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Analyse de la situation géopolitique, politique et militaire en Irak – 10 avril 2015

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Le contexte géopolitique

Evaluer la situation politique et militaire de l’Irak et le déroulement des opérations suppose une compréhension du rôle des acteurs régionaux et des puissances mondiales et nécessite de prendre en compte quelques faits et des retours d’expérience incontestables.

Evaluation de situation

Le contexte géopolitique régional ne permet pas d’envisager une victoire rapide des forces irakiennes soutenues par les frappes aériennes des États-Unis contre Daech.

Les États-Unis, naviguent au plus près sans ligne stratégique clairement identifiable car ils essayent de ménager les chèvres sunnites (La Turquie, qui aide en sous-main Daech, et l’Arabie Saoudite) et le choux shiite (l’Iran qui fut leur allié privilégié jusqu’à la chute du Shah dont ils convoitent le marché cf. l’accord préliminaire sur le nucléaire et qu’ils espèrent éloigner ainsi de la Russie et de la Chine). Leurs frappes aériennes ne peuvent qu’affaiblir ponctuellement Daech car Obama se refuse à engager des troupes au sol.

L’Arabie Saoudite est inquiète et menacée à sa frontière Nord par ceux-là même qu’elle a contribué à renforcer alors qu’elle doit faire face au Sud aux rebelles Huttis.

Le gouvernement irakien divisé et incapable de mettre en œuvre un programme de réconciliation nationale. Son armée n’est pas en état de combattre. Ce sont les milices shiites encadrées par l’Iran qui se battent mais aussi commettent des exactions contre les civils sunnites creusant le fossé avec la communauté sunnite. Les Kurdes ne s’engagent que dans les zones où ils sont majoritaires.

Ainsi, l’Iran apparaît aujourd’hui comme l’acteur majeur et incontournable au Moyen-Orient et son jeu reste ouvert. Seul acteur engagé au sol en Irak et en Syrie (avec le Hezbollah) contre Daech, il est probable que si un accord définitif sur le nucléaire est signé et si les sanctions économiques qui le frappent sont levées, Téhéran devra s’engager à mettre en veilleuse son soutien actuel au Hezbollah et aux Huttis du Yémen.

Les constats et faits à prendre en compte

L’armée irakienne est incapable de libérer seule les zones conquises par l’Etat Islamique. Depuis sa reformation par les Américains, la nouvelle armée irakienne, dont Al Maliki se méfiait, est gangrenée par la corruption, le népotisme, la formation insuffisante et l’absence de moral et de volonté de se battre. Ces sont les milices shiites, (dirigées, encadrées, formées et équipées par l’Iran et appuyées par des Iraniens et des libanais du Hezbollah avec le général Qasem Soleimani [1] à leurs têtes) qui ont sauvé Bagdad, repoussé Daech à l’Ouest du Tigre et qui représentent plus des 2/3 des forces engagées dans la reconquête de Tikrit. Enfin, ce sont les combats au sol qui sont décisifs. Les frappes de la coalition ont un effet d’attrition des forces de Daech et d’appui des troupes au sol mais cela se réalise au prix de dégâts collatéraux importants sur civils, les habitations et les infrastructures, engendrant la colère des populations sunnites locales.

La Turquie d’Erdogan, membre de l’OTAN, joue, pour le moins, un rôle ambigu dans ce conflit irako-syrien car elle laisse sa frontière ouverte et permet à Daech d’écouler son pétrole (1 à 2 millions de barils par jour sur son sol au marché noir) et de se réapprovisionner y compris en armes et munitions auprès d’une multitude de trafiquants qui ont corrompu tous les responsables locaux.

Le pouvoir gériatrique et monarchique saoudien [2] est inquiet et menacé. Il craint un renversement possible d’alliance américain qui semble se dessiner avec l’accord préliminaire de Genève sur le programme nucléaire iranien. Bien plus, le pouvoir n’a ni confiance dans son armée ni dans une partie de sa population (10% de shiites et 30% de travailleurs émigrés). La guerre civile syrienne que Ryad a contribué à développer par le soutien financier apporté aux révolutionnaires n’a pas abouti à la chute d’Assad mais a favorisé l’éclosion de Daech qui contrôle aujourd’hui la majoritées villes et les routes du gouvernorat d’Al Anbar, avec ces 420 km de frontière commune. A coup de pétrodollars, Ryad s’achète des alliés: l’Egypte et le Pakistan qui ont déjà déployés plus de 30 000 soldats à sa frontière Nord et cherche à les inciter à s’engager au sol contre les Huttis au Yemen [3].

Les États-Unis sont écartelés entre la volonté de briser Daech et leur désir de ne pas couper les ponts avec leur allié Turc qui aide en sous-main leur ennemi désigné. Le désir d’Obama de se rapprocher de l’Iran shiite (accord préliminaire sur le nucléaire), le principe de réalité qui leur commande d’accepter le soutien au sol des combattants iraniens en Irak tout en gérant le risque de ne pas aller jusqu’à la rupture avec leur allié sunnite saoudien déstabilisé à ses frontières et à l’intérieur (Daech au Nord, une minorité shiite remuante à l’intérieur située dans la région le plus riche en pétrole (région de Bahrein) et les rebelles shiites Huttis à leur frontière Sud).

La France veut combattre Daech tout persévérant dans son erreur stratégique de vouloir aussi combattre le régime d’Assad [4] sans tenir compte de la capacité de résistance du régime d’Assad, soutenu aujourd’hui par plus de 50% de la population syrienne.

Situation politique en Irak

En mars, C’est l’implication de l’Iran dans les opérations militaires contre Daech et le rôle joué par les milices chiites dans la conduite de ces opérations qui a été au centre de la vie politique en Irak.

Plusieurs déclarations mettent en cause le rôle des milices shiites dans la guerre contre Daech.

Sur un plan extérieur

Le 5 mars, dans une conférence de presse tenue conjointement avec le secrétaire d’Etat américain John Kerry, le ministre saoudien des affaires étrangères a estimé que l’Iran s’était emparé du contrôle de l’Irak et exprimé l’inquiétude de l’Arabie Saoudite concernant les interventions iraniennes au Yémen, en Syrie et en Irak. Pour les saoudiens, l’Iran cherche à renforcer ses positions dans toute la région, en Irak mais aussi en Syrie et au Yémen, pour disposer de cartes dans le cas où les négociations sur son dossier nucléaire échouent. Les pays du golfe craignent qu’un accord conclu sur le nucléaire iranien soit agrémenté d’ententes politiques entre les deux parties en leur défaveur, De son côté, le chef d’état-major des armées américaines, le général Martin Dempsey, a averti de la dislocation de la coalition internationale contre Daech si le gouvernement irakien ne règle pas la question communautariste dans le pays et ne mets pas un terme à l’influence iranienne en Irak.

Sur un plan intérieur

Cette déclaration a coïncidé avec un avertissement lancé par l’ancien premier ministre irakien Ayad Alaoui concernant l’accroissement de l’influence iranienne en Irak. Selon lui, c’est l’Iran qui conduit, à distance ou de près par milices chiites interposées comme Bader ou Assab Ahl Alhak, les opérations militaires contre Daech. De même, le chef du service de renseignement du Kurdistan, Masrour Barzani, a exprimé des réserves sur rôle joué par les milices chiites du Rassemblement Populaire dans les combats contre Daech. Il s’est inquiété de leur futur rôle, après la défaite de Daech et la fin des opérations militaires, et du fait que les succès remportés par ces milices n’ont pu avoir lieu sans le soutien financier, militaire et logistique de l’Iran.

De son côté, Human Rigths Watch a publié plusieurs témoignages de rescapés sunnites, évoquant les exactions et les actes de violence et de vengeance commis par les miliciens chiites. A la suite de la publication de ces rapports, Ali Sistani, grand chef religieux chiite, a publié une lettre dans laquelle il a dénoncé ces crimes des milices du Rassemblement Populaire.

Situation militaire et sécuritaire

Situation militaire

L’offensive sur Tikrit a clairement démontrée l’incapacité de l’Irak et de la coalition de porter dans un avenir proche un coup décisif à Daech et notamment de le chasser de Mossul, ville s’étendant sur 400 km2. En effet, un mois après le début de l’offensive, Tikrit ville de 20 km2 et faiblement défendue n’est toujours pas entièrement contrôlée.

Le 1er mars, environ 27 000 combattants progouvernementaux irakiens dont 18 000 miliciens chiites ont déclenché leur grande offensive sur Tikrīt, sans l’appui des frappes aériennes américaines. L’offensive a été qualifiée par les autorités irakiennes de conjointe parce que ses effectifs comprenaient outre l’armée irakienne, la police fédérale, les forces spéciales d’intervention rapide et toutes les milices chiites conduites par Abou Mahdi Almuhindis, considéré par les Etats-Unis en 2009 comme un terroriste international. Ces milices étaient encadrées par des Iraniens et des Libanais du Hezbollah avec le général Qasem Soleimani à leur tête. Face à eux ne se trouvaient qu’une poignée de combattants retranchés et protégés par des milliers de mines et de pièges sur les axes et dans les bâtiments. Suite aux allégations sur les exactions des milices shiites et sous la pression des Etats-Unis, les milices shiites se sont désengagées des combats qui ont été pris en compte par l’armée irakienne appuyée par les frappes de la coalition.

Ailleurs, dans les régions contrôlées par Daech, les actions militaires entreprises tiennent plus à des actions de guérilla qu’à des offensives classiques. Dans les régions de Bagdadi et de la ville de Ramadi, les forces progouvernementales qui ont réalisé quelques gains de terrain mais font l’objet de contre-attaques quasi quotidiennes de la part de Daech. Elles ont néanmoins libéré le district de Karma, à 50 km à l’ouest de Bagdad, tuant plusieurs chefs militaires de Daech.

A Bagdad, la situation sécuritaire s’est améliorée. 400 points de contrôle seront supprimés, selon le vice-président de la commission de sécurité de la municipalité de Bagdad. Il y a eu en mars beaucoup moins de morts par attentats que dans les mois précédents. Mais les assassinats et les enlèvements quotidiens se sont poursuivis.
Au sud du pays, le calme continue de régnier dans les 12 autres gouvernorats. A noter seulement, un attentat à Bassora à la voiture piégée qui a fait 3 morts et 5 blessés, un autre à Myssan où des hommes armés ont assassiné un civil chez lui et un troisième à Babel dans lequel une patrouille de miliciens a été attaquée par des inconnus qui ont pris la fuite après l’attaque, blessant deux miliciens.

Situation sécuritaire

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Les attentats ont causé 383 morts en mars 2015 contre 709 en février dans les régions dans lesquelles Daech est présent. Le nombre des attentats est resté aussi élevé mais ont été plus ciblés et moins meurtriers : Al Anbar 78 (93) ; Salahuldein : 90 (88) ; Niveneh : 83 (85) ; Kirkuk : 54 (21) ; Dyala : 13 (19) et Bagdad : 56 (51).

Dans les 12 autres gouvernorats du Nord et du Sud la situation sécuritaire continue à être sous contrôle.

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL, auteur de « Carnet de guerres et de crises 2011-2013 », Lavauzelle, Mai 2014 et de « Russie, alliance vitale », Choiseul, 2011.

[1] Le major général Soleimani, 58 ans dirige depuis 1998 Al-Qods, force d’intervention extérieure (à l’image de nos forces spéciales) de l’Iran. Chef brillant tacticien et charismatique, sa force est destinée à soutenir les chiites au Moyen-Orient. C’est lui qui contribue à bâtir la branche armée du Hezbollah libanais. En 2012, il engage les forces armées d’Al-Qods dans le conflit syrien et en 2015 au Yémen.

[2] Le “royaume gériatrique”, car les 34 princes qui composent le conseil familial sont essentiellement des vieillards, dont certains sont malades. L’ancien prince héritier Abdul Aziz, qui a été ministre de la Défense pendant 25 années, est mort d’un cancer il y a quatre ans, alors qu’il n’était plus très jeune, et son successeur, le prince héritier Nayef, est mort il y a deux ans., Salmane Abdul Aziz Al Saud, un autre de leurs frères, qui vient de monter sur le trône, aura bientôt 80 ans est en mauvaise santé.

[3] Source Intelligence on line. Arrivé en urgence à Riyad le 3 avril, le chef d’état-major jordanien, le général Mashal Mohammad al-Zaben, a d’ores et déjà donné son accord à un déploiement de troupes au sol. L’armée égyptienne, rodée au terrain yéménite depuis son engagement dans la guérilla dans les années 60 – et qui est sous perfusion financière saoudienne depuis 2013 -, se tient aussi prête. Islamabad, de son côté, a accepté d’intervenir le 2 avril, et ce, quelques jours après une visite à Riyad du ministre pakistanais de la défense, Khawaja Mohammad Asif, et de la plupart des membres de l’état-major. Selon nos informations, les premières troupes pakistanaises déployées seront des forces spéciales, dont certaines se trouvent dans le pays depuis l’été dernier. Ce contingent pourrait rapidement s’élargir aux troupes régulières et atteindre in fine plusieurs milliers d’hommes.

[4] L’argument moral avancé pour expliquer cette position est d’autant moins recevable qu’il semble relever de critères émotionnels et de politique intérieure plus qu’objectifs et qu’elle est à géométrie variable.

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