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Géopolitique-Géostratégie - Analyses et débats - Jean-Bernard PINATEL 12
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On a raté la marche !

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René Neyret, ancien ingénieur de la DCAe, avait écrit cet article en octobre 2012 pour la revue de la DGA. Le saut effectué sans parachute par l’américain Luke Aikins a ravivé les souvenirs de ces moments partagés ensemble en 1987 pour ramener en France le record du monde d’altitude de saut en chute libre et il vient de me l’envoyer.

Je publie cet article pour apporter un éclairage sur la décision de ne pas aller jusqu’au bout de ce programme. C’est Jacques Chevallier, le Directeur Général de l’Armement de l’époque, qui avait toujours été contre ce défi mais qui avait dû se soumettre à la volonté d’Alain Giraud et qui a œuvré pour l’arrêter à la dernière marche. Il a profité de l’alternance de Mai 1988 pour proposer à Jean-Pierre Chevènement de le stopper car il le jugeait à tort, depuis le début, ce défi dangereux pour l’image de la DGA en cas de mort du parachutiste. L’argument financier ne tenait pas en Mai 1988 car 95% du coût du programme avait été réalisé.

Ce manque de courage collectif pour assumer les risques du progrès et des défis qui y sont attachés est pour moi la principale cause de la stagnation économique et le chômage que connait la France aujourd’hui.

Le parachutiste autrichien, Félix Baumgartner vient de battre le record du monde de saut en altitude.

Il s’est élancé d’un ballon gonflé à l’hélium d’une altitude de 39 000 mètres. D’après son équipe Red Bull, il a également franchi le mur du son, Il devient ainsi le premier homme à dépasser les 1300 km/h en chute libre.

En apprenant cette nouvelle sur France Inter, ce dimanche matin, 14 octobre 2012, je ressens un immense sentiment d’injustice de frustration et même de colère.

Mon téléphone sonne en permanence. Quelques bons amis m’appellent, certains fidèles, pour me soutenir : « Ç’aurait dû être vous, quel dommage ! », d’autres plus badins : « Tu t’es fait avoir par l’autrichien ! »

Ce record est celui que la France aurait dû battre en 1988. L’histoire débute en septembre 1987, Grande Halle de la Villette à Paris – Nuit des Réussites. Une rencontre improbable entre Alain Prieur, ouvrier-boulanger de 38 ans, reconverti en cascadeur et le ministre de la défense André Giraud.

Alain venait de présenter une vidéo de son saut sans parachute au Burkina Faso. Le film ayant plu au ministre et l’ayant impressionné, ce dernier lui promet de l’aider si un de ses projets concerne son ministère.

L’aventure démarre, quelques jours plus tard, dans le bureau du chef de cabinet du ministre où Alain Prieur présente son projet de record du monde de saut en altitude. Son but : faire mieux que le record de l’époque détenu par le capitaine américain, Joseph Kittinger avec un saut de 31 333 mètres et une chute libre de 25 816 mètres. Alain veut ajouter une marche supplémentaire à celle inscrite sur la nacelle américaine : « This is the highest step in the world ! » Une marche française de 38 000 mètres. L’opération aura pour nom de code S38.

Pour cela il faut un ballon stratosphérique gonflé à l’hélium – 500 000 m3, la taille d’un terrain de football. Le CNES dispose de ce type de ballons pour les mesures météorologiques. Une nacelle, l’Air Liquide est un bon spécialiste des nacelles étanches. Une combinaison et un casque pressurisés, ceux utilisés par les pilotes de Mirages et fabriqués par Zodiac-Aérazur devraient convenir. Cette société fournira également les parachutes nécessaires au chuteur et à la nacelle qui doit être récupérée. Il sera enfin indispensable se procurer un système d’alimentation en oxygène et de climatisation, spécialités de la société Intertechnique.

L’équipe de projet est dirigée par la DGA – j’eus l’honneur d’être choisi pour animer le groupe – et comprend des personnels ingénieurs, techniciens et ouvriers du CEV, du CNES, de l’Air Liquide, d’Aérazur, et d’Intertechnique.

La maîtrise d’œuvre est confiée au général Jean-Bernard Pinatel chef du SIRPA, j’en assure la maitrise d’ouvrage pour le compte de la DGA. Le CEV teste, valide les matériels et assure l’ensemble des examens médicaux.

André Giraud continue de soutenir fermement ce projet et adresse des courriers aux présidents des sociétés leur demandant leur soutien – qu’ils accordent naturellement –, ainsi qu’au chef d’Etat-major des Armées. Le projet progresse rapidement, chez les industriels mais également au CEV, où des essais en vol sont effectués depuis, des hélicoptères.

Alain découvre un monde qui est lui totalement inconnu. Jusque-là son métier de cascadeur consistait essentiellement en des sauts à moto au-dessus d’obstacles les plus farfelus : 25 voitures, 16 autobus, un chalet d’altitude, un avion en vol… Une douzaine de séjours à l’hôpital et presque autant de comas.

Il avait à cette époque, effectué une dizaine de sauts sans parachute. Cette cascade extrêmement risquée – elle a provoqué sa mort quelques années plus tard – consistait en la transmission d’un parachute entre deux chuteurs, l’un en possédant deux, l’autre, Alain Prieur, n’en possédant pas.

La collaboration entre l’institution et cet homme simple et plein d’allant donne des résultats étonnants. Grâce à son charisme, Alain est rapidement devenu la mascotte du projet. Les personnels acceptent – et même proposent – de travailler le dimanche, pour que le projet avance plus vite.

L’équipe d’une quarantaine de personnes, dont une dizaine d’ingénieurs du CEV, travaille dans l’enthousiasme. Ce projet est unique, car il est à la fois étroitement lié aux métiers et compétences des participants et complètement en dehors du champ habituel d’application. Notamment par la présence des médias : nombreux journaux nationaux, participation de TF1 qui devait retransmettre le saut en direct dans le journal de la mi-journée.

Tout cela débouche, le 26 septembre 1989, sur le saut d’un mannequin entièrement équipé de capteurs de vitesse, accélération, température, vibrations et aussi de caméras fixées sur le casque et sur la nacelle. Le lancement se déroule au centre du CNES d’Air-sur l’Adour.

Le lancement, au petit matin, dans une légère brume, du ballon stratosphérique est un moment magique. Je me souviens encore avec émotion des applaudissements de l’équipe réunie à cette occasion.
La montée à 38 000 mètres dure plus de deux heures, l’ouverture de la porte et le largage du mannequin se fait par télécommande. À 16 000 mètres d’altitude les radars de Mont-de-Marsan indiquent une vitesse de 160 mètres par seconde au moment précis où nous entendons le double bang du passage du mur du son. Les quatre minutes de chute libre et l’ouverture automatique du parachute à 1 500 mètres d’altitude précèdent une arrivée au sol en douceur retransmise en direct par la caméra fixée sur le casque du mannequin. Cette même caméra qui montrera des images saisissantes de la courbure de la terre et de ces 35 000 mètres de chute libre.

Les dépouillements des résultats des enregistreurs montrent sans équivoque qu’un homme aurait parfaitement pu exécuter ce saut sans aucun dommage, y compris le passage du mur du son.
Malgré cela le 13 février 1989, le ministère de la défense prend la décision de se retirer du projet. La situation de rigueur budgétaire le conduit à consacrer son budget à sa mission essentielle. La note du nouveau ministre Jean-Pierre Chevènement, indiquant qu’il ne voit que des avantages à ce que le projet puisse se poursuivre si les autres partenaires souhaitent le prendre en charge, sera sans effet.

Ainsi s’est terminée cette aventure proposée par un modeste et charismatique boulanger-pâtissier-cascadeur et soutenue par un ministre qui souhaitait redorer l’image de l’institution.

En relisant aujourd’hui le dernier roman d’Alain Prieur, « Cascadeur », j’ai envie de lui rendre hommage en citant sa préface empruntée à Georges Clémenceau: « Une vie est une œuvre d’art, il n’y a pas de plus beau poème que de vivre pleinement, échouer même est enviable pour avoir tenté. »

René Neyret


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