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Analyse de la situation géopolitique, politique et militaire en Irak – 14 Mai 2015

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Synthèse de la situation politique et sécuritaire de l’Irak

En avril 2015, le contexte géopolitique et sécuritaire de l’Irak a continué de se dégrader sous l’effet de plusieurs facteurs :

  • le Gouvernement du premier ministre Hayder Al Abadi est affaibli par son incapacité à mettre en œuvre la politique de réconciliation nationale du fait des initiatives sectaires de son prédécesseur;
  • aucune amélioration notable de la situation militaire n’a été réalisée durant ce mois alors que, parallèlement, la situation sécuritaire se dégrade à nouveau dans les 5 gouvernorats où Daech développe ses actions;
  • la porosité de la frontière avec la Turquie se confirme. Cette complicité de la Turquie permet à Daech de vendre son pétrole au marché noir en Turquie, de s’y ravitailler en armes et munitions tandis que l’aviation Turque continue ses incursions dans l’espace aérien syrien;
  • dans le gouvernorat d’Al Anbar, Daech accentue sa pression profitant de l’opposition des tribus sunnites et des États-Unis à l’intervention des milices Chiites. La solution pourrait venir d’Amman où une délégation irakienne négocie les conditions d’une aide directe de la Jordanie aux tribus sunnites de ce gouvernorat
  • le congrès américain, dominé par les conservateurs, a proposé dans le projet de loi sur la Défense de considérer les forces sunnites et Kurdes comme des Etats afin de pouvoir les aider directement [1]. Cette initiative malvenue a été perçue à Bagdad comme une volonté de démembrement de l’Irak [2]. Voté à la quasi-unanimité par la Commission des affaires étrangères de la chambre des représentants du Congrès, ce projet a entrainé une réaction immédiate du gouvernement irakien tandis que Muqtada Al Sahr [3] proférait des menaces contre les intérêts américains en Irak.

Situation politique

Le Gouvernement du premier ministre Hayder Al Abadi est affaibli d’une part par son incapacité à mettre en œuvre la politique de réconciliation nationale notamment du fait des initiatives sectaires de son prédécesseur. Des désaccords profonds persistent, en effet, sur des questions controversées et essentielles comme celle du rôle et de la place des milices chiites du Rassemblement Populaire [4] sur l’échiquier tant militaire que politique, celle de la loi de la garde nationale et celle de la surpression ou le maintien de la loi de débaasification.

Par ailleurs, le projet de loi de la chambre des représentants du Congrès américain prévoie d’attribuer aux Peschmergas et aux forces des tribus sunnites la qualité d’Etat pour pouvoir les aider directement sans passer par le gouvernement irakien dominé par les Chiites. La Commission des affaires étrangères de la chambre des représentants du congrès a déjà voté, presque à l’unanimité, ce projet. Pour relativiser les effets de cette initiative, l’ambassade américaine de Bagdad a tenu à déclarer que le projet n’était fondé sur aucune base juridique et qu’il ne reflétait pas la position officielle des États-Unis.

Néanmoins ce projet a provoqué un tollé dans les rangs des partis pro-gouvernementaux et des milices chiites. Le gouvernement l’a catégoriquement rejeté, le considérant comme une intervention inadmissible dans les affaires intérieures du pays. En revanche l’Alliance des Forces qui regroupe les formations parlementaires sunnites et les Kurdes se sont félicités de la possibilité de recevoir une aide directe en passant sous silence la reconnaissance d’Etat qui est nécessaire pour que cette aide directe soit légale. Bagdad n’a pas manqué de souligner que ce projet de loi américain prévoit aussi d’inviter les milices chiites du Rassemblement populaire à rejoindre les rangs de la garde nationale[5] dont la création n’est pas prête d’aboutir car elle nécessite le vote d’une loi au Parlement et que les partis shiites, majoritaires, n’en veulent pas.

Par ailleurs, l’ex premier ministre irakien Nouri Al Maliki s’oppose désormais ouvertement à son successeur affichant ainsi, aux yeux de tous, sa volonté de revenir au pouvoir. Pour ce faire, il cherche à se faire connaitre comme chef des milices du Rassemblement Populaire dont il a visité les positions à Samara et Tikrït. A cette occasion il leur a suggéré de confisquer les terres et les maisons qui y ont été prises par elles aux sunnites. De plus, le 27 avril, ses partisans ont manifesté devant la zone verte, où siège le gouvernement irakien, pour exiger qu’il soit nommé commandant du Rassemblement Populaire et que les combattants shiites puissent aller combattre Daech dans le gouvernorat d’Al Anbar.

Situation militaire et sécuritaire

Les opérations militaires

Aucune opération d’envergure des forces gouvernementales n’a été entreprise au cours du mois d’Avril. Au contraire Daech, après avoir perdu la bataille de Tikrït, a maintenu la pression dans le gouvernorat de Salah Dine où la situation sécuritaire n’est pas encore totalement sous contrôle des troupes progouvernementales ni dans la ville, elle-même, ni dans ses environs, notamment à la raffinerie stratégique de Béji entre Tikrit et Mossul. Daech a repris, le 26 avril, des parties importantes de cette raffinerie, incendiant des réservoirs pétroliers. Les troupes irakiennes ont lancé une contre-offensive et les combats continuaient toujours fin Avril.

Daech a aussi accentué sa pression dans le gouvernorat d’Al Anbar et dans les zones limitrophes du gouvernorat de Salah Dine. Les terroristes se sont emparés de l’écluse de Tharthar [6] à la suite d’une attaque déclenchée par une voiture piégée qui a fait des dizaines de morts et de blessés parmi les soldats irakiens. Les commandants de la 1ère division et de la 1ère brigade ont été tués au cours de cette attaque. Lors de ces opérations, des dizaines de soldats et de miliciens chiites ont été encerclés au bord du lac de Tharthar et massacrés par les combattants de Daech. Le commandement du Rassemblement Populaire des milices chiites a accusé le ministre de la défense irakien d’être responsable de ce massacre, appelant à une enquête et à sa démission. Les forces pro-gouvernementales ont été obligées de lancer une vaste opération militaire pour reprendre le contrôle de l’écluse et en chasser les combattants de Daech.

Au poste-frontière de Trébil, à la frontière avec la Jordanie, Daech a lancé une série de trois attaques suicidaires par voitures piégées. Dans un communiqué de presse, Daech a fait savoir que ces attaques ont été menées par trois kamikazes de nationalités belge, française et sénégalaise. Egalement à Karbala au Sud de Tikrit, et plus au Sud dans le gouvernorat d’Al Anbar plusieurs actions de Daech ont été signalées. Ainsi le 25 avril, la mairie d’Ain Tamer qui se trouve à l’ouest de Karbala et à 108 km au sud de Bagdad a annoncé que Daech avait coupé la route entre le district de Rahalié et l’est de Faluja en dynamitant un pont important dans cette région d’Al Anbar.

Situation sécuritaire

A Bagdad, la situation sécuritaire s’est à nouveau détériorée. Les attentats, les explosions, les assassinats, les enlèvements et des cadavres inconnus torturés et jetés au bord de la route ont réapparu. Le nombre des a fortement augmenté en avril. Mais le jour le plus sanglant est le 27 avril au cours duquel 8 voitures piégées ont explosé quasi simultanément dans la partie ouest de Bagdad, faisant de très nombreux morts et blessés.

Au Kurdistan, le 17 avril, une voiture piégée a explosé à Erbil, près du consulat américain, au quartier D’Aine Kawa, faisant trois morts et cinq blessés.

En Avril, dans les 6 gouvernorats dans lesquels Daech développe ses actions, on a compté 525 attentats contre 366 en mars soit une augmentation de + 43%. Dans les 12 autres gouvernorats la situation sécuritaire continue d’être maitrisée.

Avant que l’on connaisse le bilan complet des morts des attentats du 27 avril à Bagdad, ces attentats ont fait dans les six gouvernorats 772 morts contre 323 en mars soit + 239% d’augmentation. Le nombre des tués se répartit ainsi : Al Anbar 222 (77) ; Salahuldein : 225 (90) ; Niveneh : 163 (83) ; Kirkuk : 59 (54) ; Dyala : 7 (22) et Bagdad : 96 (48).

Général (2S) Jean-Bernard PINATEL, auteur de « Carnet de guerres et de crises 2011-2013 », Lavauzelle, Mai 2014 et de « Russie, alliance vitale », Choiseul, 2011.

[1] Le projet de la loi de défense annuel États-Unis, qui a été publié le 27 Avril par le House Armed Services Committee, exhorte le gouvernement américain à reconnaître les kurdes et les sunnites irakiens comme états séparés et à leur fournir au moins 25 pour cent des 715-millions de dollars d’aide prévue pour le gouvernement irakien au titre de l’aide de la lutte contre le groupe terroriste ISIL. Il propose même d’élever ce chiffre à 60 pour cent de l’aide, soit environ 429 millions de USD. Le texte du projet précise que les Peshmergas kurdes, les forces de sécurité tribales sunnites avec une mission de sécurité nationale, et les sunnites Garde nationale irakienne devraient être considérés comme un pays », ajoutant que cela «permettrait à ces forces de sécurité de recevoir directement de l’aide des États-Unis »: PRESSTV.

[2] Cette opinion est partagée par Dean Henderson, American columnist and environmental activist, who firmly believes that the ISIL will destabilize Iraq, ending in a new country of Kurdistan where Exxon Mobil (an American multinational oil and gas corporation headquartered in Irving, Texas) awaits the privatization of oil there in the large Kirkuk oilfield: PRESSTV.

[3] Al-Sadr said on Wednesday that if the bill is passed, Iraq will no longer be a safe place for the US, and its interests will become the target of attacks by the Iraqis who will never accept the “division of their country.” »We are obliged to lift the freeze on our military wing … and begin hitting US interests in Iraq and outside it,” said Sadr, who once led the powerful Mahdi Army and still enjoys huge influence among the Shia population: PRESSTV.

[4] Les milices du Rassemblement Populaire ont été formées à la suite d’un appel lancé, le 13 juin 2014 à Karbala, par le porte-parole du grand chef religieux chiite Ali Sistani aux Chiites pour se porter volontaires et porter les armes afin de combattre Daech, considérant cette guerre comme une guerre sainte.

[5] Ce qu’a confirmé, l’ambassadeur américain en Irak, Stewart Jones, dans une déclaration de presse faite le 23 avril soulignant que c’était pour éviter qu’il y ait des pertes humaines amies lors des frappes aériennes occidentales contre Daech. Il a révélé que Washington remettra, l’été prochain, à Bagdad les appareils F16 promis et que le congrès américain avait consacré plus d’un milliard de dollars pour équiper en armes neuf brigades irakiennes. Concernant la bataille de libération de la ville de Mossoul, l’ambassadeur américain a affirmé que les Etats-Unis aideraient les forces armées irakiennes par des frappes aériennes et par des renseignements, précisant que la bataille sera lancée sur cinq axes de combat.

[6] L’importance de l’écluse de Tharthar est stratégique de cette écluse car elle contrôle le débit de l’eau du lac de Tharthar qui pourrait inonder de vastes territoires d’Al Anbar et de Bagdad si le barrage était rompu. Son lac artificiel est considéré comme l’un des plus grands du monde.

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