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Objectifs et originalité du programme spatial chinois

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S’assurer une autonomie stratégique complète dans le domaine spatial, percer sur le marché des lancements commerciaux et exploiter les ressources énergétiques et minières du système solaire constituent les trois objectifs principaux de l’effort spatial chinois.

La Chine a rattrapé presque tout son retard dans le domaine aérospatial en mettant l’accent, dans un premier temps, sur le secteur militaire ce qui lui permet désormais de disposer des moyens d’une force nucléaire globale et crédible, capable de dissuader toute agression contre ses intérêts vitaux.

Le livre blanc 2017-2022 fixe les objectifs à court terme de la Chine dans l’espace et jette les bases de à moyen et long terme de l’exploitation des ressources minières de la lune, de mars et du système solaire.

L’objectif à court terme, 2022, est de disposer d’une autonomie stratégique complète en matière de guidage, d’observation et de télécommunication.

Ainsi, ce Livre blanc prévoit un renforcement du système de positionnement et de navigation « Beidou », l’équivalent chinois du Galileo européen et du GPS américain, de façon à l’étendre au-delà de l’Asie et lui donner une capacité mondiale avec 35 satellites en orbite à l’horizon 2025. Il prévoit aussi le développement de l’autonomie chinoise dans les domaines de l’observation de la Terre, de la surveillance de l’espace, de son infrastructure spatiale et des débris orbitaux ainsi que de sa capacité à collecter et à traiter des données satellitaires. Elle souhaite, comme l’ESA, moins dépendre du Space Surveillance Sytem américain (Norad) et va accroitre ses capacités de surveillance avec la construction de nouvelles installations au sol.

A moyen terme, l’exploration des planètes et de l’ensemble des objets orbitaux par la Chine est envisagée dans un but économique. Sans l’afficher aussi clairement, le programme spatial chinois vise à découvrir et à exploiter de nouvelles ressources énergétiques et minières. C’est pourquoi, à la différence des occidentaux qui se sont fixés Mars comme objectif, la Chine concentre ses efforts pour découvrir et exploiter les ressources minières lunaires. En effet, la Lune abriterait un gaz rare sur Terre, l’hélium-3, qui est le carburant idéal pour la fusion nucléaire [1]. On retrouve aussi ici l’impératif stratégique chinois réduire sa dépendance énergétique.

La Chine a ainsi programmé cette exploration lunaire en trois phases :

La phase 1 a commencé en 2007 et a eu pour objectif d’envoyer une sonde orbitale autour de la lune [2], afin de cartographier et modéliser en trois dimensions certaines régions de la Lune pour y repérer la distribution de l’Hélium-3. Au total, 1,37 téraoctet de données ont été transférées à la Terre au cours de cette mission [3].

La Phase 2 a commencé le 13 décembre 2013 par le lancement, à bord du nouveau lanceur lourd « Longue Marche 5 », d’un rover afin de le poser sur la lune avec des outils de mesure [4] scientifique pour analyser le sol lunaire.

La Phase 3 est programmée pour 2019 et a pour but de ramener des échantillons sur terre. Cette mission baptisée Chang’e 5 comporte un atterrisseur capable de collecter jusqu’à 2 kg d’échantillons lunaires et un engin capable de redécoller du sol lunaire et de les ramener sur la Terre.

En 2020, comme les Américains avec Mars 2020 et les Européens avec ExoMars 2020, la Chine enverra un rover se poser sur Mars, première étape d’un programme qui se terminera par une mission de retour d’échantillons martiens dans le courant de la décennie 2030. Enfin, elle montre un intérêt pour les astéroïdes et Jupiter qui seront probablement deux destinations au programme du prochain Livre blanc.

On perçoit ici une des spécificités du programme chinois : son option, dans le but économique d’exploitation des ressources du système solaire, de concentrer ses efforts sur l’utilisation de robots plutôt que sur l’envoi d’hommes dans l’espace, même si elle en a démontré les capacités [5]. En effet, le lancement de futures missions habitées à destination de la Lune n’est envisagé que lorsqu’elle s’estimera capable de les effectuer sans aucun risque pour les astronautes et si la découverte et l’exploitation des ressources lunaires le rend indispensable.

Enfin, la Chine souhaite évidemment se faire une place sur le marché des lancements commerciaux tout en sécurisant son accès à l’espace, quelle que soit la charge utile à lancer et l’orbite visée. Pour ce faire, la Chine veut se doter de trois nouveaux lanceurs, dont le « Longue Marche 5 » déjà en cours de développement. Ce lanceur lourd sera capable de placer 25 tonnes de charge utile en orbite basse ou 14 tonnes en orbite de transfert géostationnaire. Il pourra donc lancer les modules de la future station spatiale chinoise dont un des premiers éléments précurseurs est déjà en orbite, station spatiale que la Chine a décidé d’ouvrir à tous ses partenaires [6]. Le « Longue Marche 6 », sera un système de transport spatial à déploiement rapide capable de lancer 1 tonne de charge utile en orbite héliosynchrone à une altitude de 700 km. Le « Longue Marche 7 » sera conçu pour lancer 5,5 tonnes sur une orbite héliosynchrone à une altitude de 700 km.


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL
Auteur de « Histoire de l’Islam radical et de ceux qui s’en servent », Lavauzelle, Mai 2017

[1] D’après certains scientifiques, il se trouve en quantité suffisante pour alimenter la Terre en énergie pendant des siècles… pour peu qu’on soit capable de l’extraire et de l’utiliser. Près de 100.000 tonnes seraient présentes sur la Lune à une profondeur moyenne de 5 à 6 mètres. La Lune : réserve d’énergie nucléaire.

[2] La sonde Chang’e 1 la été lancée le 24 octobre 2007, depuis le Centre spatial de Xichang.

[3] Programme chinois d’exploration lunaire.

[4] Le 13 décembre 2013, Chang’e 3 a déposé un astromobile (rover) baptisé Yutu (lapin de jade) au nord-ouest de Mare Imbrium. L’événement réunissait plusieurs premières dans le programme spatial chinois : atterrissage en douceur sur un autre corps céleste, premier robot mobile et mise en œuvre d’un générateur thermoélectrique à radioisotope. L’atterriseur et le rover emportaient plusieurs instruments notamment un télescope fonctionnant dans l’ultraviolet. La mission était prévue durer trois mois pour le rover, un an pour l’atterrisseur. Mais, un peu plus d’un mois après l’atterrissage, Yutu a cessé d’émettre pour des raisons ou non révélées par l’agence spatiale chinoise, après avoir parcouru une distance de 114 m.

[5] En 2003, elle est devenue la troisième nation au monde capable d’envoyer un homme dans l’espace.

[6] La Chine affiche sa volonté de coopérer avec d’autres pays. Depuis 2011, quelque 43 accords de coopération et partenariat ont été signés avec 29 pays, agences spatiales et organismes internationaux, dont la France et l’Agence spatiale européenne (ESA).


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