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Opération Barkhane : la France financièrement à la peine au Sahel

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La France va rendre hommage lundi aux treize soldats français qui ont trouvé la mort dans un double accident d’hélicoptères au Mali. Emmanuel Macron prononcera leur éloge funèbre lors de la cérémonie aux Invalides.

Atlantico.fr : Au vu des événements qui se sont déroulés au Mali (13 soldats français ont trouvé la mort), la situation semble de plus en plus tendue dans cette zone. Certains partis politiques, comme LFI, en profitent pour appeler à une discussion « pour envisager les voies de sortie » de l’opération lancée en 2014.

Quelle est la situation au Mali (tant sur le plan militaire que géopolitique) ? Le niveau de menace pour les forces françaises a-t-il augmenté ?

Jean-Bernard Pinatel : La situation au Mali doit être examinée non seulement au niveau des cinq pays du G5 Sahel mais aussi au regard des 4 pays riverains de la méditerranée et en particulier de la Lybie et de la Tunisie.

La zone d’opération Barkane couvre cinq pays du Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina, Niger et Tchad) où vivent 93 millions d’habitants sur 5 000 000 de km2, près de 8 fois la superficie de la France.

Une chronologie sommaire est en effet nécessaire pour comprendre la situation actuelle :

• Aout 2011 mort de Kadhafi

• Novembre 2011 le gouvernement s’inquiète du pillage des arsenaux libyens et du retour dans leur pays des militaires originaires du Sahel qui servaient dans l’armée libyenne avec un armement considérable. On parle notamment de 5000 SAM7 disparus.

• 2012 tout le Nord du Mali est en rébellion ; les villes de Tombouctou et de Gao sont aux mains de plusieurs organisations islamistes AQMI et le MUJAO dont les chefs ne sont pas originaires du Mali et qui cohabitent plus ou moins avec les indépendantistes Touaregs du massif des ifhogas

• Le 12 janvier2013 début de l’opération Serval face à la menace des rebelles qui après avoir pris Konna menacent Bamako.

Depuis le 18 janvier 2013 je ne cesse d’écrire que le retour à la stabilité du Mali ne pourra être obtenue seulement par une option militaire ; que notre objectif doit se limiter à casser les katibas et à ramener les bandes à de petits groupes qui seront incapables de contrôler durablement une ville ; que pour faire monter en puissance l’armée malienne comme celle du Burkina et qu’elles soient capables de conduire seules des actions offensives vers le nord, il faudra reconstruise presque complétement le corps des officiers qui a démontré en 2011 sa lâcheté et sa corruption ; qu’il est essentiel de mettre en place une solution d’autonomie pour l’AZAWAD qui ressemble à celle que les espagnols ont consenti aux Basques afin de dissocier les Touaregs des bandes d’islamistes dont l’encadrement est souvent étranger ou qui a servi de longues années en Libye.

Au final l’opération Barkane est un succès car cet engagement limité a permis de garantir un niveau de sécurité acceptable et elle fournit les délais nécessaires à la reconstruction des armées de ces pays. Dans ce domaine on est à peine au milieu du gué. Elle permet aussi, tant bien que mal, de préserver une activité économique minimale notamment grâce à l’exploitation de leurs richesses minières. Cet objectif est atteint avec un surcout financier limité pour notre budget militaire de l’ordre de 1,5 milliard d’€ (moins de 5% de nos dépenses militaires) si on prend en compte l’usure accélérée des matériels. Et aussi avec des pertes humaines très limitées même si elles sont toujours très douloureuses.

Cela dit l’objectif de muscler les forces de ces pays pour leur permettre de mener des actions offensives contre les rebelles du Nord sera un travail de longue haleine. Certains pensent même que c’est illusoire. Le Tchad a connu une stabilité relative à partir du moment où se sont les Toubous ou les Goranes qui ont pris le pouvoir à N’Djamena car les nomades du désert ont un ADN de guerrier ce qui n’est pas le cas des populations sédentaires du Sud.

Enfin sur un plan géographique plus large tant que les milices islamiques continueront de contrôler Misrata en Libye et une partie de Tripoli, Erdogan pourra continuer à ravitailler en armes et en munitions les islamistes du Sahel.

L’armée française peut-elle continuer à combattre dans les conditions actuelles ? En a-t-elle les moyens ? Est-ce qu’une opération européenne par exemple serait plus efficace ?

Jean-Bernard Pinatel : L’armée française a les moyens d’empêcher la reconstitution de katibas qui pourraient à nouveau contrôler durablement une ville et des villages dans ces pays. Elle tire de cette mission un bénéfice considérable en capacité opérationnelle car une armée qui ne se bat pas ne vaut rien. Quant aux européens, ils nous aident logistiquement et prennent en compte des actions de formation et notre Ministre des armées se bat quotidiennement pour leur faire accroître cet effort. Mais tant que l’Allemagne ne changera pas sa Constitution, elle ne pourra pas engager ses forces dans des opérations militaires. Quant à l’Italie elle a des intérêts considérables en Libye et joue un jeu qui va dans le sens de ses propres intérêts et pas nécessairement dans celui d’une stabilisation de la Libye.

Quelles seraient les conséquences d’un retrait du Mali ?

Jean-Bernard Pinatel : Les conséquences seraient des vagues d’immigration vers la France. Je rappelle que 93 millions de personnes vivent dans ces 5 pays, beaucoup ont des parents qui vivent et travaillent France. Stabiliser la situation sécuritaire et aider ces pays dans leur développement est la seule option sérieuse.

Certains observateurs estiment que la France défend non seulement des intérêts politiques mais aussi économiques au Sahel, notamment sur les questions liées à l’uranium. Est-ce crédible ?

Jean-Bernard Pinatel : Non, l’uranium est une ressource abondante et bien répartie sur l’ensemble de la planète : 44 % des réserves se trouvent dans les pays de l’OCDE – l’Australie est le premier producteur -, 22 % dans les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et 34 % dans le reste du monde. Nous ne sommes absolument pas dépendants du Niger.

Ces opérations sont certes nécessaires mais lorsqu’elle déploie ses forces armées, la France est souvent accusée de néocolonialisme. Comment sortir de ce cercle vicieux ?

Jean-Bernard Pinatel : La France est au Sahel à la demande express et en coordination permanente avec les gouvernements légaux. Pour mémoire l’or du Burkina et du Mali est presque exclusivement exploité par des compagnies qui sont canadiennes, australiennes, turques, russes, etc.. Et pas françaises !

On n’empêchera pas les islamo-gauchistes, compagnons de route de l’Islam radical, de reprendre la chanson du néocolonialisme.

Source : ATLANTICO


L’armement russe est il en passe de devenir le meilleur au monde ?

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Après l’incident en Mer Blanche dans lequel un essai de missile a provoqué la mort de 5 ingénieurs russes, Vladimir Poutine a expliqué vouloir investir plus de moyens dans l’armement. Son but, à terme, est de mettre au point un missile extrêmement puissant et capable de survoler n’importe quelle zone.

Avec Jean-Bernard Pinatel, Cyrille Bret

Atlantico : Selon vous, est-ce réaliste ? Comment la Russie, aux vues de son budget lié à l’armement, peut-elle mettre au point une telle arme ?

Jean-Bernard Pinatel : Avant de répondre précisément à votre question il est essentiel de replacer la Russie à sa place réelle parmi les grandes puissances et de tordre le coup à la désinformation permanente des Etats-Unis et de l’OTAN qui n’ont pour but que d’une part, faire peur aux européens pour éviter une alliance de l’Europe avec la Russie qui contesterait la suprématie mondiale des Etats-Unis, et d’autre part, de justifier vis-à-vis de l’opinion publique américaine le montant faramineux que Washington consacre à la défense.

Si on compare les facteurs utilisés par les géopoliticiens pour classer les puissances entre elles, on constate que la Russie et la première puissance mondiale par la superficie de son territoire 17,2 millions de km2, 25 fois la superficie de la France et de ses territoires outre-mer. Elle est aussi la première puissance par le nombre des ogives nucléaires déclarées qui sont des armes de dissuasion et qui n’ont jamais été utilisées offensivement depuis 1945.

Mais sur les autres facteurs, la Russie se situe au 10èmerang des puissances comparées dans le tableau ci-dessous pour son PIB. Son PIB n’atteint pas les 60% du PIB français et seulement 8% de celui des Etats-Unis. Elle dépense pour sa défense un peu moins que la France alors qu’elle possède un territoire 25 fois plus étendu que le nôtre. Comme le nôtre, le budget de la défense de la Russie n’est que le dixième du budget militaire des Etats-Unis. Le budget des 17 agences de renseignement américaines est largement supérieur à la totalité du budget de la défense de la Russie. La Russie est donc essentiellement une puissance régionale. Elle n’a pas les moyens pour intervenir militairement dans le monde entier comme des Etats-Unis. Son budget est essentiellement défensif avec une capacité de projection du même ordre que celle de la France, 4000 hommes aux approches de son territoire (distance Damas-Moscou =2500km)

La Russie est une puissance spatiale et aéronautique capable de développer des missiles ou des avions aussi performants que ceux des Etats-Unis ou de l’Europe car elle possède des ingénieurs de très grande qualité. Il faut se rappeler qu’elle a été capable de mettre un homme en orbite avant les Etats-Unis.

Elle est donc tout à fait capable de moderniser les lanceurs qu’elle possède déjà et, à certaines périodes de la guerre froide, les MIGs ont surclassé les avions américains. Donc si Poutne met l’effort sur sa dissuasion nucléaire au détriment de ses forces classiques, il peut le faire.

Cyrille Bret : La déclaration de Vladimir Poutine s’inscrit dans le sillage du vaste programme de modernisation des forces armées qu’il a lancé lorsqu’il était Premier ministre en 2009. Au vu des lacunes de ses forces armées durant la Guerre de Géorgie, la Russie a lancé un plan de remontée en puissance de ses armées, de son complexe militaro-industriel et de ses capacités opérationnelles. Le budget fédéral a été fortement mis à contribution pour porter les effectifs graduellement à 800 000 hommes sous les drapeaux et pour moderniser tous les armements.

Dans le domaine des missiles, la Fédération de Russie dispose d’une excellence technologique démontrée. Le dernier salon MAKS 2019 en août à Moscou a insisté sur les capacités de projections de force. Plusieurs nouveaux concepts sont mis sur la table comme celui d’un missile de croisière à propulsion nucléaire (encore très loin d’être réalisé) ou celui (bien plus réaliste) de missiles hypersoniques. La Russie a assurément les capacités technologiques et financières pour se lancer dans un nouveau programme ambitieux en matière de missiles. Mais, comme toutes les puissances militaires, elles n’a pas de ressources budgétaires illimitées : elle doit choisir entre différents projets. Elle ne pourra pas financer la modernisation des tanks, celle de la marine qui est particulièrement nécessaire ni tous les projets en même temps.

L’armement russe est-il en passe de devenir le meilleur du monde ? Y a-t-il un risque de perte de supériorité militaire occidentale ?

Jean-Bernard Pinatel : Non en aucune façon. La Russie à une marine que les forces occidentales sont capables de balayer de la surface du globe en une journée (SNLE exclus évidemment). Elle a des avions performants mais numériquement ils représentent moins du dixième des avions comparables que peuvent aligner les puissances occidentales. Ses forces terrestres sont réparties sur l’ensemble de son territoire et si la Russie décidait de les regrouper face à l’Europe nous en serions avertis bien avant qu’elles ne s’engagent. La Russie a comme la France, la capacité de projeter et de soutenir 4000 à 5000 hommes à 3000à 4000Km. Pas plus.

Cyrille Bret : Si on mesure cette excellence selon l’offre et la demande, le complexe militaro-industriel russe dispose d’atouts évidents. Les systèmes de défense anti-aériennes du groupe public Almaz Antey sont plébiscités sur les marchés : ainsi, Viking, S300 et S400 intéressent de nombreux pays qui ne veulent pas ou ne peuvent pas se procurer des PATRIOT américains ou des systèmes européens. La Turquie, l’Inde et l’Arabie Saoudite ont même souhaité acquérir ces équipements. De même, en matière de chasseurs ou de tanks, l’excellence russe est reconnue sur les marchés. Toutefois, en matière navale, la restructuration du groupe OSK ne doit pas masquer les faibles capacités exportatrices russes.

Face aux Occidentaux, d’autres facteurs jouent que l’excellence commerciale et technologique. Ainsi, les armements russes ne travaillent pas en coalition alors que l’Occident est, lui, structuré par de grandes coalitions régionales (OTAN, ASEAN). C’est plutôt la montée en puissance quantitative et qualitative de la Chine qui préoccupe les Etats-Unis.

Si perte il y a, comment l’Occident peut-il remédier à cette infériorité ? Par plus d’armement ?

Jean-Bernard Pinatel : La seule faiblesse de l’occident réside dans l’attitude des Etats-Unis. Ils ne se comportent pas comme des alliés. Ils décident uniquement et unilatéralement en fonction de ce qu’ils évaluent comme leurs intérêts, comme par exemple les Kurdes de Syrie ou le rapatriement des djihadistes emprisonnés en Syrie. De plus, l’Europe est divisée sur les intérêts à défendre et sur les stratégies et les moyens à mettre en œuvre lorsqu’elle arrive rarement à s’entendre sur un objectif à atteindre. Elle n’est en aucun cas inférieure à la Russie dans les moyens matériels qu’elle possède et quelle peut mettre en œuvre.

Cyrille Bret : Plusieurs hypothèses sont à examiner. La première est celle d’une course aux armements en Europe pour contrer la Russie. Cette course n’est aujourd’hui pas engagée. Rares sont les pays membres de l’OTAN qui consentent un effort de défense important comme la Pologne, le Royaume-Uni, l’Estonie … ou la France. La deuxième hypothèse est celle d’une relance de la R&D. Celle-ci est en cours notamment en France et en Europe par le Fonds de défense européen. Quant à la troisième hypothèse, c’est celle qui tient à la refondation de l’OTAN au sommet de Londres les 3 et 4 décembre prochains. Aujourd’hui, la supériorité militaire des Etats-Unis et de l’OTAN est contestée mais n’est pas véritablement entamée par la modernisation des forces armées russes. En revanche, faute d’un sursaut stratégique européen, l’écart risque de se creuser.

Source : ATLANTICO


Les juteux trafics d’or de l’Etat Islamique en Afrique

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Des groupes terroristes armés d’Al Qaida et de l’Etat Islamique prennent de plus en plus pour cibles les mines d’or en Afrique, comme au Burkina Faso par exemple.

Atlantico : Pouvez-vous nous expliquer les modalités de ces attaques ? Pourquoi ciblent-ils des pays tels que le Burkina Faso ?

Jean-Bernard Pinatel : Le Burkina Faso fait partie des cinq pays (le G5 Sahel) qui subissent les agressions des terroristes islamiques depuis l’élimination de Kadhafi et l’appropriation de ses immenses arsenaux par les djihadistes, démontrant une fois de plus l’incapacité des occidentaux, dont la France, à gérer les après-guerres à cause de notre volonté d’imposer par la force des armes la démocratie dans des pays qui ne sont prêts ni historiquement ni culturellement pour la mettre en œuvre. C’est le cas depuis 2001 en Afghanistan, depuis 2003 en Irak et depuis 2011 en Lybie et en Syrie. L’intervention française au Mali a évité qu’AQMI et le MUJAO ne s’emparent de la capitale Bamako et a chassé leurs katibas des villes du Nord, Gao et Tombouctou notamment. L’opération Barkane, qui a suivi avec comme fer de lance les 4000 hommes de l’armée française, arrive à éviter que ces terroristes islamiques se regroupent en grandes formations et s’emparent des grandes villes. Mais Barkane ne peut éviter que des petits groupes armés commettent des exactions contre les biens et les personnes sur cette zone d’opération immense. En effet ces 5 pays (Mauritanie, Mali, Burkina, Niger et Tchad) où vivent 93 millions d’habitants représentent une superficie de 5 000 000 de km2 près de 8 fois la superficie de la France. Les forces armées locales, en dehors de celles du Tchad, ne sont pas capables d’actions offensives et ne peuvent qu’assurer une relative sécurité dans les villes.

Ainsi, au Burkina Faso, la situation sécuritaire s’aggrave jour après jour. Un bilan officiel, du 4 avril 2015 au 16 juin 2019, recense 283 attaques terroristes qui ont fait 524 morts et 308 blessés. Le premier semestre 2019, à lui seul, est responsable de près de 50% de ce tragique bilan. La situation sécuritaire est telle dans les provinces du Nord et de l’Est que les commerçants de Ouagadougou refusent de transporter les marchandises vers elles et que les habitants de ces régions doivent les chercher à leurs risques et périls ou en payant une taxe aux groupes djihadistes qui contrôlent les axes. L’armée du Burkina Faso n’a pas les moyens d’assurer la sécurité dans les deux provinces du Sahel et de l’Est et ne sort plus de ses cantonnements dans les provinces du Nord, de la Boucle de Mouhoun, des hauts-Bassins et du centre-Est. Les hôtels de la capitale sont vides et les expatriés ont évacué leurs familles. De leur côté, les terroristes n’ont pas de mal à recruter car les soldes qu’ils offrent sont supérieures à celles que reçoivent les militaires burkinabé.

Il existe une dizaine d’entreprises étrangères spécialisées dans l’extraction d’or au Burkina Faso. Vont-elles devoir quitter le pays ? Le gouvernement burkinabé peut-il les protéger ?

Jean-Bernard Pinatel : Non car ces entreprises étrangères font partie de grands groupes qui sont très habitués à travailler dans des zones à risque et à sécuriser leur site de production et l’acheminement de leur production.

Le risque est pour les équipes de prospection qui travaillent en amont et recherchent les filons. C’est pourquoi, malgré la menace terroriste et aussi bizarre qu’il puisse paraitre, la production d’or n’a fait qu’augmenter depuis 2015 jusqu’en 2018 (derniers chiffres connus) pour atteindre les 40 tonnes en 2018 . Il est trop tôt pour savoir si la situation sécuritaire en 2019 aura un impact sur la production. A noter que cette production contribue à environ 20% du PIB et à 70% des recettes d’exportation.

La dizaine de grands groupes miniers qui ont des filiales aurifères au Burkina Faso produisent probablement plus de 90% de la production malienne officielle. Plusieurs centaines de petites entreprises disposant d’un permis d’orpaillage produisent le reste de la production comptabilisée, tandis que la production de milliers d’orpailleurs clandestins échappe à tout contrôle. Les chiffres de l‘or produit par cet orpaillage illégal sont fantaisistes (1 à 20 tonnes) car ils échappent au contrôle du gouvernement burkinabé y compris l’or racketté par les djhadistes.

Les grandes exploitations minières qui appartiennent à des groupes anglais, australiens, canadiens, russes, turcs… et dans lesquelles l’Etat possède 10% du capital de leur filiale locale se sont organisés. Leur site de production est sécurisé et la production d’or est évacuée par hélicoptère vers l’aéroport de Ouagadougou. Certains de ces groupes payeraient une taxe aux groupes djihadistes pour ne pas être inquiétés. Le rôle des « security officers » employés par ces groupes est essentiel pour évaluer la menace, garder le contact avec les autorités sécuritaires mais aussi négocier avec les groupes terroristes et éventuellement même acheter leur protection, comme l’avait fait le groupe Lafarge en Syrie.

Quant aux milliers de petites sociétés et d’orpailleurs familiaux, ils achètent leur sécurité en donnant une partie de l’or qu’ils produisent aux groupes djihadistes qui, bien entendu, ne font qu’en prélever qu’une partie car ils n’ont aucune envie de prendre en charge la production elle-même qui demande un savoir-faire ni d’accepter de travailler dans des conditions inhumaines.

Où transite l’or accumulé par ces groupes armés ? D’autres pays voisins peuvent-ils être gangrenés par ces attaques ?

Jean-Bernard Pinatel : Pour les grands groupes miniers, leur production est transportée hors du du site de production, évacuée du Burkina Faso et commercialisée par leur filière respective.

Pour les orpailleurs, ils fondent les poussières et pépites récupérées dans de petits lingots comprenant des impuretés (ils « lingotent ») et vont les vendre à Ouagadougou où leur teneur en carat est évaluée par des commerçants qui les rétribuent en conséquence puis se chargent de la vente et du transport à l’international.

Pour les groupes djihadistes, ils évacuent l’or payé pour leur sécurité par les orpailleurs via des intermédiaires et des complicités vers Dubai où il est raffiné et vendu en Inde et en Chine. Le Mali est aussi un pays aurifère et sa production est environ le double de celle du Burkina. Les sites de production ont à faire face de la même façon au risque terroriste.

Source : ATLANTICO


USA-Chine des budgets militaires en forte croissance, pourquoi faire ?

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ATLANTICO : Alors que le budget militaire américain pour 2020 est estimé à 718 milliards de dollars et qu’il reste supérieur à celui des autres pays de la planète réunis, la supériorité militaire américaine semble incontestable. Pour autant, la Chine augmente de manière impressionnante son budget de défense et se place comme potentiellement compétitive de l’hégémonie américaine sur le long-terme. La toute-puissance américaine pourrait-elle être contestée en cas de conflit ouvert ? Quelles seraient les doctrines respectives des Etats-Unis et de la Chine ?

Général Jean-Bernard PINATEL : Je vais répondre simultanément à ces deux questions car elles sont intimement liées.

Un budget militaire s’évalue en fonction des objectifs politiques qui le sous-tend.

Pour les Etats-Unis l’objectif est clair. Ils veulent conserver la suprématie mondiale qu’ils ont acquise à la chute de l’URSS. On doit néanmoins se poser une question. Est-ce que ce montant de 718 milliards de dollars est nécessaire ? N’est-il pas, en partie, le résultat de l’influence qu’exerce le complexe militaro-industriel sur démocratie américaine et dont le Président Eisenhower avait déjà dénoncé le risque en avril 1953 à la fin de son second mandat?

En effet quand on lit la propagande récurrente sur la menace militaire Russe alimentée par les publications d’organisations financées par ce budget, comment ne pas penser que l’Etat amplifie sciemment les menaces pour justifier les sommes extravagantes qu’il prélève dans les poches des américains.
L’exemple de la désinformation sur les armes de destruction massive soi-disant possédées par Saddam Hussein pour justifier l’agression contre l’Irak y incite fortement.

Un autre fait permet de crédibiliser cette hypothèse : le budget des 17 agences de renseignement américaines est supérieur au total du budget militaire russe qui est du même ordre de grandeur que celui de la France : environ le dixième du budget des Etats-Unis !

La motivation chinoise pour accroître son budget militaire est d’une toute autre nature.

La Chine est, en effet, dans une position de vulnérabilité croissante par rapport au risque que représente pour elle la puissance maritime des Etats-Unis et la propension de Washington à décréter unilatéralement un embargo sur le pétrole et à le faire respecter comme cela se passe actuellement avec le Venezuela et l’Iran.

En effet, malgré ses efforts, la dépendance énergétique nette de la Chine est de l’ordre de 15% en croissance constante avec une vulnérabilité particulière vis à vis du pétrole puisque les deux tiers du pétrole consommé en Chine sont aujourd’hui importés. Et 85% de ces importations transitent par la mer, avec un tonnage en croissance rapide comme le montrent le graphique et la liste des pays fournisseurs.


Cliquer sur l’image pour plus de détails.

Ces chiffres expliquent la crainte dans laquelle vivent les dirigeants chinois vis-à-vis des Etats-Unis. Une fermeture du détroit d’Ormuz ou du détroit de Malacca plongerait l’économie et la société chinoises dans une crise profonde. Dans ce contexte de vulnérabilité, on assiste à une double évolution des dépenses militaires chinoises. D’une part elles augmentent fortement. La Chine a annoncé le 5 mars 2019 une croissance de 7,5% de son budget de défense le portant à 1,19 trillions de yuan soit 177,6 milliards de dollars. D’autre part, et c’est une évolution qui a commencée à la chute de l’URSS, la part de la marine s’accroit fortement.

ATLANTICO : Bien qu’une guerre ouverte entre Etats-Unis et Chine semble hautement improbable, certains scénarios comme une possible invasion de Taïwan pourraient-ils dégénérer en réelle escalade ?

Général Jean-Bernard PINATEL :Il ne peut y avoir que des crises locales et, le plus souvent, par puissances interposées entre deux puissances nucléaires. En effet, à l’ère nucléaire, le bénéfice espéré d’une agression est bien inférieur au risque d’escalade nucléaire qui peut résulter d’une confrontation directe. L’Inde et le Pakistan s’affrontent depuis leur indépendance. Tant que ces deux puissances n’étaient pas nucléaires, elles se sont opposées directement dans trois guerres qui ont fait des dizaines de milliers de morts. Depuis la fin des années 80, devenues puissances nucléaires, il n’y a eu que des affrontements limités et par milices interposées.
La Chine sait très bien que si elle décidait par un coup de force militaire de s’emparer de Taiwan, elle ne pourrait pas le faire par surprise du fait de la concentration de forces que cela impliquerait. Même si elle réussissait et que les Etats-Unis évitaient de riposter directement, le bénéfice de cette action serait largement moins grand que les dommages que pourraient lui faire subir une riposte indirecte américaine.

En effet, pour longtemps encore, la marine américaine est en capacité d’interdire toutes les importations maritimes de pétrole de la Chine et de stopper une grande partie de ses exportations qui s’effectuent par mer et ainsi de plonger le pays dans une crise économique profonde qui mettrait en cause la survie du régime actuel. La Chine, malgré l’augmentation impressionnante de sa flotte, ne peut espérer réussir à briser un blocus américain avant au moins deux décennies car le gap de puissance entre leurs forces aéronavales ne se mesure pas en termes de tonnage mais de capacités opérationnelles et il reste aujourd’hui considérable.

Des experts américains cités dans l’article de The Atlantic, lesquels affirment qu’une défaite américaine est envisageable face à la Chine dans les cinq ans à venir et que le pays représente la plus grande menace pour les Etats-Unis.

L’auteur de cette déclaration devant de comité sécurité de l’Aspe Institute est l’amiral Philip Davidson qui est le commandant des forces américaines dans le Pacifique (USPACOM).

Il n’est donc que le chef que d’un des six commandements des Etats-Unis. Son propos est donc limité à sa zone de responsabilité et il n’envisage en aucun cas l’hypothèse d’une confrontation totale et mondiale entre la Chine et les Etats-Unis.

Il ne traite que du rapport des forces en présence dans sa zone de responsabilité, le Pacifique. Et il le fait pour moi avec une phrase ambiguë « China’s capabilities don’t outnumber America’s in the region for now, it’s possible they could overtake the United States’ within the next five years ». En effet, le début de sa phrase que l’on peut traduire par « Les capacités de la Chine ne sont pas plus nombreuses que celles de l’Amérique dans la région pour l’instant » fait penser qu’il parle plutôt du nombre de bateaux, d’avions ou de forces terrestres que de leurs réelles capacités opérationnelles.

A l’opposé la grande majorité des forces aéronavales chinoises est déployée dans la mer de chine, le golfe du Bengale jusqu’à Djibouti pour assurer la sécurité de ses approvisionnements.

Aussi il est tout à fait possible que l’amiral Davidson ait raison et que, dans cinq ans, le nombre de bâtiments ou d’avions chinois déployés dans sa zone de responsabilité ( USPACOM) puisse dépasser (« overtake ») le nombre des avions et bâtiments américains. Mais en termes de capacités à mener une bataille aéronavale les américains disposent d’une expérience que n’ont pas les chinois et ils conserveront probablement pour une ou deux décennies encore des capacités opérationnelles bien supérieures.


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL
Secrétaire Général du Think Tank GEOPRAGMA
Auteur de « Histoire de l’Islam radical et de ceux qui s’en servent », Lavauzelle, Mai 2017


La guerre économique de Trump

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Avec l’Iran et le Venezuela, Trump manie le chaud et le froid. Il passe en six mois du risque de guerre à la négociation. Il est trop facile de considérer le Président des Etats-Unis comme un bonimenteur. En effet, il se déroule, derrière le brouillard des déclarations, une guerre économique féroce dont nous subissons nous aussi les effets : elle a été l’élément déclencheur de la crise des gilets jaunes dont, bien entendu, les causes sont plus diverses et plus anciennes.

Alors pourquoi cette stratégie de tension avec le Venezuela et l’Iran ?

Selon différentes évaluations, le Venezuela est aujourd’hui le pays qui aurait des réserves prouvées de brut du même ordre, voire supérieures, à celles de l’Arabie Saoudite tandis que l’Iran se situe au quatrième rang mondial pour le pétrole brut et au premier rang pour le gaz naturel.

En dehors des néoconservateurs et du complexe militaro-industriel, l’opinion américaine ne veut plus voir ses boys tués à l’extérieur à cause du pétrole alors même qu’avec le pétrole et le gaz de schiste extraits du sol américain les Etats-Unis deviennent auto-suffisants, voire exportateurs.

Le problème est que, malgré les efforts extraordinaires de productivité réalisés par l’industrie d’exploration-production américaine, le pétrole de schiste n’est compétitif que si les prix du brut restent supérieurs à 60$ le baril. En effet, cette industrie a investi à perte pendant une dizaine d’années pour réussir le tour de force extraordinaire d’abaisser son seuil de compétitivité de 80$ le baril aux alentours de 40$ le baril pour les nouveaux projets. Mais il faut rajouter le poids de la dette contractée. En effet pour réaliser les investissements nécessaires, la dizaine de milliers de petits et plus gros entrepreneurs qui se sont lancés dans ce nouvel eldorado ont souscrit des emprunts auprès des multiples petites banques locales américaines. Celles–ci ont titrisé immédiatement ces emprunts qui se sont disséminés dans l’ensemble du secteur bancaire américain. Les taux d’intérêts et le remboursement de cette dette viennent donc s’ajouter aux frais de forage et d’exploitation actuels. Même si l’on manque d’études systématiques, la majorité des analystes avancent la nécessité d’avoir un baril de brut au-dessus de 60 dollars pour que ces dettes puissent être remboursées et que l’on n’assiste pas à une nouvelle crise semblable à celle des subprimes.

On comprend mieux alors les prédictions catastrophiques qui se sont multipliées quand le prix du brut est passé de 122$ en janvier 2014 à 36$ en janvier 2016, menaçant ainsi toute l’industrie de l’extraction du pétrole de schiste aux Etats-Unis et par contrecoup tout le système bancaire américain.

La guerre économique

Heureusement, l’option choisie par Trump, le business man, n’a pas été celle de Bush junior qui, selon plusieurs auteurs américains, considèrent que la guerre en Irak a été « Blood for no Oil »

Pour Greg-Palast1, par exemple, la motivation première des conseillers de Bush était machiavélique : stopper la production de brut irakien pour maintenir les cours du brut aux alentours de 100$ et permettre ainsi de rentabiliser les investissements faits dans le pétrole et le gaz de schiste. « The invasion was not about « blood for oil », but something far more sinister: blood for no oil. War to keep supply tight and send prices skyward. Oil men, whether James Baker or George Bush or Dick Cheney, are not in the business of producing oil. They are in the business of producing profits ».

Trump, pour l’instant, s’est contenté de l’effet des sanctions économiques contre le Venezuela et l’Iran.

Le 28 janvier 2019, l’administration Trump a interdit aux compagnies américaines d’acheter du pétrole vénézuélien tant qu’un nouveau gouvernement formé par l’opposant Juan Guaido, qui s’est auto-proclamé président, ne sera pas en mesure de recevoir les recettes. Les exportations vénézuéliennes de brut et de carburant ont depuis chuté de 1,7 millions à 920.000 barils par jour.

De même, les sanctions américaines contre l’Iran ont fait baisser les exportations iraniennes de 1,5 millions de barils par jour (bpj) entre 2018 et 20192. Les expéditions sont en moyenne de 1,0 à 1,1 million de barils par jour (bpj) depuis mars 2019 (selon les données de Refinitiv Eikon et de trois sociétés qui suivent les exportations iraniennes), alors qu’elles représentaient au moins 2,5 millions de bpj en avril 2018, un mois avant la dénonciation par les Etats-Unis de l’accord international de 2015 sur le programme nucléaire iranien et le retour à des sanctions américaines visant l’Iran.

Les décisions de guerre économique prises par Trump ont ainsi privé le marché de l’ordre de 2,5 millions de barils jour. L’effet s’est vite fait sentir sur le marché comme le montre le graphique précédent puisque le cours de baril de brut oscille aujourd’hui autour d’un point d’équilibre de 60$.

Une inconnue majeure demeure : combien de temps cet effet durera-t-il et maintiendra-t-il une tension sur le marché du brut ? Suffisamment de temps espérons-le pour que les dettes contractées soient remboursées et que les Etats-Unis ne se trouvent pas devant ce dilemme catastrophique d’accepter une crise financière qui peut contaminer le monde entier ou refaire une guerre « for no oil » qui menacerait la Paix du Monde.


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL
Secrétaire Général du Think Tank GEOPRAGMA
Auteur de « Histoire de l’Islam radical et de ceux qui s’en servent », Lavauzelle, Mai 2017


Libération des otages français : pourquoi la France risque de rester seule et longtemps au Sahel

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L’intervention héroïque mais coûteuse de l’armée française pour libérer des otages dans le Sahel semble montrer une forme d’enlisement du conflit.

Atlantico : Si l’intervention au Mali voulue par François Hollande était une bonne idée, l’intervention héroïque mais coûteuse de l’armée française pour libérer des otages dans le Sahel semble montrer une forme d’enlisement dans ce conflit. Quel est l’état de la situation globale de l’intervention française ? Sommes-nous sur ce théâtre d’opération pour encore longtemps ?

Général (2s) Jean-Bernard Pinatel : La mort héroïque du maître Cédric de Pierrepont et du maître Alain Bertoncello, officiers mariniers des forces spéciale, lors de l’assaut qui a permis la libération des deux otages français et de deux autres otages étrangers n’a que peu de rapports avec la situation générale du conflit. Elle est un épisode douloureux de l’imprudence irresponsable de deux « touristes » qui sont allés dans une zone totalement déconseillée par l’ambassade de France. Le Burkina fait en effet partie des cinq pays de la zone d’opérations Barkane qui comprend aussi le Sénégal, le Mali, le Niger et le Tchad.

Dans la guerre révolutionnaire que nous mènent les djihadistes, plus ou moins inféodés à l’Islam radical et à l’Etat islamique, l’intervention française qui a débuté en janvier 2013 a ramené la situation du stade 5 du processus révolutionnaire [1] – la conquête imminente de la capitale Bamako – au stade 2-3 du terrorisme urbain et à celui de petites bandes éparpillées sur cet immense territoire. Elles sont certes capables de coups de forces ponctuels mais incapables de tenir un objectif plus longtemps que quelques heures avant d’en être délogées par l’intervention de nos forces armées. Néanmoins, nous sommes sur ce théâtre d’opérations pour très longtemps car je ne crois pas que les forces des pays du G5 Sahel, à part celles du Tchad, même bien entraînées et bien équipées, soient capables de faire face aux djihadistes sans notre aide opérationnelle.

Dans une zone difficile à contrôler, la France peut sembler seule. Qu’en est-il ? Sur qui peut-elle compter aujourd’hui ?

La France n’est pas seule mais c’est elle qui supporte le poids le plus lourd car c’est elle qui a le plus d’intérêts stratégiques à sécuriser et à développer cette zone d’Afrique francophone où vivent 93 millions d’habitants, autant de migrants potentiels si la situation se détériorait encore plus. Sur le plan opérationnel,la France ne dispose que d’un soutien limité américain en matière de renseignement et de forces spéciales dans le cadre de leur lutte mondiale contre le terrorisme. Les Etats-Unis interviennent aussi dans la formation des armées locales. Il y a également quelques coopérants militaires européens orientés vers la formation des forces locales. Le principal effort européen est en matière de développement économique puisque les pays regroupés au sein de l’Alliance Sahel [2] financeront plus de 600 projets dans la zone, pour un montant total de 9 milliards d’euros. La France fait partie à cet effort, puisque l’Agence française de développement financera plus de 1,6 milliards d’euros de projets – soit une hausse de 40% de son action en faveur du Sahel sur la période 2018-2022.

Cependant il faut souligner que l’effort militaire pour la France reste supportable puisque le surcoût de l’opération Barkane est inférieur à 2 milliards d’euros en prenant en compte l’usure prématurée de nos matériels soit moins de 5% du budget militaire de la France. En contrepartie notre armée en retire un bénéfice considérable en formation de ses personnels et en retour d’expérience qui contribuent à maintenir sa capacité opérationnelle à un des plus hauts niveaux mondiauxcar une armée qui ne se bat pas perd de sa valeur.

Quels sont les prochains objectifs de l’armée dans cette zone dans les mois qui vont suivre ?

Les objectifs de l’armée sont « être et durer » en reprenant la devise du régiment du Général Bigeard. En effet, l’amélioration de la situation dépend surtout de facteurs non militaires, comme la gouvernance dans les pays du Sahel et en particulier au Mali où la situation ne se stabilisera que si Bamako consent à faire évoluer le statut de l’Azawad, car les Touaregs et les Peuls refuseront toujours de se soumettre aux noirs du Sud. Et aussi de l’évolution politique et sécuritaire dans deux pays limitrophes du théâtre d’opérations : la Libye et l’Algérie.

En Libye [3] si l’offensive du général Haftar aboutissait à éradiquer les milices islamiques qui contrôlent Tripoli et Misrata, la source libyenne des armes et des munitions des djihadistes du Sahel se tarirait. Là encore cette issue favorable ne peut résulter que d’une négociation globale entre les pays qui soutiennent les deux camps. D’un côté l’Italie [4], la Turquie et le Qatar qui appuient les Frères Musulmans dont les milices contrôlent la ville de Misrata et, de facto, contribuent à maintenir à Tripoli le pouvoir fictif du chef du Gouvernement d’Union Nationale Fayez Serraj soutenu par l’ONU et des milices salafistes. De l’autre côté, l’Egypte, l’Arabie Saoudite, la Russie, les Emirats Arabes Unis et en sous-main la France qui a un intérêt stratégique vital à voir se mettre en place à Tripoli un pouvoir capable de stopper tous les trafics en provenance de Libye vers le Sahel. De même, la façon dont l’Algérie réussira à gérer la succession de Bouteflika peut avoir une influence positive ou négative sur la situation au Sahel.

[1] Analysée par le Colonel Lacheroy et que nous avons appris à Saint Cyr :
Stade 1 d’une période de paix apparente mais d’intense propagande, de pression;
Stade 2 : une phase de terrorisme;
Stade 3 : une guérilla avec obligatoirement le contrôle et la complicité des populations;
Stade 4 : la mise en place d’une organisation politico-administrative clandestine et de la formation de troupes régulières;
Stade 5 : le soulèvement général et la conquête du pouvoir.

[2] En juillet 2017, la France, l’Allemagne et l’Union Européenne ont annoncé le lancement de l’Alliance Sahel. Ils ont rapidement été rejoints par la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et le Programme des Nations Unies pour le développement. Plus récemment, l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni, le Luxembourg, le Danemark et les Pays-Bas ont annoncé leur adhésion.

[3] Lire mon analyse : Libye : les conditions d’une sortie de crise.

[4] L’Italie outre son passé colonial a des intérêts économiques considérables en tripolitaine ou ENI, sa compagnie nationale pétrolière, possède la majorité de ses actifs.

Source : ATLANTICO


Libye : les conditions d’une sortie de crise

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La Libye est aujourd’hui le lieu d’affrontement des objectifs et des actions des organisations se revendiquant d’un islam radical, des principaux acteurs régionaux (Turquie, Egypte, Arabie saoudite, Emirats Arabes Unis) et de grandes puissances, en premier lieu l’Italie, la France et depuis 2017 la Russie. Les forces du Général Haftar sont aux portes de Tripoli mais semblent incapables de s’emparer rapidement de la capitale. Pourquoi ? Est-ce que la Libye est en mesure de mettre fin à 8 ans de guerre civile que les interventions extérieures rendent encore plus cruelle ? Quel jeu joue la France ? Quels sont nos intérêts stratégiques dans ce pays ?

Cette analyse ne prétend pas apporter une réponse à une situation géopolitique bien plus complexe que celle qui a prévalu en Syrie mais seulement à décrire les facteurs qui la déterminent.

En effet, l’intervention occidentale, si elle a débarrassé le pays d’un dictateur sanguinaire, a détruit en même temps tout le système de pouvoir de Kadhafi qu’elle a été incapable de remplacer par un Etat reposant sur la réalité de la société libyenne. Les occidentaux ont plaqué un système démocratique qui n’a aucune légitimité populaire parce qu’il est incompatible avec l’état actuel de la société libyenne comme en témoigne le taux participation de la population aux différentes élections : il a toujours été inférieur à 15-20 % du corps électoral.

L’enjeu libyen

D’une superficie trois fois plus étendue que la France, la Libye possède une population 10 fois inférieure (de l’ordre de 6 millions d’habitants). Ses habitants sont potentiellement les plus riches d’Afrique puisque le pays recèle des réserves prouvées de pétrole de l’ordre de 50 milliards de barils, ce qui le classe au 8ème rang mondial juste derrière la Russie. Trois pays ont des intérêts très importants dans l’exploration et la production du pétrole libyen : l’Italie avec ENI, La France avec Total et depuis 2018, la Russie avec Rosnef. Mais les dirigeants et les services secrets italiens considèrent la Libye comme leur chasse gardée compte tenu de leur histoire commune, de la proximité des côtes italiennes qui en fait une route pour les migrants et de leurs intérêts pétroliers [1]. Ils ont, à cet effet et de longue date, partie liée avec Misrata et les Frères Musulmans. Leurs milices protègent les installations d’ENI et sont intervenus en 2017 pour libérer deux ressortissants italiens prisonniers de Daech dans la région de Sabrata. Lorsque les milices de Misrata sont allées combattre Daech à Syrte, les italiens ont déployé un hôpital militaire à Misrata et les grands blessés ont été soignés dans les hôpitaux italiens. Cette imbrication d’ENI, des services secrets italiens et des milices des Frères Musulmans de Misrata est telle que la British Petroleum vient de vendre à ENI la moitié de ses parts dans un gisement proche de Syrte, déclarant par la bouche de son directeur général, Bob Dudley : »Nous pensons qu’une étroite collaboration avec ENI et la Libye nous permettra de relancer l’exploration dans ces zones prometteuses ». Pragmatisme tout britannique…

Au final il serait probablement plus facile pour la France de s’entendre avec les Russes sur le dossier libyen qu’avec nos voisins italiens. En effet, Rosneft avec laquelle Total coopère notamment en Russie, a signé en 2017 avec la compagnie nationale libyenne du pétrole (NOC) un accord de coopération pour des investissements dans le secteur des hydrocarbures. De son coté, en février 2018, la compagnie française Total a annoncé l’acquisition, pour un montant de 450 millions de dollars, de la compagnie libyenne Marathon Oil Libya Limited. Cette dernière détient une participation de 16,33 % dans les concessions de Waha [2].

Outre l’intérêt économique, la France a un intérêt vital concernant sa sécurité en Libye. En effet, la France est confrontée à l’intérieur et à l’extérieur de son territoire aux actions terroristes de l’islam radical [3]. Depuis le début de la décennie, ces djihadistes qui se voient comme des soldats de Dieu ont tué sur le sol national 260 français, en ont blessé mille autres, et à l’extérieur de nos frontières 25 soldats sont morts, et plus de 200 ont été gravement blessés en les combattant. Ces djihadistes qui commettent la majorité de leurs actions en Asie centrale et au Moyen-Orient sont aujourd’hui en pleine expansion en Asie et au Sahel où ils menacent 93 millions d’habitants francophones qui peuplent les 5 pays riverains de la bande sahélienne : le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad. La guerre contre Kadhafi a malheureusement ouvert les portes du Sud libyen qui est devenue la voie par laquelle sont acheminées armes et munitions pillées dans les dépôts de Kadhafi, prises dans des combats entre milices ou fournies par la Turquie et le Qatar via le port de Misrata, tenu par des milices affiliées aux Frères Musulmans.

Que pouvons-nous faire ?

L’absence de société civile et d’Etat [4]

Avant 2011, la culture tribale était le fondement du système social, culturel et économique libyen. La Libye, c’était 250 tribus très hiérarchisées entre elles, sans idée de Nation mais avec de fortes identités régionales : Est (Benghazi) Ouest (Tripoli) Sud (Fezzan) extrême-Sud (Tibesti). Le pétrole découvert en 1959 [5] fit de la Libye le pays le plus riche par habitant du monde. En 1967, la Libye comptait 1 500 000 habitants, dont 500 000 nomades. Sur une population active de 250 000 travailleurs, on ne comptait guère plus de 2 500 personnes titulaires d’une formation supérieure et aucune femme n’était alphabétisée. En 1969 Kadhafi prit le pouvoir et, pendant 42 ans (deux générations), les libyens vécurent dans une société fermée sur elle-même, subventionnée par un Etat providence et en Révolution Culturelle permanente. Kadhafi a totalement fermé son pays aux influences extérieures occidentales « tous les étrangers sont des espions ». L’éducation se faisait uniquement en arabe et la tradition était patriarcale et militaire. On ne demandait aux élèves et aux étudiants en uniforme que d’apprendre par-cœur et de restituer le « livre Vert » pour être diplômés. Alors que la population devenait de plus en plus urbanisée dans des villes très modernes, la Culture officielle était la « Badiya » (la culture Bédouine) célébrant la pureté du désert contre la ville, lieu du diable et de la corruption, ce que symbolisait la tente dans laquelle Kadhafi dormait, même à l’étranger.

Kadhafi a ainsi créé une société totalement hiérarchisée où chacun avait sa place précise suivant ses origines. Chacun appartenait à une famille dépendante d’un clan et le clan d’une tribu. Chaque tribu dépendait elle-même d’une tribu supérieure, et chaque libyen devait le respect à quiconque se situait plus haut que lui. Les relations de dominations tribales furent renforcées par l’argent du pétrole qui permettait l’achat de tous les équipements de la modernité et du bien-être. Le chef (Rais) avait le pouvoir et l’argent. Obéir aux anciens de la tribu était profitable car c’est eux qui recevaient l’argent du Rais et qui le redistribuaient. Avant 2011, les villes libyennes ressemblaient aux plus modernes des villes occidentales mais elles étaient dirigées par des municipalités contrôlées par la tribu dominante, à l’exception de Tripoli qui dépendait directement du Rais. Aujourd’hui ce pouvoir des « chibanis » est contesté dans les grandes villes de la côte méditerranéenne par les chefs des milices, mais reste important à l’intérieur du pays et dans les petites localités.

Un système imposé par l’ONU sans aucune réelle légitimité

L’ONU a imposé ex-nihilo un système constitutionnel et électif à des gens et à des communautés qui n’en ont jamais eu ni la connaissance ni la tradition. Les représentants ONU (UNSMIL) ont plaqué une organisation démocratique sans se soucier un seul instant de savoir si les libyens arriveraient à parcourir en quelques années, les siècles qu’il a fallu à l’Occident pour construire l’Etat de Droit.

Les diverses élections ont réuni moins de 20% des électeurs potentiels et ont élu des représentants dont beaucoup étaient discrédités par leur passé. On a abouti à un capharnaüm de 3 gouvernements en cinq ans, tous « légalement » élus mais qui refusent de céder la place au suivant, 2 parlements, des duplications de ministres de l’Ouest (Tripoli) à l’Est (Benghazi).

Trois villes veulent diriger le pays

Les observateurs mettent souvent en avant l’opposition de la tripolitaine et de la cyrénaïque entre Tripoli, la capitale (1,2 Millions d’habitants) et Benghazi (700 000 habitants) mais ils oublient la troisième ville du pays, Misrata (500 000 habitants) dont l’engagement ou la neutralité est la clé du succès pour l’une ou l’autre partie. Ville riche car elle avait reçu du Rais le monopole des importations. Les Misratis sont à part, hors du cadre traditionnel des tribus Libyennes. La ville est l’héritière d’une influence turque préservée par les circassiens qui ont une longue tradition guerrière : la garde personnelle du roi de Jordanie est composée de circassiens. Cette communauté turcophone est arrivée à partir de la deuxième partie du XIXème siècle après son expulsion du Caucase par le Tsar de Russie. 2 millions vivent en Turquie, d’autres se sont installés en Syrie, Liban, Israël et Egypte. Ils font partie de l’ère culturelle turcophone dont Erdogan se sert pour renforcer son influence sur les pays arabes. Les affaires à Misrata sont un quasi-monopole des hommes d’affaire turcs. Un port avec un quai à containers de 800 m, inauguré en 2014, et un grand aéroport en voie d’élargissement où bateaux et avions déchargent des armes pour les milices islamistes. Erdogan pèse de toute son influence dans les décisions et les actions des misratis.

Les rapports de force sur le terrain

Le Général Haftar [6] a rallié à sa cause les trois quarts du pays. Il a regroupé sous sa bannière des éléments de l’armée régulière libyenne, dont les forces de l’armée de l’air. Un grand nombre de conseils municipaux de l’Est – dont celui de Benghazi – se sont ralliés à sa cause, tout comme la Chambre des représentants de Tobrouk. Khalifa Haftar a mené durant l’année 2016 une offensive pour chasser définitivement les islamistes de Benghazi. Sa progression vers Tripoli s’est faite plus par des négociations avec les communautés libyennes qui se trouvent sur son chemin. Certaines villes et tribus se sont ralliées à Haftar par déception devant l’impuissance du gouvernement basé à Tripoli. D’autres l’ont fait pour obtenir un avantage contre leurs rivaux locaux. Il a rallié aussi des milices salafistes « quiétistes »financées par l’Arabie saoudite qui s’opposent aux milices ralliées à Daech et à celles des Frères Musulmans. Le général Haftar a négocié sans succès pendant près de deux ans (2017-2018) avec les dirigeants de Misrata avant de se résoudre à commencer la bataille pour Tripoli qu’il n’a aucune chance d’emporter sans un accord avec Misrata et donc avec Erdogan. Le chef de l’ANL bénéficie du soutien financier, logistique, médiatique et politique de l’Egypte, de l’Arabie saoudite et des émirats qui ne veulent pas laisser la Libye sous le contrôle du chef du Gouvernement d’Union Nationale Fayez Serraj que soutient l’ONU mais qui n’existe qu’avec l’appui des milices islamistes radicales et des milices des Frères Musulmans de Misrata, soutenues par Turquie et le Qatar. Le général Haftar semble avoir pris sa décision de marcher sur la capitale après sa récente rencontre à Riyad avec le Roi Salman Ben Abdulaziz et son Prince héritier et Ministre de la Défense Mohammad Ben Salman Ben Abdulaziz. Haftar est également en contact avec le Président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. MBS, MBZ et Sissi soutiennent Haftar pour son hostilité assumée à l’encontre des Frères Musulmans que soutient le Qatar surtout, mais aussi la Turquie.

La Russie est un acteur récent en Libye. Pour des raisons liées à la sécurité de la Russie (Poutine veut pourchasser partout les islamistes radicaux) mais aussi au travers de ses liens régionaux, en particulier avec l’Egypte qui datent de près de 70 ans. M. Poutine apprécie visiblement le profil militaire du Président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Mais Moscou tente de tisser des liens autour de la Libye avec d’autres pays, notamment ceux qui peuvent influencer les belligérants sur le terrain, qu’il s’agisse de l’Algérie, de la Tunisie ou de monarchies du Golfe comme les Émirats Arabes Unis ou l’Arabie saoudite. Enfin selon les analystes russes, c’est pour Poutine un dossier qui lui permet de dialoguer avec les Etats-Unis et les européens, voire de coopérer avec eux. Au final la sortie de crise passera nécessairement par un deal entre Erdogan et Poutine. Mais sera-t-il suffisant ? Rien n’est moins sûr.

Quant aux Etats-Unis ils restent discrets car ils ne veulent pas avoir à choisir entre la Turquie et le camp Egypte, Arabie Saoudite.

Quelles conclusions provisoires pouvons-nous tirer de cette analyse ?

1. Aucun des acteurs étudiés n’a intérêt à ce que la situation se prolonge sauf les milices islamiques radicales.
2. Sur le terrain, Haftar est incapable de conquérir Tripoli si Misrata ne s’engage pas à ses côtés ou fait preuve d’une neutralité bienveillante.
3. La solution ONU a plus que démontré son inadaptation à la situation libyenne et doit être abandonnée sous sa forme actuelle.
4. La Russie, l’Italie, la Turquie et la France détiennent les clés de la solution libyenne.
5. Une sortie de crise passe nécessairement par des accords à trouver entre ces quatre pays.
6. Elle passe par la prise de pouvoir du général Haftar mais elle ne peut être que partagée et organisée par une forme constitutionnelle à inventer.
7. La sortie de crise est aussi liée à des accords entre acteurs extérieurs :

  • La France et l’Italie doivent trouver un accord sur le pétrole et les migrants et une fois encore l’arrogance de notre donneur de leçons national en constitue probablement l’obstacle majeur.
  • La Russie et la Turquie doivent rechercher un terrain d’entente pour qu’Erdogan cesse son soutien aux Misratis. Quelle en serait la monnaie d’échange ? Les Kurdes ? Les intérêts économiques et stratégiques ? Ils sont très importants : la Turquie, membre de l’OTAN n’a-t-elle pas décidé d’acheter des missiles sol–air russes S-400 ?
  • L’Egypte, l’Arabie Saoudite et la France peuvent exiger du Qatar qu’il stoppe son soutien aux milices radicales. Encore faut-il qu’il existe une volonté politique en France et pour cela que nous n’ayons pas atteint un stade où de trop nombreux de nos dirigeants seraient corrompus par l’argent qatari.


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL
Secrétaire Général du Think Tank GEOPRAGMA
Auteur de « Histoire de l’Islam radical et de ceux qui s’en servent », Lavauzelle, Mai 2017

[1] Avant la crise de 2011 33% de la production pétrolière libyenne prenait la direction de l’Italie.

[2] Ce deal se traduit par la mise à disposition pour Total de plus de 500 millions de barils équivalent pétrole (bep) de réserves et ressources, ainsi d’une quote-part de production immédiate de 50 000 bep/j. Le groupe français aura également accès à un potentiel d’exploration important sur la zone des concessions réparties sur plus de 53 000 km2 dans le bassin prolifique de Syrte.

[3] Nos dirigeants se refusent à mieux caractériser les courants de l’islam sunnite qui prônent le djihad armé pour imposer des Etats islamiques dont la seule source de droit sera la charia (le Coran et la Tradition inscrite dans les hadhits). Ces islamistes sont tous issus du courant hanbalite, un des quatre courants du sunnisme, et se nomment le wahhabisme, le salafisme djihadiste et les Frères Musulmans. Tous ces courants gangrènent l’Islam par la prédication qui s’effectue dans les mosquées et les réseaux sociaux.

[4] Je me réfère dans cette partie à une étude que m’a adressé Marc Le Brize : « les libyens, les connaitre pour bâtir le Paix ».

[5] Dans les années 50 la France s’est intéressée à une possible annexion du Sud et de son pétrole prévu dans la continuité du Sahara algérien.

[6] Que je connais bien. Il a été fait prisonnier par les tchadiens d’Hassan Djamous lors de la prise d’Ouaddi Doum et « acheté » aux tchadiens par la CIA avec le Mig 25 capturé au sol lors de l’assaut de la base aérienne libyenne.


Le califat autoproclamé de l’OEI a été éliminé, annoncent les Forces démocratiques syriennes

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« La guerre n’est pas terminée »

L’organisation État islamique a perdu son dernier bastion syrien à Baghouz, ont annoncé, samedi, les Forces démocratiques syriennes, déclarant leur victoire définitive sur le groupe jihadiste.

L’analyse du général Jean-Bernard Pinatel, expert en géostratégie

Source : FRANCE 24


Acte XIX des Gilets jaunes : pourquoi le choix du gouvernement de communiquer sur le rôle de l’armée est catastrophique

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La décision de déployer des unités de la force Sentinelle pour protéger des lieux qui pourraient faire l’objet d’attaques par les extrémistes est une décision symbolique forte.

Avec Jean-Bernard PINATEL

Atlantico : N’y a-t-il pas au départ une erreur de communication à l’origine de l’imbroglio autour de la participation de forces armées au dispositif de la journée de samedi ?

Jean-Bernard Pinatel : La décision de déployer des unités de la force Sentinelle pour protéger des lieux qui pourraient faire l’objet d’attaques par les extrémistes (Black Blocs, anarchistes, etc.) est une décision qui a une portée symbolique forte et comme toute décision de cette importance elle doit être évaluée sur la forme, sur le fond et sur son opportunité.

Sur la forme, cette décision a fait l’objet d’une annonce par le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux à la sortie du Conseil des Ministres: « La mission Sentinelle sera mobilisée de manière « renforcée » samedi dans le cadre des manifestations des « gilets jaunes » afin de protéger des bâtiments officiels et autres « points fixes » », a-t-il dit.

Cette décision marque une escalade symbolique très forte du gouvernement dans le maintien de l’ordre. Aussi Il est très étonnant qu’elle ait été faite à la presse de façon si brève par le porte-parole du gouvernement à l’issue du conseil des Ministres et sans en préciser les modalités. Immédiatement les supputations les plus extrêmes ont circulé dans les médias et les médias sociaux. Cette annonce aurait dû être réalisée conjointement lors d’une conférence de presse par le Premier Ministre et le chef d’Etat-Major des armées. Cela aurait évité les déclarations plus ou moins contradictoires des porte-paroles civils et militaires qui ont réagi à chaud sans visiblement avoir des éléments de langage communs sur la nature et les modalités de cet engagement dans le cadre d’une opération de maintien de l’ordre.

On entend tout et son contraire depuis l’annonce par le gouvernement du déploiement de militaires lors de la manifestation des Gilets jaunes. Quel est le cadre précis de la mission confiée à l’armée ce samedi ?

Sur le fond, les armées françaises ne font plus de maintien de l’ordre depuis en 1921 date de création de la gendarmerie mobile qui constituent les forces de deuxième catégorie. Le dispositif sentinelle fait partie du dispositif anti-terroriste et sa mission est une protection des points sensibles par des éléments fixes et mobiles. Dire que cela ne change rien à leur mission comme l’a affirmé le Général gouverneur de Paris est en partie faux. Car une mission se définit certes par un effet à produire mais aussi par un contexte dans lequel on doit la remplir et surtout par la nature de l’ennemi auquel on va être confronté. Si l’effet à produire : défendre des points sensibles est le même, la situation est profondément différente. On est plus dans un contexte anti-terroriste comme devant la pyramide du Louvre où, en février 2017,des parachutistes de la 3ème compagnie du 1er RCP ont été attaqués par un terroriste égyptien au cri de l’ « Allah Akbar » qu’ils ont blessé et maitrisé mais dans le cadre d’un maintien de l’ordre. Et surtout l’ennemi auquel risquent d’avoir à faire les soldats n’est pas le même. Dans une opération anti-terroriste ils sont face à des ennemis qui sont là pour tuer. Demain ils seront face à des anarchistes en majorité français qui sont là pour les harceler et piller.

Interrogé ce matin sur France Info, le gouverneur militaire de Paris, le général Bruno Leray, a évoqué les consignes qu’il a reçu dans le cadre du déploiement de militaires ce samedi au cours de la manifestation. Il a évoqué la procédure évoquant la possibilité d' »aller jusqu’à ouvrir le feu ». Cette déclaration vous semble-t-elle surprenante ?

Votre question m’amène à discuter de l’opportunité de cette décision. Pour cette mission les militaires n’ont pas les protections et les armes non létales des gendarmes mobiles. S’ils sont confrontés à des jets de pavés ou de cocktails Molotov, ils n’ont que leurs armes de guerre pour se défendre. Après les sommations d’usage ils n’auront d’autre choix que de tirer. A mon avis ce qui s’est passé samedi dernier ne justifie pas l’engagement de l’armée. Les forces de l’ordre n’ont pas pu empêcher le saccage des Champs Elysées parce que des ordres leur avaient été donnés pour limiter l’emploi des armes non létales qu’elles ont en dotation et peut-être aussi à cause d’une stratégie opérationnelle inadaptée. Mais en prenant cette décision le Président de la République joue un coup de poker. Si les extrémistes sont dissuadés de s’en prendre à l’armée et n’attaquent aucun des points sensibles qu’elle protège, cela permettra de libérer des forces de 2ème catégorie pour contrôler les manifestants. Dans le cas contraire on peut tout craindre et tout dépendra de l’entrainement, de la discipline et du sang-froid des chefs des unités qui seront attaqués.


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL
Secrétaire Général du Think Tank GEOPRAGMA
Auteur de « Histoire de l’Islam radical et de ceux qui s’en servent », Lavauzelle, Mai 2017

Source : ATLANTICO


Algérie : 4 scénarios de sortie de crise

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La jeunesse algérienne, en manifestant pacifiquement en masse dans les grandes villes d’Algérie, a obtenu que le Président algérien renonce se présenter. Mais ce premier recul a été utilisé par le clan au pouvoir comme un prétexte pour reporter les élections présidentielles prévues le 18 avril afin qu’une conférence nationale modifie la Constitution. En effet, le clan qui entoure Said Bouteflika, rêve depuis toujours d’une succession à la cubaine, et l’ajournement des élections présidentielles était la première marche vers cette confiscation du pouvoir.

Si le camp présidentiel - Front de libération nationale (FLN), parti du président Abdelaziz Bouteflika ou Rassemblement national démocratique (RND), son principal allié ont estimé immédiatement que les propositions faites répondaient «aux aspirations du peuple», l’opposition, marginalisée par la contestation populaire, les a rejetées. Le parti islamiste, le Mouvement de la société pour la paix (MSP) a dénoncé un essai «de contourner la volonté des Algériens», tandis que le Parti des Travailleurs (PT) a estimé que «la prolongation du quatrième mandat» traduisait «une volonté de travestir la volonté de l’écrasante majorité du peuple». L’Avant-garde des Libertés, parti d’Ali Benflis, ancien Premier ministre de M. Bouteflika passé à l’opposition, y voit une de «ces dernières manœuvres désespérées. Ali Benflis, est un des rares opposants à disposer d’une notoriété nationale [1]. Il s’est insurgé contre «une violation manifeste de la constitution». « Le peuple algérien qui, après avoir refusé l’idée extravagante d’un cinquième mandat, puis l’idée non moins extravagante d’un cinquième mandat abrégé, se voit mis devant le fait accompli d’une prorogation illégitime et inconstitutionnelle du mandat présidentiel en cours ».

Quant à la contestation populaire issue de l’historique journée du 22 février, elle n’a pas été dupe de la manœuvre du pouvoir et n’est pas prête à se démobiliser. Dès cette annonce, les étudiants se sont mobilisés dans toute l’Algérie, notamment à Constantine, troisième ville du pays, où près d’un millier d’entre eux a défilé avec des enseignants. Des assemblées générales se sont immédiatement réunies sur plusieurs campus. Vendredi dernier 15 mars, la mobilisation était aussi forte que les semaines précédentes et une fois encore ces manifestations se sont déroulées sans incidents majeurs. Les observateurs ne notent aucun indice d’un essoufflement du mouvement mais les slogans changent. Les étudiants ont répété à l’envie: «On a demandé des élections sans Bouteflika, ils nous ont mis Bouteflika sans les élections.» ; « Pas de prolongement du 4e mandat, partez »; « Ni Bedoui ni Saïd, la transition sera sans vous » « LA 2ème République est en téléchargement. Elle est à 70% ; « On ne veut pas d’une mise à jour du système, mais son formatage ».

Face à la détermination des manifestants, le clan Bouteflika semble désemparé et enregistre des défections, notamment celles de plusieurs députés du FLN qui ont démissionné. De plus, le président algérien a perdu la semaine dernière le soutien des trois principales associations d’anciens combattants de la guerre d’indépendance. Mercredi 6 mars, l’Organisation nationale des Moudjahidines [2] a dénoncé dans un communiqué, des institutions qui ne sont “pas à la hauteur des aspirations du peuple” ; le même jour l’association des anciens du MALG [3] a retiré son soutien au Président et a stigmatisé les “manœuvres” pour “perpétuer un système qui a atteint des limites et risque de mener le pays aux plus graves périls”. Le lendemain un communiqué de l’Organisation nationale des Enfants de Chouhada [4] a apporté son soutien “au mouvement populaire contre le cinquième mandat”.

Les milieux d’affaires eux-mêmes se divisent. “Les premières fissures, écrit Le Figaro, ont commencé à apparaître dans les milieux d’affaires, au Forum des chefs d’entreprise (FCE), ce puissant syndicat patronal dirigé par Ali Haddad”, réputé proche du clan Bouteflika. “Plusieurs démissions de figures importantes de l’organisation ont été suivies d’un communiqué signé par onze chefs d’entreprise expliquant que le FCE originel ne peut rester sourd à l’expression populaire à laquelle il adhère complètement”, poursuit le journal français.

Enfin le général Ahmed Gaïd Salah a souligné le 6 mars, les “liens nobles et sincères” de l’armée avec le peuple précisant que les forces armées sont “résolument engagées à garantir” la sécurité de l’élection présidentielle, afin de permettre aux Algériens de voter “dans un climat de sérénité, de quiétude et de stabilité” sans, à aucun moment de son discours, citer le Président.

Aussi au surlendemain de la journée du 15 mars où les manifestants ont rejeté massivement ce qu’ils perçoivent comme une manœuvre du pouvoir, quatre scénarios de sortie de crise sont envisageables et doivent être évalués.

1. Une transition à la cubaine

Le Président pourrait déléguer ses pouvoirs à son frère Saïd comme l’a fait Fidel Castro. Saïd s’engagerait à organiser des élections présidentielles avant l’été ; les manifestations s’essouffleraient, le Général d’Ahmed Gaid Salah, vice-ministre de la Défense et chef d’Etat-Major de l’ALN partant à la retraite en mai 2019 serait remplacé par un fidèle du clan Saïd. Quelques manifestations avec débordements pourraient être organisées par le pouvoir et réprimées ; l’état d’urgence serait décrété et les élections repoussées sine die. A mon avis ce scénario de la dernière chance pour le clan Bouteflika est aujourd’hui dépassé.

2. Un scénario syrien

SI le clan persistait à vouloir organiser une transition à la cubaine, il est fort probable que le peuple algérien n’accepterait pas une confiscation du pouvoir, même provisoire. Les manifestations jusqu’ici pacifiques pourraient dégénérer notamment du fait des islamistes qui sont restés jusqu’ici étrangement silencieux. Certains d’entre eux, infiltrés parmi les manifestants pourraient ouvrir le feu sur les forces de l’ordre qui riposteraient faisant un nombre importants de morts et de blessés. l’Algérie dont 50% de la population n’a pas connue « les années de braise » s’enfoncerait pas à pas dans une nouvelle guerre civile. Ce scénario, compte tenu des défections des principales organisations d’anciens combattants qui ont connu ces années sombres, m’apparait possible mais peu probable

3. Un scénario égyptien

Les manifestations s’amplifieraient devant l’obstination du clan au pouvoir, le Général d’Ahmed Gaid Salah prendrait provisoirement le pouvoir en assurant que l’armée n’est intervenue que pour permettre me retour vers le processus prévu par la Constitution. Il s’engagerait à permettre des élections présidentielles libres avant la fin de l’année. Compte tenu des liens étroits qui existent entre l’armée égyptienne et l’armée algérienne, ce scénario présente une probabilité non négligeable surtout si les manifestations dégénéraient.

4. Un scénario constitutionnel

Les défections s’accélèrent dans le clan Bouteflika ; les replâtrages comme le remplacement du premier ministre Ahmed Ouyahia par Noureddine Bedoui, intime d’un autre frère du Président, Abderrahim Bouteflika, la désignation du chef de la diplomatie Ramtane Lamamra comme vice-premier ministre ont été clairement rejetés par les manifestants. De même, Lakhdar Brahimi, 85 ans choisi pour piloter la « conférence nationale indépendante, a renoncé dès le 13 mars.
Finalement sans issue et ne pouvant plus compter sur le soutien de l’armée, le clan Boutelflika se résoudrait au moins provisoirement à appliquer la Constitution ce qui lui permet de gagner du temps.
En effet, la Constitution algérienne prévoit qu’à la mort du chef de l’Etat ou en cas d’empêchement [5], le président [6] du « Conseil de la nation » assume la charge de Chef de l’Etat pour une durée de quatre-vingt-dix (90) jours au maximum, au cours de laquelle des élections présidentielles sont organisées.

Pour en arriver là, le processus prévu par la Constitution est complexe et conduit à repousser les élections au mieux fin juin 2019. En effet, L’article 102 de la Constitution algérienne 2016 prévoit que lorsque le Président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose, à l’unanimité, au Parlement de déclarer l’état d’empêchement. Le Parlement siégeant en chambres réunies déclare l’état d’empêchement du Président de la République, à la majorité des deux tiers (2/3) et charge de l’intérim du Chef de l’Etat, pour une période maximale de quarante-cinq (45) jours, le Président du Conseil de la Nation. En cas de continuation de l’empêchement à l’expiration du délai de quarante-cinq (45) jours, il est procédé à une déclaration de vacance par démission de plein droit, selon la procédure visée aux alinéas ci-dessus et selon les dispositions des alinéas suivants du présent article.
Ce scénario est probablement la dernière voie qui permet au clan de gagner du temps pour espérer se donner les moyens de revenir au scénario 1, notamment en remplaçant le Général Gaid Salah qui doit partir à la retraite en Mai 2019 par un fidèle prêt à tout.

L’Algérie vit des moments historiques. Et s’il y a un conseil à donner à notre Président et à ses ministres c’est de se taire. Car la première intervention du chef de l’Etat après le renoncement de Bouteflika a été perçue en Algérie comme le soutien au processus rejeté massivement par les manifestations du 15 mars et ce n’est pas cela qui permettra à la France de préserver ses intérêts dans ce pays si proche.

[1] Il avait obtenu 12,3 % des voix aux élections présidentielles de 2014.

[2] ONM, qui regroupe les anciens combattants de la guerre d’indépendance.

[3] Service de renseignement de l’Armée nationale de Libération durant la guerre d’indépendance.

[4] Combattants de la guerre d’indépendance tués au combat.

[5] Constitution algérienne 2016 Art 102 Lorsque le Président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose, à l’unanimité, au Parlement de déclarer l’état d’empêchement. Le Parlement siégeant en chambres réunies déclare l’état d’empêchement du Président de la République, à la majorité des deux tiers (2/3) et charge de l’intérim du Chef de l’Etat, pour une période maximale de quarante-cinq (45) jours, le Président du Conseil de la Nation. En cas de continuation de l’empêchement à l’expiration du délai de quarante-cinq (45) jours, il est procédé à une déclaration de vacance par démission de plein droit, selon la procédure visée aux alinéas ci-dessus et selon les dispositions des alinéas suivants du présent article.

[6] Le président actuel du Conseil de la nation est Abdelkader Bensalah qui est en poste depuis 2002 et a été réélu le 9 janvier 2013.


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