégée ont augmenté en juin par rapport aux mois précédents. Le mois de juillet s’annonce encore bien plus sanglant [7]. Au gouvernorat de Salah Dine, à Béji, les combats entre Daesh et les milices chiites font toujours rage.

A Bagdad, le nombre des attentats à la voiture piégée a beaucoup diminué pendant la deuxième moitié de juin [8].

Au Centre et au Sud de l’Irak, la situation était calme en juin. Aucun attentat n’y a été perpétré. C’est également le cas à Karbala et à Najaf où plusieurs voitures piégées venant d’Al Anbar ont été saisies.

Le nombre de morts par attentats en Irak au mois de juin reste très élevé et s’établit à 703. Ils se répartissent ainsi: Niveneh 104 attentats ont fait 229 morts ; Al Anbar 117 attentats ont fait 202 morts ; Salahuldein 80 attentats ont fait 120 morts; Bagdad 68 attentats ont fait 79 morts ; Kirkuk 35 attentats ont fait 49 morts ; Diyala 29 attentats ont fait 24 morts.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL, auteur de « Carnet de guerres et de crises 2011-2013 », Lavauzelle, Mai 2014 et de « Russie, alliance vitale », Choiseul, 2011.

[1] Un responsable irakien proche du premier ministre Hayder Al Abadi qui l’a accompagné récemment pendant la tenue de la conférence de Paris pour discuter de la stratégie internationale contre Daesh a déclaré que la coalition occidentale conduite par Washington avait commencé à changer son avis vis-à-vis de l’Organisme de Mobilisation Populaire des milices chiites.

[2] Le porte-parole du Pentagone, le colonel Steven Warn, a dit qu’il n’y avait aucune interaction entre les 450 soldats américains se trouvant dans cette base et les miliciens chiites qui y sont stationnés.

[3] Ahmad Al Assadi est, d’ailleurs, le chef de la milice chiite Kataib Jund Il Imam (Brigades des Soldats de l’Imam).

[4] Cette visite est,de facto, une reconnaissance par Washington qu’elles sont devenues la force militaire la plus efficace d’Irak.

[5] Pour sa part, la Commission Juridique du parlement irakien a souligné l’importance de la loi d’amnistie générale, surtout dans les circonstances actuelles du pays. C’est l’avis également de l’Alliance du Kurdistan qui a affirmé que cette loi était l’une des lois importantes du document de base du programme politique de la formation de l’actuel gouvernement irakien.

[6] Correspond aux directeurs généraux de l’administration française.

[7] On vient d’apprendre que vendredi 17 juillet, dans le gouvernorat de Diyala la communauté chiite irakienne a été la cible d’un terrible attentat-suicide par camion piégé, alors qu’elle s’apprêtait à célébrer la fin du Ramadan. Le bilan provisoire s’élève à 90 morts, 17 disparus et plus de 120 blessés.

[8] Le 17 juin, les forces de l’ordre de Karbala ont découvert au point de passage entre Al Anbar et Karbala 7 voitures piégées. Ce qui a incité le commandant en chef des forces armées irakiennes à le fermer. Cette fermeture est à l’origine de la diminution des attentats à Bagdad car la plupart des voitures piégées qui entraient à Bagdad passaient par ce point.

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